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terça-feira, 6 de janeiro de 2026

Peter Handke : terrain de jeu libre (Tête-à-tête)

 

Peter Handke, Literatur-Ausstellung, Sitft Griffen #1, Bezirk Völkermarkt, Kärnten ©Naturpuur/WikiCommons

Écrit par Adrian Meyronnet

Depuis quelques années, Peter Handke publie des livres de plus en plus fins. Tête-à-tête ne fait pas exception. Non pas que l’écrivain n’ait plus rien à dire mais que chaque mot soit employé avec le plus de justesse possible.

On ne comprendra rien du dernier livre de l’auteur si l’on n’en prend pas acte dès la première ligne. Foncièrement différent de Ma journée dans l’autre pays – Une histoire de démons, publié l’an dernier, Tête-à-tête met en scène deux voix qui se répondent et ne cessent de s’expliquer, et ce seul argument pourrait suffire pour donner envie de le lire, tant il est vrai que le dialogue est de plus en plus absent de notre époque.

Dès les premières répliques, les deux amis s’opposent d’une façon qui n’est pas sans rappeler les acolytes de Beckett. Eux aussi attendent. Ils sont les veilleurs « d’une veille absurde ». C’est une sorte de jeu. « Assez regardé dans le vide », dit le premier. « De vide, pas question. Ou bien si », répond le second.

Comme toujours, chez Handke, l’épopée se niche dans les détails, ou bien dans une formule. Le livre a beau être court, il n’en est pas moins constellé. Le dialogue permet des formules à mi-chemin entre le théâtre et la poésie, sinon la chanson de geste réactualisée.

Ici, la légende passe par deux fous, singuliers à leur façon. L’un est habité par le souvenir de son grand-père, « le seul aïeul rencontré de [s]a vie », un « spécialiste de l’aller-loin », quand l’autre est obsédé par l’idée de raconter. Mais ces voix pourraient tout aussi bien se confondre et n’être en vérité qu’une seule, vestige d’une conversation avec soi-même, si l’un ne veillait pas au temps de parole de l’autre.

Dans de très belles pages, Handke propose un éloge du langage, en tout cas du récit : « Voilà comment depuis tout petit, d’une scène vide d’hommes j’ai attendu quelque chose comme un peuplement magique ». Cette déclaration d’amour se mâtine parfois de reproches non dissimulés : « Vous avez étranglé, étouffé, souillé, assassiné cette langue, la seule vraie, la seule qui vaille au monde, avec la langue de faussaires d’un faux empire, une non-langue comme jamais auparavant dans l’histoire des hommes — bestialité totale, en fait de langue ».

Qu’importe, au fond, si on a oublié l’histoire que l’on veut raconter. L’esprit des lieux subsiste. L’attente, le décor continuent de nous peupler des décennies après. Ce qu’on veut raconter est peut-être impossible à raconter ; il faut alors s’en remettre à la sensation, aux bribes, et c’est le plus touchant dans le texte de Peter Handke.

On a beau débattre de Victor Hugo grand-père et de Rilke, de théâtre ou de cinéma, il est toujours question de ce qui sans cesse relance la littérature : « Il n’y a plus rien à raconter. Ou bien si, peut-être, maintenant que tu viens à moi avec ton ‘Raconte !’ ». Et tout récit n’est que « pure musique ». Mais ce son, cette musique, sont choses fragiles. Il suffit d’être face à l’ami ou la personne tant attendue pour que le désir de raconter s’émousse.

Parfois, le texte prend allure de testament ou de confession : « Les événements ou scènes qui me poursuivent sont souvent venus à ma rencontre dans les lieux proches ». Ou bien : « Longtemps il n’y a rien eu à raconter. Un grand cri perçant retentissait à travers la ville ». Que l’on songe aux frelons présents dans ces pages, à l’autre pays, ou bien à une maison dont on sort en pleine nuit, les renvois au reste de l’œuvre abondent. D’autres phrases prennent alors l’allure de prophéties : « Ah, musique des voix frêles. Écoutez les voix frêles, elles articulent le futur ».

Ni dispute ni explication, encore moins entretien, Tête-à-tête est peut-être davantage un échange entre partenaires, une invitation à la présence pure ou une réflexion sur la figure énigmatique d’un aïeul qu’il convient d’aimer mais de ne pas trop idolâtrer. Handke se pose lui-même la question : « Poème ou pas : en fin de compte j’ai bien quelque chose à raconter ». C’est bien là l’essentiel. Et cette traduction de Julien Lapeyre de Cabanes est un « terrain de jeu libre » dont la beauté de la langue retentit à chaque page.

 

Peter Handke, Tête-à-tête, éditions Gallimard, novembre 2025, 64 pages, 12€. Traduction : Julien Lapeyre de Cabanes


[Source : www.diacritik.com]

sexta-feira, 14 de junho de 2024

« Dialogues intérieurs à la périphérie », par Peter Handke : un journal essentiel

Critique  : Peter Handke ou l’art de tout dire en peu de mots !


Écrit par Didier Jacob

Depuis toujours, Peter Handke tient son journal. C’est l’antichambre de son écriture, le laboratoire où il expérimente ses idées nouvelles, la salle de fitness où il se confronte aux poids lourds de la littérature. N’allez pas croire, cependant, que vous y trouverez le récit de ses voyages ou de ses dîners en ville. Handke, c’est l’anti-frères Goncourt. Si une bombe atomique tombait sur son village (il réside en France depuis de longues années), vous seriez, en lisant son journal, les derniers à en être informés. Tenez, son prix Nobel. Ça n’est pas tous les jours que ça vous tombe sur le poil. Eh bien quand il le reçoit, en 2019, il n’y fait aucune allusion. Comme Kafka qui, le 2 août 1914 (l’Allemagne venant de déclarer la guerre à la Russie), notait dans son Journal : « Après-midi piscine. »

Que trouve-t-on donc dans « Dialogues intérieurs à la périphérie » ? Des aphorismes qui semblent droit sortis du cerveau de Parménide. Des observations sur le monde qui nous entoure, où l’on sent que l’écrivain n’a pas seulement les pieds sur terre, mais enracinés dans le sol essentiel. Un monde où le paysage tient le rôle principal, secondé par des intervenants divers : merles qui dialoguent sur la branche, flocons tombant dru, vent murmurant. …

 

[Photo : LAURA STEVENS MODDS  - lisez l'intégralité de ce billet sur www.nouvelobs.com]

quarta-feira, 26 de abril de 2023

Wim Wenders: «La veritat està en perill d’extinció»

 El director ofereix una roda de premsa en la seva visita al BCN Film Fest

                                      Wim Wenders al BCN Film Fest

Escrit per Agus Izquierdo

Carrer Verdi tallat per un set de photocall i un humil però visible dispositiu de policia municipal que custodia les portes dels cinemes, seu del BCN Film Fest. En la seva setena edició, el festival acull la visita d’un dels cineastes més prestigiosos i valorats del cinema contemporani. Conxita Casanovas, directora de l’esdeveniment, el presenta en la roda de premsa dirigida a periodistes, que es va celebrar el passat divendres 21 d’abril: “Wenders és un artista, és un creador, un intel·lectual. Una figura difícil d’encasellar en una sola etiqueta”. Incombustible, l’alemany, als seus 77 anys, respon les preguntes de premsa amb paciència i atenció.

El director és sobradament conegut, sobretot, per ser el pare creador de París, Texas, obra de culte protagonitzada per Harry Dean Stanton i Nastassja Kinski (no per casualitat, imatge del cartell del festival). Però també és responsable de títols com The Salt of the Earth, Alice in den Städten o Wings of Desire, que entre altres, marquen la seva heterogènia filmografia (que es pot veure en retrospectiva al BCN Film Fest d’enguany).

Recalcitrant, contundent i mutant, el cinema de Wenders és celebrat per aquesta mirada dels fets cínica i intensa i, alhora, curiosa, innocent i documental. Una forma de veure la vida moderna i atemporal. Potser per això arrencava la seva intervenció recordant una cançó de Bob Dylan, “My Back Pages”. Concretament, Wenders citava aquella frase que predica “I was so much older then, I’m younger than that now”. “És una cançó preciosa”, comentava, i afegia: “L’edat és irrellevant. L’única cosa que importa és el que fas ara i jo, en aquest sentit, em sento molt jove. L’edat no importa. Quan anem al cel no hi haurà edat, serem qui voldrem ser”. El cineasta també dedicava un record a Carlos Saura (que ha mort aquest any): “No va canviar mai. Sempre va ser una gran persona i sobretot, un gran cineasta”.

Quan literatura i cinema cohabiten

A les portes de Sant Jordi, en un exercici de casualitat atractiva, algú va preguntar Wenders pels seus dos guionistes més íntims, els escriptors Sam Shepard i Peter Handke: “Han estat i continuen sent persones molt importants a la meva vida”. La col·laboració amb el primer es va materialitzar, primer, amb Paris, Texas (1984) per consolidar-se després amb Don’t Come Knocking (2005). “Shepard sempre m’ha fascinat com a dramaturg però també com a persona. Em sentia atret pel seu estil solitari i esquerp: era alt, prim, no li agradava tenir l’atenció i a vegades desapareixia. Tenia una personalitat explosiva. Durant una època, vaig perseguir les seves obres: vaig veure funcions seves, ja fos a Nova York, o a San Francisco. Sempre m’ha agradat molt com mantenia la qualitat de tot el que feia”. Wenders va voler deixar clar que Shepard “també va ser un escriptor. Potser no en el sentit estricte del terme, però per mi va ser un gran escriptor, a banda de dramaturg”.

Amb Peter Handke es van conèixer als anys seixanta, molt abans que un guanyés la Palma d’Or i l’altre el Nobel de Literatura. “Vam viure en la mateixa regió, hem treballat plegats en diferents ocasions i podríem dir que hem evolucionat junts com a artistes.” El treball conjunt, però, va donar els seus fruits: el tàndem director-guionista signaria títols reverenciats: Wings of Desire; The Goalkeeper’s Fear of the Penalty i The Wrong Move.

I en referència a la seva coalició amb escriptors i guionistes, Wenders va reconèixer que “aviat em vaig adonar que necessitava ajuda per escriure guions i pel·lícules”. Curiosament, però, el director mai va pensar immediatament en guionistes, sinó directament en escriptors i dramaturgs.

“Els escriptors són persones solitàries”

Malgrat la seva relació amb els escriptors, Wenders considera que són “persones extremadament solitàries” i per això “no m’agradaria convertir-me’n en un. No podria ser escriptor, perquè necessito escriure i després compartir. No puc treballar hores davant d’un portàtil o una màquina d’escriure sense la possibilitat d’estar acompanyat d’altra gent”. El cineasta, que sembla valorar el treball en equip en una determinada fase del procés, explicava: “Necessito parlar, demanar opinions a altres persones. Admiro els directors que escriuen els seus guions sense cap ajuda externa. Jo ho vaig provar, al principi, però vaig adonar-me que fent-ho així, no era feliç”.

Aquesta essència arrelada a un humanisme artístic i social explica la seva devoció no només per a explicar històries, sinó també per enregistrar fets. L’any 2001, amb la caiguda de les Torres Bessones al WTC, Wenders va realitzar un seguit de fotografies panoràmiques dels atemptats, que va acabar exposant al món i, també, al nostre país a través del museu de la Fundació Sorigué a Lleida (es van poder veure entre 2013 i 2014): “L’11S va canviar la configuració del món, així com ho ha fet ara la pandèmia. Ha canviat la nostra concepció de veritat. Ningú es posa d’acord amb què és cert o què és mentida. La veritat és una espècie en vies d’extinció”, va declarar el passat divendres.

La covid i el confinament, afegia, són fenòmens que han “disminuït el concepte de bé comú i de pau, i de convivència social. El de bé comú és una noció que desapareix ràpidament, i que cada vegada té menys importància entre les noves generacions”, lamentava. “I continuarà en declivi. És un procés que no es pot revertir. Res tornarà a ser com abans. Aquesta és una realitat que hem d’acceptar i ara toca fer una cosa molt important, que és preguntar-nos: què podem fer, com a societat, davant d’això?”. Aprofitant l’avinentesa, Wenders va anunciar un nou projecte: “A propòsit d’això, sobre guerra i pau, estic treballant en una producció que espero que agradi, i que al meu públic li sembli entretingut”. La pau com a epicentre, com a motor d’una millora: “Sense pau no hi ha veritat, i tampoc hi ha una possible reconstrucció del bé comú”.

                                            Wim Wenders al BCN Film Fest

“Si no fos un optimista etern, no m’hauria dedicat al cinema”

Des de Núvol, vam preguntar al cineasta si davant tanta convulsió i incertesa continuava mantenint aquell optimisme contingut que sempre l’ha caracteritzat: “Si no fos un optimista convençut, mai no m’hauria dedicat al cinema”, ens replicava. “No faria pel·lícules sense optimisme. Seria incapaç. No sé com carai ho fa Woody Allen”. Aleshores, pensa uns segons i remata: “És clar que soc optimista, només els optimistes podem canviar la societat i fer del món un lloc millor. Els pessimistes amaguen el cap sota terra”, diu, i entona alegrament el “vamos a la playa”.

Wenders fa pel·lícules des que sap que existeixen: “Un dia vaig descobrir el cinema i ja no hi va haver marxa enrere. De petit, havia volgut ser arquitecte, pintor, sacerdot, escriptor i músic. Al final, vaig optar per la pintura, i, de fet, era pintor quan vaig fer la meva primera pel·lícula”. Va ser quan el cineasta va assaborir un cinema que ell va entendre com una entitat polivalent, nodal, multifacètica: “El cine incorpora fotografia, art, música… Té tot el que jo volia fer. Per això quan vaig descobrir el cine va ser un descobriment màgic. El cinema també sana i repara”, comentava.

Artista apassionat i autoconscient, també va afirmar que “m’he pogut guanyar la vida fent pel·lícules, soc un privilegiat”. Potser per aquest motiu té el compromís de treballar amb vocació i honestedat: “Encara que la gent i els productors t’obliguin a creure que les teves pel·lícules són productes, tu mai ho has de sentir així perquè és absurd. Fes-ho veure perquè et deixin en pau, si vols, però en el fons les pel·lícules t’han de sortir del teu cor. Perquè el teu cor és art i és cultura, i no s’ha rendir mai a la indústria”, apuntava, gairebé emetent un consell desesperat als nous directors. “Tots els joves tenen alguna cosa a mostrar, de dins seu, i si ho necessiten, cal que ho treguin i que ho expliquin. Potser és arriscat fer-ho, però és millor assumir el risc que no fer-ho i morir sense saber si la teva història ha ajudat a altra gent”.

A Canes, novament i per partida doble

Sempre present i actiu, Wenders torna a ser actualitat i notícia perquè tornarà a Canes, el festival que li va donar la Palma d’Or per Paris, Texas l’any 1984. Ho farà per partida doble: competirà en la secció oficial amb Perfect Days, drama protagonitzat per un netejador de vàters de Tòquio, amant de la música, la fotografia, la natura i els llibres. I també estarà present en la projecció especial amb Anselm, documental que dedica a l’artista contemporani Anselm Kiefer, a través dels seus monuments i creacions. Wenders va destacar la seva felicitat perquè “ningú no sap gaire res d’aquestes pel·lícules. Hem treballat amb porta tancada, sense parlar-ne gaire i sense la presència de periodistes. De fet, la gent no sabia ni que existien fins que les vam presentar a la roda de premsa de Canes. Estic molt content”, deia, rialler, i va aclarir que “aguantarem aquest secretisme. És fantàstic. No us diré res més”.

 

[Fotos: Bet de Loreto - font: www.nuvol.com]

quinta-feira, 17 de novembro de 2022

Une vengeance en chemin abolie

 

Porter au langage ce qui d’habitude n’y figure pas et qui pourtant y a le plus sa place, donner lieu à la « sensation vraie », tel est le sens de l’écriture de Peter Handke. Tout ce qu’il écrit est soutenu, de livre en livre, par une même et inépuisable tension. Son regard rend opératoire, explicite, le sous-jacent, ce dont, en plein quotidien, on ne parle jamais. Son dernier livre, La deuxième épée, vient de paraître ; il porte comme sous-titre Une histoire de mai.

                                                         Peter Handke © Francesca Mantovani / Gallimard

Peter Handke, La deuxième épée. Une histoire de mai. Trad. de l’allemand (Autriche) par Julien Lapeyre de Cabanes.  Gallimard, 128 p., 14,50 €

Écrit par Georges-Arthur Goldschmidt

L’écrit littéraire, en général, s’accorde sur l’usage social du langage, sur la place de l’homme dans la société. Mais, « en même temps », il y a l’innombrable présence des gestes, des sensations, des lieux, des impressions plus ou moins fugitives, qui restent la plupart du temps inexprimés, et qui font pourtant le tissu même de la vie. Tout l’œuvre de Peter Handke en est la quête constante, et se situe à l’écart des structures narratives habituelles. Il s’agit de la saisie de l’espace toujours là, en dépit des circonstances. Le visible, tel qu’il se déploie au fil des déplacements, est fait de l’ensemble des lieux rencontrés ou vécus, ceux auxquels on ne cesse de revenir. Ils sont la substance de la littérature ; ils « garantissent », en somme, la sensation vraie.

La deuxième épée, de Peter Handke : une vengeance abolie                          Port-Royal-des-Champs : la chapelle du XIXe siècle surplombant des ruines du XIIIe siècle © CC3.0/Remi Mathis

La deuxième épée s’inscrit entièrement dans cette démarche incessante, continue, qui, telle la respiration, est l’empreinte même du vivant, communicable à tout lecteur comme éventualité propre, d’autant plus que la traduction à la fois précise et souple de Julien Lapeyre de Cabanes la restitue parfaitement.

Rien d’exclusif dans ce récit ; ce qui arrive au personnage peut arriver à chacun, tout ce qui est vécu par l’homme dont parle le livre est de l’ordre du « commun », propre à tout le monde. À ceci près qu’à peine de retour dans la banlieue proche d’un « vagabondage à l’intérieur des terres, au nord », le voilà qui, au bout de trois jours, repart, saisi cette fois par le besoin d’un ailleurs fait de vengeance.

Le projet du personnage, c’est la vengeance au cœur du paysage. L’intention est de tuer la journaliste qui a écrit que la mère du narrateur, en d’autres temps, s’était tournée du côté de l’occupant allemand de l’Autriche. Il s’en ouvre à son ami Emmanuel, le peintre en carrosserie, jusqu’à lui demander s’il a déjà tué quelqu’un.

Le narrateur est sous l’effet d’un mal-être fondamental, à la base de certaines confrontations avec le réel. C’est la vengeance comme moteur de soi, comme contenu premier, mais la vengeance n’est peut-être qu’une occasion intense d’exister, non dans son accomplissement, mais dans sa durée. La volonté de meurtre finira par se disperser en de multiples choses vues, en rencontres. Le voyage, qui est comme en dehors de lui, lui donnera l’occasion de la découverte de soi.

Ce voyage, sans être même prolongé, vise à une étrange réconciliation avec l’Histoire dont Peter Handke a toujours pris soin de s’éloigner : ce récit reprend la « Wanderung », à pied en Île-de-France, qu’avait déjà entreprise le comédien de La grande chute. Il parcourt un chemin semblable de la proche banlieue vers le centre de Paris. Mais ce voyage est aussi celui où, malgré lui, il est, précisément, plongé dans cette Histoire dont il rejoint les fondements en semblant la récuser.

Le sous-titre, « Une histoire de mai », montre comme la vengeance est absorbée, retournée, « embarquée » dans la configuration d’ensemble des lieux, et ce n’est pas pour rien qu’une nouvelle fois Port-Royal figure dans un récit de Peter Handke. Port-Royal est un lieu de tumulte de l’esprit, un pôle de recouvrement de soi, précisément au cœur même de l’histoire de l’homme puisque Pascal et Racine y furent élevés et qu’on y a établi les fondations même de ce qui fait qu’il y a langage : la grammaire.

La deuxième épée, de Peter Handke : une vengeance abolie                                       Vue vers le vallon depuis Port-Royal-des-Champs © CC3.0/Wikinade

La langue est, en effet, le moment décisif de tout ce qu’écrit Peter Handke, la langue dans la coïncidence avec ce qu’elle dit (est-ce le motif du recours au texte biblique, les « deux épées » apparaissant dans l’évangile de Luc, 22:38) ? La langue mais telle qu’elle n’est pas programmée d’avance.

Le paysage d’Île-de-France, au centre le café des trois gares, en forme le cadre mythologique. Tous les petits éléments matériels, les voix, les attitudes des gens rencontrés, sont les repères de la continuité. « Ce que j’ai vu, la chose comme le mot, c’était la continuation. – l’éternelle ? – rien que la continuation. Continuons. » Ce livre est comme un parcours à travers les autres livres de l’auteur ; par allusions, on les retrouve presque tous, jusqu’au ramasseur de champignons de l’Essai sur le fou de champignons.

C’est la deuxième épée, celle du récit, donc du verbe, qui importe, elle est le signe de la continuation, et le mois de mai signifie peut-être la promesse à jamais vaine et nécessaire du recul de la violence. Un de ces lieux essentiels est, près de la ferme des Granges de Port-Royal, un pan de muret sur lequel se lit l’inscription « aujourd’hui, 8 mai 1945, sonnent les cloches de la victoire » comme revanche accomplie.

 

[Source : www.en-attendant-nadeau.fr]

terça-feira, 8 de fevereiro de 2022

Le jugement moral doit-il atteindre les œuvres d’un auteur ?

 

Peut-on dissocier
l'œuvre de l'auteur ? 
 Gisèle Sapiro                     
 2020                           
Seuil                          
240 pages

Écrit par Yoann MALINGE

Gisèle Sapiro développe une analyse claire et nuancée face aux polémiques sur la « cancel culture » et sur la condamnation morale d’auteurs reconnus.

Dans Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?, la sociologue Gisèle Sapiro entend traiter la question de la réception des œuvres d’un auteur dans deux configurations : soit que l’œuvre elle-même pose des problèmes moraux, soit que les actions de l’auteur soient moralement condamnables, auquel cas se pose la question de savoir comment ses œuvres doivent être considérées.

Cet essai est l’occasion pour l’autrice de mettre en œuvre des concepts qu’elle a pu développer dans La Guerre des écrivains, 1940-1953 et dans La Responsabilité de l’écrivain, droit et morale en France (XIXe-XXIe siècle). Elle analyse la relation qui unit l’écrivain à son œuvre selon trois types : une relation « métonymique », une relation « de ressemblance » et une relation de « causalité interne (intentionnalité) »   .

Dans la première partie de l’essai, elle envisage successivement ces trois relations en autant de chapitres. Puis, dans une seconde partie, elle examine différents cas d’« auteurs scandaleux » avant de proposer dans sa conclusion une position nuancée. Sa thèse est la suivante : « on ne peut pas dissocier l’œuvre de son auteur·e car elle porte la trace de sa vision du monde, de ses dispositions éthico-politiques […] Il importe cependant d’analyser cette œuvre dans son évolution, en rapportant les stratégies d’auteur et les stratégies de création aux transformations du champ de production culturelle où elle s’inscrit et qui lui confère sa signification. »   . En cela, on comprend que la thèse de l’autrice exige un travail sociologique qui requiert l’analyse du « champ » dans lequel l’œuvre existe   .

Typologie des relations entre l'auteur et son œuvre

Le premier chapitre est consacré à l’étude de la relation métonymique qui unit l’artiste à son œuvre. Elle consiste à concevoir la fonction d’auteur « par l’ensemble des œuvres qui lui sont attribuées, et qui par conséquent lui appartiennent et lui sont imputables »   . L’œuvre est donc une partie intégrée sous un ensemble étiqueté du nom de l’auteur. Réciproquement, le nom de l’auteur, conçu comme « désignateur rigide »   , fait signe vers l’intégralité de son œuvre comprise comme un ensemble cohérent qui serait le résultat d’un projet créateur. Une telle compréhension « reconnaît […] le droit de repentir et de retrait » de l’auteur   . Celui-ci peut donc revenir sur son travail pour en euphémiser les passages qui pourraient poser des problèmes moraux. Il est toujours « derrière » son œuvre et lorsque celle-ci est récompensée par un prix, c’est lui en réalité qui est distingué. Cette compréhension conduit à identifier un style de l’œuvre mais elle conduit également à la possibilité de scinder l’œuvre en plusieurs périodes comme c’est le cas dans les œuvres de Picasso, Wittgenstein ou Heidegger par exemple   . La construction d’une œuvre relève ainsi autant des stratégies d’auteur que de celles d’autres acteurs comme les critiques, les éditeurs, les ayants-droits. On comprend ainsi que toute lecture complète d’une œuvre ne peut faire l’économie d’une enquête sur ce second type de stratégies.

Le deuxième chapitre examine la compréhension de la relation de l’auteur à son œuvre selon le concept de la ressemblance. Dans la première compréhension, le nom de l’auteur renvoyait à l’œuvre, il renvoie maintenant à la fois au style et « à la personne de l’auteur »   . Cette compréhension met donc en valeur « l’originalité comme expression profonde de la personnalité de l’auteur »   , ce qu’exalte le romantisme. Dès lors, en un raisonnement logique, Gisèle Sapiro explique que « si la personne de l’auteur se retrouve dans chacune de ses œuvres, alors la morale de l’œuvre renvoie à la moralité de son auteur »   . Ainsi, lorsque la moralité d’une œuvre est mise en cause par un tribunal, la personnalité de l’auteur est examinée. A contrario, pour chercher à dissocier l’œuvre de l’artiste, la théorie d’une distinction entre auteur, narrateur et personnages est développée pour la fiction. Ce travail de fictionnalisation peut être l’objet d’un jeu, notamment dans l’autofiction. Elle permet surtout à l’auteur de se dissocier des idées défendues par ses personnages, même s’il peut ensuite lui-même jouer, dans l’espace public, d’une ambiguïté de ses propres positions. Ainsi, seule une analyse externe à l’œuvre permet de déterminer « le degré de ressemblance entre l’œuvre et son auteur »   , qui peut varier. Les éléments externes à examiner sont « de deux ordres : d’une part, l’habitus et la trajectoire sociale, individuelle et collective, c’est-à-dire familiale, générationnelle et/ou nationale ; d’autre part les stratégies de l’auteur dans le champ de production culturelle, qu’il faut confronter aux stratégies intellectuelles ou esthétiques telles qu’elles se manifestent dans l’œuvre même (choix thématiques, formels, stylistiques, discursifs, etc.) »   . Le rapport entre le champ et les dispositions éthiques et intellectuelles de l’auteur permet de comprendre les choix formels de ce dernier. Finalement, « la morale de l’œuvre renvoie aux dispositions éthico-politiques profondes de son auteur·e », celles-ci pouvant être « euphémisées ou sublimées »   par la mise en forme créative. Et l’autrice de renvoyer aux cas de Heidegger qu’elle étudie au chapitre 5, ou à celui de Wagner.

Le troisième chapitre, le dernier de la première partie, envisage le rapport de l’œuvre à l’auteur selon l’intentionnalité entendue comme « causalité interne ». Ce chapitre met en tension une approche finaliste de l’action que l’autrice lit chez Sartre et qui engage la responsabilité de l’écrivain et une approche bourdieusienne selon laquelle le « sujet de l’œuvre n’est pas l’individu mais le champ dans son ensemble »   . Dans les procès littéraires, l’œuvre est considérée comme le résultat de l’intention de l’auteur. Cependant, ce qui compte réellement, ce n’est pas tant la moralité de l’auteur que celle de l’œuvre qui « charrie son lot de représentations collectives » qui peuvent conduire à des interprétations qui échappent au contrôle de l’artiste.

Cette première partie de l’ouvrage conclut sur les limites des différentes conceptions qui lient l’œuvre à son auteur. On notera en particulier celle qui concerne la ressemblance. En effet, « la ressemblance morale prend souvent des formes masquées […] ouvrant un espace de jeu interprétatif entre l’auteur, le narrateur et ses personnages ». Quant à l’intention (causalité interne) « elle se heurte aux effets de l’œuvre, qui s’autonomise de son auteur dans le processus de réception »   . Il n’est donc pas possible de comprendre unilatéralement le rapport de l’œuvre à l’auteur.

Analyse de cas d'« auteurs scandaleux »

La seconde partie de cet essai traite de différents cas, qui sont classés en trois types : « les abus d’autorité » dans le chapitre 4, les « engagements compromettants » dans le chapitre 5 et enfin celui de Peter Handke en se demandant s’il est « un apologiste du mal ». Le principe organisateur de cette partie est donc celui des actes commis par l’auteur, que ce soit l’œuvre elle-même qui pose des problèmes moraux et/ou les actions de la vie de l’auteur qui soient elles-mêmes condamnables moralement. Gisèle Sapiro explique notamment ce choix par l’idée de dresser un panorama des réactions que ces œuvres et/ou ces actes ont suscitées. L’objectif de cette méthode est d’apporter un regard nuancé sur le jugement qui peut être fait de l’œuvre à l’aune de son rapport avec l’auteur.

Le chapitre 4 porte sur les cas d’abus d’autorité, il est très critique vis-à-vis des deux auteurs concernés : Polanski et Matzneff. Par-delà la critique de leurs actions, il s’agit de défendre une « éthique de responsabilité de l’écrivain et des instances de production et de diffusion qui régulent le champ »   . À ce titre, les récompenses ne sauraient être attribuées à un auteur dont les agissements sont répréhensibles (et condamnés juridiquement) sauf à contribuer à « perpétuer un système qui ferme les yeux sur les abus » dont de jeunes personnes sont victimes, en particulier des jeunes filles. Dès lors, se pose la question de savoir si les métiers de la création devraient être régis par un code de déontologie. Se pose également le problème de « l’échec du mouvement féministe historique à rendre dicible et audible » le récit des victimes d’abus sexuels   . Le fond du problème réside dans la violence symbolique qui légitime la violence physique.

Le chapitre 5, sur les engagements compromettants, aborde notamment plusieurs cas : celui de Blanchot, de Grass, de Man, de Jauss, de Heidegger ou encore de Maurras. Dans ces différents cas, les rapports que les auteurs entretiennent avec leurs engagements compromettants moralement et politiquement, en particulier celui de l’antisémitisme voire du nazisme, « vont de l’opportunisme à la culpabilité, avec, entre les deux, la honte ; et du cynisme à la sincérité, avec, entre les deux, la mauvaise foi au sens sartrien »   . Cette différence de stratégie a des implications sur la lecture de leur œuvre. Sur ce point, il est à noter que Gisèle Sapiro s’oppose à l’idée de « censurer – “annuler“ – les œuvres »   de ces auteurs parce qu’une telle opération « entraînerait un refoulement semblable aux interprétations épurées de toute référence biographique ». Il faudrait plutôt « les interroger de ce point de vue, sans toutefois les y réduire, puisqu’elles sont aussi le produit du champ académique ou littéraire », et ce afin de contribuer à « l’histoire intellectuelle et culturelle mais aussi au travail d’anamnèse » sur la réception de l’œuvre   . En effet, si une œuvre est oubliée, comment la responsabilité historique peut-elle exister ?

Défense d'un examen critique externe des œuvres

Finalement, dans sa conclusion, à la question « Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ? », Gisèle Sapiro répond « oui et non »   . Oui, parce que l’œuvre échappe à son auteur, dans son processus de création qui doit être lié à l’espace des possibles et des pensables. Mais surtout, elle lui échappe dans sa réception. Que « l’horizon d’attente » des lecteurs change n’est pas en soi un problème parce que cela permet de « déceler l’expression d’une vision du monde raciste, antisémite ou sexiste tolérée, voire prisée dans la conjoncture » où ces œuvres ont vu le jour   .

Une réponse négative est finalement apportée à la question-titre du livre parce que l’œuvre « porte la trace de la vision du monde [de l’auteur], de ses dispositions éthico-politiques »   , comme nous le citions au début de cette recension. Pour autant, les œuvres moralement problématiques ne doivent pas être censurées, exception faite de celles qui incitent à la haine raciale et au sexisme en tant qu’elles sont sanctionnées par la loi. Toutefois, le droit positif n’est pas nécessairement juste, il n’est que l’expression légale des normes d’un État donné, à un moment donné. Il faut donc que les œuvres soient l’objet d’un débat public. Il y a finalement une asymétrie : les œuvres ont une certaine autonomie et ne doivent pas être censurées, sauf exception stricte. Elles sont l’objet d’une lecture interne et d’une critique externe. Dès lors, les actes de leurs auteurs pèsent sur elles : si l’auteur a eu des engagements moraux répréhensibles et a fortiori s’il a commis des actes délictueux, son œuvre sera réinterprétée parce qu’elle n’est pas complètement indépendante de son auteur quoi qu’il en dise. L’œuvre s’interprète dans son évolution et ses reprises comme dans le champ dont elle dépend. Cette position a le mérite de ne pas abandonner les œuvres aux critiques purement morales parce qu’elles doivent être comprises dans leur époque et que la lecture interne n’est pas sans pertinence. Quant à l’œuvre qui, en elle-même, ne poserait pas de problèmes moraux mais dont l’auteur serait moralement condamnable pour d’autres actions, elle pourra exister (être lue sans censure), parce qu’elle n’appartient pas seulement à son auteur mais au champ pour sa création, et au public pour sa réception. Pour autant, elle sera examinée dans une perspective critique externe.

Le mérite de l’ouvrage de Gisèle Sapiro est multiple. Dans une langue claire, il propose le traitement d’une question qui se trouve à la croisée de la morale, de l’épistémologie des sciences humaines et sociales, de l’histoire des idées. Sa première partie apporte un éclairage théorique qui constitue une entrée dans l’œuvre de Gisèle Sapiro sur l’engagement des écrivains. À ce titre, elle peut sembler parfois rapide, mais elle propose une compréhension distincte du rapport de l’auteur à son œuvre tout en montrant les limites de chacune des compréhensions proposées. La seconde partie s’appuie sur un important travail de recension des différentes interprétations et des positionnements des auteurs dans leur champ. On peut regretter que cette partie ne s’appuie pas davantage sur les élaborations théoriques de la première partie afin d’expliciter les positions théoriques de l’autrice. Cependant, elle mène des distinctions qui permettent de tracer une voie entre les défenseurs d’une lecture purement interne des œuvres et ceux qui soutiennent l’idée d’une censure annulant des œuvres qui posent des problèmes moraux. Elle montre que les débats passionnés que suscitent les œuvres et les auteurs gagneraient à être mieux fondés afin de dévoiler les enjeux et les intérêts cachés de certaines positions. Entre la position esthète qui exclut les œuvres de toute analyse et de tout jugement moral et la position qui soutient que l’œuvre doit être jugée à l’aune de la moralité de son auteur, Gisèle Sapiro propose donc une analyse critique et engagée.

Cet essai invite ainsi celles et ceux qui transmettent les œuvres (les éditeurs, les critiques) comme celles et ceux qui les étudient à opérer un examen critique de leurs activités. Au fond, cet ouvrage est un appel à la responsabilité des uns et des autres et dessine ainsi une épistémologie de la recherche en sciences humaines et sociales qui ne sépare pas l’abstraction théorique de la concrétude des effets moraux et politiques d’une œuvre, qui inscrit également la compréhension d’une œuvre dans l’époque à laquelle son auteur appartient et dans laquelle il est engagé. Ce travail peut sembler externe à l’œuvre étudiée, mais l’essai de Gisèle Sapiro montre qu’il n’en est rien. Comprendre une œuvre sans faire ce travail, c’est risquer de méconnaître l’œuvre elle-même parce qu’elle est informée par l’engagement existentiel de son auteur.

 

[Source : www.nonfiction.fr]

sábado, 12 de outubro de 2019

Un premio moi serio

Por ALBA CARBALLAL

O dobre Nobel de Literatura que se entregaba este ano, tras o escándalo sexual que terminou con Jean-Claude Arnault condenado a dous anos de cárcere e impediu que se celebrase a cerimonia no 2018, recaeu en Olga Tokarczuk e Peter Handke. Dela non lin nada (mea culpa); del, case todo (é brillante). Con isto quero dicir que, nun caso por ignorancia e noutro por devoción, non teño nada en contra dos dous galardoados.
 
Con todo, nos últimos tempos a Academia tende a premiar a gravidade a diario e a fuxir pretendidamente do humor. Esa idea rancia que equipara aburrimento e seriedade, e que considera que a literatura profunda está rifada por definición coa lixeireza, parece ter calado fondo en Suecia. Incluso ao premiar a un escritor como Handke, quen lle dedicou un ensaio -moi serio e tamén moi divertido- ao cuarto de baño, destacan que «explorou as periferias e a especificidade da experiencia humana». Que si, que é verdade; pero falta, como pouco, unha mención á súa ironía delicada. 
 
A pesar de todo, os pallasos están -estamos- de moda. É unha boa noticia que o riso teña volto a facerse forte na literatura, no cine, na televisión e ata na música; e que grazas a unha fornada de novos creadores cómicos talentosos estea a reivindicarse a quen nunca chegaron a gañar un Nobel por ser, en esencia, humoristas. Talvez a tendencia da Academia non sexa máis que a rémora dun prexuízo caducado, ou poida que a marca da casa perviva. En calquera caso, vale a pena recordar as palabras de Eduardo Mendoza ao recibir o Cervantes: «[...] O xurado quixo premiar este xénero, o do humor, [...] que a miúdo e dun modo tácito considérase un xénero menor. Eu non o vexo así. E aínda que fose un xénero menor, igualmente habería que buscar e recoñecer nel a excelencia.» Amén.
 
 
[Fonte: www.lavozdegalicia.es]

sexta-feira, 11 de outubro de 2019

Peter Handke : le prix Nobel pour un « trou du cul » pro-serbe ?

En récompensant le grand écrivain autrichien, l’Académie suédoise risque de réveiller une vieille polémique.

Peter Handke, en 2007, à Velika Hoko, enclave serbe du Kosovo. 

Écrit par Elisabeth Philippe

Faire oublier le scandale grâce à une nouvelle polémique ? C’est une stratégie risquée, mais possible. Et c’est, semble-t-il, celle pour laquelle ont opté les jurés du Nobel. Entachée par une affaire mêlant viols et conflits d’intérêts, l’Académie suédoise se devait de frapper un grand coup afin de faire - un peu - oublier ses turpitudes et de se racheter une conduite.
On s’attendait donc a priori - mais on se trompe toujours quand on attend quelque chose du Nobel - à deux lauréats au profil plutôt consensuel. Après tout, les académiciens suédois ne sont pas franchement des punks et leur acte de rébellion le plus significatif à ce jour reste l’attribution du prix à Bob Dylan.
Mais en décernant le Nobel de littérature 2019 à l’écrivain et auteur dramatique Peter Handke (celui de 2018, annoncé en même temps, ce jeudi 10 octobre, revient à la Polonaise Olga Tokarczuk), l’Académie Nobel risque bien de créer une nouvelle controverse. Handke n’est pas seulement un gentil monsieur qui aime cueillir des champignons, ni une personnalité lisse et sans aspérités. En soi, c’est loin d’être une mauvaise chose. Le problème, ce sont ses prises de position pro-serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie.
« Justice pour la Serbie »
Lassé de lire partout que les Serbes incarnaient le mal absolu, Peter Handke a décidé de se rendre sur le terrain en 1995, quelques mois après le massacre de Srebrenica. De ce séjour en Serbie, il a rapporté un livre intitulé « Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina », qui demandait « justice pour la Serbie ». Il y explique notamment que les Serbes n’ont fait que répondre à une provocation. Beaucoup reprochent alors à Handke de réécrire l’Histoire, d’être animé par un « délire de Blut und Boden » (sang et sol), rappelant ceux de l’Allemagne hitlérienne.
De part et d’autre, le point Godwin est rapidement atteint, Handke n’hésitant pas à comparer les Serbes aux Juifs pendant le IIIe Reich et, en 1999, à voir dans Belgrade frappé par l’OTAN un « nouvel Auschwitz ». Dans le monde des lettres et de la culture, Peter Handke devient l’ennemi public numéro un. Salman Rushdie le propose pour le titre de « Connard international de l’année », tandis que l’essayiste américaine Susan Sontag, très engagée auprès des habitants de Sarajevo, déclare qu’elle ne lira plus un seul livre de l’Autrichien.
L’écrivain aggrave encore son cas le 20 mars 2006 en se rendant aux obsèques de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l’humanité et de génocide. Où il dit :
« Je sais ce que je ne sais pas. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J’écoute. Je ressens. Je me souviens. Pour cela je suis aujourd’hui présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic. »
La semaine suivante, dans l’hebdomadaire allemand « Focus », il se justifie sur sa présence à Pozarevac :
« Non, Slobodan Milosevic n’était pas un ‘‘dictateur’’ [...] Non, Slobodan Milosevic ne peut être qualifié de ‘‘bourreau de Belgrade’’ [...] Le motif principal de mon voyage, c’était d’être témoin. Témoin ni dans le sens de l’accusation ni dans celui de la défense.
Levée de boucliers. Sous la direction de Marcel Bozonnet, la Comédie française déprogramme une pièce de Handke. Certains estiment que l’affaire lui coûte le prix Nobel que son oeuvre mérite. Alain Finkielkraut qualifie Handke de « monstre idéologique » et Jonathan Littell a en 2008 des propos très fermes, que cite la « London Review of Books » :
« Quand une famille se trouve chez elle à Foca et que soudain un homme fait irruption dans la maison avec une mitrailleuse, qu’il enchaîne la fille au radiateur et la viole sous les yeux de ses proches, ce n’est pas un sujet de plaisanterie. Ok, vous pouvez dire que le monde est comme ça. Mais rien ne vous oblige à aller vers ces criminels et à leur serrer la main. C’est obscène et c’est précisément ce que Peter Handke a fait. Il est peut-être un fantastique artiste, mais comme être humain, il est mon ennemi. (...) OK, Peter Handke n’a tué personne. Mais c’est un trou du cul. »
Politiquement correct ? 
Un trou du cul peut-être, mais un trou du cul fait citoyen d’honneur de la ville de Belgrade en 2015. Et couronné aujourd’hui du Prix Nobel de littérature. Alors, bien sûr, il faut « séparer l’oeuvre de l’artiste ». Et il y a de quoi se réjouir que l’Académie Nobel récompense un grand écrivain unanimement salué pour la valeur littéraire de son oeuvre. Une façon, après tout, de se débarrasser de l’étiquette plus ou moins « politiquement correcte » qui lui colle aux basques, parce qu’elle a, c’est vrai, souvent cherché à récompenser des auteurs qui se trouvent dans le camp du « bien », du côté de ceux qui s’opposent aux totalitarismes de tout poil. Souvenons-nous de Soljenitsyne, de Pablo Neruda, de la Sud-Africaine Nadine Gordimer, de Gao Xingjian, ou même de J.M.G. Le Clézio.
Sauf que c’est un peu plus compliqué. Ne serait-ce que parce que, chez Handke, la frontière entre l’oeuvre et la vie est très ténue. Avec lui, les académiciens suédois mettent un orteil du côté obscur de la force et pénètrent dans une étrange zone grise, qu’ils ont peu l’habitude de fréquenter. Quel signal envoie un tel prix ? Que dit-il de la nouvelle Académie, qui promettait d’être exemplaire et surtout de la valeur du Nobel de littérature aujourd’hui ? Faut-il l’interpréter comme un changement de cap ? Dans une interview au « Monde », son nouveau secrétaire perpétuel, Mats Malm déclarait récemment :
« L’attribution du prix Nobel de littérature suscite toujours des commentaires et des critiques. C’est une de ses fonctions de contribuer à une discussion internationale sur la littérature. »
Des discussions, le prix remis à Peter Handke promet d’en susciter. Mais il n’est pas certain qu’elles tournent autour de la littérature. En attendant, l’écrivain semble être le premier surpris. Réagissant quelques heures après l’annonce de son Nobel, il s’est dit « étonné » et a salué une « décision courageuse ».

[Photo : VISAR KRYEZIU/AP/SIPA / VISAR KRYEZIU/AP/SIPA  - source : www.nouvelobs.com]

Só un Peter Handke en galego

En Don Xoán (contado por si mesmo), Peter Handke volve sobre a figura do libertino e preséntao cunha nova luz, a que cadra xustamente coa súa propia literatura: confusión, lindes difusas, certo pesimismo existencial. En tradución de Luís Fernández Rodríguez, é a única obra do premio Nobel 2019 en galego.  


Os premio Nobel de literatura de 2018, a polaca Olga Tokarczuk, e de 2019, o austríaco Peter Hanke.

 


Por DANIEL SALGADO 

Mais que haxa versión galega non quere dicir que estea dispoñíbel: o libro, orixinal de 2004, publicouno dous anos despois Sotelo Blanco, editorial hoxe desaparecida. En 2016, Uxía Vaello e Borja Fernández representaron a peza dramática Insulto ao público, de 1966, en tradución das irmás Sabela e Catuxa López Pato. Non se publicou en libro.
 
Handke (Griffen, Austria, 1942) é un dos escritores europeos fundamentais da contemporaneidade. Comprometido na esfera pública e de opinións contundentes, entre as súas principais novelas atópanse O medo do porteiro ao penalti (1970), Lento regreso (1979), Carta breve para un longo adeus (1972) ou O ano que pasei na baía de ninguén (1994). É ademais poeta de envergadura e autor dun singular ciclo de ensaios publicados na década dos 90: sobre o cansazo, sobre o jukebox ou sobre o lugar silencioso. So outra literata austríaca recibira o galardón: Elfriede Jelinek en 2004.
Este ano o Nobel de literatura foi peculiar. Despois dos escándalos por acoso na Academia Sueca que anularon a súa entrega na pasada edición, desta volta concedéronse dous. Ademais do de Handke, recuperouse o de 2018, que recaeu na escritora polaca Olga Tokarczuk (Sulechów, Polonia, 1962).
Tokarczuk, autora de poemas e novelas como Os corredores (2002) ou Os libros de Jacob (2014), apenas se atopa traducida a linguas peninsulares. É a décimo quinta muller en gañar o Nobel de literatura e a segunda polaca, despois da poeta Wislawa Szymborska, que o levou en 1996.

[Fotos: Wikipedia - fonte: www.sermosgaliza.gal]

quinta-feira, 10 de outubro de 2019

Peter Handke, un escritor tan arriscado como incómodo

O premio Nobel achegará ao público unha obra complexa e un autor difícil e ao que ademais persegue a polémica política desde o seu apoio a Serbia na guerra dos Balcáns 

 

Por HÉCTOR J. PORTO


Non é un autor cómodo Peter Handke (Griffen, Austria; 1942) nin tampouco de lectura fácil ou compracente, talvez o premio Nobel consiga achegar a súa literatura ao público e afaste esa aura de autor de culto, máis aló do personaxe político conflitivo. «É coma se o traballo que un creou agora quede exposto á luz», celebrou onte desde Chaville, poboación preto de París na que vive. «Non son un gañador, confiaron no meu traballo pero non teño madeira de gañador», dixo para confesarse «en paz e tranquilo, cunha estraña sensación de liberdade, coma se fose inocente».

Non é cómodo Handke como tampouco era cómoda a última galardoada austríaca, Elfriede Jelinek, que recibiu a distinción da Academia Sueca no 2004. Talvez complexidade e escuridade sexan o senón destes fillos menores de Thomas Bernhard, a gran figura da literatura deste país no século XX, que se erixiu ademais en azoute de Austria, á que sentía como cárcere claustrofóbica cuxo pasado de conivencia nazi seguía pesando como unha laxa. Non está a obra de Handke exenta deste legado de culpa. Ao contrario, áchase bastante presente nas súas preocupacións narrativas.

Como Bernhard, é un dos autores en lingua alemá máis laureados e traducidos e que, curiosamente, recibiron un maior recoñecemento editorial e de público en España (sempre en termos relativos). Escribiu poesía, novela, viaxes, ensaio, memoria, teatro, artigos xornalísticos e ata guións cinematográficos e de televisión. O do cine —onde incluso fixo os seus primeiros pasos como actor— tivo moito que ver con que en 1966 coñecese a Wim Wenders, co que colaborou en filmes como O medo do porteiro ao penalti, Falso movemento, O ceo sobre Berlín e —a última, no 2016— Os fermosos días de Aranxuez, na que se pon fronte á cámara, como tamén Nick Cave, cuxa presencia xa cobraba relevancia simbólica no ceo sobre Berlín. Handke dirixiu ademais A muller zurda, baseada na súa novela; O tempo da morte, sobre un texto de Marguerite Duras e que tamén protagonizou; e A ausencia, con guión propio e na que aparecía Eustaquio Barjau, o seu tradutor ao castelán por excelencia.

Aclamado xa prematuramente polo seu teatro de vangarda —e en 1973 recibiu o premio Georg Büchner, unha especie de Cervantes á alemá ao que despois renunciou—, a súa escritura mostra unha clara inclinación cara ao experimentalismo e un coidado da linguaxe que fan a súa literatura, se non perfectamente recoñecible, un exemplo de amor pola palabra. Como ocorreu coa novelista, poetisa e ensaísta romanés-alemá Herta Müller (Nitchidorf, Timis, 1953), premiada no 2009, unha persoal visión poética baña a lente con que traballa Handke e resulta clave nos seus ritmos, expresión e percepcións, como na súa orixinalidade. Aínda que no seu caso a súa escritura quede máis na órbita do que noutro tempo puxo ser un pensador.

Como personaxe público, non sempre foi ben comprendido, e causou polémica nos 90 a súa postura proserbia nas guerras dos Balcáns. Incluso lle retiraron premios polo seu apoio a Milosevic. Isto, sumado a outros malos entendidos, contribuíu a que Handke fósese encerrando no seu silencio. No Ensaio sobre o cansazo (1989) xa apuntaba esta filosofía de observar e calar cando aludía á arte de narrar como «a forma de falar máis xenerosa e que orixinariamente está máis libre, case sempre, das opinións do que narra».

Nacido na rexión de Carintia de nai da minoría eslovena e pai alemán, Handke é un viaxeiro dos de antes, dos de soidades, cayado e bloc de notas, e esta vocación fixo crecer un vínculo con España que comezou alá por 1972. Na súa obra o lector pode achar textos en que se describen paisaxes de Soria, a serra madrileña, o pirineo catalán ou Fisterra. Así ocorre na perda da imaxe, Pola serra de Gredos e Os fermosos días de Aranxuez. O seu Ensaio sobre o cansazo (1989) escribiuno en Linares; o Ensaio sobre o jukebox (1990), en Soria; e a novela Nunha noite escura saín da miña casa sosegada (1997) fai referencia a un poema de San Xoán da Cruz. Este idilio, así como o que dixo en ocasións sobre o moito que lle deu a literatura castelá e, por suposto, a súa obra, frutificou na investidura como doutor honoris causa pola Universidade de Alcalá.

O medo do porteiro ao penalti (1970), Carta breve para un longo adeus (1972), Desgraza impeorable (1972), A muller zurda (1976), O chinés da dor (1983), A tarde dun escritor (1987), A ausencia (1987), Ensaio sobre o cansazo e O ano que pasei na baía de ninguén (1994) son algunhas das súas obras máis destacadas.

En España o seu editorial de referencia foi e é Alianza, pero outros selos visitaron a súa obra como Nórdica, Alpha Decay, Alfaguara, Debate, Tusquets ou Barral. En galego, Sotelo Blanco publicou no 2006 Don Xoán (contado por si mesmo) en tradución de Luis Fernández Rodríguez.

[Imaxe: HUGO CORREIA/REUTERS - fonte: www.lavozdegalicia.es]