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terça-feira, 22 de janeiro de 2019

L’alimentation est votre première médecine


Comme tout le monde, vous recherchez le bonheur, et c’est légitime, il s’agit d’une quête universelle. Cependant nous avons tendance à oublier le principal : l’alimentation devrait être notre première voire même notre seule médecine! Hippocrate le disait déjà il y a 400 ans avant J.-C : « que ton alimentation soit ta seule médecine ».
Note: Cet article invité a été écrit par Estelle Paceca du blog minceur-fitness-et-sante.com
alimentation meilleure medecine
Publié par Olivier Roland

Au lieu de nous ruer sur des solutions coûteuses mais si bien markétisées pour être plus heureux et en meilleure santé, nous devrions commencer par bien manger. Si nous reprenions en main notre alimentation de façon intelligente, nous aurions de grandes chances de retrouver plus facilement le chemin vers le bonheur et la zénitude. Au lieu de cela, nous soumettons notre corps à beaucoup de stress en lui infligeant par exemple divers régimes farfelus et à la mode.
Nous l’empoisonnons un peu plus chaque jour avec une alimentation inadaptée à ses besoins, et chargée en pesticides, colorants ou autres antibiotiques contenus dans notre alimentation.
Et pour couronner le tout cette alimentation inadaptée nuit à notre qualité de sommeil, nous éloignant encore une peu plus de notre quête de bonheur et de plénitude.
manger vert meilleure medecine

Ne mangez pas n’importe quoi :

L’alimentation issue de l’agriculture biologique :

Le bio est à la mode et c’est une bonne chose.
Malheureusement il faut quand même se méfier de tout ce qui est à la mode, et les intérêts financiers des industriels de la filière agroalimentaire nous amènent à trouver des aliments « bio » de différentes qualités.
Consommer du bio, si possible chez les petits producteurs locaux, diminue :
  • La quantité d’antibiotiques de la viande, du lait, des fromages,
  • Mais aussi la quantité de pesticides et autres polluants néfastes à notre organisme,
  • Augmente la qualité nutritionnelle des aliments : c’est-à-dire leur teneur en micronutriments essentiels.

Fruits et légumes:

Il faut savoir également que les 5 fruits et légumes recommandés par jour sont absolument insuffisants pour couvrir nos besoins en vitamines et autres micronutriments. En effet les fruits et légumes modernes contiennent infiniment moins de vitamines et autres micronutriments que ceux d’il y a 50 ans(1).
Aussi ces recommandations sont absolument obsolètes. Il en résulte des carences diverses qu’il faut essayer de combler en s’orientant vers une alimentation plus adaptée. Et qui peuvent nécessiter une complémentation ciblée avec des compléments alimentaires. Ces compléments doivent  être élaborés auprès de laboratoire de micronutrition spécialisés. Ne prenez surtout pas des compléments à la mode vendus au supermarché et sans savoir si vous avez vraiment des carences.

Les glucides :

Un autre point capital est la teneur de notre alimentation en nutriments ou macronutriments, c’est-à-dire les glucides, lipides, et les protides (mais aussi l’eau de boisson).
Notre alimentation est saturée en glucides, ce qui provoque là aussi une malnutrition.
malnutrition trop de sucre
Ne croyez pas que la malnutrition soit réservée aux pays du tiers-monde, bien au contraire, vous en êtes peut être victime.
Nous surconsommons :
  • Des jus de fruits à teneur très élevée en fructose même lorsqu’ils sont sans sucre ajouté,
  • Des céréales au petit déjeuner qui dès le matin affaiblissent notre organisme, ses défenses immunitaires et entretiennent le syndrome de l’intestin perméable que les anglo-saxons appellent le leakygut.

Le leakygut

Le leakygut(2) est un syndrome très fréquent qui est caractérisé par un intestin perméable.
Les déséquilibres de l’alimentation moderne et de notre façon de manger produisent ce syndrome, qui a son tour provoque des maladies chroniques.
Ces dernières sont le grand fléau de notre société actuelle.
Il s’agit notamment :
  • Des maladies autoimmunes,
  • Des allergies,
  • Des diabètes,
  • Des cancers,
  • Des rhumatismes inflammatoires
  • Mais aussi de la fatigue chronique
  • Et de la dépression.

Les lipides :

Autre souci dans notre alimentation moderne : dès lors que nous prenons soin de notre santé et essayons de manger au mieux, nous avons tendance à croire à tort que diminuer la quantité de lipides de notre alimentation est une bonne chose.

Mais il s’agit d’une erreur funeste.
huile de lin alimentation
Les recommandations de sociétés de cardiologie aux États-Unis(3) conseillent depuis déjà plusieurs années de ne plus limiter la consommation de beurre de façon drastique.
Il est certes préférable de privilégier les lipides riches en acides gras polyinsaturés et préférentiellement en oméga 3, mais il faut savoir que les acides gras saturés et le cholestérol nous sont absolument indispensables pour être en bonne santé. Ils participent à la synthèse des hormones (stéroïdes notamment), et sont des composants fondamentaux des membranes cellulaires, mais aussi de récepteurs membranaires.
Le cerveau ne fonctionne pas bien sans gras. Ceci permet notamment aux enzymes et autres molécules de pénétrer à l’intérieur des cellules.
Le cholestérol est donc INDISPENSABLE à votre bonne santé et au fonctionnement cérébral.

Ne mangez pas n’importe comment :

Là encore les écueils sont nombreux.

La pleine conscience:

Nous avons tendance à dissocier notre alimentation de nos 5 sens.
La raison est simple  : nous avons enchaîné les régimes, et autres cures détox, et avons perdu le rapport normal que nous avions à notre alimentation et notre corps.
À savoir : manger à sa faim et manger ce dont le corps a besoin.
L’alimentation est désormais énormément réfléchie et influencée par des diktats.
ll faut donc réapprendre à manger en pleine conscience, manger lentement, savourer chaque bouchée.
Prendre le temps de penser à cet aliment que nous allons consommer :
  • D’où vient-il?
  • Comment a-t-il poussé?
  • Où l’avons nous acheté?
  • Comment l’avons-nous préparé pour le déguster aujourd’hui?
  • Et à tout ce qu’il va nous apporter en termes de plaisir mais aussi à ses propriétés nutritionnelles,
  • Il est aussi agréable d’admirer la couleur d’une tomate de sentir l’odeur du basilic de notre salade,
  • Et se féliciter si nous l’avons fait pousser dans notre propre jardin
Tout cela prend du temps et fait partie du plaisir de l’alimentation
Les possibilités sont infinies et cette pleine conscience est un point primordial que nous devrons réintroduire dans notre alimentation pour être en bonne santé.

La mastication :

La mastication est essentielle à l’assimilation des nutriments dont nous avons besoin et qui nous permettent d’être non seulement en bonne santé mais aussi d’être bien dans notre peau et d’être moins stressés.
Malheureusement l’alimentation moderne est faite pour être ingurgitée très vite et sans être mâchée.
Il en résulte :
  • Une diminution de l’absorption des micronutriments essentiels,
  • Mais aussi ce fameux syndrome du leakygut qui a pour conséquence l’instauration de maladies chroniques notamment la fatigue chronique voire même la dépression.
La mastication est essentielle, il faudrait idéalement poser votre fourchette entre chaque bouchée. Ceci aurait pour conséquence une meilleure assimilation mais aussi une diminution de la quantité de ce que vous mangez (en permettant à la satiété de jouer son rôle), ce qui est aussi le cas pour la pleine conscience.

La chrono nutrition :

La chrono biologie et la chrono nutrition sont des disciplines passionnantes mais encore trop négligées. L’heure, la composition des repas, le moment où vous faites du sport dans la journée influencent votre état de santé, votre bien-être et votre humeur.
De même qu’ il faut éviter de pratiquer un sport trop intensif juste avant de se coucher, il est aussi préférable de prendre un repas le soir plutôt léger. Ces notions vous les connaissez peut-être.
La raison est biochimique et résulte d’une compétition en acides aminés. En cas d’excès de protéines, le tryptophane qui est un acide aminé essentiel pour la synthèse de la mélatonine et de la sérotonine, se retrouve en compétition avec d’autres acides aminés et ne peut plus jouer son rôle.
Tout ceci est bien compliqué, me direz-vous, mais il en résulte une quantité inadaptée de sérotonine et de mélatonine, ce qui a pour conséquence non seulement de nuire à votre sommeil mais également à votre humeur.
Mais savez-vous que le repas du soir doit être plus riches en glucides (toutes proportions gardées et en étant raisonnable) qu’en protéines.
Vous êtes bien moins zen, vous êtes fatigués, en état de stress et forcément moins heureux.

Le jeune intermittent ou fasting :

Une autre façon intéressante de s’alimenter est d’essayer la pratique du jeune intermittent (4)

Il s’agit d’alterner les phases de prise alimentaire et de jeune sur 24 heures. Comme par exemple manger un repas à midi et un autre le soir mais sauter le petit déjeuner. Cela s’appelle le 16/8, ou sauter le repas du soir et conserver celui du matin.
Cela permet à votre organisme :
  • De mieux digérer ce qu’il mange,
  • D’atténuer les excès alimentaires qui ont été faits,
  • Mais aussi et surtout le principal intérêt pour la santé est de lutter contre le développement de cellules précancéreuses. Le corps profite de ces périodes pour détruire ce qui doit l’être. La digestion est en effet un mécanisme très énergivore pendant lequel il ne peut pas s’occuper de ce grand nettoyage.
Les bienfaits du jeune intermittent sont de plus en plus étudiés et je vous invite à aller lire à ce sujet.

Le lowcarb (5) :

Je vous le disais, la quantité de glucides de notre alimentation moderne est particulièrement déséquilibrée.
L’alimentation lowcarb ou LCHF (low carb high fat) ou cétogène est dans ce contexte là, également, un sujet très intéressant. Elle a pour principale action de diminuer la résistance à l’insuline.
La résistance à l’insuline est actuellement responsable d’un grand nombre de pathologies a commencer par le pré-diabète et le diabète de type 2.
Elle est reliée à la prise de poids mais aussi à toutes les complications métaboliques et cardiovasculaires ainsi qu’aux pathologies de l’appareil cardiovasculaire (et notamment en relation avec l’obésité).
Je vous invite donc réellement à diminuer la quantité de glucides rapides que vous mangez mais aussi à diminuer les glucides complexes de votre alimentation.
Nous n’avons absolument pas besoin de manger autant de sucre et notre cerveau fonctionnerait tout aussi bien pour ne pas dire mieux en faisant certains choix alimentaires judicieux (moins de sucres plus de lipides).

Les plantes :

Elles peuvent elles aussi nous aider à optimiser notre digestion et l’assimilation de nos aliments.
Pour n’en citer que deux je vous conseillerais l’ huile essentielle de menthe poivrée ou de basilic exotique qui ont chacune des vertus sur la digestion absolument passionnantes et qui méritent d’être approfondies.

Pour conclure :

J’espère que vous l’aurez compris :
L’alimentation, c’est-à-dire ce que nous mangeons et comment nous le mangeons, est un point clé pour ne pas dire primordial lorsque l’on cherche à être non seulement en bonne santé mais aussi plus Heureux, et  plus ZEN.
heureux et zen alimentation
Hippocrate le savait déjà 400 ans avant J.-C. et pourtant il semblerait que nous l’ayons oublié ou que les lobbyings agro-alimentaires nous l’aient fait oublier.
L’alimentation est un point clé pour votre santé, votre bien-être et votre zénitude. Un véritable pilier. Il faut se réapproprier ses sensations, savoir choisir au mieux ses aliments mais aussi retrouver la notion de plaisir.  Pour être zen et heureux il faut savoir retrouver en toute chose cette notion de plaisir. Ce sont les petits plaisirs quotidiens qui font le bonheur.
L’alimentation de par sa composition et la façon dont nous nous nourrissons peut donc influencer grandement notre bien-être et notre santé ainsi que notre humeur. Mais il faut aussi remettre cette notion de plaisir en avant. L’alimentation est un des plaisirs qui devrait vous combler au quotidien, et non uniquement vous maintenir heureux et en bonne santé.
(Ce sujet est passionnant, et il m’a été très difficile de vous le résumer car je pourrais en parler des heures tant il est vaste et intéressant).
Le mot de la faim : “A vos fourchettes!!”

Références :
2 Shared metabolic and immune-inflammatory, oxidative and nitrosative stress pathways in the metabolic syndrome and mood disorders.de Melo LGP, Nunes SOV, Anderson G, Vargas HO, Barbosa DS, Galecki P, Carvalho AF, Maes M.Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry. 2017 Aug 1;78:34-50. doi: 10.1016/j.pnpbp.2017.04.027. Epub 2017 Apr 22. Review.
4 J Acad Nutr Diet. 2015 Aug;115(8):1203-12. doi: 10.1016/j.jand.2015.02.018. Epub 2015 Apr 6. Intermittent Fasting and Human Metabolic Health. Patterson RE, Laughlin GA, LaCroix AZ, Hartman SJ, Natarajan L, Senger CM, Martínez ME, Villaseñor A, Sears DD, Marinac CR, Gallo LC.
5 Dietary Carbohydrates Impair Healthspan and Promote Mortality.Ravichandran M, Grandl G, Ristow M.Cell Metab. 2017 Oct 3;26(4):585-587. doi: 10.1016/j.cmet.2017.09.011.

[Source : www.habitudes-zen.net] 

sábado, 5 de janeiro de 2019

« A Scene at the Sea »

RÉALISATION : Takeshi Kitano
PRODUCTION : Office Kitano, La Rabbia
AVEC : Kurodo Maki, Hiroko Oshima, Sabu Kawahara, Nenzo Fujiwara, Susumu Terajima, Keiko Kagimoto
SCÉNARIO : Takeshi Kitano
PHOTOGRAPHIE : Katsumi Yanagishima
MONTAGE : Takeshi Kitano
BANDE ORIGINALE : Joe Hisaishi
ORIGINE : Japon
TITRE ORIGINAL : Ano natsu, ichiban shizukana umi
GENRE : Comédie, Drame
DATE DE SORTIE : 19 octobre 1991 (Japon), 23 juin 1999(France)
DURÉE : 1h41
BANDE-ANNONCE
Synopsis : Un jeune éboueur sourd-muet se prend d’une passion obsessionnelle pour le surf. Soutenu par le regard protecteur de sa fiancée, sourde-muette comme lui, le jeune homme progresse, d’apprentissages éprouvants en compétitions harassantes, jusqu’a ce que la mer les sépare…

Écrit par GUILLAUME GAS

Premier plan : la mer. Pas un bruit. Subjectif d’un éboueur sourd-muet nommé Shigeru qui regarde le « grand bleu » depuis son camion. Ce qu’il y voit et/ou ce qu’il ressent n’appartient qu’à lui, et on ne le saura jamais. Un simple paysage ? Un champ des possibles ? Un appel simple vers la mort ? La dernière hypothèse aurait tout pour sembler logique au vu d’une culture nippone à ce point hantée par la peur de l’engloutissement. À la fin du film, Shigeru aura quitté le plancher des vaches pour s’en aller pour de bon dans ce monde liquide. Suicide concret ou renaissance symbolique, l’acte en lui-même restera hors-champ. On devra se contenter d’une planche de surf un peu chahutée par les vagues sur le bord du rivage et d’un simple carton affiché sur l’écran : « Il est devenu un poisson ». Ce qui est bizarre, c’est que le réalisateur ne s’appelle pas Luc Besson. De même que le film n’a pas l’air de vouloir évoquer le désir d’un être humain d’aller danser le tango avec un dauphin au plus profond des abysses. Autre détail bizarre : c’est Takeshi Kitano qui réalise, mais on ne le voit jamais à l’écran, de même qu’on n’y voit personne avec un flingue ou un costard noir. Ici, le silence est d’or. Il est même toujours plus sourd et évocateur que la parole. Et la découverte bien trop tardive de ce film dans les salles françaises en juin 1999 (soit huit ans après sa sortie japonaise !) aura fait l’effet d’un gros choc, violent à l’intérieur, caressant à l’extérieur. Du zen à l’état pur qui prouvait surtout à quel point il n’aura pas fallu attendre la sortie en salles de L’été de Kikujiro quatre mois plus tard pour se persuader que Takeshi Kitano était un grand sensible sous sa carapace d’agitateur, qu’il cachait une âme bleutée derrière ses lunettes noires, qu’il savait filmer autre chose que de la violence burlesque et des flingueurs mutiques.
 
Si l’on joue les traducteurs, le titre original du film ressemblerait à quelque chose comme « La mer si calme cet été-là ». Or, résumer A Scene at the Sea à un banal « film de plage » ou à une parenthèse solaire dans une filmographie marquée par la violence sèche serait une belle erreur. Une erreur qu’il faut pourtant faire l’effort de commettre à la première vision, histoire d’être dans les meilleures conditions pour savourer les délicieux et apaisants effets secondaires générés par la mise en scène de Kitano. Troisième film du cinéaste après deux polars très maîtrisés (le pas drôle du tout Violent Cop et le plutôt drôle Jugatsu), ce film aurait en effet de quoi laisser penser – comme avec L’été de Kikujiro – que la saison estivale serait capable de lui inspirer autre chose que des histoires de yakuzas cogneurs. Or, ce film aura été pour lui ce que la mer aura encouragé chez son protagoniste : la définition d’un style. Cette poésie de l’image, ce jeu des regards absents qui ne disent rien et qui chuchotent tout, cet attachement pour les exclus d’un Japon qui cumule les excès (pollution qui tâche, travail qui aliène, société qui cloisonne…), ce sens du burlesque nourri à la même fibre scénographique que Jacques Tati, ce mutisme général qui aide autant à raconter visuellement les choses qu’à évoquer une fascination potentielle pour la mort et le néant : tout prenait déjà forme dans A Scene at the Sea, qui plus est dans un récit d’une simplicité quasi invraisemblable.
Tout tient en une ligne : lors de sa tournée d’éboueur, un sourd-muet découvre une planche de surf abîmée qu’il décide soudain de récupérer et de réparer, s’initiant alors à la pratique du surf sous le regard lumineux et protecteur de sa petite amie (elle aussi atteinte du même handicap). Oh bien sûr, au début, elles ne sont pas bien grosses les vagues. Mais il apprend, petit à petit, jour après jour, jusqu’à avoir la possibilité de participer à une compétition. Mais contrairement à ce que chantait Etienne Daho, l’été n’est pas sans fin, et il y aura une fin à tout cela, du genre sur laquelle chacun sera libre de projeter de la joie ou de la tristesse. D’un bout à l’autre de cette fugue mélancolique (car il est bel et bien question de cela), Kitano dispose ainsi de douces couleurs sur la page blanche de son cinéma. Dans un territoire circonscrit dès les premiers plans (la ville, la plage, la mer) et défini là encore comme un terrain de jeu (ça se passe toujours comme ça dans ses films), il vise l’épure absolue là où Jugatsu semblait plus gourmand sur le versant fictionnel. Avec un double parti pris qui deviendra sa marque de fabrique : rendre son film à peu près aussi semi-autiste que son protagoniste, bâtir un cinéma joueur où le fait de glisser sur les vagues d’un milieu aux antipodes est autant un jeu assumé qu’une farce qui ne s’assume pas (après tout, qui imaginerait Beat Takeshi fan de surf ?). Si son cinéma était une plage, on savait Kitano capable d’en asperger la surface avec un sang très rouge. On le découvre ici tout aussi doué – si ce n’est plus – pour se contenter d’en bercer tout doucement les grains de sable.
 
La sensiblerie n’a pas sa place dans A Scene at the Sea, et le pathos encore moins. A partir d’une ligne de synopsis dont on imagine sans difficulté la traduction formatée à l’américaine, Kitano contourne les pièges de la success-story consensuelle et de la chronique sociale. L’épure qu’il vise d’un bout à l’autre de son film invite simplement à dénicher l’insolite dans le quotidien, à capturer la pureté au cœur même des gestes les plus anodins, à sublimer une humanité qui se fait toujours plus vraie et touchante lorsqu’elle semble régresser du stade adulte vers celui de l’enfance. Peut-être parce qu’aux yeux de Kitano, ces deux personnages de sourds-muets sont encore des enfants empreints de pureté, des grains de sable qui se laissent porter par les vagues. Quant à leur handicap, on aurait presque envie de le lire sous un angle détourné : tout comme certains aveugles peuvent avoir une oreille musicale plus forte que la moyenne, peut-être qu’eux deux ont la capacité, à travers cette surface bleue aussi plate qu’ondulante, de voir quelque chose d’invisible. Peut-être une beauté qui se passe du moindre mot lorsqu’elle surgit dans toute sa nudité, et là-dessus, c’est peu dire que la mise en scène de Kitano rend ces « choses invisibles » totalement frémissantes à l’œil nu. Il y a cet amour exclusivement marqué par des flux et des gestes – une marche à deux, un pliage de vêtement, une vitre cassée par un caillou… Il y a cette mer tranquille qui semble parler à l’être humain lorsqu’elle fait raisonner le doux son des vagues – on jurerait entendre la voix d’une divinité sous-marine. Il y a le regard riche de mille significations du jeune acteur Kurodo Maki, à la fois pop-star nippone et authentique champion de surf, que Kitano dirigera à nouveau dans Aniki mon frère. Il y a la moquerie des uns qui se retourne en empathie pour tout le monde sans qu’on s’y attende, signe d’un instant de pureté où les différences s’effacent en marchant sur le même sable. Et il y a enfin ce bouleversant sourire féminin qui, à défaut d’être épaulé par un son, se contente de devenir le nôtre jusqu’à la fin du film.
 
Film de tandem lancé dans une quête d’absolu, A Scene at the Sea n’en reste pas moins un film marqué par la présence d’un troisième personnage : cette planche de polystyrène que l’on découvre décapitée au début du film et qui disparaît ensuite au profil d’une autre, toute neuve celle-là. Sur la première planche, on repère alors une inscription : « Blue Bunny ». Sans aller jusqu’à lire obligatoirement cette « planche de salut » comme une sorte de lapin abandonné qu’il s’agirait de recueillir et de soigner, sa présence infuse mine de rien une symbolique très forte sur le dépassement de soi, sur le recours à l’artifice et à l’imaginaire pour toucher du doigt le fameux « instant magique », et sur l’irréversibilité du deuil comme stade terminal d’un amour partagé (plan inoubliable d’une photo du couple scotchée sur une planche de surf au look de cercueil abandonné dans l’océan). Même si le bonheur appartient à la ligne du passé, il a laissé sa trace sur le présent. Longtemps avant Hana-Bi, Kitano transformait donc déjà la vie en œuvre d’art et la mort en chef-d’œuvre de cette dernière. Ses personnages sont comme des poissons dans un bocal (leurs mouvements dans le cadre en disent mille fois plus que leurs mots), son montage aquatique coule autant de source que la sensationnelle partition musicale de Joe Hisaishi (lequel démarrait ici sa fructueuse collaboration avec Kitano), et son style, bien que couvert d’une peinture encore un peu fraîche, tutoie la grâce d’un haïku sans se forcer. Quand le cinéma est aussi beau, aussi simple et aussi pur, on a juste envie d’une chose : se laisser porter par sa vague.


[Source : www.courte-focale.fr]