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terça-feira, 16 de janeiro de 2024

L’outrage fait à Delon

Alain Delon trouvera-t-il la force de sortir du bain de boue qu'on lui inflige, chaque soir, au fil d'un feuilleton cannibale?

Alain Delon et Claudia Cardinale lors du tournage du film Le Guépard de Luchino Visconti.                            Scène du film "Le Guépard" de Luchino Visconti (1963). Avec Alain Delon et Claudia Cardinale.

Écrit par Bernard-Henri Lévy

D’abord, il y a ce regard, qui illumine un visage stoïque et tendre. Ces yeux clairs, aquatiques, que je connais pour les avoir filmés. Ces yeux, ces larges yeux, aux clartés éternelles dont Baudelaire disait qu’ils appellent, repoussent et capturent les poètes. Delon est beau, irrémissiblement beau, parce qu’il a su faire œuvre de ces yeux, les prêter à Rocco et en faire l’allégorie, dans Le Guépard, de la noblesse et de sa déchéance, de son élégie longue et fatale. À côté d’un Burt Lancaster en vieux lion somptueux, il incarne l’énigme d’une beauté qui dure – âme ou visage, qu’importe ! – tant qu’il y a des yeux pour dire qu’on n’a jamais fait le tour du mystère de l’humain.

Ensuite, il y a ce génie d’acteur qui est tout autre chose, chez lui, qu’une vocation ou un métier. Aucun paradoxe du comédien, chez Delon. Aucune formule peinant à donner abri au fantôme d’un personnage. Et pas davantage, comme chez Belmondo, fils de sculpteur, et son éternel camarade, un art de l’ébauche, un modelage du rôle qui, touche après touche, réaliserait son dessin théâtral. Delon vit. Il est, immédiatement, celui qu’il lui est demandé d’habiter. Je ne dis pas, moi qui l’ai vu travailler, que c’est toujours à la première prise. Mais il y a un moment, avec lui, où c’est la prise et où, à l’instar de la madeleine que le narrateur de La Recherche s’obstine à grignoter pour en saisir toute la mémoire, la réitération serait une erreur. Instinct pur. Inspiration de félin. Delon est le vrai guépard.

Et puis il y a, bien sûr, l’ami, l’amant, le père qui parle peu. Ce taciturne magnifique que je vois, dans ses films comme dans la vie, telle une image mobile et silencieuse de ce que les mots, de toute façon, échouent à énoncer. Le Samouraï et les insondables noirceurs, non de l’âme, mais de l’existence. Monsieur Klein et le tragique d’un nom. Ses histoires de flics ou de voyous, taiseux comme des enfants perdus. Et toujours, en définitive, ces yeux trop clairs qui portent une question dont chaque film dit sa version, et l’échec de la réponse. Tout cela, comme l’infaillibilité chez les peintres, les musiciens ou les écrivains, n’a été donné qu’à quelques-uns. Delon est de ceux-là.

Mais voici que ce vrai guépard, devenu à son tour vieux lion, a décidé de se retirer dans la maison qu’il aime. Et ses enfants, dont je ne dirai rien sinon qu’ils ont tous, à leur façon, hérité de l’insaisissable grâce de leur père, se déchirent sous ses yeux et, ce qui est presque pire, sous les yeux carnassiers de la foule. Cet outrage est plus qu’une faute de goût. Plus qu’une de ces querelles d’héritage dont on nous répète ad nauseam qu’il en existe « dans toutes les familles ». On est au-delà de la société du spectacle et des « panem et circenses » dont se nourrit le gros animal social. C’est la vieille histoire du peuple devenu foule et hurlant qu’il veut sa livre de chair – sa part de la victoire de l’ignoble sur le noble, de la décomposition sur l’élégance, et de l’indiscrétion sur la vie intérieure et la pudeur.

Ainsi le vieux lion est-il jeté à la fosse, non pour y donner son coup de patte, mais pour y être dépecé. À côté des images du Ripley de Plein Soleil, qui étaient autant de passeports pour l’outre-tombe, nous sont jetées en pâture des photos de vieil homme affaibli qui disent, d’ailleurs, moins sa vieillesse que celle de l’époque. Et ainsi nous le dépeint-on comme un Œdipe à Colone de téléréalité qui, les yeux crevés, éteintes leurs clartés éternelles, errerait en quête d’une tombe, aux bras de sa fille et Antigone chérie. Cela est décidément trop abject, trop avilissant, trop sordide. Pour lui. Pour son œuvre. Pour sa dignité d’artiste et d’homme. Pour ses amis. Pour les témoins de son aventure incomparable. Mais aussi pour les jours que la vie lui décompte encore comme un présent et que les chiens ne semblent occupés qu’à lui retirer – comme s’il fallait lui faire payer d’avoir été, parfois, cinglant et grand.

Qu’Alain Delon vive ce moment de son histoire comme une inexpiable souillure ne dit pas, pour autant, son arrêt de mort. Il n’appartient à personne, n’est-ce pas, de savoir quand il mourra ? Ni s’il partira indigne ou digne, démasqué ou arc-bouté sur ses secrets, voué aux gémonies ou plus que jamais hors d’atteinte ? Si je devais faire un pari ce serait néanmoins celui-ci. Seul comme il l’a toujours été, depuis ce point de l’âme où les hommes conservent par-devers eux ce qui ne peut être vu de personne et leur offre un perpétuel sursis, il trouvera la force de sortir du bain de boue qu’on lui inflige, chaque soir, au fil d’un feuilleton cannibale.

Mais cela, encore une fois, n’est pas mon affaire, mais la sienne. Alors, ici, ce simple message adressé depuis le bord du volcan où nous sommes tous menacés par la lave aveugle du ressentiment et de la bassesse. Amitié, cher Alain. Fraternité. Puisse l’amour, si terriblement maladroit, de ceux qui vous entourent aider à ramener dans son lit cette crue d’égout qui vous submerge. Que les sortilèges du samouraï et la beauté des arbres de Douchy vous aident à demeurer le roc que vous n’avez jamais cessé d’être et à pardonner. Courage, Maestro. Les hommes de votre sorte vacillent, mais ne tombent pas.

 

[Source : www.laregledujeu.org]

quinta-feira, 23 de julho de 2020

Bernard-Henri Lévy quita la máscara al coronavirus

El filósofo y polemista francés publica mañana en España 'Este virus que nos vuelve locos' (La Esfera), una llamada a recuperar la cordura frente a los augures y a desmitificar la pandemia. Lee aquí las primeras páginas.

Bernard-Henry Lévy
Por BERNARD–HENRI LÉVY

A mí también me dejó boquiabierto.

Pero lo que más boquiabierto me ha dejado no ha sido la pandemia.

Este tipo de desastres han existido toda la vida. La gripe española, con sus 50 millones de muertos, hace ya un siglo, causó más víctimas de las que se cobrará, sin duda alguna, el COVID-19.

Por limitarnos a nuestra época, a la que tengo edad de recordar, después de mayo de 1968 vivimos la famosa gripe de Hong Kong, en la que un millón de habitantes del planeta murieron con los labios cianóticos, hemorragia pulmonar o asfixia (en realidad, no fue tan «famosa», ¡casi ha caído en el olvido! Lo comprobé dedicándole al inicio de la crisis una de mis columnas).

Diez años antes, igualmente borrada de la memoria colectiva, se vivió la gripe asiática que, de nuevo, surgió en China; pasó por Irán, Italia, el este de Francia, Estados Unidos y dejó 10 millones de muertos (de los que 100.000 fueron en Estados Unidos, en Francia, probablemente, hubo una cantidad similar, muchos en hospitales mal equipados donde los cadáveres, según cuentan los últimos testimonios, estaban amontonados en las salas de reanimación sin que pudieran evacuarlos).

No, lo más sobrecogedor ha sido la extraña manera que hemos tenido de reaccionar esta vez.

La epidemia no solo es la del coronavirus, sino la del miedo que se ha cernido sobre el mundo.

Hemos visto temperamentos de acero que, de un día para otro, se han quedado paralizados.

Hemos oído a los intelectuales, que habían vivido otras guerras, recuperar la retórica del enemigo invisible, de los combatientes de primera y segunda línea, de la guerra sanitaria total.

Hemos visto París vaciarse, igual que en el Diario sobre la Ocupación de Ernst Jünger.

Hemos visto las urbes de todo el mundo convertirse en ciudades fantasma con sus avenidas mudas, como senderos campestres, donde los días, como decía Víctor Hugo, eran iguales que las noches.

He visto, en los vídeos que me enviaban desde Kiev y Milán, desde Nueva York y Madrid, también desde Lagos, Erbil o Qamishli, a los escasos transeúntes que había por las calles yendo a toda prisa, cuya presencia parecía únicamente para recordar la existencia de la especie humana, aunque, en cuanto veían aparecer a otra persona, cambiaban de acera, con la cabeza gacha.

Todos hemos visto, de un rincón a otro del planeta, en los países más desfavorecidos igual que en las grandes metrópolis, pueblos enteros estremecerse y dejarse confinar en sus hogares, a veces a porrazos, como animales en su redil.

Los manifestantes de Hong Kong, como por arte de magia, han desaparecido.

Los peshmerga, esos guerreros cuyo nombre significa que saben desafiar a la muerte, se han refugiado en sus trincheras.

Los saudíes y los hutíes, que disputaban en Yemen una guerra interminable, anunciaron, en cuanto se tuvo noticia de los primeros casos, un alto el fuego.

Hizbulá se ha confinado.

Hamás, que entonces lamentaba ocho casos, declaró tener un único objetivo bélico: obtener mascarillas de Israel. «¡Mascarillas!¡Mascarillas!

¡Nuestro reino por unas mascarillas! Si hace falta, dejaremos sin aliento a 6 millones de israelíes».

El Dáesh ha declarado Europa zona de riesgo para sus combatientes, que se han ido corriendo a sonarse con pañuelos mentolados al fondo de alguna cueva siria o iraquí.

Panamá, tras detectar un caso sospechoso, ha confinado en la jungla a 1.700 personas, desesperadas, que iban de camino a la frontera con Estados Unidos.

Nigeria, sobre la que, unas semanas antes, publiqué un artículo dedicado a las masacres de los pueblos cristianos a manos de yihadistas fulanis, contabilizaba, a mediados de abril de 2020, según la agencia de noticias francesa AFP, doce muertos por el virus y dieciocho personas asesinadas por las fuerzas de seguridad por no respetar el confinamiento.

Bangladés, donde estaba haciendo un reportaje unas horas antes de que Francia cerrara sus fronteras, acumulaba toda clase de calamidades; allí la gente moría de dengue, de cólera, por la peste, la rabia, la fiebre amarilla y virus desconocidos; pero en cuanto se detectaron algunos casos de COVID-19, todo el país, como una sola alma, se sumó al confinamiento. Y, en verdad, todo el planeta —tanto países ricos como pobres, los que podían aguantar y los que se van a desmoronar— se ha abalanzado sobre la idea de una pandemia inédita que está a punto de exterminar al género humano.

¿Entonces? ¿Qué ha podido suceder?

¿La viralidad no solo del virus, sino del discurso en torno a él?

¿Ceguera colectiva como en la novela de Saramago en la que una misteriosa epidemia condena a la ceguera a una ciudad entera?

¿Victoria de los colapsológos que desde hace tiempo predecían el fin del mundo y decían que veían cómo asomaba la nariz, y ahora nos dan una última oportunidad para hacer enmienda y poner el contador a cero?

¿La de los amos del mundo que ven en este gran confinamiento —traducción del «gran encierro» sobre el que teorizaba Michel Foucault en los textos donde esbozaba los sistemas de poder del futuro— la repetición general de un nuevo tipo de requerimiento o una nueva manera de hacer entrar en razón al cuerpo?

¿Un Gran Terror, como el de 1789, con su correspondiente ración de noticias falsas, conspiraciones, huidas desesperadas y, un día, asonadas sin esperanza?

¿Lo contrario? ¿La señal, tranquilizadora, de que el mundo ha cambiado, de que por fin considera que la vida es sagrada y que, entre ella y la economía, ha elegido la vida?

¿O todo lo contrario? Una pérdida colectiva del control, agravada por las cadenas de medios de comunicación y las redes sociales, que, con su habitual matraca, día tras día, con las cifras de recuperados, de enfermos graves y de muertos, nos han situado en un universo paralelo donde no existía nada más en ningún rincón del mundo, ninguna noticia que no fuera esa y que, literalmente, nos han hecho enloquecer. ¿Acaso no es ese el funcionamiento de la tortura china? ¿No ha sido demostrado que el sonido de la gota de agua, repetido de manera indefinida, se convierte en un amenazante dragón? ¿Cómo reaccionaríamos si la Dirección General de Tráfico se atreviera a colocar a cada kilómetro un altavoz gigante que anunciara, en bucle, los accidentes mortales en carretera de la jornada?

En estas semanas, he tenido en la mesita de noche, siempre valiosísimo, el Discurso de la servidumbre voluntaria de Étienne de La Boétie.

Me han acompañado, para intentar pensar esta singular sumisión mundial a un acontecimiento que, repito, ha sido trágico, pero de ningún sin precedentes, mis recuerdos de René Girard y de su deseo mimético, que también es un virus y que, como todos los virus, causa pandemias.

También de Jacques Lacan, quien planteaba que, frente al surgimiento de un «punto de real», uno verdadero, que nos choca y contra el que nos chocamos, que deja un hueco en el saber y del que no hay imagen (¿acaso no es lo que sucede con cualquier virus nuevo, sea cual sea?), la humanidad tiene dos opciones: la negación y el delirio, la neurosis y la psicosis; Trump y su berrinche diciendo que hay que «liberar Michigan» o los gobernantes inquietos por la amenaza, abanderada por colectivos de abogados, de un «Núremberg del coronavirus» y que consideran más prudente poner el mundo en pausa.

Era demasiado pronto para cortar en seco.

Hoy, todavía, mientras escribo estas líneas y el mundo empieza a «desconfinarse», es demasiado pronto no solo para descifrar el código del virus, sino del pavor que ha suscitado.

Y yo, que también tengo mis muertos a los que no he acabado de llorar, no tengo ánimos para reírme con la risa brechtiana que, quizá, algún día, nos inspirará todo este espectáculo protagonizado por la distancia social ante nuestra atónita mirada.

Sin embargo, ya es hora de hablar de los efectos que ha tenido la pandemia en nuestra sociedad y en nuestro espíritu.

Sin embargo, ya es hora de hablar de lo que se ha puesto en marcha tanto en eso que nos une como en lo más oscuro y profundo de nosotros mismos.

Es cierto que, como le gustaba decir, no sin un deje de ironía, a aquel médico alemán de finales del siglo xix, padre de la anatomía patológica, Rudolf Virchow, «una epidemia es un fenómeno social que conlleva algunos aspectos médicos».Ya ha llegado el momento de tomar las riendas de la mente e intentar describir algunos de los aspectos no médicos de esta historia.

Algunos son hermosos.

Hemos vivido momentos de auténtico civismo y solidaridad.

Y nunca celebraremos lo suficiente que la sociedad, por fin, se haya dado cuenta no solo de la existencia, sino de la eminente dignidad de un pueblo de humillados (personal sanitario, cajeros y cajeras, agricultores, transportistas, barrenderos, libreros…) que, esta vez, han salido de las sombras.

Pero hay otros aspectos menos amables.

Se han dicho palabras, se han adoptado costumbres, han vuelto reflejos que me han horrorizado.

Los principios que yo defendía y que son lo mejor de las sociedades occidentales se han visto atacados tanto por el virus como por el virus del virus mientras moría la gente.

Y como las ideas también morían, ya que viven de la misma materia que los seres humanos —y como es posible que haya rebrotes—, esas ideas se han quedado varadas en la orilla, igual que medusas muertas, han desaparecido sin dejar rastro, porque estaban, como nosotros, hechas casi al completo de agua. En este texto, trataré de defender esos ideales.

Primer Pavor Mundial (igual que se dice de la guerra): balance de etapa.

Como ahora lo que se lleva son los recuentos, aquí presentaré no un balance estadístico, sino uno más difícil de calcular (¿acaso no dice la ley del estupor que, cuando más duro es el golpe, más alterada se ve la capacidad de razonar?): el recuento de los golpes que han sufrido, durante esta extraña crisis, nuestras metafísicas íntimas: no es demasiado pronto para esta batalla y ya no les corresponde ni a los políticos ni a los médicos la responsabilidad o el riesgo de librarla.


[Fuente: www.elcultural.com]

segunda-feira, 26 de novembro de 2018

Bernard-Henri Lévy: “Bolsonaro derrotou mais a direita do que a esquerda”


Filósofo lamenta a "pornografia política" do presidente eleito brasileiro, a quem compara com Nicolás Maduro
 
 Bernard-Henri Lévy, durante sua visita a São Paulo, em 24 de novembro.

Escrito por TOM C. AVENDAÑO 
 
Bernard-Henri Lévy visita o Brasil em um de seus momentos mais turbulentos, quase como nos tempos em que este filósofo, formado igualmente entre maoístas e holofotes, ainda estava construindo sua reputação de pensador de ação e ia ao Irã nos anos setenta ou à Bósnia nos anos noventa. Vestido com seu eterno uniforme – terno escuro camisa branca parcialmente desabotoada – com o qual se tornou um dos pensadores mais midiáticos e conhecidos da França e de grande parte da Europa, Lévy (Argélia, 1948) vai direto ao problema entre goles de chá em um hotel em São Paulo: “Todo o mundo está olhando para o Brasil. O que seu presidente eleito, [Jair] Bolsonaro, faz é discutido em todos os lugares e o que estamos vendo é um presidente sem programa, nostálgico de um dos momentos mais sombrios da história do país e sem amor genuíno por sua terra natal. O mundo está assombrado com a incrível vulgaridade de alguns de seus comentários. É pornografia política. Como fala das minorias, das mulheres. O mundo está estupefato”, repete com finíssima indignação parisiense. E resume a questão que mais escandaliza os cientistas políticos de todo o mundo: “E não venceu dando um golpe, mas através das urnas”.
O Brasil é apenas uma frente de uma guerra global, pondera com um certeiro cruzamento de pernas, uma guerra que absorve praticamente o mundo inteiro. “Há uma luta ideológica entre a xenofobia e o humanismo, entre os extremos, da esquerda à direita, que se alinharam nas ruas para destruir os valores republicanos e as forças do progresso”, diz. “O Brasil está dentro dessa corrente global e, de certo modo, seu líder populista é o mais caricatural de todos.”
Pergunta. Quando Trump ganhou a presidência em 2016, o senhor alertou os norte-americanos de que, para além da ideologia do vencedor, “milhões de gênios acabaram de sair da lâmpada” com aquela vitória. O senhor estenderia esse alerta hoje aos brasileiros?
Resposta. Fiz duas advertências quando Trump foi eleito. Os geniozinhos saíram da lâmpada e também avisei aos judeus que se cuidassem dos presentes e afetos de Trump. O afeto que não nasce do amor verdadeiro é muito perigoso e tem efeitos colaterais terríveis. Diria o mesmo aos brasileiros. A eleição de Bolsonaro libertou milhões de geniozinhos. E eu diria a eles para terem cuidado com esses gestos de amizade aparente, não porque podem se revelar uma mentira amanhã, mas porque podem ter um significado inesperado e triste amanhã. Não vi na história uma época em que os judeus não acabem como vítimas.
P. O senhor se mobilizou especialmente contra o Brexit nos últimos anos. Compartilha das comparações de que essa votação e a vitória de Bolsonaro pertencem à mesma convulsão destrutiva contra a ordem estabelecida?
R. O Brexit não está destruindo o establishment; o Brexit é o establishment. Boris Johnson, as pessoas que clamam pela separação, são o establishment. O que é que o Brexit destrói? O Reino Unido. Não o establishment. Da mesma forma, Bolsonaro também não faz dano algum ao establishment, ele o faz ao Brasil. Ou poderia fazer, pelo menos. Ele faz parte do establishment, do pior do Exército e do pior da direita das cavernas. E se é uma arma de destruição, não é da destruição das elites, mas do que foi construído neste país, desde que, mais ou menos, terminou a ditadura militar (1964-1985).
P. Ele, no entanto, declara guerra à esquerda e consegue que a direita o deixe em paz, talvez motivada por esse inimigo comum. Mas Bolsonaro não é mais inimigo?
R. A vitória de Bolsonaro é uma derrota da esquerda, mas é uma derrota muito mais importante da direita. Bolsonaro a devorou. Essa direita liberal, limpa, republicana, que quis construir um país de costas para a ditadura, essa direita é o objetivo principal de Bolsonaro. Ele quer acabar com ela e em parte conseguiu. Hoje ela está fora do jogo.
P. Bolsonaro fez com que milhões de pessoas falassem da esquerda como uma entidade única que abarca do ex-presidente Luiz Inácio Lula da Silva ao venezuelano Hugo Chávez...
R. [interrompe] Não existe comparação possível entre Lula e Chávez. Mas existe entre Chávez e Bolsonaro, que pertencem à mesma família de líderes: populistas, mentirosos, líderes que não se importam com o seu país. Lula pode ter cometido erros, eu não sei, talvez o saibamos no dia em que for julgado com justiça. Mas, para mim, até agora, era um líder bom e decente para o Brasil, e sua presidência foi um momento honorável na história do país. Bolsonaro e Chávez, ou Bolsonaro e Maduro, têm mais semelhanças entre si do que diferenças.
P. Durante quase 40 anos e até recentemente o senhor disse que devíamos “quebrar a esquerda”, citando Maurice Clavel, para derrotar a direita. O senhor ainda mantém isso hoje?
R. A esquerda já está quebrada. Você tem por um lado Lula no Brasil, [o ex-presidente socialista François] Hollande na França e o [ex-primeiro-ministro italiano Matteo] Renzi na Itália, grandes líderes da esquerda ocidental, que se separaram da outra esquerda, a falsa, a radical. Na França não há relação entre o ex-presidente Hollande e [o líder da esquerda alternativa francesa, Jean-Luc] Mélenchon. Essa dissociação já aconteceu lá e na Itália também. A verdadeira rachadura, e isso existe na Europa e na América Latina, é o populismo contra os princípios humanistas, universalistas e reformistas. Lula é a personificação dessa diferença. Ele é a esquerda humanista, a verdadeira, aquela que defende os interesses do povo contra o nacionalismo, a xenofobia e a mentira. Contra as tentações de Chávez. Mas a história dele não acabou.
P. As eleições vencidas por populistas não foram desprovidas de candidatos, digamos, tradicionais, aceitáveis, de esquerda e de direita. O senhor está preocupado que certas formas se percam?
R. Esquerda e direita não importam mais. A única corrente que existe agora é que estamos vivendo um momento populista. Com a ajuda da Internet e das redes sociais, a subcultura das televisões, passamos por um momento que dá vantagem aos líderes populistas. E todo político republicano, democrático, razoável e old school deve se adaptar à nova situação. Eles ainda não o fizeram, mas terão de fazê-lo para não serem devorados por esse enorme monstro que está surgindo em todo o mundo.
P. É preciso se adaptar ou contra-atacar?
R. Será preciso tempo. As épocas sombrias nunca duram para sempre. Nos anos vinte, trinta e nos cinquenta havia multidões no Ocidente contra a democracia. E ainda assim esta prevaleceu. Eu acho que a mesma coisa vai acontecer agora. Do que tenho certeza é que não se derrotará o novo populismo usando suas mesmas armas. Os democratas devem ter a coragem de não cair nessa armadilha. Eles têm de defender seus valores mesmo se durante algum tempo são minoria e não são ouvidos o suficiente. Se abandonarem seus valores, estarão perdidos.
P. O mundo se aproxima desse paradoxo de ter que defender a democracia quando a maioria está contra ela?
R. O sonho de muitos líderes é acabar com a democracia. Trump, Bolsonaro, [Viktor] Orban na Hungria. Mas nos Estados Unidos estamos vendo até que ponto a democracia é capaz de resistir. O verdadeiro muro americano não é o que Trump quer construir entre os Estados Unidos e o México, mas o que a sociedade civil norte-americana construiu para ele. Trump não é livre para fazer o que quer e está dando cabeçadas na parede. Talvez isso acabe quebrando a cabeça dele, vamos ver. E o que eu desejo para o Brasil é algo parecido, que se revele um muro da democracia e enfrente a vulgaridade, a estupidez e a ausência de ideias.

[Foto: JANSSEM CARDOSO - fonte: www.elpais.com]

quarta-feira, 22 de novembro de 2017

Faut-il réserver le droit d'auto-détermination aux seuls peuples colonisés?

L'affrontement entre le pouvoir central espagnol et les indépendantistes catalans illustre bien la complexité de la question du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. 



Écrit par Ferghane Azihari 

«Qu’il soit permis à une région d’exercer unilatéralement, dans un contexte d’État de droit, le droit à l’autodétermination dévolu aux peuples placés sous le joug colonial ou impérialiste, et c’en sera fini de l’intangibilité des frontières établies au prix du sang.» 
Ces propos tenus par Maxime Forest, chercheur affilié à Sciences Po, dans les colonnes de Libération sur la situation en Catalogne illustrent les imperfections de l’auto-détermination et des controverses qui l’entourent. Théorisé au XIXe siècle durant la formation des États-nations européens, consacré dans le droit international durant le XXe siècle et appliqué en grande partie durant le démantèlement des empires coloniaux, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est réservée aux collectifs qui forment un peuple bien identifié. Problème: personne ne s’accorde sur ce qu’est un peuple.
«C’est alors qu’apparaît l’ambiguïté fondamentale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes; elle tient à l’absence de critères objectifs permettant de déterminer avec certitude ses titulaires», ainsi que le soulèvent les juristes Yann Kerbrat et Pierre-Marie Dupuy.
En Espagne et en Catalogne, unionistes et indépendantistes se disputent chacun une légitimité populaire aux contours flous. Vendredi 27 octobre, le parlement catalan a voté l'indépendance provoquant la mise sous tutelle de la région par le gouvernement central du pays. La chambre rebelle a donc été dissoute avec convocation de nouvelles élections pour le 21 décembre prochain. Les membres de l'exécutif local ont été destitués. Les Catalans revendiquent le droit de révoquer leur affiliation à l’État espagnol sous prétexte qu’ils formeraient un peuple à part, ce que nient leurs opposants. Ces derniers ne reconnaissent qu’un peuple espagnol, considéré indivisible.

Quelle légitimité?

 

 

La notion de peuple est communément associée à un collectif humain qui partage des racines communes, ce qui tend à renvoyer à des critères culturels, ethniques et linguistiques. Mais la perméabilité et les interdépendances culturelles, économiques et sociales qui ont toujours caractérisé les sociétés humaines rendent toute volonté de délimitation périlleuse pour ne pas dire arbitraire. L’anthropologue et philologue italien Maurizio Bettini, dans son ouvrage Contre les racines, soutient par exemple que l’identité culturelle d’un collectif humain est toujours le fruit d’un processus évolutif permanent qu’il est impossible de borner dans l’espace et le temps. Parler de racines communes exclusives pour définir un peuple serait donc impertinent.
Toujours est-il qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune autre source de légitimité politique que celle de la fiction populaire sur la scène internationale. L’impossibilité de délimiter les contours d’un peuple interroge d’ailleurs la définition du fait colonial. Contrairement à une idée reçue, l’impérialisme colonial ne se définit ni par la brutalité politique, ni par l’absence de consentement populaire à la domination d’un État. Il fait davantage appel à un critère ethno-racial. Il y aurait colonisation quand un État étendrait sa domination à des populations différentes, sur le plan ethnique, de celles qui le composent historiquement. Un critère peu commode (ou très commode selon les intérêts) qui rend possible toutes sortes d’interprétations historiques à n’en plus finir. Il faut dire que le critère de la brutalité politique et du consentement mettrait en difficulté la quasi-totalité des États de la planète.
Idéologie vs sociologie
Contrairement à ce que laisse entendre la théorie du contrat social, les processus de formation et de consolidation des États ont toujours été des entreprises violentes avec leurs lots de crimes. Les historiens, politologues, anthropologues et sociologues qui ont travaillé sur les phénomènes de «state building» le savent très bien. Cette observation concorde d’ailleurs avec la nature même de l’État qui se définit comme une organisation ayant su revendiquer durablement le monopole de la violence légale sur un territoire et une population donnés. Or, ce monopole se construit difficilement par la simple persuasion. Il est toujours obtenu au prix du sang.
Reste alors à savoir pourquoi le droit de s’auto-déterminer serait subordonné à un critère ethno-racial comme le voudrait la pensée dominante aussi bien chez les séparatistes que chez les unionistes de tous bords. À titre d’exemple, Bernard-Henri Lévy est récemment intervenu sur France Inter pour défendre le référendum kurde en Irak, en réfutant tout parallèle avec la situation catalane. La première raison invoquée étant que l’Irak serait un «faux État». Il faut comprendre par-là que ce n’est pas un État-nation à l’européenne.
On en revient donc au même critère bancal de légitimation du pouvoir politique: l’existence d’une communauté nationale avec ses propres spécificités culturelles, ethniques, linguistiques aux contours parfaitement délimités, ce qui relève davantage de l’idéologie que de la sociologie. La tradition politique occidentale voudrait pourtant que l’on s’appuie un critère plus rationnel pour légitimer la formation et le maintien d’un gouvernement.

Danger ou opportunité?

 

 


Il n’y a justement pas plus rationnel que la faculté de consentir librement à l’autorité d’un État, et ceci indépendamment des considérations identitaires. Cela serait d’ailleurs plus conforme à la finalité officielle des États modernes qui prétendent puiser leur légitimité dans la sauvegarde des libertés individuelles. Or, la première des libertés politiques, avant la démocratie et le suffrage universel, est celle de ratifier (ou non) son appartenance à une communauté.
En Europe, la Principauté du Liechtenstein est la seule démocratie à reconnaître dans sa Constitution l’existence d’un droit de sécession unilatérale. Le deuxième alinéa de son article 4 dispose notamment que «chaque commune a le droit de faire sécession de l'État. La décision d'engager une procédure de sécession doit être prise à la majorité des citoyens résidant dans la commune et habilités à voter». Comme l’énonce le Prince Michael von Liechtenstein:
«La possibilité pour les régions de se séparer d’un État ne devrait pas être considérée comme une menace, mais au contraire comme une opportunité. Cela contraint les gouvernements centraux à mettre en place des politiques efficaces. Permettre la sécession est une vraie force d’ajustement, tandis qu’une union voulue dont les citoyens sont fiers en fait des acteurs bien plus actifs de la vie de leur pays qu’ils ne le seraient sous la contrainte.»
Le penseur Ernest Renan, dont se réclament les partisans de la nation civique, considérait le fait national comme une volonté de vivre ensemble et «un plébiscite de tous les jours». Quoi de plus plébiscitaire qu’un droit inconditionnel et universel à l’auto-détermination?

[Photo : Josep LAGO / AFP - source : www.slate.fr]

sexta-feira, 1 de setembro de 2017

Edmond Fleg (1874-1963), chantre juif et sioniste du judaïsme


Edmond Fleg (1874-1963) est un intellectuel juif français engagé dans les combats majeurs contemporains : contre l’antisémitisme, pour la recréation de l’État d’Israël, pour des "relations à égalité entre judaïsme et christianisme". Cette grande figure de la pensée juive avait des talents multiples : romancier, essayiste, dramaturge, journaliste, « commentateur des textes sacrés », philosophe, librettiste d’opéra, poète, critique littéraire et dramatique. Il a assisté au premier Congrès sioniste (39-31 août 1897), à Bâle (Suisse).

Publié par 

Edmond Flegenheimer (1) est né en 1874 à Genève (Suisse) dans une famille israélite assimilée qui avait quitté l’Alsace après la guerre franco-allemande en 1870. Il s’installe à Paris où il poursuit ses études couronnées par l’agrégation d’allemand.

C’est un représentant du « franco-judaïsme (2), un mode spécifique d’être juif, de penser propre au judaïsme, depuis le Grand Sanhedrin jusqu’à la Shoah, qui repose sur un postulat philosophique simple, c’est l’idée selon laquelle la loi juive et celle de la société ont les mêmes ressorts, le même souffle, le même esprit. C’était un judaïsme désincarné, émondé de tout ce qui ne collait pas avec l’esprit de la République », note le philosophe Bernard-Henri Lévy (3).

Les trois gestes fondateurs
Cet Israélite français redécouvre sa judéité lors de l’affaire Dreyfus (4), et l’approfondit par l’étude.

Ce patriote s’engage dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale.

Sa vie est marquée par « trois gestes, trois déplacements essentiels », selon Bernard-Henri Lévy.Premier geste, celui du « retour au judaïsme, aux textes » qui apparaît dans ses écrits : Anthologie juive (1923), Anthologie de la pensée juive, la fresque poétique - Écoute Israël, L’Éternel est notre Dieu, L’Éternel est Un, Et tu aimeras l’Éternel -, une traduction de la Bible en français (Le Livre du Commencement : la Genèse (1946) et Le Livre de la sortie d’Égypte en 1963) Son livre émouvant et lyrique, Pourquoi je suis juif (1927), est dédicacé à son « petit-fils qui n’est pas encore né » et malheureusement ne naîtra pas : en 1940, décèdent ses deux fils, l’un sur le front et l’autre à Paris. Dans cet acte de foi, il expose avec ferveur les raisons de son attachement au judaïsme, son admiration pour le peuple juif fidèle à sa foi qui a survécu aux « Pharaons, à Nabuchodonosor, à Constantin, à Mahomet, à l’Inquisition et à l’assimilation » (5).

En décembre 1945, Edmond Fleg mène une liste pour la direction du Consistoire central. Cette liste, où figure le baron Guy de Rothschild, promeut un judaïsme plus moderne.

Avec Léon Algazi, Edmond Fleg initie en 1957 les colloques des intellectuels juifs de langue française dont la réflexion est centrée sur ce que signifie le judaïsme dans la France contemporaine. Des colloques liés à leur début à l’école d’Orsay (6).

Deuxième geste accompli par Edmond Fleg, c’est « un séisme intellectuel » : la question des rapports entre le judaïsme et le catholicisme. Avant Edmond Fleg, c’est « l’idée que le judaïsme est un reliquat dont le catholicisme triomphera » (Bernard-Henri Lévy). Edmond Fleg écrit l’essai Jésus raconté par le Juif errant (1933, puis dans sa version définitive en 1953).

En 1948, Edmond Fleg est l’un des fondateurs, au côté de l’historien Jules Isaac (1877-1963) (7), de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (8) afin d’établir des « relations d’égalité entre les deux religions ».

Troisième geste : le sionisme d'Edmond Fleg, qui l’incite à assister au premier congrès sioniste à Bâle (Suisse) en 1897 : 
« J’écoutais tant de talents, d’éloquence, de foi. Mais surtout je regardais. Que de contrastes juifs autour de moi : ce Polonais tout blême, avec ses pommettes osseuses. Cet Allemand à lunettes. Ce Russe au regard d’ange. Ce Persan barbu. Ce glabre Américain. Cet Égyptien coiffé du fez et, là, ce fantôme Noir, immense dans son immense caftan, avec son bonnet de fourrure et les boucles pâles qui tombaient de ses tempes. Et devant tous ces visages étrangers, il m’arriva ce qui devait m’arriver : je me sentis juif, très juif, mais je me sentis aussi très français, français de Genève, mais français. Je savais très bien maintenant que le programme sioniste n’impliquait nullement le retour en Palestine de tous les juifs. Chose numériquement impraticable. La patrie juive ne s’offre qu’aux juifs qui ne croient point en avoir d’autres… Trois millions de juifs parleront l’hébreu, vivront l’hébreu sur la terre de l’hébreu. Mais pour les 12 millions de juifs qui resteront dispersés dans le monde, pour tous ceux-là et pour moi-même, la question tragiquement restait posée : qu’est-ce que le judaïsme ? Que doit faire un juif ? Comment être juif ? Pourquoi être juif ? » (Pourquoi je suis juif).
Avec notamment le philosophe Victor Basch, Edmond Fleg fonde « les premières institutions du sionisme français. Un sionisme philanthropique, humanitaire, intense qui doit être interconfessionnel », rassemblant athées et croyants, Juifs et non-Juifs. Une « utopie magnifique » dont Edmond Fleg parle avec Albert Cohen, jeune fonctionnaire de la SDN (Société des nations) et écrivain.

Un « chantre du peuple juif » (9)

Edmond Fleg est l'auteur d'une œuvre composée aussi de romans – L’enfant prophète (1926) -, de pièces de théâtre – Le Juif du pape (1925), La maison du bon Dieu (1920), Le trouble-fête -, et de livrets d’opéra – Macbeth (1909), avec le compositeur suisse Ernest Bloch, et Œdipe (1923-1930) avec le compositeur et maestro roumain Georges Enesco (1881-1955). Achevée en 1931, cette tragédie lyrique a été créée en 1936 à l'Opéra Garnier (Paris).

La comédienne Madeleine Ozeray a lu plusieurs de ses poèmes, en particulier La vision d'Elohim, Moïse, Le fleuve des sanglots pour un disque sorti en 1960 chez Palladium.

Edmond Fleg meurt en 1963 dans un immeuble parisien du quai aux Fleurs, là où a vécu un autre philosophe Vladimir Jankélévitch. 

On ne peut qu’espérer qu’Edmond Fleg devienne, si ce n’est un modèle, du moins un inspirateur et un guide pour la jeunesse juive qui fréquente les centres portant son nom, et parmi elle les futurs leaders de la communauté juive française.

Une jeunesse, cible de l’intérêt d’Edmond Fleg, président d’honneur dès les années 1920 des Éclaireurs israélites de France (EIF) (10) qui a donné le nom de son mentor prestigieux à une forêt en Israël.

Sens, revue mensuelle l’Amitié Judéo-Chrétienne de France a publié son numéro de juillet-août 2011 intitulé Correspondances avec Edmond Fleg.

A l'occasion du 50e anniversaire de sa mort, le Centre Fleg de Marseille lui a rendu hommage par des conférences le 13 octobre 2013 et par une exposition (11 octobre-14 novembre 2013). Ce 13 octobre 2013, l'association œcuménique Charles-Péguy et l'Amitié judéo-chrétienne de Strasbourg présentent Edmond Fleg et Jules Isaac, les fondateurs juifs de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, une "journée de rencontres et de réflexions" au Munsterhof (9 rue des Juifs, Strasbourg).

Le 20 novembre 2016, de 9 h 30 à 17 h, à la synagogue rue Copernic, l'ULIF (Union libérale israélite de France) proposa une journée d'étude dédiée à Edmond Fleg, poète juif de la fidélité et de l'espérance et organisée par Jacqueline Cuche, Danielle Delmaire, Olivier Rota et l’ULIF. "L’organisation de cette journée d’étude est motivée par un constat : la contribution décisive d’Edmond Fleg (1874-1963) à la renaissance spirituelle du judaïsme français dans les années vingt et trente, puis sa participation à la fondation d’une amitié judéo-chrétienne après-guerre, ont progressivement sombré dans l’oubli depuis les années soixante".

"L’œuvre de Fleg, qui se divise entre œuvres poétiques et littéraires d’une part, et essais historiques et philosophiques d’autre part, fut pourtant décisive dans le réveil du judaïsme français de l’entre-deux guerres, et plus encore dans sa recomposition d’après-guerre. Alors que la religion juive prenait de plus en plus la voie d’une survivance vouée à la disparition, Edmond Fleg a pu apparaître aux yeux de ses contemporains comme le porte-étendard d’un judaïsme vivant, tout à la fois novateur et ancré dans la tradition d’Israël".

"Edmond Fleg a produit tout au long de sa vie une pensée originale et consistante du judaïsme. Son parcours rappelle celui de nombreux autres Juifs nés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Alors que son cheminement intellectuel et artistique l’éloignait toujours plus du judaïsme de ses pères, Fleg fut interpellé dans sa judéité par le déferlement antisémite qui accompagna l’affaire Dreyfus au moment du procès de Rennes. L’année 1899 marque pour lui un point de départ dans sa réappropriation d’une identité juive. À la même période, Fleg rencontre Bernard Lazare : l’une des grandes figures du dreyfusisme, et l’auteur de plusieurs brochures sur le sionisme. Enthousiasmé par le compte rendu sténographique que Lazare a produit du premier Congrès de Bâle, Fleg assiste au troisième Congrès sioniste d’août 1899. Convaincu par les arguments du sionisme politique, il y découvre des perspectives capables de mobiliser ses énergies intellectuelles et morales. Fleg lit le retour à Sion comme une étape dans les réalisations des promesses messianiques".

L’engagement de Fleg pour un judaïsme moderne et sioniste passe par une vision de plus en plus ample de l’espérance d’Israël. En quoi consiste cette espérance ? L’espérance n’est pas pour Fleg une « théorie abstraite ». On ne peut l’enfermer dans aucune formule sans en dénaturer l’action et la rendre stérile. Si l’espérance a un contenu, il faut le trouver dans la souvenance, c’est-à-dire dans la mémoire des Promesses bibliques et l’annonce d’un règne de justice et de paix. Si cette espérance a un visage, c’est celui du Messie, qui est « espérance de la terre, espérance des hommes, espérance de Dieu qui veut comme les hommes et la terre, le règne de Dieu sur le monde et les hommes ». L’espérance fléguienne met en évidence le caractère annonciateur de la Parole divine. L’espérance est un horizon large comme Dieu ; un horizon vers lequel on peut se diriger, dès lors qu’on « se fait présent à l’avenir » et que l’on se laisse porter par le rêve d’Israël : celui d’une humanité unie à nouveau comme au premier jour".

Les 13 et 14 décembre 2016, le Collège des études juives et de philosophie contemporaine - Centre Emmanuel Lévinas de l'université Paris-Sorbonne organisa le nouveau colloque des intellectuels juifs de langue française sous la thématique "Survivre. Résister - Se transformer - S'ouvrir".

"Lorsqu’ils voient le jour à la fin des années 1950, réunissant André Neher, Edmond Fleg ou Emmanuel Levinas, les Colloques des Intellectuels juifs de langue française ont vocation à réaffirmer, quelques années après la Shoah, la présence des juifs dans l’histoire. Ses fondateurs partent d’un double postulat. Tout d’abord il n’existe pas de judaïsme sans une référence à l’existence concrète d’un homme juif. Le second postulat n’est pas moins riche de conséquences. Il repose sur la certitude que c’est au sein de l’histoire que se joue l’existence juive. L’histoire n’est pas un accident ; elle est l’essence même de la condition juive".

"C’est cette certitude partagée qui nourrit aujourd’hui la volonté de relancer les Colloques des Intellectuels juifs. Face à la violence, au terrorisme, à la mondialisation et aux nouveaux visages du politique, les Nouveaux Colloques des Intellectuels juifs ont pour ambition, à la lumière d’une actualisation de la tradition juive, de dessiner les voies d’un nouvel engagement de la pensée et d’une réponse aux problèmes nés de notre modernité".

"C’est par la question de « Survivre » que nous ouvrons cette nouvelle page d’histoire des Colloques des Intellectuels juifs de langue française. « Survivre » ne s’entend pas seulement comme un dernier sursaut face aux soubresauts de l’histoire, mais comme une réflexion qui prend son inspiration et son élan au cœur de la tradition et de ses différentes modalités de transmission".

Le "legs intellectuel des grandes personnalités qui ont fait l’histoire du colloque des intellectuels juifs est aujourd’hui transmis à une génération de philosophes, écrivains, historiens, talmudistes et théologiens qui furent les témoins des grandes heures de ces colloques. C’est donc tout naturellement que nous nous inscrivons dans cet héritage et que nous souhaitons en assumer la pérennité et le renouvellement".



POURQUOI JE SUIS JUIF (11) 
Lu par le comédien Francis Huster

Il faut qu’Israël, espoir du Messie, reste Israël jusqu’à la fin des temps…
Les juifs sont juifs et veulent rester juifs toujours, partout. Même malgré eux, ils restent juifs. Or, toute minorité semble suspecte à la majorité.
Faut-il un coupable à tout prix ? On le cherche dans la minorité.
Cent Juifs sont bolcheviks ? Tous les juifs sont bolcheviks !
La guerre se voit au XXe siècle ? Les juifs ont machiné la guerre !
On ne reproche aux juifs qu’une chose : ils veulent être juifs…
La preuve de D. est dans l’existence d’Israël.
Je suis juif,
parce que né d’Israël, et l’ayant perdu, 
Je l’ai senti revivre en moi,
plus vivant que moi même.

Je suis juif, 
parce que né d’Israël, et l’ayant retrouvé, 
Je veux qu’il vive après moi, 
plus vivant qu’en moi même.

Je suis juif, 
parce que la foi d’Israël n’exige de mon esprit aucune abdication,

Je suis juif,
parce que la foi d’Israël réclame de mon cœur toutes les abnégations. 

Je suis juif, 
parce qu’en tous les lieux où pleure une souffrance, 
le juif pleure. 

Je suis juif, 
parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère. 

Je suis juif, 
parce que la parole d’Israël est la plus ancienne et le plus nouvelle.

Je suis juif,
parce que, pour Israël, le monde n’est pas achevé, les hommes l’achèvent.

Je suis juif, 
parce que, pour Israël, l’Hommes n’est pas crée : Les hommes le créent. 

Je suis juif, 
parce qu’au dessus des Nations et d’Israël, 
Israël place l’Homme et son Unité.

Je suis juif,
parce qu’au dessus de l’Homme, image de la divine Unité,
Israël place l’Unité divine et sa divinité.
(…)
Israël marchera jusqu’au dernier jour.

Sites des centres Edmond Fleg de Paris et Marseille :

© Visuels : DR.
Photos : Edmond Fleg ; de gauche à droite : Andre Chouraqui, Edmond Fleg et le grand rabbin de France Jacob Kaplan.

(1) Odile Roussel, Un itinéraire spirituel : Edmond Fleg. La pensée universelle. 1978. 254 pages.

(2) De Pierre Birnbaum :
L’Aigle et la Synagogue. Napoléon, les Juifs et l’État. Fayard. Paris, 2007. 294 p. ISBN : 978-2-213-63211-7
Priez pour l'Etat - Les juifs, l'alliance royale et la démocratie. Calmann-Lévy. Paris, 2005. ISBN : 9782702136256

(3) On peut entendre l’intervention de Bernard-Henri Lévy lors de sa leçon inaugurale lors de la cérémonie organisée à la Sorbonne par le Consistoire de Paris-Ile-de-France, le 17 février 2008, à http://dsi.acip.free.fr/fleg/sorbone%20audio/26-BHL.MP3

(4) Véronique Chemla, Une cérémonie nationale à Paris en hommage au capitaine Alfred Dreyfus, 12 juillet 2006

(5) Le 17 février, le comédien Francis Huster a lu un large extrait du livre Pourquoi je suis juif (Les Belles Lettres) lors de ladite cérémonie : http://dsi.acip.free.fr/fleg/sorbone%20audio/6-francis_huster.MP3

(6) Perrine Simon-Nahum, « Penser le judaïsme ». Retour sur les colloques des intellectuels juifs de langue française (1957-2000), (p.79 à 106) in Archives juives, vol. 38 2005/1, éd. par les Belles Lettres. I.S.B.N. 2251694196

(7) André Kaspi, Jules Isaac ou la passion de la vérité. Plon. Paris, 2002. ISBN : 9782259191999

(8) Véronique Chemla, Un dialogue judéo-catholique en France remarquable, 25 décembre 2007, Guysen

(9) http://www.centrefleg.com/Fleg.htm

(10) Il exerce une influence profonde sur son créateur, l’ingénieur Robert Gamzon : Robert Gamzon, dit “Castor soucieux” à http://www.le-scoutisme-francais-en-franche-comte.org/rgchp3.html

(11) Un extrait en anglais se trouve à http://www.csuohio.edu/tagar/why.htm



Publié par Guysen International News, cet article a été mis sur ce blog le 21 février 2010, puis le 17 août 2011, 13 octobre 2013, 20 novembre et 14 décembre 2016. Il a été modifié le 13 décembre 2016.


[Source : www.veroniquechemla.info]