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domingo, 27 de setembro de 2026

Pour qui le Premier ministre israélien Netanyahou a-t-il prononcé un discours à l’Assemblée générale des Nations unies ?

Le discours du Premier ministre israélien Netanyahou lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies ne peut être considéré comme un simple discours diplomatique de routine. Ce qui s’est passé à New York reflétait avant tout la position d’Israël sur la scène internationale. 

La salle vide de l’ONU et l’effondrement du discours d’Israël

Ce qui s’est passé à New York reflétait avant tout la position d’Israël sur la scène internationale – une image qui contrastait fortement avec le discours véhiculé par le Premier ministre du régime. Netanyahu a cherché à présenter Israël comme une nation triomphante et puissante bénéficiant du soutien tacite du monde entier ; pourtant, les caméras du monde entier ont capturé une scène bien différente : un défilé de délégations quittant la salle, des rangées de sièges vides et un Premier ministre qui a commencé son discours en s’en prenant à ceux qui refusaient d’écouter ses propos. 

Selon les chiffres publiés dans les médias israéliens, 77 délégations étaient absentes de la salle pendant le discours de Netanyahou ; certaines étaient parties avant le début de l’allocution, tandis que d’autres n’étaient tout simplement pas présentes. L’Agence France-Presse (AFP) a également confirmé le départ de dizaines de délégations, le qualifiant de protestation contre les politiques d’Israël et la guerre à Gaza. 

La portée de ce chiffre ne réside bien sûr pas uniquement dans le nombre de délégations ; sa véritable importance tient à l’image renvoyée à l’opinion publique mondiale. Les Nations unies constituent la plus importante tribune multilatérale au monde, et le Premier ministre israélien comptait utiliser cette tribune pour aborder la sécurité d’Israël, la guerre à Gaza, l’Iran et les menaces auxquelles, selon lui, le régime est confronté. Pourtant, avant même que ses arguments n’aient pu être entendus, le spectacle des délégations quittant la salle est devenu l’image marquante de ce discours. 

La réaction de Netanyahou lui-même a encore renforcé cette image. S’adressant aux délégations qui avaient quitté la salle, il a fait remarquer que s’il y avait d’autres « lâches moraux » qui n’avaient pas encore quitté la salle, ils pouvaient le faire à ce moment-là. Cette déclaration a démontré que le départ des représentants n’était pas simplement une question secondaire pour le Premier ministre israélien ; cet événement était suffisamment important pour retenir une part considérable de son attention dès le début de son discours. Les médias israéliens ont également largement couvert l’incident, le *Yedioth Ahronoth* le qualifiant d’acte de protestation rare et spectaculaire. 

Mais pourquoi cela s’est-il produit ? 

La réponse ne peut être cherchée uniquement dans la personne de Netanyahou ou dans son style oratoire. Le problème trouve son origine dans une accumulation de crises politiques, humanitaires, juridiques et diplomatiques s’étalant sur plusieurs années. La guerre à Gaza, le nombre élevé de victimes palestiniennes, la destruction généralisée des infrastructures civiles, l’expansion des colonies et la violence des colons, ainsi que les procédures juridiques internationales ont créé une image différente d’Israël aux yeux d’une partie de l’opinion publique mondiale. Israël rejette toutes les allégations de génocide, considérant ses opérations comme un acte de légitime défense contre le Hamas ; cependant, une commission d’enquête indépendante de l’ONU a conclu en 2025 qu’Israël avait commis un génocide à Gaza — une conclusion que Tel-Aviv a rejetée. Parallèlement, en novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de Netanyahou et de Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. 

Dans ces circonstances, Netanyahou a une nouvelle fois rejeté l’accusation de génocide devant les Nations unies, la qualifiant de « plus grand mensonge du siècle ». Cependant, le problème avec son discours était qu’il n’était plus confronté à un simple adversaire politique ou à un média critique ; au contraire, une multitude d’institutions internationales, de gouvernements, d’organisations de défense des droits de l’homme et de segments de l’opinion publique mondiale soulevaient de sérieuses questions quant au comportement d’Israël. Ainsi, le défi pour Netanyahou ne consiste plus simplement à convaincre un seul gouvernement ou un seul média ; le problème réside dans le fossé grandissant entre le discours officiel d’Israël et la perception mondiale selon laquelle un génocide est en train d’être commis par Israël. 

Au nom de qui le Premier ministre israélien Netanyahou s’est-il exprimé à l’Assemblée générale des Nations unies ? 

De ce point de vue, le contenu du discours de Netanyahou mérite également d’être souligné. Au cours d’un discours d’environ 40 minutes, il a présenté une longue liste de ses adversaires et détracteurs — allant de l’Iran et du Qatar à la Turquie, en passant par les pays européens et le maire de New York, Zahran Mamdani. Une partie importante de son intervention a même été consacrée à réfuter les critiques dont il fait l’objet. Netanyahou a cherché à démontrer que le problème ne venait pas d’Israël, mais que le monde se trompait dans sa position à l’égard du pays. Pourtant, cette liste très longue d’ennemis pourrait en soi être le signe d’une crise. 

Lorsqu’un Premier ministre – s’exprimant depuis la tribune diplomatique la plus importante au monde – consacre une part importante de son discours à répondre à une longue liste de critiques plutôt qu’à exposer une vision pour mettre fin à la guerre, à tracer l’avenir de la région ou à proposer une voie de sortie de la crise, la question se pose : s’agit-il simplement de « l’hostilité du monde envers Israël », ou bien Israël est-il confronté à une grave crise sur le plan diplomatique et en matière de persuasion internationale ? 

Cette question prend encore plus d’importance lorsque l’on replace le discours de Netanyahou dans le contexte de la scène politique intérieure israélienne. Les élections législatives sont prévues le 27 octobre, ce qui signifie que ce discours a eu lieu à peine 33 jours avant le scrutin. Les médias israéliens ont également relevé ce timing ; des titres tels que *Haaretz* et *Yedioth Ahronoth* ont laissé entendre qu’une part importante des propos du Premier ministre s’adressait à un public national plutôt que d’être destinée à influencer l’opinion de gouvernements critiques. 

En effet, on pourrait se demander : à qui Netanyahu s’adressait-il aux Nations unies ? 

Aux délégations — dont 77 étaient absentes de la salle ? Aux gouvernements qui ont vivement critiqué les politiques d’Israël ? Ou aux électeurs israéliens qui se rendront aux urnes dans à peine un mois ? 

D’autres indices viennent également étayer cette hypothèse. Le séjour de Netanyahu à New York a été très bref et, contrairement à de nombreuses visites précédentes, aucune rencontre avec Donald Trump ne figurait à l’ordre du jour officiel. L’Associated Press a également analysé son discours dans le contexte d’une élection nationale imminente et de critiques internationales croissantes. 

Dans ce contexte, une contradiction majeure transparaît dans le comportement de Netanyahou. D’un côté, il a cherché à présenter Israël comme un régime défendant la « civilisation » — et même d’autres nations —, affirmant que de nombreux dirigeants qui avaient quitté la salle avaient exprimé en privé leur gratitude pour les actions d’Israël. D’autre part, la réalité observable dans cette même salle était que des dizaines de délégations ont refusé de rester pour écouter son discours à l’Assemblée générale. De plus, l’affirmation concernant les marques de gratitude exprimées en privé par les dirigeants n’était qu’une allégation de Netanyahou lui-même et ne peut être considérée comme un fait vérifié et indépendant. Cet écart entre le discours et la réalité est peut-être le principal enseignement à tirer du voyage de Netanyahou à New York. 

Israël est désormais vilipendé et isolé sur la scène internationale. Les signes du coût diplomatique croissant de ses politiques ne peuvent être ignorés. Les départs de dizaines de délégations, les manifestations généralisées à New York, la pression juridique internationale grandissante et les critiques de plus en plus vives à l’égard de la guerre à Gaza forment un ensemble d’indicateurs qui revêtent une signification collective. C’est pourquoi l’image la plus révélatrice du discours de Netanyahou n’était peut-être ni la démonstration de force militaire, ni les menaces contre l’Iran, ni ses proclamations de victoire ; l’image la plus fidèle à la réalité était celle des sièges vides. 

Netanyahou a tenté de parler d’une voix plus forte pour démontrer la puissance d’Israël, mais la salle vide a posé une autre question au monde : si Israël est si sûr de son discours, pourquoi a-t-il tant de mal à se faire entendre ?

 

MNA

 

[reproduit sur groupegaullistesceaux.fr]

 

sexta-feira, 25 de setembro de 2026

L’Holocauste et le génocide de Gaza : une comparaison interdite ?

Les personnes qui établissent des comparaisons entre l’Holocauste et ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens sont souvent rapidement accusées d’antisémitisme. Mais comparer n’est pas synonyme d’assimiler. Il existe certes des différences importantes, mais il y a aussi des similitudes. Dans cet article, j’examine les similitudes entre le traitement réservé aujourd’hui aux Palestiniens par Israël et celui infligé à l’époque aux Juifs par les nazis. 

Écrit par Anne-Ruth Wertheim 

Comment les peuples opprimés sont constamment contraints de choisir entre une nouvelle situation qui limite leurs options et une alternative qui leur est encore plus défavorable ? 

Et comment, de cette manière, on leur fait porter une part de responsabilité dans le sort inconnu qui les attend finalement ? 

Ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens est-il comparable à ce que les nazis ont fait subir aux Juifs ? 

Cette question a fait l’objet d’un débat considérable, notamment récemment après que Frans Timmermans eut fait une remarque en ce sens. Il a immédiatement été accusé d’antisémitisme, tout comme l’ensemble du parti PRO (le parti social-démocrate/vert des Pays-Bas), dont il est un membre éminent. Mais je soutiens qu’il avait raison : ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens peut en effet être comparé à ce que les nazis ont fait subir aux Juifs. 

Comparer n’est pas synonyme d’assimiler. Lorsque nous comparons des événements, ou des séquences d’événements – c’est-à-dire des processus historiques –, nous prenons en compte non seulement leurs similitudes, mais aussi leurs différences. Et il existe en effet des différences importantes entre ce que les nazis ont fait subir aux Juifs et ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens. Il n’y a, par exemple, pas de chambres à gaz à Gaza ni en Cisjordanie. Mais les Juifs ne se sont pas simplement retrouvés du jour au lendemain dans les chambres à gaz d’Europe de l’Est. Ce dénouement a été précédé d’un processus long et laborieux, dont l’issue est restée longtemps entourée de mystère. 

Prenons l’exemple de ma grand-tante Phine Asbacher-van Gelder. Elle était l’une des sœurs de ma grand-mère, Heintje Wertheim-van Gelder. Phine et son mari vivaient dans une charmante petite maison avec jardin à Aerdenhout. En 1942, cependant, ils ont été contraints de déménager dans un appartement du quartier du Transvaal, à Amsterdam-Est, soi-disant pour leur propre sécurité. Les nazis ont concentré toute la population juive néerlandaise dans ce quartier, et au fil du temps, environ 80 % de ses habitants étaient juifs. Comme le quartier était géographiquement enclavé entre le canal Ringvaart et une ligne de chemin de fer surélevée, il pouvait facilement être complètement bouclé. Ma grand-tante et son mari furent ensuite transportés via la gare de Muiderpoort vers le camp de Westerbork, là encore soi-disant pour leur propre bien. Peu de temps après, ils furent déportés de là vers Sobibor, où son mari fut assassiné le 7 mai 1943. Phine elle-même fut assassinée quelques mois plus tard, le 23 juillet 1943. Ils avaient respectivement 61 et 59 ans. Ma grand-mère a échappé à ce sort en mettant fin à ses jours le 14 mai 1940, le jour où les Pays-Bas ont capitulé face à l’Allemagne nazie, en même temps que mon grand-père, Jonas Mozeszoon Wertheim. Ils avaient pressenti ce qui attendait les Juifs. 

Le processus progressif par lequel les Juifs ont été entraînés de plus en plus profondément dans un piège constitué de compartiments successifs a été décrit avec une grande clarté par le sociologue juif polonais Zygmunt Bauman. Dans son ouvrage influent publié en 1989, *Modernité et Holocauste*, Bauman montre comment ce mécanisme fonctionnait : à chaque étape successive, les Juifs étaient confrontés à un choix entre le mal et le pire. Ils étaient contraints de faire ce choix eux-mêmes, et c’est ainsi que ce système perfide les rendait complices du processus qui aboutit finalement à leur propre destruction. Pendant tout ce temps, l’issue finale de ce processus restait enveloppée de ténèbres. 

Ce même processus par étapes, dans lequel les gens sont contraints de choisir entre le mal et le pire à mesure qu’ils pénètrent dans chaque compartiment successif du piège, se retrouve également dans ce qui arrive aux Palestiniens à Gaza et, dans une certaine mesure, en Cisjordanie. Là encore, l’issue finale reste cachée à ceux qui sont pris dans ce processus. Tout a commencé lorsque les Palestiniens ont été chassés de force de leurs maisons et de leurs villages au moment de la création de l’État d’Israël. Les forces israéliennes leur ont tiré dessus depuis les collines, leurs villages ont été rasés, et il est progressivement apparu que leur seule chance de survie était de trouver refuge dans des camps de réfugiés. Là, ils ont été entassés, d’abord dans des tentes puis dans des bâtiments permanents, dans des conditions de plus en plus difficiles. Au début, ils pouvaient encore quitter les camps, par exemple pour aller travailler en Israël. Mais petit à petit, leur liberté de mouvement a été restreinte. 

À Gaza, cet enfermement a été renforcé par une clôture électrifiée entourant l’ensemble du territoire, avec des tours de guet disposées à intervalles réguliers d’où la population était placée sous surveillance armée jour et nuit. En Cisjordanie, le processus s’est déroulé quelque peu différemment. Des colons israéliens se sont installés dans un nombre toujours croissant de localités à travers le territoire, s’emparant de terres palestiniennes et construisant des colonies dont les Palestiniens étaient exclus. Ces colonies étaient reliées par un vaste réseau routier, tandis que les Palestiniens étaient confrontés à un système complexe de postes de contrôle qui restreignait de plus en plus leur liberté de circulation. 

Au fil des ans, diverses formes de résistance ont vu le jour à Gaza. Citons par exemple les manifestations largement non violentes de 2018-2019, au cours desquelles des groupes de Palestiniens non armés se sont approchés à plusieurs reprises de la barrière depuis l’intérieur de Gaza. Les Gazaouis ont pu constater de leurs propres yeux comment Israël réagissait à de telles actions : les manifestants étaient touchés aux genoux. Dès 2006, il y avait également eu des périodes récurrentes durant lesquelles des zones entières étaient bombardées, ce qui était invariablement présenté comme une punition pour des actes de résistance particuliers. À la suite de l’incursion du 7 octobre 2023 depuis Gaza vers le territoire israélien, ces bombardements sont devenus plus ou moins continus. Avant chaque bombardement, les habitants avaient le choix : ils pouvaient partir vers une autre partie de Gaza, où on leur disait qu’ils seraient en sécurité. C’était le moindre des deux maux, et la plupart s’y sont conformés et ont fui. Pourtant, une fois arrivés dans la zone désignée, ils découvraient souvent qu’ils y étaient également bombardés. Ils avaient en réalité été contraints de choisir entre le mal – abandonner leurs foyers – et le pire – être bombardés. Ces derniers mois, ce processus est allé encore plus loin. La zone totale dans laquelle les Gazaouis sont autorisés à se déplacer a été progressivement réduite par la mise en place de la « ligne jaune ». Là encore, le processus s’est déroulé de manière progressive, étape par étape. 

Les bombardements ont non seulement contraint la population à se déplacer sans cesse, mais l’ont également privée des rares moyens de subsistance qui lui restaient. Au départ, par exemple, les Gazaouis pouvaient encore cultiver une partie de leur nourriture. À présent, cependant, ils sont devenus presque entièrement dépendants de la nourriture et des médicaments qu’Israël autorise à entrer sur le territoire. De plus, depuis le 7 octobre 2023, les Gazaouis ne sont plus autorisés à travailler en Israël, au-delà de la barrière. Jusqu’alors, environ 20 000 personnes – soit environ 1 % de la population de Gaza – le faisaient. Ces travailleurs devaient subir chaque matin des procédures humiliantes avant d’être autorisés à franchir la barrière pour se rendre au travail, puis à nouveau le soir à leur retour. Depuis lors, cependant, pratiquement personne n’a été autorisé à entrer ou à sortir de la bande de Gaza. Une fois de plus, cette mesure a été justifiée au nom de leur propre protection : en dehors de Gaza, les Palestiniens seraient soi-disant en danger en raison de la colère des Israéliens suite aux événements du 7 octobre 2023. 

Enfant, j’ai moi-même vécu un processus similaire, étape par étape, où chaque étape successive vous confrontait à un choix entre le mal et le pire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ma famille croyait que, loin en Indonésie, alors encore une colonie néerlandaise, nous serions à l’abri des nazis. Mais nous allions bientôt découvrir que le bras long de l’Holocauste nous atteindrait là-bas aussi. En 1942, alors que j’avais sept ans, le Japon a envahi et occupé le vaste archipel indonésien. À l’époque, quelque soixante millions d’Indonésiens y vivaient, tandis que les Néerlandais, qui avaient jusqu’alors gouverné la colonie, n’étaient qu’environ 300 000. Pour les forces d’occupation japonaises, il fut relativement facile de dépouiller cette petite minorité néerlandaise de son pouvoir en l’enfermant dans des camps. Et c’est précisément ce qu’elles ont commencé à faire dès les premiers mois de l’occupation. Elles ont mis en place environ trois cents camps à travers l’archipel, chacun accueillant environ un millier de prisonniers, avec des camps séparés pour les hommes, les femmes et les enfants. Les conditions variaient d’un camp à l’autre, mais partout, les gens étaient entassés derrière des clôtures, recevaient bien trop peu de nourriture et pratiquement aucun médicament, et étaient soumis à des châtiments brutaux pour la moindre forme de résistance. Et ils étaient surveillés jour et nuit sous la menace des armes depuis de hautes tours de bambou. 

Mon père a été emprisonné le jour même où les autorités coloniales se sont rendues. Ma mère, en revanche, a pu rester quelque temps dans notre maison près de l’étang aux canards à Batavia – aujourd’hui Jakarta – avec ma sœur, mon petit frère et moi. Cela a été possible parce que, sur les conseils de mon père, elle avait retiré tout leur argent de la banque dès le premier jour de l’occupation. Après tout, les salaires n’étaient plus versés. De nombreux Néerlandais ont commis l’erreur de faire le contraire : ils ont déposé leur argent à la banque et se sont rapidement retrouvés sans moyens de subsistance, ce qui ne leur a laissé d’autre choix que d’entrer dans les camps d’internement. 

Mais un jour, on nous a dit, à nous aussi, qu’il valait mieux que nous soyons internés dans un camp pour femmes, appelé par euphémisme « quartier protégé ». Au début, les internés étaient encore autorisés à quitter ces locaux pendant la journée, mais très vite, ils ont été complètement bouclés. La perspective d’entrer dans le camp était profondément angoissante. Bien que très peu d’informations aient filtré depuis sa fermeture, nous avions compris que les conditions à l’intérieur ne cessaient de se détériorer. Pourtant, on nous disait qu’à l’extérieur du camp, nous risquions d’être attaquées par la population indonésienne, ce qui aurait été bien pire. Face à ce choix, nous avons décidé d’entrer dans le camp. Après y avoir passé un an, ma mère a de nouveau été confrontée à un choix qui allait avoir des conséquences considérables. 

Le 24 septembre 1944, nous avons reçu un ordre des autorités japonaises du camp stipulant que toute personne ayant ne serait-ce qu’une goutte de sang juif dans les veines serait transférée dans un camp séparé. Le Japon, bien sûr, était allié à l’Allemagne nazie, et après la guerre, il est apparu clairement comment, à ce stade de l’occupation, les nazis avaient réussi à persuader les Japonais de séparer les internés juifs des autres. 

Ma mère n’était pas juive elle-même, mais nous, en tant qu’enfants de notre père juif, étions à moitié juifs. Elle passait ses nuits à se demander si elle devait nous faire enregistrer comme tels, sachant que cela risquait de nous valoir d’être envoyés dans un camp pour Juifs tandis qu’elle devrait rester derrière. Elle se disait que les Japonais ne savaient probablement pas que « Wertheim » était reconnu comme un nom juif. Nos compagnons de captivité néerlandais, en revanche, le savaient parfaitement ; il aurait donc suffi qu’un seul d’entre eux nous trahisse. Et tout le monde savait ce qui pouvait arriver si l’on désobéissait à un ordre des Japonais. Ma mère ne pouvait pas consulter mon père. Il était loin, dans un camp pour hommes, et nous ne savions même pas s’il était encore en vie. Après la guerre, cependant, nous avons appris qu’il avait été confronté au même dilemme et qu’après mûre réflexion, il avait décidé de prendre le risque et de ne pas s’enregistrer comme juif. 

Finalement, ma mère a décidé d’éviter le pire scénario – la possibilité d’être séparée de nous – et a choisi ce qui semblait être le moindre mal. Elle s’est enregistrée comme juive, ce qui signifiait que nous n’étions plus classés comme demi-juifs, mais comme pleinement juifs. Nous l’avons donc accompagnée au camp de femmes juives de Tangerang. De là, avec les autres femmes et enfants juifs, nous avons été transférés au camp d’Adek, où nous sommes restés jusqu’à la fin de la guerre. 

Quelques jours avant notre transfert, j’ai été confrontée pour la première fois à l’antisémitisme. Je revois encore l’un des amis de mon petit frère, debout à quelques pas de nous, qui scandait : « Vous devez aller à Tangerang, parce que vous êtes des Klojoden ! » 

Pour nous, Tangerang – et plus tard Adek également – était bien pire que le camp d’où nous venions. C’était encore plus insalubre, les maladies étaient encore plus répandues, les médicaments quasi inexistants, encore plus de gens mouraient, y compris des enfants, et nous souffrions d’une faim encore plus grande.  Et là aussi, nous étions contraints d’assister à des scènes où des gardes indonésiens sous commandement japonais, qui avaient tenté de s’échapper, étaient battus jusqu’au sang – un avertissement brutal destiné à nous maintenir dans le rang. Pourtant, grâce à nos codétenues juives, qui avaient été transférées à Tangerang depuis d’autres camps de femmes à travers l’ouest de Java, nous avons appris que, pour certaines d’entre elles, les conditions dans notre camp constituaient en réalité une amélioration. 

Ainsi, en considérant la situation dans son ensemble et en comparant la ségrégation des Juifs par les Japonais à la persécution des Juifs par les nazis en Europe, on peut identifier un certain nombre de similitudes. Une différence fondamentale résidait toutefois dans le fait que les Japonais, d’après ce que j’ai pu établir depuis la guerre, n’avaient aucune intention de nous tuer. 

Revenons brièvement à ce qui se passe en Cisjordanie. Les Palestiniens n’y sont pas bombardés, mais eux aussi sont progressivement confinés dans des zones de plus en plus restreintes, tandis que leurs conditions de vie s’aggravent de jour en jour. Eux aussi sont sans cesse confrontés à des choix entre le mauvais et le pire et sont ainsi rendus personnellement complices de la détérioration de leur situation, sans savoir où ce processus les mènera finalement. Lorsqu’une nouvelle colonie israélienne est sur le point d’être établie – ce qui est souvent annoncé par l’apparition d’un mobil-home temporaire sur des terres palestiniennes –, les habitants savent ce qui risque de leur arriver s’ils résistent. Ils risquent d’être attaqués, souvent par des forces armées, et des personnes peuvent être tuées, avec l’aide de l’armée israélienne ou, à tout le moins, sous son œil vigilant. Alors, qu’est-ce qui est pire : risquer la mort ou abandonner ses terres ? 

Zygmunt Bauman a mis en évidence un autre aspect de l’Holocauste que l’on retrouve également dans la manière dont Israël traite les Palestiniens. Il s’agit des intervalles entre les ordres successifs par lesquels les nazis cherchaient à enfoncer les Juifs toujours plus profondément dans le piège. Ces intervalles ne devaient pas être trop courts, car les Juifs avaient souvent choisi le moindre de deux maux précisément dans l’espoir de gagner du temps. Si la mesure suivante intervenait trop rapidement, les nazis risquaient de perdre la coopération de leurs victimes potentielles. On observe un schéma similaire dans la manière dont Israël agit dans les territoires palestiniens, où un certain laps de temps s’écoule généralement entre une mesure et la suivante. 

Un dernier aspect de l’œuvre de Bauman que je tiens à souligner – et qui peut également s’appliquer à ce qui est infligé aux Palestiniens – est l’effort déployé par Israël pour dissimuler ses actions au monde extérieur. Les nazis ont déployé des efforts extraordinaires pour dissimuler leurs chambres à gaz au regard du public, et ils y sont remarquablement parvenus. On observe sans aucun doute un effort similaire visant à restreindre le regard extérieur à Gaza, où l’accès des journalistes a été sévèrement limité et où, comme chacun sait, de nombreux journalistes ont été tués.

En bref, comparer n’est pas synonyme d’assimiler. Il existe certes des différences entre la manière dont les nazis traitaient les Juifs à l’époque et celle dont Israël traite les Palestiniens aujourd’hui, mais il y a également des similitudes. Il doit être possible d’identifier et de discuter de ces similitudes sans que ceux qui le font soient vilipendés pour avoir établi cette comparaison.

 

Anne-Ruth Wertheim mène des recherches sur le racisme depuis des décennies. Ancienne professeure de biologie, elle est sculptrice et écrivaine et vit à Amsterdam.

Informed Comment

 

[Photo de Gaza par Hosny Salah : https://www.pexels.com/photo/child-in-gaza-camp-working-in-muddy-conditions-35934179/ - reproduit sur groupegaullistesceaux.fr]

O momento no que a Asemblea da ONU se baleirou cando ía falar Netanyahu

Boa parte das delegacións abandonaron o salón da Asemblea Xeral das Nacións Unidas cando o primeiro ministro israelí, Benjamin Netanyahu, se dispuña a intervir. O mandatario respondeu cualificando de "covardes" os representantes que marcharon e dedicou o seu discurso a defender a actuación de Israel en Gaza, Cisxordania e fronte ao Irán.

O primeiro ministro israelí, Benjamin Netanyahu, este 24 de setembro na Asemblea Xeral da ONU en Nova York.

Puido verse este 24 de setembro na sede das Nacións Unidas en Nova York. Mentres a delegación israelí se erguía para aplaudir a Benjamin Netanyahu, representantes de numerosos Estados abandonaban o salón da Asemblea Xeral antes de que o primeiro ministro de Israel comezase a súa intervención. A Presidencia da Cámara tivo que chamar á orde en varias ocasións durante os primeiros momentos do discurso. 

Até 77 delegados de Estados de todo o globo erguéronse dos seus asentos e abandonaron a sala mentres o primeiro ministro israelí comezaba o seu discurso. Concretamente, foron os delegados de Siria, Palestina, Xordania, Líbano, Iraq, Arabia Saudita, Qatar, Kuwait, Omán, Iemen, Exipto, Sudán, Tunisia, Alxeria, Libia, Mauritania, Somalia, Comores, Turquía, Irán, Paquistán, Afganistán, Bangladesh, Indonesia, Malaisia, Brunei, Maldivas, Myanmar, Corea do Norte, Turkmenistán, Uzbekistán, Kirguizistán, Suráfrica, Senegal, Djibuti, Angola, República do Congo, República Democrática do Congo, Liberia, Eritrea, Chad, República Centroafricana, Madagascar, Níxer, Botswana, Uganda, Lesoto, Eswatini, Guinea Ecuatorial, Mozambique, Namibia, Kenya, Suriname, Panamá, Venezuela, Antigua e Barbuda, Belize, Barbados, Colombia, Dominica, Nicaragua, Perú, Santa Lucía, Bahamas, Bolivia, Cuba, Güiana, Brasil, Chile, Macedonia do Norte, San Marino, Eslovenia, Bosnia e Hercegovina, España, Irlanda, Tuvalu e Tonga.

 Netanyahu reaccionou ao abandono da sala desde o propio estrado. Dirixiuse aos diplomáticos que permanecían nela e convidou os "outros covardes morais" a marchar tamén. Posteriormente cualificou de "hipócritas" os representantes que protestaron contra a política israelí e acusou parte dos países europeos de "renderse ao antisemitismo" por adoptar sancións ou recoñecer o Estado palestino. 

O primeiro ministro israelí centrou parte da intervención en rexeitar as acusacións de xenocidio pola ofensiva sobre Gaza, que definiu como "a mentira máis grande do século". Netanyahu sostivo que Israel tomou medidas para evitar vítimas civís e agradeceu ao presidente dos Estados Unidos, Donald Trump, o apoio de Washington a Israel. 

As declaracións prodúcense nunha Asemblea Xeral marcada novamente pola situación nos territorios palestinos ocupados. O secretario xeral da ONU, António Guterres, advertiu esta semana de que Gaza sufriu unha escala de mortes e destrución sen precedentes durante o seu mandato e lembrou que a Corte Internacional de Xustiza ditou medidas provisionais de obrigado cumprimento no procedemento aberto ao abeiro da Convención para a Prevención e a Sanción do Delito de Xenocidio. 

"Non temos elección" 

No seu discurso, Netanyahu reivindicou tamén a presenza israelí nos territorios palestinos ocupados e nos Altos do Golán sirios ocupados por Israel. Ao referirse a Cisxordania utilizou a denominación bíblica de "Xudea e Samaria" e rexeitou que a política do seu Goberno poida ser cualificada de colonialista. "Non temos elección", afirmou. 

O mandatario restou ademais importancia á violencia exercida por colonos israelís contra a poboación palestina en Cisxordania, aos que se referiu como "mozos delincuentes". Pola contra, Guterres advertira dous días antes de que a expansión dos asentamentos, a violencia dos colonos, as demolicións, os desaloxos e as confiscacións de terras están a crear un ambiente cada vez máis coercitivo e a aumentar o risco de limpeza étnica. A ONU lembra que os asentamentos israelís nos territorios palestinos ocupados vulneran o Dereito Internacional. 

Netanyahu dedicou outra parte destacada do discurso ao Irán. Defendeu os ataques contra instalacións nucleares iranianas e asegurou que a decisión de actuar contra elas fora unha das máis sinxelas que adoptara como primeiro ministro. Tamén prognosticou a caída do actual Goberno iraniano e asegurou que algúns dos dirixentes que abandonaran a sala lle agradeceran en privado a actuación de Israel contra Tehran. 

A intervención de Netanyahu chegou horas despois da do presidente da Autoridade Palestina, Mahmud Abbas, que participou mediante unha mensaxe gravada. A Asemblea Xeral autorizara previamente esa fórmula por 152 votos a favor, tres en contra —Estados Unidos, Israel e Paraguai— e catro abstencións. Abbas reclamou á comunidade internacional protección para o pobo palestino e o fin da ocupación e asegurou que os palestinos non abandonarán a súa terra nin aceptarán que outros decidan o seu futuro. 

 

 

[Foto: Marek Ladzinski / ZUMA Press Wire / DPA - fonte: www.nosdiario.gal]

terça-feira, 15 de setembro de 2026

Andòrra pòrta una resolucion per promòure lo multilingüisme a l’ÒNU

Lo tèxt, copairinejat per cent tres païses, preconiza la reconeissença de las lengas non oficialas e tira partit de l’intelligéncia artificiala 


Andòrra a trabalhat amb la Republica Dominicana sus una resolucion novèla de l’Amassada Generala de las Nacions Unidas qu’a per mira de promòure lo multilingüisme dins l’organizacion, çò rapòrta lo Diari d’Andorra. S’agís del tresen còp que lo principat participa coma cofacilitator a una resolucion dins aquel domeni, segon la mission permanenta d’Andòrra al près de las Nacions Unidas. 

Lo tèxt es estat adoptat per consens e a recebut lo copairinatge de 103 païses. A l’objectiu de far progressar lo multilingüisme a l’ÒNU a l’entorn de mantuna prioritat, sustot lo refortiment del ròtle del coordenaire pel multilingüisme, una reconeissença melhora de las lengas non oficialas e l’esplecha de las possibilitats ofèrtas per l’intelligéncia artificiala. 

Segon la representacion diplomatica andorrana, lo document presenta un tèxt mai focalizat e mens redondant, en mantenent la tòca de far progressar lo multilingüisme dins las Nacions Unidas. 

La mission permanenta d’Andòrra a mercejat l’ambaissador de la Republica Dominicana, Wellington Darío Bencosme Castaños, aital coma sa còla, pel trabalh realizat tot de long de la procedura.

 


[Article tirat e revirat de Vilaweb. reproduit dins www.jornalet.com]

« La survie de la nation sioniste » : l’obsession d’Israël pour le sperme des soldats décédés

Le prélèvement post mortem de sperme est devenu une politique d’État : un quart des soldats de sexe masculin tués depuis le 7 octobre ont subi cette intervention. Mais en offrant un exutoire aux familles en deuil, cette pratique ne fait que perpétuer la guerre.

Les funérailles d'un soldat israélien, le 18 novembre 2023

Écrit par Nathalie Rozanes (+972 Magazine) 

Au début de cette année, Nitza Shmueli a publié un message sur Facebook pour formuler une demande inhabituelle concernant son fils décédé. « Moi, la mère de Barel, je recherche une femme qui souhaite concevoir un enfant à partir du sperme de Barel, une femme qui souhaite fonder une famille chaleureuse et aimante », a-t-elle écrit. « Si vous pensez pouvoir être cette femme, n’hésitez pas à me contacter en privé. » 

Barel, un tireur d’élite de 21 ans appartenant à une unité d’infiltration de la police des frontières israélienne, a été abattu par un tireur palestinien le 21 août 2021, lors d’une manifestation près de la barrière de sécurité à l’est de la ville de Gaza. Cette manifestation, qui marquait le 52e anniversaire d’un incendie criminel perpétré contre la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, visait à faire pression sur Israël pour qu’il lève son blocus sur Gaza et avait rassemblé des centaines de participants. 

Sur des vidéos tournées sur place, on peut voir un Palestinien courir vers le mur de béton où Barel et d’autres tireurs d’élite étaient postés, sortir une arme qu’il avait glissée dans sa ceinture et tirer trois coups de feu à bout portant à travers une brèche. Barel a été touché à la tête et est décédé neuf jours plus tard, après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales pour tenter de lui sauver la vie. Quarante Palestiniens ont également été blessés par les forces israéliennes ce jour-là, dont Osama Khaled Ideij, 32 ans, et Omar Hasan Abu Al-Nil, 12 ans, qui ont tous deux fini par succomber à leurs blessures. 

Après le décès de Barel, sa mère a obtenu l’autorisation du tribunal pour prélever et congeler son sperme au Centre médical Soroka de Be’er Sheva. Le prélèvement post-mortem de sperme (PMSR) permet la procréation pour les hommes décédés : une incision au niveau des testicules est pratiquée dans les heures qui suivent le décès, lorsque le sperme est encore viable, afin d’extraire du tissu du défunt. En laboratoire, le tissu est ensuite examiné au microscope afin d’identifier et de congeler les spermatozoïdes encore vivants pouvant être utilisés pour une fécondation in vitro (FIV). 

S’adressant à une commission de la Knesset en 2022, Shmueli a déclaré que 1 400 femmes l’avaient contactée pour manifester leur intérêt à avoir un enfant de Barel. Mais il lui a fallu quatre ans pour obtenir l’autorisation d’utiliser le sperme congelé de Barel afin de concevoir un enfant, après qu’un tribunal des affaires familiales de Tel-Aviv eut approuvé sa demande l’année dernière. 

Ce résultat n’était pas seulement l’aboutissement de sa longue bataille judiciaire, mais reflétait également un paysage médical et juridique transformé par les attaques du 7 octobre et la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza qui s’en est suivie. 

Avant octobre 2023, le prélèvement de sperme sur des soldats israéliens décédés (PMSR) était une pratique rare et controversée sur le plan éthique dans la société israélienne, avec seulement une poignée de demandes par an. Au cours des trois dernières années, cependant, ce prélèvement s’est institutionnalisé et normalisé, devenant un phénomène national de plus en plus répandu. 

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 7 octobre, parmi les différentes mesures d’urgence approuvées par le ministère de la Santé et le ministère de la Justice figurait un règlement temporaire — toujours en vigueur aujourd’hui — autorisant les parents d’Israéliens tués à la guerre à consentir au prélèvement de sperme sans qu’une autorisation judiciaire soit nécessaire. 

Pour être réalisée avec succès, la PMSR doit avoir lieu dans les 72 heures suivant le décès. Ainsi, lorsque l’armée vient annoncer la nouvelle aux familles — ce que les Israélien·nes appellent le redoutable « coup à la porte » —, les officiers suggèrent désormais de manière proactive cette procédure. Les parent·es doivent alors se décider et agir immédiatement. La sociologue israélienne Yael Hashiloni-Dolev, professeure à l’université Ben Gourion, a décrit cette nouvelle logique opérationnelle au magazine +972 comme suit : « Prélever d’abord, poser les questions juridiques ensuite. » 

Désormais financé par l’État et supervisé par le ministère de la Santé, le PMSR est pratiqué dans les quatre principaux hôpitaux israéliens, où le sperme est également congelé et conservé. Selon le Dr Eran Altman, directeur de la banque de sperme du Centre médical Rabin, environ 250 soldats et agents de sécurité israéliens avaient fait l’objet d’une procédure de prélèvement posthume de sperme au début de cette année — soit un quart de l’ensemble des soldats masculins tués depuis le 7 octobre. 

S’adressant à NPR en janvier, le Dr Altman a expliqué à quelle vitesse le système s’était adapté. « L’armée est devenue très efficace pour nous acheminer le corps », a-t-il déclaré. « Lorsque c’est possible, nous le recevons quelques heures après le décès. » 

Parallèlement à l’expansion rapide des PMSR, un nouveau terme a fait son apparition dans le débat public israélien : « hatzalat zera », ou « sauvetage du sperme ». Comme l’explique le professeur Zvi Triger, spécialiste en droit au College of Management de Rishon LeZion, « cette expression reflète un recadrage dans lequel le sperme d’un soldat est considéré comme quelque chose qui doit être “sauvé”, plaçant ainsi cette substance dans une dimension morale similaire à celle de la vie humaine ou des biens nationaux ». 

On ignore encore combien de familles finiront par utiliser le sperme qu’elles ont décidé de congeler pour concevoir des enfants, ce qui nécessite l’autorisation d’un tribunal. Un groupe de parent·es endeuillé·es, dont Nitza Shmueli, milite depuis des années à la Knesset en faveur d’un projet de loi visant à permettre aux parents de soldats tués au combat qui ne sont pas en couple officiel d’utiliser le sperme prélevé pour une FIV, projet de loi qui n’a toujours pas été adopté. 

Mais dans le contexte de la violence obstétricale exercée par Israël à l’encontre des femmes et des nourrissons palestinien·nes dans la région, la PMSR, en tant que politique d’État, revêt une portée idéologique : elle s’inscrit dans un projet d’État visant à assurer la continuité biologique du peuple juif par tous les moyens, même au-delà de la mort, parallèlement à des efforts génocidaires visant à effacer la vie palestinienne. 

La PMSR montre également clairement comment le gouvernement israélien instrumentalise le deuil pour entretenir un conflit permanent. Comme l’a expliqué Hashiloni-Dolev, « en Israël, la PMSR se situe quelque part sur le continuum entre l’indemnisation et la vengeance ». 

« Dans les médias israéliens, cette pratique est généralement présentée sous un jour positif, comme un moyen d’« aider les familles endeuillées » ou de « donner de l’espoir aux familles des soldats tombés au combat » », a-t-elle poursuivi. Mais dans le même temps, « lors des débats à la Knesset sur la réglementation du PMSR après le 7 octobre, l’autorisation de recourir à cette procédure a été présentée comme une “nekama” [“vengeance”] ou une “tkuma” [“résurrection”] ». 

Daphna Hacker, professeure de droit et d’études de genre à l’université de Tel-Aviv, voit un intérêt politique évident dans la promotion de la PMSR. « C’est là un moyen supplémentaire de créer une soupape de pression et de canaliser le deuil vers une histoire privée, plutôt que vers un tollé public contre l’envoi de ses enfants à la guerre. » 

Le pronatalisme en tant que politique d’État

Le phénomène du PMSR remonte à la fin des années 1970, lorsqu’un urologue de Los Angeles a réalisé avec succès la première intervention sur un jeune homme décédé dans un accident de voiture. Les hôpitaux israéliens ont commencé à procéder à des prélèvements au cas par cas dans les années 1990, généralement à la demande des partenaires. En l’absence de législation officielle régissant cette pratique, ces demandes étaient souvent adressées directement aux tribunaux de famille ou aux tribunaux d’instance.

En 2003, la/le procureur·e général·e a enfin publié les premières lignes directrices sur le PMSR, bien qu’elles n’aient pas été inscrites dans la loi. Ces lignes directrices ne concernaient que les partenaires féminines survivantes, leur permettant d’utiliser le sperme de leur partenaire décédé même en l’absence de directive écrite autorisant le PMSR, en se fondant sur sa « volonté présumée » qu’elle conçoive des enfants à partir de son sperme. 

L’une des premières affaires très médiatisées impliquant des parents concernait Keivan Cohen, un soldat israélien tué à Gaza en 2002. Après sa mort, sa mère a mené une longue bataille juridique pour pouvoir utiliser son sperme afin de concevoir un petit-enfant, né 11 ans plus tard. Cette affaire est devenue l’un des premiers litiges reconnus à l’échelle nationale en Israël concernant la procréation posthume et a contribué à jeter les bases juridiques sur lesquelles d’autres familles endeuillées se sont appuyées par la suite. 

Aujourd’hui, Israël adopte l’une des approches les plus permissives au monde en matière de reproduction posthume. Des pays tels que la France, le Maroc, la Suède, l’Allemagne, la Suisse, la Slovénie, le Danemark et la Hongrie ont totalement interdit cette pratique, tandis que d’autres, comme la Belgique et les États-Unis, exigent généralement le consentement écrit ou implicite du défunt avant qu’une partenaire puisse demander à utiliser son sperme, ainsi que l’autorisation d’un tribunal. 

Certains pays qui autorisent cette pratique imposent également un délai d’attente avant que le sperme puisse être utilisé pour une FIV. Comme l’a expliqué Shai Lavi, directeur de l’Institut Van Leer de Jérusalem et codirecteur du Centre Minerva pour l’étude interdisciplinaire de la fin de vie, le raisonnement est qu’une partenaire récemment endeuillée n’est peut-être pas « dans les meilleures dispositions pour prendre une décision aussi lourde de conséquences, après avoir subi une perte importante ». 

Mais ce qui distingue le plus Israël, c’est la manière dont le PMSR s’est directement intégré à la politique d’État. Non seulement le gouvernement finance cette procédure, mais il l’a parfois activement encouragée. 

Un mois après le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères a publié une vidéo d’animation émouvante consacrée à Shaylee Atary, dont le mari a été tué en défendant leur kibboutz lors des attaques ; lorsque son sperme a enfin pu être prélevé, il était trop tard. Un formulaire permettant de demander et d’expliquer cette procédure est toujours disponible sur le site web du gouvernement. 

« C’est un pays très pronataliste : dans la société israélienne, il n’est pas bien vu de ne pas avoir d’enfants », a déclaré Mme Hacker à +972. « La survie de la nation est la motivation dominante. » 

La politique d’urgence adoptée après le 7 octobre est allée encore plus loin, en étendant le droit de demander le prélèvement d’organes aux parent·es des défunts, en plus des conjointes survivants. Les parent·es représentent désormais 77% de l’ensemble des demandes. Aucun autre pays n’accorde un tel rôle aux parent·es, et cette mesure va même à l’encontre d’une jurisprudence israélienne : en 2016, un jugement avait établi que les parent·es n’avaient aucune légitimité juridique dans les décisions relatives au prélèvement de sperme. 

Cette mesure d’urgence a depuis été renouvelée mois après mois, même s’il n’est pas encore certain qu’elle soit finalement inscrite dans la réglementation, compte tenu de l’opposition de certaines autorités rabbiniques. 

« Être grand-parent·e revêt une grande importance dans la culture israélienne, qui est très familiale et tribale et qui valorise la continuité du peuple juif », a expliqué Mme Hacker. « Comme nous vivons en moyenne plus longtemps qu’auparavant, on peut désormais assumer le rôle de grand-parent·e pendant 30 ans. Cette expérience est retirée à ces parent·es lorsque leur fils meurt — cela devient donc un réconfort pour eux de savoir que leur fils décédé peut engendrer un enfant, et elles ou ils ne se demandent pas en public à quoi a servi cette mort ni ne se battent pour mettre fin à ces guerres perpétuelles, cruelles et injustes. » 

Mais malgré le large soutien émotionnel et politique dont bénéficient les familles endeuillées au sein de l’opinion publique israélienne, l’autorisation de prélever et de congeler du sperme n’équivaut pas à l’autorisation de l’utiliser. Les tribunaux israéliens doivent encore approuver son utilisation pour concevoir un enfant, ce qui exige souvent que la partenaire ou les parent·es démontrent que le défunt souhaitait avoir des enfants. Si le prélèvement lui-même est financé par l’État, les familles doivent prendre en charge à titre privé les frais de procédure judiciaire qui s’ensuivent. 

« La culture du deuil en Israël exerce une pression énorme sur les juges : elles et ils ne peuvent pas s’y opposer », a fait remarquer Mme Hacker. « Cela ne devrait pas être laissé à l’appréciation des tribunaux des affaires familiales, au cas par cas. Il faudrait une réglementation claire, comme dans d’autres pays. » 

Les mères de soldats décédés sont souvent en première ligne dans ces batailles juridiques chargées d’émotion visant à obtenir l’autorisation de concevoir un petit-enfant — ainsi que dans les campagnes médiatiques qui les accompagnent. Après la mort de son fils Maor à Khan Younis en décembre 2023, Sharon Eisenkot a demandé l’autorisation d’utiliser son sperme pour concevoir un petit-enfant avec une femme qu’elle choisirait. En juillet dernier, elle est devenue la première mère israélienne d’un soldat tué après le 7 octobre à obtenir cette autorisation, à la suite d’une décision historique rendue par le tribunal des affaires familiales d’Eilat. 

« La mère se met alors à la recherche de la partenaire idéale sur les réseaux sociaux ; cela devient un événement national », a expliqué Lavi. Sharon Eisenkot — sœur de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, actuellement candidat au poste de Premier ministre d’Israël — s’est associée à The Stork, une plateforme israélienne de coparentalité et de mise en relation familiale fondée par l’ancienne députée de la Knesset Michal Biran, afin de trouver une future mère. 

Les messages partagés sur les réseaux sociaux présentaient le futur enfant comme un hommage à Maor et à son sacrifice. « Maor ne sera pas là pour le porter sur ses épaules, l’emmener à la plage, jouer au foot avec lui ou l’écouter raconter sa journée », pouvait-on lire dans l’un d’eux. « Mais cet enfant aura une mère. Ce ne sera pas une famille monoparentale, telle que nous la connaissons. Ici, il y aura un souvenir vivant et vibrant de Maor, raconté par ses ami·es et ses proches, ainsi qu’une famille aimante qui attendra cet enfant avec une immense nostalgie. » 

Le nombre de demandes était si élevé que The Stork a dû affecter trois standardistes uniquement pour répondre et gérer l’afflux de candidates souhaitant devenir la mère de l’enfant de Maor. 

« Nés pour être des soldats »

La fécondité est en baisse partout dans le monde, mais les Israélien·nes juifs/juives, avec une moyenne de 3,1 enfants par femme, affichent le taux de fécondité le plus élevé des pays de l’OCDE. Les familles nombreuses ultra-orthodoxes et sionistes religieuses expliquent en grande partie ce chiffre, mais même les Israélien·nes juifs/juives libérales/libéraux et laïques ont en moyenne environ 2,2 enfants — bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui est de 1,4. 

« Ce qui est propre à Israël, c’est l’idée que la fécondité ne relève pas seulement du couple, mais aussi de la société et, à une échelle encore plus grande, de la nation », a fait remarquer Hashiloni-Dolev. « En Israël, ce n’est pas la vie individuelle qui est sacrée, mais la pérennité de la collectivité. » 

Cette importance accordée à la continuité collective est depuis longtemps alimentée par des inquiétudes démographiques liées à la préservation d’une majorité juive face à des taux de natalité palestiniens tout aussi élevés — ce que Hashiloni-Dolev appelle la « guerre des utérus ». Depuis des décennies, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeant·es israélien·nes présentent la fécondité palestinienne comme une menace stratégique pour le caractère juif de l’État, invoquant souvent dans ce contexte les millions de mort·es juifs/juives de l’Holocauste. 

À l’inverse, les taux de natalité élevés chez les Juifs/juives sont célébrés comme une victoire politique pour Israël. Lors de la cérémonie officielle de la fête de l’Indépendance d’Israël en avril dernier, le président de la Knesset, Amir Ohana, a énuméré une liste de « ce à quoi ressemble la victoire en Israël ». Parmi ses exemples : « 177 000 bébés né·es au cours de l’année écoulée ». 

Dans le même temps, l’investissement d’Israël dans la procréation juive contraste de manière frappante avec les conditions qu’il impose aux femmes palestiniennes en matière de santé et de vie reproductive. Cette guerre contre la fécondité palestinienne est particulièrement évidente à Gaza, où Israël a bombardé des maternités et des cliniques de fertilité, et où les fausses couches ont plus que triplé au cours du premier semestre 2026. Le siège continu des approvisionnements alimentaires et de l’aide humanitaire, ajouté à l’indisponibilité des soins prénataux de base et aux mauvaises conditions sanitaires, a également contribué à la baisse du taux de natalité dans l’enclave — en recul de 3,2% depuis le début de l’année. 

Mais en Cisjordanie aussi, les restrictions israéliennes à la liberté de circulation, les déplacements forcés, l’accès restreint aux cliniques de fertilité et les centaines d’attaques contre des établissements de santé depuis octobre 2023 ont perturbé les soins de santé reproductive. Il y a quelques semaines à peine, une Palestinienne enceinte a accouché d’un enfant mort-né et a failli mourir elle-même d’une hémorragie consécutive après que des soldats israéliens ont arrêté l’ambulance qui la transportait vers un hôpital de Naplouse. Au poste de contrôle, les soldats ont ordonné au conducteur de couper le moteur, privant ainsi d’alimentation électrique les équipements médicaux de l’ambulance. 

L’un des piliers qui soutient le taux de natalité des Israélien·nes juifs/juives est un système remarquablement généreux de prise en charge des traitements de fertilité. Israël réalise plus de procédures de FIV par habitant·e que tout autre pays et tire également sa fierté du « tourisme de la fertilit  », ce qui témoigne de l’infrastructure économique qui s’est développée autour de la procréation médicalement assistée. 

« La maternité de substitution est légale, la congélation des ovocytes est partiellement subventionnée, et le système de santé finance la FIV pour deux enfants par femme jusqu’à l’âge de 45 ans, quel que soit son état civil », a fait remarquer Mme Hacker. « Ce n’est le cas dans aucun autre pays au monde. » 

Dans le même temps, cependant, le système de santé publique souffre d’un sous-financement chronique et est négligé par le gouvernement, sans parler des autres restrictions pesant sur les soins gynécologiques. Comme l’a expliqué Mme Hacker, « les femmes subissent une forte pression pour avoir des enfants. L’avortement n’est pas gratuit : les femmes doivent passer par un comité religieux pour obtenir une autorisation. » 

L’ironie du pronatalisme extrême d’Israël réside bien sûr dans le fait que l’État ne se soucie guère du bien-être ultime des enfants juifs:juives, qui sont enrôlé·es et envoyé·es risquer leur vie dès quelles et ’ils atteignent l’âge adulte. « Les Israélien·nes considèrent les enfants comme faisant partie d’un collectif et comme étant né·es pour devenir des soldat·es », a expliqué Hashiloni-Dolev. 

Dans cette formulation, le PMSR est une forme de compensation, une réponse au risque inhérent à la citoyenneté militarisée. Comme l’a formulé Hashiloni-Dolev : « Nous ne pouvons pas vous promettre [que vous resterez] en vie, mais nous pouvons vous promettre la continuité. » 

Les défunts y consentent-ils ?

Dans la quasi-totalité des cas de PMSR en Israël, le prélèvement de sperme repose sur l’hypothèse que les défunts souhaitent perpétuer leur lignée génétique au-delà de la mort, mais sans leur consentement effectif. Comme l’explique Lavi, « la présomption juridique est désormais inversée : si le défunt n’a pas explicitement dit non, les tribunaux présument de plus en plus souvent qu’il a donné son consentement ». 

Pourtant, les recherches menées par Hashiloni-Dolev et Triger ont remis en cause le fondement empirique de la doctrine de la « volonté présumée ». Dans leurs études menées auprès de soldats israéliens, ils ont constaté que la plupart souhaitaient devenir pères, mais pas en leur absence. Une grande majorité de jeunes hommes étaient également consternés à l’idée que leurs parent·es interviennent dans leur reproduction après leur mort, ce que certains qualifiaient de quelque peu incestueux. 

D’autres études ont également révélé que 63% des soldats israéliens de sexe masculin s’opposent à ce que leurs spermatozoïdes soient utilisés à des fins de procréation après leur décès, tandis que la moitié d’entre eux s’opposent même à ce qu’ils soient utilisés par leur partenaire. 

Certain·es défenseur·e·s du PMSR ont insisté pour que la question du consentement soit résolue par la création d’une banque de sperme militaire ou en demandant aux soldats de signer des formulaires leur permettant de refuser le PMSR en cas de décès. Mais l’armée s’est opposée à ces propositions ; selon Triger, les responsables militaires estimaient que demander à des soldats de 18 ans de « penser à la mort » nuirait au moral des troupes. 

Hashiloni-Dolev se demande si un formulaire pourrait constituer un consentement valable en premier lieu. « C’est la même logique que d’envoyer des jeunes de 18 ans à la guerre », a-t-elle fait valoir. « Que savent-ils du fait de vouloir recourir au PMSR ? Les questions qui leur sont posées n’ont aucun sens ; le consentement est ici une notion abstraite. Ceux qui disent oui veulent simplement éviter que leurs parent·es soient tristes. » 

Depuis l’adoption de la mesure d’urgence après le 7 octobre, des débats animés ont eu lieu à la Knesset au sujet d’une législation visant à réglementer officiellement les PMSR. Parmi les propositions à l’étude figure un système permettant aux soldats d’enregistrer leurs volontés à l’avance, ce qui pourrait également autoriser l’utilisation de sperme à des fins de FIV sans qu’il soit nécessaire d’obtenir l’autorisation d’un tribunal. 

Les témoignages des parent·es endeuillé·es ont particulièrement mis en évidence l’intensité des passions autour de cette question. Évoquant son fils lors d’une série d’auditions, Nitza Shmueli a déclaré aux législateurs/législatrices : « Si je pouvais voler du sperme et aller en prison pour cela, j’accepterais sans hésiter une peine à perpétuité. » 

Une autre mère a déclaré : « Vous savez tous que c’est grâce à notre perte et au sang de nos enfants que vous pouvez vivre dans ce pays ». Un père s’en est pris aux législateurs/législatrices qui s’opposaient au projet de loi, en criant : « Allez à Gaza avec un mégaphone et dites aux soldats que s’ils meurent, ils n’auront pas de descendance. » 

« Ce projet de loi n’a pas été adopté à la Knesset parce que les partis religieux l’ont bloqué », a fait remarquer Hashiloni-Dolev. « Dans le judaïsme, il existe des lois contre la nécrophilie ; avec le PMSR, on tire une sorte de satisfaction d’un cadavre et cela concerne les organes sexuels. Bien sûr, ils n’ont pas non plus d’enfants qui meurent en tant que soldats. » 

Pour Lavi, cette impasse reflète une divergence plus profonde parmi les Juifs/Juives israélien·nes quant au caractère définitif de la mort. « Dans le sionisme libéral et religieux, surmonter la mort et le deuil devient une mission, tandis que dans la tradition haredi, on observe une acceptation tragique de la volonté de Dieu », a-t-il fait valoir. 

Pour Lavi, tout ce débat recèle une ironie encore plus profonde. « La normalisation du PMSR déconstruit le discours officiel ici, qui a toujours été que les Juifs/Juives glorifient la vie et que les Palestinien·nes glorifient la mort et le martyre. Il s’agit là d’une sanctification extrême des morts — c’est un mariage avec les morts. » 

Mme Hacker partage cette préoccupation. « Nous sommes en train de devenir une société morbide qui célèbre la mort de diverses manières, au lieu de célébrer la vie », a-t-elle déploré. « Je m’inquiète pour les jeunes veuves et les compagnes de soldats tués qui subissent des pressions de la part des familles des défunts pour qu’elles recourent à la FIV avec le sperme prélevé, au lieu de commencer une nouvelle vie tant qu’elles le peuvent encore. » 

Quand les enfants deviennent des symboles nationaux 

En juin dernier, la Dr Hadas Levy est devenue la première Israélienne, depuis le 7 octobre, à donner naissance à un enfant conçu par PMSR. « Jusqu’à la naissance du bébé, je pleurais encore Netanel », a-t-elle déclaré au Times of Israel, en référence à son fiancé tué à Gaza en décembre 2023. « Et maintenant, je peux me réveiller le matin et ressentir de la joie. » 

Alors que de plus en plus de familles demandent l’autorisation d’utiliser le sperme de soldats tués depuis le 7 octobre, de plus en plus d’enfants israélien·nes sont susceptibles d’être conçu·es de cette manière. Mais qu’adviendra-t-il de ces demi-orphelin·es, conçu·es dans le cadre d’un projet reproductif national et né·es en tant que symboles de la « continuité juive » ?

« Certains groupes [lors des débats à la Knesset] craignaient que les enfants ne soient objectivés et ne deviennent un mémorial », a expliqué M. Triger. Il a évoqué la littérature psychanalytique datant des années 1960 sur la notion controversée d’« enfant de remplacement » — un enfant conçu après la perte d’un autre enfant, qui peut avoir du mal à se forger une identité distincte de celle du frère ou de la sœur qu’il est censé remplacer. 

« L’idée qu’un enfant puisse servir de mémorial n’est donc pas nouvelle », a déclaré Triger. « Mais dans ces cas-là, il s’agissait d’une démarche privée ; dans le cas du PMSR, il faut recourir à la technologie et obtenir une autorisation judiciaire, [et] cette démarche est soutenue par le système. » 

Si le bien-être des enfants conçus par PMSR fait l’objet de peu de débats publics en Israël, le rôle de la mère dans ce projet de deuil national est lui aussi souvent négligé, considéré comme secondaire par rapport à la continuité de la lignée du soldat tué. Le prélèvement de sperme centre la lignée masculine, tandis que les femmes — veuves, compagnes, mères porteuses ou femmes qui n’ont jamais connu le soldat — assument le fardeau pratique, physique et émotionnel de la perpétuer. 

Comme l’a fait valoir Mme Hacker, la conception de la paternité défendue par le PMSR est profondément patriarcale. « La paternité est un rôle volontaire dont le but est de perpétuer sa lignée génétique. La maternité est une obligation. Cela réduit à néant tout ce pour quoi les féministes se sont battues pendant des décennies et cela nuit aux mères, aux enfants, mais aussi aux pères ». 

« Je ne pense pas que les personnes devraient avoir le droit de donner la vie sans être présents et sans être en mesure de s’occuper de leurs futurs enfants », a-t-elle ajouté. 

Pour l’instant, la société israélienne avance plus vite vers la normalisation du PMSR que ne le permettent les cadres juridiques et éthiques. Et tant que le consensus général sur la guerre éternelle restera intact, il est peu probable qu’une véritable réflexion morale s’engage sur la manière dont le prélèvement posthume de sperme contribue à maintenir un tel statu quo militariste. 

« La société israélienne et l’État ont négligé de se pencher sur la tragédie de la guerre, sur la manière de gérer le deuil, sur la manière d’éviter la mort. C’est tragique que nous en soyons arrivés là », a déclaré Triger. « Je ne juge pas les familles : je ne me suis jamais trouvé dans cette situation et j’espère ne jamais y être confronté » — un sentiment que toustes les expert·es interrogé·es par +972 ont également souligné. « Ma critique s’adresse à l’État. Je pense que créer l’illusion que la mort n’est pas la fin est un mécanisme qui justifie la guerre perpétuelle. » 


Nathalie Rozanes est une comédienne, autrice et créatrice de spectacles originaire de Bruxelles, qui vit actuellement à Jaffa-Tel-Aviv.


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[photo : DW (YT) - reproduit sur https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com]