Isac Nunes da Luz Cordeiro
***
Tradutor Público e
Intérprete do Comércio
***
Idiomas: francês, espanhol, catalão e galego ***
Matriculado na Junta Comercial do Estado do Paraná
*** Curitiba ***
República Federativa do Brasil
Jointe aux
scores de la France insoumise, la régularité des mouvements sociaux qui agitent
le pays conduit régulièrement nombre de commentateurs à s’inquiéter d’une
poussée de l’extrême gauche. L’étude des deux dernières décennies de vie
politique française invite pourtant à formuler un constat rigoureusement
différent : sous quelque angle qu’on l’envisage – organisationnel,
électoral ou idéologique, l’extrême gauche semble au contraire avoir pratiquement
disparue dans l’hexagone. Différentes hypothèses pourraient permettre
d’expliquer l’évaporation d’un espace politique qui agrège des forces
considérables au seuil des années 2000.
Manifestation du NPA
Écrit par David
Fontano
Extrême
gauche : ce vocable désigne les organisations politiques envisageant un
renversement à terme du système capitaliste, tout en s’organisant légalement
dans l’immédiat, jusqu’à participer éventuellement aux élections. On distingue
l’extrême gauche de la gauche radicale, dont la stratégie de transformation
sociale passe par les élections et la voie légale (par exemple, la France
insoumise) ainsi que de l’ultragauche, historiquement constituée d’un ensemble
de courants anecdotiques depuis la fin des années 1920 – le terme désigne aujourd’hui
dans le sens commun les groupes et réseaux acceptant l’usage de la violence
politique et rejetant toute forme d’organisation légale, syndicats ou partis
parlementaires. Ces trois ensembles aux frontières mouvantes permettent de
décrire schématiquement des phénomènes aux trajectoires bien différentes.
Or les résultats
du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 donnent un aperçu de
l’ancrage de l’extrême gauche en ce début de siècle. Ensemble, les suffrages
récoltés par les trois candidats trotskistes (Arlette Laguiller pour Lutte
ouvrière, Olivier Besancenot pour la Ligue communiste révolutionnaire,
d’obédience pabliste, et Daniel Gluckstein pour le Parti des travailleurs,
lambertiste) dépassent la barre des 10%, soit près de trois millions de voix.
Un nombre considérable, qui, combiné à l’éparpillement de la « gauche
plurielle » sur de multiples candidatures (Jean-Pierre Chevènement, Noël
Mamère, Robert Hue, Christiane Taubira), manquera cruellement au candidat
socialiste (et lui-même ex-trotskiste) Lionel Jospin pour se qualifier au
second tour.
De plus, ces
organisations comptent chacune plusieurs milliers de militants et profitent
d’une vague ascendante : les derniers feux de l’altermondialisme, avec ses
grands forums internationaux, puis la lutte victorieuse pour le
« Non » au référendum de 2005 et le mouvement contre le Contrat
première embauche de 2006 gonflent leurs rangs. En 2008, le PT se reconstitue
en Parti ouvrier indépendant (POI) et revendique 10 000 membres ;
l’année suivante, la LCR impulse la fondation du Nouveau parti anticapitaliste
(NPA), qui s’approche elle aussi des 10 000 militants. Ces organisations
ont chacune un poids important dans certains syndicats et bénéficient de
nombreux relais associatifs ou médiatiques.
Hors de la sphère
trotskiste, plusieurs organisations libertaires boycottent les élections mais
participent aux mobilisations sociales. La principale est la Confédération
nationale du travail (CNT), d’obédience anarcho-syndicaliste et très liée à la
scène alternative. Elle réunit plusieurs milliers de militants, un nombre en
progression durant les années 2000. Enfin, toute une galaxie de petites et
moyennes structures ayant fait scission du Parti communiste milite pour un
retour à une ligne orthodoxe ou, du moins, à celle du PCF des années 1970. La
plus connue est le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), fondé en
2004 et particulièrement critique à l’égard de la construction européenne. Bien
que ces différents courants entretiennent parfois de franches rivalités et ne
partagent ni une stratégie unifiée, ni un corpus doctrinal et culturel
homogène, leur influence politique est conséquente, particulièrement dans la
jeunesse étudiante et lors des mouvements syndicaux.
2007-2017 :
du tournant au déclin
Sur le papier,
les années du quinquennat Sarkozy, suivies d’un mandat impopulaire du
socialiste Hollande, auraient pu constituer une séquence favorable à l’extrême
gauche, qui disposait des réseaux et des cadres pour capitaliser sur la
contestation sociale ou, du moins, se maintenir à flot. Il n’en a pourtant rien
été. La crise économique de 2008-2009 et son cortège de politiques d’austérité
conduit bien à une transformation profonde du champ politique, mais au dépend
de l’extrême gauche. Plusieurs facteurs internes comme externes entrent ici en
jeu. Parmi les premiers, la révolution technologique représentée par la
démocratisation d’Internet et la multiplication des réseaux sociaux remplaçant
progressivement sites et forums n’est pas des moindres : force est de
constater que la majorité de l’extrême gauche peine à saisir le potentiel de
ces plateformes. Bénéficiant d’un écosystème de journaux d’organisations et
d’espaces de discussion militants, elle se retrouve rapidement distancée par
d’autres courants, en premier lieu l’extrême droite, dont les idées prospèrent
alors en ligne grâce à des personnages comme Alain Soral.
D’autre part, ses
propres modes d’organisation sont en décalage avec les nouveaux enjeux du monde
du travail comme avec les demandes émergentes lors des mouvements sociaux à
partir de 2011 : le surinvestissement du champ syndical et des outils
organisationnels traditionnels place l’extrême gauche dans une position
suiviste par rapport aux grandes mobilisations du moment. Tournée vers la préservation
et la reproduction de ses propres structures, ses propositions stratégiques ne
trouvent guère d’écho et ses références culturelles et idéologiques
apparaissent de plus en plus vétustes. Le mouvement social de 2016 contre la
Loi travail de la ministre socialiste El Khomri est ainsi massif, mais marque
le net recul des capacités militantes des trotskistes et libertaires : les
syndicats sont dépassés et si les mouvements autonomes (parfois positionnés à
l’ultragauche) progressent, c’est au détriment des organisations d’extrême
gauche.
Enfin, la
naissance de la France insoumise en vue de l’élection présidentielle de 2017
rebat les cartes du jeu électoral. Une nouvelle proposition de gauche radicale
émergeant, la pertinence de candidats « porte-paroles des luttes » au
score diminuant à chaque scrutin est ébranlée. Le score de Jean-Luc Mélenchon
lors de l’élection de 2017, près de 20% des voix, et l’effondrement électoral
rapide du Parti socialiste ferment la séquence d’une « gauche de la gauche »
apparue autour de 2000, dialoguant de manière critique avec un PS hégémonique,
comme aiguillon ou contre-poids de la gauche de gouvernement. Lors des deux
mandats d’Emmanuel Macron, le réancrage à gauche de LFI, qui investit
différentes thématiques chères à l’extrême gauche telles que l’antifascisme ou
la question palestinienne, aboutit à satelliser l’immense majorité des
organisations situées à la gauche des insoumis, minées par les défections et
les scissions. Une situation inimaginable une douzaine d’années plus tôt.
Assèchement et
ouverture d’espaces
L’assèchement
progressif de l’espace dans lequel s’activaient quelques dizaines de milliers
de militants dévoués, représentant jusqu’à un vote sur dix, et ce durant
plusieurs décennies, est ainsi dû à une combinaison de multiples facteurs. Le
retour du tragique dans l’histoire n’est pas le moindre : la succession de
crises et de guerres qu’a connue l’humanité depuis 2020 conduit à un
ébranlement des sociétés, contre-intuitivement fatal aux organisations
déclarant préparer la révolution, et pourtant dépendantes d’un certain
équilibre politique révolu. Les réseaux militants n’ont pas disparu du jour au
lendemain ; beaucoup se sont simplement reconvertis. De nouvelles
mobilisations de masse, écologistes (telles que les Soulèvements de la Terre)
ou féministes, mobilisent des secteurs conséquents de la jeunesse de gauche. Si
elles bénéficient de l’expérience des générations passées, leur revendication
de l’action directe tranche cependant avec les pratiques courantes des organisations
en déclin.
La nature
politique ayant horreur du vide, de nouvelles structures d’extrême gauche
apparaissent également au cours de la dernière décennie, quoi qu’à une échelle
bien plus réduite que la LCR ou la CNT. Citons, dans le monde trotskiste,
Révolution permanente et le Parti communiste révolutionnaire ; chez les
marxistes-léninistes, Unité communiste et Reconstruction communiste, ainsi que
la nouvelle Jeunesse communiste (maoïste) ; ou, du côté anarchiste, très
affaibli, l’Union communiste libertaire. Réunissant tout au plus quelques
centaines de militants, elles ont pour point commun une maitrise des réseaux
sociaux et des outils de communication contemporains, combinée à un âge moyen
des membres très jeune. Pourtant, même parmi ces structures comme dans les
rangs autonomes, l’influence des thématiques et de l’agenda insoumis est
notable.
Considéré sur le
temps long, le net déclin des grandes structures de l’extrême gauche française
paraît invalider l’hypothèse stratégique d’une « accumulation à
froid » de forces militantes en vue d’un hypothétique « grand
soir ». Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de l’extrême
gauche espagnole, peinant à se régénérer en périphérie des expériences
électorales de Sumar, ou britannique, définitivement diluée dans le Labour. Les
structures françaises prises par l’accélération de l’histoire peinent à
synthétiser de telles expériences. Leur plus-value électorale ou idéologique
réduite à néant au sein d’une gauche sous hégémonie insoumise, ces organisations
doivent disparaître ou se réinventer, en premier lieu en retrouvant leur
autonomie et donc leur raison d’être : sous des formes nouvelles perdurent
les coordonnées historiques de la controverse entre réforme et révolution.
Longtemps pilier de l’économie
à bas salaires d’Israël, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza sont
écartés depuis le 7 octobre — remplacés par un afflux de travailleurs migrants
soumis à des conditions de travail extrêmement précaires.
Les
autorités israéliennes empêchent des milliers de Palestiniens d’entrer à
Jérusalem par le checkpoint de Qalandia, 20 février 2026.
Écrit par Charlotte
Ritz-Jack et Dana Mills
Le hayon d’un camion-poubelle s’ouvre lentement. À l’intérieur, une
septantaine d’hommes palestiniens sont entassés les uns contre les autres,
leurs yeux peinent à s’habituer à la lumière après ce qui semble avoir été un
trajet étouffant. Ils se protègent les yeux alors que des lampes torches
éclairent leurs visages. Des policiers israéliens pointent leurs fusils sur eux
à bout portant et leur lancent des ordres, ce qui pousse certains hommes à
lever instinctivement les mains. Un par un, ils sont tirés hors du camion, un
bras forcé derrière le dos, puis emmenés en garde à vue.
La vidéo de
près de 10 minutes diffusée par la police israélienne le 13 avril, peu après
l’interception du véhicule sur l’autoroute reliant la région métropolitaine de
Tel-Aviv à la Cisjordanie occupée, montre les conséquences d’une tentative de
passage en Israël par des travailleurs palestiniens sans permis. Traités comme
s’ils étaient de dangereux terroristes, ces hommes ne cherchaient guère plus
que de gagner leur vie pour subvenir aux besoins de leur famille.
Depuis des
décennies, l’emploi dans les secteurs à bas salaires en Israël — en particulier
la construction, l’agriculture et d’autres formes de travail manuel — constitue
un pilier des moyens de subsistance des Palestiniens dans les territoires
occupés, où l’étouffement de l’économie par Israël maintient les salaires à un
niveau bas et le chômage à un niveau élevé. Avant le 7 octobre 2023, ces
travailleurs injectaient environ 380 millions de dollars par mois dans les
marchés locaux. Dans certaines villes de Cisjordanie, plus de 90 % des
hommes dépendaient d’emplois en Israël.
Aujourd’hui,
ces possibilités ont pratiquement disparu. Après le 7 octobre, plus de 200 000
Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza — dont 150 000 titulaires de permis de
Cisjordanie, environ 50 000 travaillant sans permis et 18 500 originaires de
Gaza — se sont vu interdire l’entrée en Israël, officiellement pour des
« raisons de sécurité ».
En réalité,
la guerre contre Gaza a donné à l’État israélien l’impulsion nécessaire pour
réduire considérablement sa dépendance de longue date à l’égard de la
main-d’œuvre palestinienne, marquant ainsi un tournant décisif dans l’équilibre
qui prévalait depuis des décennies entre l’impératif idéologique d’exclure les
travailleurs palestiniens et le rôle essentiel de ces derniers dans le
développement économique israélien.
Un
équilibre précaire
« Avant
la guerre, l’intégration des travailleurs palestiniens sur le marché du travail
servait les intérêts économiques d’Israël », a déclaré Maayan Niezna,
experte juridique qui suit de près le recours d’Israël à la main-d’œuvre
migrante, au magazine +972. « Mais cela s’inscrivait également dans le projet
politique de l’occupation, visant à créer une dépendance tout en “contenant” le
risque de résistance grâce à une certaine stabilité
économique. »
À cette fin,
lorsque Israël a entamé son occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza
en 1967, il a rapidement commencé à délivrer des permis aux Palestiniens qui
souhaitaient travailler en Israël — lançant ainsi une politique qualifiée
d’« inclusion contrôlée ». Entre 1968 et 1973, le nombre de
Palestiniens travaillant en Israël a augmenté de plus de 38 % par an. En
réponse à la première Intifada qui a débuté à la fin des années 1980, Israël a
toutefois imposé un régime de permis strict qui limitait l’accès des
Palestiniens à son marché du travail, et a commencé à remplacer ces
travailleurs par une main-d’œuvre migrante.
Les
travailleurs thaïlandais ont occupé les emplois agricoles, tandis que des
ouvriers chinois et indiens ont été recrutés pour le bâtiment et des Philippins
pour les soins. En 2000, lorsque la deuxième Intifada a éclaté, environ 240 000
travailleurs migrants, en situation régulière ou irrégulière, représentaient
environ 10 % de la main-d’œuvre israélienne.
Mais
l’économie allait mal : en 2002, elle a connu sa pire année depuis 1953.
Alors que la suprématie juive et le racisme devenaient de plus en plus
manifestes dans la politique israélienne, le gouvernement a commencé à faire
des travailleurs étrangers les boucs émissaires de la récession, les accusant
d’être responsables de la hausse du chômage et de « saper la nature juive
de l’État à la suite de mariages mixtes ».
En 2002, le
Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, a lancé une campagne d’expulsion
massive visant les travailleurs migrants. Les autorités ont recruté des
informateurs qui laissaient des marques visibles sur les portes des
travailleurs étrangers afin de fracturer délibérément les communautés
migrantes. Quelque 40 000 personnes ont été expulsées, et environ le double de
ce nombre ont été intimidées au point de partir de leur propre gré.
Au cours des
années 2010 et au début des années 2020, Israël a progressivement rouvert ses
frontières aux travailleurs étrangers, notamment dans les secteurs de
l’agriculture, du bâtiment et des services à domicile. Dans les deux premiers
secteurs, les travailleurs étrangers ont progressivement remplacé la
main-d’œuvre palestinienne, tandis que le secteur des services à domicile a
créé un nouveau créneau (les quotas gouvernementaux ont plafonné la
main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture et le bâtiment à environ 30 000
personnes par secteur, alors qu’il n’y a pas de limite dans le secteur des
services à domicile).
Bien que
l’emploi des Palestiniens en Israël ait continué d’augmenter au cours des
années précédant le 7 octobre — avec plus de 20 % des Palestiniens des
territoires occupés employés en Israël en 2022, contre 13 % en
2020 —, leur emploi restait fortement contrôlé : concentré dans des
secteurs peu valorisés, dépendant de systèmes de permis instables et du
parrainage des employeurs, et souvent informel ou non réglementé, avec peu de
recours contre l’exploitation.
Puis vint le
7 octobre. Presque du jour au lendemain, des centaines de milliers de
travailleurs palestiniens ont perdu leur emploi lorsque leurs permis d’entrée
ont été révoqués. Des milliers de Gazaouis, qui constituaient autrefois l’épine
dorsale de cette main-d’œuvre, ont été détenus ou se sont retrouvés bloqués en
Cisjordanie. Au cours des mois qui ont suivi, la construction résidentielle en
Israël a chuté de 95 %, tandis que la production agricole a baissé de
80 %.
Les
« préoccupations sécuritaires » invoquées par Israël pour justifier
cette mesure — suggérant que les travailleurs pourraient profiter de leur accès
pour aider le Hamas dans la guerre — ne résistent pas à un examen minutieux.
Des recherches menées par des institutions liées aux propres services de
sécurité israéliens, telles que l’Institut d’études sur la sécurité nationale
(INSS), indiquent que les travailleurs palestiniens titulaires d’un permis ne
sont presque jamais impliqués dans des activités militantes, y compris le 7
octobre.
« C’est
une forme de punition collective », a déclaré Niezna. « Interdire
l’accès aux travailleurs palestiniens n’a aucun sens d’un point de vue
sécuritaire ; cela n’a de sens que dans le cadre d’un projet politique
d’occupation et d’annexion. » Dans le contexte de la violence des colons
en Cisjordanie et du génocide à Gaza, a expliqué Niezna, l’affaiblissement de
l’économie palestinienne vise à étouffer les derniers soubresauts
d’autosuffisance et d’autonomie politique palestiniennes.
« Les
migrants sont invités en tant que travailleurs, pas en tant qu’êtres
humains »
Si les
efforts visant à mettre fin à la dépendance à l’égard de la main-d’œuvre
palestinienne sont bien antérieurs au gouvernement israélien actuel, le
ministre des Finances Bezalel Smotrich s’est imposé comme une figure centrale
de leur accélération. Sous le couvert de la guerre, son ministère a pris des
mesures pour accélérer les réformes néolibérales du travail, assouplissant la
réglementation tout en faisant peser les coûts les plus lourds sur les
travailleurs migrants et les rares travailleurs palestiniens restants, qui ont
le moins accès aux protections juridiques et sociales contre les
abus.
« Nous
avons allégé la réglementation », s’est vanté Smotrich dans une annonce
faite en 2024 pour promouvoir des politiques visant à accroître le recrutement
de main-d’œuvre étrangère. « [Nous] avons fait venir plus de 20 000
travailleurs étrangers dans le pays depuis le début de la guerre à
Gaza. »
Cette même
annonce présentait des plans visant à recruter quelque 65 000 travailleurs
originaires d’Inde, du Sri Lanka et d’Ouzbékistan par l’intermédiaire de
nouveaux centres de recrutement dans les grandes villes, des négociations étant
en cours pour porter ce nombre jusqu’à 80 000. Selon l’organisation de défense
des droits du travail Kav LaOved, environ 270 000 travailleurs migrants sont
actuellement employés en Israël.
Les
conséquences de ce changement ont été dévastatrices pour les travailleurs
palestiniens. Les 8 000 permis délivrés en 2025 pour travailler en Israël ne
représentent qu’une fraction de ce qui est nécessaire pour maintenir à flot
l’économie de la Cisjordanie, alors même que plus de 10 000 Palestiniens
continuent de travailler dans les colonies. Privés des salaires israéliens, des
ménages entiers ont perdu leur seule source de revenus et sont poussés au bord
du gouffre.
« Les
travailleurs palestiniens sont confrontés à une véritable pauvreté », a
déclaré Yael Berda, sociologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a
beaucoup écrit sur le travail palestinien sous le régime des permis israéliens.
« Ils n’ont même pas de quoi se nourrir correctement — la situation est
vraiment extrême. »
Dans ce
contexte, de nombreux travailleurs palestiniens prennent de graves risques pour
subvenir aux besoins de leur famille. On estime à 10 000 le nombre de
Palestiniens travaillant en Israël sans permis, un chiffre qui serait
probablement plus élevé sans l’effet dissuasif des abus généralisés dans les
prisons israéliennes.
Les
travailleurs palestiniens, bien qu’ils soient sans aucun doute les plus
durement touchés, ne sont pas les seuls à voir leurs moyens de subsistance mis
à rude épreuve ces dernières années. L’état de guerre permanent en Israël a
fait grimper le taux de chômage parmi sa propre population à près de 10 %.
Parallèlement, les dispositifs d’indemnisation du gouvernement ont évolué,
passant de la protection des salaires vers des congés sans solde — ce qui
perturbe la constitution des droits à la retraite et prive de nombreux
travailleurs d’un revenu stable.
Ces
changements s’accompagnent de budgets axés sur l’austérité et d’une
confrontation croissante avec les syndicats, notamment par des tentatives
visant à bloquer les grèves. Les tribunaux israéliens se rangent de plus en
plus du côté du gouvernement, ordonnant parfois aux employés de reprendre le
travail même en pleine salve de tirs de missiles. En conséquence, les
travailleurs à bas salaire de tous les secteurs ont du mal à joindre les deux
bouts et disposent d’un faible pouvoir de négociation collective.
Pour les
travailleurs migrants et les Palestiniens, les risques sont aggravés : la
menace d’expulsion ou de révocation du permis de séjour donne aux employeurs un
moyen de pression important pour exploiter la main-d’œuvre. « Ces
travailleurs peuvent se syndiquer », a déclaré Yaniv Bar Ilan,
porte-parole du syndicat israélien Koach LaOvdim. « Mais comme ils se
trouvent dans une position très précaire — [ils] ne peuvent pas se plaindre par
crainte de représailles et ignorent souvent leurs droits —, les tentatives
en ce sens restent limitées. »
Alors que les
droits du travail sont, sur le papier, les mêmes pour les travailleurs
israéliens et les travailleurs migrants, « nous constatons des différences
évidentes dans la manière dont les règles de sécurité et les protections sont
mises en œuvre », a expliqué Yahel Kurlander, sociologue qui étudie la
main-d’œuvre agricole migrante en Israël. En moyenne, les travailleurs migrants
dans l’agriculture israélienne ne perçoivent qu’environ 70 % des salaires
qui leur sont légalement dus.
Ces
disparités sont encore amplifiées en temps de guerre. L’accès aux abris
anti-bombes et aux autres mesures de sécurité est souvent laissé à la
discrétion des employeurs, malgré les risques accrus — en particulier dans
l’agriculture, où le travail s’effectue fréquemment dans des zones frontalières
instables. L’État a largement failli à son devoir de fournir une formation ou
des conseils de base en matière de sécurité, laissant les travailleurs sans
même une compréhension minimale des protocoles d’urgence.
Les
conséquences ont été catastrophiques. Lors des attaques du 7 octobre, 22
travailleurs thaïlandais ont été pris en otage et 32 ont été tués. Depuis le
début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, au moins
trois travailleurs migrants ont été tués lors de frappes de missiles. Pourtant,
le sort de ces travailleurs n’a suscité qu’un intérêt limité de la part du
public, ce qui reflète leur statut au sein de la société israélienne :
indispensables à l’économie, mais rendus invisibles.
Deux ans et
demi après le début de la guerre contre Gaza, « il n’y a toujours pas
d’instructions pour les aides à domicile sur ce qu’il faut faire en cas
d’alerte », a déclaré Kurlander. « Les migrants sont invités en
Israël uniquement en tant que travailleurs, pas en tant qu’êtres
humains. »
« Cela
pourrait se retourner contre eux »
En Israël, à
l’instar du système de la kafala utilisé dans les pays du Golfe, les visas (pour
les migrants) et les permis (pour les Palestiniens) sont généralement liés à
l’employeur du travailleur. Les travailleurs migrants se voient généralement
délivrer des visas de cinq ans parrainés par leurs employeurs, qui sont
légalement tenus de leur fournir un logement, de faciliter l’accès à des
comptes bancaires et de leur garantir un temps de repos hebdomadaire suffisant.
De plus, ils contractent souvent des emprunts pour financer leur déménagement,
s’endettant ainsi de plusieurs milliers de dollars qu’il leur faudra des mois,
voire des années, de salaire pour rembourser.
Dans la
pratique, cette dépendance rend les travailleurs extrêmement vulnérables — et
même lorsque leurs droits sont formellement égaux à ceux des citoyens
israéliens, leur application est inégale. Un rapport de 2014 publié par Kav
LaOved a révélé que les travailleurs agricoles signalaient régulièrement être
exposés à des pesticides sans protection ni formation adéquates, subir des
retenues sur salaire, souffrir de la faim et vivre dans des logements impropres
à l’habitation humaine. Les employeurs omettaient également fréquemment
d’ouvrir des comptes bancaires pour les travailleurs, comme l’exige la
loi.
Sans
intervention du gouvernement, ces abus sont devenus la nouvelle norme. Comme le
souligne le rapport, « le secteur agricole israélien est devenu dépendant
de salaires illégalement bas », avertissant que « l’application de la
loi sans compensation d’une sorte ou d’une autre pour les agriculteurs pourrait
causer un grave préjudice au secteur ». Ces violations représentent 500
millions de NIS de pertes annuelles pour les travailleurs.
Les récentes
dynamiques de guerre ont mis en évidence ce changement. Le meurtre de trois
travailleurs migrants en Israël par des missiles iraniens lors de la dernière
escalade s’ajoute à des pertes similaires dans les pays du Golfe, soulignant
les parallèles entre le modèle de main-d’œuvre israélien et ceux d’économies
plus dépendantes de la migration.
Si les
travailleurs migrants représentent une part plus faible de la main-d’œuvre
israélienne — environ 7 à 15 %, contre 90 % aux Émirats arabes
unis —, le système partage une caractéristique essentielle : la
dépendance des travailleurs vis-à-vis de la volonté de leurs employeurs et de
l’État. Cela rend les travailleurs facilement remplaçables, permettant des
changements vastes et rapides sur le marché du travail — comme on l’a vu après
le 7 octobre, lorsque la main-d’œuvre palestinienne a été rapidement réduite et
remplacée par des travailleurs migrants.
Il est
toutefois encore trop tôt pour dire si cette exclusion des travailleurs
palestiniens marque un changement durable. Tout comme Israël a rapidement
remplacé la main-d’œuvre palestinienne par des travailleurs migrants, il
pourrait choisir de faire l’inverse si les conditions politiques et économiques
venaient à changer. « C’est un pendule », a déclaré Niezna. « Il
pourrait revenir en arrière. »
L’érosion des
protections dont bénéficient les travailleurs ne s’est pas limitée aux
migrants : sur l’ensemble du marché du travail, les travailleurs
israéliens, palestiniens et étrangers à bas salaire ont vu leurs conditions se
détériorer en raison de la déréglementation du travail migrant.
Pourtant,
alors même que leurs destins sont étroitement liés, le taux de chômage élevé et
la précarité des conditions de vie ont compromis toute possibilité de
solidarité interethnique. Dans des secteurs comme la construction et
l’agriculture, les travailleurs palestiniens ont souvent été présentés comme
des concurrents de la main-d’œuvre israélienne, tandis que les travailleurs
migrants sont parfois décrits comme nuisant aux deux.
Après
la première Intifada, par exemple, la reprise des campagnes en faveur de la
« main-d’œuvre hébraïque » — popularisées pour la première fois lors
des premières vagues d’immigration sioniste en Palestine — a poussé les
entreprises à éviter d’embaucher des travailleurs palestiniens, qu’elles
considéraient comme responsables de la baisse des salaires et du remplacement
des Israéliens. De tels discours occultent le rôle des politiques néolibérales
d’Israël dans la baisse des salaires et des protections sociales, tout en
alimentant facilement un discours populaire raciste qui fait des Palestiniens
et des travailleurs migrants des boucs émissaires.
« J’ai entendu certains qualifier les travailleurs migrants de
"briseurs de grève" », a déclaré à +972 Matan Kaminer,
professeur d’anthropologie au Royaume-Uni qui mène des recherches sur la
main-d’œuvre migrante en Israël. Même s’ils ont été amenés pour remplacer les
Palestiniens dans les emplois à bas salaire, il rejette cette formulation.
« L’État israélien repose sur une idée de suprématie juive, et ces
personnes sont utilisées à des fins politiques et économiques qui n’ont
vraiment rien à voir avec ce qu’elles pensent elles-mêmes de la
situation. »
« Un
imaginaire véritablement progressiste et décolonial envisage un avenir dans
lequel toutes les personnes vivant dans le pays jouissent de droits
égaux », a-t-il poursuivi. « Il va au-delà du nationalisme et même du
binationalisme comme seule frontière possible. »
Traduction : AFPS
[Publié sur +972 Magazine - photo : Al-Jarmaq News-
reproduit sur www.france-palestine.org]
La ganadora del premio AENA se consolida como una de las mejores narradoras actuales y
agita la escena. Perfil de una autora que explora aquello que no vemos.
Samanta Schweblin con Maurici Lucena, presidente de Aena, y el presidente
catalán, Salvador Illa, en la entrega del premio AENA de Narrativa
Hispanoamericana. AENA
Escrito por Fernanda Nicolini
Samanta Schweblin tiene ocho años y viaja apoyada en la luneta del auto. Es
de noche, su hermana duerme acurrucada en el asiento y su padre maneja en
silencio. Faltan un par de horas para que amanezca y muchas más para llegar a
la Patagonia —Bariloche o lago Puelo, la geografía de sus veranos— y ella mira
hacia atrás, hacia la negrura de la ruta que se ilumina, apenas, con la luz
anaranjada de los faroles traseros. Mira con la sensación de que el mundo se va
inventando a medida que el coche avanza por el asfalto. Y se pregunta, en medio
de esa oscuridad que la rodea: “¿Qué es todo lo demás que no veo?”
Esa misma pregunta hoy late en el corazón de la obra de la multipremiada
escritora que nació en Buenos Aires en 1978, creció en Hurlingham —una ciudad a
las afueras de la capital, que con los años será comida por el cemento— y vive
desde 2012 en Berlín. Una pregunta que irriga sus novelas (Distancia de rescate, Kentukis), pero sobre todo sus libros de cuentos (El núcleo
del disturbio, Pájaros en
la boca, Siete
casas vacías, El buen
mal), en los que lo cercano y familiar se
vuelve extraño, por momentos inasible, y la realidad —lo que creemos real— es
un escenario inestable que gotea por alguna grieta. Que se filtra por algún
hueco y pone en duda nuestras ideas sobre el mundo.
“Las ideas del mundo, que no son el mundo”. Eso dirá Samanta, entre otras
cosas, cuando el pasado 8 de abril reciba en Barcelona el premio AENA de Narrativa Hispanoamericana (el bendito millón de euros que sacudió
al precarizado mundo literario y alimentó la malicia en redes) por su último
libro, El buen mal (Seix Barral). “Todos sabemos que estamos comandados por fuerzas
—las ideas del mundo que no son el mundo, los miedos que heredamos, los
mandatos familiares—. Dadas todas estas fuerzas, ¿hay una de ellas capaz de
poner las otras en jaque? ¿Se puede prestar atención a lo que queremos y somos?
Los protagonistas de mis cuentos han logrado tocar ese momento de
cambio”.
También dirá, esquivando el chismorreo y como un gesto político para
trascender, acaso, la individualidad de su nombre, el narcisismo de la figura
de autor, que no es un momento cualquiera para subir al escenario, para
insistir con la literatura, mientras el mundo parece que se cae a pedazos. “Me
gustaría que nuestro mensaje en esta celebración sea un poquito más afilado
—encaró con su voz firme y aterciopelada a una audiencia que escuchaba desde
mesas con mantel blanco, flanes cremosos y copas de vino—. La literatura no
cambia las cosas de un día para el otro, no salva vidas en peligro, no alimenta
los famélicos, no da respuestas finales… Lo que celebramos hoy de cara a un
mundo quebrado y violentado por unos pocos es la contrafuerza, la conexión con
los otros, la empatía, el sentido común. Parafraseando a la poeta polaca Wisława Szymborska, peor que ponerse a leer y a escribir en un momento como
este, sería no ponerse a leer y a escribir en un momento como este”.
Un hombre con
suerte
Samanta Schweblin tiene siete años, está
en la puerta de su casa de Hurlingham y del otro lado de la reja que separa el
pequeño jardín delantero de la calle, la espera su abuelo Alfredo. Para ella es
un extraño que prometió llevarla al zoológico, a la calesita, a tomar un
helado. “Un hombre de pantalones hasta la rodilla, medias rojas debajo de las
sandalias de cuero, pipa en la boca y el ceño siempre fruncido”, escribió en
una nota de la revista del diario La Nación en 2021 y que, según confesó, fue
el primer texto autobiográfico que publicó en su vida: una evocación conmovedora
de su abuelo Alfredo de Vincenzo, considerado uno de los
grandes referentes del grabado en Latinoamérica. Para ella, el verdadero origen
de todo.
Nunca la llevó a la calesita,
al zoológico ni a tomar helado. Desde ese día y a espaldas de la madre de
Samanta, su propia hija, Alfredo inició lo que iba a denominar “el
entrenamiento del artista”, que empezó con una primera lección de austeridad:
aprender a viajar en el tren sin boleto y a esconderse del guarda. “A partir de
entonces me buscaba por casa cada quince días. Los encuentros tenían objetivos
distintos. Las misiones iban desde la identificación de fósiles en los museos
de ciencias naturales y los estilos neoclásicos en las fachadas de los
edificios de Buenos Aires hasta el robo de frutas de los cajones de las
verdulerías. Con el tiempo, cuando entendió que yo guardaba nuestros secretos,
llegamos a confiscar algunos ejemplares de las librerías de la avenida
Corrientes. Él distraía al vendedor y yo, que apenas llegaba al borde de las
mesadas, me guardaba el botín entre la ropa”.
A los once años, cuando ya tenía permiso de
quedarse a dormir y su abuelo le armó una camita en el atelier que ocupaba todo
un piso en el barrio de San Telmo, a las excursiones a museos y librerías se
sumaron los bares nocturnos de mala muerte, las apuestas a los caballos, las
visitas a las milongas de la avenida de Mayo, las sesiones de jazz en el café
Tortoni. Todo eso debía quedar registrado en un “diario de entrenamiento”, un
cuaderno que llevaba el año y su nombre en la tapa. “Había una sola regla: no
se podían escribir cosas como ‘fue muy lindo’, o ‘me gustó’, o ‘estaba
cansada’. Las opiniones de ese tipo solo se permitían si se describían al
detalle, la escritura era un ejercicio de precisión”.
A los doce años ya había ascendido a ayudante de
artista. Sabía de la peligrosidad de los ácidos y del filo de los buriles,
capaces de puntear el metal, y que los alumnos que llegaban al taller llamaban
“maestro” a su abuelo. Esos alumnos —muchos de ellos luego serían artistas
reconocidos— fueron los primeros lectores de Samanta. Más bien, integrantes de
un público cautivo que en los pocos minutos que tenían de descanso se
amontonaban en una cocina diminuta a tomar café mientras escuchaban los relatos
de la nieta. “Yo escribía toda la semana pensando en los cinco minutos de
gloria del sábado, cuando todos harían silencio y me escucharían pacientemente. Ese fue mi primer taller, incluso antes de los talleres literarios por los que
pasé más tarde. Recuerdo esas caras, sus voces, sus manos siempre sucias, y me
siento tan agradecida por el amor y la paciencia que esos artistas plásticos
tuvieron con esta nieta que hubiera debido ser grabadora, pero que estaba tan
empecinada con las letras”.
¿Puede haber mito de origen más entrañable (¡y
literario!) que este? Y, sin embargo, cada vez que le preguntan por sus
comienzos, Samanta avanza en el tiempo y deja la historia de su abuelo a
resguardo de lo que se desgasta, de lo que pierde su textura de tanto decirse.
Como si aún fuera un secreto que se revela solo cuando alguien lee aquella nota
autobiográfica. En cambio responde, como en el podcastEl universo de
Samanta Schweblin: conversaciones con Flavia Pitella (producido por Penguin
Random House, sello con el que publica en Argentina), que su educación
sentimental estuvo marcada por tres libros que le regalaron para unas
vacaciones de verano.
“A los 15 mi abuelo (sí, el mismo Alfredo) me
regaló los cuentos completos de Cortázar, mi mamá una selección de cuentos de
Kafka y yo había elegido una edición de Minotauro de El país de
octubre de Ray
Bradbury. Y los leía y releía, como si no hubiera otros libros de esos autores,
y siento que ahí hubo una fundación de mi estado emocional de escritura: cuando
escribo voy a esa confluencia entre estos tres autores”.
Después vendrían las influencias norteamericanas:
su amado Carver; Flannery O’Connor, Eudora Welty y las autoras del gótico
sureño con el que tanto la emparentan, la inclasificable Amy Hempel. También la
lectura algo tardía de Silvina Ocampo, de quien tomó el epígrafe para su último
libro: “Lo raro siempre es más cierto”.
‘Pájaros en la boca’,
‘Kentukis’ y ‘El buen mal’, de Samanta Schweblin. SEIX BARRAL
Cuando en 2009 se publicó Pájaros en
la boca, su segundo libro (Premio Casa de las
Américas, nominado al International Booker Prize por su reedición y traducción
en 2019), el reconocido escritor argentino Guillermo Martínez, también autor de
libros de cuentos y novelas premiadas y llevadas al cine (Crímenes imperceptibles se estrenó como Los
crímenes de Oxford dirigida por Alex
de la Iglesia), lo presentó con evidente fascinación:
“Creo que es uno de los libros de cuentos más notables de los últimos años,
quizá de la última década. Recuerdo pocos libros de cuentos que hayan sido tan
fundamentales en la literatura argentina reciente. Todos sabemos que es fácil
criticar un cuento, decir dónde falla esto o aquello. Incluso, a veces se puede
señalar exactamente la línea en donde un cuento se cae. Pero mucho más difícil
es poder decir por qué un cuento es bueno, o por qué es buenísimo, como es el
caso de los cuentos de Samanta”.
Lo que siguió fue una breve masterclass en la que, a medida que Martínez
leía fragmentos de cada relato, marcaba la maravilla de su arquitectura, “el arte
cuidadoso y delicado de Samanta”: su versatilidad en tonos y puntos de vista,
su capacidad para crear atmósferas amenazantes con pocos elementos, las notas
de humor en lo extraño, a veces incluso en lo violento; la precisión de un
lenguaje que construye imágenes sin cerrar el sentido, los ecos kafkianos, el
modo de incluir problemáticas de mujeres sin perder universalidad.
En ese entonces Samanta tenía 30 años, había estudiado Imagen y Sonido en
la Universidad de Buenos Aires, se había formado en varios talleres literarios,
entre ellos con Liliana Heker —gran maestra de escritores—, había ganado
premios y residencias varias, y era considerada una de las mejores cuentistas
del momento entre pares y antecesores. Pero sobrevivía como sobrevivían la mayoría
de sus amigos escritores, y lo siguen haciendo: dando mil clases por semana
para llegar a fin de mes. “Me sentaba a escribir y tenía los textos de todos
mis alumnos metidos en la cabeza. Era difícil, agotador”, dijo en más de una
entrevista.
Todavía faltaban unos años, pocos, para que todo cambiara gracias a una
beca, una mudanza y una novela que le salió demasiado larga para ser un cuento.
Ediciones de 'Distancia de rescate', la novela que
marcó un punto de inflexión en la trayectoria de Samanta Schweblin.
Distancia
de rescate
Samanta Schweblin tiene 33 años y se acaba de mudar a Berlín con su pareja,
Maximiliano, por una beca para artistas del Servicio Alemán de Intercambio
Académico (DAAD). Durante ese 2012, el Estado alemán le dará una casa en el
coqueto barrio de Halensee, seguro médico y un sueldo. Ella podrá, entonces,
concentrarse en una rutina que va a mantener a lo largo de los años, incluso
cuando la beca se acabe y decidan quedarse allí: levantarse temprano, dejar el
celular bien lejos después de chequear los mensajes de Buenos Aires que llegan
con diferencia horaria, y sentarse a escribir por varias horas casi en ayunas
—apenas un café, para que la comida que tanto le gusta no la distraiga— y con
el ambiente despejado. Que nada altere su atención que es, por naturaleza,
volátil. Y que el futuro quede subordinado a la prepotencia del trabajo, como
decía Roberto Arlt.
“Cuando llegué a Berlín me di cuenta de que con un tercio de las clases que
daba en Buenos Aires, acá podía vivir, y que todo ese tiempo que no invertía en
trabajar en otras cosas se transformaba en tiempo de escritura. Los escritores
tienen que comprar su tiempo de escritura; ese tiempo es muy caro en todo el
mundo, y en Argentina es directamente impagable. Y esa diferencia supuso una de
las grandes razones por las que me quedé”, le dijo Samanta a la periodista
Natalia Laube, que la entrevistó en su departamento de Kreuzberg en 2019 para
la revista Anfibia.
Fue durante ese año subvencionado que escribió Distancia
de rescate, la novela trampolín, traducida a más
de 30 idiomas y adaptada al cine con producción de Netflix, con la que se
ganaría todos los premios disponibles. Una rara avis dentro del criterio comercial
de las obras premiables, que supo resonar en el aire de época. De tan solo 124
páginas y estructurada a través del diálogo, la forma y la historia —una madre
que agoniza en un hospital rural envenenada por agrotóxicos, y que escucha la
voz de un niño que la empuja a reconstruir los hechos que la llevaron ahí— se
entrelazan con precisión pasmosa para estirar las fronteras del realismo.
“Una pequeña obra maestra —en palabras de Alejandro Zambra— y
escalofriantemente contemporánea”.
Hace poco, una amiga le dijo a Samanta que sus novelas eran muy cortas y
sus cuentos muy largos. Lo contó en el podcast de Penguin, donde también
confesó que si bien se autopercibe esencialmente cuentista, cuando empieza a
escribir no piensa en el género sino en qué necesita el texto. La longitud será
algo que irá descubriendo en la marcha. Como le pasó con Distancia de rescate, que inicialmente iba a integrar Siete
casas vacías (publicado en 2015 por Páginas de
Espuma, premio Ribera del Duero y ganador del National Book Award en 2022 por
su versión en inglés), pero creció demasiado y se independizó: “Se presentó
como cuento y se reveló como novela”.
A la par de que empezó a ganar tiempo de escritura —un cuento puede
llevarle entre seis meses y un año— instalándose a 12 mil kilómetros de su
país, descubrió que cada vez que se sentaba en la computadora a escribir,
estaba mentalmente en Buenos Aires. O en el Hurlingham de su infancia, o en el lago Puelo de sus veranos. Esa sigue siendo su distancia de rescate: “Todos los
cuentos, por más de que sucedan en otras ciudades en las que estuve, son
balcones desde los que miro el lugar del que soy. Yo pongo mis dedos en el
teclado y estoy en Argentina. No se me ocurre estar en otro lugar y no sé si
puedo. A veces me preguntan ‘cuándo vas a escribir la novela berlinesa’, y
necesitaría algo argumental que justifique semejante movimiento, porque mi
mirada está todo el tiempo puesta en mi geografía emocional”.
Ahí están, en El buen
mal, la ruta entre Buenos Aires y lago Puelo
como escenario de quiebre entre un padre y un hijo; las aventuras nocturnas de
dos hermanas en la casa de una vieja poeta durante unas vacaciones en el
balneario uruguayo Atlántida; una conversación telefónica que se traslada una y
otra vez al Hurlingham en el que aún se veían caballos por la calle, o un
departamento del barrio porteño de Almagro convertido en prisión
momentánea.
Todos paisajes autobiográficos que funcionan como puntos que se acercan y
se alejan constantemente, y que en este libro, además, se completan con un
gesto nuevo de la autora: como epílogo, además de una breve explicación del
origen de cada relato, aparece una serie de agradecimientos en los que revela
que escribir no es, al menos para ella, un oficio solitario. “Escribo sobre
todo para ustedes, para que me quieran todo lo que pueda lograr que me
quieran”, dice después de enumerar a cada uno de sus amigas y amigos que
comenta, critica o elogia las primeras versiones de sus cuentos. Todas lecturas
que ella toma en cuenta, en mayor o menor medida, para llegar a la versión
final de cada texto.
Los mismos que, sin duda, fueron los primeros en festejar cuando se anunció
que el millón de euros era para ella.
Los finalistas del premio AENA, de izquierda a
derecha: Marcos Giralt Torrente, Héctor Abad Faciolince, Samanta Schweblin
(ganadora), Nona Fernández y Enrique Vila-Matas. AENA
El núcleo
del disturbio
Antes de que se supiera quién ganaba el premio AENA entre los seleccionados
—Nona
Fernández, Enrique
Vila-Matas, Marcos Giralt Torrente y Héctor
Abad Faciolince, además de Samanta— la
polémica ya había encendido los motores del opinómetro sobre el millón: de
si estaba bien que lo diera un ente estatal (AENA: Aeropuertos Españoles y
Navegación Aérea); de si era para prestigio o para marketing editorial, de si
era obsceno para la literatura. Martín Caparrós llegó a decir que nadie
necesita un millón para sobrevivir y que le daba mucha pena “que ese tipo
guarango, prepotente de dinero se mezcle con la buena literatura".
Cuando se anunció que la ganadora era Samanta Schweblin por El buen mal, esas
mismas voces se apuraron en aclarar que la crítica no era contra ella, como si
ella fuera casi una víctima de una fruta podrida. Pero Samanta, que decidió no
dar notas de prensa tras la premiación, aprovechó la conferencia para hablar de
plata. Y lo hizo usando un término del mundo del trabajo: “En mi imaginario
siempre, desde que dejé casa de mis padres, quise tener un sueldo todos los
meses. Este número lo asocio un poco con esa idea fantasiosa del sueldo para
siempre”.
Luego, en el discurso de gala, viró la intervención a los criterios de
premiación, y nombró a Alice Munro, a Jhumpa Lahiri y a Banu Mushtaq: mujeres y
cuentistas excepcionales. “Me encanta que este premio incluya otros géneros más
allá de la novela y dé su primer paso premiando la excepción”, dijo. Algo
similar había hecho cuando recibió el tradicional premio Illa, en 2021, por su
novela Kentukis: al darse cuenta de que era la primera mujer en ganarlo (en los cuarenta
años de existencia, se lo habían dado solo a hombres: José Lezama Lima, Juan
Carlos Onetti, Jorge Amado, Antonio di Benedetto, Mario Vargas Llosa, Adolfo
Bioy Casares, Augusto Monterroso) en la conferencia mencionó a todas las
grandes escritoras que no lo habían recibido: Silvina Ocampo, Sara Gallardo,
María Luisa Bombal, Elena Garro, María Elena Walsh, Armonía Somers, Clarice
Lispector.
“Pensé que los premios pueden ser circunstanciales, sí. Pero los espacios
que se habilitan —o que no se habilitan— para los grupos, las tribus, las
minorías o las mayorías, son espacios más deliberados, y nos muestran quiénes
somos como sociedad, hasta dónde llegamos y qué nos queda aún por hacer”, dijo
para una nota de Cuadernos Hispanoamericanos cuando le preguntaron por su
relación con los premios.
La escritora argentina Samanta Schweblin, premio AENA de Narrativa
Hispanoamericana por 'El buen mal'. RANDOM HOUSE ARGENTINA
Selva
Almada (que acaba de publicar su cuarta
novela, Una casa sola) es de las escritoras que se alegró, brindó y celebró: porque la quiere a
Samanta como amiga y la admira como autora. Pero, además, porque piensa en el
ecosistema literario como un espacio colectivo: “Los premios son importantes
para quien los gana (con más razón si hay mucho dinero porque quienes
escribimos también necesitamos dinero), pero también son importantes para el
resto, para todas nosotras y nosotros, que escribimos o formamos parte del
mundo del libro. Porque a través de Samanta muchísima más gente en otros países
y lenguas mira y conoce nuestra literatura”.
En eso coincide Agustina
Bazterrica —autora de la exitosa novela Cadáver exquisito—, y agrega que este premio pone la palabra dinero ahí donde durante
demasiado tiempo solo hubo prestigio simbólico. Y abre una pregunta de fondo:
¿Por qué en la literatura el dinero sigue siendo sospechoso, cuando en
cualquier otra disciplina es sinónimo de profesionalización?
“Cada vez que aparece dinero en el campo literario, resurgen los mismos
argumentos: que si hay plata no hay arte, que si hay reconocimiento
internacional hay concesión, que si hay éxito hay sospecha. Detrás de esa
retórica pseudointelectual lo que suele haber es algo bastante menos noble:
envidia, misoginia, resentimiento y una profunda incomodidad frente al éxito
ajeno, sobre todo cuando ese éxito es sostenido, trabajado y merecido”, marca
Bazterrica.
Y refuerza: “Conozco el compromiso diario de Samanta con su trabajo. No es
una pose ni un mito. Es disciplina, es oficio. Samanta escribe, publica, viaja,
y amplía los márgenes de la literatura argentina desde hace décadas. Que un
premio le otorgue tranquilidad económica no es un escándalo: es absolutamente
razonable. Y si decide gastarlo en un yate, en libros o en no hacer nada, es
asunto suyo. La fantasía de que el dinero ‘corrompe’ la literatura es, en el
fondo, una forma elegante de exigirles a los escritores que sigan siendo pobres
pero dignos”.
Samanta Schweblin tras recibir
el premio AENA de Narrativa Hispanoamericana por 'El buen mal'. AENA
Casi dos décadas después de aquella presentación de Pájaros en la boca, a Guillermo
Martínez tampoco le sorprende que el premio
AENA sea para Samanta, pero sí el escozor alrededor del dinero, como si hubiera
algo injusto en que fuera “tanto”. Y hace un cálculo pragmático: descontados
los impuestos, el premio le alcanzará para tener una (muy linda) casa propia y
algunos años de razonable tranquilidad económica para seguir escribiendo.
Se pregunta, entonces: “¿Es demasiado para una vida dedicada a la
literatura? Sus libros, por su trayectoria internacional, han hecho ganar mucho
más que un millón de euros a los dueños de las editoriales que la publicaron.
Si los escritores recibimos con suerte apenas el diez por ciento del precio de
cada libro y nos parece mal, ¿de verdad vamos a enojarnos cuando la varita de
un premio hace algo de justicia poética?”.
Y acude a un cuento de Henry James a modo de respuesta final: “En La lección del maestro el pobre y talentoso aspirante Paul Ouvert ve subir al escritor que
más admira a un carruaje lujoso y al pensar en las recompensas materiales y el
crédito social que el maestro ha obtenido, no siente rechazo o resquemor sino
un poco de orgullo por la literatura”.