sexta-feira, 7 de agosto de 2026

Où sont les preuves de la tribune du Monde accusant LFI d’antisémitisme ?

En publiant une tribune affirmant que La France insoumise ferait de l’antisémitisme un « arsenal de prise de pouvoir »Le Monde offre une large visibilité à une accusation d’une gravité exceptionnelle. Encore faudrait-il qu’une telle affirmation repose sur une démonstration à la hauteur de ce qu’elle prétend établir. Décryptage. 

Écrit par Elena Meilune

La tribune de l’historien Jean-Frédéric Schaub publiée par Le Monde le 12 juillet 2026 affirme que, chez LFI, « la mise en circulation de motifs antisémites fait partie de l’arsenal de la prise de pouvoir ». Cette conclusion, aussi spectaculaire soit-elle, n’est pourtant jamais démontrée. Mais précisément parce que le sujet est grave, il impose une exigence de rigueur absolue.

La méthodologie du Baromètre du rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur lequel se base Jean-Frédéric Schaub met en évidence une évolution concernant les sympathisants de plusieurs formations politiques, dont La France insoumise (LFI). Cependant, le rapport de la CNCDH ne conclut ni que l’évolution des opinions des sympathisants de LFI est provoquée par le parti lui-même, ni qu’elle résulte d’une stratégie politique délibérée. Rien, dans ce rapport, ne permet d’établir une telle conclusion.

Quand la conviction remplace les faits

Le rapport de la CNCDH précise qu’une fois prises en compte les autres caractéristiques des personnes interrogées, la proximité avec LFI « ne joue plus ». Autrement dit, les auteurs estiment eux-mêmes que les différences observées s’expliquent par les caractéristiques socioculturelles de cet électorat, et non par la proximité partisane en tant que telle. Ils ajoutent :

« La prise en compte simultanée de toutes ces variables (…) confirme, toutes choses égales par ailleurs, un lien privilégié entre préjugés antisémites et affinité avec le RN, mais pas avec LFI. »

Et précisent enfin : « Les gros bataillons de l’antisémitisme se composent de non Musulmans, et de sympathisants d’autres partis que LFI. »

Où sont les preuves ?

Au moment d’attribuer à LFI une stratégie de conquête du pouvoir fondée sur l’antisémitisme, Jean-Frédéric Schaub écrit : « La réponse est, sans conteste, positive. » Une certitude surprenante en sachant qu’une conclusion aussi grave ne peut se satisfaire d’une telle assurance ; elle exige une démonstration à la hauteur de ce qu’elle prétend établir.

Mais alors, où sont les preuves ? C’est précisément ce qui frappe à la lecture de la tribune : elles n’y figurent pas. L’auteur évoque des « allusions », des « jeux de mots », des « accusations explicites », une « accumulation », une « récidive », voire des « dog whistles », mais sans citer ni analyser les propos auxquels il fait référence.

Quelle accumulation ? Quels jeux de mots ? Quelles accusations ? Quels messages codés ? Or c’est précisément cette démonstration qui devrait constituer le cœur de son argumentation. Une telle accusation exige de présenter des faits précis, de les analyser et de montrer en quoi ils révèlent effectivement une stratégie.

Le paradoxe de l’historien en guerre contre les faits

Jean-Frédéric Schaub est un historien reconnu, spécialiste notamment de l’Espagne moderne, des empires ibériques et des constructions historiques de la race. Cette expertise mérite naturellement le respect. En revanche, la tribune ne repose ni sur une recherche consacrée à l’antisémitisme contemporain, ni sur une enquête empirique portant sur les discours de La France insoumise, ni sur une analyse systématique de ses prises de position.

Il ne s’agit pas ici d’un article scientifique, mais d’une tribune d’opinion. Ce format autorise les hypothèses et les prises de position. Il n’autorise pas, en revanche, à présenter comme démontré ce qui ne l’est pas. L’autorité académique de son auteur ne saurait se substituer aux preuves.

La responsabilité du média

C’est précisément là que se pose la question du rôle d’un quotidien de référence. Publier une tribune polémique n’a rien d’illégitime car la confrontation des idées fait partie du débat démocratique. En revanche, publier une accusation d’une telle gravité sans qu’elle soit étayée par une démonstration solide engage également la responsabilité du journal qui lui offre sa légitimité.

Une interprétation politique risque ainsi d’acquérir, par la seule autorité du média qui la publie, le statut de vérité établie. Le prestige d’un quotidien de référence confère inévitablement à ce type de texte une crédibilité qui dépasse largement celle d’une simple opinion.

Mais ce récit s’inscrit dans une séquence plus large où La France insoumise fait l’objet d’une entreprise permanente de délégitimation méthodique. Une dynamique qui ne peut être dissociée de la concentration des grands médias entre les mains de quelques milliardaires qui ont tout intérêt à ce que l’extrême droite arrive au pouvoir. À ce sujet, vous pouvez (re)lire notre article Comment Jean-Luc Mélenchon est devenu une cible privilégiée 

À force de tout confondre, le mot « antisémitisme » finit par perdre son sens

Depuis plusieurs années, une large partie du débat public tend à interpréter toute critique du gouvernement de Benyamin Netanyahu à travers le prisme de l’antisémitisme. La dénonciation du génocide à Gaza, des violations du droit international ou de la politique menée par le gouvernement israélien se retrouve régulièrement assimilée, explicitement ou implicitement, à une forme d’hostilité envers les personnes juives. On l’a vu avec la loi Yadan sur laquelle vous pouvez également (re)lire notre article Loi Yadan : la critique d’Israël bientôt pénalisée en France ?

Pourtant, ces réalités ne se confondent pas. Critiquer un gouvernement, aussi fermement soit-il, n’est pas critiquer un peuple. L’antisémitisme consiste à discriminer ou essentialiser des personnes parce qu’elles sont juives, non à contester les choix d’un État. En brouillant cette distinction, on finit par banaliser l’accusation elle-même. Un concept qui désigne des réalités très différentes perd progressivement sa capacité à nommer précisément ce qu’il est censé combattre. La lutte contre l’antisémitisme n’en sort pas renforcée, elle s’en trouve affaiblie.

« L’un des ressorts historiques de l’antisémitisme : réduire un groupe humain à une identité supposée homogène »

Assimiler systématiquement les personnes juives à la politique israélienne revient à leur attribuer collectivement les choix d’un gouvernement. Comme si tous partageaient les mêmes positions, les mêmes intérêts ou les mêmes responsabilités. Or cette logique d’essentialisation constitue précisément l’un des ressorts historiques de l’antisémitisme : réduire un groupe humain à une identité supposée homogène.

Le brouillage des repères démocratiques : LFI et le RN ne sont pas comparables

Jean-Frédéric Schaub ne se contente pas d’accusations infondées, il ajoute une pierre à l’édifice d’une mise en équivalence de plus en plus fréquente entre La France insoumise et le Rassemblement national, alors même que leurs projets de société sont fondamentalement opposés. L’un prône notamment la réduction des inégalités et une vie digne pour chacun·e ; l’autre repose sur l’exclusion et le maintien des privilèges des ultra-riches. À ce propos, on vous invite à (re)lire notre article : L’extrême gauche et l’extrême droite ne sont pas comparables

Aussi, le RN est l’héritier direct du Front national, fondé notamment par d’anciens Waffen-SS et des sympathisants néonazis. L’un de ses fondateurs, Jean-Marie Le Pen, a été condamné à plusieurs reprises, notamment pour avoir qualifié les chambres à gaz de « détail de l’histoire ». Au fil des décennies, de nombreux élus ou candidats du parti ont également été condamnés ou mis en cause pour des propos ou des actes racistes, antisémites ou xénophobes. Mr Mondialisation a d’ailleurs récemment dressé le Top 9 des pires affaires judiciaires du Rassemblement national.

Rappeler cette histoire ne revient pas à considérer La France insoumise comme irréprochable. Aucun parti ne devrait échapper à la critique. Mais comparer mécaniquement ces deux formations finit par brouiller les repères historiques et démocratiques. Lorsque toute opposition radicale est renvoyée dos à dos, les spécificités idéologiques disparaissent et l’extrême droite voit son histoire progressivement relativisée.

Une lecture sélective du racisme

Cette mise en parallèle est d’autant plus sournoise que le Rassemblement national demeure au cœur des débats sur le racisme, la xénophobie et l’islamophobie en France. Le rapport de la CNCDH ne se limite pas à l’étude de l’antisémitisme. Il décrit l’ensemble des formes de racisme et de xénophobie en France. Il relève notamment une augmentation de 88 % des actes antimusulmans enregistrés en 2025. Les sympathisants du RN sont ceux qui présentent les scores les plus élevés d’islamophobie.

Pourtant, ces évolutions, particulièrement préoccupantes, ne donnent lieu à aucune réflexion comparable sur les responsabilités politiques ou les stratégies électorales des partis dont les sympathisants sont les plus concernés. Le rapport est mobilisé uniquement lorsqu’il permet d’étayer une thèse sur La France insoumise. Ainsi, LFI est mise sur le même plan que le RN sur l’antisémitisme alors que le RN est vecteur de toutes les formes de racisme.

La différence entre une accusation démontrée et une accusation reposant sur une conviction tient souvent à une chose : les faits. Un exemple simple et récent : un slogan raciste – « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir ! » – a récemment été scandé, à la même période, par deux groupes de jeunes qui ne se connaissaient pas, à près de 250 kilomètres de distance, donnant lieu à des enquêtes judiciaires pour provocation à la haine. Ici, les éléments à examiner sont concrets : des propos précisément identifiés, des auteurs identifiables, des faits datés et documentés.

Quand la répétition devient une stratégie de persuasion

La tribune de Jean-Frédéric Schaub accuse quant à elle La France insoumise sans citer ni analyser un seul exemple concret permettant au lecteur d’apprécier la réalité ou la portée de son accusation.

« à force d’être martelée, une idée peut finir par s’imposer »

À défaut de preuves, une affirmation ne gagne pas en solidité parce qu’elle est répétée. Pourtant, l’effet de vérité illusoire montre qu’à force d’être martelée, une idée fallacieuse peut finir par s’imposer non parce qu’elle repose sur des faits, mais parce qu’elle est devenue familière. Si la thèse d’une stratégie de conquête du pouvoir par LFI fondée sur l’antisémitisme demeure, au terme de cette tribune, dépourvue de démonstration, les preuves d’une stratégie médiatique de discrédit de La France insoumise, eux, s’accumulent chaque jour.

À cet égard, certains historiens gagneraient peut-être à accorder davantage d’attention aux faits qu’à leurs convictions.

 


[Photo de couverture : Jean-Frédéric Schaub / vidéo de la Revue Esprit - source : www.mrmondialisation.org]

Fascismo en Francia: el gran malentendido

Lo que estará en juego en las elecciones presidenciales francesas de 2027 no será la alternancia, sino una posible ruptura. ¿Cuál? Para conjurar la que provocaría una victoria del partido de extrema derecha Reagrupamiento Nacional, una parte de la izquierda se moviliza contra el riesgo del fascismo. Y desatiende otra hipótesis… 

KARA WALKER. — Colonizerz, 2024

Escrito por Benoît Bréville y Pierre Rimbert

En el gran juego de los pronósticos sobre el futuro político de Francia, hay uno que gana por goleada en los debates de la izquierda desde hace dos décadas: “¡El fascismo!”. Entiéndase: vamos derechos hacia él. Con su culto de la policía, su obsesión por la seguridad y su mira puesta en los jóvenes procedentes de la inmigración —esa “chusma” que había que limpiar “con un Kärcher”—, Nicolas Sarkozy suscitó innumerables críticas a finales de la década de 2000. En 2015 y 2016, los atentados islamistas, la psicosis en torno a los “jóvenes radicalizados” y la oleada de refugiados de Oriente Próximo arraigaron profundamente en una parte de la población la idea de un “enemigo interior” dispuesto a asestar un golpe a la República con la complicidad de ciertos sectores de la izquierda. El proyecto del presidente François Hollande de privar de nacionalidad a los binacionales nacidos franceses condenados por un crimen “constitutivo de atentado grave a la vida de la nación” volvió a sembrar cizaña. Con la represión de los movimientos sociales, la banalización mediática de temas antaño relegados al conservadurismo más extremo, el avance casi ininterrumpido de Reagrupamiento Nacional (RN) a lo largo de los dos mandatos de Emmanuel Macron y el beneplácito del que goza este partido entre la patronal, la hipótesis se ha convertido en certeza: el fascismo gana terreno en Francia(1).

La referencia al régimen de Mussolini y al periodo de entreguerras presenta la incuestionable ventaja de producir un poderoso impacto. Entraña la idea de un vuelco autoritario una vez llegada al poder la extrema derecha gracias a la capitulación de los partidos tradicionales, que han entregado al adversario los términos del debate. Con ello se intenta movilizar a la gente cuando aún se está a tiempo, siguiendo el ejemplo de unas ilustres —aunque no siempre victoriosas— luchas antifascistas. Pero el espectro del fascismo, ¿acaso no oculta un peligro menos espectacular y mucho más concreto? Hablamos de un desplazamiento paulatino hacia un régimen de segregación jurídica en el que, un poco a la manera de Israel, una parte de la población considerada alógena será disciplinada y reducida a una posición subalterna aplicándole una legislación específica. Un giro hacia el fascismo precisaría de una costosa ruptura coercitiva, así como de un líder providencial al cual se opondrían las aún poderosas instituciones de la burguesía liberal; el apartheid 2.0, por el contrario, se conformaría con poner en práctica la “prioridad nacional”, la medida estrella de Reagrupamiento Nacional, que, legitimada por las urnas, separaría jurídicamente a una población acorde con la “identidad francesa” del resto. Y brindaría una solución a la ecuación a la que se enfrentan numerosos países europeos.

Reducida a su expresión más sencilla, la cuestión de la inmigración, en torno a la cual se abren las fracturas ideológicas, comporta, de hecho, dos componentes: el demográfico y el político. Aquejadas de un envejecimiento acelerado y del desplome de la tasa de fecundidad, las poblaciones del Viejo Continente —nunca mejor dicho— se ven incapaces de mantener en marcha la maquinaria económica sin recurrir a la inmigración. Este hecho, ampliamente documentado(2), beneficia y penaliza a la vez a los partidos de extrema derecha. El desplome de la natalidad y la creciente proporción de personas de edad avanzada ofrecen un terreno abonado a los discursos centrados en la seguridad, a las profecías declinistas y al temor al “gran reemplazo”. Pero plantean un problema a las élites económicas, sin las cuales la extrema derecha no puede gobernar. En Italia, Giorgia Meloni, elegida gracias a un programa antiinmigrantes, firmó en 2025 un segundo decreto trienal con el que autorizaba la importación de medio millón de trabajadores extranjeros para satisfacer a las patronales de la agricultura, la construcción y el turismo. En octubre del mismo año, el canciller alemán Friedrich Merz, al mismo tiempo que describía la presencia de inmigrantes como “un problema en el paisaje urbano”, daba respuesta al griterío de los empleadores sobre la carencia de mano de obra creando una agencia digital de contratación de trabajadores cualificados extranjeros llamada Work-and-Stay. “No son los empresarios los que reclaman inmigración de forma masiva, sino la economía”, explicaba el 19 de diciembre de 2023 Patrick Martin, presidente de la patronal Movimiento de Empresas de Francia (Medef), ante los micrófonos de Radio Classique.

Pese a los prodigios de la automatización, y por más que el excandidato de ultraderecha Éric Zemmour haya prometido que “los robots sustituirán a los inmigrantes” (Europe 1, 23 de junio de 2026), los ingenieros de Silicon Valley todavía no tienen previsto crear a corto plazo una inteligencia artificial que asee a las personas dependientes. Esta transformación en el eje de la edad —la pirámide se convierte en champiñón— llega acompañada de otra en el eje del género: ahora que las mujeres superan a los hombres en los estudios universitarios —salvo en las carreras con mejores salidas—, los varones jóvenes con escasa formación o sin titulación perciben la inmigración como una amenaza, y tanto más cuanto más se fragiliza su posición social y matrimonial. Pero, precisamente, los movimientos migratorios llevan un cuarto de siglo acelerándose a nivel mundial: en 2024, el número de migrantes internacionales se estimaba en unos 304 millones frente a los 174 millones del año 2000 y, en términos de proporción de la población mundial, han pasado de ser el 2,8% al 3,7%. En Europa, su número llegaba a los 94 millones en 2024 frente a 56 millones en el año 2000, para una población total que se ha mantenido casi constante(3).

El ‘apartheid’ 2.0 se conformaría con poner en práctica la “prioridad nacional”

El segundo miembro de la ecuación es político: el auge de las formaciones de extrema derecha, aupadas por un discurso contra la inmigración musulmana procedente de África, el Magreb u Oriente Próximo. En Francia, las listas de Frente/Reagrupamiento Nacional pasaron del 11,3% de los votos y cero diputados en las legislativas de 2002 a más del 33% de los votos y 123 escaños en las de 2024. La derecha “posfascista” gobierna en Italia. En Alemania, Alternativa por Alemania (AfD), partido creado en 2013, se hizo con una de cada cinco papeletas doce años después. Las formaciones de derecha radical han dominado la vida política tanto en Polonia como en Hungría, y en los Países Bajos, Dinamarca, Suecia o Noruega imponen ya su discurso sobre la “amenaza migratoria”, el “gran reemplazo” y la “inseguridad cultural”.

Paradójicamente, son muchos los estudios que documentan un descenso de las convicciones racistas en los países europeos —en el sentido de la creencia en una jerarquía de “razas”—, a la vez que se da un aumento concomitante de la xenofobia y del sentimiento de que “esta ya no es nuestra casa”. Una opinión que, en la actualidad, ha calado en las filas de la derecha clásica y que se está banalizando: “El 63% de los franceses, a favor de una suspensión de la inmigración legal durante tres años, según un sondeo” encargado por CNews [propiedad del magnate Vincent Bolloré y con una línea editorial de extrema derecha] y difundido por Le Figaro (28 de mayo de 2026). La prensa y los influencers de extrema derecha alimentan día tras día las redes sociales con crónicas de sucesos que parecen dar la razón a la idea de que, desde el canal Saint-Martin en pleno París hasta la Estación Central de Colonia en Alemania, desde las calles de Belfast hasta las de Roma, es el sector de la población procedente de una inmigración de cultura musulmana el que lleva la voz cantante e impone su ley a los “blancos”.

En el fondo, lo que incomoda a las derechas no es la presencia de negros y árabes en el territorio europeo, sino que los inmigrantes y sus descendientes se tomen en serio aquello que quienes los denigran los acusan de rechazar: la integración, el deseo de echar raíces, la afirmación de una plena pertenencia a la nación. Mientras que el racismo tradicional basaba su jerarquía racial en la biología, la xenofobia contemporánea niega a los inmigrantes su condición social de iguales.

Declive demográfico y necesidad de mano de obra, por un lado, rechazo y miedo crecientes a la inmigración musulmana, por el otro: ¿cómo conciliar ambos elementos? Pues por medio de la ruptura fascista. O a través de la progresiva puesta en práctica de un régimen jurídico diferenciado que consagre la preeminencia de los autóctonos sobre los advenedizos, de tal modo que los trabajadores inmigrantes y sus descendientes se incorporen a una vida en común concebida como una relación de sumisión. Sin necesidad siquiera de mencionar el esclavismo o el sistema Jim Crow(4) en Estados Unidos, este género de construcciones legales ha empañado de forma recurrente la historia contemporánea.

Entre ellos está el “régimen del indigenato” impuesto por la III República francesa en sus colonias(5), que diferenciaba dos categorías de individuos: los ciudadanos, titulares de todos los derechos políticos, y los indígenas, sometidos a una serie de obligaciones particulares (como la realización de tareas no remuneradas, las requisas de bienes o el pago de determinados impuestos), así como a sanciones y restricciones específicas, en especial en lo que atañía al derecho al voto. Su actualización en la Francia metropolitana por parte de un Gobierno de extrema derecha trasladaría una variante atenuada de este estatuto a unos sectores poblacionales identificados como problemáticos.

En las monarquías del golfo Pérsico es posible encontrar una expresión radical de este modelo: en los Emiratos Árabes Unidos o en Qatar, un 20% de la población goza de todos los derechos, mientras que el 80% de extranjeros, llevados allí por agencias privadas, confinados en barracones y sin la menor perspectiva de integración, se dedican a producir o trabajar en el sector servicios y la construcción.

La izquierda cuenta con una brújula política, un programa y una consigna: igualdad

Con proporciones demográficas y una historia distintas, el apartheid instaurado en Israel ofrece a los países europeos un modelo tanto más instructivo por cuanto este país —al que las derechas radicales ponen por las nubes— reivindica su anclaje democrático. La afirmación de la supremacía de los judíos sobre los palestinos no solo se traduce en acciones de fuerza ilegales (colonización, ejecuciones extrajudiciales, persecución por parte de los colonos, detenciones arbitrarias, tortura de prisioneros…), sino también en la aprobación de leyes que establecen un régimen de inferioridad jurídica. La aprobada por la Knéset el 19 de julio de 2018 dispone que “el derecho a ejercer la autodeterminación dentro del Estado de Israel está reservado únicamente al pueblo judío”. Como tanta legislación anterior, empezando por la “ley del retorno”, este texto de rango constitucional legaliza una discriminación en función del origen, relegando a los no judíos a la condición de inferiores. Aunque actuaron de conformidad con esta ideología de apartheid, los fundadores del país tuvieron buen cuidado de mantener una fachada democrática garantizando en la declaración de independencia de Israel “una completa igualdad de derechos sociales y políticos para todos sus ciudadanos”. El pasado 30 de marzo, la aprobación por una amplia mayoría de parlamentarios de una ley que castiga con la muerte a los palestinos declarados culpables de “asesinato terrorista” —pero no a los judíos israelíes responsables del mismo crimen— apunta no tanto a una nueva excepción a la norma sino a una forma de gobierno en toda regla: un sistema jurídico de dos velocidades que codifica la supremacía de una parte del pueblo sobre otra.

Cabe imaginar hasta qué punto este modelo podría inspirar a una extrema derecha francesa en teoría susceptible de franquear las puertas del poder en 2027 y que probablemente busque el modo de superar la contradicción demografía-inmigración sin agraviar a su electorado. El RN se ha comprometido a comenzar su eventual mandato con un gran referéndum sobre inmigración destinado a dotar de fundamento jurídico a la “prioridad nacional”(6). El proyecto de ley constitucional Ciudadanía-Identidad-Inmigración, presentado por Marine Le Pen el 25 de enero de 2024, ofrece un aperitivo del menú: la “prioridad nacional” elevada a la categoría de “derecho constitucional irrevocable”, abolición del derecho de suelo, “salvaguarda de la identidad de Francia” convertida en misión republicana, voluntad de “prohibir a las personas que posean la nacionalidad de otro Estado el acceso a puestos en la Administración, las empresas públicas y las personas jurídicas encargadas de una misión de servicio público”.

Obviamente, esta última disposición se dirige contra los binacionales, el 90% de los cuales son inmigrantes o descendientes de inmigrantes(7). Permite sortear el obstáculo de la Constitución, que prohíbe toda distinción basada explícitamente en el origen. Y es que, aunque una mayoría parlamentaria no tendría dificultad para someter a los extranjeros a regímenes jurídicos específicos, hacer lo propio con los franceses procedentes de la inmigración —muchos de los cuales poseen la plena ciudadanía— es otro cantar. Para hacerlos objeto de sus políticas sin designarlos como tales, el RN puede echar mano de categorías sustitutivas lo bastante correlacionadas con dicho origen como para tener efectos comparables. Aparte de la binacionalidad, existen otros mecanismos, como los signos religiosos (prohibición del velo en el espacio público) o la variable territorial. Esta última permite concentrar medidas específicas en espacios donde reside un gran número de inmigrantes o descendientes de inmigrantes sin tener por qué designar a determinados sectores de la población en razón de su ascendencia.

Los responsables políticos, por lo demás, ya recurren a esta lógica: controles de identidad concentrados en determinados barrios populares, delito de ocupación de zonas comunes de los inmuebles, operativos de “limpieza” realizados principalmente en los barrios del extrarradio, o bien los llamados “barrios de reconquista republicana” (QRR, por sus siglas en francés), creados por Emmanuel Macron para territorializar la acción policial. Al menor asomo de desórdenes, los líderes de la derecha clásica y extrema reclaman el estado de emergencia, toques de queda y “medidas de excepción” para esos barrios que Marine Le Pen o la política Valérie Pécresse califican de “zonas de no Francia”. En manos de un Gobierno del RN, estos mecanismos, ampliados y coordinados con otras restricciones, consolidarían el arsenal dirigido contra los derechos tanto de los extranjeros como de los franceses procedentes de la inmigración extraeuropea.

La maniobra se vería facilitada por una doble reacción antiuniversalista que lleva un cuarto de siglo en marcha. La de la derecha, que alimenta sin reposo la idea de una incompatibilidad republicana de la población musulmana, en la actualidad asociada al terrorismo y el oscurantismo; pero también la de una parte de la izquierda que exalta los particularismos culturales o religiosos de las minorías(8).

De ese modo, sin llegar tan lejos como Benjamín Netanyahu ni desgarrar el velo de las apariencias democráticas, un Gobierno de extrema derecha dispondría de numerosas herramientas para dar a su electorado esa “sensación de seguridad” que ha perdido a causa de la proximidad de unos inmigrantes “libres e iguales en derechos”. Para restablecer el orden, es probable que el RN prefiera, antes que la vía militar y policial del fascismo tradicional, una operación tanto simbólica como securitaria consistente en poner a “los inmigrantes” en su lugar: ese que se halla en lo más bajo de la escala social y que ya ocuparan los “obreros especializados” del sector automovilístico o agrícola en la década de 1970. Aquellos trabajadores recién llegados, sin derechos, sin familia, sin respaldo político, a merced de caseros sin escrúpulos y mantenidos por la dirección bien alejados de los “obreros profesionales” franceses o los inmigrantes ya establecidos, tejieron el tapiz de los años dorados del capitalismo (los llamados “treinta gloriosos”) que hoy añora hasta el hombre de derechas: “Antes era mejor”, sin duda, ya que un árabe no lo habría mirado por encima del hombro por la calle.

¿Se toparía el apartheid a la francesa con una resistencia mayoritaria? En la izquierda, seguramente, pero ¿sería suficiente? La derecha, subyugada por el “modelo israelí” de seguridad y política exterior, denuncia ya a quien le pone reparos. “Merece estimación el recuerdo por parte de los europeos del derecho internacional, pero esos ensalmos apenas llevan a nada”, explicaba el periodista Guillaume Roquette el 6 de marzo de 2026 en Le Figaro Magazine —semanario situado en la intersección de las derechas tradicionales y las extremas— refiriéndose a la “gran limpieza” israelí en Oriente Próximo. Un “razonamiento” análogo acogería sin duda alguna el derribo del derecho francés por parte de una extrema derecha en el poder.

Para luchar contra ella, tanto en ese terreno como en el económico, la izquierda cuenta con una brújula política, un programa y una consigna: igualdad.

(1)Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen, La Découverte, París, 2025.

(2)Gilles Pison, “En France comme en Europe, le solde migratoire compense l’excédent des décès sur les naissances”, Population & Sociétés, n.° 642, París, marzo de 2026.

(3)International migrant stock 2024. Key facts and figures, ONU, Nueva York, enero de 2025.

(4)Véase Loïc Wacquant, “Cuando la vida de los afroamericanos del Sur era más dura que durante la esclavitud”, Le Monde diplomatique en español, abril de 2024.

(5)Olivier Le Cour Grandmaison, De l’indigénat. Anatomie d’un “monstre” juridique: le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français, Zones, París, 2010.

(6)Véase Benoît Bréville, “La preferencia nacional, la solución de los charlatanes”, Le Monde diplomatique en español, noviembre de 2021.

(7)Cris Beauchemin, Christelle Hamel y Patrick Simon (dirs.), Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED Éditions, París, 2016.

(8)Véase Vivek Chibber, “El ‘universalismo’, un arma para la izquierda”, Le Monde diplomatique en español, mayo de 2014, y Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité, Raisons d’agir, París, 2009.

(9)Ugo Palheta, Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen, La Découverte, París, 2025.

(10)Gilles Pison, “En France comme en Europe, le solde migratoire compense l’excédent des décès sur les naissances”, Population & Sociétés, n.° 642, París, marzo de 2026.

(11)International migrant stock 2024. Key facts and figures, ONU, Nueva York, enero de 2025.

(12)Véase Loïc Wacquant, “Cuando la vida de los afroamericanos del Sur era más dura que durante la esclavitud”, Le Monde diplomatique en español, abril de 2024.

(13)Olivier Le Cour Grandmaison, De l’indigénat. Anatomie d’un “monstre” juridique: le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français, Zones, París, 2010.

(14)Véase Benoît Bréville, “La preferencia nacional, la solución de los charlatanes”, Le Monde diplomatique en español, noviembre de 2021.

(15)Cris Beauchemin, Christelle Hamel y Patrick Simon (dirs.), Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED Éditions, París, 2016.

(16)Véase Vivek Chibber, “El ‘universalismo’, un arma para la izquierda”, Le Monde diplomatique en español, mayo de 2014, y Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité, Raisons d’agir, París, 2009.

Benoît Bréville y Pierre Rimbert

Benoît Bréville es director de Le Monde diplomatique.

 

[Reproducido en www.gerardodelval.com]

quinta-feira, 6 de agosto de 2026

Le sort des indignés au Maroc

Depuis 1960, la rue marocaine n’a cessé de porter le même message, sous des formes différentes et à des générations différentes. Chaque mobilisation, chaque slogan scandé, chaque arrestation filmée relève d’un même geste : celui de rappeler à l’État l’existence d’une dignité bafouée. Mais au-delà du constat historique, une question de fond se pose, celle… 


Écrit par Les indignes 

La stigmatisation des indignés

Si un groupe d’individus décide d’occuper l’espace public en manifestation pour sa dignité, qu’est-ce que cela implique ?

D’abord, que ce peuple ne reconnaît pas qu’il éprouve une vie digne, que sa dignité a été atteinte. Qu’importe le nombre, qu’importe le point de vue idéologique ou le cadre d’analyse qui produit ce sentiment ou cette action. Et qu’importe le contexte, l’État devrait écouter et se doit de répondre. Pourquoi ? Car, vu les dispositifs démocratiques mis en place par l’État, la manifestation dans la rue devrait être comprise non seulement comme dernier recours pacifique des citoyens, mais surtout comme la preuve irréfutable de l’inefficacité desdits dispositifs administratifs. De ce fait, et constitutionnellement, il revient à l’État de réagir, et éventuellement au Roi comme arbitre suprême entre les institutions, puisque la finalité de tous est de garantir et préserver la dignité du peuple. En résumé, si le peuple déclare que sa dignité est touchée, tous devraient se mobiliser afin de réaligner les institutions au peuple…. En théorie.

Au Maroc, force est de constater que c’est l’inverse qui se passe : les mesures appliquées ont pour but de réaligner le peuple aux institutions. Comment ?

La première mesure prise est la répression des manifestations qui ne rentrent pas dans les cadres de l’État, et/ou qui n’exercent pas assez de pouvoir pour rendre la répression inefficace. Le mouvement GenZ212 comme dernier exemple nous montre les deux cas de figures. Lorsque les manifestants étaient éparpillés et non organisés : Des rafles arbitraires, les charges : Jeune. Puis lorsque les manifestations se sont mieux organisées dans les quartiers populaires, elles ont grandi en nombre et ont neutralisé la répression policière. Viens la seconde mesure : La diffamation. Séparatistes, gauchistes, bourgeois, pleureurs, jeunes ignorants manipulés, ennemis de l’État, servant des agendas externes, extrémistes, terroristes, criminels ou hors la loi … Le domaine médiatique est submergé de dénonciations et de jugements de valeurs, que cela soit ouvertement (Surtout sur les réseaux sociaux) ou par la mise en scène. C’est un double jeu : D’abord, la diffamation mobilise l’enjeu sécuritaire qui, par son urgence, fait oublier les revendications des manifestations face aux risques qu’ils pourraient présenter. Puis, l’État rassure : Nous avons initié un dialogue, mais ce sera à nous de choisir avec qui dialoguer. C’est ici où la mise en scène devient visible. Ce choix nous montre qui il faut être pour être écouté. Dans le cas de GenZ212, il fallait être un journaliste populaire sur les réseaux ou faire partie de la jeunesse d’un parti politique reconnu. En gros, il faut être capable de jouer le jeu, de bien parler, d’être articulé, d’échanger avec les outils du pouvoir pour permettre aux membres du gouvernement de faire semblant qu’ils concèdent à un dialogue, qu’ils sont ouverts et qu’ils font ce qu’ils peuvent.

En bilan, l’État regagne le pouvoir en effectuant une redistribution de la dignité à de nouvelles catégories qui émergent du contexte. En effet, l’État partage momentanément sa légitimité aux personnes qui permettent cette mise en scène. Ces catégories de personnes émergent par l’articulation des rapports pouvoir traversant la société. D’un côté, un mouvement social national conduit par des jeunes rend la figure du jeune importante et la replace au centre du débat. Néanmoins, n’importe quel jeune est digne de parler à l’État. Il faut qu’il soit éduqué, adhérant à un parti politique, âgé entre 15-30 ans et visible. Cette redistribution a même été formalisée à la suite du mouvement GenZ 212 par les facilités offertes à cette fine tranche de la société pour participer aux élections législatives 2026. En résultat de cette mise en scène les autres, ceux qui n’appartiennent pas à cette tranche de la fine société, gardent les étiquettes : illettrés, non-éduqués, gâtés révoltés, paresseux, insatisfaits de tout, gauchistes du dimanche, nihilistes, pessimistes ou que sais-je encore… Négationnistes ?

La promotion et la promulgation de ces catégories par tous les appareils de l’État est de nouveau un phénomène intéressant. Premièrement : C’est une atteinte à la dignité à une catégorie de personnes qui ne rentrent pas dans les cadres qui arrangent l’État. Celui-ci, donc, stigmatise une partie de la population constitutionnellement égale aux autres tranches. Et s’ils existaient vraiment ? Et qu’elles représentent un réel danger public ? C’est à l’État de démontrer et de définir clairement qui sont ces personnages, d’établir les raisons qui les construisent et de produire des mesures qu’il prend au niveau de l’éducation et des politiques publiques afin d’éviter que des gens si exécrables ne pourrissent plus notre société ! Faute de ces études, il est laissé aux citoyens eux-mêmes de comprendre, surtout d’interpréter, à travers les diverses mises en scène, poursuites judiciaires, emprisonnements, répressions, assassinats et toutes autres atteintes à la dignité quel est le citoyen que l’État considère digne. De notre côté, les indignés, il nous reste à déduire que la production de ces catégories est une nouvelle preuve de comment l’État pousse le peuple à se réaligner à ses « institutions ».

La dignité ne se limite pas au symbole

Depuis 1960, les mouvements sociaux au Maroc ont, pour l’essentiel, réclamé des droits fondamentaux : la santé, l’éducation, la justice sociale

Les rues de Casablanca gardent encore la mémoire des coups de feu et du grondement des chars lors des émeutes de 1981. Les murs de Rabat portent encore l’écho des cris des militants du Mouvement du 20 février.  

Il faut se garder d’un oubli : la dignité dont il est question ici ne se limite pas aux mots et aux symboles. Les offenses faites au peuple marocain ne relèvent pas seulement du discours ; elles relèvent aussi des faits et de la chair. Depuis 1960, les mouvements sociaux au Maroc ont, pour l’essentiel, réclamé des droits fondamentaux : la santé, l’éducation, la justice sociale. Les rues de Casablanca gardent encore la mémoire des coups de feu et du grondement des chars lors des émeutes de 1981. Les murs de Rabat portent encore l’écho des cris des militants du Mouvement du 20 février. Et les écrans diffusent aujourd’hui les images des personnes interpellées lors du mouvement GenZ212, qui scandaient toutes le même mot d’ordre : « Liberté, dignité, justice sociale ». Depuis plus de soixante ans, le peuple réclame sa dignité à un régime qui, lui, protège scrupuleusement la sienne — et celle des siens.

Si la dignité du peuple marocain est un jour appelée à demeurer aussi étroitement liée à celle du Roi qu’elle l’a toujours été, alors le silence face aux revendications de dignité populaire, opposé à la réactivité immédiate dès que la dignité du Roi ou des institutions est touchée, ne fait que creuser le fossé entre le Roi et son peuple. Ce déséquilibre pourrait s’aggraver avec le temps : il n’est pas impossible qu’un jour, le mécontentement populaire en vienne à se confondre lui-même avec une atteinte à la dignité du Roi ou des institutions — ou aux deux à la fois. Une loi qui punirait le mépris verbal envers le peuple, sans qu’aucun effort équivalent ne soit fait pour garantir sa dignité économique et sociale, resterait donc une coquille vide : un symbole qui masquerait l’essentiel plutôt que de le servir.

Une architecture juridique protectrice… sauf pour le peuple

Il existe au Maroc un paradoxe juridique que peu de citoyens connaissent, mais que chacun ressent instinctivement : offenser le Roi coûte jusqu’à deux ans de prison. Offenser un fonctionnaire public, jusqu’à un an. Offenser une institution constitutionnelle, une peine ferme également. Mais offenser le peuple marocain dans son ensemble — le traiter de « peuple d’ânes », le rabaisser collectivement, insulter sa dignité en tant que nation — on ne voit, dans les faits, personne être poursuivi pour cela. Ce silence n’est pas un détail technique. Il révèle une hiérarchie implicite des dignités que notre droit pénal n’a jamais corrigée.

Le Code pénal marocain est pourtant loin d’être avare en dispositifs de protection de l’honneur. L’article 179 sacralise la personne du Roi et de la famille royale. Les articles 263 et 265 protègent les fonctionnaires publics et les institutions publiques contre toute atteinte à leur autorité. Les articles 442 à 444 permettent à tout individu de poursuivre celui qui porte atteinte à son honneur personnel par diffamation ou injure. Chaque maillon de l’appareil d’État, chaque citoyen pris individuellement, dispose ainsi d’un recours.

Mais le peuple, en tant que corps politique et symbolique, n’a pas de statut pénal propre. Quand un discours généralise le mépris à l’ensemble des Marocains — les qualifiant collectivement d’ignorants, de médiocres, d’indignés — aucun texte ne permet de le qualifier pour ce qu’il est réellement : une atteinte à la dignité nationale, distincte de l’atteinte à l’honneur d’un individu ou d’une institution.

Le coût d’un silence

Cette absence a un coût concret. Elle prive les citoyens d’un recours légitime et cohérent face à des discours de mépris collectif, qu’ils viennent de responsables publics, de figures médiatiques ou d’acteurs étrangers. Elle oblige les tribunaux à des contorsions juridiques — chercher un recours du côté de l’article 431-5, qui vise l’incitation à la haine envers une partie du peuple, ou de l’article 443, qui protège l’individu contre l’insulte, faute d’un texte qui vise le peuple dans son ensemble — des contorsions qui affaiblissent la lisibilité du droit et alimentent le soupçon que seuls les individus ou certains groupes comptent vraiment aux yeux de la loi, jamais le peuple pris comme un tout. Car ni l’un ni l’autre de ces textes ne nomme, ni ne protège, la dignité du peuple marocain pris comme un corps unique et indivisible — une entité à part entière, distincte de la somme des individus qui la composent.

Or cette loi n’est pas tombée du ciel : elle est produite par un appareil législatif censé, en démocratie, représenter le peuple lui-même. Plusieurs propositions de loi ont été rédigées, discutées, votées au fil des décennies pour encadrer les offenses faites au Roi, aux institutions constitutionnelles, aux fonctionnaires publics. Des députés y ont consacré du temps, des débats, des arbitrages. Comment expliquer alors que ces mêmes institutions, depuis leur création, n’aient jamais institué de protection légale pour la dignité du peuple ? L’article 2 de la Constitution marocaine dispose que « la souveraineté appartient à la nation ». La Constitution fait par ailleurs du Roi le garant de cette souveraineté, l’arbitre suprême entre les institutions. Que dire, alors, des offenses et des insultes portées à ce peuple souverain — ce même peuple qui a fait naître les institutions chargées, elles, de protéger sa dignité à lui, le Roi ?

Ce n’est pas la seule faille : la hiérarchie traverse tout notre droit

Il faut se méfier d’une lecture trop étroite de ce vide juridique. Le réduire à un simple oubli du législateur sur la seule question de l’insulte reviendrait à manquer l’essentiel. Car ce vide n’existe pas isolément : il s’inscrit dans un système où, à plusieurs reprises, la loi choisit de développer en détail les droits d’une partie — l’État, l’institution, l’autorité — tout en laissant l’autre partie sans texte équivalent pour se défendre.

Ce choix n’est jamais neutre. Il traduit une hiérarchie de priorités qui préexiste au texte lui-même : on protège en premier lieu ce qui incarne le pouvoir et la continuité de l’État, et l’on considère, implicitement, que le peuple pris comme collectif n’a pas la même urgence à être défendu. C’est cette hiérarchie de priorités, plus que tel ou tel article manquant, qu’il faudra un jour interroger frontalement. Car tant qu’elle demeure intacte, on pourra ajouter autant d’articles que l’on voudra sur l’insulte au peuple : le problème de fond, lui, continuera de se reproduire ailleurs, sous d’autres formes, dans d’autres textes.

Mais la loi seule ne suffira jamais

Le premier responsable de la dignité du peuple, c’est le peuple lui-même. 

Cela dit, il faut se garder d’une illusion : aucun texte de loi, aussi bien rédigé soit-il, ne rendra au peuple sa dignité à sa place. La loi peut sanctionner le mépris affiché ; elle ne peut pas fabriquer le respect, ni la justice sociale, ni la considération politique. Ceux-ci se conquièrent. L’histoire — au Maroc comme ailleurs — enseigne que la dignité d’un peuple ne lui a jamais été offerte par décret : elle a toujours été arrachée par sa propre parole, sa propre mobilisation, sa propre exigence répétée sans relâche.

Attendre passivement qu’un article de loi ou qu’une réforme venue d’en haut vienne consacrer cette dignité serait une erreur 

Le premier responsable de la dignité du peuple, c’est le peuple lui-même. Attendre passivement qu’un article de loi ou qu’une réforme venue d’en haut vienne consacrer cette dignité serait une erreur : elle ne se décrète pas, elle se défend. Il appartient donc à chaque citoyen de parler, de revendiquer, de refuser le silence face au mépris — qu’il soit verbal ou matériel — car aucune institution ne se battra jamais pour une dignité que le peuple lui-même n’exige pas.

 

[Source : www.enass.ma]

Els nord-catalans podran tenir el títol de batxillerat amb menció de català

El govern francès autoritza que es pugui fer una especialitat de l’examen en “llengua regional” i que consti en el diploma

El govern francès ha confirmat que els alumnes podran fer l’examen de batxillerat d’una de les especialitats en una “llengua viva regional”, en català en el cas dels estudiants de la Catalunya Nord i en el diploma hi figurarà la menció de “cursus bilingüe” en aquesta llengua. El canvi no es materialitzarà fins al 2028, després que els alumnes del primer curs de batxillerat del curs vinent hagin completat aquests estudis el curs 2027-2028.

D’aquesta manera, un alumne que hagi seguit el primer i el segon curs en una llengua dita “regional” podrà presentar-se a la prova d’una de les seves dues especialitats en aquesta llengua. Això vol dir que no es podrà examinar de tot el batxillerat en aquest idioma i que la mesura no afecta els alumnes que el curs vinent faran el segon curs de batxillerat.

Els estudiants també podran fer l’examen oral en la seva llengua en una de les especialitats sempre que el tribunal autoritzi que es pugui fer d’aquella matèria.

Avenç

Tot i les limitacions de la mesura, la menció en una llengua “regional” al títol del batxillerat és un avenç, ja que, fins ara, els cursos bilingües només es podien fer en llengües vives estrangeres, en el marc d’un batxillerat internacional o un doble batxillerat. 

La mesura anunciada pel govern francès tindrà, però, un impacte limitat perquè, segons un informe del Senat francès de l’octubre de 2025, només 13.091 dels més de 250.000 estudiants d’institut estan matriculats en centres que ofereixen ensenyament en “llengua regional”.

[Font: www.diaridelallengua.cat]