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quarta-feira, 21 de outubro de 2026

Les séries de Monet, méditations sur le temps


Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Le Portail, brouillard matinal, 1894 ; La Cathédrale de Rouen. Le Portail, soleil matinal, 1893 ; La Cathédrale de Rouen, effet de soleil, fin de journée, 1892. Service presse/ Musée d’Orsay. Essen, Museum FolkwangFine Art Images. Bridgeman Images, GrandPalaisRmn/Adrien Didierjean, musée Marmottan-Monet.

Écrit par Bernadette Bensaude-Vincent

Philosophe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le Musée de l’Orangerie a été créé dans les années 1920 pour accueillir les grands tableaux de nymphéas offerts par Claude Monet à la France en 1918. À l’occasion du centenaire de la mort du peintre, le musée propose une belle sélection d’environ 40 peintures, surtout du dernier Monet.

L’exposition Claude Monet, peindre le temps, jusqu’au 27 janvier 2027, met en relief la peinture en séries à laquelle se consacre Monet au tournant du XXᵉ siècle : les meules de foin, les peupliers au bord de l’Epte, le portail de la cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres… et, bien sûr, des nymphéas.

 

Ces séries montrent à l’évidence que la question du temps est au centre de l’œuvre de Monet. Qu’est-ce qui pousse ce peintre déjà reconnu, acclamé, à peindre et à repeindre le même motif, pendant des mois, voire des années ? Quinze tableaux de meules, vingt fois le portail de la cathédrale de Rouen et 250 tableaux de nymphéas !

Monet veut peindre le temps, mais de quels temps parlait-on en son temps ? Et quels temps cherche-t-il à saisir ?

Peindre son temps

La première salle de l’exposition présente Monet en peintre de la modernité avec des locomotives fumantes, la gare Saint-Lazare, des ponts de chemin de fer. Monet peintre de son temps. Rien de très original, à première vue… Oui, mais à l’époque où Monet se lance dans la peinture en séries, le temps ne va pas de soi.

Les grandes séries de Monet n’ont rien à voir avec la production industrielle en série. Elles témoignent plutôt d’une enquête sur le temps.

Claude Monet, Le Pont de l’Europe, gare Saint-Lazare, 1877. Service presse/Musée d’Orsay. Musée Marmottan-Monet

Dans les années 1880-1890, le temps est devenu un problème dont tout le monde parle, un problème social, politique et même scientifique. Comment donner des horaires de train quand chaque ville vit à l’heure locale alignée sur les levers et couchers de soleil ? Pour développer des réseaux de chemin de fer, éviter des collisions, il a fallu renoncer aux heures solaires locales, synchroniser les horloges. La définition d’un standard pour uniformiser les temps locaux fut une entreprise de plusieurs décennies, lourde d’enjeux de pouvoir,
de commerce et de colonialisme.

Une grande conférence à Washington en 1884 réunissant 25 pays instaure un temps universel calculé à partir d’un méridien d’origine, celui de Greenwich. La France, qui militait pour le méridien de Paris, rechigne à s’aligner. Elle instaure en 1891 l’heure de Paris comme heure légale sur l’ensemble du territoire national. Mais le problème de la synchronisation des horloges a conduit des physiciens comme Henri Poincaré et Albert Eistein à s’interroger sur les conditions de la simultanéité de deux événements. D’où sortit la théorie de la relativité restreinte en 1905 et l’idée d’un espace-temps qui bouleverse les cadres de pensée. D’où maints débats entre savants et philosophes, notamment entre Einstein et Bergson, à l’occasion d’une visite d’Einstein à Paris en 1922.

Pendant ces décennies de tapage médiatique sur l’heure et sur le temps, Monet explore ardemment et patiemment ce que le temps fait aux paysages. Ce faisant, il crée un espace-temps, mais pas à la manière more geometrico des physiciens. Ses peintures ne sont pas une traduction de l’espace-temps de la théorie de la relativité. Car Monet ne cherche pas à saisir la réalité sous les apparences. Bien au contraire, il s’attache aux apparences, aux impressions, qui donneront leur nom à la peinture impressionniste. Il cherche à suspendre le temps, à capturer des instants pour explorer les variations, les nuances au fil des heures, des jours, des saisons.

Temps-qui-passe et temps-qu’il-fait

Ce genre de peinture n’a rien à voir cependant avec l’exercice conventionnel de la représentation des travaux et des jours au fil des saisons, ou des mois de l’année.

Monet donne à voir l’œuvre du temps, ou plutôt l’œuvre des temps. Les variations sur un même thème ne relèvent pas que du calendrier ou de l’horloge. En plus du temps bien réglé, prévisible par les lois de la mécanique, Monet fait place au temps des météores, à l’aléatoire : les caprices du vent sur les peupliers, des nuages sur la Tamise ou la pluie à Étretat… Il peint le temps de l’horloge au fil des heures comme le temps des saisons et de la météo. Il peint les glaçons sur la Seine en 1880, la neige en Norvège en 1895, le brouillard sur Rouen ou sur Londres…

Temps-qui-passe et temps-qu’il-fait façonnent des paysages éphémères, fugitifs, mais pas sans la collaboration d’un artisan ou d’un artiste. Monet travaille avec son attirail de peinture, sous le soleil, le vent, la pluie, avec un chapeau sur la tête et une cigarette qui se consume au coin des lèvres, comme le montre une belle vidéo de Sacha Guitry.

Il campe sur place pendant des jours, des mois, avec la patience d’un explorateur ou d’un chasseur aux aguets. Et dans sa quête inlassable des effets de temps, il se sédentarise un peu quand il s’installe à Giverny, dans l’Eure. Il devient alors le designer des paysages qui vont prendre vie sous ses yeux. Il crée un bassin au sud de la maison, plante des nénuphars, puis les regarde pousser, grandir, changer avec le temps et par tous les temps. Il vit dans les paysages changeants qu’il va fixer sur la toile.

Paysages-temps

En capturant des moments d’un monde en perpétuel devenir, Monet invente des paysages-temps. Il ne s’agit pas de scènes pittoresques contemplées par un observateur extérieur.

« Un paysage, pour moi, n’existe point en tant que paysage, écrit Monet, puisque l’aspect en change à chaque moment ; mais il vit par ses alentours, par l’air et la lumière qui changent continuellement. »

 

Le paysage est créé sans cesse par les vibrations de l’air, les jeux d’ombre et de lumière. Il se métamorphose par l’union de l’espace et des temps. Le Parlement de Londres dans le brouillard est autre que le Parlement de Londres sous le soleil ; la pierre pluriséculaire de la cathédrale de Rouen au petit matin est autre que celle du midi ou du soir quand l’ombre monte sur le portail. Les contours du pont japonais s’effacent, les formes se brouillent laissant une ligne courbe sur des masses de couleurs. Et parfois surgissent des formes spectrales à la surface de l’eau dormante des nymphéas comme dans un processus de création continue.

La couleur, cette matière qui joue avec la lumière, tient le premier rôle dans le processus de création des paysages-temps sous les pinceaux de Monet. Ensuite, les paysages façonnés par des temps multiples et par les couleurs vivent leur propre vie. Ils s’entretiennent. Ils s’informent mutuellement, si bien que Monet les garde tous en atelier et les travaille en simultané. Les tableaux de la série des nymphéas font société dans les deux grandes salles ovales du musée où les visiteurs s’immergent dans l’épaisseur de leur conversation silencieuse.

Mais ces paysages-temps saisis dans un monde en devenir, fixés sur la toile, puis soigneusement conservés dans des musées ou des collections particulières peuvent-ils échapper au temps ? La couleur joue toujours avec la lumière, interagit avec la toile, réagit au froid, au chaud, elle est sensible à l’humidité. Les tableaux que nous contemplons dans cette exposition sont-ils les paysages-temps créés par Monet il y a plus de cent ans ? Le bleu des nymphéas est-il celui des originaux ? Et les rouges ont-ils pâli ?

Les paysages-temps de Monet nous invitent à prêter attention à la matérialité du patrimoine artistique et culturel. En un sens, les analyses physico-chimiques menées par les laboratoires de sciences du patrimoine sur certains de ses tableaux (que le Musée d’Orsay présente en ce moment) poursuivent par d’autres voies l’œuvre de Monet : elles mettent en évidence le travail du temps (altérations et craquelures) comme le travail du peintre, ses hésitations, retouches et modifications.

En poussant plus loin l’exploration des paysages-temps de Claude Monet, on peut réfléchir à la mission des conservateurs et des restaurateurs d’œuvres d’art ou de monuments. Rétablir l’original, restaurer l’œuvre dans son authenticité, ne serait-ce pas tenter d’arrêter le devenir et trahir les temps multiples que Monet a voulu peindre ?

 

[Source : www.theconversation.com]


quinta-feira, 8 de outubro de 2026

«O refraneiro», libro de Celso Rodríguez Fernández

Escrito por Ramón Nicolás 

Coido que a primeira achega arredor do mundo do refraneiro galego á que tiven acceso foi unha edición sinxela daquel proxecto que Editorial Castrelos puxera a circular con libros de peto e prezo baixo título de colección “O Moucho”. Tratábase de O refraneiro galego, de Xaquín Lorenzo “Xocas”, publicado por volta de 1983, e algún tempo despois, claro é, caería nas miñas mans o insubstituíble Refraneiro galego básico, recompilado por Ferro Ruibal, alén de ir descubrindo os traballos que arredor deste xénero literario oral realizaron Saco y Arce ou Taboada Chivite, entre outros. 

Sen ter un interese desmedido pola paremioloxía, sobre todo por certos estereotipos e prexuízos que atesouran e que dalgún xeito constitúen un espello dunha sociedade concreta, malia recoñecer que forman parte do noso patrimonio, o certo é que non se pode deixar de salientar a aparición deste voluminoso O refraneiro que publica con especial tratamento a editorial viguesa LuscoFusco Edicións, entre outras razóns porque, alén dos seus contidos, este é un libro con historia ata onde eu sei.  

O volume foi construído, así pois, polo doutor Celso Rodríguez e, agora, vinte e cinco anos despois do falecemento deste célebre pediatra, goza de existencia en forma de libro. Nun limiar que vén da man de Xosé Luís Méndez Ferrín, alén de cuestións que atinxen á amizade que os uniu desde novos, subliña a dedicación que Rodríguez prestou ao longo da súa vida á recolla e estudo de paremias, aforismos, expresións ou ditos populares. Razón que explica a existencia deste amplo volume, para o que contou coa colaboración do grupo chamado Tremiñado: mestres e alumnado do ensino público de toda Galicia cos que logrou, así, ofrecer máis de cinco mil seiscentas paremias, coa súa orixe en traballos de campo mais tamén inspirándose en estudos ou colleitas, agora analizadas e organizadas para o seu coñecemento e difusión. 

O libro non se someteu a ningunha actualización normativa, isto é, preséntase cun respecto escrupuloso polas variantes en que estes refráns foron recollidos oralmente de maneira que, por extensión, cartografan etnográfica, lingüística e culturalmente Galicia toda. Unha sorte poder telo nas mans. 


O refraneiro

LuscoFusco Edicións, Vigo, 598 páxinas, 28 €, 2026

 

[Fonte: cadernodacritica.wordpress.com]

terça-feira, 6 de outubro de 2026

Ce que l’affaire Thélyson Orélien dit de nos représentations de la littérature

 

Le livre du romancier Thélyson Orélien, en marge de la 28ᵉ édition du festival littéraire des Correspondances de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Écrit par Frédéric Gai

Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, Université de Caen Normandie 

La carrière de Thélyson Orélien est marquée du sceau d’une fulgurance qui montre, en premier ressort, les affres du traitement médiatique devenu instinctif et parfois irraisonnable : un auteur suscite l’intérêt avant même son accueil auprès du public, génère un engouement international spectaculaire, et s’impose comme un succès dans les librairies françaises. 

À mesure que les premiers pions de la rentrée littéraire se sont placés, Thélyson Orélien a vu sa cote grimper, cochant les cases d’une vie marquée par l’exil, du renouveau poétique d’une prose francophone et du statut de primo-romancier goûté du microcosme littéraire, qui doit faire conjuguer ses valeurs sûres avec le besoin de revivifier son catalogue. 

En quelque sorte, Thélyson Orélien a constitué une bonne carte à abattre dans le jeu, toujours difficile à emporter, qui oppose exploitation et innovation. En l’espace de quelques semaines, il est passé d’inconnu à talent à suivre, voire à nouveau génie créateur, faisant valoir auctorialité forte et intentionnalité originale, pour figurer en bonne place dans les sondages des grands prix littéraires de l’automne. 

Aux premiers jours de septembre, il ressortait que la capacité analytique moderne, la sensibilité artistique contemporaine nous permettraient de ne pas manquer un grand écrivain. Mais maudit est déjà Thélyson Orélien, rappelant au passage que la forge d’un succès n’est pas tant chronologique, au sens plein du terme, que culturelle, dans ses acceptions anthropologiques. 

Théorie du complot, plaisir du texte et illusion littéraire

Paradoxalement, le débat polémique qui ressort de cette affaire omet des déplacements théoriques anciens, convoquant de nouveau le tribunal littéraire. L’emballement numérique et médiatique, où les commentaires racistes font bon ménage avec une attaque frontale contre les milieux littéraires parisiens, devient alors poreux face aux questions politiques, arrêtant les industries culturelles au milieu du gué, entre problème et solution. 

De ce buzz ressort une double inaptitude supposée : celle d’un auteur racisé d’être à la hauteur du sacerdoce littéraire sans recourir à un tiers ; celle d’un entre-soi avide de têtes d’affiche au risque d’entacher le patrimoine français qu’est la littérature. Le débat est d’autant plus complexe qu’il fait suite à l’affaire Nora – le limogeage d’Olivier Nora, à la tête de la prestigieuse maison d’édition Grasset depuis vingt-six ans, a entraîné le départ concerté de 200 auteurs au printemps dernier. Grasset était alors rappelé au cœur même de contradictoires des industries culturelles loin d’être neuves, notamment depuis les travaux de Theodor Adorno : une place forte du dynamisme littéraire engluée dans un groupe médias aux intentions idéologiques et politiques avérées. 

Émancipation contre aliénation, manigance contre manigance, stratégie contre stratégie : dans ce contexte délétère, chaque opposant devient le complotiste de l’autre. 

Mort de l’auteur 

Cette polarisation met de côté l’histoire de la critique littéraire, à commencer par la réalité structurale du texte, entendu comme un dispositif hypertextuel dont les potentialités sont finalement activées par un contexte socioculturel. 

Si Thélyson Orélien a probablement été sacrifié sur l’autel de l’authenticité, de l’honnêteté et de la confiance que l’on projette, à titre de contrat de lecture, dans l’exercice d’écriture, Roland Barthes avait déjà, à la fin des années 1960, décrété la mort de l’auteur au profit de l’expérience de lecture.

Chez Barthes, ce concept venait se doubler d’une autre réalité : le plaisirdutexte. Et, au sein même de cette configuration critique, il relevait deuxdimensions dans l’acte de lecture : d’un côté, le confort d’un rendez-vous avec le texte, par la connaissance des codes et la maîtrise de ses applications (plaisir) ; de l’autre, le choc d’une rencontre plus fortuite, qui ouvre des voies nouvelles (jouissance). 

Dans chacun de ces deux possibles de l’expérience du texte, c’est bien le désir qui s’exprime, et avant tout le désir de lire, peut-être prolongé par un désir d’écrire, dans une logique résolument interpersonnelle : dire à l’autre, trouver l’autre. 

Bien avant les polémiques, bien avant que son auteur soit taxé, à tort ou à raison, de faussaire ou de plagiaire, le texte de Thélyson Orélien avait conquis un public. La jouissance du texte a été indéniable. 

Au cœur de cette pratique, l’écrivain travaille sur des horizons multiples, il use de « trucs », rhétoriques, poétiques, peut-être informatiques, pour atteindre un objectif relationnel. Dans la mesure où il s’adresse, par le langage, avant tout à des imaginaires, son activité relève de l’illusion. Bien avant ChatGPT, Racine l’avait posé. 

Chatgpt aura-t-il le Goncourt, Pangram deviendra-t-il éditeur ? 

À ce sujet épineux de l’auctorialité du texte s’ajoute celui, non moins épineux, de la place des intelligences artificielles dans nos vies culturelles. Dans le débat proposé, le vol de la créativité est posé comme un axiome : l’impression, exprimée par les journalistes et les commentateurs, que l’auteur s’est mué en usurpateur ; et plus encore, par une supercherie qui aurait ouvert une faille, que cette littérature serait dorénavant atteignable par une machine. 

Dans la presse ou sur les plateaux de télévision est invoqué le spectre de la mort de la littérature. Mais quelle littérature est ici en jeu ? Celle qui parle de son temps, qui est percutée par les pratiques de son époque, signe d’un renouveau plutôt que d’une catastrophe ? Celle qui conclut un exercice laborieux d’écriture, plaçant l’auteur à mi-chemin entre le siècle et les cieux, propre à notre concept moderne de littérature ? Celle qui construit « industriellement » depuis deux cents ans des succès par la médiatisation, et élabore des publics en faisant se rencontrer horizons culturels et méthodes marketing ? Celle qui s’incarne dans un milieu, où les modes de prescription font bon ménage avec une sociabilité « de salon », déjà relayée, voire remplacée par Instagram et TikTok ? 

Il convient finalement de replacer la présence même dans le quotidien, et dans nos pratiques littéraires, du dispositif technique qu’est l’intelligence artificielle. 

D’un point de vue symbolique, le recours aux IA génératives résonne, dans notre inconscient collectif, comme une facilitation, assistance qui s’oppose à la rugosité du chemin de croix littéraire. Tout aussi symboliquement, il peut paraître étonnant qu’un outil construit comme une métrique (Pangram) juge la probité d’une œuvre de l’esprit par une approche probabiliste. Les lieux communs mettraient aisément face à face, dans cette pratique, la littérature et les mathématiques, et peut-être n’auraient-ils pas tort. 

Par ailleurs, s’il est question de soupçon, de doute et de peur de manigance, soulignons que la paternité d’une œuvre à une intelligence artificielle a été accordée… par une autre intelligence artificielle, dont il est impossible de connaître totalement les modalités de calculs, et encore moins les objectifs. 

Ici, il n’est pas question d’agiter la peur du soulèvement des machines, mais bien d’interroger la position de spoliatrice, voire de prédatrice, de l’IA, qui capte les textes littéraires comme toute autre donnée, parfois au-delà du droit. Mais il ne sert à rien de polariser de nouveau un débat, alors même que Thélyson Orélien s’est peut-être lui-même soustrait à ce cadre légal. 

Alors soulevons un dernier point, peut-être plus important qu’une actualité : la présence même de la langue de l’IA dans nos pratiques, quotidiennes comme artistiques, à venir. Le roman a trouvé son public et s’est assuré un accueil critique favorable. Et s’il devait s’avérer que Thélyson Orélien a bien utilisé une IA générative, ce serait peut-être le signe que le langage de ChatGPT est déjà pour nous désirable, posant en des termes renouvelés la question philosophique de la « honte prométhéenne » établie dans les années 1950 par Günther Anders. 

 

[Photo : Joël Saget/AFP - source : www.theconversation.com]


domingo, 27 de setembro de 2026

Eduardo Subirats, filósofo: «El actual concepto de democracia es una coartada que justifica genocidios y el poder de los poderosos sobre los vencidos»

 

El filósofo Eduardo Subirats en una imagen tomada en 2015

Publicado por Bernardo Álvarez-Villar  

“No me creía que alguien quisiera hacerme una entrevista en España. Pensaba que era una broma”. Hasta ese punto se considera Eduardo Subirats (Barcelona, 1947) una figura censurada y ajena al país que abandonó hace ya más de tres décadas. Es difícil pillarlo en España más de dos o tres días al año. El filósofo y profesor en Princeton soltó amarras con una nación y una tradición cultural que para él es la de la expulsión de los judíos y moriscos, la de la destrucción de las culturas indígenas en América y el exilio y represión de los liberales e ilustrados: “En España nunca ha existido sentido crítico ni voluntad transformadora”, lamenta durante la entrevista. Uno de los muchos hilos que conforman su amplia obra ensayística indaga en esa carencia: La ilustración insuficiente, El continente vacío, Memoria y exilio, Deconstrucciones hispánicas… Su España, de ser alguna, es la España que se marchó lejos, la de Juan Goytisolo, Américo Castro o José María Blanco White. La España ninguneada y silenciada bajo la losa del pensamiento único. La España herética. 

Pero las ideas de Subirats se componen de una alquimia mucho más rica y heterogénea. Una macedonia en la que el lector saborea las sabidurías y mitologías de las primeras civilizaciones y del mundo precolombino americano, las corrientes radicales europeas, la contracultura de los sesenta, la Escuela de Frankfurt, el marxismo crítico, las vanguardias artísticas y literarias del siglo XX, la alta cultura alemana, el psicoanálisis, la tradición sefardí… Sus dos últimos libros, A plena luz caminamos a ciegas y El intelectual, obscena ausencia, ambos editados en México, son una buena muestra de las inquietudes de un pensador erudito, marginal e insobornable al que le gustaría creer en aquel verso de Holderlin: “Allí donde está el peligro crece también lo que salva”. Apenas está dos días en Barcelona, pero accede a dedicarle uno casi entero a repasar su vida y pensamiento para CTXT. 

Nació en 1947, ¿verdad? En plena posguerra…

Nací aquí, en este mismo barrio de Gràcia, y estudié en el colegio alemán, porque mi madre era alemana de padre judío. Se salvó por poco del genocidio. A mi bisabuela la metieron en un campo de concentración, pero entró ya tarde y no tuvieron tiempo de liquidarla. Qué personajes, parecen fantasmas… La familia de mi madre escapó de los campos de concentración y mi padre estuvo preso en uno franquista después de la guerra, porque era republicano y había sido soldado de la república. De pequeño me contaba historias de las vicisitudes que pasó en el campo de concentración. Claro, con ese pasado, yo lo único que deseaba era irme. Empecé Medicina porque quería ser psiquiatra. Me fui a trabajar a un hospital psiquiátrico en Suiza, porque lo que había aquí eran cámaras de tortura, una cosa horrorosa. La Suiza alemana era un lugar muy atractivo, porque allí se concentraron durante la guerra, y ya antes, muchos psiquiatras judíos que huyeron de Alemania, Jung entre ellos, y que generaron una cultura psiquiátrica fascinante. Yo estaba enamorado de todo eso. 

¿En qué año fue eso?

Yo llegué allí en el 68, cuando la industria química empezó a expulsar a esos psiquiatras de los hospitales y a sustituirlos por psiquiatras de una escuela más bioquímica. Vi que aquello no era para mí. Éramos guardianes y nuestra tarea consistía en vigilar que los internos tomasen todas las pastillas prescritas. Además, se hacían experimentos humanos con fármacos. Pero era un hospital muy bueno, con mucho dinero, y tenía un pabellón de internos artistas. El mundo del arte está lleno de locos. Pero tuve dos experiencias trágicas, muy desagradables, y me di cuenta de que no era lo mío. 

Haber presenciado la liquidación de las corrientes psiquiátricas fenomenológicas y humanistas en favor de una metodología mecánica y positivista, ¿fue una primera experiencia filosófica que luego fue desarrollando en su obra?

Claro, me quedó la nostalgia de todo aquello. Había locos interesantes, es que había locos muy interesantes. Pero, en fin, decidí estudiar Filosofía y me fui a París y después a Berlín, donde aprendí mucho. En París, después del 69, iba a las clases de Deleuze y Lyotard. También estuve en contacto con los situacionistas, y conocí ese ambiente entre bohemio, artístico y revolucionario. Luego me fui a Berlín, y lo que encontré allí no se puede comparar con el mundo actual. Los estudiantes estábamos en pie de guerra y queríamos acabar con aquel sistema siniestro –era la época de la guerra de Vietnam–. Y algunos profesores, tanto en París como en Berlín, apoyaban a los estudiantes. Había una dinámica intelectual tan activa, tan creativa y tan libre que aprendías sin hacer nada. Me quedé unos años en Alemania, porque vivir en aquel Berlín militarmente ocupado es la más profunda experiencia de libertad que yo he tenido en mi vida.

Suena paradójico.

Suena paradójico. Pero, ¿por qué? Pues porque era una ciudad ocupada, donde realmente no había Estado. Todos los estudiantes que no querían hacer el servicio militar, y que por lo tanto tenían una actitud muy crítica con el establishment político, iban a Berlín. Era una ciudad absolutamente maravillosa. Estaban los viejos supervivientes de la guerra y los jóvenes. Era un perfecto caldo de cultivo para el desarrollo de ideas y de acciones. Ahí empezó un feminismo muy radical y una especie de nueva izquierda que tenía una visión filosófica interesante. Un tema que me persiguió siempre y que perseguí siempre es el del esclarecimiento. Yo estaba en un instituto que se llamaba Instituto de las Ciencias de las Religiones. El título, con ese plural de “religiones”, ya era un signo de crítica en un país protestante. Se hacían cosas fascinantes, y había un clima volcado en la actividad intelectual y creativa. Eso ha desaparecido completamente. En España nunca ha existido.

¿Conoció el ambiente universitario español en la época del final de la dictadura?

Estudié un tiempo Filosofía aquí en Barcelona. Un profesor se llamaba a sí mismo tradicionalista, fascista y católico. Y luego había un liberal, un tal Emilio Lledó, que era un ignorante, una mala persona realmente. Y luego había una generación más joven, que eran ignorantes, que eran los marxistas-leninistas. Manuel Sacristán no estaba, porque le habían expulsado, pero era el gurú. Los profesores eran mediocres y dogmáticos, y ahí decidí irme y ya no regresé hasta el 79 u 80. Cuando volví no me dejaron entrar en Filosofía, porque había estado en Berlín y en Francia y era un competidor no deseado. Eso fue para mí una gran suerte, porque entré en Arquitectura en Barcelona, donde había un ambiente mucho más dinámico. Por la razón de que los arquitectos son artistas, y además la arquitectura es una ciencia con gran compromiso social y político. La Facultad de Arquitectura en aquella época era un verdadero campo de batalla. Allí encontré a un grupo de jóvenes dinámicos con los que hicimos revistas y algunas acciones de protesta muy divertidas. Era la actitud de una nueva generación que cuestionaba a la que había entrado en el poder, es decir, a los socialistas y los progresistas, porque nos dábamos cuenta de que eran unos canallas y unos traidores. Se trataba de boicotear las tentativas de introducir la conciencia neoliberal en el espíritu subversivo de la facultad. Eso duró dos o tres años, bastante interesantes, y ya me fui a Estados Unidos y a Brasil. 

En esa época, en España, ¿tuvo contacto con Agustín García Calvo, el grupo de los ácratas y esa vertiente más heterodoxa del pensamiento español de la época?

A los ácratas los conocí en un viaje a Madrid en el 68. Era un grupo pequeño, pero muy atractivo para un joven. En ese viaje conocí el ambiente, que entonces era mucho más radical que el catalán. El catalán es un hombre que puede ser radical, y existen grandes nombres en la cultura del país que se pueden considerar radicales, y quizás el más importante es Gaudí. Pero el catalán siempre se fascina con lo estético, se queda en el mundo estético. Esto (mira a su alrededor y abarca con sus manos los salones modernistas del Hotel Casa Fuster) está hecho por una imaginación completamente revolucionaria, explosiva. Eso era Barcelona, y en cambio Madrid era anarquista, de la tradición de la generación del 98, de las novelas de Pío Baroja…  

¿En qué momento y por qué motivo se fue de España?

El momento de corte fue uno de los estados de excepción decretados por Franco, en el que hubo una represión terrible. Diría que en el año 72. Para mi generación aquel fue un momento de depresión absoluta. Eso en Cataluña dio lugar a dos bandos: uno que se resignó, dejó la batalla y desapareció del mapa; y otro que se fue por el lado de la estética o de la intelligentsia. Aún había un cierto mundo intelectual, muy pobre, que permitía vislumbrar una salida: la editorial Tusquets o Anagrama, en su época heroica, eran una especie de alternativa, pero muy débil.  

Uno de los primeros libros del catálogo de Anagrama reúne textos situacionistas traducidos por usted.

En ese momento estaban abiertos a ese tipo de cosas.  

¿No quedaba en Barcelona nada de la mítica tradición anarquista de la ciudad, de aquella Rosa de Foc?

Toda esa generación había muerto. Yo conocí a algunos, un grupo de anarquistas en el sur de Francia. Era un mundo de obreros que se habían adaptado y vivían en una especie de poblado, de casitas muy chiquitas, muy humildes, pero con un pequeño terreno que cultivaban. Allí realizaban esa utopía anarquista que viene de muy lejos, porque es esa utopía que Cervantes pone en boca de Don Quijote, cuando ve que no puede cumplir sus grandes deseos de transformar el mundo como caballero andante y ya agonizando quiere tener un jardín. Es esa tradición que reúne ciertos momentos de la tradición epicúrea y algo más que no sé muy bien qué es. Así vivían esos anarquistas, que eran personajes muy interesantes. Pero, claro, se los comió la historia. Sus hijos ya se adaptaron, eran franceses, y yo fui amigo de alguno de ellos. Era un caldo de cultivo interesante, pero que no tenía futuro. Luego me fui y me olvidé de ellos y de todo. No me enteré de la muerte de Franco. Me dediqué a estudiar filosofía alemana en Berlín. 

¿Y qué pensó cuando se enteró de la muerte de Franco?

Como conocía a la generación de recambio, que estaba en el establishment, y sabía de sus limitaciones intelectuales, no me mezclé con esa gente.  

¿Qué valoración hace del 68 y todo lo que ocurrió en torno a esa fecha? Me refiero a las diferentes corrientes filosóficas, políticas, culturales, artísticas…

El 68 significó una ruptura en todos los aspectos, empezando por la psiquiatría. Para mí fue un momento muy renovador y estimulante, también en la teoría social, la teoría crítica y las filosofías críticas. Yo me alimenté de todo eso. Las clases de Deleuze fueron un estímulo muy interesante, porque era cuando estaba escribiendo El Antiedipo. Yo venía de la psiquiatría, había huido de su declive y me había encontrado con un personaje que hacía explícitamente la guerra contra el aspecto conservador del psicoanálisis. Estaba ese mundo representado por Deleuze, pero antes fue Guy Debord.

¿Qué aprendió de Debord?

Debord tuvo un gran éxito, porque realmente fue la chispa intelectual que prendió el fuego del 68. Yo conocí a esas personas, auténticos enragés (enfurecidos), un grupo brillante. La sociedad del espectáculo me parece un libro absolutamente genial. Es la descripción del mundo en el que nos encontramos: las guerras son espectáculos, y es el espectáculo el que decide la estrategia de las guerras. Los sistemas de propaganda se han perfeccionado a tal nivel que constituyen una nueva realidad. Ese punto de partida me abrió intelectualmente a una nueva perspectiva.

Eduardo Subirats en 1959

¿Cuáles fueron sus influencias intelectuales en Alemania?

Alemania era otra cosa, porque allí todavía vivían los últimos intelectuales humanistas en el sentido moderno y crítico. Adorno y los adornianos estaban en Frankfurt. En Berlín estaba, entre otros, Klaus Heinrich, que era un profesor de tradición humanista. Él formulaba una crítica contra la instrumentalización tecnocrática de la ciencia moderna y de la tecnología con fines destructivos. Ese era el punto de partida epistemológico de lo que más o menos claramente formulaba como una nueva orientación o como una redefinición del proyecto de la Aufklärung (Ilustración) alemana. Hacía además un trabajo de recuperación de las tradiciones artísticas. Él juntaba el cielo con la tierra, juntaba crítica filosófica y mitología griega con una conciencia política muy crítica. En torno a él se formó un seminario con la perspectiva de reformular el espíritu del esclarecimiento. Mi vida en Berlín oscilaba entre las protestas callejeras y este humanismo esclarecedor, con una base de religiones griegas y referencias a las tradiciones críticas del arte alemán. Esto era muy conveniente para un joven español que se llevaba muy mal con el mundo español. Estoy hablando de los años 80, que es el momento de la caída en picado del progresismo español en la corrupción y en la banalidad. Eso fue lo que me salvó.  

Durante sus años en Berlín viajó por algunos países al otro lado del Telón de Acero, ¿cómo fue esa experiencia de conocer el mundo soviético?

En el 68 estaba en Basilea, en el psiquiátrico, y conocí a Karel Kosic, el escritor checo. Nos invitó a mí y a otros amigos alemanes a conocer la Primavera de Praga, y ahí fuimos. Fue una aventura, porque la situación era muy grave. De hecho, estuvimos allí una semana antes de que entrasen los tanques. Allí conocimos al grupo de intelectuales que rodeaban a Karel Kosik, que eran fascinantes. Los jóvenes tenían un concepto del compromiso político mucho más intenso del que podía haber imaginado en París o en Madrid. Los ácratas fueron el ejemplo más interesante en Madrid, y los situacionistas en París, pero lo que vi en Praga era política de verdad, con un proyecto claro que fue destruido. Aquel viaje supuso el contacto con el mundo del fascismo, un fascismo diferente al español, pero de una brutalidad comparable o quizás peor.  

¿Conoció también la Alemania Oriental?

En Alemania Oriental, lo mismo. Estuve en contacto con un grupo de comunistas del establishment de allí. Nosotros éramos un grupo de jóvenes radicales con un proyecto de educación social. Y crearon una institución maravillosa que eran los clubs republicanos, algo parecido a los ateneos de la época republicana española. Fuimos a Alemania del Este varias veces y allí contactamos con personas del Partido Comunista que estaban interesados en esos clubs porque les servían para extender su propaganda. Eran buena gente, pero provincianos. Un poco lo mismo que ocurría con los republicanos españoles que conocí en Francia. Eran unos santos, pero eso no iba a ninguna parte. Me interesaban más movimientos como los situacionistas, que tenían una mente universal y procedían del surrealismo. Ellos se consideraban herederos de la revolución surrealista, y generaron una fuerza de choque intelectual inmensa. El mundo de los republicanos españoles y el de los intelectuales comunistas, incluyendo el propio Kosic, no llegaban a esa altura. En el fondo eran socialdemócratas, y trataban de alcanzar una entente cordial con los valores liberales de esa Europa de principios de siglo que ellos respetaban y añoraban. En todos encontraba limitaciones, y por eso me fui. 

¿Cómo fue la recepción de sus primeras obras en España?

En cuanto empecé a escribir cosas un poco más críticas, como el libro de La ilustración insuficiente, fui atacado por el establishment. Que qué me había creído. Era la actitud de esa izquierda desechable, y el ejemplo es Fernando Savater. La izquierda madrileña que yo conocía, inclusive miembros de los ácratas, venían de un contexto familiar y cultural fascista. 

Eran los hijos rebeldes, ¿no?

Eran los hijos rebeldes, como los Sánchez Ferlosio, con los cuales estuve íntimamente relacionado a través de Carmen Martín Gaite. En un momento dado me hice muy amigo de ella, que era esposa de Rafael Sánchez Ferlosio. Viví de hecho unos meses en casa de Martín Gaite, y fue muy bonito. Era una voz intelectual femenina, sensible, que conocía el mundo liberal. Tenía una hija muy inteligente, algo más joven que yo, que era realmente de la generación de la Transición. Ella y muchos de sus amigos tenían padres o abuelos en la extrema derecha. Esta hija de Martín Gaite es un ejemplo muy claro de esa generación: mujer bien formada, lúcida, crítica, pero completamente decepcionada. Si a los 18 años pierdes toda la ilusión, ¿qué haces? Pues ella y varios en su grupo de amigos acabaron en la heroína y contagiándose de sida. Ese fue el desmoronamiento interno de la democracia liberal española, que no tenía la menor consistencia. No fue un desmoronamiento político, sino moral de sus hijos, que eran conscientes de que sus padres eran unos cabrones y que se encontraban en una situación completamente esquizofrénica, en la que el discurso decía ABC y la realidad decía XYZ. ¿Qué haces, entonces, en una sociedad que tampoco ofrecía posibilidades de supervivencia en actividades intelectuales? Pues te entregas a la droga, y cayeron por docenas.  

La hija de Martín Gaite y Sánchez Ferlosio falleció de sida.

Yo estuve en el entierro, y creo que ese entierro fue el momento que me reveló la profunda podredumbre de la derecha española, pero también de una izquierda que se había adaptado a una retórica banal y cuyo máximo exponente era Savater: brillante, potencia retórica, absoluta inconsistencia y ninguna visión de futuro. Esa generación se suicidó. En ese entierro estaba un grupo fascista, de la familia del padre de la difunta; el grupo del padre de su novio, que era Carlos Castilla del Pino, un famoso psiquiatra marxista; y el grupo liberal de Martín Gaite y sus amigos, en el que yo me encontraba. Y luego estaba el otro grupo, el de los amigos de la difunta, que era totalmente siniestro y oscuro. Veía cómo la depresión había acabado con ellos.

Una representación de la España de la época.

Sí, y en medio de todo eso, el padre y la madre, que eran figuras muy importantes. Allí había muchos personajes de la intelectualidad. Realmente estaba allí toda la élite liberal. Aquello era una ceremonia en la que se rendía reconocimiento a un proyecto fracasado, pero no se asumía como tal. Simplemente se reaccionaba ante esa situación con una depresión profunda, que no era capaz de articularse intelectualmente. Y ahí pensé: bueno, de aquí hay que irse rápido.

Eduardo Subirats en 1976

He leído en algunos de tus textos de esa época comentarios muy elogiosos de María Zambrano…

¡Ah, claro! ¡Me olvidaba de María Zambrano! 

¿Es quizás la excepción a esa nulidad intelectual que le achaca a la cultura española?

La verdad es que lo que siempre me ha salvado de bastantes decepciones han sido las mujeres. Las dos mujeres que me apoyaban en España eran Zambrano y Martín Gaite. Zambrano tenía un pensamiento original, y había tenido una relación muy íntima con la vanguardia literaria del Caribe. Había tenido la experiencia del exilio en Suiza, que ella llamaba su paraíso, y hacía una crítica social, digámoslo así, aceptable. Yo frecuenté su casa cuando vivía en Madrid. Decía mucho una cosa que me hacía reír: “En Madrid hay mucha madera intelectual, pero faltan chispas para prender la hoguera”. Tenía una visión muy distante, y sentía mucho haber abandonado su paraíso en Suiza. Aceptó el convite, supongo que por dinero, y la instalaron en un apartamento cerca del Hotel Ritz. Era un personaje adorable, más adorable que Martín Gaite, con la que acabé peleándome porque era muy nacionalista. Ella siempre me reprochaba que estuviera viajando por el extranjero y que no viajase más por España antes de irme por esos mundos.  

Otra mujer de la que habla mucho es de Luisa Isabel Álvarez de Toledo, la marquesa roja.

¡Ah! Esa es la tercera mujer. Yo estaba escribiendo El continente vacío y me encontré un libro suyo llamado No fuimos nosotros donde, en definitiva, decía que España no había descubierto nada porque los árabes habían descubierto América mucho antes. Ella tenía un archivo con mapas muy antiguos, que me enseñó, y documentos que ponían de manifiesto eso. Fue muy osada y es un personaje que habría que reivindicar. En el 93 publiqué El continente vacío y el libro fue destruido.

¿Qué sucedió con ese libro?

En esa época viajaba mucho a México, y allí contacté con Siglo XXI, les dije que estaba escribiendo un libro sobre la conquista de México y me dijeron que estaban interesados en publicarlo. En esos años vivía entre Princeton, Madrid y Toledo, donde me había comprado una casa linda en el barrio judío. En ese periodo, alrededor del 92, se concentró en España un grupo curioso de jóvenes exiliados judíos latinoamericanos, que llegaban huyendo de las dictaduras militares. Era un grupo muy interesante, y ahí fue donde conocí a Mario Muchnik, que acababa de crear una editorial independiente dentro del grupo de Anaya. Le hablé del manuscrito y aceptó publicarlo. Muchnik tenía muy buenas relaciones con la política, sobre todo con socialistas, y estaba muy bien colocado. Hizo una campaña publicitaria y de presentaciones muy sólida, lo más sólido que nunca he visto en España. El libro tuvo cierta repercusión, pero una repercusión negativa. El libro es un ataque al papel de la Iglesia católica en el proceso de conquista, y así lo expuse claramente sin saber dónde me metía. Menos de un año después de aparecer el libro, la gente que estaba al frente de Anaya, ligada al Opus Dei, decidió que aquello no se podía tolerar. Primero defenestraron a Muchnik y luego vendieron el libro como papel.

¿Con La ilustración insuficiente y El continente vacío se ganó la fama de intelectual antiespañol?

Sí, ahí se acabó. El continente vacío creo que es algo que los españoles no me van a perdonar. Mi posición siempre había sido muy ambigua, muy crítica. Además, con esto ya me metía con la política, porque estábamos en los festejos del Quinto Centenario. Pero no me gané la fama de antiespañol, sino de criptojudío.

Que viene a significar lo mismo en los códigos del tradicionalismo castizo.

Sí, pero además hay una cosa que yo defiendo, y que me parece obvia, y es que la conquista de América solo se podía haber hecho sobre la base del genocidio islámico y de la expulsión de los judíos. Muchos judíos expulsados se fueron a América, y hay una gran cantidad de literatura crítica con la colonización escrita por judíos que tenían que ocultar su judaísmo, como Bartolomé de las Casas. Yo me protegía con esos autores como aliados y decía: señores, estoy defendiendo una tradición que es más española que nadie. Ahí está Vives, los hermanos Valdés, Bartolomé de las Casas…

¿Se había mudado a la judería de Toledo en un gesto consciente y deliberado de reivindicar esas raíces?

Sí, eso fue. Tenía curiosidad y la sigo teniendo. El mundo sefardí es muy actual y tiene una tradición maravillosa.  

Aquel año 92, además del Quinto Centenario de la conquista, lo era también de la expulsión de los judíos.
Y de la destrucción del reino islámico de Granada, la gramática castellana y la lexicografía de Nebrija, que es el acto de purificación de la lengua española de elementos hebraizantes e islamistas. Es un paquete. Yo no me di cuenta cuando lo estaba escribiendo. Ahora estoy escribiendo un libro sobre Cervantes que va en una línea similar. 

¿En qué sentido?

Sostengo que el Quijote es la conciencia histórica del fracaso del imperio español. El proyecto de ese loco de hacerse caballero andante es el proyecto que nace de la conciencia de la decadencia española. Y es algo muy claro en el texto, aunque se recubre sutilmente en esas situaciones que te hacen morir de risa. Mi interpretación hace de Don Quijote una crítica contemporánea de la crisis de la sociedad española. La segunda parte del Quijote, que nadie lee, la reconstruyo desde la perspectiva de la crítica del espectáculo de Guy Debord. Ahí está la modernidad que se atisba y se critica ácidamente, pero con humor, y la conciencia de un imperio que nace como poder genocida. Todo esto lo hago apoyándome en Américo Castro, otra persona expulsada de la cultura española. 

Fue uno de los intelectuales más críticos con los fastos del Quinto Centenario, igual que antes lo había sido con la Movida, dos de los grandes hitos culturales del progresismo oficialista español.

A la Movida no le doy mucha importancia porque era algo que no tenía ni pies ni cabeza. Sí, supongo que me he ganado a pulso que me odien. Lo que ocurre es que ahora el mundo español ya no existe intelectualmente. Es un erial. No se puede hacer nada. Ni siquiera hay fuerzas en este momento en el que crece la nueva derecha, lo que es mucho peor. Supongo que en algún momento alguien va a despertar, y ese momento supongo que está cerca. La derecha tiene un discurso patético, pero es que la izquierda no tiene discurso. Es una atrofia completa en una situación mundial catastrófica. Ahora, pienso que es posible que esta situación catastrófica genere una nueva crítica. Una crítica del totalitarismo democrático que no puede tardar mucho, porque las catástrofes irán en aumento. 

¿Qué descubrió cuando llegó a Brasil? Ese mundo de la Amazonía y las culturas precolombinas…

Llegué a Brasil casi por accidente, y allí me encontré con arquitectos. Los arquitectos brasileños son el grupo social más dinámico que ha tenido el siglo XX. Me encontré con los últimos descendientes de un movimiento que comienza en el 28, cuyos líderes habían muerto. Pero quedaban Niemeyer, Vilanova Artigas y Lina Bo Bardi. A los tres los conocí en sus últimos años, pero me hice muy amigo de ellos. Esos personajes eran odiados por el establishment brasileño, pero eran verdaderos genios y muy accesibles. Cuando llegué a Brasil me abrieron las puertas. Era una constelación que había vivido quince años de penurias bajo la dictadura. Llegué allí los dos últimos años de la dictadura militar, y en un momento en el que ningún intelectual iba a Brasil. Era el único europeo que pasaba por allí. Había una curiosidad mutua, y fue un gran descubrimiento. Fue una generación de creadores, escritores, pensadores, arquitectos y artistas que claramente formularon un concepto de modernidad que no tenía nada que ver con las directrices de las vanguardias europeas. Al mismo tiempo, eran líderes intelectuales conscientes de la decadencia europea. Era un pensamiento completamente traumatizado y marcado por la conciencia histórica del desastre de la Revolución rusa y de la revolución fascista que le siguió, y del desastre de la supuesta recuperación liberal bajo la égida del imperialismo gringo. Y ahí me encontré con ese mundo que era crítico, pero que no asumía el nihilismo europeo y que creaba; que quería crear y creaba porque podía, porque había un pueblo indígena, un pueblo negro y unas condiciones políticas favorables a una izquierda proletaria. Entré en este mundo maravilloso y fue como una segunda adolescencia. Me encontré con un mundo que se parecía mucho al que viví en el 68. Nada más llegar allí participé en descomunales manifestaciones de millones de personas que eran fantásticas.

México y Chiapas también fueron importantes en su descubrimiento de América, ¿es así?

Sí, Chiapas para mí fue muy interesante. En El continente vacío cuento mi participación en un congreso organizado por los más altos niveles de la política en México. Yo estaba terminando el libro y me llegó esta invitación de alto nivel para ir a Chiapas, donde el PRI había organizado una reunión de todos los líderes indigenistas imaginables de las Américas, desde Hawaii hasta la Patagonia. Allí conocí gente formidable. Me contaron cosas aterradoras. Chiapas en aquel momento era un infierno. El acto mismo estaba capitaneado por el gobernador, que era un gánster. Cuando lo oí hablar, pensaba que los déspotas de la Roma imperial debían de ser sus padrinos. Lo peor que he visto en mi vida en carne y hueso. Y un asesino. El libro lo presenté en Ciudad de México en los días en que el movimiento de los zapatistas apareció en escena. En Ciudad de México nadie sabía nada de Chiapas. Y mi comportamiento en este congreso fue completamente disparatado, porque decía lo que veía. Yo no tenía nada que ganar ni que perder, porque los indios estaban muy calladitos, porque sabían cómo se las gastaban en el poder político. 

En A plena luz caminamos a ciegas, su penúltimo libro, hace una defensa filosófica del patrimonio cultural, mitológico y religioso de esas culturas amerindias.

Cito un libro maravilloso transcrito por un antropólogo francés en conversación con un chamán yanomami: La caída del cielo. Es un libro impresionante, muy inteligente y escalofriante. Su visión del futuro es brillante. La frase final del libro dice: “Nosotros moriremos, pero vosotros también”. 

¿Ha estado en el Amazonas? Tiene que ser sobrecogedor estar envuelto por esa naturaleza tan exuberante, casi un lugar sagrado.

Todo eso ha muerto, y va a peor. Quise ir por última vez hace un par de años, con un amigo antropólogo, pero es que son lugares en los que la contaminación por mercurio hace imposible comer pescado, y eran riquísimos los pescados allí. Es una cosa escalofriante luchar por tu supervivencia, a lo que se suma la contemplación de un desastre humano para el que ya no tengo estómago.  

La destrucción industrial del paraíso.

Sí, y a una escala que uno no… La última vez que estuve fue en un encuentro de defensa de los derechos indígenas, y recuerdo a los indios berreando contra los representantes de la justicia brasileña por un tema de venta de tierras y polución de los ríos. Es un tema tan complejo, tan terrible y tan amenazador, que no puedes hacer nada. Y si mueves un dedo, te pegan un tiro. 

Sus dos últimos libros, A plena luz caminamos a ciegas y El intelectual obscena ausencia, son muy pesimistas.
Sí, claro, ¿cuál es la perspectiva que podemos tener sobre el mundo contemporáneo? Es un libro desolador, pero acaba con una cita de Robert Jungk, que dijo que el futuro es negro, pero no hay que parar. 

En A plena luz caminamos a ciegas le confiere una gran importancia a lo sagrado y a lo religioso, llama a combatir “la manipulación fascista de los mitos” y a reivindicar esos mitos como un manantial de sabiduría.

Ese es el lado positivo. El libro tiene un proyecto intelectual, obviamente fragmentario, pero con una dirección bastante clara. Hoy nadie quiere saber nada de sentido crítico y voluntad transformadora, y en España es algo que nunca ha existido.  

¿Cómo está llevando la presidencia de Trump?

El problema no es solo Trump, hay mucha hipocresía en eso. La política salvaje contra la inmigración viene ya de los demócratas. Yo vivo en Princeton, una universidad que en tiempos de guerra debe de ser un paraíso. Es una ciudad que vive de las rentas, de los réditos de su capital, y no de lo que pagan los estudiantes, que pagan mucho. Estás allí en un país aparte, y ahora me da miedo tomar el metro, ir a Nueva York y regresar de noche. Constantemente hay ataques, y cada vez más fuertes. Nueva York se ha vuelto peligroso y la vida intelectual está a cero. Me sorprende ahora cómo la universidad se ha deshinchado. Y no es por Trump, es por el rector que agacha la cabeza y asume que no hay que discutir de nada, excepto de inteligencia artificial.

Como profesor ya veterano, ¿percibe una merma en las capacidades e inquietudes de sus alumnos?

Los estudiantes son cada vez más analfabetos y desinteresados. No entienden nada, y además han asumido que no tienen por qué trabajar, y que hay que darles las cosas hechas. Pero el problema no son solo los estudiantes. La función del departamento de literatura, mi departamento, parece ser eliminar la literatura. No se lee una novela, no se lee nada, no se sabe pensar. Nada. Cero. Sale de allí gente absolutamente analfabeta. Y la gente que apoya ese sistema lo hace con la mayor tranquilidad, y encima pensando que ellos son los grandes defensores de los derechos humanos, los grandes feministas, los grandes defensores de la homosexualidad, de las minorías, etcétera, etcétera, etcétera. Su discurso es políticamente intachable, y si tú les pones en cuestión algo, te miran con muy malos ojos. Te podría contar millares de anécdotas, y te das cuenta de que es un país que se va a la mierda. Pero Europa también.  

¿Y ve alguna ruta para salir de ese atolladero civilizatorio?

Creo que la única salida es la redefinición de un proyecto de esclarecimiento y su traducción en un proyecto técnico que aborde ecología y nuevas tecnologías. Yo no sé nada de inteligencia artificial, pero claramente intuyo y veo que estamos convertidos en esclavos de las máquinas, constantemente invadidos. Frente a eso se puede pensar una alternativa, pero es difícil. ¿Quién va a solucionar esto? China, quizás. La propaganda occidental decía que se iba a asfixiar en la polución. Y efectivamente, la primera vez que estuve en China era asfixiante. Una de las cosas que creo que hemos de repensar es el concepto de democracia. Tal y como existe ahora, es una coartada que justifica genocidios y el poder de los poderosos sobre los vencidos. La mezcla de confucianismo y prevención estatal que supuestamente gobierna China tiene aspectos positivos, al menos sobre el papel… 

[Fuente: www.ctxt.es]