quinta-feira, 19 de março de 2026

No comboio

 


Escrito por Maria do Rosário Pedreira

O comboio faz parte de muitos livros de viagens, mas não só, pois existe em variadíssimos enredos literários. Assim sem pensar muito, lembro-me do êxito recente de A rapariga no comboio, de Paula Hawkins, mas também de Morte no Expresso do Oriente, de Agatha Christie, A mais preciosa mercadoria, de Jean-Claude Grumberg (cuja trama se passa num comboio para Auschwitz), Comboios rigorosamente vigiados, de Bohumil Hrabal, ou O desconhecido do Norte Expresso, de Patricia Highsmith, que deu um filme incrível de Hitchcock. A LeYa concebeu este ano um comboio literário, em que os leitores viajam ao lado de uma vintena de escritores a quem podem pedir autógrafos e opiniões.

A viagem faz-se de Lisboa a Évora, inclui visita à Feira do Livro desta cidade, um pequeno concerto de Luísa Sobral (também escritora, não esqueçamos), uma ida a Vila Viçosa, jantar, dormida e regresso.

Tudo em carruagens bonitas, com livraria e bar. Esgotou, assim que anunciada na última sexta, esta viagem no comboio literário que tem o Alentejo por destino, mas talvez vá até outros lados noutras datas. Se não conseguiu bilhete, não desanime. 

 

[Fonte: horasextraordinarias.blogs.sapo.pt]

Italie : la Cour constitutionnelle valide les restrictions de Giorgia Meloni sur la nationalité pour les descendants d’Italiens nés à l’étranger

La Cour constitutionnelle italienne a validé la réforme portée par le gouvernement de Giorgia Meloni, qui restreint l’accès à la nationalité pour les descendants d’Italiens nés à l’étranger. 

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, au Parlement italien, le 11 mars 2026.



Écrit par
Léandre Genet

 

En rejetant les recours introduits notamment par un tribunal de Turin, les juges ont confirmé la légitimité du recentrage du « droit du sang » sur les générations les plus proches de la péninsule. Cette décision consacre un tournant pour des millions de personnes qui revendiquaient, parfois depuis des années, la citoyenneté italienne au titre de leurs origines familiales.


L’arrêt vient sceller la réforme adoptée en 2025, qui limite désormais la transmission automatique de la nationalité aux enfants et petits-enfants d’Italiens, rompant avec une tradition de transmission illimitée dans le temps. Rome justifie ce resserrement par la nécessité de lutter contre la « commercialisation » des passeports et de rétablir un lien plus substantiel avec la communauté nationale. Les associations de descendants dénoncent, elles, une rupture de confiance et une inégalité nouvelle au sein de familles dont seuls certains membres conserveront la nationalité, selon CNN.

Une victoire politique pour Giorgia Meloni

En confirmant la constitutionnalité du texte, la Cour offre une victoire politique symbolique au gouvernement Meloni, qui avait fait de la réforme de la citoyenneté un marqueur de sa politique migratoire et identitaire.


La haute juridiction a estimé que les critiques visant la rétroactivité et la rupture d’égalité étaient « partiellement infondées et partiellement irrecevables », selon le communiqué publié à l’issue de l’audience. Un arrêt plus détaillé doit être rendu dans les prochaines semaines, mais le signal est déjà clair : le cadre juridique actuel est jugé compatible avec la Constitution.


Pour l’exécutif, cette validation met fin à une longue zone d’incertitude ouverte par les renvois préjudiciels des juges de Turin et d’autres tribunaux italiens. Elle conforte la ligne défendue par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, auteur du « paquet citoyenneté » qui a inspiré la réforme. À droite, plusieurs responsables saluent une clarification « nécessaire » face à une diaspora numériquement croissante et jugée parfois déconnectée de la réalité italienne contemporaine.


Les oppositions de centre gauche et les formations progressistes dénoncent en revanche un « repli identitaire » et un affaiblissement symbolique du lien entre l’Italie et ses communautés à l’étranger. Certains juristes critiquent une lecture trop restrictive du principe d’égalité, pointant le risque d’un traitement différencié entre descendants ayant déjà obtenu la nationalité et ceux dont la procédure reste en suspens.


Plusieurs recours devant la Cour de cassation et les juridictions européennes sont déjà évoqués par les avocats mobilisés contre la réforme.

Des millions de descendants concernés

Avant la réforme, il suffisait de démontrer l’existence d’un ancêtre italien vivant après 1861 pour faire reconnaître sa citoyenneté, même plusieurs générations plus tard. Désormais, toute personne née à l’étranger ne peut prétendre à une reconnaissance automatique que si au moins un parent ou un grand-parent est né en Italie, et sous réserve de conditions de résidence plus strictes. Ce changement met fin à la logique de transmission illimitée, qui avait permis une forte croissance du nombre d’Italiens enregistrés à l’étranger ces dernières années.


Selon des estimations relayées par la presse italienne et internationale, des millions de personnes d’origine italienne, en Amérique latine comme en Europe, pourraient perdre la possibilité juridique d’obtenir le passeport italien. Des dossiers déjà déposés mais non aboutis risquent d’être frappés d’irrecevabilité, créant des situations où « un frère aura la nationalité, l’autre non », selon les avocats engagés dans ces contentieux. Pour les États d’accueil, la décision italienne pourrait avoir des effets collatéraux sur les stratégies de mobilité et de naturalisation de ces diasporas, alors que le passeport italien ouvrait l’accès à l’espace européen.


Les défenseurs des descendants promettent de poursuivre le combat sur le terrain judiciaire, en Italie et au niveau européen, estimant que le droit à la citoyenneté ne peut être réduit à un simple « lien fictif » avec le pays d’origine. À l’inverse, Rome assume une redéfinition plus restrictive de la communauté nationale, recentrée sur un « lien véritable » de résidence, de langue et de participation à la vie du pays. 

 

 

[Photo : Andreas SOLARO / AFP via Getty Images - source : www.epochtimes.fr]

 

Da Gaza al Libano e all'Iran: la normalizzazione dell'atrocità

L'erosione del diritto internazionale è ormai palese

Riprese effettuate da droni che mostrano file di fosse appena scavate a Minab in Iran, dove oltre 150 alunne sono state uccise da un bombardamento aereo degli Stati Uniti. Screenshot acquisito dal video pubblicato su Facebook dalla Reuters

scritto da Walid El Houri

tradotto da Amanda Mazzinghi


Nei due anni in cui il genocidio [en, come tutti i link seguenti, salva diversa indicazione] di Gaza si è consumato in diretta davanti agli occhi del mondo, i segnali c'erano tutti. Per decenni, abbiamo documentato l'ipocrisia alla base del diritto internazionale e come lo sdegno “selettivo” internazionale per i conflitti abbia contribuito solo ad alimentarli. Oggi, questi segnali non sono più teorici, ma si stanno manifestando in tempo reale nell'Asia occidentale, dal momento che la normalizzazione dei crimini di guerra di Gaza sta fungendo da modello per i nuovi teatri di distruzione in Libano e Iran.

Il precedente di Gaza

La guerra genocida di Israele a Gaza non è mai stata un episodio isolato. È stata l'iterazione estrema di una dottrina che è in incubazione da decenni ed è stata facilitata da decenni di impunità. La dottrina israeliana di Dahiya”, applicata nella capitale libanese durante la guerra del 2006, mirava esplicitamente a distruggere le infrastrutture civili o a provocare il “domicidio” (distruzione sistematica di abitazioni e infrastrutture civili) allo scopo di punire collettivamente la popolazione civile per fare pressioni sul governo. Questa dottrina, che prende il nome da “Dahiya” (letteralmente “sobborgo”), un quartiere meridionale di Beirut, ha creato un pericoloso precedente: quello di rendere la punizione collettiva delle popolazioni civili una strategia militare pubblicamente legittima e impunita.

Gaza ha rappresentato la versione estrema di questo approccio. Nell'odierna guerra degli Stati Uniti e di Israele contro il Libano e l'Iran, vediamo la ripetizione dello stesso modello. Le tattiche sono ormai note, la retorica omogenea e la reazione internazionale, o meglio l'assenza di reazione, è distorta, com'era prevedibile.

Un modello pericoloso

Il Libano, diventato il secondo teatro principale di guerra nel 2024 e nuovamente nel 2026, rispecchia il playbook di Gaza anche se con qualche adattamento regionale. Lo sfollamento della popolazione civile da Dahiya, dal Libano meridionale e dalla Valle della Beqa, pari a circa 1 milione di persone, segue la stessa strategia di ingegneria demografica: forzare l'allontamento dei civili e in particolare della comunità sciita, distruggere il territorio, tra cui infrastrutture e abitazioni, e avvelenare il terreno in modo da eliminare ogni forma di vita.

Gli operatori sanitari libanesi sono stati vittime di attacchi mirati e ci sono state numerose segnalazioni di minacce ed evacuazioni di ospedali. Ciò riecheggia gli attacchi sistematici alle infrastrutture sanitarie di Gaza, dove ambulanze, personale sanitario e ospedali sono stati regolarmente presi di mira. Gli attacchi israeliani ai peacekeeper delle Nazioni Unite nel Libano meridionale sono un'altra pericolosa escalation, che ha comportato poche ripercussioni per gli aggressori ma ha indebolito il diritto umanitario internazionale e la protezione offerta dalle forze di peacekeeping. 

In Iran, gli attacchi alle infrastrutture civili hanno provocato distrastri ambientali di proporzioni catastrofiche. Il bombardamento dei depositi di petrolio a Teheran e in altre città iraniane ha scatenato una crisi ambientale che avrà effetto sulle generazioni future. Questi attacchi alle infrastrutture civili, tra cui impianti di desalinazione, impianti petroliferi e servizi pubblici, rappresentano un'evidente violazione del diritto umanitario internazionale. Anche in questo caso, le ripercussioni per gli aggressori sono state minime.

L'articolo 54 del Protocollo aggiuntivo I della Convenzione di Ginevra vieta esplicitamente attacchi a qualunque cosa sia indispensabile per la sopravvivenza della popolazione civile, tra cui generi alimentari, raccolti, bestiame, installazioni di acqua potabile e impianti di irrigazione. 

La retorica del terrore

L'elemento forse più inquietante è la retorica pubblica dei funzionari statunitensi e israeliani. In un post recente su Truth Social, il Presidente statunitense Donald Trump ha minacciato che “gli Stati Uniti avrebbero agevolmente eliminato gli obiettivi facilmente distruttibili, rendendo virtualmente impossibile la loro ricostruzione da parte dell'Iran come nazione”, aggiungendo che il paese sarebbe stato colpito da morte, fiamme e furore. Queste affermazioni non rappresentano solo una forma di retorica provocatoria ma minacce esplicite di una punizione collettiva.

Le affermazioni di Trump non un episodio singolo dal momento che anche il Ministro della guerra, Pete Hegseth, ad esempio, ha affermato che “gli unici che devono preoccuparsi sono gli iraniani, che pensano di riuscire a sopravvivere”. Non molto diverse le parole di Lindsey Graham, senatrice statunitense del South Carolina, nonché  stretta collaboratrice di Trump e accanita sostenitrice di Israele, che ha dichiarato: “Abbiamo raso al suolo Berlino e Tokyo. Abbiamo forse sbagliato a sganciare una bomba atomica per porre fine al regno del terrore giapponese? … Se fossi nei panni di Israele, avrei probabilmente fatto la stessa cosa”. 

A ciò si aggiungono le innumerevoli affermazioni documentate dei funzionari israeliani che hanno apertamente annunciato il loro intento di commettere un genocidio e che, in tempi più recenti, hanno esplicitamente confermato la loro intenzione di reitare i crimini commessi a Gaza anche a Beirut e Teheran. 

Queste dichiarazioni pubbliche non sono semplici “spacconate”, ma un avvertimento preventivo delle violazioni che intendono compiere. Quando funzionari pubblici annunciano la loro intenzione di rendere impossibili le condizioni di vita di un gruppo di persone, ammettono praticamente che intendono violare i principi fondamentali del diritto internazionale, ovvero di mettere in atto ciò che rientra nella definizione di genocidio, tra cui “infliggere volutamente su un gruppo condizioni di vita, mirate a provocarne l'eliminazione fisica completa o parziale”. Abbiamo visto ripetutamente i funzionari statunitensi e israeliani vantarsi dei crimini pianificati prima ancora di compierli, prima a Gaza, poi in Libano e infine anche in Iran. 

Sdegno “selettivo”

Mentre le condanne contro l'Iran ed Hezbollah, l'imposizione di sanzioni e il dispiegamento di eserciti si verificano con prevedibile regolarità, c'è un silenzio assordante sugli aggressori che sono responsabili non solo di aver iniziato la guerra in corso, ma anche di crimini di guerra infinitamente più gravi e sicuramente più letali. È il caso, ad esempio, dell’uccisione di oltre 175 iraniani, molti dei quali erano alunne di una scuola, il primo giorno dell'attacco statunitense. Lo sdegno “selettivo” della comunità internazionale rivela l'ipocrisia alla base del cosiddetto “ordine internazionale basato sul diritto” e conferma la necessità di trovare misure di protezione alternative da parte di chi non si sente protetto da tale ordine.

Ciò che rende questo doppio standard particolarmente evidente è il calcolo economico alla base di tale silenzio. Sembra che l'unica cosa che conti sia mantenere aperto lo Stretto di Hormuz in modo che il petrolio possa continuare a essere esportato e il denaro possa passare di mano in mano. La vita dei civili in Libano e Iran, come altrove nella regione, sembra essere subordinata agli interessi economici.

La fine del ruolo di facciata del diritto internazionale

Quello a cui stiamo assistendo oggi non è solo l'escalation di un conflitto, ma la fine del ruolo del diritto internazionale come mezzo significativo, benché limitato, per contenere l'azione degli stati più potenti. Quando i crimini di guerra vengono annunciati in anticipo e commessi apertamente, quando lo sfollamento di civili diventa l'obiettivo dichiarato e quando la distruzione dell'ambiente viene considerata un danno collaterale, il passaggio dall'area grigia della legalità a un mondo dove il nuovo diritto è  la forza brutale è già un dato di fatto.

Il mancato intervento della comunità internazionale, il suo sdegno “selettivo” e la complicità economica puntano sempre alla stessa conclusione.

Il Presidente della Commissione europea, Ursula von der Leyen, e l'Alto commissario per gli  affari esteri e la politica di sicurezza, Kaja Kallas, hanno apertamente preso atto del collasso dell'ordine giuridico internazionale quando hanno invitato l'Europa ad adattarsi a “un ordine mondiale caotico e coercivo” alla luce delle “crescenti violazioni del diritto internazionale”. Nel suo discorso del marzo 2026, von der Leyen ha ammesso che “l'Unione europea non è in grado di risolvere ogni questione globale o riconciliare perfettamente i propri valori e interessi in ogni occasione”, indicando di fatto che l'Unione europea ha già accettato la realtà che si è sostituita al diritto internazionale.

Questa ammissione di impotenza arriva in un momento in cui la stessa Unione europea è uno dei responsabili principali della situazione attuale. Dopo decenni di arrendevolezza nei confronti delle politiche di occupazione israeliane, di silenzio complicito sulla punizione collettiva inflitta a Gaza e di priorizzazione della sicurezza energetica a scapito dei diritti umani, l'Unione europea ha di fatto favorito la normalizzazione di crimini di guerra che oggi vengono replicati in Libano e Iran. 

Gli interessi strategici del blocco, tra cui mantenere l'accesso ai flussi di petrolio che transita attraverso lo Stretto di Hormuz, hanno sistematicamente sostituito l'impegno dichiarato dell'Unione europea a favore del diritto internazionale. Ciò rende l'invito di adattamento della von der Leyen non un semplice riconoscimento di circostanze esterne, ma un'ammissione del contributo dell'Unione europea stessa allo smantellamento del contesto giuridico che afferma di tutelare.

In un recente discorso durante la Conferenza di Monaco sulla sicurezza, Marco Rubio, il Segretario di stato statunitense, ha invitato gli alleati europei a “non lasciarsi limitare dal senso di colpa e dalla vergogna” per la loro “cultura ed eredità”, sollecitando un ritorno “all'era del dominio occidentale”. Rubio ha poi continuato dicendo: “L'abbiamo fatto già una volta in passato e questo è quello che il Presidente Trump e gli Stati Uniti vogliono nuovamente creare insieme a voi”. Il suo discorso, che invitava a resuscitare uno dei secoli più brutali della storia dell'umanità, caratterizzato da colonialismo e schiavitù, non è stato accolto con orrore ma con una standing ovation da parte dei leader europei presenti.

Un futuro dove l'atrocità è la nuova norma

Questo modello è destinato a essere reiterato a meno che non cambiano la coscienza globale e il volere politico delle persone che vivono nei paesi che producono le armi più avanzate del mondo e scatenano guerre in altri paesi. Non perché il prezzo della benzina aumenta, ma perché finanziare crimini di guerra in loro nome è sbagliato. 

La normalizzazione di questi crimini di guerra ha creato un precedente pericoloso o meglio il ritorno alla tradizione del colonialismo più brutale, che può essere applicato ovunque, in qualunque momento e per l'ennesima volta. Quando stati potenti sono autorizzati ad agire con impunità, annunciare la loro intenzione di commettere atrocità e successivamente commetterle senza conseguenze, l'intero contesto del diritto internazionale diventa privo di significato, anche quando funge solo da copertura.

Il monito lanciato oltre due anni fa, ossia che Gaza era la matrice che preannunciava un futuro desolante per tutto il mondo, non era un'esagerazione. Era una constatazione oggettiva della direzione che il mondo stava prendendo. Oggi, il futuro non è solo più vicino, è diventato il presente.

Il punto non è più se queste azioni siano o meno crimini di guerra perché abbiamo già prove sufficienti per determinarlo. Il punto è invece se il mondo troverà il coraggio di ammettere la verità e ritenere i potenti responsabili, imponendo sanzioni ai criminali e adottando provvedimenti concreti per esercitare pressioni, o se proseguirà lungo la strada della complicità continuando a rimanere in silenzio o manifestando il consueto sdegno “selettivo”.

La risposta a questa domanda determinerà non solo il futuro del Libano, dell'Iran e della Palestina, ma anche il futuro del pianeta che sta crollando sotto la pressione della distruzione creata dall'uomo.


[Fonte: www.globalvoices.org]

quarta-feira, 18 de março de 2026

António Lobo Antunes ou l’ordre naturel de la langue

António Lobo Antunes est mort le jeudi 5 mars à Lisbonne à 83 ans. Nous perdons l’un, peut-être le plus grand écrivain contemporain. Il a inventé une manière de dire le monde, de faire tenir ensemble l’individu et le réel, qui bouleverse l’ordre narratif à un point si extrême et si virtuose qu’il a changé notre manière de lire, de sentir le texte. Labeur sisyphéen d’une vie entière pour un homme qui éprouvait la littérature comme la vie. Au-delà de l’admiration absolue, nous sommes tristes de perdre un homme étonnant et profond, un peu ours et si drôle, de savoir aussi que les voix qu’il a inventées ne peupleront désormais, dans un paradoxe ultime, que notre mémoire. Mais comme il le rappelait, les livres sont infinis, définitivement inachevés.

Antonio Lobo Antunes

Écrit par Hugo Pradelle

Lire António Lobo Antunes est une expérience qui ne ressemble à aucune autre. Il disait d’ailleurs : « Ce que je voudrais ce n’est pas qu’on me lise, mais qu’on vive le livre. » C’est quelque chose de physique, d’intérieur, de viscéral. Quelque chose qui ne se raisonne pas. On admet son écriture ou pas, on y plonge avec une confiance absolue ou on demeure sur le bord, méfiants. Il faut dire que son écriture nous happe, nous enveloppe, nous retourne, nous entraîne. Qu’elle bouleverse quelque chose en nous. Qu’on y perd et qu’on y gagne une part de soi. C’est une expérience de lecteur rare, sublime, presque ineffable. Comme s’égarer dans une obscure forêt de conte de fées, s’effrayer de rien, des formes du monde, des silhouettes fantomatiques et insaisissables des autres, de soi-même aussi. On y rencontre des figures, des personnages, des voix qui ne peuvent plus nous quitter, qui s’incorporent à nous-mêmes. On s’y confronte à un ordre du langage inédit, à une prose qui pulvérise le réel et les paroles qui le hantent, à une manière de concevoir le roman si totale, si puissante, que l’on doit admettre de ne pas en sortir indemne. 

Dans le troisième volume de ses Chroniques, il écrit : « Parcourez mes pages comme si vous étiez dans un rêve car c’est dans ce rêve, dans ce jeu d’ombres et de lumières, que vous saisirez l’essence du roman avec une intensité qui vous révélera le fond irrationnel de votre préhistoire. Puis, le voyage achevé / et le livre refermé / vous entrerez en convalescence. J’exige que la voix du lecteur se mêle à celle du roman / du poème, de la vision, ou de tout autre nom que vous lui donnerez / pour qu’il trouve son équilibre parmi les démons et les anges de la terre. » Si on accepte cet inconnu, ce trouble, le vide qu’ils font béer devant nous, si on prend le risque d’un grand partage, d’y croire, de se laisser faire, d’accepter de ne pas comprendre tout, alors débute une aventure absolue, enchanteresse, un compagnonnage merveilleux. 

C’est un écrivain qui ne nous quitte pas. Ou qu’on ne quitte pas. Comment dire ? Lorsque les voix qui habitent ses livres nous touchent, nous attrapent, on ne peut s’en dépêtrer. Elles gagnent une part dans nos existences, elles y laissent des traces, inscrivent des luminescences dans la ténèbre de la vie. Peu d’écrivains atteignent cette sorte de hantise ou ordonnent des langues propres, altérées à la mesure de ce qu’ils éprouvent, vivent ou partagent par le geste de la fiction, à la mesure du romanesque. Il fait partie, assurément, de cette confrérie des écrivains immenses qui changent la vie, qui changent la prose, qui font vaciller quelque chose du langage, de ce qu’il bouleverse de la perception que nous avons de nous-mêmes. Car s’il raconte des expériences, s’il explore leur épaisseur, s’il travaille leur densité, Lobo Antunes ne raconte pas d’histoires, ne se limite pas à la complexité de trames romanesques. Il cherche, essaie des formes, pousse le plus avant possible des organisations verbales. Comme il le confie à María Luisa Blanco dans leurs entretiens parus en 2004 : « Peu à peu je me suis de plus en plus intéressé au style, à l’épuration de la forme et du mot. »

Son œuvre obéit à un mouvement, à une direction que l’expérience de l’écriture impose. Car pour Lobo Antunes, c’est l’effort d’écrire, le geste physique, sa durée, sa reprise, son épuisement qui comptent. il y revient toujours, à l’organisation du texte, à son adéquation avec les possibles qu’il engage ou qu’il figure. Ses livres ordonnent des expériences de langue, ils forcent à admettre que la littérature est une affaire de forme, d’agencement de mots. Ni plus, ni moins. L’écrivain n’est rien d’autre qu’un praticien du langage, quelqu’un qui en admet l’épreuve, qui, modestement, essaie de le transformer. Il imagine, pas à pas, un autre ordre du langage, une forme verbale qui excède ses contingences habituelles. Il semble donner un volume à un plan, offrant des points de coordonnées démultipliés au texte. Et chacun d’entre nous doit apprivoiser cette langue, la forme singulière de ses livres – que tant d’écrivains tentent d’imiter sans y parvenir vraiment –, cette composition par séquences verbales d’une longueur voisine qui s’interrompent pour y intégrer des paroles orales qui entrecoupent un récit plus ou moins discontinu. Passé la stupeur ou le désarroi, le lecteur saisit des mécaniques, des reprises, des signes et des indices qui l’informent de variations dans les locuteurs et les temporalités qui se partagent un même tissu textuel. C’est une polyphonie dans la polyphonie. Une sorte de récit impossible qui advient dans sa diffraction même, dans une combinatoire qui semble infinie.  

Aucun écrivain n’est parvenu à cette virtuosité formelle qui semble n’être qu’un flux, à cette complexité évidente, à cette sorte de miracle qui fait qu’on comprend un texte, ses enjeux, sa trame, ses rapports, sans s’en rendre compte. Car oui, si on accepte de ne pas tout comprendre immédiatement, si on se laisse emporter par les voix qui peuplent les romans de Lobo Antunes, soudain, tout est d’une clarté stupéfiante. Et ce qui avait échappé se reconfigure naturellement dans notre esprit, comme si ce texte avait contaminé notre psyché, notre mémoire, notre vie. C’est une joie esthétique prodigieuse, incomparable, miraculeuse. En plus de trente livres, l’écrivain est parvenu à une forme d’acmé qui semble himalayenne, indépassable. C’est une œuvre qui réclame de lâcher prise, d’admettre un désordre verbal apparent qui désoriente. De lire comme on rêve, comme on associe notre passé et notre présent, comme on confond notre parole et celle des autres. On y découvre comment notre mémoire se meut en nous-mêmes, comment le réel et le fantasme, l’essentiel et le détail, le vrai et le faux, se mélangent, s’équivalent, se contaminent. Et l’écrivain confère un ordre au chaos de nos vies, de celles qui le heurtent et qu’il partage avec nous. Si on a le courage d’affronter ces voix, on aura vécu une des plus belles choses que les livres offrent à la vie.

L’écrivain a longtemps cherché cette forme d’écriture, cette maîtrise, une clarté opaque. Il a tâtonné, écrit avec une énergie ahurissante – on connaît les anecdotes sur cette cadence : les plages d’écriture de plus de dix heures dont il disait que les trois premières ne comptaient que comme un échauffement, son écriture minuscule dont il noircissait dans la cantine de son ancien hôpital les pages de blocs d’ordonnances, ses incroyables brouillons caviardés…  – et, de livre en livre, essayé, produit, des formes romanesques de plus en plus complexes et cohérentes. Il confiait ainsi : « Chaque roman est une nouvelle prise de conscience du chemin qu’il faut encore parcourir pour parvenir au roman que je veux faire. » Et son œuvre a obéi à cette injonction existentielle sisyphéenne. Une évolution qui obéit à une expurgation de soi, au filtre que l’écrivain impose au monde, à une collection du réel que la langue vient reconfigurer. Passant du sujet qui nourrit l’œuvre à une œuvre nourrie par le monde. 

On lit ainsi dans la première période des textes qui infusent l’expérience personnelle de la guerre coloniale en Angola ou du métier de psychiatre et configurent une mémoire familiale et convoquent des lieux et des expériences intimes qui frottent avec le réel, les aventures de la vie des personnages. Lobo Antunes refuse avec virulence le récit strict de soi – il le manie dans ses chroniques de manière évidente et dans des textes qu’il mettait à part, les considérant comme légers et peu mémorables, ses Lettres de la guerre publiées à la demande de ses filles ou son récit sur son cancer intitulé Au bord des fleuves qui vont – mais il en a nourri ses premier récits. Ceux de la guerre qui lui ont apporté la célébrité – Le cul de Judas et Fado Alexandrino –, l’expérience du psychiatre dans Connaissance de l’enfer et Mémoire d’éléphant, les deuils et la famille dans Explication des oiseaux ou La farce des damnés, la politique, et sa trilogie sur la mort entamée avec Traité des passions de l’âme.

Ce sont des romans qui oscillent entre un lyrisme flamboyant et un humour noir corrosif, qui travaillent l’expérience intime avec quelque chose de fellinien, de baroque et d’excessif. Ils augurent un basculement plus radical dans l’écriture d’une polyphonie déstructurée avec Le manuel des inquisiteurs ou Le retour des caravelles qui croisent tous ces enjeux, pour aboutir à son roman pivot, dont le titre provient de l’hymne national portugais : La splendeur du Portugal. Roman, d’évidence le plus faulknérien (qualificatif qui l’aurait amusé et agacé), sur une fratrie qui doit se retrouver le soir de la Noël et que hante la figure complexe d’une mère absente, roman qui semble véritablement inventer et maîtriser la forme des récits à venir que l’écrivain ne cessera de perfectionner pendant trente ans.

Ce livre marque un changement dans le parcours de l’écrivain qui rappelait souvent qu’il était, pour la première fois, tombé amoureux du personnage de Clarice et qui disait de ce texte : « Dans La splendeur il y a tout ! » À partir de ce mitan des années 1990, Lobo Antunes écrit à un rythme incroyablement soutenu une série de très grands livres qui embrassent l’histoire et la mémoire collective du Portugal en les incorporant à des individualités qui produisent les voix qui s’essaient à dire ensemble cette hétérogénéité romanesque. Des romans qui racontent tous une incertitude, une impossibilité de la mémoire totale, la fragmentation du temps et du réel. C’est comme si le monde passait à la moulinette des personnalités et des subjectivités et qu’il les réordonnait dans le même temps comme une manière de faire le point sur une image ou de la brouiller. Il y a son extraordinaire, peut-être l’un de ses plus beaux livres, Exhortation aux crocodiles qui se compose entièrement de voix féminines, ses grands romans comme Que ferai-je quand tout brûle ? ou le très sombre et particulièrement bouleversant N’entre pas si vite dans cette nuit noire dont il emprunte le titre à Dylan Thomas, l’un de ses auteurs favoris. 

On lira avec passion cette série de grands textes qui vont de Mon nom est légionBonsoir les choses d’ici-bas et Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau sur les conséquences des guerres coloniales et les rapports entre les Blancs et les Noirs, aux sublimes portraits polyphoniques d’Il me faut aimer une pierre et De la nature des dieux, jusqu’aux grands récits familiaux de Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ? et de La nébuleuse de l’insomnie ou encore le superbe livre sur la perte de la mémoire (qui avait quelque chose de prémonitoire de la maladie de Lobo Antunes lui-même) intitulé magnifiquement Pour celle qui est assise dans le noir à m’attendre. Tous ces textes explorent une violence, une sorte de dépossession, d’affaissement, de disparition progressive. Une douleur de la perte et un sursaut des êtres devant un monde qui les violente et où ils cherchent infiniment leur place. Jusqu’aux tout derniers textes – La dernière porte avant la nuit et L’autre rive de la mer magnifiquement traduits par Dominique Nédellec – qui semblent accentuer encore la déconstruction ou la faire jouer autrement, avec d’autres influences, nourris d’un réel mouvant, d’une accentuation plus forte encore de ce qui semble manquer dans le texte et que le lecteur doit recomposer infiniment.

C’est peut-être pourquoi ses livres se sont, plus l’œuvre avançait, moins vendus. Car il fallait, revenons-y, s’adapter, s’acclimater à cette forme de langage – encore plus radicale que chez Claude Simon, Juan Benet ou William Faulkner –, apprivoiser un monde, des voix, il fallait se déprendre de l’habitude de comprendre immédiatement un texte, le laisser exister dans le temps, comme si les livres étaient un impossible palimpseste que les lecteurs déchiffrent sans fin. C’est un abandon, un changement de paradigme, que peu d’œuvres contemporaines imposent. Comme le disait Lobo Antunes : « Un livre m’apparaît toujours davantage comme un organisme vivant, il fait ce qu’il veut. Et je dois le suivre Et je dois le suivre à la trace, faire ce qu’il exige. C’est un organisme indépendant. » Ajoutant que « les romans poussent peu à peu », que « ce sont les mots qui inventent le texte. […] C’est le texte qui se construit malgré nous. […] c’est le livre qui m’emmène là où il a décidé d’aller ». Il faut se laisser faire par l’écrivain qui nous guide « comme un torero attire le taureau », placer sa confiance en lui. Se désentraver du sens, de l’évidente logique, de l’ordre du temps, des thèmes, pour entrer de front dans une langue, comme on entre dans l’océan. 

Les livres de Lobo Antunes parlent du monde qui l’entoure, du passé de son pays et du sien, d’une société coloniale terrible (il faut le lire pour mesurer la portée de ce qu’il en dit), de l’ambiguïté de la guerre, de l’effroi des solitudes, de l’effondrement d’un monde et des êtres fantomatiques qui le peuplent. On dit souvent de lui que c’est un immense écrivain de la mémoire, de la disparition, d’un deuil impossible, des rapports entre les hommes et les femmes, de la sexualité, de la violence, de la mort, de la folie… La liste serait très longue tant il a brassé d’enjeux et de thèmes au gré de ses livres. Alors, oui, bien sûr… Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Et pourtant, comme il le disait : « Ce n’est pas nous qui devons être intelligents, c’est le livre qui doit l’être. » Ajoutant, avec une malice qui n’appartenait qu’à lui, que ses romans sont infiniment plus faciles qu’on ne le croit, qu’ils parlent d’expériences que nous faisons tous, rappelant que pour lui « ils sont très simples ». Affirmant que tout ce qui compte, c’est le langage, les voix, la parole, ce qui se joue en elle, sur la page « comme si c’était un miroir ». De nous, de la vie, du passé, de ce qui nous touche, nous bouleverse, ce qui nous échappe et qu’on cherche comme dans l’obscurité. Viennent à l’esprit les derniers mots de Je ne t’ai pas vu hier dans Babylone : « ce que j’écris peut se lire dans le noir ». 

Oui, ce qu’écrit António Lobo Antunes semble être en nous-mêmes. Sa voix vit en nous, comme un organisme secondaire qui s’attacherait à nous : sa langue est comme une ombre en nous-mêmes. Si elle est ardue, exigeante, si elle nous perturbe au plus profond, si elle dérange nos âmes et nos sens, elle fait partie de celles qui comptent le plus. Car elles ne peuvent s’abolir ou s’oublier, parce qu’elles ont défait le monde et ont proposé une manière de le dire, de l’entendre, de le concevoir autrement. Comme si tout pouvait se dire en même temps, comme si des voix fictives pouvaient gagner les proportions des existences véritables, comme lovées dans notre psyché pour toujours. Ses livres nous rendent plus grands car ils nous font vivre autrement, parce qu’ils désordonnent l’existence et les moyens de sa figuration, parce qu’il partagent, littéralement, des expériences altérées du monde. Il nous font traverser les expériences des autres, traverser leur langue, traverser le temps. António Lobo Antunes a inventé un langage, une dramaturgie de la parole dans le temps, qui atteint ce miracle d’être comme la vie, dans la vie, éternellement. Il disait : « Un livre n’est jamais fini ; il est juste définitivement inachevé. » Comme nos vies, comme la sienne, comme celles des personnages de ses livres. Et on les entendra, pour toujours, retentir dans le temps.

[Photo : Jean-Luc Bertini - source : www.en-attendant-nadeau.fr]

L’arsenal nuclear francès pot protegir Europa?

França és cridada a agafar el testimoni dels Estats Units com a gran garant de la defensa nuclear del continent, tot i que els dubtes sobre l'arsenal francès perduren

El submarí francès 'Le Temeraire' ('El Temerari') a la base submarina Île Longue de Crozon, a França, el proppassat 2 de març.



Bloomberg · Ania Nussbaum

El tomb aïllacionista del govern Trump ha empès els aliats de l’OTAN a Europa a preguntar-se quant de temps més podran continuar confiant en el paraigua nuclear de Washington.

Trump, fins ara, no ha insinuat que els Estats Units pensin retirar les armes atòmiques que el seu exèrcit té al continent d’ençà dels anys cinquanta. Però els dubtes sobre el compromís de Washington amb la defensa d’Europa respecte d’una Rússia com més va més embravida han obligat les capitals del continent a repensar el futur del paraigua nuclear del continent.

França, en particular, és cridada a exercir un rol clau en aquest procés de dissuasió nuclear europea, atès que és l’únic país de la UE que té un arsenal nuclear propi sense l’assistència tècnica dels Estats Units.

Què ha anunciat Macron?

En un discurs pronunciat el 2 de març en una base submarina a l’oest de França, el president francès, Emmanuel Macron, va detallar la proposta d’estendre la seguretat nuclear del país a les altres nacions europees. En aquesta “nova era d’armes nuclears”, Macron va anunciar que França augmentaria l’arsenal atòmic aquests anys vinents i va proposar de desplegar avions de combat Rafale, capaços de transportar ogives nuclears, a més països europeus, com a mínim temporalment.

Minuts després del discurs, França i Alemanya van anunciar un acord de col·laboració en matèria de defensa i també es van comprometre a coordinar la defensa antimíssils convencional i la defensa nuclear. El primer ministre polonès, Donald Tusk, va confirmar poc després que Varsòvia negociava amb París d’aprofundir la cooperació nuclear entre ambdós països i va insinuar que Polònia podria acabar desenvolupant un arsenal nuclear propi.

Per què França té armes nuclears?

Després de la Segona Guerra Mundial, els dirigents francesos van resoldre d’impedir qualsevol futura nova invasió del país. París va optar per mantenir-se estratègicament independent dels Estats Units, tot considerant que els interessos de seguretat nord-americans i els europeus no sempre coincidirien. La crisi del canal de Suez del 1956, què va enfrontar breument França i el Regne Unit amb els Estats Units i Egipte, va refermar aquesta idea.

Als anys seixanta, en plena Guerra Freda, França va reforçar el programa nuclear propi amb tot un seguit d’assaigs al Sàhara algerià i als anys noranta havia acumulat més de 500 ogives nuclears. L’arsenal nuclear francès es va reduir amb la caiguda de l’URSS, però la dissuasió nuclear va romandre al cor de la doctrina militar francesa i encara gaudeix d’un ampli suport popular com a últim garant de la sobirania nacional.

Què diu la doctrina nuclear francesa?

Tradicionalment, la doctrina nuclear francesa s’ha basat en l’anomenat “principi de suficiència estricta”, que opta per mantenir l’arsenal més petit possible que permeti de defensar el país, en compte d’anar-lo expandint per preparar-se per a una hipotètica guerra nuclear o per situar-se al mateix nivell que algunes altres potències nuclears. Segons l’Institut Internacional d’Estudis per la Pau d’Estocolm, França tenia unes 280 ogives nuclears l’any 2025. En el discurs del 2 de març, Macron va anunciar que el govern francès deixaria de revelar l’abast del seu arsenal nuclear.

La clau de volta del programa nuclear britànic són els míssils Trident, de fabricació nord-americana. El programa nuclear francès, en canvi, és del tot independent de Washington. El Regne Unit, d’una altra banda, pertany al Grup de Planificació Nuclear de l’Organització del Tractat de l’Atlàntic Nord, que coordina l’estratègia nuclear de l’aliança militar sota la batuta dels Estats Units. L’arsenal nuclear francès, en canvi, no es gestiona sota el paraigua de l’OTAN, cosa que garanteix que el govern del país tingui el control del desplegament en tot moment.

De quines armes nuclears disposa França?

L’arsenal nuclear de França és el quart més gran del món: tan sols els Estats Units i Rússia tenen més armes atòmiques desplegades (és a dir, preparades per a fer-se servir en qualsevol moment).

Els quatre submarins de propulsió nuclear francesos, equipats amb setze míssils M51 capaços de transportar unes quantes ogives, són la columna vertebral del seu programa. Una altra peça important són els avions de combat Dassault Rafale, equipats amb míssils de creuer amb armes nuclears coneguts com a ASMPA-R, que seran substituïts per míssils hipersònics ASN4G a partir del 2035.

França podria defensar un aliat amb les seves armes nuclears?

Encara que l’objectiu primordial de la dissuasió nuclear francesa és l’autodefensa, el programa atòmic del país sempre ha tingut un component europeu. El llibre blanc del 1972 diu que França té “interessos vitals” a Europa i posa les armes nuclears al centre de l’estructura militar del país, cosa que implica que podria recórrer-hi per defensar uns altres països europeus.

El 2022, mesos després de la invasió russa d’Ucraïna, Macron va alarmar els aliats de França a l’Europa de l’Est quan va suggerir que el seu país no respondria si Moscou llançava un atac nuclear contra Ucraïna o els seus veïns, perquè no implicaria una amenaça per als interessos nacionals de França. El president francès es va acabar desdient d’aquestes paraules i va reiterar que els interessos francesos tenien “una dimensió europea”.

París continua mostrant-se cautelós sobre la possibilitat d’oferir garanties nuclears formals als seus aliats de l’Europa de l’Est, atès el risc de veure’s arrossegat a un conflicte atòmic directe amb Rússia. Però la pressió per a actualitzar la doctrina nuclear francesa i estendre-la a la resta d’Europa ha augmentat d’ençà que Trump va tornar a la presidència dels Estats Units, a començament del 2025, després d’una campanya electoral en què va insinuar que els EUA no defensarien els aliats de l’OTAN que no gastessin prou en defensa.

Als responsables de defensa francesos, en aquest sentit, els preocupen l’expansió i la millora de l’arsenal nuclear rus, incloent-hi el desenvolupament de nous míssils hipersònics difícils d’interceptar, torpedes nuclears i fins i tot armes nuclears espacials.

França i el Regne Unit ja han començat a integrar les forces de dissuasió nuclear en un acord de defensa regional més coordinat, cosa que indica que ambdós països consideren que comparteixen interessos malgrat la sortida del Regne Unit de la Unió Europea, el 2020. El juliol de l’any passat ja van signar un acord de col·laboració en matèria nuclear. Poc després, el Regne Unit es va afegir com a observador a un exercici de simulació nuclear francès per primera volta.

Per què és tan difícil de coordinar una dissuasió nuclear europea?

Alguns experts militars diuen que, abans de crear una dissuasió nuclear europea, els països del continent s’haurien de centrar a millorar les capacitats militars convencionals per a poder defensar-se d’un atac sense el suport dels Estats Units i sense haver de recórrer a les armes nuclears. En el seu discurs, Macron va insistir en la necessitat que les nacions europees augmentessin els esforços en matèria de capacitats convencionals compartides.

L’arsenal nuclear francès, en aquest sentit, és limitat, cosa que implica que París corre el risc d’afeblir les seves defenses si accepta desplegar les armes nuclears que té en uns altres països europeus.

París es va comprometre en el passat amb la no-proliferació nuclear i, alhora, l’expansió de l’arsenal nuclear francès seria altament costosa: la dissuasió nuclear, de fet, ja representa prop d’un 13% del pressupost de defensa. El mer manteniment de l’arsenal nuclear costa una mitjana de 3.900 milions d’euros l’any, segons la llei de planificació militar francesa per al període 2014-2019.

En teoria, uns altres països –com ara Alemanya– podrien acceptar de cofinançar una ampliació de l’arsenal francès. Però això podria incloure pressions per a compartir el control de l’arsenal, una possibilitat que Macron ha rebutjat aferrissadament.

França i Alemanya han parlat de la dissuasió militar europea com a complement, més que no pas com a substitut, del paraigua nuclear nord-americà. Ara com ara, la defensa nuclear europea gira entorn el Grup de Planificació Nuclear de l’OTAN, del qual França no forma part, i la creació d’una estructura alternativa per a reduir la dependència del paraigua nuclear nord-americà podria complicar encara més aquesta estructura de comandament.

La por més gran dels aliats europeus de París és que l’oferta nuclear de Macron no en sobrevisqui la presidència, que s’acabarà l’any vinent amb unes eleccions que el partit euroscèptic Rassemblement National, de Marine Le Pen –que ha demanat que la dissuasió nuclear se centri exclusivament en França, en compte d’estendre’s a la resta d’Europa– té números de guanyar.

En una declaració després del discurs de Macron del 2 de març, el partit va advertir contra qualsevol possible “dispersió” de les capacitats nuclears de França per Europa i va lamentar que el president no hagués demanat una compensació econòmica a la resta de països del continent.


[Foto: Yoan Valat/Efe - font: www.vilaweb.cat]