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segunda-feira, 19 de outubro de 2026

La banalité du mal : réflexions sur le documentaire « NAZA »

 

Écrit par Yakov M. Rabkin 

La description qu’Hannah Arendt fait d’Eichmann comme incarnant « la banalité du mal », sous-titre de son ouvrage Eichmann à Jérusalem, a choqué de nombreuses personnes. Elle a par la suite été critiquée à la suite de la découverte des propos antisémites de son protagoniste, inconnus lors de son procès. Le nouveau film NAZA, qui documente les rouages internes du génocide de Gaza, remet le concept de la banalité du mal sur le devant de la scène. Sauf que cette fois-ci, nous disposons des témoignages d’une vingtaine d’auteurs de ces crimes qui, contrairement à Eichmann, ne comparaissent pas devant un tribunal mais partagent leur expérience pour la plupart de manière décontractée et détendue, certains avec fierté de leurs accomplissements, d’autres avec des remords. Ils donnent l’impression d’être des hommes et des femmes de la classe moyenne tout à fait normaux, accomplissant consciencieusement leur travail exigeant dans le domaine des hautes technologies. Ces Israéliens incarnent quelque chose de différent des nazis qui tentaient de cacher leurs crimes à leur propre peuple, craignant que celui-ci ne les soutienne pas. Ce nouveau film traite de la normalité du mal dans une société qui a largement accepté le génocide se déroulant à moins de quarante miles au sud de Tel-Aviv.

Les vingt-quatre auteurs de ces crimes interviewés dans le film appartiennent à des unités d’élite des services de renseignement qui exploitent la puissance de l’IA et de la surveillance totale pour détruire Gaza. « Nous ne sommes pas des “antisémites” », remarque l’un des interviewés. Pourtant, il estime avoir tué plus de femmes et d’enfants que le plus acharné des antisémites. Aussi odieux que soient les pogroms en cours en Cisjordanie contre les Palestiniens, perpétrés par des milices de colons sionistes sous le regard complaisant et avec l’aide occasionnelle de l’armée israélienne (IDF), l’ampleur du massacre de civils à Gaza est incomparablement plus grande.

Les auteurs de ces crimes sont issus des classes privilégiées de la Tel-Aviv huppée et fastueuse, qui sert de toile de fond visuelle à l’ensemble du film. Parmi les leitmotivs de ces témoignages figurent la disposition à obéir aux ordres et le plaisir de surmonter des défis techniques complexes (la « technodélice », selon la définition qu’en donnait feu Jean-Jacques Salomon). « C’était marrant (kef) », a admis l’un des auteurs.

NAZA est un acronyme hébreu signifiant « dommages collatéraux ». L’association avec le terme « nazi » n’est pas fortuite ; l’un des auteurs compare son expérience à celle des nazis qui se livraient, au début des années 1940, à un massacre industrialisé, bien que moins sophistiqué. Lorsqu’il a été emmené, comme beaucoup de jeunes Israéliens (et de Juifs d’ailleurs), visiter les camps d’extermination nazis, il s’est demandé comment ces nazis pouvaient reprendre une vie normale après avoir tué des milliers de personnes par jour. Aujourd’hui, admet-il, il le sait. Il retrouvait ses amis après une journée passée à tuer principalement des femmes et des enfants et profitait de sa soirée.

Au départ, ni les nazis ni les sionistes n’avaient l’intention de commettre un génocide. Dans leurs fantasmes nationalistes exclusivistes, les nationaux-socialistes allemands voulaient expulser les indésirables, pour redonner sa grandeur à une Allemagne « purifiée » et agrandie et, dans le cas des sionistes socialistes au pouvoir en 1948 et 1967, lorsque des expulsions massives ont eu lieu, pour transformer la Palestine en un « État juif ». Les uns comme les autres étaient animés par la soif de terres : les nazis voulaient des terres fertiles en Europe de l’Est « purifiées » de la plupart des Slaves et de tous les Juifs — tandis que critiques et personnalités politiques ont décrit la stratégie territoriale d’Israël comme la recherche d’« un maximum de territoire avec un minimum d’Arabes ».

Dès le début du XXe siècle, les pionniers sionistes ont mis fortement l’accent sur la formation d’un « nouvel homme hébreu », intrépide et vaillant, qui avait rompu avec le statut de victime du passé. Dans son éloge funèbre de Theodor Herzl en 1904, Vladimir Jabotinsky, qui a fondé et façonné le courant désormais dominant du sionisme, a défini ainsi cette nouvelle créature :

Notre point de départ consiste à prendre le Juif typique d’aujourd’hui et à imaginer son contraire diamétral… parce que le Juif est laid, maladif et dépourvu de décorum, nous doterons l’image idéale de l’Hébreu d’une beauté masculine. Le « Yid » est piétiné et facilement effrayé ; par conséquent, l’Hébreu doit être fier et indépendant.

Ce n’est que plus tard, confrontés à la résistance suscitée par le mouvement des colons, que les Israéliens ont endossé le rôle de victimes innocentes, contraintes de se défendre. Les visites des camps d’extermination nazis constituent des éléments essentiels des outils didactiques utilisés pour forger des combattants impitoyables. Pas étonnant que la plupart d’entre eux aient qualifié l’attaque contre le sud d’Israël en octobre 2023 de « plus grand massacre de Juifs depuis l’Holocauste ». La différence entre les civils juifs impuissants pris pour cible par les nazis et le puissant État juif qui avait expulsé et confiné les Palestiniens dans un camp de concentration à ciel ouvert à Gaza avait complètement disparu. Pour évoquer la violence qu’ils déchaînent, les Israéliens utilisent souvent l’expression «ein brera» («il n’y a pas le choix»), qui préserve l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et justifie leurs excès. C’est ainsi que le génocide s’est propagé de l’Europe à l’Asie occidentale.

Les protagonistes du film expliquent comment ils utilisent une technologie sophistiquée pour surveiller toutes les communications téléphoniques des Palestiniens. L’une des phrases que l’IA extrait de millions de conversations est : « Quand papa rentre-t-il à la maison ? » C’est ainsi que la décision est prise de détruire le domicile du suspect, ainsi que sa femme et ses enfants. Derrière leurs écrans d’ordinateur, ceux qui désignent ces cibles peuvent entendre plus tard les cris de ces enfants blessés qui, quelques minutes auparavant, attendaient leur père.

Israël, dont de nombreux responsables politiques prônent et mettent ouvertement en œuvre des politiques fascistes, est à juste titre fier d’être un leader mondial de l’innovation technologique, une « nation des start-ups ». Son avance qualitative sur ses voisins, garantie par la législation américaine, repose sur une coopération étroite avec le complexe militaro-industriel-numérique américain. Une législation à venir intégrera officiellement l’armée israélienne au sein de ce complexe. Contrairement à l’Ukraine, qui sert principalement de terrain d’essai pour Palantir et d’autres facilitateurs occidentaux de la guerre de haute technologie, les scientifiques et ingénieurs israéliens contribuent activement au développement de nouveaux systèmes tels que « Lavender », largement utilisés contre les Palestiniens. Tout cela s’inscrit dans le cadre plus large de l’écosystème du soutien financier, matériel et stratégique américain. Non seulement Washington, Berlin et Londres, mais même Belgrade maintiennent cette ligne de vie – ou plutôt cette ligne de mort – d’armement, de matériel et de services cloud à destination d’Israël. Ceux-ci lui permettent non seulement d’opprimer et de tuer des Palestiniens, mais aussi d’attaquer d’autres pays, en faisant, comme l’a candidement admis le chancelier allemand Merz, « le sale boulot pour nous tous ». Il ne fait guère de doute que Merz et ses homologues occidentaux étaient depuis longtemps au courant des méthodes que ce nouveau film dévoile au grand public.

De plus, l’expertise israélienne en matière de surveillance et de contrôle des populations est très demandée à travers le monde. Cela laisse présager des dangers pour la vie privée et la démocratie ailleurs. Les outils de surveillance totale pourraient tenter des dirigeants inquiets face à d’éventuels troubles sociaux, voire à des révolutions contre la polarisation économique croissante – et sans précédent. Des germes de fascisme ont été observés dans une bonne partie de l’Occident politique. Les opérations de l’ICE visant les immigrés sans papiers aux États-Unis ne sont peut-être qu’un début. Le besoin des classes dirigeantes de protéger leurs privilèges alimente la connivence avec Israël et contribue ainsi à l’impunité de ce pays.

De même, l’infiltration du Hezbollah à l’aide de téléavertisseurs piégés, qui a conduit au meurtre et à la mutilation de milliers de personnes au Liban et en Syrie en 2024, montre à quel point n’importe qui peut devenir vulnérable en utilisant des gadgets civils d’apparence inoffensive. (NAZA ne mentionne pas cet épisode macabre, qui fait l’objet d’un autre documentaire récent.) Les responsables israéliens se sont vantés que, pour eux, la scène, c’est le monde entier, et qu’ils en sont les principaux acteurs. D’un ton à la fois sinistre et fier, le Premier ministre Netanyahou a déclaré que chaque habitant de la planète porte un morceau d’Israël dans sa poche.

Le génocide nazi des Juifs, des Slaves et de nombreux autres peuples a choqué les Européens principalement parce que les victimes étaient leurs compatriotes européens. Leurs génocides en Afrique et dans les Amériques n’avaient suscité aucune répulsion comparable. Une autre cause importante de ce choc réside dans l’organisation rationnelle du génocide nazi. Les Israéliens à Gaza ont utilisé des technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle, pour porter le niveau d’organisation à des sommets sans précédent. Les spécialistes et les tireurs d’élite de l’armée israélienne (IDF) admettent s’être sentis comme des dieux capables de tuer des gens pratiquement à volonté. Les médias israéliens ont rapporté des cas de dépression chez des soldats de retour à la vie civile. Pour certains, la cause en était la perte du sentiment de toute-puissance. Ils avaient l’impression de ne plus être des dieux, mais de simples anonymes perdus dans la foule. D’autres vétérans de l’armée israélienne souffrent de dépression face à l’opprobre mondial, qu’ils ne parviennent pas à comprendre – convaincus d’être des victimes innocentes – et qu’ils attribuent à l’antisémitisme.

L’un des Israéliens interviewés dans le film était affecté à la branche politique, chargée d’utiliser les médias électroniques pour salir, discréditer et affaiblir les détracteurs d’Israël. (Après la sortie de *NAZA* en salles, les Israéliens ont rapidement produit un faux film au titre trompeur, *Naza : The Real Story. Full Film*, dans le but de détourner les spectateurs de l’original qui, contrairement au faux, n’est pour l’instant pas disponible en ligne.) Cette opération contribue à des mesures répressives visant même le soutien politique – sans parler du soutien matériel – aux Palestiniens dans plusieurs pays européens et aux États-Unis. La critique d’Israël est criminalisée sous le prétexte de l’antisémitisme. Des agents israéliens dans ces pays fournissent des données sur les cibles – très probablement collectées par les services de renseignement israéliens – à la police, aux employeurs et aux universités, qui s’empressent d’intimider, d’arrêter, d’expulser, de licencier et de renvoyer les détracteurs. Alors qu’Israël porte atteinte aux libertés fondamentales d’expression et de réunion dans la plupart des pays occidentaux, il est néanmoins en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

Face au mécontentement croissant de l’opinion publique en Europe et aux États-Unis, Netanyahou promet de transformer Israël en une « super-Sparte » — une société fortement militarisée et autosuffisante, capable de se débrouiller seule face à un isolement international grandissant. Les responsables politiques et les experts militaires israéliens ont depuis longtemps conclu que la définition officielle d’Israël en tant qu’« État juif et démocratique » est déchirée par la tension entre ces deux composantes. Les valeurs démocratiques libérales — prétendument chères aux démocraties occidentales — doivent céder le pas à la suprématie juive. Par conséquent, la paix n’est rien de plus qu’une option politique temporaire pour Israël. Pour paraphraser von Clausewitz, la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens.

Les États sont inanimés, mais ils sont dirigés par des individus. Bien que le spectre psychologique et politique parmi les Israéliens soit vaste, le film NAZA illustre le succès saisissant de la création du « nouvel homme hébreu », libéré des contraintes morales de la tradition juive et de l’humanité tout court.

L’une des célèbres œuvres de Francisco Goya s’intitule « El sueño de la razón produce monstruos ». On l’interprète généralement comme signifiant « quand la raison s’endort, les monstres apparaissent ». Mais le mot espagnol « sueño » signifie également « rêve » ou « fantaisie ». L’État sioniste incarne la phrase « Wenn ihr wollt, ist es kein Märchen » (« Quand vous le voulez, ce n’est pas un conte de fées »), écrite par Herzl, le fondateur du sionisme politique, il y a plus d’un siècle. (Cela présente une ressemblance frappante avec le titre du chef-d’œuvre cinématographique nazi Triumph des Willens, ou Le Triomphe de la volonté.) Ce projet, qui semblait relever de la fantaisie et du conte de fées, s’est concrétisé grâce à une utilisation rationnelle des ressources politiques, financières et humaines. Les actions d’Israël montrent que la rationalité instrumentale — trait caractéristique de la modernité — peut aussi engendrer des monstres. De plus, ces monstres sont convaincus d’être normaux, tout comme la plupart des Israéliens qui les entourent. Cela fait d’Israël un grave danger pour la région, pour le monde et, bien sûr, pour lui-même. 

 

Yakov M. Rabkin est professeur émérite d’histoire à l’Université de Montréal. Il a publié plus de 300 articles et plusieurs ouvrages, notamment : Israël en Palestine, Le sionisme décrypté en 101 citations, La science entre les superpuissances, Une menace de l’intérieur : un siècle d’opposition juive au sionisme, Qu’est-ce que l’Israël moderne ?, Démodernisation : un avenir dans le passé et Judaïsme, islam et modernité. Il a exercé des missions de conseil, notamment pour l’OCDE, l’OTAN, l’UNESCO et la Banque mondiale. E-mail : yakov.rabkin@umontreal.ca. Site web : www.yakovrabkin.ca

 

[Source : Informed Comment - reproduit sur groupegaullistesceaux.fr]

domingo, 18 de outubro de 2026

« Le professionnalisme du massacre » : le documentaire « Naza » vu et commenté par un journaliste gazaoui

Mahmoud Mushtaha vivait et travaillait à Gaza. C’est au Royaume-Uni, où il réside aujourd’hui, que le journaliste a découvert “Naza”, le documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor sur les méthodes employées par Tsahal dans la bande de Gaza. Sur le site “+972 Magazine”, il raconte comment il a vécu cette projection. 


Par Mahmoud Mushtaha

Tiré de Courrier international. Article publié à l’origine par +972 magazine (en anglais). Des images dudocumentaire "Naza". En haut, de face, le journaliste israélien Yuval Abraham interroge des soldats impliqués dans les frappes sur Gaza. Ceux-ci sont filmés de nuit, et leurs visages et voix a été transformés pour protéger leur anonymat. En bas, l’un de ces soldats a dessiné un groupe d’immeubles de Gaza dont il a organisé le bombardement. The Guardian/MK2 Films.

– Le documentaire Naza est diffusé à Montréal au Cinéma du Parc (2396, rue Beaubien Est) ainsi qu’au Cinéma du Musée (1379-A rue Sherbrooke Ouest) jusqu’au 15 octobre.

La lumière s’éteint, et untemps j’oublie que je suis devant un écran. Un toit de Tel-Aviv envahit la surface projetée, c’est la nuit, tout est noir et gris. La caméra descend le long de l’immeuble d’en face. À travers les fenêtres, des gens sont eux aussi devant des écrans – à deux, serrés l’un contre l’autre, plateau télé devant le JT. Ils semblent tout entiers absorbés dans leur monde. Et qu’y a-t-il de mal à ça ?

À les regarder, je n’arrive plus à m’ôter ça de la tête : voilà, c’est ça, être en sécurité. Une soirée continue, sans interruption, sans un engin militaire au-dessus de vos têtes, sans le bourdonnement incessant des drones.

Et pendant ce temps, sur le toit de l’immeuble, deshommes et des femmes discutent tranquillement du nombre de morts qu’ils font chez nous [dans la bande de Gaza]. Ce sont des militaires [israéliens], des agents du renseignement pour la plupart, qui ont participé à la destruction de Gaza par Israël [depuis le 7 octobre 2023] ; leurs témoignages sont au cœur de Naza. Le documentaire doit son titre à un terme du jargon militaire israélien, un acronyme qui en hébreu signifie “dommages collatéraux” – en l’occurrence le nombre attendu de morts à la suite d’une frappe.

“Le moment qui précède la violence”

Naza ne montre pas ces violences [sauf dans une courte scène finale]. La poussière, les cris, les appels angoissés pour savoir qui s’en est tiré, les mères qui cherchent leurs enfants dans les décombres, les noms des disparus partagés frénétiquement sur des groupes WhatsApp jusqu’à la confirmation, dévastatrice, de la nouvelle. À Gaza, j’ai vécu tout cela.

Et en regardant ce film, j’ai compris qu’alors que nous ignorions encore l’horreur à venir, des gens avaient observé, fait des calculs, et pris des décisions qui devaient bouleverser l’avenir de familles entières.

Le film a déclenché un vertige en moi, sur un aspect du crime que je n’ignorais pas, mais que je ne mesurais pas complètement non plus. Le moment qui précède la violence, quand un être qui vit encore sa vie est déjà désigné comme une perte acceptable. Quand quelqu’un qui dîne, qui dort, qui parle à son épouse, à son enfant, devient un chiffre sur un écran.

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas l’ampleur de ce massacre, ni même sa froideur. C’est son professionnalisme. Il faut voir l’air compétent qu’ont ces militaires lorsqu’ils racontent comment ils détruisent la vie des autres, et cette tranquillité qui est celle du travailleur à l’aise dans une tâche maintes fois réalisée.

L’un d’eux le dit, il sait précisément ce que faisaient certains au moment où il les a tués. Il raconte avoir entendu un homme parler à sa femme, au lit. Les pleurs d’un bébé. Le son d’une télé. Il a entendu, écouté tout ça, puis donné le feu vert au largage de la bombe.

Pour ces soldats israéliens, tuer des Palestiniens est une simple tâche, on prend des pauses, et on s’y remet. C’est un travail “systématique” dit un militaire, c’est-à-dire, dans sa bouche, cadré, professionnel.

“Cette information me pétrifie”

Devant le film, ma mémoire, elle, n’arrête pas de faire revenir les personnes victimes de ces systèmes. Des noms me reviennent, sans cesse, comme pour remplir le vide des chiffres. Quand un soldat raconte comment les troupes israéliennes ont massacré des Palestiniens sur des sites de distribution d’aide alimentaire, je pense à mon cousin Raed Majed Mushtaha, 35 ans, tué début 2024 lors du “massacre de la farine” [qui a fait au moins 118 morts et 760 blessés, le 29 février 2024], alors qu’il était parti chercher de quoi nourrir sa famille.

L’armée israélienne peut autoriser la mort de 20 civils dans la traque d’une seule cible de second rang, voire 500 s’il s’agit d’une cible de premier rang, nous dit-on. Ces cibles ont dans leur majorité été “désignées” par un logiciel assisté par IA qui, de l’aveu même des soldats, est connu pour enregistrer 15 % d’erreurs – mais cela ne les empêche pas d’éliminer ces cibles, et leurs familles.

Cette information me pétrifie. Je pense à mon oncle Hisham Zafer Mushtaha, à sa femme Hanan, à leurs fils Basel et Mohammed, et à leurs quatre petits-enfants Raged, Hisham, Lana et Abdrahman, âgés de 3 à 12 ans. Je me dis qu’ils ont été assassinés parce qu’une IA algorithmique a estimé qu’une cible se trouvait parmi eux. Pour moi, il s’agit d’êtres que je connaissais, que j’aimais, dont j’attendais les nouvelles, dont l’absence ne me quittera plus.

Voilà contre quoi je me cabre, tout au long du film : la facilité avec laquelle quelqu’un peut disparaître dans le jargon opérationnel, pour être réduit à des chiffres. Dès lors que vous avez vu l’humanité d’un être, impossible de le voir autrement.

“Mettre des noms sur les victimes et les soldats”

Je me demandais depuis si longtemps comment ces gens que j’avais connus étaient morts. Devant le film, une autre question, à l’opposé, m’obsède : comment se fait-il que j’aie survécu, moi ? Je comprends, pour la première fois sans doute, qu’en réalité je ne pouvais rien faire, qu’il n’y avait aucune précaution à prendre, rien qui puisse garantir ma survie. Si je suis encore en vie, c’est pur hasard, je n’y suis pour rien. Cette pensée me ravage.

Ce que je cherche devant ce documentaire, ce n’est pas la catharsis. J’ai ma dose. De la même façon que je veux mettre des noms sur ces personnes dont les soldats ont planifié la mort, je veux mettre des noms sur les soldats aussi – ceux qui trouvent “marrant” de détruire Gaza [le terme utilisé par l’un d’entre eux], ceux pour qui les Palestiniens à Gaza sont des chiffres. C’est le seul moyen pour que le “systématisme” de la machine à tuer d’Israël cesse d’être un bouclier, cesse de permettre aux responsables de se penser comme de simples rouages.

En sortant de la projection, j’ai compris ce qui avait été si douloureux. Tout ce temps à raconter au monde entier ce que c’était de vivre sous ce ciel, dans le vacarme de la nuit, tout ce temps à rappeler que derrière les chiffres, il y avait un père, une mère, un grand-parent, un proche, un ami. Pour moi, le film ne m’a pas donné une voix – j’en ai toujours eu une. Ce qu’il m’a donné, c’est l’expérience étrange, pénible, d’entendre l’écho de ce que nous disons depuis des années, et de découvrir à quel point une même vérité peut résonner différemment selon la voix qui l’émet.

Quand le film a pris fin, j’ai appelé ma famille à Gaza, comme tous les soirs. En leur parlant, je suis obsédé par les dispositifs de traque et les systèmes de surveillance [décrits dans Naza] qui peuvent suivre leurs déplacements, et faire d’eux des cibles. Mes proches sont peut-être rassemblés autour d’un thé, en train de se disputer pour une vétille, ou rire d’une plaisanterie d’un de mes frères – instants ordinaires qui leur appartiennent, encore – tandis que quelque part, loin, ces instants sont déjà des données sur un écran.

En leur parlant ce soir, pendant un laps de temps j’ai tout oublié de ce que je venais de voir dans le film. Je n’ai pensé ni coordonnées, ni surveillance, ni IA. J’ai entendu ma famille. Telle voix familière. Tel souffle. Untel me demandant de mes nouvelles. Et j’ai mesuré tout ce que ces “systèmes” ne sauront jamais : sur l’écran, chaque individu recèle un monde.



traduit par Julie Marcot

[reproduit sur www.pressegauche.org]

sábado, 17 de outubro de 2026

Naza, um relato sobre a banalidade do mal e a urgência da dessionização do território palestino

 

NAZA (filme de Yuval Abraham e Rachel Szor)

Escrito por Rafael Domingos Oliveira

[…] os crimes que Israel comete contra os civis árabes, dos quais o massacre de Kafar-Qassim é um exemplo chocante, não decorrem de uma “má” aplicação da “excelente” herança sionista, mas sim de uma excelente aplicação da terrível herança sionista.

Mahmud Darwich, 1973, sobre o massacre de Kafar-Qassim em 1956

Em Tel Aviv, alguém prepara uma refeição. Uma televisão permanece ligada, os carros atravessam a cidade, uma criança é colocada para dormir. Cenas do cotidiano, da vida acontecendo nos edifícios da capital econômica de Israel. Nos terraços destes mesmos edifícios, homens e mulheres contam como participaram da destruição de outras casas, em Gaza, onde também havia crianças, televisões e pessoas esperando o jantar. É desse encontro terrível entre o que se vê e o que se ouve que Naza, de Yuval Abraham e Rachel Szor, retira boa parte de sua força. A vida segue em Tel Aviv. E a facilidade com que pode seguir, enquanto a algumas dezenas de quilômetros famílias inteiras são assassinadas, torna-se uma das questões mais perturbadoras deste documentário que revela uma sociedade vivendo na zona de interesse.

Filmados à noite, com rostos e vozes protegidos, 24 integrantes das forças militares e da inteligência israelense descrevem procedimentos de vigilância, seleção de alvos e autorização de ataques contra Gaza. O título vem de nezek agavi, expressão hebraica para “dano colateral”, que na linguagem dos operadores são pessoas cuja morte é prevista antes de um bombardeio. Elas não são mais pessoas; tornam-se uma quantidade de “naza”. Essa contabilidade antecede os cadáveres. O filme registra o trabalho necessário para produzi-los, as permissões que o tornam executável e as justificativas com que seus agentes voltam para casa. Seu valor como documento histórico está, desde aí, na possibilidade de acompanhar a violência sendo organizada por aqueles que conhecem bem seus procedimentos, já que os executam.

Assisto Naza e vem à mente Eichmann em Jerusalém, de Hannah Arendt (1963), sobretudo pela relação entre linguagem, julgamento e responsabilidade. Ao acompanhar o julgamento, em 1961, do funcionário nazista encarregado pelo planejamento e operacionalização da chamada “solução final”, Arendt encontrou uma desproporção assombrosa entre a enormidade dos crimes e a pobreza das fórmulas com que ele explicava sua atuação. A banalidade dizia respeito a essa maneira de agir e pensar, incapaz de considerar a posição do outro, sem diminuir a gravidade do que se havia feito.1 No filme, impressiona a desenvoltura com que conhecimentos sofisticados convivem com uma compreensão moral tão estreita da própria atividade. Aqueles agentes israelenses sabem fazer cálculos, operar sistemas, interpretar informações. O que deixam de sustentar é a pergunta sobre o direito de fazer aquilo. Arendt examina as regras de linguagem que permitiam aos funcionários nazistas conhecer o extermínio sem associá-lo às palavras pelas quais reconheciam um assassinato. O vocabulário de Naza cumpre uma função que podemos ler nessa chave. A criança continua ali, mas aparece no cálculo sob uma designação que dispensa imaginar sua vida. Há uma distância fabricada dentro da própria frase.

Quando um entrevistado diz que, se questionassem o que faziam, o sistema desmoronaria, ele revela o trabalho político exigido para conservar essa distância. Outro oferece uma justificativa familiar: “Se não fosse eu fazendo isso, seria outra pessoa”. A possibilidade de substituição é apresentada como dispensa de responsabilidade, embora confirme que houve alguém disponível para realizar a tarefa.

Também merece atenção a passagem em que Arendt descreve o alívio de Eichmann diante da adesão das autoridades reunidas em Wannsee: a aprovação da sociedade respeitável autorizava sua consciência.2 Em Naza, a confiança na hierarquia, nos especialistas e nos procedimentos oferece uma proteção semelhante ao julgamento de quem executa. Tudo recebeu uma autorização; portanto, cada um pode ocupar-se de sua parte. Essa divisão faz o crime atravessar muitas mãos, e cada uma delas procura entregá-lo à seguinte. A responsabilidade, porém, precisa percorrer o caminho inverso, reconstruindo quem decidiu, quem autorizou e quem realizou.

Há ainda algo que excede a imagem do funcionário indiferente. O intelectual palestino Abdaljawad Omar, em sua crítica ao filme, chama a atenção para a satisfação de alguns entrevistados com o poder que exerciam. Ele encontra uma inflexão no conhecido modelo israelense de “atirar e chorar”: aparecem o prazer da operação bem-sucedida e a perda daquele poder quando o serviço termina.3 Essa observação deve acompanhar a leitura arendtiana. A rotina pode conviver com entusiasmo, racismo e orgulho profissional. A morte administrada não deixa de ter desejos por trás dela. É justamente por conservar essas diferenças, sem oferecer a todos um mesmo roteiro de arrependimento, que Naza consegue ser tão incômodo.

Os aspectos formais do filme sustentam as ambivalências. As entrevistas acontecem no alto dos edifícios, contra uma cidade iluminada, e a câmera observa pelas janelas a continuidade da vida doméstica. A noite protege as fontes, mas também permite ver a sociedade que abriga seus relatos. A ausência de trilha musical entrega a cena às vozes, às pausas e aos sons da cidade. O cotidiano entra pelos ouvidos com uma indiferença que nenhuma música precisaria acentuar. Enquanto escutamos a descrição de uma família atingida, vemos a intimidade preservada de outra. Os diretores nos fazem permanecer nessa simultaneidade, sem o alívio de uma emoção previamente conduzida. Os prédios em construção de Tel Aviv, intercalados com os relatos da destruição de Gaza, dão espessura material a essa relação. De um lado, novas moradias projetam vidas futuras; do outro, a destruição das casas impede o retorno. Os terraços de onde se fala se opõem, nessa geografia do filme, à vida palestina empurrada para baixo das lajes, aos corpos soterrados, aos sobreviventes procurados entre ruínas. A verticalidade tem uma distribuição política. A cidade que cresce pode continuar a reconhecer-se como lugar de progresso enquanto participa da eliminação das condições de existência de outra população. O florescimento de uma vida aparece protegido da obrigação de responder pela devastação da outra.

A inteligência artificial amplia a escala dessa administração. Lavender, o sistema de inteligência artificial investigado pelo próprio diretor do documentário, Abraham Yuval, na +972 e no Local Call em 2024, classificava palestinos como suspeitos de vínculo com organizações armadas. Segundo as fontes da reportagem, o sistema chegou a assinalar cerca de 37 mil pessoas, com verificações humanas de apenas vinte segundos. Eram suspeitos produzidos por um procedimento de classificação, sem que isso comprovasse a condição de combatente de cada pessoa.4 O intervalo entre uma recomendação e um ataque torna-se tão curto que a revisão corre o risco de funcionar apenas como um carimbo. A responsabilidade humana permanece na definição dos critérios, na aceitação dos resultados e na decisão de transformar uma indicação em sentença de morte.

Já o sistema chamado Where’s Daddy? (onde está o papai?), também apresentado na voz dos depoentes genocidas do documentário, acrescenta uma perversidade a esse processo: a volta de alguém à casa da família pode produzir o alerta para um ataque. Os relatos incluem a escuta de telefones e o acesso à intimidade doméstica. Um agente pode saber que há crianças, reconhecer conversas, ouvir a vida acontecendo e autorizar sua destruição. A distância tecnológica convive, portanto, com uma proximidade invasiva. Aquelas pessoas são suficientemente conhecidas para serem localizadas, mas seus vínculos não lhes conferem proteção. Na entrevista à NPR, Rachel Szor destaca precisamente o quanto os operadores sabiam sobre as famílias que seriam bombardeadas. Yuval recorda ainda o depoimento sobre incendiar casas e destruir seus álbuns e cadernos: apagavam-se as marcas de quem vivera ali.5 A técnica organiza uma forma de conhecimento da qual se procura retirar toda obrigação diante do conhecido.

É nesse ponto que a expressão “efeito colateral” precisa enfrentar o que pretende encobrir. Prever mortes civis, nos níveis macabros em que são descritas e normalizadas, demonstra a intenção específica exigida para caracterizar genocídio. A questão envolve os alvos, os meios empregados, as precauções, os padrões de destruição e os objetivos políticos. Um dos oficiais ouvidos resume sua compreensão da missão: “Você entende que o objetivo é destruir”. Em Naza, a repetição dos procedimentos torna insuficiente a explicação de um acidente ou de um excesso localizado. A casa palestina torna-se unidade recorrente de ataque e a população perde os meios de permanecer no território. É necessário examinar a finalidade do conjunto, em vez de aceitar que cada família morta seja isolada da seguinte por um novo cálculo.

A noção de genocídio por atrição permite compreender essa destruição continuada das condições que permitem a um povo sobreviver: água, alimento, abrigo, cuidados médicos. Ela se combina com a morte imediata provocada pelos bombardeios. A Convenção de 1948 inclui a imposição deliberada de condições de vida destinadas à destruição física, total ou parcial, de um grupo, quando presente a intenção de destruí-lo enquanto tal. Foi examinando atos e intenção que a Comissão Internacional Independente de Inquérito da ONU concluiu, em setembro de 2025, que Israel cometeu genocídio em Gaza.6 O filme acrescenta relatos internos a esse conhecimento. A supressão de uma casa alcança também a possibilidade de recomeçar nela. Destruir o lugar a que alguém poderia voltar prolonga a violência para além do instante da explosão.

Os depoimentos também dificultam a tentativa de atribuir tudo a Netanyahu e aos setores mais ostensivamente fascistas de seu governo. Como observa Sebastian Ben Daniel, estão sob exame integrantes das unidades prestigiosas, ligados ao universo educado e tecnológico que a sociedade israelense costuma apresentar como sua face liberal. Há uma base social para essa violência. Em pesquisa do Pew realizada em 2024, apenas 4% dos judeus israelenses entrevistados consideravam que a resposta militar havia ido longe demais, diante de 74% entre os cidadãos classificados pelo instituto como árabes israelenses (palestinos que vivem em Israel).7 Esses números mostram uma enorme desigualdade na disposição de reconhecer o excesso, que depende, curiosamente, do pertencimento identitário de cada entrevistado. A normalidade filmada em Tel Aviv tem instituições e convicções que ajudam a sustentá-la. A ocupação e a despossessão palestina atravessam governos; sua continuidade não se explica pelo temperamento de um primeiro-ministro, por pior e grotesco que seja.

Essa cadeia de decisões estende-se para além de Israel. Segundo levantamento do projeto Costs of War, da Universidade Brown, e do Quincy Institute, os Estados Unidos destinaram ao menos US$ 21,7 bilhões à ajuda militar a Israel entre outubro de 2023 e setembro de 2025.8 Essa continuidade material precisa entrar na discussão sobre a posição internacional diante do genocídio. A iniciativa da África do Sul na Corte Internacional de Justiça e as mobilizações pela Palestina enfrentam uma ordem em que governos podem reconhecer o sofrimento e, ao mesmo tempo, continuar fornecendo os meios de produzi-lo. A fabricação de uma bomba, seu financiamento e sua entrega têm responsáveis. O procedimento burocrático atravessa fronteiras antes de encontrar o operador que aparece na tela. Também as disputas no interior das comunidades judaicas fazem parte dessa história. Em janeiro de 2024, a CONIB condenou o apoio brasileiro à ação sul-africana e sustentou que Israel apenas se defendia. Coletivos como Vozes Judaicas por Libertação e Jewish Voice for Peace, por sua vez, organizam-se como movimentos judaicos antissionistas, denunciam o genocídio e exigem o fim do fornecimento de armas.9 São escolhas políticas que impedem tratar judaísmo, sionismo e Estado de Israel como uma única coisa. As organizações que legitimam a violência devem responder por suas posições concretas, sem receber das identidades que invocam uma imunidade à crítica, como deseja Israel. A dissidência judaica importa porque rompe a pretensão de que a segurança dos judeus dependa necessariamente da sujeição dos palestinos. Essa ruptura precisa produzir consequências para os que seguem submetidos à violência.

A perseguição aos realizadores ajuda a compreender o que está em disputa. Abraham e Szor foram ameaçados de perder a cidadania; extremistas se manifestaram diante da casa da família de Szor, com palavras de ordem pedindo a morte de traidores. No início de outubro de 2026, Netanyahu pediu uma investigação contra os participantes do filme e que fossem processados.10 A proteção das fontes tem, portanto, razões concretas. A denúncia pode expor quem fala a uma punição que os crimes relatados não produziram, isto é, uma espécie de punição pelo “crime errado”. Esse esforço de intimidação torna ainda mais necessário defender o filme e seus autores, mantendo diante de nós a pergunta sobre os atos de cada entrevistado. Ter rompido o silêncio não apaga o que alguém fez antes de falar.

As críticas palestinas são indispensáveis para que essa defesa não se acomode. Ayat Abou Shmeiss, poeta palestina de Jaffa que perdeu familiares num bombardeio, escreveu sobre a proposta e a recepção de Naza, declarando que não o havia visto e não o pretendia ver. Ela reconhece a importância de acessar decisões internas às quais os palestinos dificilmente teriam acesso. Seu incômodo está na possibilidade de que sua família, suas casas e seus mortos se tornem a matéria de uma recuperação moral israelense. O que acontece depois que os responsáveis se olham? Quem deve receber a reparação?11

Segundo essa crítica, a exposição tem valor, mas não contém, por si, uma resposta a essas perguntas. O sofrimento de um povo não pode terminar convertido em recurso para que seus algozes voltem a sentir-se humanos. Essa tensão alcança a recepção internacional.

O médico Omar Abdel-Mannan questiona por que as denúncias ganham uma credibilidade diferente quando chegam pelas vozes israelenses e adverte que assistir a Naza deve ampliar a escuta dos palestinos.12 Há nisso uma expressão do apartheid cognitivo, noção que venho defendendo neste debate: as vítimas produzem conhecimento sobre a própria destruição, mas seu relato permanece sob suspeita até receber a confirmação de quem ocupa uma posição reconhecida de autoridade. Os jornalistas palestinos já haviam mostrado famílias exterminadas e hospitais destruídos. Muitos pagaram com a vida por esse trabalho. O filme deve ser incorporado a esse arquivo, preservando a precedência e a autonomia de quem documentou a violência enquanto a sofria.

Acredito que Naza deve ser visto também por isso. Um documento histórico não precisa inaugurar o conhecimento de um crime para ter importância. Pode revelar sua organização, registrar vocabulários, fornecer elementos para reconstruir responsabilidades e dificultar a negação. A proteção jornalística de uma fonte, por meio do anonimato preservado no documentário, não equivale a uma absolvição. O filme pode ganhar força política nos usos que faremos dele: sua circulação pode alimentar investigações, ampliar a pressão pelo fim da cooperação militar e fortalecer exigências palestinas de justiça. A emoção da sessão não deve encerrar o assunto.

Durante quase todo o documentário, ouvimos mais porque vemos menos de Gaza. A ausência prolongada de suas imagens concentra nossa atenção nos mecanismos descritos, até que o desfecho nos leva a um pai procurando os filhos sob os escombros. A passagem é devastadora. Também permanece aberta à pergunta palestina sobre o lugar atribuído às vítimas: depois de tanto tempo escutando os operadores, que existência lhes é devolvida? Para mim, a cena deve ser recebida como a interrupção brutal da linguagem que as havia reduzido a uma quantidade. Ali, o que se procura é alguém. Um filho, com uma história que o filme não nos pode restituir inteira.

A consequência política dessa leitura ultrapassa a mera troca de governo ou a promessa de procedimentos militares mais “humanizados”, como querem sionistas moderados (assassinos moderados?). Assim como muitos movimentos palestinos e de judeus antissionistas, não vejo solução justa e duradoura fora da construção de um único Estado democrático em todo o território da Palestina histórica, com igualdade de direitos para palestinos e judeus. Isso exige um processo de dessionização daquela sociedade: o desmonte das instituições que organizam o privilégio nacional e a despossessão palestina, acompanhado de um processo de justiça, retorno dos refugiados e reparação. A igualdade deve assegurar a permanência, a segurança e a liberdade religiosa e cultural de todos, sem expulsões ou punições coletivas. Os palestinos precisam participar como sujeitos da definição desse futuro, com o direito de recuperar sua terra, sua memória e suas condições de vida. Os sionistas precisam ir ao banco dos réus, e serem julgados pelos seus crimes, como ocorreu em Nuremberg. A paz não pode continuar sendo o nome dado à administração da derrota palestina.

Em “Alarme de incêndio”, Walter Benjamin escreve sobre a urgência de interromper um processo histórico destrutivo antes que a centelha alcance a dinamite.13 A imagem conserva sua força porque exige uma intervenção no tempo presente. Em Gaza, o incêndio já começou; há muito começou. Naza pode fazer seu alarme atravessar algumas das paredes que ainda protegem a indiferença, embora eu acredite que mesmo isso, depois de tudo o que já vimos, seja quase impossível. Diante da banalidade do mal, a tarefa é reconhecer as decisões que mantêm o fogo aceso e agir sobre elas.

* * *

Enquanto ouvimos, ainda há gente sob os escombros.

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Notas

1.     ARENDT, Hannah. Eichmann em Jerusalém: um relato sobre a banalidade do mal (1963). Trad. José Rubens Siqueira. São Paulo: Companhia das Letras, 1999. ↩︎

2.     ARENDT, op. cit., caps. VII (Conferência de Wannsee) e VIII (dever e obediência). ↩︎

3.     OMAR, Abdaljawad. Shooting and craving: on NAZA and the mediated obscene. Mondoweiss, 8 out. 2026. ↩︎

4.     ABRAHAM, Yuval. ‘Lavender’: The AI machine directing Israel’s bombing spree in Gaza. +972/Local Call, 3 abr. 2024. ↩︎

5.     FADEL, Leila. ‘NAZA’ filmmakers on what they learned making the doc and the backlash it received. NPR/WUSF, 30 set. 2026. Entrevista com Abraham e Szor. ↩︎

6.     ONU. Convenção do Genocídio, art. II; Comissão Internacional Independente de Inquérito. Conclusão sobre genocídio em Gaza, 16 set. 2025. Trata-se da conclusão da Comissão, não de sentença definitiva da Corte Internacional de Justiça. ↩︎

7.     BEN DANIEL, Sebastian. Why ‘NAZA’ terrifies Israel’s liberal elite. +972, 2 out. 2026; PEW. Views of the Israel-Hamas war, 30 maio 2024. Entrevistas de 3 mar. a 4 abr. 2024. ↩︎

8.     HARTUNG, William D. U.S. Military Aid and Arms Transfers to Israel, October 2023 – September 2025. Costs of War/Quincy Institute, 7 out. 2025. ↩︎

9.     CONIB. Condenação do apoio brasileiro à ação sul-africana, 10 jan. 2024; JEWISH VOICE FOR PEACE. Over two years of unspeakable loss. No more., consulta em 13 out. 2026. ↩︎

10.   [1] CPJ. Netanyahu escalates threats against ‘NAZA’ filmmakers, 17 set. 2026; MOSKOWITZ, Sarah. Netanyahu demands prosecution of ‘NAZA’ film participants. The Jerusalem Post, 11 out. 2026, atualizado em 12 out. ↩︎

11.   ABOU SHMEISS, Ayat. ‘NAZA’ is forcing Israelis to reflect. But we Palestinians are not your mirror. +972, 23 set. 2026. ↩︎

12.   ABDEL-MANNAN, Omar. Naza and whose testimony we believe. Middle East Monitor, 8 out. 2026. ↩︎

13.   BENJAMIN, Walter. “Alarme de incêndio”. In: Rua de mão única (1928). ↩︎

**** Rafael Domingos Oliveira é Historiador e educador, doutorando em História pela UNIFESP e pesquisador do Núcleo de Estudos e Pesquisas das Afro-Américas (NEPAFRO). É autor de Vozes Afro-Atlânticas: autobiografias e memórias da escravidão e da liberdade (Elefante, 2022) e organizador de Gaza no coração: história, resistência e solidariedade na Palestina (Elefante, 2024) e Diários de Gaza, volume 1: a memória é uma casa indestrutível (Tabla, 2024). Atua nas áreas de história da escravidão e abolição nas Américas, história pública e memória palestina. 

 

 [Fonte: blogdaboitempo.com.br]