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terça-feira, 8 de setembro de 2026

« Coopération complète » : comment l’Université de Tel Aviv sert l’État sécuritaire d’Israël

Du recrutement du Shin Bet aux programmes d’entraînement militaire, les services israéliens s’infiltrent de plus en plus dans la vie universitaire. 

Après que Hila Ben David eut cessé de chanter « Imagine », de John Lennon, le 16 juillet, lors de la cérémonie de remise des diplômes doctoraux de l’Université de Tel Aviv (TAU), la parole a été donnée au docteur Danny Gold, général de brigade (en réserve), chef de la direction Recherche et Développement du ministère de la Défense. Gold, ancien étudiant de TAU où il a obtenu tous ses diplômes, était revenu à son alma mater pour s’adresser aux nouveaux diplômés.

Au cours d’une conférence intitulée Transformer la vision en sécurité, Gold a présenté sous le meilleur jour des systèmes d’armement israéliens ainsi que des vidéos sur des lanceurs de missiles, des interceptions de défense aérienne, et des frappes israéliennes contre des camions au cœur de Téhéran. Des diapos mettant en valeur Ies entreprises israéliennes de défense Elbit Systems et Rafael, ainsi que des firmes privées de plus petite taille comme SMART (“Létalité et précision pour les combattants ») et UNIQAI (“L’IA pour l’organisation des missions”) apparaissaient sur l’écran.

Environ sept minutes après le début de la présentation, la cérémonie a été interrompue par des cris confus, des applaudissements épars et des huées. Plusieurs diplômés et leurs proches ont quitté la salle, dont le docteur Jad Ka’dan, qui venait de recevoir son doctorat en études culturelles et comptait parmi les 17 étudiants palestiniens auxquels l’université avait décerné des doctorats cette année-là.

“Quand [l’université] fait venir le docteur Gold et que, subitement, vous voyez des vidéos de lancements de missiles, des sirènes de raids aériens, et le bombardement de Téhéran, vous comprenez qu’ils vous traitent avec mépris — ils essaient de vous humilier », a-t-il dit à +972 Magazine et à Local Call.

Ka’dan, qui a obtenu une bourse d’études postdoctorales en Californie, a trouvé la célébration de l’industrie de défense israélienne particulièrement troublante. “[Dans le monde entier] les gens parlent de BDS, et vous nous montrez ce genre de vidéos ? J’ai honte de devoir dire que c’est ça qu’ils présentent ici”, a-t-il dit.

Les protestations ne sont pas venues uniquement d’étudiants palestiniens. Selon Ka’dan, quand la mère d’un de ses amis s’est approchée de la scène et s’est mise à crier “Quelle honte !”, environ un quart du public s’est joint à elle. “La moitié des personnes dans cette salle souffrent de troubles de stress post-traumatique à cause de la guerre [avec l’Iran]”, a lancé Ka’dan, “et vous leur montrez des vidéos d’explosions ?”

“Vraiment, ça colle”, a-t-il ajouté. “On commence par ‘Imagine’ —il n’y a aucun pays, aucune cause pour laquelle tuer ou mourir — et là-dessus, arrive un officier de l’armée.”

Quelques instants après que Gold a terminé son exposé, la professeure Noga Kronfeld-Schor, rectrice de l’université, visiblement mal à l’aise, est montée en scène et s’est excusée si la conférence “avait blessé certaines personnes [au sein du public].”

Des membres du corps enseignant affiliés à Academia For Equality ont fait rapidement circuler une lettre soulignant que le problème ne se réduisait pas à un discours de remise des diplômes manquant de sensibilité. L’allocution s’était adressée, écrivaient-ils, à des “étudiants juifs et palestiniens dont les corps et les esprits [portaient] les cicatrices de la guerre apparemment sans fin qui dure depuis trois ans” et qui étaient venus “pour célébrer leurs résultats académiques, pas pour assister à un spectacle de propagande”. Cet évènement, estimaient-ils, constituait “une nouvelle étape de la militarisation croissante de notre université au long de ces dernières années”.

Quelques jours plus tard, l’administration a transmis des excuses plus détaillées aux membres anciens du corps professoral, reconnaissant que l’invitation de Gold avait été “une erreur” car la présentation avait bouleversé des membres du public, notamment des enfants, des familles endeuillées et des soldats traumatisés par la guerre. Mais elle rejetait catégoriquement la conclusion plus vaste d’Academia For Equality, selon laquelle l’université connaîtrait un processus de militarisation.

Dans leur réponse, le président de l’université Ariel Porat et la rectrice Noga Kronfeld-Schor considéraient cette allégation comme “un mensonge et une falsification — une véritable campagne de calomnie” qui renforçait l’argumentaire de “ceux qui cherchent à boycotter le monde académique israélien [en] le présentant comme un agent de l’armée”.

Pourtant, une enquête menée par +972 et Local Call remet en question les dénégations de l’administration. Des interviews et des documents révèlent une université qui a, ces dernières années, accordé sur le campus une place de plus en plus grande à l’appareil militaire et sécuritaire d’Israël — des partenariats avec l’armée aux efforts pour recruter des étudiants au Shin Bet, le service de renseignement intérieur d’Israël.

Chasser des têtes sur le campus

Environ un mois avant l’apparition controversée de Gold à la cérémonie de remise de diplômes, le Centre de développement des carrières de TAU a invité des étudiants des départements d’Histoire du Moyen-Orient et d’Afrique et d’Études arabes et islamiques à une rencontre « axée sur les carrières » avec un représentant du Shin Bet.

L’e-mail de juin, envoyé par le conseiller en carrières des Humanités Sivan Tivoni et obtenu par +972 and Local Call, indiquait que le service de sécurité s’était adressé à l’université pour organiser un évènement destiné spécifiquement aux étudiants de ces deux départements.

“Dans le cadre de cet évènement”, indiquait l’invitation, “un ancien responsable du Shin Bet sera notre invité pour mener une séance inspirante et une discussion ouverte sur les opérations secrètes, les défis du renseignement et de la sécurité, et l’importance de la connaissance de la langue arabe et de la familiarité avec les mondes arabes et islamiques en vue d’une activité professionnelle pleine de sens.” Les étudiants entendraient aussi « des récits et des observations sur ces domaines (compte tenu des restrictions liées à la classification [de sécurité]), et ils participeraient à des discussions directes avec les invités.”

Selon Muhammad Masarwa, étudiant en master d’Études arabes et islamiques et militant politique, l’invitation reflétait une tendance à examiner l’étude de l’arabe essentiellement sous l’angle de la sécurité. “C’est très triste de donner comme perspective à l’étude de l’islam et à la familiarité avec le monde arabe la nécessité de ‘connaître l’ennemi’, a-t-il dit. L’invitation, a-t-il ajouté, contient un message : “Vous pouvez devenir un élément d’un système qui peut nuire à d’autres au moyen de votre connaissance de leur culture et de leur langue.”

Masarwa a dit n’avoir jamais reçu l’e-mail, pas plus qu’aucun des étudiants palestiniens qu’il connaissait dans les deux départements. Il n’a eu connaissance de l’évènement que lorsqu’un ami palestinien lui a fait suivre l’invitation, que des étudiants juifs avaient partagé avec cet ami. (TAU n’a pas répondu à la question de +972 et de Local Call demandant si l’invitation avait été envoyée exclusivement à des étudiants juifs.)

Au sein du département, a dit Masarwa, l’invitation n’a pas suscité beaucoup de discussions. Mais à son avis, la démarche n’était pas accidentelle. “Parmi les étudiants juifs — pas la totalité — il existe une aspiration indéniable à trouver du travail au Shin Bet, à rejoindre les services de sécurité », a-t-il dit. “[S’ils se lancent dans les études arabes], ce n’est pas par amour pour la langue et la culture.”

Les responsables du département qui se sont entretenus avec +972 and Local Call ont pris leurs distances avec cette initiative.

“Je dois admettre que je n’étais pas au courant”, a dit le docteur Avner Wishnitzer, président du département d’Histoire du Moyen-Orient et de l’Afrique. “Si je comprends bien, l’évènement a été organisé par le Centre de développement des carrières de l’université. Je ne savais pas que le secrétariat du département avait expédié l’invitation. Ce n’est pas passé par moi. Point essentiel : nous n’avons aucun lien avec le Shin Bet, et nous n’organisons pas ce genre d’évènement.”

L’université a fourni une explication similaire. Les évènements de développement des carrières ont pour but de faire découvrir aux étudiants des opportunités d’emploi dans les secteurs publics, privés et sociaux, a dit le porte-parole Tomer Walner.

Les employeurs “dont les activités sont conformes à la loi sont invités à présenter aux étudiants des domaines de travail et des postes correspondant à leur formation”, a-t-il ajouté, soulignant que de tels évènements sont organisés par le centre et “ne constituent en aucun cas un élément du cursus académique.”

En fin de compte, l’évènement, prévu pour le 15 juin, n’a pas eu lieu parce que le nombre d’étudiants inscrits était trop faible, selon une source universitaire. Cependant, ces techniques de “chasse de têtes” – recrutement proactif de personnes ayant des compétences spécialisées — par les agences de sécurité d’Israël sur les campus des universités n’ont rien de nouveau.

En 2025, un rapport de l’organisation antimilitariste New Profile a documenté des années d’évènements de recrutement impliquant le Shin Bet et le Mossad dans des universités Israéliennes, notamment, en 2017, une « session sur les carrières avec le Shin Bet » accueillie par la faculté de Sciences sociales de TAU ainsi qu’un évènement au Technion intitulé “La technologie au service du Service général de sécurité [Shin Bet]”.

Plus récemment, en mai, le Centre de développement des carrières de TAU a invité les étudiants en sciences sociales et humanités à un évènement intitulé “Les carrières dans les organismes de sécurité » incluant des représentants du Mossad, du Shin Bet, du ministère de la Défense et du service pénitentiaire israélien. “Saviez-vous”, demandait l’invitation, “que les connaissances et les compétences que vous avez acquises en sciences sociales et humanités peuvent vous donner un véritable avantage en vue d’une carrière au cœur de l’appareil de sécurité d’Israël ?”

Ce qui distinguait l’invitation de juin, selon la docteure Outi Bat-El, linguiste de TAU et membre d’Academia for Equality, n’était pas que le Shin Bet vienne recruter sur le campus, mais qu’il recherche des étudiants dans des domaines particuliers. “L’invitation est inhabituelle parce qu’elle vise spécifiquement ces deux départements”, a souligné Bat-El. “Ce n’est pas une foire aux emplois où tout le monde peut venir et repartir comme il ou elle le souhaite. C’est ciblé.”

La promesse faite aux étudiants d’entendre “des récits et des observations » au sujet des opérations du Shin Bet, a-t-elle souligné, “ressemble à Disneyland. Il s’agit de recruter pour quelque chose de terrible. C’est une coopération complète entre l’université et le Shin Bet.”

L’histoire d’une symbiose

La relation entre les études arabes et du Moyen-Orient dans le monde universitaire israélien et les services sécuritaires du pays existe depuis les premiers jours de l’État et peut-être même antérieurement. À TAU, elle est devenue organique au milieu des années 1960, lorsque l’université a accepté d’intégrer un organisme de recherche du ministère de la Défense, l’Institut Shiloah — devenu par la suite le Centre Moshé Dayan— à son département d’Histoire du Moyen-Orient et de l’Afrique.

Cette décision a soulevé quelques controverses. Dans un article récent de Haaretz, l’ancien président de TAU Itamar Rabinovich, qui dirigeait le Centre Dayan avant d’être à la tête du département d’Histoire du Moyen-Orient et de l’Afrique, se rappelait que l’Université hébraïque de Jérusalem avait rejeté une proposition du ministère de la Défense visant à ce qu’elle absorbe cet institut.

TAU a procédé différemment. À l’époque, l’institution encore au berceau essayait de recruter Shimon Shamir, un jeune universitaire qui serait plus tard à la tête du département et exercerait les fonctions d’ambassadeur d’Israël en Égypte et en Jordanie. Shamir a fixé comme condition à son entrée à l’université l’acceptation de l’Institut Shiloah.

La “symbiose” ainsi réalisée entre l’institut et le nouveau département, a écrit Rabinovich, “donnait à l’université de Tel Aviv un statut unique parmi les universités israéliennes."

Le docteur Yonatan Mendel, chef du département d’études du Moyen-Orient à l’université Ben-Gourion — dont les recherches concernent la sécuritisation* des études arabes depuis le Yishouv juif en Palestine, antérieur à l’État, et par la suite — estimait lui aussi que cette relation était inaccoutumée. “Une connexion aussi directe et ouverte, reliant l’étude de l’arabe dans la sphère universitaire avec le Shin Bet et la sécurité nationale, est vraiment rare”, a-t-il dit à +972 et à Local Call.

Pourtant, a-t-il ajouté, “l’entrée des agences de renseignement et des préoccupations sécuritaires dans la sphère universitaire n’est assurément pas un phénomène nouveau. Ce sont des processus antérieurs à la fondation d’Israël qui se sont intensifiés dans les années 1960 et 1970.”

Dans les décennies qui ont suivi, a ajouté Mendel, de telles relations se déroulaient essentiellement sous le voile du secret. Depuis le 7 octobre, cependant, elles ont repris de la vigueur et sont devenues de plus en plus voyantes. “C’est peut-être parce que le soutien aux besoins en matière de sécurité est subitement inscrit à l’ordre du jour”, a-t-il suggéré.

Selon Mendel, son propre département de l’université Ben-Gourion n’a jamais reçu une sollicitation directe comparable. La culture institutionnelle peut expliquer partiellement la différence. Dans son article de Haaretz, Rabinovich décrivait le département d’études du Moyen-Orient à l’université Ben-Gourion comme “rebelle, s’opposant à l’esprit de l’institution.”

Dans son livre de 2024 “Towers of Ivory and Steel: How Israeli Universities Deny Freedom to Palestinians” (Des tours d’ivoire et d’acier : comment les universités israéliennes refusent la liberté aux Palestiniens), la chercheuse israélienne Maya Wind soutient que les universités israéliennes ont contribué depuis longtemps à produire un savoir qui perpétue la domination d’Israël sur les Palestiniens tout en se présentant elles-mêmes comme des services libéraux et démocratiques.

Dans un contexte de croissance des partenariats entre universités états-uniennes et israéliennes, Wind a dit à +972 en août 2025 que ces dernières « sont en fait profondément impliquées dans le colonialisme de peuplement israélien, et maintenant dans le génocide” — en particulier parce que des disciplines académiques entières “subordonnent leur production de connaissances aux besoins de l’État israélien.”

Pour Mendel, cette proximité historique entre la discipline d’Études du Moyen-Orient et les services de sécurité permet d’expliquer pourquoi ce domaine “tombe parfois dans le piège de l’Orientalisme” et pourquoi de nombreux citoyens palestiniens d’Israël ont eu du mal à le considérer comme leur appartenant réellement.

Il a cependant signalé une tendance qui contrebalance celle-ci : ces dernières années, des enseignants et des chercheurs dans différents lieux du monde universitaire israélien ont fait évoluer leurs disciplines dans des directions plus civiles et plus critiques. “C’est cette tendance que nous devons renforcer — une recherche indépendante et critique, aussi éloignée que possible d’une démarche centrée sur la sécurité.”

La militarisation en évidence

Cependant, au moment même où certains universitaires examinaient d’un œil critique les relations entre l’université et les services de sécurité, les liens institutionnels de TAU avec l’armée se sont renforcés ces dernières années de façon importante.

Dès octobre 2023, avant l’attaque du 7 octobre, l’université a lancé le programme « Erez » qui consiste à ce qu’environ 200 candidats à des postes d’officiers de combat obtiennent des licences en humanités et sciences sociales avant d’entamer une formation d’officier. Selon certaines informations, TAU devrait recevoir environ 15 millions de shekels (presque 5 millions de dollars) pour ce programme.

Bien que l’université ait promis initialement que les participants à ce programme ne porteraient pas d’armes sur le campus, des soldats armés en uniforme ont commencé à assister régulièrement à des cours après le déclenchement de la guerre. Leurs effectifs ont diminué depuis, mais selon des membres du corps enseignant ils restent une présence familière.

“Vous êtes sur le campus, et 50 soldats en uniforme, portant des armes, se déplacent d’un bâtiment à l’autre”, a dit Bat-El. “Je ne me sens pas à l’aise. Imaginez ce que ressentent des étudiants palestiniens.”

Les liens de l’université avec les services de sécurité s’étendent également au secteur technologique. Depuis 2018, TAU Ventures — un fonds de capital-risque financé par l’université — a géré « The Xcelerator » en commun avec le Shin Bet. Ce programme accorde à des start-up sélectionnées une subvention de 50000 $ versée par l’agence de sécurité ainsi que des espaces de bureau et un soutien aux entreprises, et met en avant, selon ses propres termes, une “opportunité exclusive de validation et de démonstrations de faisabilité auprès du Shabak [le Shin Bet]."

 

Pour sa dernière promotion, le programme a indiqué qu’il recherchait des technologies dans des domaines tels que l’IA et les données, la cybersécurité, les menaces liées aux drones ou aux UAV, les plateformes sans pilote, les capteurs et le renseignement sur internet, qui pourraient “avoir un impact sur le champ de bataille” et renforcer les “capacités de sécurité à long terme” d’Israël.

Dès le début de la prochaine année universitaire, TAU accueillera le prestigieux programme “Havatzalot”, qui forme des recrues de haut niveau de l’Intelligence Corps pendant la dernière étape de leurs études universitaires. Le programme s’est déroulé à l’Université hébraïque depuis 2019 malgré l’opposition d’étudiants et d’enseignants, qui affirmaient qu’il  correspondait à “l’expropriation de la sphère académique et à son transfert sous contrôle militaire”. Après que TAU eut remporté l’appel d’offre en vue de l’accueil du programme, l’Université hébraïque a présenté une requête judiciaire pour contester cette décision.

Un incident récent pourrait indiquer que les liens de TAU avec le système de la défense vont plus loin que les campagnes de recrutement et les programmes de formation. En mai 2025, l’administration de l’université ayant soupçonné un étudiant palestinien d’avoir tagué des slogans dénonçant la guerre d’Israël contre Gaza sur les stands du Shin Bet et d’Elbit à une foire aux carrières sur le campus, elle a fourni au Shin Bet ses données personnelles. Peu après, l’étudiant a reçu un appel d’un homme qui s’est présenté comme un agent du Shin Bet et lui a ordonné de se rendre dans un poste de police en vue d’une “conversation”.

Certes, ce processus a été interrompu rapidement après une intervention du spécialiste de la déontologie de l’université, mais l’incident a montré avec quelle facilité la coopération de l’université avec les services de sécurité pouvait déboucher sur la surveillance et l’intimidation des étudiants.

C’est dans ce contexte que l’administration a qualifié de “pure invention” l’affirmation selon laquelle TAU devenait une extension des services de sécurité d’Israël.

“Pendant de nombreuses années, le monde universitaire israélien a affronté diverses forces qui cherchent à le détruire et menacent sa liberté, en Israël et à l’étranger”, écrivaient les représentants de l’administration dans l’e-mail envoyé au corps enseignant après le discours de Gold lors de la cérémonie de remise des diplômes. “Il est désolant de voir des détracteurs sortir de nos rangs et utiliser une simple erreur – aussi regrettable soit-elle – pour formuler des jugements sans aucun fondement.”

+972 et Local Call ont demandé à TAU s’il maintenait des liens étroits avec le Shin Bet, comme l’indique l’e-mail envoyé par son Centre de développement des carrières, et s’il était conscient des accusations internationales selon lesquelles le monde universitaire israélien ferait partie de l’appareil sécuritaire israélien. L’université n’a pas souhaité répondre.

* N.d.T. Le concept de sécuritisation décrit la façon dont certains phénomènes considérés comme des enjeux de sécurité sont assimilés à des menaces justifiant l’élaboration de politiques sécuritaire.


Publié par Aharon PorathMeron Rapoport | +972 Magazine | traduction : SM pour l'AURDIP

[Source : www.aurdip.org]

domingo, 6 de setembro de 2026

Santiago Alba Rico: «Israel es la supervivencia de la peor Europa en Oriente Medio»

El filósofo publica 'Gaza y el destino del mundo', un ensayo en el que reflexiona sobre el punto de no retorno que implica el genocidio y lo que revela de nosotros como sociedad

Santiago Alba Rico reflexiona sobre Gaza en su último libro.

Escrito por Neus Tomàs

En un país que no va sobrado de pensadores, Santiago Alba Rico (Madrid, 1960) se ha convertido en un referente para la izquierda, y ojalá no solo para ella. Su voz tímida, casi susurrante, se abre paso en artículos y libros que ayudan a combatir el griterío de parlamentos y tertulias. Su último ensayo, Gaza y el destino del mundo (Arpa), nos sitúa ante un espejo incómodo, el de la doble moral de Occidente.

“Israel es obra del antisemitismo europeo y en ese sentido, no debería haber existido. La fundación de Israel es injusta en todos los sentidos”, denuncia Alba Rico. Considera que la solución de los dos Estados ya no es posible. Defiende que los propios israelíes, junto con los europeos, son los que tienen que desionizar Israel. “Entonces podrán plantearse cosas como las que decía Martin Buber: un Estado binacional o un solo Estado democrático en el que sea posible establecer unas reglas de juego compartidas”, añade.

Mientras, el filósofo se niega a caer en el pesimismo. No porque falten motivos sino porque si los palestinos resisten, pese a todo, a no tener nada, hay que aguantar y seguir denunciando el genocidio del que son víctimas. Alba Rico nos obliga a pensar sobre ese mundo que Gaza ha marcado como punto de no retorno civilizatorio y, también con las imágenes de Ceuta en la retina, lanza esta advertencia: “Estamos en un momento de la historia en el que uno puede creerse bueno mientras participa en un linchamiento”.

El arranque del libro es sorprendente porque se retrotrae a dos aspectos de la infancia: la diurna, que, por resumirlo, sería más la del juego; y la nocturna, que podría ser más la del miedo. Y a partir de ahí las vincula a algunas dinámicas del poder. ¿Cómo se le ocurrió?

Es una analogía que está presente en mi cabeza desde hace ya algún tiempo. Como lector de Freud creo que era casi inevitable plantearlo así. Pero quizá también tiene que ver con la percepción de los últimos años, en un contexto de descomposición de las democracias y de expansión del autoritarismo. El proyecto de la Ilustración ha fracasado claramente.

Kant decía que la Ilustración era la humanidad que alcanza la mayoría de edad. Durante dos siglos hemos creído, a ratos, que había sido así, pero en los últimos años vemos que no. Nunca hemos llegado a ser mayores de edad del todo. Seguimos como en un patio de colegio en el que los más fuertes, los que menos se atienen a los principios pactados por todos, son los que finalmente se apoderan de territorios, de las vidas de los demás y deciden, en definitiva, quién merece vivir y quién no.

Eso que yo llamo la infancia diurna, que es la del juego, en un momento determinado se convierte en hipocresía. Hemos seguido jugando a los valores morales, a la democracia, a la división de poderes. Lo que ha ocurrido es que se ha venido abajo ese aparato lúdico, más o menos pactado, en el que todos, hipócritamente, nos guiábamos por ciertos principios en los que quizá no creíamos, pero que nos defendían del niño nocturno. Y ese niño nocturno se ha apoderado del patio del colegio.

En ese patio incluso los juegos infantiles tienen reglas. Trasladado al comportamiento de dirigentes como Trump y Netanyahu, ¿el resumen sería que ellos no respetan ninguna regla?

Exactamente. Es una idea que recojo de Chesterton, de ese libro maravilloso que es Ortodoxia, en el que explica la obsesión que tienen los niños por las reglas. Pueden inventar las reglas, pero lo importante es seguirlas. Recuerdo en el libro una frase de un libreto de Wagner, Los maestros cantores de Núremberg, en la que dice: “Cread vuestras propias reglas, pero seguidlas”.

Hay algo siempre tranquilizador en las reglas. Incluso, si se quiere, en las mafias que tienen, o han tenido durante algún tiempo, reglas internas que había que respetar. Y los niños están obsesionados con ellas: quieren a toda costa que se cumplan.

Ese niño diurno que juega con reglas inventadas, pero en todo caso rígidas y de obligado cumplimiento, se convierte en un hipócrita civilizado, diría Freud. En El malestar en la cultura, la civilización sirve fundamentalmente para reprimir al niño nocturno. Y ese niño nocturno ha quedado liberado, desencadenado. No cumplir las reglas tiene en estos momentos muchas ventajas en términos de poder, de ganancia, de beneficio capitalista, de beneficio imperialista y de protección de los propios intereses.

En uno de los capítulos se hace una pregunta: ¿qué es Gaza? Y una de las conclusiones destacables sería que es mucho más que un territorio físico con una historia milenaria.

Sí. A mi juicio, Gaza no es solo un territorio, como han señalado autores como Pankaj Mishra. Es un cambio de paradigma, un concepto, un objeto mental.

En algún momento lo comparo con otros conceptos que ha habido a lo largo de la historia, sobre todo del siglo XX. Hablo de Verdún, que nadie sabe dónde está, pero que es un paradigma de guerra que, de alguna manera, establece también un parteaguas en la historia del siglo XX. Las trincheras de Verdún fundan el siglo XX. Y luego tenemos claramente dos conceptos que originalmente son territorios: Auschwitz e Hiroshima. Auschwitz, el de la liquidación horizontal del otro; Hiroshima, el de la liquidación vertical del otro.

Gaza es otro nuevo concepto en el que se combina lo horizontal de Auschwitz y lo vertical de Hiroshima. Al mismo tiempo, se introduce una novedad tecnológica que convierte —o ha convertido— Gaza en un laboratorio de una nueva forma de hacer la guerra; por ejemplo, mediante el uso de la inteligencia artificial.

Hay semejanzas y, como señala, también alguna diferencia.

Hay una cosa que rompe con el modelo del siglo XX. Auschwitz, después de todo, fue ocultado. Los nazis intentaron ocultarlo, no se jactaron de Auschwitz. La decisión relativa a lo que llamaban, eufemística y terriblemente, la “solución final” se tomó en una reunión secreta. Todo ocurría en la niebla, en la oscuridad. En Gaza, ha sido exactamente lo contrario: lo hemos vivido en tiempo real, a la vista de todos. Digo en algún momento, con mucha amargura, que si Hitler hubiera introducido cámaras de televisión en las cámaras de gas quizá habría podido ir más lejos de lo que llegó, que fue realmente bastante lejos.

No podemos mirarlo todo sin contaminarnos; no podemos permitirnos mirarlo todo sin que sufra también nuestra alma, nuestra integridad moral. Hemos visto demasiadas cosas. Las hemos visto en tiempo real, minuto a minuto, sin poder cambiar lo que estaba ocurriendo. Esto es un batacazo civilizacional y moral sin precedentes por una sencilla razón: ya no ocultamos los crímenes; incluso nos enorgullecemos de ellos.

Hay un 90% de la población mundial que está absolutamente en contra del genocidio en Gaza y que, sin embargo, totalmente impotente, ha tenido que contemplar imágenes que han dañado moralmente a la humanidad. Lo han hecho de una manera que no voy a llamar irreparable, pero sí con efectos muy duros.

Dice que un 90% de la población mundial pero al final parece que ese 10% restante de la población es el que acaba decidiendo qué pasa en Gaza.

Pues sí. El libro también es un acta de acusación a Estados Unidos y a la Unión Europea. Esto es algo que podemos constatar en otros campos, no solamente en Gaza. Lo decía Gaetano Mosca, filósofo y teórico del derecho en la Italia prefascista: una minoría organizada siempre es más poderosa que una mayoría desorganizada.

Obviamente, esas minorías que acaban apoyando un genocidio tienen más medios, más dinero y más recursos. También más recursos de propaganda. No solo se han apoderado de las armas y de la violencia, sino también de las palabras. En esas condiciones, una mayoría desorganizada puede hacer muy poco, salvo sufrir desde lejos el veneno moral de esas imágenes terribles en las que hemos visto a niños muertos, enterrados bajo los escombros, disparados por francotiradores o asesinados en sus camas.

Hay un momento en el que habla de la doble moral occidental. Ahora mencionaba a Estados Unidos y a la Unión Europea. ¿Un ejemplo es cómo se condena la violencia palestina, pero se tolera la de Israel?

Cuando se hacen condenas son puramente formales o retóricas y no van acompañadas de medidas que, sin embargo, sí se han tomado en otros lugares. Se han tomado medidas contra Rusia, muy legítimamente, frente a una invasión y una ocupación que hay que condenar sin ambages. Pero eso no se hace con Israel.

En el libro intento explicar que no se hace porque Israel forma parte de la peor historia de Europa, la que una y otra vez se ha impuesto, salvo en este breve paréntesis posterior a la Segunda Guerra Mundial. Israel es lo que queda de la Europa anterior a la Segunda Guerra Mundial. Y, como superviviente de lo que era aquella Europa, puede hacer retroceder a Europa. Lo estamos viendo con la islamofobia, el racismo y la ultraderecha creciente en Europa.

Todo eso tiene mucho que ver con Israel, como el propio Netanyahu reconoce y consagra estableciendo relaciones privilegiadas con partidos de la ultraderecha europea, que son los mismos partidos que antes de la Segunda Guerra Mundial perseguían a los judíos. De manera que sí: Israel es la supervivencia de la peor Europa en Oriente Medio y, desde allí, puede conducirnos a los europeos de nuevo a lo peor de nuestra historia.

Hay un momento en el que es especialmente contundente y dice que Israel no debería haber existido nunca y que no fue, como a veces se ha explicado, la presencia minoritaria y legítima de inmigrantes de religión judía en Palestina, en 1881 o 1906, la que reclamaba su existencia.

Israel es obra del antisemitismo europeo y en ese sentido, no debería haber existido. La fundación de Israel es injusta en todos los sentidos. Es fruto, en efecto, de un proyecto nacionalista excluyente que surge a finales del siglo XIX, cuando aparecen los nacionalismos, especialmente en Europa, y posteriormente en un contexto de imperialismo colonial. Es, por lo tanto, como decía Theodor Herzl, una avanzadilla de Europa en Oriente Medio y un parapeto frente a los bárbaros colonizados.

Ahora bien, que su existencia no fuera justa no quiere decir que debamos perseguir ahora la destrucción de Israel. No. Israel existe y no se puede neutralizar una injusticia con otra injusticia 80 años después.

Por tanto, tenemos una sola herramienta, una herramienta que va a dejar siempre insatisfechos a los justicieros de uno y otro lado, pero que es la única que tenemos: el derecho internacional.

Pero, cuando habla del derecho internacional, en el libro lo presenta como un débil cascarón en el que apenas se han contenido las ambiciones de las grandes potencias. Tal como está concebido ahora, ¿nos sirve?

Tal y como está, no nos sirve. Desde el mismo momento en que toda una serie de niños nocturnos han declarado no vinculante ese derecho, de alguna manera se vuelve nulo o inútil. También es consecuencia de cómo se construye ese derecho a partir de la Segunda Guerra Mundial. Pensemos, por ejemplo, en las Naciones Unidas.

Hay mucha gente que lleva mucho tiempo pidiendo una reforma de las Naciones Unidas. No puede ser que los vencedores de la Segunda Guerra Mundial sigan teniendo derecho de veto después de un largo proceso de descolonización, con un protagonismo creciente de otros países y de potencias al menos medias. Hay que reformar las Naciones Unidas. Es un buen momento para, al menos, plantear esa reforma. No para ejecutarla, porque para eso necesitamos más fuerza y más poder del que tenemos las mayorías desorganizadas, pero sí para plantearla.

No podemos permitirnos el pesimismo mientras los palestinos sigan resistiendo

Una cuestión sobre la que también reflexiona en el libro es la identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío. ¿Es un error que se ha cometido tanto desde la derecha como desde la izquierda?

Creo que sí. Esto es fruto también de esa culpa histórica resultado del Holocausto. Como cuentan muy bien Pankaj Mishra y Finkelstein, esto es relativamente reciente: empieza a ocurrir en los años sesenta.

Hasta finales de los años sesenta, hasta la Guerra de los Seis Días, no se establece una identificación entre el Estado de Israel y el Holocausto. De hecho, Israel no era un Estado victimista. Había una especie de huida: el sionismo intentaba huir precisamente de esa identificación que establece el imaginario europeo entre el judío y la víctima. El sionismo reclamaba su derecho a la violencia, a no ser la víctima.

Pero, a partir de finales de los años sesenta, sí se establece esa identificación y el Estado de Israel comienza a extraer legitimidad de la invocación permanente del Holocausto y de la identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío.

Tenemos a Peter Beinart o a Marc H. Ellis, toda una serie de judíos que de ninguna manera están dispuestos a aceptar que Israel mate niños en su nombre. Hay que recordar constantemente esas voces judías y tratar de disolver esa identificación entre el Estado de Israel y el llamado pueblo judío que busca el sionismo para legitimar sus crímenes.

No hay un pueblo judío; hay una religión judía, hay una cultura judía. Y lo que no se puede hacer, desde luego, es identificar a Israel con el pueblo judío.

¿Por qué?

Porque la identificación entre el pueblo judío e Israel, allí donde Israel es una empresa colonial que comete un genocidio, hace algo que, por lo demás, desea el sionismo: promover el antisemitismo.

Y la mejor manera de combatir el antisemitismo es romper esa identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío. El pueblo judío, la cultura judía, la religión judía, no son culpables de los crímenes de Israel.

¿Cómo se podría desionizar Israel?

Va a ser difícil porque nace con el sionismo. La fundación de Israel es indisociable de ese proyecto, que desde el principio es excluyente y supremacista. Pero creo que es la única solución. Ahora mismo vemos muy lejos cualquier solución. La de los dos Estados es imposible. Hay que tener en cuenta que, en realidad, esto es lo que desde el principio se pretendió: hacer imposible la existencia de un Estado palestino.

Me irrita muchísimo que se hable constantemente del derecho a la existencia de Israel cuando el único derecho a la existencia que está siendo cuestionado constantemente, incluso desde Europa y desde Estados Unidos, es el derecho a la existencia de Palestina.

Con la particularidad de que Israel y sus gobernantes, desde Ben-Gurión, no han dejado de expresar clarísimamente su negativa a aceptar la existencia de un Estado palestino. Netanyahu no ha dejado de repetirlo en los últimos años. En el propio programa fundacional del Likud está escrito que el territorio de Israel va desde el río hasta el mar. Se reprocha constantemente a los palestinos que utilicen ese lema cuando está incluido en el programa fundacional del Likud.

No hay ninguna disposición por parte de Israel a aceptar la existencia de un Estado palestino. Por eso es necesario desionizarlo, y la única manera de hacerlo es que quienes han apoyado desde fuera a Israel dejen de apoyarlo.

Si Israel es un proyecto europeo, para que deje de ser un proyecto colonial, un proyecto genocida, es Europa la que tiene que dejar de apoyar a Israel.

¿Cree que veremos el fin de la ocupación?

Personalmente, no lo sé. Confío en que mis hijos lo vean. Para eso es muy necesario que muchos más israelíes, y no solo judíos, se den cuenta de que la propia existencia de Israel, como señalan Ilan Pappé o Gideon Levy, está en peligro. Lo está porque es completamente inviable el proyecto sionista de un Israel excluyente en permanente guerra civil. Y son los propios israelíes, junto con los europeos, los que tienen que desionizar Israel.

Entonces podrán plantearse cosas como las que decía Martin Buber: un Estado binacional o un solo Estado democrático en el que sea posible establecer unas reglas de juego compartidas.

Hoy eso es totalmente inviable, pero no porque no pueda existir Hamás, sino porque existe un Estado de Israel gobernado, además, por partidos ultrarreligiosos que de ninguna manera pueden aceptar que exista un Estado palestino, ni siquiera que existan los palestinos.

No hay un reconocimiento de la existencia de los palestinos. No los llaman palestinos: los llaman árabes, precisamente para no tener que reconocer que existe un pueblo palestino.

En el libro señala que Gaza marca el inicio de un nuevo mundo. ¿Pronostica que ese mundo todavía será peor?

Últimamente, me resisto a dejarme llevar por el fatalismo o por el pesimismo. Creo que hay algo también muy político en esto: la decisión política que podemos tomar es precisamente la de no dejarnos arrastrar por ellos.

¿Cómo dejarse llevar por el fatalismo desde Europa cuando los palestinos están todos los días levantando escuelas en una jaima entre los escombros de Gaza; cuando están una y otra vez cambiando los pañales a sus niños, reconstruyendo sus casas, cuidando el olivo que les han quemado?

Lo que sí creo es que se avecinan tiempos aún peores, porque ese modelo Gaza es un modelo que estamos viendo en todas partes. Israel lo aplica en Líbano, Estados Unidos e Israel lo aplican en Irán, Rusia lo aplica en Ucrania, y estamos viviendo un proceso de desdemocratización mundial que no augura precisamente la reconstrucción de un derecho internacional más vigoroso y con mayor capacidad de protección, sino lo contrario.

No podemos permitirnos el pesimismo mientras los palestinos sigan resistiendo.

Hablando de cómo será ese nuevo mundo y viendo lo que ha pasado en Ceuta, tampoco parece haber demasiados motivos para el optimismo. ¿Cuál es su análisis de lo que está pasando?

Lo que más me preocupa, dejando de lado los análisis geopolíticos —que ya se han hecho, y muy buenos y muy finos; desde luego también en vuestro periódico—, es algo en lo que insisto en el libro. De pronto, estos días nos estamos encontrando con gente que se cree buena mientras impide que la Cruz Roja entregue pan y agua a los inmigrantes, los expulsa de los lugares donde los ha instalado precariamente el Gobierno o quema sus pertenencias.

Eso me preocupa mucho, porque estamos en un momento de la historia en el que uno puede creerse bueno mientras participa en un linchamiento. Es un poco lo que ocurre en Gaza. Hemos visto a ciudadanos israelíes que suben a la colina en Sderot para ver arder Gaza mientras toman una suculenta merienda o que impiden que se hagan entregas de ayuda humanitaria. Cómo se han tenido que quebrar los vínculos con algo que antes llamábamos ética o moral universal para que puedas creerte bueno mientras estás participando en un linchamiento.

Ese nuevo marco moral, o amoral, esté siendo alimentado por partidos políticos que aspiran a gobernar, incluso a derrocar a un gobierno legítimo por cualquier vía, amparándose en el niño nocturno, en el niño nocturno que todos llevamos dentro. Que nos creamos buenos ciudadanos o buenas personas mientras excluimos al otro, perseguimos al otro o matamos al otro es lo que más me preocupa en estos momentos.

Y en lo de Ceuta ya lo vemos: a través de Ceuta, este nuevo modelo, este modelo Gaza, está también deslizándose muy deprisa en España, que hasta ahora era un poco una isla que se mantenía protegida del fascismo. Creo que a través de Ceuta el fascismo desembarca definitivamente en España.

 

[Foto: Marta Jara - fuente: www.eldiario.es]

quarta-feira, 26 de agosto de 2026

Perfecto Feijoo, o boticario que fixo soar Galicia: 168 anos do nacemento do fundador de Aires d’a Terra

 

Perfecto Feijoo / Museo de Pontevedra

Escrito por David M. Sobrino Platas 

Este 25 de agosto cúmprense 168 anos do nacemento de Perfecto Feijoo Poncet, unha figura ligada á historia cultural de Pontevedra e ao proceso de recuperación, dignificación e difusión da música tradicional galega entre finais do século XIX e as primeiras décadas do XX. Farmacéutico de profesión, gaiteiro, investigador do folclore e impulsor de Aires d’a Terra, a súa biografía atravesa ámbitos tan diversos como a música, a vida intelectual, a farmacia e mesmo o Entroido pontevedrés.

Perfecto Feijoo naceu en Pontevedra o 25 de agosto de 1858, nunha vivenda da rúa Real situada na esquina coa rúa Isabel II. A súa vida remataría tamén na cidade do Lérez, o 10 de xuño de 1935. Entre ambas as datas desenvolveu unha actividade que deixou pegada tanto na cultura musical galega como na memoria urbana pontevedresa. O Consello da Cultura Galega sitúao entre os principais impulsores da recuperación do repertorio tradicional nun momento no que as transformacións sociais estaban facendo retroceder moitas das manifestacións musicais vinculadas ao mundo rural.

De Farmacia en Santiago á botica da Peregrina

Feijoo estudou Farmacia na Universidade de Santiago de Compostela, onde obtivo a licenciatura en 1877. A súa primeira etapa profesional levouno a Madrid, onde entrou en contacto cun ambiente no que se cruzaban profesión, política e vida cultural. Despois regresou a Pontevedra e quedou ligado durante décadas á coñecida botica da Peregrina, situada nun dos puntos máis transitados da cidade.

A farmacia acabaría tendo unha función que ía moito máis alá da venda de medicamentos. A súa rebotica e o banco de pedra do exterior convertéronse nun espazo habitual de conversa, encontro e debate. Por alí pasaron persoas relacionadas coa política, as letras, a música e as artes, nunha Pontevedra na que este tipo de faladoiros formaban unha parte importante da vida social.

Entre os nomes relacionados con aquelas reunións aparecen Eugenio Montero Ríos, Práxedes Mateo Sagasta, Pablo Iglesias, Emilia Pardo Bazán, Miguel de Unamuno ou Ramón María del Valle-Inclán, ademais de intelectuais e artistas vinculados directamente á cidade. O Museo de Pontevedra lembra que o faladoiro de Feijoo convivía e competía con outros círculos pontevedreses, como os relacionados con Casto Sampedro ou Jesús Muruais.

A súa carreira farmacéutica tampouco quedou limitada á atención da botica. Exerceu responsabilidades no ámbito sanitario e profesional, foi subdelegado de Farmacia durante décadas, inspector de xéneros medicinais da Aduana de Marín e farmacéutico honorario da Casa Real, e recibiu a Medalla do Traballo despois de medio século de exercicio profesional.

Pero foi precisamente arredor daquela farmacia onde tomou forma a parte da súa obra que acabaría tendo maior transcendencia para a historia da música galega.

Un farmacéutico detrás da gaita

A afección de Feijoo pola música tradicional viña de atrás. Percorrera festas e romarías e interesárase polos repertorios que escoitaba fóra dos ámbitos académicos. Recibiu formación musical e aprendeu a tocar a gaita con Manuel Villanueva, gaiteiro de Poio. Co tempo sería coñecido como ‘O Gaiteiro do Lérez’, denominación que sintetizaba unha faceta que acabou ocupando unha parte central da súa vida.

O contexto no que desenvolveu ese interese resulta clave para entender a súa importancia. A música que Feijoo recollía procedía en boa medida da transmisión oral: alalás, foliadas, muiñeiras, cantos de fiada, coplas de cego, cantigas e outras composicións que se conservaban nas aldeas a través das sucesivas xeracións.

O seu propósito non era simplemente empregalas como materia para crear un espectáculo. Había tamén unha vontade de recoller repertorios, instrumentos, formas de vestir e modos de interpretación que podían desaparecer. Esa actividade sitúao dentro dun movemento máis amplo de interese polo patrimonio popular galego que avanzaba en paralelo ao desenvolvemento do galeguismo cultural.

Anos despois, ao explicar o sentido daquela iniciativa, o propio Feijoo resumiría a súa intención como a de “llevar al ánimo y gusto de todos aquella música que yo oí centenares de veces en los campos de mi tierra”.

1883: nace Aires d’a Terra

O paso decisivo produciuse en 1883, cando Perfecto Feijoo impulsou xunto con varios amigos Aires d’a Terra, considerada a primeira das agrupacións do modelo que posteriormente sería coñecido como os coros galegos.

O grupo reunía voces con instrumentos vinculados á tradición popular. Gaita, tambor, pandeiro, pandeireta, triángulos, cornas ou zanfona entraban nunha proposta escénica que tamén incorporaba indumentaria tradicional e un repertorio procedente en boa medida da recollida oral. Instrumentos, fotografías e abundante documentación relacionados con aquela experiencia forman actualmente parte dos fondos do Museo de Pontevedra.

Aires d’a Terra / Commons

Entre os integrantes de Aires d’a Terra estiveron figuras como Víctor Said Armesto, Carlos Gastañaduy, Víctor Cervera Mercadillo ou Leoncio Feijoo. Co paso dos anos tamén participaron Enrique Campo Sobrino, Francisco Portela Pérez e Alfonso Daniel Rodríguez Castelao.

O proxecto tardou, con todo, en consolidarse publicamente. O Consello da Cultura Galega sinala que durante anos atopou incomprensión nunha parte da sociedade. A súa presentación en Madrid durante o Entroido de 1901 e, especialmente, unha conferencia-concerto no Ateneo contribuíron a darlle unha proxección que superou o ámbito pontevedrés.

O que comezara arredor dun grupo de amigos acabou converténdose nun modelo para novas agrupacións dedicadas á música e ao baile tradicional galegos. A pegada pode observarse en formacións posteriores. O propio Real Coro Toxos e Froles de Ferrol naceu inicialmente baixo a denominación de Coro Feijóo ‘Toxos e Froles’, nunha referencia explícita ao precedente pontevedrés.

A relevancia histórica de Aires d’a Terra, polo tanto, non reside unicamente en ser o primeiro. A agrupación contribuíu a establecer unha maneira de presentar o patrimonio musical galego nos escenarios e participou nun cambio na consideración social dun repertorio e duns instrumentos estreitamente asociados ata entón ao mundo popular e rural.

Un dos aspectos da actividade de Feijoo foi precisamente a revalorización da figura do gaiteiro. Nunha época na que determinados ambientes urbanos podían mirar estas manifestacións como expresións dunha cultura rural afastada dos modelos musicais considerados cultos, Aires d’a Terra colocounas no centro das súas actuacións.

O proceso non consistiu unicamente en recuperar pezas. Había unha dimensión visual e escénica: os compoñentes aparecían vestidos con indumentaria que pretendía representar formas tradicionais galegas, mentres o repertorio e os instrumentos construían unha imaxe identificable da cultura do país.

O propio traballo de Feijoo tamén implicaba escoitar, lembrar, anotar e reconstruír melodías. O arquivo xerado ao longo dese proceso converteuse posteriormente nunha fonte para o coñecemento da música tradicional de finais do século XIX e comezos do XX.

Aires d’a Terra levou esta proposta a diferentes cidades galegas e tamén fóra de Galicia. Houbo actuacións en Madrid e O Porto, e en 1914 a formación realizou unha importante xira pola Arxentina, onde a presenza dunha numerosa colectividade emigrante ofrecía un público especialmente receptivo a unha agrupación que chegaba desde Galicia cun repertorio construído arredor da cultura tradicional.

Aquela viaxe americana sería tamén o capítulo final da agrupación. O elevado número de actuacións e as tensións xurdidas durante a xira desgastaron o proxecto. Aires d’a Terra disolveuse en 1914, pero a fórmula que Feijoo impulsara xa se estendera a outras localidades galegas.

1904: cando a música tradicional galega entrou no gramófono

Se a creación do coro foi un primeiro fito, o outro gran momento da traxectoria musical de Perfecto Feijoo chegou en 1904.

O empresario coruñés Pedro Ferrer, editor de Portfolio Galicia, promoveu a chegada á Coruña dun equipo da Compagnie française du gramophone. A tecnoloxía de gravación sonora atopábase aínda nunha fase inicial e a compañía desprazaba estudos móbiles para rexistrar intérpretes en diferentes lugares.

Aires d’a Terra situouse diante daqueles equipos e deixou unha serie de rexistros que hoxe están considerados as primeiras gravacións conservadas da música tradicional galega. O Arquivo Sonoro de Galicia conserva exemplos daquelas lousas, entre eles interpretacións de ‘Foliada de montaña’, ‘Foliada das Rías Baixas’ ou ‘Canto de fiada’.

As fontes ofrecen cifras diferentes segundo se fale dos temas rexistrados durante as sesións ou dos rexistros finalmente conservados e restaurados. O proxecto de recuperación realizado por Ouvirmos sinala que se chegaron a gravar 22 temas, mentres que a Biblioteca Nacional de España e o Consello da Cultura Galega documentan dezaoito rexistros históricos recuperados daquela experiencia.

Máis alá desa diferenza documental, o alcance do episodio é claro: aquelas lousas permiten escoitar hoxe unha interpretación da música galega realizada hai máis de 120 anos.

A primeira zanfona que quedou rexistrada nunha gravación

Feijoo non se interesou unicamente pola gaita. Outra das súas preocupacións foi a zanfona, un instrumento cunha longa presenza histórica en Galicia pero que a finais do século XIX atravesaba unha situación de retroceso.

Nas sesións de 1904 empregouse unha zanfona para acompañar as coplas de cego. A documentación sobre a historia da música galega considera ese rexistro como a primeira gravación coñecida dunha zanfona no mundo, o que engade unha dimensión internacional ao legado fonográfico de Aires d’a Terra.

A relación de Feijoo co instrumento non foi circunstancial. O patrimonio relacionado coa zanfona que deixou inclúe instrumentos e documentación que posteriormente resultaron útiles para estudar a súa tradición en Galicia. O Consello da Cultura Galega destaca, ademais, que Galicia conserva unha concentración especialmente importante de exemplares históricos deste instrumento.

As gravacións de Aires d’a Terra tiveron continuidade comercial. En 1911 apareceron novos discos baixo o selo Odeón, e algunhas das lousas conservadas no Arquivo Sonoro de Galicia permiten seguir escoitando interpretacións asociadas a Feijoo e ao seu coro. 

Un investigador ademais de intérprete

O labor musical de Perfecto Feijoo tampouco quedou reducido aos escenarios. Participou nos debates da época sobre a música tradicional e publicou textos dedicados á gaita.

Baixo o título de ‘La gaita gallega’ reuniu artigos arredor do instrumento, nun momento no que músicos e investigadores discutían sobre repertorios, interpretación, construción e recuperación da tradición. Nalgúns dos seus textos xornalísticos utilizou precisamente o alcume de ‘O Gaiteiro do Lérez’.

Tamén elaborou a súa propia versión da ‘Alborada de Rosalía de Castro’, unha cuestión que deu lugar a unha coñecida controversia con Casto Sampedro sobre a reconstrución da melodía á que Rosalía facía referencia nos seus escritos. Feijoo estreou a súa proposta en Mondariz en 1913 e publicouna anos máis tarde.

Estes episodios permiten entender que o seu traballo non respondía unicamente ao interese dun intérprete. Feijoo participou activamente nunha cuestión que estaba a cobrar importancia na cultura galega da época: como recuperar un patrimonio transmitido oralmente e como trasladalo aos novos formatos culturais sen perder a súa identidade.

Ravachol: o outro habitante da botica que acabou facendo historia

A historia de Perfecto Feijoo ten ademais un protagonista inesperado que, co paso do tempo, alcanzou unha popularidade propia: o papagaio Ravachol.

Segundo a información recompilada polo Museo de Pontevedra, o animal chegou ás mans de Feijoo arredor de 1891 e instalouse na farmacia da Peregrina. Alí permaneceu máis de dúas décadas, escoitando clientes, empregados, visitantes e participantes nas tertulias.

O loro Ravachol / Museo de Pontevedra

O papagaio aprendeu palabras, expresións e mesmo maneiras de responder aos que entraban na botica. Entre as frases que quedaron asociadas á súa memoria figuran “Don Perfeuto, xente na tenda”, “Aquí non se fía” ou “Se collo a vara”.

O animal acabou incorporándose á paisaxe social da cidade. O seu vocabulario irreverente, as interrupcións e as respostas aos visitantes fixeron que aparecese en numerosas anécdotas locais e mesmo que participase, en 1900, nunha representación teatral, aínda que a súa tendencia a abandonar o guión obrigou a retiralo da escena.

Ravachol morreu o 26 de xaneiro de 1913. A noticia provocou unha resposta pública que mesturou a parodia funeraria coa tradición carnavalesca. Houbo velorio, comitiva, música e un multitudinario enterro simbólico que atravesou as rúas de Pontevedra. Aires d’a Terra participou na despedida diante da propia farmacia de Feijoo.

Décadas máis tarde, en 1985, aquela historia recuperouse como parte do Entroido pontevedrés. O Enterro do Papagaio Ravachol converteuse desde entón nun dos actos que pechan as celebracións da cidade. Deste modo, unha das tradicións festivas máis recoñecibles da Pontevedra actual continúa directamente ligada á figura e á botica de Perfecto Feijoo.

Boa parte do material que permite reconstruír actualmente esta historia atópase no Museo de Pontevedra. Fotografías, documentos, instrumentos e outros obxectos vinculados a Perfecto Feijoo, á súa botica e a Aires d’a Terra forman parte das súas coleccións.

Arquivo Sonoro de Galicia do Consello da Cultura Galega conserva tamén lousas e dixitalizacións de gravacións do coro, permitindo que o son daquela experiencia iniciada no século XIX continúe accesible máis dun século despois.

Ese legado documental explica en boa medida a posición que Perfecto Feijoo ocupa na historia cultural galega. A súa actividade desenvolveuse nun momento no que aínda non existían as ferramentas actuais da etnomusicoloxía nin os sistemas modernos de rexistro audiovisual. Recoller unha melodía significaba escoitala, memorizala ou transcribila; conservar un son comezou a ser posible precisamente durante a súa propia vida.

Feijoo estivo situado nesa fronteira histórica. Primeiro recuperou repertorios mediante a transmisión persoal e o traballo de campo; despois levounos aos escenarios e, finalmente, participou na chegada dunha tecnoloxía que permitía fixalos fisicamente nun disco.

168 anos despois

Perfecto Feijoo morreu en Pontevedra o 10 de xuño de 1935, aos 76 anos. Para daquela, o panorama da música tradicional galega xa era moi diferente ao que atopara cando comezou a súa actividade décadas antes.

O modelo aberto por Aires d’a Terra continuara a través doutras agrupacións; a gaita adquirira unha nova presenza nos escenarios; parte do repertorio recollido fora documentado e difundido; e aquelas primeiras gravacións de 1904 iniciaran unha historia fonográfica que hoxe constitúe por si mesma patrimonio cultural.

A súa propia biografía quedou ademais entrelazada coa de Pontevedra: a botica da Peregrina, os faladoiros, Aires d’a Terra, a gaita e o papagaio Ravachol forman capítulos dunha mesma historia.

Este 25 de agosto de 2026, 168 anos despois do seu nacemento, a figura de Perfecto Feijoo permite volver a unha etapa decisiva na maneira de entender e preservar a música popular galega. O farmacéutico pontevedrés que reuniu amigos arredor dunha botica acabou impulsando unha agrupación pioneira, participou nas primeiras gravacións da tradición musical do país e deixou materiais que hoxe permiten coñecer sons, instrumentos e repertorios dunha Galicia que estaba a entrar no século XX.

 

[Fonte: www.historiadegalicia.gal]