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terça-feira, 15 de setembro de 2026

« La survie de la nation sioniste » : l’obsession d’Israël pour le sperme des soldats décédés

Le prélèvement post mortem de sperme est devenu une politique d’État : un quart des soldats de sexe masculin tués depuis le 7 octobre ont subi cette intervention. Mais en offrant un exutoire aux familles en deuil, cette pratique ne fait que perpétuer la guerre.

Les funérailles d'un soldat israélien, le 18 novembre 2023

Écrit par Nathalie Rozanes (+972 Magazine) 

Au début de cette année, Nitza Shmueli a publié un message sur Facebook pour formuler une demande inhabituelle concernant son fils décédé. « Moi, la mère de Barel, je recherche une femme qui souhaite concevoir un enfant à partir du sperme de Barel, une femme qui souhaite fonder une famille chaleureuse et aimante », a-t-elle écrit. « Si vous pensez pouvoir être cette femme, n’hésitez pas à me contacter en privé. » 

Barel, un tireur d’élite de 21 ans appartenant à une unité d’infiltration de la police des frontières israélienne, a été abattu par un tireur palestinien le 21 août 2021, lors d’une manifestation près de la barrière de sécurité à l’est de la ville de Gaza. Cette manifestation, qui marquait le 52e anniversaire d’un incendie criminel perpétré contre la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, visait à faire pression sur Israël pour qu’il lève son blocus sur Gaza et avait rassemblé des centaines de participants. 

Sur des vidéos tournées sur place, on peut voir un Palestinien courir vers le mur de béton où Barel et d’autres tireurs d’élite étaient postés, sortir une arme qu’il avait glissée dans sa ceinture et tirer trois coups de feu à bout portant à travers une brèche. Barel a été touché à la tête et est décédé neuf jours plus tard, après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales pour tenter de lui sauver la vie. Quarante Palestiniens ont également été blessés par les forces israéliennes ce jour-là, dont Osama Khaled Ideij, 32 ans, et Omar Hasan Abu Al-Nil, 12 ans, qui ont tous deux fini par succomber à leurs blessures. 

Après le décès de Barel, sa mère a obtenu l’autorisation du tribunal pour prélever et congeler son sperme au Centre médical Soroka de Be’er Sheva. Le prélèvement post-mortem de sperme (PMSR) permet la procréation pour les hommes décédés : une incision au niveau des testicules est pratiquée dans les heures qui suivent le décès, lorsque le sperme est encore viable, afin d’extraire du tissu du défunt. En laboratoire, le tissu est ensuite examiné au microscope afin d’identifier et de congeler les spermatozoïdes encore vivants pouvant être utilisés pour une fécondation in vitro (FIV). 

S’adressant à une commission de la Knesset en 2022, Shmueli a déclaré que 1 400 femmes l’avaient contactée pour manifester leur intérêt à avoir un enfant de Barel. Mais il lui a fallu quatre ans pour obtenir l’autorisation d’utiliser le sperme congelé de Barel afin de concevoir un enfant, après qu’un tribunal des affaires familiales de Tel-Aviv eut approuvé sa demande l’année dernière. 

Ce résultat n’était pas seulement l’aboutissement de sa longue bataille judiciaire, mais reflétait également un paysage médical et juridique transformé par les attaques du 7 octobre et la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza qui s’en est suivie. 

Avant octobre 2023, le prélèvement de sperme sur des soldats israéliens décédés (PMSR) était une pratique rare et controversée sur le plan éthique dans la société israélienne, avec seulement une poignée de demandes par an. Au cours des trois dernières années, cependant, ce prélèvement s’est institutionnalisé et normalisé, devenant un phénomène national de plus en plus répandu. 

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 7 octobre, parmi les différentes mesures d’urgence approuvées par le ministère de la Santé et le ministère de la Justice figurait un règlement temporaire — toujours en vigueur aujourd’hui — autorisant les parents d’Israéliens tués à la guerre à consentir au prélèvement de sperme sans qu’une autorisation judiciaire soit nécessaire. 

Pour être réalisée avec succès, la PMSR doit avoir lieu dans les 72 heures suivant le décès. Ainsi, lorsque l’armée vient annoncer la nouvelle aux familles — ce que les Israélien·nes appellent le redoutable « coup à la porte » —, les officiers suggèrent désormais de manière proactive cette procédure. Les parent·es doivent alors se décider et agir immédiatement. La sociologue israélienne Yael Hashiloni-Dolev, professeure à l’université Ben Gourion, a décrit cette nouvelle logique opérationnelle au magazine +972 comme suit : « Prélever d’abord, poser les questions juridiques ensuite. » 

Désormais financé par l’État et supervisé par le ministère de la Santé, le PMSR est pratiqué dans les quatre principaux hôpitaux israéliens, où le sperme est également congelé et conservé. Selon le Dr Eran Altman, directeur de la banque de sperme du Centre médical Rabin, environ 250 soldats et agents de sécurité israéliens avaient fait l’objet d’une procédure de prélèvement posthume de sperme au début de cette année — soit un quart de l’ensemble des soldats masculins tués depuis le 7 octobre. 

S’adressant à NPR en janvier, le Dr Altman a expliqué à quelle vitesse le système s’était adapté. « L’armée est devenue très efficace pour nous acheminer le corps », a-t-il déclaré. « Lorsque c’est possible, nous le recevons quelques heures après le décès. » 

Parallèlement à l’expansion rapide des PMSR, un nouveau terme a fait son apparition dans le débat public israélien : « hatzalat zera », ou « sauvetage du sperme ». Comme l’explique le professeur Zvi Triger, spécialiste en droit au College of Management de Rishon LeZion, « cette expression reflète un recadrage dans lequel le sperme d’un soldat est considéré comme quelque chose qui doit être “sauvé”, plaçant ainsi cette substance dans une dimension morale similaire à celle de la vie humaine ou des biens nationaux ». 

On ignore encore combien de familles finiront par utiliser le sperme qu’elles ont décidé de congeler pour concevoir des enfants, ce qui nécessite l’autorisation d’un tribunal. Un groupe de parent·es endeuillé·es, dont Nitza Shmueli, milite depuis des années à la Knesset en faveur d’un projet de loi visant à permettre aux parents de soldats tués au combat qui ne sont pas en couple officiel d’utiliser le sperme prélevé pour une FIV, projet de loi qui n’a toujours pas été adopté. 

Mais dans le contexte de la violence obstétricale exercée par Israël à l’encontre des femmes et des nourrissons palestinien·nes dans la région, la PMSR, en tant que politique d’État, revêt une portée idéologique : elle s’inscrit dans un projet d’État visant à assurer la continuité biologique du peuple juif par tous les moyens, même au-delà de la mort, parallèlement à des efforts génocidaires visant à effacer la vie palestinienne. 

La PMSR montre également clairement comment le gouvernement israélien instrumentalise le deuil pour entretenir un conflit permanent. Comme l’a expliqué Hashiloni-Dolev, « en Israël, la PMSR se situe quelque part sur le continuum entre l’indemnisation et la vengeance ». 

« Dans les médias israéliens, cette pratique est généralement présentée sous un jour positif, comme un moyen d’« aider les familles endeuillées » ou de « donner de l’espoir aux familles des soldats tombés au combat » », a-t-elle poursuivi. Mais dans le même temps, « lors des débats à la Knesset sur la réglementation du PMSR après le 7 octobre, l’autorisation de recourir à cette procédure a été présentée comme une “nekama” [“vengeance”] ou une “tkuma” [“résurrection”] ». 

Daphna Hacker, professeure de droit et d’études de genre à l’université de Tel-Aviv, voit un intérêt politique évident dans la promotion de la PMSR. « C’est là un moyen supplémentaire de créer une soupape de pression et de canaliser le deuil vers une histoire privée, plutôt que vers un tollé public contre l’envoi de ses enfants à la guerre. » 

Le pronatalisme en tant que politique d’État

Le phénomène du PMSR remonte à la fin des années 1970, lorsqu’un urologue de Los Angeles a réalisé avec succès la première intervention sur un jeune homme décédé dans un accident de voiture. Les hôpitaux israéliens ont commencé à procéder à des prélèvements au cas par cas dans les années 1990, généralement à la demande des partenaires. En l’absence de législation officielle régissant cette pratique, ces demandes étaient souvent adressées directement aux tribunaux de famille ou aux tribunaux d’instance.

En 2003, la/le procureur·e général·e a enfin publié les premières lignes directrices sur le PMSR, bien qu’elles n’aient pas été inscrites dans la loi. Ces lignes directrices ne concernaient que les partenaires féminines survivantes, leur permettant d’utiliser le sperme de leur partenaire décédé même en l’absence de directive écrite autorisant le PMSR, en se fondant sur sa « volonté présumée » qu’elle conçoive des enfants à partir de son sperme. 

L’une des premières affaires très médiatisées impliquant des parents concernait Keivan Cohen, un soldat israélien tué à Gaza en 2002. Après sa mort, sa mère a mené une longue bataille juridique pour pouvoir utiliser son sperme afin de concevoir un petit-enfant, né 11 ans plus tard. Cette affaire est devenue l’un des premiers litiges reconnus à l’échelle nationale en Israël concernant la procréation posthume et a contribué à jeter les bases juridiques sur lesquelles d’autres familles endeuillées se sont appuyées par la suite. 

Aujourd’hui, Israël adopte l’une des approches les plus permissives au monde en matière de reproduction posthume. Des pays tels que la France, le Maroc, la Suède, l’Allemagne, la Suisse, la Slovénie, le Danemark et la Hongrie ont totalement interdit cette pratique, tandis que d’autres, comme la Belgique et les États-Unis, exigent généralement le consentement écrit ou implicite du défunt avant qu’une partenaire puisse demander à utiliser son sperme, ainsi que l’autorisation d’un tribunal. 

Certains pays qui autorisent cette pratique imposent également un délai d’attente avant que le sperme puisse être utilisé pour une FIV. Comme l’a expliqué Shai Lavi, directeur de l’Institut Van Leer de Jérusalem et codirecteur du Centre Minerva pour l’étude interdisciplinaire de la fin de vie, le raisonnement est qu’une partenaire récemment endeuillée n’est peut-être pas « dans les meilleures dispositions pour prendre une décision aussi lourde de conséquences, après avoir subi une perte importante ». 

Mais ce qui distingue le plus Israël, c’est la manière dont le PMSR s’est directement intégré à la politique d’État. Non seulement le gouvernement finance cette procédure, mais il l’a parfois activement encouragée. 

Un mois après le 7 octobre, le ministère des Affaires étrangères a publié une vidéo d’animation émouvante consacrée à Shaylee Atary, dont le mari a été tué en défendant leur kibboutz lors des attaques ; lorsque son sperme a enfin pu être prélevé, il était trop tard. Un formulaire permettant de demander et d’expliquer cette procédure est toujours disponible sur le site web du gouvernement. 

« C’est un pays très pronataliste : dans la société israélienne, il n’est pas bien vu de ne pas avoir d’enfants », a déclaré Mme Hacker à +972. « La survie de la nation est la motivation dominante. » 

La politique d’urgence adoptée après le 7 octobre est allée encore plus loin, en étendant le droit de demander le prélèvement d’organes aux parent·es des défunts, en plus des conjointes survivants. Les parent·es représentent désormais 77% de l’ensemble des demandes. Aucun autre pays n’accorde un tel rôle aux parent·es, et cette mesure va même à l’encontre d’une jurisprudence israélienne : en 2016, un jugement avait établi que les parent·es n’avaient aucune légitimité juridique dans les décisions relatives au prélèvement de sperme. 

Cette mesure d’urgence a depuis été renouvelée mois après mois, même s’il n’est pas encore certain qu’elle soit finalement inscrite dans la réglementation, compte tenu de l’opposition de certaines autorités rabbiniques. 

« Être grand-parent·e revêt une grande importance dans la culture israélienne, qui est très familiale et tribale et qui valorise la continuité du peuple juif », a expliqué Mme Hacker. « Comme nous vivons en moyenne plus longtemps qu’auparavant, on peut désormais assumer le rôle de grand-parent·e pendant 30 ans. Cette expérience est retirée à ces parent·es lorsque leur fils meurt — cela devient donc un réconfort pour eux de savoir que leur fils décédé peut engendrer un enfant, et elles ou ils ne se demandent pas en public à quoi a servi cette mort ni ne se battent pour mettre fin à ces guerres perpétuelles, cruelles et injustes. » 

Mais malgré le large soutien émotionnel et politique dont bénéficient les familles endeuillées au sein de l’opinion publique israélienne, l’autorisation de prélever et de congeler du sperme n’équivaut pas à l’autorisation de l’utiliser. Les tribunaux israéliens doivent encore approuver son utilisation pour concevoir un enfant, ce qui exige souvent que la partenaire ou les parent·es démontrent que le défunt souhaitait avoir des enfants. Si le prélèvement lui-même est financé par l’État, les familles doivent prendre en charge à titre privé les frais de procédure judiciaire qui s’ensuivent. 

« La culture du deuil en Israël exerce une pression énorme sur les juges : elles et ils ne peuvent pas s’y opposer », a fait remarquer Mme Hacker. « Cela ne devrait pas être laissé à l’appréciation des tribunaux des affaires familiales, au cas par cas. Il faudrait une réglementation claire, comme dans d’autres pays. » 

Les mères de soldats décédés sont souvent en première ligne dans ces batailles juridiques chargées d’émotion visant à obtenir l’autorisation de concevoir un petit-enfant — ainsi que dans les campagnes médiatiques qui les accompagnent. Après la mort de son fils Maor à Khan Younis en décembre 2023, Sharon Eisenkot a demandé l’autorisation d’utiliser son sperme pour concevoir un petit-enfant avec une femme qu’elle choisirait. En juillet dernier, elle est devenue la première mère israélienne d’un soldat tué après le 7 octobre à obtenir cette autorisation, à la suite d’une décision historique rendue par le tribunal des affaires familiales d’Eilat. 

« La mère se met alors à la recherche de la partenaire idéale sur les réseaux sociaux ; cela devient un événement national », a expliqué Lavi. Sharon Eisenkot — sœur de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, actuellement candidat au poste de Premier ministre d’Israël — s’est associée à The Stork, une plateforme israélienne de coparentalité et de mise en relation familiale fondée par l’ancienne députée de la Knesset Michal Biran, afin de trouver une future mère. 

Les messages partagés sur les réseaux sociaux présentaient le futur enfant comme un hommage à Maor et à son sacrifice. « Maor ne sera pas là pour le porter sur ses épaules, l’emmener à la plage, jouer au foot avec lui ou l’écouter raconter sa journée », pouvait-on lire dans l’un d’eux. « Mais cet enfant aura une mère. Ce ne sera pas une famille monoparentale, telle que nous la connaissons. Ici, il y aura un souvenir vivant et vibrant de Maor, raconté par ses ami·es et ses proches, ainsi qu’une famille aimante qui attendra cet enfant avec une immense nostalgie. » 

Le nombre de demandes était si élevé que The Stork a dû affecter trois standardistes uniquement pour répondre et gérer l’afflux de candidates souhaitant devenir la mère de l’enfant de Maor. 

« Nés pour être des soldats »

La fécondité est en baisse partout dans le monde, mais les Israélien·nes juifs/juives, avec une moyenne de 3,1 enfants par femme, affichent le taux de fécondité le plus élevé des pays de l’OCDE. Les familles nombreuses ultra-orthodoxes et sionistes religieuses expliquent en grande partie ce chiffre, mais même les Israélien·nes juifs/juives libérales/libéraux et laïques ont en moyenne environ 2,2 enfants — bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui est de 1,4. 

« Ce qui est propre à Israël, c’est l’idée que la fécondité ne relève pas seulement du couple, mais aussi de la société et, à une échelle encore plus grande, de la nation », a fait remarquer Hashiloni-Dolev. « En Israël, ce n’est pas la vie individuelle qui est sacrée, mais la pérennité de la collectivité. » 

Cette importance accordée à la continuité collective est depuis longtemps alimentée par des inquiétudes démographiques liées à la préservation d’une majorité juive face à des taux de natalité palestiniens tout aussi élevés — ce que Hashiloni-Dolev appelle la « guerre des utérus ». Depuis des décennies, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeant·es israélien·nes présentent la fécondité palestinienne comme une menace stratégique pour le caractère juif de l’État, invoquant souvent dans ce contexte les millions de mort·es juifs/juives de l’Holocauste. 

À l’inverse, les taux de natalité élevés chez les Juifs/juives sont célébrés comme une victoire politique pour Israël. Lors de la cérémonie officielle de la fête de l’Indépendance d’Israël en avril dernier, le président de la Knesset, Amir Ohana, a énuméré une liste de « ce à quoi ressemble la victoire en Israël ». Parmi ses exemples : « 177 000 bébés né·es au cours de l’année écoulée ». 

Dans le même temps, l’investissement d’Israël dans la procréation juive contraste de manière frappante avec les conditions qu’il impose aux femmes palestiniennes en matière de santé et de vie reproductive. Cette guerre contre la fécondité palestinienne est particulièrement évidente à Gaza, où Israël a bombardé des maternités et des cliniques de fertilité, et où les fausses couches ont plus que triplé au cours du premier semestre 2026. Le siège continu des approvisionnements alimentaires et de l’aide humanitaire, ajouté à l’indisponibilité des soins prénataux de base et aux mauvaises conditions sanitaires, a également contribué à la baisse du taux de natalité dans l’enclave — en recul de 3,2% depuis le début de l’année. 

Mais en Cisjordanie aussi, les restrictions israéliennes à la liberté de circulation, les déplacements forcés, l’accès restreint aux cliniques de fertilité et les centaines d’attaques contre des établissements de santé depuis octobre 2023 ont perturbé les soins de santé reproductive. Il y a quelques semaines à peine, une Palestinienne enceinte a accouché d’un enfant mort-né et a failli mourir elle-même d’une hémorragie consécutive après que des soldats israéliens ont arrêté l’ambulance qui la transportait vers un hôpital de Naplouse. Au poste de contrôle, les soldats ont ordonné au conducteur de couper le moteur, privant ainsi d’alimentation électrique les équipements médicaux de l’ambulance. 

L’un des piliers qui soutient le taux de natalité des Israélien·nes juifs/juives est un système remarquablement généreux de prise en charge des traitements de fertilité. Israël réalise plus de procédures de FIV par habitant·e que tout autre pays et tire également sa fierté du « tourisme de la fertilit  », ce qui témoigne de l’infrastructure économique qui s’est développée autour de la procréation médicalement assistée. 

« La maternité de substitution est légale, la congélation des ovocytes est partiellement subventionnée, et le système de santé finance la FIV pour deux enfants par femme jusqu’à l’âge de 45 ans, quel que soit son état civil », a fait remarquer Mme Hacker. « Ce n’est le cas dans aucun autre pays au monde. » 

Dans le même temps, cependant, le système de santé publique souffre d’un sous-financement chronique et est négligé par le gouvernement, sans parler des autres restrictions pesant sur les soins gynécologiques. Comme l’a expliqué Mme Hacker, « les femmes subissent une forte pression pour avoir des enfants. L’avortement n’est pas gratuit : les femmes doivent passer par un comité religieux pour obtenir une autorisation. » 

L’ironie du pronatalisme extrême d’Israël réside bien sûr dans le fait que l’État ne se soucie guère du bien-être ultime des enfants juifs:juives, qui sont enrôlé·es et envoyé·es risquer leur vie dès quelles et ’ils atteignent l’âge adulte. « Les Israélien·nes considèrent les enfants comme faisant partie d’un collectif et comme étant né·es pour devenir des soldat·es », a expliqué Hashiloni-Dolev. 

Dans cette formulation, le PMSR est une forme de compensation, une réponse au risque inhérent à la citoyenneté militarisée. Comme l’a formulé Hashiloni-Dolev : « Nous ne pouvons pas vous promettre [que vous resterez] en vie, mais nous pouvons vous promettre la continuité. » 

Les défunts y consentent-ils ?

Dans la quasi-totalité des cas de PMSR en Israël, le prélèvement de sperme repose sur l’hypothèse que les défunts souhaitent perpétuer leur lignée génétique au-delà de la mort, mais sans leur consentement effectif. Comme l’explique Lavi, « la présomption juridique est désormais inversée : si le défunt n’a pas explicitement dit non, les tribunaux présument de plus en plus souvent qu’il a donné son consentement ». 

Pourtant, les recherches menées par Hashiloni-Dolev et Triger ont remis en cause le fondement empirique de la doctrine de la « volonté présumée ». Dans leurs études menées auprès de soldats israéliens, ils ont constaté que la plupart souhaitaient devenir pères, mais pas en leur absence. Une grande majorité de jeunes hommes étaient également consternés à l’idée que leurs parent·es interviennent dans leur reproduction après leur mort, ce que certains qualifiaient de quelque peu incestueux. 

D’autres études ont également révélé que 63% des soldats israéliens de sexe masculin s’opposent à ce que leurs spermatozoïdes soient utilisés à des fins de procréation après leur décès, tandis que la moitié d’entre eux s’opposent même à ce qu’ils soient utilisés par leur partenaire. 

Certain·es défenseur·e·s du PMSR ont insisté pour que la question du consentement soit résolue par la création d’une banque de sperme militaire ou en demandant aux soldats de signer des formulaires leur permettant de refuser le PMSR en cas de décès. Mais l’armée s’est opposée à ces propositions ; selon Triger, les responsables militaires estimaient que demander à des soldats de 18 ans de « penser à la mort » nuirait au moral des troupes. 

Hashiloni-Dolev se demande si un formulaire pourrait constituer un consentement valable en premier lieu. « C’est la même logique que d’envoyer des jeunes de 18 ans à la guerre », a-t-elle fait valoir. « Que savent-ils du fait de vouloir recourir au PMSR ? Les questions qui leur sont posées n’ont aucun sens ; le consentement est ici une notion abstraite. Ceux qui disent oui veulent simplement éviter que leurs parent·es soient tristes. » 

Depuis l’adoption de la mesure d’urgence après le 7 octobre, des débats animés ont eu lieu à la Knesset au sujet d’une législation visant à réglementer officiellement les PMSR. Parmi les propositions à l’étude figure un système permettant aux soldats d’enregistrer leurs volontés à l’avance, ce qui pourrait également autoriser l’utilisation de sperme à des fins de FIV sans qu’il soit nécessaire d’obtenir l’autorisation d’un tribunal. 

Les témoignages des parent·es endeuillé·es ont particulièrement mis en évidence l’intensité des passions autour de cette question. Évoquant son fils lors d’une série d’auditions, Nitza Shmueli a déclaré aux législateurs/législatrices : « Si je pouvais voler du sperme et aller en prison pour cela, j’accepterais sans hésiter une peine à perpétuité. » 

Une autre mère a déclaré : « Vous savez tous que c’est grâce à notre perte et au sang de nos enfants que vous pouvez vivre dans ce pays ». Un père s’en est pris aux législateurs/législatrices qui s’opposaient au projet de loi, en criant : « Allez à Gaza avec un mégaphone et dites aux soldats que s’ils meurent, ils n’auront pas de descendance. » 

« Ce projet de loi n’a pas été adopté à la Knesset parce que les partis religieux l’ont bloqué », a fait remarquer Hashiloni-Dolev. « Dans le judaïsme, il existe des lois contre la nécrophilie ; avec le PMSR, on tire une sorte de satisfaction d’un cadavre et cela concerne les organes sexuels. Bien sûr, ils n’ont pas non plus d’enfants qui meurent en tant que soldats. » 

Pour Lavi, cette impasse reflète une divergence plus profonde parmi les Juifs/Juives israélien·nes quant au caractère définitif de la mort. « Dans le sionisme libéral et religieux, surmonter la mort et le deuil devient une mission, tandis que dans la tradition haredi, on observe une acceptation tragique de la volonté de Dieu », a-t-il fait valoir. 

Pour Lavi, tout ce débat recèle une ironie encore plus profonde. « La normalisation du PMSR déconstruit le discours officiel ici, qui a toujours été que les Juifs/Juives glorifient la vie et que les Palestinien·nes glorifient la mort et le martyre. Il s’agit là d’une sanctification extrême des morts — c’est un mariage avec les morts. » 

Mme Hacker partage cette préoccupation. « Nous sommes en train de devenir une société morbide qui célèbre la mort de diverses manières, au lieu de célébrer la vie », a-t-elle déploré. « Je m’inquiète pour les jeunes veuves et les compagnes de soldats tués qui subissent des pressions de la part des familles des défunts pour qu’elles recourent à la FIV avec le sperme prélevé, au lieu de commencer une nouvelle vie tant qu’elles le peuvent encore. » 

Quand les enfants deviennent des symboles nationaux 

En juin dernier, la Dr Hadas Levy est devenue la première Israélienne, depuis le 7 octobre, à donner naissance à un enfant conçu par PMSR. « Jusqu’à la naissance du bébé, je pleurais encore Netanel », a-t-elle déclaré au Times of Israel, en référence à son fiancé tué à Gaza en décembre 2023. « Et maintenant, je peux me réveiller le matin et ressentir de la joie. » 

Alors que de plus en plus de familles demandent l’autorisation d’utiliser le sperme de soldats tués depuis le 7 octobre, de plus en plus d’enfants israélien·nes sont susceptibles d’être conçu·es de cette manière. Mais qu’adviendra-t-il de ces demi-orphelin·es, conçu·es dans le cadre d’un projet reproductif national et né·es en tant que symboles de la « continuité juive » ?

« Certains groupes [lors des débats à la Knesset] craignaient que les enfants ne soient objectivés et ne deviennent un mémorial », a expliqué M. Triger. Il a évoqué la littérature psychanalytique datant des années 1960 sur la notion controversée d’« enfant de remplacement » — un enfant conçu après la perte d’un autre enfant, qui peut avoir du mal à se forger une identité distincte de celle du frère ou de la sœur qu’il est censé remplacer. 

« L’idée qu’un enfant puisse servir de mémorial n’est donc pas nouvelle », a déclaré Triger. « Mais dans ces cas-là, il s’agissait d’une démarche privée ; dans le cas du PMSR, il faut recourir à la technologie et obtenir une autorisation judiciaire, [et] cette démarche est soutenue par le système. » 

Si le bien-être des enfants conçus par PMSR fait l’objet de peu de débats publics en Israël, le rôle de la mère dans ce projet de deuil national est lui aussi souvent négligé, considéré comme secondaire par rapport à la continuité de la lignée du soldat tué. Le prélèvement de sperme centre la lignée masculine, tandis que les femmes — veuves, compagnes, mères porteuses ou femmes qui n’ont jamais connu le soldat — assument le fardeau pratique, physique et émotionnel de la perpétuer. 

Comme l’a fait valoir Mme Hacker, la conception de la paternité défendue par le PMSR est profondément patriarcale. « La paternité est un rôle volontaire dont le but est de perpétuer sa lignée génétique. La maternité est une obligation. Cela réduit à néant tout ce pour quoi les féministes se sont battues pendant des décennies et cela nuit aux mères, aux enfants, mais aussi aux pères ». 

« Je ne pense pas que les personnes devraient avoir le droit de donner la vie sans être présents et sans être en mesure de s’occuper de leurs futurs enfants », a-t-elle ajouté. 

Pour l’instant, la société israélienne avance plus vite vers la normalisation du PMSR que ne le permettent les cadres juridiques et éthiques. Et tant que le consensus général sur la guerre éternelle restera intact, il est peu probable qu’une véritable réflexion morale s’engage sur la manière dont le prélèvement posthume de sperme contribue à maintenir un tel statu quo militariste. 

« La société israélienne et l’État ont négligé de se pencher sur la tragédie de la guerre, sur la manière de gérer le deuil, sur la manière d’éviter la mort. C’est tragique que nous en soyons arrivés là », a déclaré Triger. « Je ne juge pas les familles : je ne me suis jamais trouvé dans cette situation et j’espère ne jamais y être confronté » — un sentiment que toustes les expert·es interrogé·es par +972 ont également souligné. « Ma critique s’adresse à l’État. Je pense que créer l’illusion que la mort n’est pas la fin est un mécanisme qui justifie la guerre perpétuelle. » 


Nathalie Rozanes est une comédienne, autrice et créatrice de spectacles originaire de Bruxelles, qui vit actuellement à Jaffa-Tel-Aviv.


Traduit par DE

 

[photo : DW (YT) - reproduit sur https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com]

 



domingo, 6 de setembro de 2026

Santiago Alba Rico: «Israel es la supervivencia de la peor Europa en Oriente Medio»

El filósofo publica 'Gaza y el destino del mundo', un ensayo en el que reflexiona sobre el punto de no retorno que implica el genocidio y lo que revela de nosotros como sociedad

Santiago Alba Rico reflexiona sobre Gaza en su último libro.

Escrito por Neus Tomàs

En un país que no va sobrado de pensadores, Santiago Alba Rico (Madrid, 1960) se ha convertido en un referente para la izquierda, y ojalá no solo para ella. Su voz tímida, casi susurrante, se abre paso en artículos y libros que ayudan a combatir el griterío de parlamentos y tertulias. Su último ensayo, Gaza y el destino del mundo (Arpa), nos sitúa ante un espejo incómodo, el de la doble moral de Occidente.

“Israel es obra del antisemitismo europeo y en ese sentido, no debería haber existido. La fundación de Israel es injusta en todos los sentidos”, denuncia Alba Rico. Considera que la solución de los dos Estados ya no es posible. Defiende que los propios israelíes, junto con los europeos, son los que tienen que desionizar Israel. “Entonces podrán plantearse cosas como las que decía Martin Buber: un Estado binacional o un solo Estado democrático en el que sea posible establecer unas reglas de juego compartidas”, añade.

Mientras, el filósofo se niega a caer en el pesimismo. No porque falten motivos sino porque si los palestinos resisten, pese a todo, a no tener nada, hay que aguantar y seguir denunciando el genocidio del que son víctimas. Alba Rico nos obliga a pensar sobre ese mundo que Gaza ha marcado como punto de no retorno civilizatorio y, también con las imágenes de Ceuta en la retina, lanza esta advertencia: “Estamos en un momento de la historia en el que uno puede creerse bueno mientras participa en un linchamiento”.

El arranque del libro es sorprendente porque se retrotrae a dos aspectos de la infancia: la diurna, que, por resumirlo, sería más la del juego; y la nocturna, que podría ser más la del miedo. Y a partir de ahí las vincula a algunas dinámicas del poder. ¿Cómo se le ocurrió?

Es una analogía que está presente en mi cabeza desde hace ya algún tiempo. Como lector de Freud creo que era casi inevitable plantearlo así. Pero quizá también tiene que ver con la percepción de los últimos años, en un contexto de descomposición de las democracias y de expansión del autoritarismo. El proyecto de la Ilustración ha fracasado claramente.

Kant decía que la Ilustración era la humanidad que alcanza la mayoría de edad. Durante dos siglos hemos creído, a ratos, que había sido así, pero en los últimos años vemos que no. Nunca hemos llegado a ser mayores de edad del todo. Seguimos como en un patio de colegio en el que los más fuertes, los que menos se atienen a los principios pactados por todos, son los que finalmente se apoderan de territorios, de las vidas de los demás y deciden, en definitiva, quién merece vivir y quién no.

Eso que yo llamo la infancia diurna, que es la del juego, en un momento determinado se convierte en hipocresía. Hemos seguido jugando a los valores morales, a la democracia, a la división de poderes. Lo que ha ocurrido es que se ha venido abajo ese aparato lúdico, más o menos pactado, en el que todos, hipócritamente, nos guiábamos por ciertos principios en los que quizá no creíamos, pero que nos defendían del niño nocturno. Y ese niño nocturno se ha apoderado del patio del colegio.

En ese patio incluso los juegos infantiles tienen reglas. Trasladado al comportamiento de dirigentes como Trump y Netanyahu, ¿el resumen sería que ellos no respetan ninguna regla?

Exactamente. Es una idea que recojo de Chesterton, de ese libro maravilloso que es Ortodoxia, en el que explica la obsesión que tienen los niños por las reglas. Pueden inventar las reglas, pero lo importante es seguirlas. Recuerdo en el libro una frase de un libreto de Wagner, Los maestros cantores de Núremberg, en la que dice: “Cread vuestras propias reglas, pero seguidlas”.

Hay algo siempre tranquilizador en las reglas. Incluso, si se quiere, en las mafias que tienen, o han tenido durante algún tiempo, reglas internas que había que respetar. Y los niños están obsesionados con ellas: quieren a toda costa que se cumplan.

Ese niño diurno que juega con reglas inventadas, pero en todo caso rígidas y de obligado cumplimiento, se convierte en un hipócrita civilizado, diría Freud. En El malestar en la cultura, la civilización sirve fundamentalmente para reprimir al niño nocturno. Y ese niño nocturno ha quedado liberado, desencadenado. No cumplir las reglas tiene en estos momentos muchas ventajas en términos de poder, de ganancia, de beneficio capitalista, de beneficio imperialista y de protección de los propios intereses.

En uno de los capítulos se hace una pregunta: ¿qué es Gaza? Y una de las conclusiones destacables sería que es mucho más que un territorio físico con una historia milenaria.

Sí. A mi juicio, Gaza no es solo un territorio, como han señalado autores como Pankaj Mishra. Es un cambio de paradigma, un concepto, un objeto mental.

En algún momento lo comparo con otros conceptos que ha habido a lo largo de la historia, sobre todo del siglo XX. Hablo de Verdún, que nadie sabe dónde está, pero que es un paradigma de guerra que, de alguna manera, establece también un parteaguas en la historia del siglo XX. Las trincheras de Verdún fundan el siglo XX. Y luego tenemos claramente dos conceptos que originalmente son territorios: Auschwitz e Hiroshima. Auschwitz, el de la liquidación horizontal del otro; Hiroshima, el de la liquidación vertical del otro.

Gaza es otro nuevo concepto en el que se combina lo horizontal de Auschwitz y lo vertical de Hiroshima. Al mismo tiempo, se introduce una novedad tecnológica que convierte —o ha convertido— Gaza en un laboratorio de una nueva forma de hacer la guerra; por ejemplo, mediante el uso de la inteligencia artificial.

Hay semejanzas y, como señala, también alguna diferencia.

Hay una cosa que rompe con el modelo del siglo XX. Auschwitz, después de todo, fue ocultado. Los nazis intentaron ocultarlo, no se jactaron de Auschwitz. La decisión relativa a lo que llamaban, eufemística y terriblemente, la “solución final” se tomó en una reunión secreta. Todo ocurría en la niebla, en la oscuridad. En Gaza, ha sido exactamente lo contrario: lo hemos vivido en tiempo real, a la vista de todos. Digo en algún momento, con mucha amargura, que si Hitler hubiera introducido cámaras de televisión en las cámaras de gas quizá habría podido ir más lejos de lo que llegó, que fue realmente bastante lejos.

No podemos mirarlo todo sin contaminarnos; no podemos permitirnos mirarlo todo sin que sufra también nuestra alma, nuestra integridad moral. Hemos visto demasiadas cosas. Las hemos visto en tiempo real, minuto a minuto, sin poder cambiar lo que estaba ocurriendo. Esto es un batacazo civilizacional y moral sin precedentes por una sencilla razón: ya no ocultamos los crímenes; incluso nos enorgullecemos de ellos.

Hay un 90% de la población mundial que está absolutamente en contra del genocidio en Gaza y que, sin embargo, totalmente impotente, ha tenido que contemplar imágenes que han dañado moralmente a la humanidad. Lo han hecho de una manera que no voy a llamar irreparable, pero sí con efectos muy duros.

Dice que un 90% de la población mundial pero al final parece que ese 10% restante de la población es el que acaba decidiendo qué pasa en Gaza.

Pues sí. El libro también es un acta de acusación a Estados Unidos y a la Unión Europea. Esto es algo que podemos constatar en otros campos, no solamente en Gaza. Lo decía Gaetano Mosca, filósofo y teórico del derecho en la Italia prefascista: una minoría organizada siempre es más poderosa que una mayoría desorganizada.

Obviamente, esas minorías que acaban apoyando un genocidio tienen más medios, más dinero y más recursos. También más recursos de propaganda. No solo se han apoderado de las armas y de la violencia, sino también de las palabras. En esas condiciones, una mayoría desorganizada puede hacer muy poco, salvo sufrir desde lejos el veneno moral de esas imágenes terribles en las que hemos visto a niños muertos, enterrados bajo los escombros, disparados por francotiradores o asesinados en sus camas.

Hay un momento en el que habla de la doble moral occidental. Ahora mencionaba a Estados Unidos y a la Unión Europea. ¿Un ejemplo es cómo se condena la violencia palestina, pero se tolera la de Israel?

Cuando se hacen condenas son puramente formales o retóricas y no van acompañadas de medidas que, sin embargo, sí se han tomado en otros lugares. Se han tomado medidas contra Rusia, muy legítimamente, frente a una invasión y una ocupación que hay que condenar sin ambages. Pero eso no se hace con Israel.

En el libro intento explicar que no se hace porque Israel forma parte de la peor historia de Europa, la que una y otra vez se ha impuesto, salvo en este breve paréntesis posterior a la Segunda Guerra Mundial. Israel es lo que queda de la Europa anterior a la Segunda Guerra Mundial. Y, como superviviente de lo que era aquella Europa, puede hacer retroceder a Europa. Lo estamos viendo con la islamofobia, el racismo y la ultraderecha creciente en Europa.

Todo eso tiene mucho que ver con Israel, como el propio Netanyahu reconoce y consagra estableciendo relaciones privilegiadas con partidos de la ultraderecha europea, que son los mismos partidos que antes de la Segunda Guerra Mundial perseguían a los judíos. De manera que sí: Israel es la supervivencia de la peor Europa en Oriente Medio y, desde allí, puede conducirnos a los europeos de nuevo a lo peor de nuestra historia.

Hay un momento en el que es especialmente contundente y dice que Israel no debería haber existido nunca y que no fue, como a veces se ha explicado, la presencia minoritaria y legítima de inmigrantes de religión judía en Palestina, en 1881 o 1906, la que reclamaba su existencia.

Israel es obra del antisemitismo europeo y en ese sentido, no debería haber existido. La fundación de Israel es injusta en todos los sentidos. Es fruto, en efecto, de un proyecto nacionalista excluyente que surge a finales del siglo XIX, cuando aparecen los nacionalismos, especialmente en Europa, y posteriormente en un contexto de imperialismo colonial. Es, por lo tanto, como decía Theodor Herzl, una avanzadilla de Europa en Oriente Medio y un parapeto frente a los bárbaros colonizados.

Ahora bien, que su existencia no fuera justa no quiere decir que debamos perseguir ahora la destrucción de Israel. No. Israel existe y no se puede neutralizar una injusticia con otra injusticia 80 años después.

Por tanto, tenemos una sola herramienta, una herramienta que va a dejar siempre insatisfechos a los justicieros de uno y otro lado, pero que es la única que tenemos: el derecho internacional.

Pero, cuando habla del derecho internacional, en el libro lo presenta como un débil cascarón en el que apenas se han contenido las ambiciones de las grandes potencias. Tal como está concebido ahora, ¿nos sirve?

Tal y como está, no nos sirve. Desde el mismo momento en que toda una serie de niños nocturnos han declarado no vinculante ese derecho, de alguna manera se vuelve nulo o inútil. También es consecuencia de cómo se construye ese derecho a partir de la Segunda Guerra Mundial. Pensemos, por ejemplo, en las Naciones Unidas.

Hay mucha gente que lleva mucho tiempo pidiendo una reforma de las Naciones Unidas. No puede ser que los vencedores de la Segunda Guerra Mundial sigan teniendo derecho de veto después de un largo proceso de descolonización, con un protagonismo creciente de otros países y de potencias al menos medias. Hay que reformar las Naciones Unidas. Es un buen momento para, al menos, plantear esa reforma. No para ejecutarla, porque para eso necesitamos más fuerza y más poder del que tenemos las mayorías desorganizadas, pero sí para plantearla.

No podemos permitirnos el pesimismo mientras los palestinos sigan resistiendo

Una cuestión sobre la que también reflexiona en el libro es la identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío. ¿Es un error que se ha cometido tanto desde la derecha como desde la izquierda?

Creo que sí. Esto es fruto también de esa culpa histórica resultado del Holocausto. Como cuentan muy bien Pankaj Mishra y Finkelstein, esto es relativamente reciente: empieza a ocurrir en los años sesenta.

Hasta finales de los años sesenta, hasta la Guerra de los Seis Días, no se establece una identificación entre el Estado de Israel y el Holocausto. De hecho, Israel no era un Estado victimista. Había una especie de huida: el sionismo intentaba huir precisamente de esa identificación que establece el imaginario europeo entre el judío y la víctima. El sionismo reclamaba su derecho a la violencia, a no ser la víctima.

Pero, a partir de finales de los años sesenta, sí se establece esa identificación y el Estado de Israel comienza a extraer legitimidad de la invocación permanente del Holocausto y de la identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío.

Tenemos a Peter Beinart o a Marc H. Ellis, toda una serie de judíos que de ninguna manera están dispuestos a aceptar que Israel mate niños en su nombre. Hay que recordar constantemente esas voces judías y tratar de disolver esa identificación entre el Estado de Israel y el llamado pueblo judío que busca el sionismo para legitimar sus crímenes.

No hay un pueblo judío; hay una religión judía, hay una cultura judía. Y lo que no se puede hacer, desde luego, es identificar a Israel con el pueblo judío.

¿Por qué?

Porque la identificación entre el pueblo judío e Israel, allí donde Israel es una empresa colonial que comete un genocidio, hace algo que, por lo demás, desea el sionismo: promover el antisemitismo.

Y la mejor manera de combatir el antisemitismo es romper esa identificación entre el Estado de Israel y el pueblo judío. El pueblo judío, la cultura judía, la religión judía, no son culpables de los crímenes de Israel.

¿Cómo se podría desionizar Israel?

Va a ser difícil porque nace con el sionismo. La fundación de Israel es indisociable de ese proyecto, que desde el principio es excluyente y supremacista. Pero creo que es la única solución. Ahora mismo vemos muy lejos cualquier solución. La de los dos Estados es imposible. Hay que tener en cuenta que, en realidad, esto es lo que desde el principio se pretendió: hacer imposible la existencia de un Estado palestino.

Me irrita muchísimo que se hable constantemente del derecho a la existencia de Israel cuando el único derecho a la existencia que está siendo cuestionado constantemente, incluso desde Europa y desde Estados Unidos, es el derecho a la existencia de Palestina.

Con la particularidad de que Israel y sus gobernantes, desde Ben-Gurión, no han dejado de expresar clarísimamente su negativa a aceptar la existencia de un Estado palestino. Netanyahu no ha dejado de repetirlo en los últimos años. En el propio programa fundacional del Likud está escrito que el territorio de Israel va desde el río hasta el mar. Se reprocha constantemente a los palestinos que utilicen ese lema cuando está incluido en el programa fundacional del Likud.

No hay ninguna disposición por parte de Israel a aceptar la existencia de un Estado palestino. Por eso es necesario desionizarlo, y la única manera de hacerlo es que quienes han apoyado desde fuera a Israel dejen de apoyarlo.

Si Israel es un proyecto europeo, para que deje de ser un proyecto colonial, un proyecto genocida, es Europa la que tiene que dejar de apoyar a Israel.

¿Cree que veremos el fin de la ocupación?

Personalmente, no lo sé. Confío en que mis hijos lo vean. Para eso es muy necesario que muchos más israelíes, y no solo judíos, se den cuenta de que la propia existencia de Israel, como señalan Ilan Pappé o Gideon Levy, está en peligro. Lo está porque es completamente inviable el proyecto sionista de un Israel excluyente en permanente guerra civil. Y son los propios israelíes, junto con los europeos, los que tienen que desionizar Israel.

Entonces podrán plantearse cosas como las que decía Martin Buber: un Estado binacional o un solo Estado democrático en el que sea posible establecer unas reglas de juego compartidas.

Hoy eso es totalmente inviable, pero no porque no pueda existir Hamás, sino porque existe un Estado de Israel gobernado, además, por partidos ultrarreligiosos que de ninguna manera pueden aceptar que exista un Estado palestino, ni siquiera que existan los palestinos.

No hay un reconocimiento de la existencia de los palestinos. No los llaman palestinos: los llaman árabes, precisamente para no tener que reconocer que existe un pueblo palestino.

En el libro señala que Gaza marca el inicio de un nuevo mundo. ¿Pronostica que ese mundo todavía será peor?

Últimamente, me resisto a dejarme llevar por el fatalismo o por el pesimismo. Creo que hay algo también muy político en esto: la decisión política que podemos tomar es precisamente la de no dejarnos arrastrar por ellos.

¿Cómo dejarse llevar por el fatalismo desde Europa cuando los palestinos están todos los días levantando escuelas en una jaima entre los escombros de Gaza; cuando están una y otra vez cambiando los pañales a sus niños, reconstruyendo sus casas, cuidando el olivo que les han quemado?

Lo que sí creo es que se avecinan tiempos aún peores, porque ese modelo Gaza es un modelo que estamos viendo en todas partes. Israel lo aplica en Líbano, Estados Unidos e Israel lo aplican en Irán, Rusia lo aplica en Ucrania, y estamos viviendo un proceso de desdemocratización mundial que no augura precisamente la reconstrucción de un derecho internacional más vigoroso y con mayor capacidad de protección, sino lo contrario.

No podemos permitirnos el pesimismo mientras los palestinos sigan resistiendo.

Hablando de cómo será ese nuevo mundo y viendo lo que ha pasado en Ceuta, tampoco parece haber demasiados motivos para el optimismo. ¿Cuál es su análisis de lo que está pasando?

Lo que más me preocupa, dejando de lado los análisis geopolíticos —que ya se han hecho, y muy buenos y muy finos; desde luego también en vuestro periódico—, es algo en lo que insisto en el libro. De pronto, estos días nos estamos encontrando con gente que se cree buena mientras impide que la Cruz Roja entregue pan y agua a los inmigrantes, los expulsa de los lugares donde los ha instalado precariamente el Gobierno o quema sus pertenencias.

Eso me preocupa mucho, porque estamos en un momento de la historia en el que uno puede creerse bueno mientras participa en un linchamiento. Es un poco lo que ocurre en Gaza. Hemos visto a ciudadanos israelíes que suben a la colina en Sderot para ver arder Gaza mientras toman una suculenta merienda o que impiden que se hagan entregas de ayuda humanitaria. Cómo se han tenido que quebrar los vínculos con algo que antes llamábamos ética o moral universal para que puedas creerte bueno mientras estás participando en un linchamiento.

Ese nuevo marco moral, o amoral, esté siendo alimentado por partidos políticos que aspiran a gobernar, incluso a derrocar a un gobierno legítimo por cualquier vía, amparándose en el niño nocturno, en el niño nocturno que todos llevamos dentro. Que nos creamos buenos ciudadanos o buenas personas mientras excluimos al otro, perseguimos al otro o matamos al otro es lo que más me preocupa en estos momentos.

Y en lo de Ceuta ya lo vemos: a través de Ceuta, este nuevo modelo, este modelo Gaza, está también deslizándose muy deprisa en España, que hasta ahora era un poco una isla que se mantenía protegida del fascismo. Creo que a través de Ceuta el fascismo desembarca definitivamente en España.

 

[Foto: Marta Jara - fuente: www.eldiario.es]

quarta-feira, 2 de setembro de 2026

Máis de 180 figuras de Hollywood apoian a Mark Ruffalo despois de ser acusado de antisemita por Paramount

«Cualificar a Ruffalo de antisemita por cuestionar unha fusión corporativa masiva non só é absurdo, senón que é unha forma perigosa de silenciar a crítica lexítima», reza o escrito no que participaron personalidade como Joaquin Phoenix ou Hannah Einbinder

O actor estadounidense Mark Ruffalo 

Máis de 180 figuras da industria —entre eles actores, directores e celebridades xudías— asinaron unha carta en defensa do actor estadounidense Mark Ruffalo, despois de que fose acusado de antisemitismo por Paramount Skydance por critica a polémica fusión desta compaña con Warner Bros. Discovery. «Cualificar a Mark Ruffalo de antisemita por cuestionar unha fusión corporativa masiva non só é absurdo, senón que é unha forma perigosa de silenciar a crítica lexítima», reza a carta, á que tivo acceso o martes a revista Variety. Neste documento, Ruffalo obtivo o respaldo de figuras de peso de Hollywood, como o director Todd Haynes (Segredos dun escándalo), o actor Joaquin Phoenix (Joker) ou a actriz Hannah Einbinder (Hacks), unha das voces máis críticas da industria coa intervención de Israel sobre o territorio palestino. «Xa abonda de instrumentalizar de forma falsa e perigosa as acusacións de antisemitismo contra quen ten o valor de sinalar o óbvio: que o ataque contra o pobo palestino e o ataque contra as nosas liberdades na casa están profundamente interconectados, e que non hai nada de antisemita en recoñecer ese feito», agrega o escrito.

O documento tamén critica a transacción entre Paramount Skydance e Warner Bros. Discovery, que vai máis aló de «unha simple combinación de dúas enormes multinacionais. Si, destruirá miles e miles de postos de traballo. Si, consolidará aínda máis o control oligárquico dos nosos medios de comunicación. Si, afogará a competencia e a creatividade na produción e distribución de cine e televisión», indicaron os asinantes. Desta forma, parte da industria de Hollywood critica a fusión de ambas as compañas e o papel dos Ellison, familia propietaria do conglomerado de medios, quen mantén un vínculo con Oracle, empresa de xestión de bases de datos que apoia o exército israelí. «O camiño da IA cara a 'WarnerMount' —acrónimo de Warner e Paramount— pasa por Gaza, e Ellison deixounos claro en repetidas ocasións o mundo orwelliano que nos ten reservado mentres consolida o control sobre o que vemos e como o vemos, sabendo que mentres miramos, el e a súa corrupta camarilla sempre nos estarán vixiando», sentenza a carta.

A controversia entre Ruffalo e o conglomerado de medios comezou cando o actor criticou publicamente a macrofusión entre ambas as empresas, unha operación colosal valorada nuns 111.000 millóns de dólares, pero tamén acusou á familia Ellison de ser cómplices do xenocidio contra o pobo palestino. En resposta, un portavoz de Paramount acusou a Ruffalo de recorrer a «tópicos antisemitas» co pretexto de resolver unha disputa comercial.

 

[Imaxe: ZUMA | EUROPAPRESS - font: www.lavozdegalicia.es]

quarta-feira, 26 de agosto de 2026

«Tothom vol ser fill de Joseph Conrad», de Francesc Cuéllar

La bellesa en flames 

Escrit per Anna Carreras i Aubets

Aquest llibre de Francesc Cuéllar (Sant Sadurní d’Anoia, 1993) és una obra mestra de color vermell infern que maneja capes de registres: el literari, el metaliterari, el psicològic i el simbòlic. Invocar Joseph Conrad al títol no és només una referència cultural aleatòria, sinó una declaració d’intencions. 

Conrad escriu sobre la culpa imperial, la fragilitat moral dels individus i el terror de descobrir que la barbàrie no és exterior sinó interior. És el gran cartògraf de les zones obscures de la consciència; voler ser “fill” seu implica assumir una herència literària marcada pel conflicte entre civilització i barbàrie, entre narració i experiència, entre aventura exterior i vertigen interior, entre el pus gran amador que fou Ausiàs March i l’enfant terrible –amb causa– del segle XXI.

La novel·la de Cuéllar repassa un viatge iniciàtic i una dissecció de la identitat contemporània. Ernest, el protagonista, és un jove de 30 anys atrapat entre el desig d’una vida plena i la brutalitat material del present, que malda per “prendre decisions com a acte d’identitat” en un món que és una maleïda salvatjada i que manipula amb la llum com ho fan “els centres de fisioteràpia, les esglésies, els bingos i els puticlubs”.   

L’obra adopta la forma d’un dietari –un laboratori íntim– en un compte enrere que abasta 9 dies i que s’intercala amb capítols titulats “buits: Escenes oblidades d’algunes biografies” –Woolf, Beckett, Conrad, Gates, Kahlo, etc. Ernest no és només qui explica la història; és l’espai on passa tot, dins del seu “caparró exhaust”La seva consciència és el veritable escenari de la novel·la.

El punt de partida narratiu —el jove ha de marxar de Barcelona, la ciutat dels “núvols taronja urani”, pels lloguers abusius i tornar a casa dels pares— pot semblar anecdòtic, però és un dels traumes fundacionals del personatge. No només és un obstacle econòmic, sinó una expulsió simbòlica.

Francesc Cuéllar, Tothom vol ser fill de Joseph Conrad, La Magrana (2026)

Barcelona representa el centre cultural, l’espai on ell imagina que podria existir com a escriptor i intel·lectual, el lloc que por fer possible el simulacre. Mentre revisa les cintes vhs de la família per fer-li un regal al pare –que fa 60 anys– revela un secret que convertirà el poble en un camp de mines “de bombes abanderades i justificades per la revolució de la veritat”.

Cuéllar reflexiona sobre com es construeixen les històries. La narració metaliterària avança amb una consciència clara del propi artifici. L’estratègia recorda la tradició de narradors que desconfien de la transparència: com Conrad, però també d’altres que saben que explicar una història sempre és manipular la percepció del lector: explicar és interpretar, i interpretar és trair. 

El protagonista es mou dins d’un món en què la identitat és fluida, sovint impostada. La idea de voler ser “fill de Conrad” es torna una metàfora d’un fenomen molt actual: la construcció cultural del jo. Vivim en una època en què les persones es defineixen a través de referents simbòlics —literaris, polítics, estètics— que són marques d’autenticitat, però també a partir del fracàs i la frustració en contemplar el “futur lluminós inexistent”. Ernest és un “cor viu”, un personatge de gran densitat psicològica.

El de Cuéllar no és un heroi clàssic ni un antiheroi espectacular; és una figura molt més subtil: un intel·lectual desplaçat, algú que intenta preservar una vida de pensament en un context que sembla hostil. El dietari és una forma de resistència íntima: una manera de demostrar que, fins i tot en un món dominat per la lògica immobiliària, l’emergència climàtica, el declivi de l’art institucional, la violència de gènere, les criatures robades, l’especulació turística, la ineficiència de la justícia, el neofeixisme i la precarietat laboral, encara és possible pensar, observar i escriure, conscient tothora que la imaginació és un “caramel emmetzinat”.

Cuéllar no regala una prosa transparent, sinó densa, muscular, amb gran consciència rítmica i molts jocs de paraules. Les frases contenen una tensió constant entre ironia i gravetat, entre observació sociològica i introspecció, entre el renec i la poesia, entre l’argot i el cultisme, entre la psicoanàlisi de les “pupil·les blaves tristes” de la mare i la incomoditat de les violetes i les “verges expectants” de l’àvia Maria.

La novel·la funciona com a retrat generacional i intergeneracional alhora. Cuéllar observa amb una barreja de fascinació i escepticisme el món d’avui, un univers marcat per la precarietat simbòlica, l’ansietat de legitimitat i la necessitat d’autorepresentació. Però en paral·lel retrata el món dels pares, forjat a còpia de culpes, silencis, ànimes escabetxades secrets i pèrdues: “Puta catequesi, puta confirmació, putos diumenges de missa”. 

Som davant d’una reflexió filosòfica sobre l’autenticitat: “No ens escapem de la tradició mil·lenària que enfosqueix l’ésser humà: l’absència de la veritat”. L’autenticitat és un valor molt invocat però rarament practicat. I aquí és on el títol es torna irònic: gairebé ningú està disposat a assumir la càrrega que comporta heretar tradicions i traumes.

Aquesta és una novel·la ambiciosa i intel·lectualment exigent que pretén interrogar i incomodar. Densitat conceptual, ús sofisticat del llenguatge i de la intertextualitat, prosa curulla d’intensitat crítica a tots nivells i mirada hiperlúcida. La idea omnipresent de precarietat fa del personatge una figura molt potent en el pla literari: un outsider que viu en un deliciós estat constant de desajustament amb el món.

 

[Font: www.diarilaveu.cat]


domingo, 23 de agosto de 2026

La sentenza del tribunale tedesco sul paragone tra Israele e il nazismo è un passo nella giusta direzione

La sentenza sottolinea il fatto che gli impegni politici– per quanto profondamente radicati – non devono calpestare i diritti fondamentali

Dal fiume al mare niente industrie di guerra è la dicitura del cartello esibito in una manifestazione a Berlino l'11 luglio 2026.

di Marla Karnabach

Middle East Eye

Questo mese un tribunale tedesco ha stabilito che paragonare Israele alla Germania nazista è un’espressione giuridicamente tutelata, evidenziando un crescente conflitto tra le tutele costituzionali e l’impegno politico di Berlino verso Tel Aviv.

Il tribunale regionale ha assolto una donna incriminata da un tribunale di prima istanza per dei post sui social media che paragonavano la condotta di Israele a Gaza ai metodi del regime nazista.

Negli ultimi anni il sostegno della Germania a Israele ha sempre più marcato la condotta della polizia, le decisioni amministrative e i procedimenti penali.

Dopo il 7 ottobre 2023 la Germania ha messo al bando Hamas e Samidoun, un gruppo di difesa palestinese, al tempo stesso utilizzando sempre più le leggi originariamente destinate ad impedire una rinascita nazista per reprimere le critiche ad Israele.

La recente sentenza del tribunale, che ha riconosciuto che l’utilizzo da parte della donna dell’immaginario nazista nel contesto della condotta di Israele a Gaza costituiva un’espressione politica tutelata, ha rigettato la nozione prevalente nell’ambito delle cerchie tedesche secondo cui simili analogie sono per loro natura intrinsecamente criminali.

Tenendo conto della perdurante discussione riguardo al fatto che Israele sta commettendo un genocidio, insieme ai mandati della Corte Penale Internazionale contro i principali politici israeliani e ai casi pendenti contro Israele e la Germania presso la Corte Internazionale di Giustizia, il governo tedesco è ben lungi dal conseguire il consenso dell’opinione pubblica.

Anche prima dei fatti del 7 ottobre 2023 e della guerra che ne è seguita, più di un terzo dei tedeschi intervistati hanno affermato di ritenere che ciò che Israele stava compiendo contro il popolo palestinese era “in linea di principio la stessa cosa che i nazisti del terzo Reich fecero agli ebrei”.

Da allora l’opinione pubblica si è ulteriormente inasprita, con oltre il 60% di tedeschi attualmente a favore di sanzioni europee contro Israele.

Riflessione morale

I paragoni tra Israele e la Germania nazista hanno fatto parte di dibattiti accademici, filosofici e giuridici fin dalla nascita dello Stato di Israele, fondato nel 1948 attraverso il brutale sterminio e la pulizia etnica della popolazione indigena palestinese.

Questi paragoni sono comparsi per lungo tempo nei dibattiti sulla memoria, identità e riflessione morale di palestinesi, israeliani e tedeschi. I termini Shoah e Nakba significano entrambi “catastrofe”, e studiosi come Amos Goldberg e Bashir Bashir li hanno analizzati come traumi nazionali interconnessi.

Hanno sollevato problemi di responsabilità storica e colpe inerenti, specialmente per quanto riguarda il come la memoria di una catastrofe modelli l’interpretazione dell’altra.

L’interconnessione è rintracciabile anche nel discorso tedesco contemporaneo sulla memoria ebraica: nel 2023 Masha Gessen ha paragonato Gaza ai ghetti ebrei sotto occupazione nazista, scatenando polemiche intorno al Premio Hannah Arendt.

La polemica rivela una particolare richiesta all’autorità su come possa essere invocata la memoria ebraica e su come la sofferenza palestinese possa esserle paragonata.

Durante la prima Intifada alcuni soldati israeliani hanno raccontato di essersi identificati con i nazisti quando erano testimoni della persecuzione dei palestinesi e uno di loro ha rivelato in uno studio sulla rivolta del 1987-93: “Mi sono sentito come…come… come un nazista…sembrava esattamente come se in realtà noi fossimo i nazisti e loro fossero gli ebrei”.

Eppure negli ultimi dieci anni l’impegno della Germania verso la sicurezza di Israele è passato dall’essere un principio di politica estera al costituire un più ampio modello che informa la politica interna.

Anche se questa “ragion di stato” non ha valore giuridico indipendente, ha influenzato sempre più le decisioni di ministeri, università, municipalità e forze dell’ordine. Tuttavia la recente sentenza della corte chiarisce che tali impegni non possono sostituire le regole costituzionali nel determinare la legittimità del discorso politico.

I governi possono perseguire particolari obbiettivi di politica estera, ma i tribunali sono vincolati ai principi costituzionali piuttosto che alle propensioni dell’esecutivo. La decisione quindi respinge implicitamente i tentativi di trasformare la “ragion di stato” della Germania in un concetto quasi-costituzionale in grado di porre limiti al discorso politico.

In tal modo riafferma l’autonomia della legge costituzionale contro la crescente influenza della dottrina politica.

Più ampia trasformazione

Ricordando il passato nazista della Germania e il ruolo che i parlamentari e il sistema giudiziario hanno ricoperto nel supportare la persecuzione e la tortura delle minoranze, oggi i giudici hanno un obbligo morale di astenersi dal considerare l’ideologia del governo una giustificazione per reprimere le opinioni di opposizione – soprattutto alla luce dell’appoggio di Berlino ad un Israele che sta compiendo una pulizia etnica in Palestina e sud del Libano.

Il caso di libertà di espressione riflette una più ampia trasformazione nella Germania contemporanea. I processi penali relativi alla Palestina sono progressivamente diventati battaglie simboliche circa l’identità nazionale e la memoria storica.

Tali dibattiti sono raramente limitati a dettagli di un singolo slogan o immagine, fungendo invece da meccanismo attraverso cui lo Stato cerca di riprodurre una particolare interpretazione della responsabilità post-bellica della Germania. Da questo punto di vista l’aula di tribunale diventa un luogo in cui vengono discusse differenti interpretazioni della storia, della democrazia e della legittimità dello Stato.

La recente sentenza non stabilisce un diritto incondizionato per i dissidenti a paragonare Israele alla Germania nazista, né smantella le leggi tedesche contro la negazione dell’Olocausto o la sua istigazione. Piuttosto, ribadisce che il diritto penale non può diventare uno strumento per imporre il consenso politico.

I diritti costituzionali esistono proprio per tutelare l’espressione politica, soprattutto laddove gli interessi governativi favoriscono la sua limitazione.

Resta incerto se la sentenza segnerà l’inizio di un più ampio mutamento. I tribunali tedeschi continuano ad emettere sentenze contraddittorie sul discorso relativo alla Palestina, lasciando attivisti, giornalisti e studiosi nell’incertezza sui limiti dell’espressione legittima.

Le leggi anti-terrorismo vengono inasprite, gli attivisti vengono processati per adesione ad un’organizzazione criminale e le sentenze dei tribunali sono ancora poco chiare sul fatto che lo slogan “dal fiume al mare” sia legalmente vietato.

Ma considerando la storia della Germania di complicità giudiziaria nel legittimare la persecuzione statale, i giudici hanno una particolare responsabilità costituzionale nel garantire che gli impegni politici, per quanto profondamente radicati, non calpestino i diritti fondamentali.


Marla Karnabach è una ricercatrice socio-giuridica che si occupa di giustizia penale internazionale, diritti umani e sudovest asiatico. Vive a Berlino, ha una laurea magistrale in giustizia penale internazionale e una laurea in giurisprudenza e attualmente frequenta un dottorato di ricerca all’università di Potsdam.

[Traduzione dall’inglese di Cristiana Cavagna - foto: Tobias Schwarz/AFP - riprodotto su zeitun.info]