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terça-feira, 6 de outubro de 2026

Ce que l’affaire Thélyson Orélien dit de nos représentations de la littérature

 

Le livre du romancier Thélyson Orélien, en marge de la 28ᵉ édition du festival littéraire des Correspondances de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Écrit par Frédéric Gai

Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, Université de Caen Normandie 

La carrière de Thélyson Orélien est marquée du sceau d’une fulgurance qui montre, en premier ressort, les affres du traitement médiatique devenu instinctif et parfois irraisonnable : un auteur suscite l’intérêt avant même son accueil auprès du public, génère un engouement international spectaculaire, et s’impose comme un succès dans les librairies françaises. 

À mesure que les premiers pions de la rentrée littéraire se sont placés, Thélyson Orélien a vu sa cote grimper, cochant les cases d’une vie marquée par l’exil, du renouveau poétique d’une prose francophone et du statut de primo-romancier goûté du microcosme littéraire, qui doit faire conjuguer ses valeurs sûres avec le besoin de revivifier son catalogue. 

En quelque sorte, Thélyson Orélien a constitué une bonne carte à abattre dans le jeu, toujours difficile à emporter, qui oppose exploitation et innovation. En l’espace de quelques semaines, il est passé d’inconnu à talent à suivre, voire à nouveau génie créateur, faisant valoir auctorialité forte et intentionnalité originale, pour figurer en bonne place dans les sondages des grands prix littéraires de l’automne. 

Aux premiers jours de septembre, il ressortait que la capacité analytique moderne, la sensibilité artistique contemporaine nous permettraient de ne pas manquer un grand écrivain. Mais maudit est déjà Thélyson Orélien, rappelant au passage que la forge d’un succès n’est pas tant chronologique, au sens plein du terme, que culturelle, dans ses acceptions anthropologiques. 

Théorie du complot, plaisir du texte et illusion littéraire

Paradoxalement, le débat polémique qui ressort de cette affaire omet des déplacements théoriques anciens, convoquant de nouveau le tribunal littéraire. L’emballement numérique et médiatique, où les commentaires racistes font bon ménage avec une attaque frontale contre les milieux littéraires parisiens, devient alors poreux face aux questions politiques, arrêtant les industries culturelles au milieu du gué, entre problème et solution. 

De ce buzz ressort une double inaptitude supposée : celle d’un auteur racisé d’être à la hauteur du sacerdoce littéraire sans recourir à un tiers ; celle d’un entre-soi avide de têtes d’affiche au risque d’entacher le patrimoine français qu’est la littérature. Le débat est d’autant plus complexe qu’il fait suite à l’affaire Nora – le limogeage d’Olivier Nora, à la tête de la prestigieuse maison d’édition Grasset depuis vingt-six ans, a entraîné le départ concerté de 200 auteurs au printemps dernier. Grasset était alors rappelé au cœur même de contradictoires des industries culturelles loin d’être neuves, notamment depuis les travaux de Theodor Adorno : une place forte du dynamisme littéraire engluée dans un groupe médias aux intentions idéologiques et politiques avérées. 

Émancipation contre aliénation, manigance contre manigance, stratégie contre stratégie : dans ce contexte délétère, chaque opposant devient le complotiste de l’autre. 

Mort de l’auteur 

Cette polarisation met de côté l’histoire de la critique littéraire, à commencer par la réalité structurale du texte, entendu comme un dispositif hypertextuel dont les potentialités sont finalement activées par un contexte socioculturel. 

Si Thélyson Orélien a probablement été sacrifié sur l’autel de l’authenticité, de l’honnêteté et de la confiance que l’on projette, à titre de contrat de lecture, dans l’exercice d’écriture, Roland Barthes avait déjà, à la fin des années 1960, décrété la mort de l’auteur au profit de l’expérience de lecture.

Chez Barthes, ce concept venait se doubler d’une autre réalité : le plaisirdutexte. Et, au sein même de cette configuration critique, il relevait deuxdimensions dans l’acte de lecture : d’un côté, le confort d’un rendez-vous avec le texte, par la connaissance des codes et la maîtrise de ses applications (plaisir) ; de l’autre, le choc d’une rencontre plus fortuite, qui ouvre des voies nouvelles (jouissance). 

Dans chacun de ces deux possibles de l’expérience du texte, c’est bien le désir qui s’exprime, et avant tout le désir de lire, peut-être prolongé par un désir d’écrire, dans une logique résolument interpersonnelle : dire à l’autre, trouver l’autre. 

Bien avant les polémiques, bien avant que son auteur soit taxé, à tort ou à raison, de faussaire ou de plagiaire, le texte de Thélyson Orélien avait conquis un public. La jouissance du texte a été indéniable. 

Au cœur de cette pratique, l’écrivain travaille sur des horizons multiples, il use de « trucs », rhétoriques, poétiques, peut-être informatiques, pour atteindre un objectif relationnel. Dans la mesure où il s’adresse, par le langage, avant tout à des imaginaires, son activité relève de l’illusion. Bien avant ChatGPT, Racine l’avait posé. 

Chatgpt aura-t-il le Goncourt, Pangram deviendra-t-il éditeur ? 

À ce sujet épineux de l’auctorialité du texte s’ajoute celui, non moins épineux, de la place des intelligences artificielles dans nos vies culturelles. Dans le débat proposé, le vol de la créativité est posé comme un axiome : l’impression, exprimée par les journalistes et les commentateurs, que l’auteur s’est mué en usurpateur ; et plus encore, par une supercherie qui aurait ouvert une faille, que cette littérature serait dorénavant atteignable par une machine. 

Dans la presse ou sur les plateaux de télévision est invoqué le spectre de la mort de la littérature. Mais quelle littérature est ici en jeu ? Celle qui parle de son temps, qui est percutée par les pratiques de son époque, signe d’un renouveau plutôt que d’une catastrophe ? Celle qui conclut un exercice laborieux d’écriture, plaçant l’auteur à mi-chemin entre le siècle et les cieux, propre à notre concept moderne de littérature ? Celle qui construit « industriellement » depuis deux cents ans des succès par la médiatisation, et élabore des publics en faisant se rencontrer horizons culturels et méthodes marketing ? Celle qui s’incarne dans un milieu, où les modes de prescription font bon ménage avec une sociabilité « de salon », déjà relayée, voire remplacée par Instagram et TikTok ? 

Il convient finalement de replacer la présence même dans le quotidien, et dans nos pratiques littéraires, du dispositif technique qu’est l’intelligence artificielle. 

D’un point de vue symbolique, le recours aux IA génératives résonne, dans notre inconscient collectif, comme une facilitation, assistance qui s’oppose à la rugosité du chemin de croix littéraire. Tout aussi symboliquement, il peut paraître étonnant qu’un outil construit comme une métrique (Pangram) juge la probité d’une œuvre de l’esprit par une approche probabiliste. Les lieux communs mettraient aisément face à face, dans cette pratique, la littérature et les mathématiques, et peut-être n’auraient-ils pas tort. 

Par ailleurs, s’il est question de soupçon, de doute et de peur de manigance, soulignons que la paternité d’une œuvre à une intelligence artificielle a été accordée… par une autre intelligence artificielle, dont il est impossible de connaître totalement les modalités de calculs, et encore moins les objectifs. 

Ici, il n’est pas question d’agiter la peur du soulèvement des machines, mais bien d’interroger la position de spoliatrice, voire de prédatrice, de l’IA, qui capte les textes littéraires comme toute autre donnée, parfois au-delà du droit. Mais il ne sert à rien de polariser de nouveau un débat, alors même que Thélyson Orélien s’est peut-être lui-même soustrait à ce cadre légal. 

Alors soulevons un dernier point, peut-être plus important qu’une actualité : la présence même de la langue de l’IA dans nos pratiques, quotidiennes comme artistiques, à venir. Le roman a trouvé son public et s’est assuré un accueil critique favorable. Et s’il devait s’avérer que Thélyson Orélien a bien utilisé une IA générative, ce serait peut-être le signe que le langage de ChatGPT est déjà pour nous désirable, posant en des termes renouvelés la question philosophique de la « honte prométhéenne » établie dans les années 1950 par Günther Anders. 

 

[Photo : Joël Saget/AFP - source : www.theconversation.com]


sexta-feira, 24 de julho de 2026

Ser atès en la llengua pròpia redueix la mortalitat

Un estudi del Canadà revela que els francòfons atesos en el seu idioma tenen un 11% menys de risc de morir i els al·lòfons un 27% 


Rebre atenció en la pròpia llengua és un factor clau per tenir una millor salut a llarg termini, segons un estudi de la Universitat d’Ottawa i de la Universitat de Manitoba fet sobre població francòfona i de comunitats lingüístiques minoritàries del Canadà. L’estudi, dut a terme amb 50.375 pacients durant un període de quinze anys i publicat a la revista AJE Advances: Research in Epidemiology, revela que els francòfons i els al·lòfons (persones que no tenen ni el francès ni l’anglès com a llengua materna) presenten un risc de mortalitat significativament menor quan el seu metge s’expressa en la seva llengua. 

“Els resultats del nostre estudi assenyalen que els sistemes de salut haurien de fer de la concordança lingüística entre una persona i el seu metge una prioritat. Aquesta estratègia podria contribuir a fer augmentar l’esperança de vida d’una població canadenca cada vegada més diversificada lingüísticament”, assenyala l’autor principal, Michael Reaume. 

Els treballs anteriors fets pel mateix equip, que es referien únicament a pacients al·lòfons, ja havien demostrat que parlar el mateix idioma que el metge reduïa el risc de tenir una afecció cardiovascular. Per a aquest estudi, l’equip de recerca ha utilitzat una mostra molt més àmplia i, en lloc de centrar-se només en persones amb hipertensió, s’ha centrat en l’esperança de vida global.

Basant-se en les dades de l’Enquesta sobre la salut en col·lectius canadencs i en altres dades relacionades, els investigadors han trobat que el fet que el metge i el pacient parlin la mateixa llengua comporta una reducció de l’11% del risc de mort entre els francòfons que viuen fora del Quebec i reben cures en la seva llengua. La reducció del risc de mort entre els al·lòfons tractats en la seva llengua és del 27%.

Estudi de la UPF

L’estudi de la Universitat d’Ottawa i de la Universitat de Manitoba va en la mateixa línia que el que va presentar el maig passat la Universitat Pompeu Fabra (UPF), que constatava que no garantir l’atenció sanitària en la llengua dels pacients pot anar en detriment de la precisió dels diagnòstics, de la confiança entre metge i pacient i de la qualitat assistencial. Aquesta situació no només afecta les persones nouvingudes, sinó també la població autòctona amb una llengua minoritària o minoritzada en diferents països del món.

 

[Foto: Unsplash - font: www.diaridelallengua.cat]

terça-feira, 21 de julho de 2026

Francia: el «no alineamiento» de LFI

 

Escrito por Fabien Escalona

El movimiento de Jean-Luc Mélenchon publicó el 2 de julio su visión para la política exterior. Si el “interés general humano” es la brújula oficial, Francia es exaltada como una “potencia universal”, que resulta muy ingenua con las potencias rusa y china.

Dentro de la izquierda, y a decir verdad en todo el espectro partidista, la originalidad de La France insoumise (LFI) se debe desde hace mucho tiempo a su doctrina de las relaciones internacionales, al menos la que Jean-Luc Mélenchon y algunos de sus ejecutivos más cercanos han forjado. Más allá de las posturas coyunturales de sus responsables, el movimiento ha precisado sus concepciones generales en dos ocasiones recientes.

La primera tuvo lugar el 27 de junio, durante un simposio del Instituto La Boétie dedicado precisamente a “la nueva geopolítica”. Al día siguiente del ejercicio, los comentaristas pudieron encontrar material para el reproche más común al líder insumiso, a saber, el de un "doble estándar" inverso (una actitud firme frente el imperialismo estadounidense y su aliado israelí, pero mucho más comprensiva o incluso preocupado por la cooperación con los imperialismos ruso y chino).

La segunda oportunidad fue de mayor interés aún. Se trata de la publicación el 2 de julio, siempre a través del Instituto La Boétie, de un folleto escrito. Titulado “En el umbral de un nuevo mundo”, escrito por Jean-Luc Mélenchon, ahora oficialmente candidato a las elecciones presidenciales, así como por tres miembros del departamento de relaciones internacionales del instituto: Sophia Chikirou, Arnaud Le Gall y Camille Verneuil (los dos primeros forman parte del grupo LFI en la Asamblea Nacional).

El folleto, que pretende definir “la orientación de la política exterior de Francia” bajo una presidencia insumisa, está estructurado en tres partes. La segunda, la más programática y la más larga, despliega las implicaciones de una Francia “no alineada” y “al servicio del interés general humano”, desde el reforzamiento de las Naciones Unidas hasta las ambiciosas relaciones bilaterales con India y China, pasando por la salida de la OTAN.

Está enmarcada por otros dos tipos de considerandos. Al comienzo, una introducción ofrece una imagen inquietante de la evolución del sistema internacional en las últimas tres décadas, evocando una “era de guerras y crisis ecológica generalizada”. Aguas abajo, una conclusión más filosófica defiende el imperativo de una cooperación solidaria a escala global, precisamente para hacer frente a las amenazas que pesan sobre toda la especie humana.

El conjunto se lee como una mezcla de ideales generosos y posturas mucho más divisivas. Francia, calificada de “potencia universal”, está llamada a emanciparse de la lógica de los bloques para defender mejor su mensaje de “coexistencia pacífica y [de] libre cooperación entre los pueblos”. Sin embargo, las capacidades de acción e influencia que se le atribuyen parecen desproporcionadas en comparación con su peso real en la escena internacional.

Evasivos sobre Ucrania, cortantes sobre Taiwán

Primera observación: el texto evita cualquier trapo rojo sobre Ucrania. El legado sobre el tema es pesado, desde la celebración de Jean-Luc Mélenchon de la anexión de Crimea por parte de Rusia en 2014, hasta sus llamamientos, el verano pasado, a la salida de Volodymyr Zelensky de la presidencia de Ucrania, pasando por su convicción expresada, tres meses antes de la invasión a gran escala del país, de que esta perspectiva era "ridícula", en la medida en que "solo el mundo anglosajón tiene una visión de las relaciones internacionales basada en la agresión".

A medida que se acercaban las elecciones presidenciales, se optó por desminar el terreno. La agresión del 24 de febrero de 2022 se califica de “violación importante del derecho internacional”, y se afirma que “el destino de la guerra” no debe ser decidido por Washington y Moscú. Sin embargo, los "medios diplomáticos" para lograrlo no se detallan, ni la forma de apoyar a Ucrania hasta que vuelva la paz, aunque se sabe que el candidato insumiso reprueba la forma en que Kiev se defiende actualmente, apuntando a la máquina de guerra rusa en su propio territorio.

Sin embargo, la marca insumisa se encuentra en la evocación de las causas de la guerra. Estas se reducen, en última instancia, a la extensión de la OTAN al este. Una explicación demasiado corta, que debería hacerse más compleja teniendo en cuenta la dinámica interna del Estado ruso, portador de una larga tradición de reflejo imperial, y los cálculos propios de Putin para garantizar la supervivencia de su sistema mafioso. Sobre todo porque la potencia rusa no necesitó la amenaza de la OTAN para cometer crímenes de guerra y crímenes de lesa humanidad en Chechenia o Siria.

La diferencia insumisa persiste también en la esperanza expresada, “una vez que vuelva la paz”, de una Rusia reintegrada al “concierto europeo”. De hecho, LFI desea volver a la oportunidad desperdiciada del fin de la Guerra Fría, que debería haber permitido construir “un sistema de seguridad colectiva paneuropeo, [...] el amanecer de una Europa reunificada e independiente desde el Atlántico hasta los Urales”. Pero apenas se dice cómo se podría lograr tal reinicio, sin que se haya alguna forma de justicia sobre los crímenes cometidos, y en vista de la estrategia de dominación y desestabilización de Europa elegida por el régimen putinino.

El tono finalmente resulta más seco con Taiwán, un estado de facto independiente de la República Popular China, que reivindica la reintegración del archipiélago a su seno. En repetidas ocasiones, los redactores invocan la recuperación por parte de Beijing de su sede en la ONU en 1971, para afirmar que “la isla pertenece al territorio internacionalmente reconocido de China”. La “diferencia de gobierno”, modestamente no detallada, se remite a “negociaciones” entre las dos partes.

De hecho, los redactores rebeldes se deslizan rápidamente de la “política de una sola China” al “principio de una sola China”. La primera la siguen Francia y otras cancillerías occidentales, que mantienen relaciones con Taiwán sin reconocerlo oficialmente como Estado. La segunda, defendida por Pekín, implica que Taiwán debe ser devuelto a su autoridad. Sin embargo, la población del archipiélago ha conquistado entretanto derechos democráticos, como la celebración de elecciones libres, y libertades personales, por ejemplo, el acceso al matrimonio y la adopción para las parejas homosexuales.

La autodeterminación de los pueblos puede ser mencionada en el folleto, pero apenas se tiene en cuenta en este expediente. Y esto, incluso cuando la sociedad taiwanesa ha rechazado repetida y masivamente su suminación al partido-estado de Xi Jinping, partidario de la vigilancia generalizada y la persecución de las minorías. Y no vemos cómo una negociación cambiaría nada, ya que la diferencia de poder es gigantesca entre Beijing y Taipei.

Ciertamente, el texto evita cualquier provocación descarada. No encontraremos un equivalente a las declaraciones delirantes de Aurélien Taché, diputado de LFI, afirmando en un medio de comunicación confusionista que Taiwán sería similar a una Córcega sobre la que el régimen de Vichy hubiera tomado el control al final de la Segunda Guerra Mundial. Sin embargo, sigue siendo una posición que intenta complacer a la República Popular China, a la que los insumidos quieren acercarse más que actualmente.

Ausencia de un proyecto europeo

Pensar en la cooperación con Beijing es bastante natural. Sobre el cambio climático, los peligros de la inteligencia artificial, las cuestiones de salud o el control de los armamentos, los bienes públicos mundiales requieren encontrar terrenos de entendimiento o, como mínimo, de reducir conflictos.

Sin embargo, para los insumisos, esto va más allá: siendo los Estados Unidos en declive la principal fuente de inseguridad en el mundo, es esencial para ellos enfrentar a "la primera potencia productiva mundial" en su agenda a favor del "interés humano general". Aunque sea para asumir algunos llamamientos a la solidaridad entre los pueblos, para tomar al pie de la letra a las autoridades chinas exaltando una “civilización ecológica” y mostrarse fascinados por sus “proezas espaciales”.

Sin embargo, los autores del folleto se defienden de toda ingenuidad, afirmando que toda cooperación bilateral debe hacerse con “independencia estratégica” y “el respeto mutuo de ambas soberanías”. Esto ilustra bien la sobrevaloración algo romántica del poder francés en el mundo, que atraviesa todo el documento.

Dado que China ha alcanzado las capacidades que tanto impresionan a los insumisos, pero que Francia está atrapada en una acumulación capitalista sin aliento, ¿cómo se le incitaría a tratar a Francia en pie de igualdad? Comprometida por sus propios intereses en un “choque comercial” que amenaza a los aparatos industriales europeos, ¿por qué salvaría a París?

En el sistema internacional tal y como evoluciona, organizado en torno a polos de poder continentales, interactuar en pie de igualdad con China requeriría ante todo no presentarse dispersos frente a ella. Sin embargo, el folleto insumiso apenas dibuja un proyecto a escala europea, aparte del "concierto" ampliado a Rusia lo antes posible.

La Unión Europea (UE) es tratada como un objeto un poco engorroso, incluso si los redactores dicen sentirse comprometidos por la “cláusula de asistencia mutua” entre sus Estados miembros. Desde un punto de vista francés y de izquierda, los insumisos juegan a contrapelo: la integración europea es efectivamente lenta y contradictoria, una buena parte de los Veintisiete todavía lucha por imaginar un destino sin el protector estadounidense, y todo el continente se inclina claramente hacia la derecha.

Sin embargo, cabe señalar que el divorcio con Washington sería más fácil de aceptar por los países de Europa Central y Oriental si no hubiera dudas sobre el apoyo de los países más occidentales, incluida la izquierda insumisa, en caso de agresión rusa. También cabe destacar que el acceso al mercado europeo, si se utilizara como palanca estratégica, permitiría jugar un equilibrio de poder más que cualquier otro conjunto geopolítico.

A falta de estar convencidos de que la UE puede ser un marco relevante para producir bienes públicos para los que los Estados miembros no tienen los medios, los insumisos enumeran entonces los otros espacios gracias a los cuales Francia podría dar cuerpo a un “humanismo radical”. Algunos foros, en otros continentes, podrían así ser apoyados gracias a los territorios de ultramar, que los redactores y redactoras presentan como “vanguardias”, levantándose contra el desprecio racista del que son objeto pero contando con aprovechar este legado imperial.

Más extraña, la evocación de la “latinidad” da lugar a una prosa esencializante, bastante olvidadiza de las variedades de trayectorias históricas y contradictoria con la criollización alabada por Jean-Luc Mélenchon. Aprendemos así que “los espacios lingüísticos de la francofonía, la lusofonía y la hispanofonía, a los que hay que añadir Italia, Rumanía y Moldavia”, forman “un componente importante del pueblo humano”.

“Su profunda unidad, continúan las plumas insumisas, no se basa solo en hablar lenguas pertenecientes a la misma familia lingüística, sino en una visión del mundo que ha atravesado los siglos desde la antigua República Romana. De Roma, los pueblos latinos heredaron una concepción cívica de la nación, [...] y un cierto universalismo que hacía de la ciudadanía un principio de organización colectiva más allá de los orígenes particulares. Existe, por así decirlo, una ósmosis entre esta herencia filosófica latina y el necesario advenimiento del pueblo humano". 

Francia es más grande de lo que es

En igualdad de condiciones, esta búsqueda de un sustrato histórico-cultural, que abre afinidades a Francia hasta el corazón del Sur contemporáneo, recuerda el proyecto de “Global Britain” que fue atribuido al Reino Unido, a finales de la década de 2010, por algunos partidarios de su salida de la UE. El Reino Unido, afirmaron, podría proyectar de nuevo un papel global gracias a sus lazos en una Commonwealth renacida, transformando el plomo postcolonial en oro cosmopolita.

El resultado, como recuerda la investigadora Marie-Claire Considère-Charon en su reciente Geopolítica del Reino Unido (PUF, 2026), fue un fiasco. Todo apunta a que “la estructura heterogénea” y la “baja densidad institucional” de los espacios francófonos y latinos, como en el caso de la Commonwealth, impiden convertirlos en actores significativos en la transformación del sistema internacional, y Francia solo tiene en ellos una capacidad de arrastre reducida.

Escrito para el mundo de 2027, el folleto da la impresión de evocar una nación cuyo rango mundial fuera todavía el de la década de 1930. “Objetivamente”, nos recuerda el politólogo Philip Golub, “el declive de la posición de Francia no ha dejado de emperorar desde el presidente de Gaulle. A pesar de sus importantes activos, como su arsenal nuclear o su asiento en el Consejo de Seguridad de la ONU, no es una potencia global simplemente por su tamaño. Es principalmente en Europa donde Francia tiene un papel que desempeñar, con bastantes dificultades que superar". 

Hay Estados, a escala internacional, que juegan a una postura no alineada, sin duda. Apodados los “hedgers” (en los márgenes) por los académicos que los estudiaron de cerca, intentan navegar y escapar en parte a la nueva tenaza bipolar sino-estadounidense. Pero desde Indonesia hasta Brasil, pasando por la India y algunos países del Golfo, sus recursos humanos, energéticos, productivos y financieros superan con creces los de Francia, que, sin una alianza militar, también se verá obligada a gastar mucho más en su defensa, o asumir que es más vulnerable.

Hay que añadir que estos Estados no tienen las mismas ambiciones que las expresadas por LFI, es decir, cuestionar la acumulación desigual que desestabiliza al mundo. Las hábiles estrategias transaccionales no están a la altura del desafío, que consiste en construir solidaridades y reglas a largo plazo. Esta última tarea puede lograrse rechazando todo vasallaje, pero no sin construir alianzas aunque estén poco institucionalizadas.

El dilema había sido identificado en 1967 por el filósofo Pierre Hassner: “Para una potencia media cuya influencia y seguridad suponen un mínimo de orden internacional, es probable que la no alineación conduzca a todo, siempre que se saque a los demás. Lo que, tarde o temprano, equivale a salir uno mismo".

 

Fabien Escalona es doctor en Ciencias Políticas y autor de una tesis sobre La reconversion partisane de la social-démocratie européenne (Dalloz, 2018), y del ensayo Une République à bout de souffle (Seuil, 2023). Tras colaborar puntualmente con Mediapart, se incorporó al equipo de forma permanente en febrero de 2018. Es miembro del departamento de política, y también trabaja en temas internacionales y de actualidad en ciencias sociales.

[Fuente: www.mediapart.fr/journal/politique/130726/logique-et-travers-du-non-alignement-que-lfi-veut-pour-la-france?utm - reproducido en www.sinpermiso.info]

quinta-feira, 21 de maio de 2026

Tournée d’Emmanuel Macron en Afrique : « Les langues les plus parlées sur les rivières du fleuve Congo sont les langues bantoues, et pas le français », selon Loup Viallet

Ce mercredi s’est achevée en Éthiopie la tournée de 5 jours d’Emmanuel Macron sur le continent africain. Une tournée notamment marquée par la tenue au Kenya les 11 et 12 mai du Sommet Africa Forward et l’annonce par Emmanuel Macron d’investissements à hauteur de 23 milliards d’euros. 

Propos recueillis par Julian Herrero

Pour le géopolitologue Loup Viallet, auteur de La fin du franc CFA et Après la paix : défis français, publiés chez VA Éditions en 2021, la conception purement économique d’Emmanuel Macron des relations entre la France et l’Afrique est une impasse mortifère.

Epoch Times – « C’est un continent que je ne veux plus que la France regarde d’un côté comme étant un pré carré où les dirigeants d’entreprises auraient en quelque sorte tous les droits ou tous les contrats qui leur seraient garantis parce que c’était l’Afrique francophone », a déclaré Emmanuel Macron à Nairobi à propos de l’Afrique. Qu’est-ce que cette déclaration dit de sa conception des relations entre la France et le continent africain ?

Loup Viallet – La grande erreur d’Emmanuel Macron aura été de reprendre les refrains de ses prédécesseurs consistant à dire que le temps de la Françafrique est révolu, alors qu’il l’est depuis bien longtemps, et à promouvoir une vision essentiellement économique des relations entre Paris et l’Afrique en niant sciemment les menaces existentielles que représente la déliquescence de ce continent pour nous.

Cette conception purement économique peut être interprétée de deux manières.

Soit Emmanuel Macron est aveugle aux enjeux du continent africain et ne comprend pas que l’Afrique n’a jamais été aussi fragile et est devenue l’épicentre d’un chaos sécuritaire et migratoire aux conséquences désastreuses pour l’Europe ; soit il agit consciemment. Dans les deux cas, il agit comme un dirigeant postnational insensible aux périls identitaires que provoque l’immigration massive africaine en Europe.

Quel bilan faites-vous de la politique africaine d’Emmanuel Macron ?

Un bilan peu reluisant … Sous sa présidence, la France est sortie humiliée de cinq pays d’Afrique francophone. Le coup d’État survenu au Niger en juillet 2023 est probablement l’exemple le plus marquant de la politique africaine du chef de l’État. À l’époque, la France a abandonné l’un de ses fidèles alliés, le président Bazoum, manquant ainsi à sa parole. Aujourd’hui la France soutient encore la monnaie de pays qui l’ont humiliée, le Mali, le Burkina, le Niger, la Centrafrique et… les Comores (à qui la France vient d’octroyer une aide budgétaire de 1,5 million d’euros pour financer notamment son assurance maladie généralisée… alors que ce pays revendique la souveraineté sur Mayotte et refuse le rapatriement de ses ressortissants arrivés illégalement sur l’île).

Mais ce qui est particulièrement frappant, c’est que même sur les questions économiques, sur lesquelles il a pourtant parié pour rebâtir des relations entre la France et l’Afrique, Emmanuel Macron est dans l’erreur. Les PIB de l’ensemble des pays africains conjugués sont égaux à celui de la France. Chercher, comme le fait le chef de l’État, à établir un rapport d’égal à égal avec le continent africain relève d’une absurdité totale.

Au fond, l’erreur des présidents français de ces trente dernières années n’a-t-elle pas été de croire que les flatteries permettraient à la France, ex-puissance coloniale, de se faire bien voir en Afrique ?

Je pense que toutes ces flatteries sont insincères. Je vois surtout à travers les propos visant à nous repentir une volonté de prendre les Africains pour des idiots et de leur promettre tout et n’importe quoi.

J’ai entendu à plusieurs reprises le Quai d’Orsay et l’Élysée affirmer qu’ils feraient tout pour qu’un État africain obtienne un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. J’ai également entendu que la croissance économique du continent africain était exponentielle.

Évidemment, cela n’a pas de sens. Un pays africain ne va pas rejoindre de sitôt le Conseil de sécurité. La France ne peut évidemment pas coopter de membre supplémentaire.

Par ailleurs, la croissance africaine est en trompe-l’œil. S’il est vrai que beaucoup d’États du continent ont des croissances à deux chiffres, ces dernières reposent sur des fondamentaux extrêmement pauvres à l’instar de l’exportation de café, de cacao, de bananes et autres matières premières (métaux, hydrocarbures).

Ce sont en réalité des croissances appauvrissantes qui nourrissent les castes au pouvoir mais affament leurs peuples. Elles viennent déconstruire un mythe auquel ont longtemps cru des économistes et auquel continuent de croire nos dirigeants : celui d’une Afrique appelée à devenir le moteur de la croissance mondiale.

Devant l’échec de l’afroptimisme, les dirigeants européens postnationaux comme Macron considèrent les Africains comme de la chair à consommation. Ne pas lutter contre l’immigration massive africaine, c’est intégrer à la fois de nouveaux travailleurs à bas coût sur le marché du travail (au noir) et surtout de nouveaux consommateurs pour un modèle économique qui ne se satisfait pas d’individus qui épargnent trop.

Le chef de l’État a annoncé au sommet Africa Forward 23 milliards d’euros d’investissements incluant 14 milliards d’investissements français et 9 milliards d’investissements africains. Cette diplomatie de l’investissement peut-elle aider à renouveler les relations entre la France et l’Afrique ?

 Ce n’est que de la poudre aux yeux. Ces investissements ne serviront qu’à doper moyennement la croissance de grands groupes français et à concurrencer les entreprises anglo-saxonnes déjà présentes en Afrique de l’Est. Le peuple français n’est en rien gagnant dans cette équation.

Nous sommes en plein dans une entreprise de communication qui ne fait que déplacer un face-à-face entre l’Afrique et l’Europe provoqué par le désordre sécuritaire et migratoire en Afrique. En quelques années le Sahel est devenu l’épicentre du djihadisme, du trafic de drogue, du trafic d’être humains et d’une émigration incontrôlée qui menace la stabilité de l’Afrique de l’Ouest côtière, des États d’Afrique du Nord et de notre frontière sud. Nous payons déjà l’addition de cette catastrophe.

Cette tournée d’Emmanuel Macron s’est essentiellement déroulée en Afrique anglophone et non francophone. Est-ce la preuve qu’il est très difficile pour la France d’entretenir des relations normales avec l’Afrique francophone ?

Nous ne pouvons pas reprendre des relations normales avec nos anciennes colonies qui demeurent malheureusement très faibles, tant sur le plan politique qu’économique.

Aujourd’hui, la plupart des pays du Sahel sont des États faillis. Le Mali, par exemple, est-il encore un État aujourd’hui ? Je crois que non.

L’erreur de ceux qui nous dirigent est de projeter le logiciel européen sur l’Afrique. On ne peut pas « normaliser » des relations avec le Ghana, le Mali ou le Niger comme nous l’avons fait autrefois avec nos voisins britanniques ou allemands.

Ce qu’il nous faut, c’est établir des relations franches et exigeantes avec ces nations africaines, voire entamer un bras de fer et in fine, faire en sorte que les populations ne cherchent plus à émigrer en Europe, et que les États en question reprennent leurs ressortissants entrés illégalement sur notre territoire. Que les États qui bénéficient du franc CFA, soutenu par la France, rendent des comptes sur la gestion de cette monnaie, qui leur permet une stabilité financière unique sur le continent…

Le président de la République a également surpris en déclarant que « l’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo » …

C’est un propos mensonger. Les langues les plus parlées sur les rivières du fleuve Congo sont les langues bantoues, et pas le français.

Le Français n’est qu’une langue qui permet à des ethnies différentes de communiquer entre elles. C’est une langue commune, une langue administrative. Mais ce n’est pas la première langue des Africains.

Le cœur battant de notre langue est à Paris, en Normandie, sur les rives de la Loire, mais aussi en Belgique, en Suisse et au Québec. C’est notre langue maternelle, celle de nos ancêtres, de notre imaginaire, de nos arts.

Prétendre le contraire revient à trahir notre identité nationale, notre mémoire et, au fond, à trahir l’identité même des peuples africains.

Mais derrière cette déclaration, Emmanuel Macron rejoue surtout la musique de la Francophonie à laquelle il nous a habitués. Pour ma part je pense que nous devrions démanteler l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui n’est rien d’autre qu’un faux-nez néocolonial et qui aujourd’hui, n’a plus lieu d’être. Ironie suprême, la cheffe actuelle de l’OIF est une ancienne femme politique rwandaise, dont la langue maternelle est le kinyarwanda (une langue bantoue) et la langue secondaire l’anglais.

 

[Photo : Loup Viallet - source : www.epochtimes.fr]

sábado, 16 de maio de 2026

Macron no parla en patuès!

Macron no ens va defraudar, el seu discurs no va amagar en cap moment la seva actitud jacobina. 


Escrit per Maria Cucurull

Filòloga

 

El règim polític vigent a Andorra és el de coprincipat parlamentari. Tenim un cap de Govern escollit democràticament que col·loquialment anomenem el Cap; i els dos coprínceps (l’episcopal i el francès) que de manera indivisa són caps d’Estat. De què serveixen? Doncs segons la Constitució d’Andorra, un cop el Consell General (l’equivalent al Parlament) aprova una llei, es presenta als coprínceps perquè la sancionin i la promulguin.

El copríncep episcopal puja sovint al país, viu al Palau Episcopal, a la Seu d’Urgell, i li queda a prop. En canvi, el copríncep francès, que és el president de la República Francesa sol fer, a tot estirar, una visita en cada legislatura. Macron ha vingut recentment per segona vegada i atès que el mes que ve acaba el seu mandat a França i que no es pot tornar a presentar, aquí s’acaba la seva etapa com a copríncep.  

Cada cop que es rep el president de la República, el país pateix la síndrome aquella del “Benvingut Míster Marshall”. Un dels clàssics és que els carrers s’engalanin de banderoles andorranes: els fanals de l’avinguda principal es tenyeixen d’andorranitat, també podem trobar banderes als aparadors de les botigues i als balcons; ara bé, les realment grosses onegen de dalt a baix als edificis institucionals. L’altre imprescindible és la necessitat de paralitzar el país per rebre el copríncep amb honors. Andorra s’atura per decret! Uns dies abans de la visita, el Govern va publicar una disposició excepcional que obligava a interrompre l’activitat laboral del 28 d’abril des de les dotze del migdia fins a dos quarts de tres de la tarda. Dues hores i mitja festives, retribuïbles i no recuperables. Així, s’assegurava que es pogués omplir la Plaça del Poble amb el poble, una oportunitat única per transportar-nos a l’edat mitjana i viure de primera mà com es devia sentir el vassall davant el senyor.

I Macron no ens va defraudar, el seu discurs no va amagar en cap moment la seva actitud jacobina. “Andorra no existeix sense el plurilingüisme i Andorra es defineix també per un lligam amb la francofonia”. I França existeix sense el plurilingüisme? Vaja! I va continuar a la seva: “Saludo els polítics, actors… tots al servei de la francofonia”. Hi ha res més feudalista que fer-te posar al servei de la seva llengua? Magnífic! I encara més: “Una llengua compartida, que té la força de permetre als joves i als no tan joves de desenvolupar-se en una comunitat històrica de 400 milions de parlants” i acabava demanant que ens sentíssim orgullosos de parlar francès.   

Bé, la història aquella de sempre, tampoc no és un discurs gaire innovador el de disfressar el plurilingüisme d’universalitat, d’oportunitat i de progrés. El portaveu del Govern d’Andorra va atribuir a “qüestions d’origen social o nacional” que li fos “difícil” de parlar en català. Ja em perdonareu, però no acabo d’entendre’n el motiu. La gran sort és que “la llengua no va ser una barrera per impregnar-se de la realitat andorrana”.   

Aprofitant l’avinentesa, he xafardejat l’Instagram de Macron i he trobat que en el seu darrer viatge oficial a Grècia va escriure al seu Instagram unes paraules en grec: Ελλάς, Γαλλία, Συμμαχία! (Grècia, França, aliança!) i durant el seu discurs fins i tot va dir alguna frase breu en llengua grega.  Sembla que és habitual que Macron tingui el detall de pronunciar algunes paraules en la llengua del país on fa la visita oficial, també ho va fer a Armènia en la commemoració del genocidi de 1915 com un gest de respecte “davant la memòria de les víctimes”.

La pregunta és què hauria passat si Macron hagués parlat en una llengua que al seu país no té cap reconeixement i que es considera una simple llengua regional, és a dir, patuès. El menyspreu és únicament per qüestions d’estratègia política? Recordem que l’any 2015 el llavors primer ministre francès nascut a Catalunya, Manuel Valls, va rebre el cap de Govern d’Andorra, Toni Martí, a París i van mantenir la reunió en francès. I el paper d’Andorra en tot això? No hi ha prou coratge per fer valdre l’única llengua pròpia i oficial d’un país sobirà?

 

[Font: www.nuvol.com]

terça-feira, 10 de dezembro de 2024

Le Canada peine à retenir ses immigrants francophones

L’immigration francophone au Canada est loin d’être un succès. Une nouvelle étude montre que l’Ontario et le Québec perdent le tiers des nouveaux venus d’expression française. Explications.

Des étudiants internationaux et d'autres personnes font la queue pour prendre le bus à Brampton, une ville près de Toronto, au Canada, le 7 octobre 2024.

Le titre du rapport sur la migration au Canada – “Des occasions manquées 2024”, en français – du Conference Board of Canada, un think tank spécialisé dans l’économie, en dit long sur la situation de l’immigration cette année, tout comme sa conclusion, que reprend Daily Hive : “Les immigrants quittent le pays en nombre record, en particulier les immigrants hautement qualifiés, ‘dont le Canada a urgemment besoin’.” Le journal en ligne vancouvérois cite le président de l’Institut pour la citoyenneté canadienne, Daniel Bernhard, qui, dans l’avant-propos de l’étude, s’alarme de cette saignée : “Les artisans qui construisent nos maisons, les infirmières qui prennent soin de nos proches, les camionneurs qui facilitent le commerce, les entrepreneurs qui stimulent l’innovation sont de plus en plus nombreux à plier bagage.”

Problèmes systémiques de rétention

Les données du Conference Board of Canada montrent que 34 % des immigrants qualifiés quittent le pays dans les cinq ans qui suivent leur arrivée. Tout aussi inquiétant sont les chiffres de l’immigration francophone. L’ONFR, un média ontarien francophone, signale que “le pays perd le tiers de ses immigrants de langue française et que la majorité d’entre eux sont au Québec et en Ontario”, les deux provinces les plus peuplées et les plus industrialisées du Canada. Les auteurs de l’étude soulignent que c’est deux ans après leur arrivée au Canada que les immigrants d’expression française sont susceptibles de quitter le pays.

Daniel Bernhard précise que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre les raisons de ces départs, mais, dans le cas de l’Ontario, il soupçonne un manque de soutien apporté aux francophones dans les milieux anglophones de la province. De façon plus globale, relève-t-il dans les pages du journal Le Devoir, les défis en termes d’accès au logement et d’intégration par le biais du tissu social “pèsent aussi lourd dans la balance”.

Le quotidien rapporte qu’Ottawa a annoncé en octobre une augmentation de ses objectifs en matière d’immigration francophone hors Québec par rapport à l’ensemble des admissions de résidents permanents, pour les porter à 8,5 % l’an prochain, 9,5 % en 2026 et 10 % en 2027. Le Devoir souligne que le rapport est d’avis que sans une meilleure capacité de rétention ces objectifs “pourraient être difficiles à atteindre”.

 

Écrit par Martin Gauthier

[Photo : Ian Willms/NYT - source : www.courrierinternational.com]

sexta-feira, 3 de novembro de 2023

Jean-Martial Kouamé, linguiste : « De manière générale, la langue française se porte très bien en Afrique »

 Selon les statistiques, les deux tiers des locuteurs de français se trouvent aujourd'hui en Afrique. Et c’est sur le continent que sa pratique connaît la plus grande progression. Mais elle est aussi au cœur d’enjeux historiques, politiques et sociaux. Quel avenir pour la langue de Molière ? Dernier volet de notre série sur l'état de la francophonie en Afrique. 

                             Le français a été choisi comme langue d'enseignement dans beaucoup de pays d'Afrique.

Écrit par Aurore Lartigue

Jean-Martial Kouamé est professeur titulaire au département des sciences du langage de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan et directeur de l’Institut de linguistique appliquée d’Abidjan. Il est également membre du comité scientifique de l’Observatoire de la langue française de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). 

RFI : Quand on regarde les chiffres avancés par l’OIF, on a l’impression que l’avenir du français sur le continent africain est tout tracé. Pourtant, à travers notre série, on a le sentiment que la réalité est plus complexe. Comment diriez-vous que la langue de Molière se porte en Afrique ? 

Jean-Martial Kouamé : De manière générale, on peut dire que la langue française se porte très bien en Afrique, selon les données de l’OIF ou les statistiques compilées par l’Observatoire de la langue française. On observe que du fait de la démographie en Afrique, on a de plus en plus de locuteurs. Et surtout du fait de la scolarisation en français. Les enfants qui naissent dans ces pays à très forte démographie sont très vite en contact avec le français.

Dans les pays d'Afrique dite francophone, le français est la langue de l’enseignement. Mais dans la réalité, dans aucune de ces États la totalité de la population ne parle français. Comment l’expliquez-vous ?

Les cas de figure ne sont pas les mêmes. On a des pays qui ont une langue majoritaire, une langue qui sert déjà de véhiculaire, langue d’intercompréhension, c’est le cas du Sénégal, avec le wolof parlé par 90% de la population. Ou de la Centrafrique où les populations vont utiliser le sango parlé par plus de 90% de la population. Mais ce qui fait la part belle au français, c’est qu'en Afrique, on est souvent dans une situation de multilinguisme. C'est le deuxième cas de figure, qu'on trouve en Côte d'Ivoire où il y a une soixantaine de langues, au Burkina Faso où il y en a une cinquantaine, mais aussi au Gabon ou au Cameroun. Aucune langue ne domine donc il y a un besoin de communication, et le français devient la lingua franca, le véhiculaire. Dans ces pays-là, on se rend compte que les enfants vont acquérir le langage par le français, à l’école, mais qu'il y a aussi une transmission familiale du français, surtout en zone urbaine.

Dans les pays où sont réalisées des expériences d'apprentissage bilingue, en français et en langue locale, les résultats sont bien meilleurs.

Il y a donc un fort enjeu sur l’école, sur la qualité de l’enseignement…

Tout à fait. Le problème, c'est que souvent l’enseignement du français s’est fait au détriment de la valorisation, de la promotion des langues locales. Alors que ces langues-là vont avoir un impact sur l’apprentissage du français et c’est d’ailleurs pour ça que l’OIF a initié depuis un certain nombre d’années le programme école et langue nationale (ELAN), qui va prendre en compte la première langue des populations dans la scolarisation. Dans les pays où sont réalisées les expériences d’apprentissage bilingue en français et en langue locale, on se rend compte que les résultats obtenus par les apprenants sont bien meilleurs comparés à ceux dont le français est unique langue d’apprentissage.

À travers notre série de reportages, on voit que les langues locales sont de plus en plus utilisées, favorisées. Je pense notamment au wolof, au Sénégal. L’avenir du français en Afrique se situe-t-il dans cet équilibre à trouver entre promotion des langues locales et promotion du français ? 

Oui j’irais dans ce sens en effet. La Côte d’Ivoire par exemple a fait il y a quelques années un constat d’échec concernant l'enseignement du français. L’Institut de linguistique appliqué d’Abidjan avait été créé pour renforcer son apprentissage. Mais chemin faisant, les professeurs se sont rendu compte que les difficultés que rencontraient les apprenants dans leur apprentissage du français étaient dues à l’influence des langues premières sur le français. L’enseignement du français était fait sans la prise en compte de ces langues. Le français se retrouve aujourd’hui sur les cinq continents, il est au contact avec le quart des langues de la planète, plus de 1 500 langues sont aujourd’hui au contact du français. Ne pas en tenir compte, c’est une erreur didactique qui commence à être corrigée par les instances de la francophonie. C’est connu que dans tout apprentissage langagier, une langue première va avoir une influence. Il faut en tirer profit.

Les pays d'Afrique où l'on trouve le plus de francophones.                             Les pays d'Afrique où l'on trouve le plus de francophones. © Studio graphique FMM
 

Ce développement des langues locales peut-il expliquer cette impression de « recul », de « perte de vitesse », ressentie pour le français ?

Il ne faut pas toujours penser le développement des langues en termes de concurrence. Dans ces pays, les autorités se sont rendu compte que ces langues représentaient de vrais trésors, qu'on se privait d’une manne important du savoir. C'est pourquoi il faut les développer, en faire la promotion, et ne pas penser que parce que ces langues gagnent du terrain ou sont plus mises en avant, le français va reculer. Il s’agit dans la plupart des pays francophones aujourd’hui de valoriser des langues qui pendant longtemps ont été minorées, pour en tirer ce qu’il faut pour le développement. En Côte d'Ivoire, les données statistiques de l’Unesco et du ministère de l’Éducation nationale indiquent qu’il y a 47% d’analphabètes : près de la moitié des habitants du pays n’a pas accès à l’information officielle qui est donnée en français. Mais vous voyez bien que développer ces langues pour que ces populations aient accès à l’information ne veut pas dire que le français est en train de perdre du poids. On a besoin du français, le français est une langue internationale.

Pour vous, il n’y a pas de données qui permettent d’attester d'une baisse de niveau dans des pays comme la RDC ou l'Algérie ?

La RDC est un pays multilingue, comme dans beaucoup de pays en Afrique. Vous avez sur le territoire plus de 221 langues et parmi elles, il y en a quatre qui servent de véhiculaires, mais il n’empêche que le français est utilisé au quotidien comme langue d’intercommunication ou langue véhiculaire pour les populations. Je suis allé à Kinshasa et j’ai pu voir que les gens parlaient lingala mais que le français était aussi bien présent. Donc de mon point de vue, le français n’est pas en perte de vitesse, le français continue d’être utilisé au quotidien.

Un pays comme l’Algérie, où l'on a vu se mettre en place une politique d’arabisation qui a fait un peu d’ombre au français, reste le troisième pays le plus francophone au monde. Donc même si d’un point de vue officiel le français n’est pas reconnu comme une langue à statut privilégié, dans les faits, le français est dans la vie quotidienne des populations. La télé est regardée en français, le français est présent dans les foyers...

Il y a l’Algérie qui a introduit l’anglais dès le primaire... Il y a aussi le Mali, où la junte au pouvoir a décidé d'ôter à la langue de Molière son statut de langue officielle. Le français est donc toujours vu comme le vecteur d’une influence française, une influence coloniale en Afrique, et demeure donc toujours à ce titre objet de méfiance ?

Ce sentiment part du vécu colonial. Lors de la période de la colonisation, plusieurs décrets, plusieurs arrêtés ont interdit l’usage des langues locales dans les interactions entre les colons français et les populations. Pendant longtemps, rien n’a été fait pour réhabiliter ces langues, et aujourd’hui, dans les rapports conflictuels qu’il y a entre la France et certains pays, ces ressentiments ressortent. Mais je pense que la francophonie est en train de comprendre cette réalité et d'essayer de corriger les choses pour que la francophonie ne soit plus vue comme un espace d’impérialisme linguistique.

Le français n'est plus la propriété de la France ; c'est devenu aujourd'hui la propriété de plusieurs pays africains.

L’année dernière, les mots « go » (petite amie), « brouteur » ou « babtou » ont fait leur entrée dans le dictionnaire Petit Robert. Des mots d’origine africaine qui contribue à la vitalité de la langue française. Cela témoigne au contraire d’une appropriation de la langue ?

Dans les faits, je peux parler d’appropriation du français en Afrique, au point que, de mon point de vue – d’autres intellectuels n’ont pas le même point de vue –, le français n’est plus la propriété de la France. C’est devenu aujourd’hui la propriété de plusieurs pays africains. Le problème, c'est que l’Académie française continue de jouer les censeurs et de proscrire certains usages qui ne sont pas reconnus comme des usages du français en France. Mais non, il faut que ces mots de vocabulaire soient intégrés dans le dictionnaire français, comme avec le projet du « dictionnaire des francophones ». Quand il s’agit de compter le nombre de francophones, on compte les francophones de tous les pays, mais quand il s’agit de valoriser l’usage, on va valider au compte-gouttes quelques mots. Il faut assumer les différentes variations de la langue française. Il faut que, dans l’espace francophone, les différents vocabulaires comme les différents accents soient acceptés. Que cela devienne un patrimoine de la francophonie : il ne faut pas rester à surveiller la langue comme si elle était en danger. Toute langue évolue, varie, et c’est ce qui fait que des langues comme l’anglais ont connu un développement phénoménal.

Avez-vous parfois l’impression que le français parlé en Afrique est considéré comme un « sous-français », et que les francophones africains sont considérés comme des locuteurs de seconde catégorie ? 

C’est l’impression que l’on a quand on voit qu’on insère un ou deux mots venus d’Afrique dans le dictionnaire et qu’on fait beaucoup de bruit autour comme si c’était quelques chose d’extraordinaire. Il y a une pléthore de mots qui émergent et sont validés par les populations, qui sont repris sur les chaînes officielles, dans les conversations, sur internet... Cela fait partie du patrimoine. D'autant que, plus on a de locuteurs, plus on impose la norme. Aujourd’hui, l’anglo-américain a pris le pas sur le british. Le portugais parlé au Brésil est plus valorisé que le portugais parlé au Portugal. C’est comme cela que ça se passe.

 

[Photo : Getty Images - Pascal Deloche - source : www.rfi.fr]