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terça-feira, 3 de novembro de 2026

Élections en Israël: le passage de la mer Rouge

 Écrit par Éric Dufeil

On vote beaucoup de par le monde ces derniers temps : Brésil et Serbie le 25 octobre, Israël le 27, Midterms américaines le 3 novembre, législatives espagnoles le 29, en attendant une série non moins importante en 2027 : France, Italie, Pologne... S’agit-il d’un brassage général des cartes sur fond de vague populiste ? Ou bien, selon le prince de Salina dans le Guépard, faut-il que tout change pour que rien ne change ?

On peut se poser la question au vu des résultats en Israël. Ces élections sont les premières depuis la tragédie du 7 octobre, qui vit le pays vaciller sur ses bases, avec un premier ministre, Benjamin Netanyahu, 77 ans, à la longévité exceptionnelle dix-neuf ans dans le poste, quatre ans de plus que Ben Gourion), mais de plus en plus critiqué. Au XXe siècle, en Israël comme aujourd'hui encore au Brésil ou en Espagne, la campagne aurait été un affrontement droite/gauche portant sur les grandes orientations politiques, économiques ou sociales. Mais depuis l’échec des accords d'Oslo et la seconde intifada, la gauche, identifiée généralement au « camp de la paix » alors qu'une majorité d'Israéliens ne la croient plus possible, a considérablement réduit son audience. Elle est aujourd’hui représentée par le parti « les Démocrates » dirigé par Yaïr Golan, et a décroché 8 sièges. C'est le double de ce qu'elle avait auparavant, mais ne lui permet pas de diriger une coalition. Elle est au mieux une force d'appoint et un laboratoire d'idées. Les autres partis, presque tous de droite ou d'extrême droite, n'ont guère de différences idéologiques entre eux. On n'a d'ailleurs presque jamais évoqué leurs programmes, sauf très superficiellement.

C'est ainsi que la campagne s’est focalisée sur la personne du premier ministre, au point de dire qu’il s'agissait d’un référendum pour ou contre lui. Contre : c’est un personnage toxique, de graves soupçons de corruption et de malversation pèsent sur lui et des membres de sa famille ; il a peut-être délibérément ignoré les avertissements qui lui avaient été communiqués sur la préparation du 7 octobre. Avec les alliés d’extrême droite dont il a absolument besoin pour se maintenir au pouvoir, il conduit une désastreuse politique de guerre permanente et d'oppression des Palestiniens, et il est en train de transformer le pays en une démocratie illibérale de plus en plus isolée du reste du monde. Pour : les faits reprochés ne sont pas prouvés. Même s’ils étaient avérés, ils ne sont rien en regard des multiples dangers qui assaillent le pays, dont atteste le 7 octobre. Netanyahu est le meilleur gardien d’Israël et il faut le maintenir au pouvoir pour parachever la réduction de tous ses ennemis, affaiblis mais pas encore vaincus : Hamas, Hezbollah, régime des mollahs, Houtis, milices syriennes et irakiennes, terroristes en Cisjordanie. Voilà les deux narratifs entre lesquels les quelque 7 millions d'électeurs israéliens étaient appelés à trancher. 

Haute en couleur, très fragmentée, en état de recomposition quasi-permanente, la vie politique israélienne fait penser à un kaléidoscope bourré d'énergie. Rien d'étonnant à ce qu’il en sorte parfois des étincelles. Une législature dure au maximum quatre ans, mais des élections anticipées peuvent être organisées. C’est un outil aux mains du Premier ministre, qui peut juger de la meilleure opportunité pour lui et son camp. On y renouvelle la Knesset, assemblée unique de 120 membres, selon un scrutin de liste à la proportionnelle intégrale où Israël, pays d’une taille comparable à la Bretagne, constitue une circonscription unique. Dans le but de limiter la fragmentation politique, la loi prévoit un seuil de 3,25% des votants pour qu’une liste soit représentée. Elle reçoit alors un minimum de 4 députés. Cette clause est importante, parce que selon qu’une "petite liste" réussit ou non à dépasser le seuil, elle peut modifier les équilibres entre les autres listes, et dès lors la formation d’une majorité (61 députés au minimum). C’est le président de la République (Isaac Herzog) qui nomme le Premier ministre, en fonction de sa capacité à réunir une majorité. Netanyahu a subi un incontestable recul, puisque sa coalition passe de 68 à 53 députés et perd du coup sa majorité. En son sein le Likoud, son parti, passe de 36 à 27 députés et est le principal responsable du recul. Une partie de l'opposition souligne qu'une majorité d'électeurs (67 sièges) lui a signifié un rejet sans appel, raison pour laquelle il doit partir. Cette logique imparable, à laquelle on a envie de se rallier pour toutes les raisons qui rendent Netanyahu odieux, est en réalité simpliste.

Car en face l'alternative, qui aurait dû surgir du « bloc de l'opposition » dirigé par Gadi Eisenkot, un ancien chef d’état-major issu d’une famille modeste d’origine marocaine, peine à exister, si tant est qu'elle le puisse. Non seulement ce bloc n’a fait élire que 48 députés, loin des 61 fatidiques, mais encore Yashar ("droit"), le parti d'Eisenkot, n'atteint que 21 députés, 6 de moins que le Likoud. Autant d'arguments en moins devant Herzog pour être choisi comme premier ministre. Avant le scrutin, la plupart des sondages ne voyaient pas l'opposition dépasser 61 sièges, mais la plaçaient devant la coalition de Netanyahu. Ne reculant devant aucun mensonge ni aucune caricature, jouant sur la peur, Netanyahu a renversé la tendance dans la dernière ligne droite, et c’est pour l’opposition un échec puisque le résultat du vote est une impasse : aucune majorité ne se dessine. Israël est une société très particulière. Outre les deux blocs mentionnés, il faut prendre en compte la percée des partis arabes, qui représentent environ 21% de la population. On parle ici des Arabes israéliens, qui vivent dans les limites d'Israël avant juin 1967 et sont citoyens de ce pays, même si c’est plutôt de seconde zone. Grâce à une mobilisation très forte, ils décrochent 19 sièges alors qu’ils n'en avaient que 10 précédemment et apparaissent comme d'incontournables « faiseurs de rois ». Dans n'importe quel autre contexte, il suffirait d'additionner les 48 députés du bloc de l'opposition aux 19 des partis arabes, car tous veulent le départ de Netanyahu et la constitution d’une commission d’enquête indépendante sur le 7 octobre (obstinément refusée par lui), pour constituer une confortable majorité alternative de 67 députés. Ils ont manifesté une ouverture à cet égard, tant ceux de la liste unifiée (11 sièges), que le parti islamiste Ra'am (8 sièges), fût-ce via un soutien parlementaire sans participation ministérielle. Détail significatif : le numéro 2 de la liste Ra'am est un juif nommé Yoav Segalovitch, qui fut un temps ministre de la Sécurité publique. Ils veulent que l'on reconnaisse une bonne fois pour toutes qu'ils sont des citoyens à part entière et ont toute légitimité pour prendre part à la vie politique. Mais c’est encore loin d’être une évidence pour tout le monde.

L'opposition est tout sauf unie, en particulier sur cette question, et le leadership d’Eisenkot, qui doit compter avec des politiciens chevronnés comme Benny Gantz, Yaïr Lapid ou Naftali Bennett, tous d’anciens ministres, alors qu’il est un néophyte en politique, n'est en rien équivalent à celui de Netanyahu, chef incontesté de son camp. Elle menace de se désunir sur la réponse à donner à la situation actuelle. Avigdor Liberman, lui aussi ancien ministre, chef du parti laïque Israël Beitenou (Israël notre maison, 7 députés) et représente habituellement les juifs israéliens venus de l'ex URSS. Très conservateur, il est opposé à toute intégration des partis arabes et pourrait quitter l'opposition pour cette raison. En dépit de ses fortes divergences avec Netanyahu, à qui il reproche ses concessions aux religieux (par exemple sur la conscription ou les subsides), il menace même de rejoindre sa coalition. Gantz est également fermement opposé à une telle intégration et durant la campagne, Eisenkot avait lui-même exclu cette option, sachant qu’elle le couperait de nombreux électeurs. Finalement, seuls les « Démocrates » se sont exprimés clairement en ce sens, rappelant que la loi fondamentale d’Israël stipule l'égalité de tous ses citoyens, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse.

Si donc l'opposition dans son ensemble ne peut pas ou ne veut pas entrer dans la logique arithmétique d'une alliance avec les partis arabes, elle est confrontée à trois possibilités qui lui sont toutes défavorables :

. Attendre de nouvelles élections, qui pourraient avoir lieu au printemps 2027, avec l'actuel gouvernement pour expédier les affaires courantes. Netanyahu conserverait l'initiative et pourrait provoquer des tensions, voire une guerre avec l'Iran ou en Cisjordanie, dans le but de faire jouer un réflexe sécuritaire en sa faveur. En outre, il est permis de penser que la mobilisation des électeurs arabes et des Israéliens de l'étranger serait moindre, ce qui favoriserait encore Netanyahu. Le président Herzog appelle à tout faire pour éviter de nouvelles élections. 

. Entrer, au moins pour une partie d'entre elle, dans un gouvernement d'union nationale dirigé par Netanyahu. D'une part, ce serait se déjuger face aux électeurs aussi bien que face aux alliés et laisserait des traces dans le futur. D'autre part, ce serait encore se mettre sous la coupe de Netanyahu avec le risque d'être à nouveau roulés par lui dans la farine : Bennett ou Lapid doivent en avoir gardé un mauvais souvenir. L’opposition s’est intitulée « bloc du changement », mais il n’y aurait aucun changement !

. Se lancer dans l'aventure d'un gouvernement minoritaire, fragile et instable par définition, dont on ne voit pas clairement les contours et qui serait voué à chuter rapidement. Elle serait alors tenue pour responsable de l'échec et se trouverait pour longtemps écartée du pouvoir. 

N'ayant durant la campagne jamais été capable d'expliciter le projet commun qu’elle pourrait porter, elle est bien trop hétérogène pour cela et c’est sa faiblesse, elle s’était réunie sur le « tout sauf Netanyahu ». Mais c’est un peu court. Ce n'est pas une très bonne prémisse pour trancher le nœud gordien actuel. Pourtant, plus qu’à quiconque, c’est à elle que ce choix appartient. Elle doit mettre à profit les délais légaux requis pour les tractations (28 jours après proclamation des résultats, éventuellement prolongés de 14 jours) pour décider laquelle est, parmi des options toutes deux difficiles, la chose qu’elle désire le moins : (1) ne pas franchir le pas d’une alliance judéo-arabe, mais alors laisser la voie libre à Netanyahu pour poursuivre son actuelle et désastreuse politique de guerre permanente. Ou bien (2) passer outre ses préventions et ses peurs, innover, entrer en terre inconnue, mais avec peut-être de grands bénéfices politiques à la clef.

De façon immédiate, après trois années tellement éprouvantes à tous égards, ce serait ouvrir la porte à un retour à une certaine normalité pour le pays et au changement par rapport à l’ère Netanyahu, ce à quoi aspire une majorité d'électeurs. À moyen terme, ce serait permettre une consolidation d’Israël en le rapprochant de sa réalité sociologique. Au quotidien, même s’il n’y a pas partout mixité, les Arabes israéliens partagent la vie de leurs concitoyens juifs. Ils étudient, deviennent médecins, ingénieurs ou juges quand ils le peuvent et n’aspirent à rien d’autre que mener une vie normale. Israël est leur pays, ils n’en ont pas d’autre, et demandent seulement à être reconnus et que leurs difficultés spécifiques (criminalité, accès aux services publics) soient prises en compte et traitées. On n’a pas assez souligné en dehors d’Israël, en Europe par exemple, que face aux actions du Hamas ou à celles de l’Iran, les Arabes israéliens ne se sont pas révoltés contre leurs concitoyens juifs sur une base ethnique ou religieuse, contrairement à ce que le Hamas espérait vraisemblablement. Ils ont sans doute une sensibilité particulière pour le sort des Palestiniens de Gaza ou de Cisjordanie et s'expriment en faveur d’une solution politique au conflit. Qui s’en étonnerait ? Et qui ne voit que cela peut faire partie d’une vie démocratique normale au sein d’Israël ? À plus long terme, et dit avec toute la prudence qui s’impose, cette étape d’une meilleure intégration des Arabes israéliens dans leur société serait un signal fort alentour pour indiquer un chemin vers une possibilité de paix avec les Palestiniens, un thème qui a été le grand absent de la campagne alors qu’il est la clef de la paix au Proche-Orient. Il n’y a évidemment aucune garantie à ce sujet, et toujours beaucoup de risques. Au Proche-Orient, combien de fois les espoirs les mieux fondés n’ont-ils pas tourné court ? On ne reprocherait à personne d’être prudent, voire méfiant. Mais le chemin de Netanyahu est-il meilleur ? Conduit-il vers la paix ? À l'étape actuelle, la gauche israélienne, mais aussi des journaux comme Haaretz ou the Times of Israël, des intellectuels, des artistes comme la chanteuse Noah font activement campagne pour que cet espoir se réalise. Il y a aujourd'hui une fenêtre d'opportunité. On ne peut pas dire que si elle n’était pas saisie, elle serait définitivement perdue, parce qu’on ne le sait pas. Peut-être que la société israélienne, polytraumatisée, n’est pas encore prête pour franchir ce pas. Mais quand même, il y a une circonstance historique dont il serait bien que les responsables soient à la hauteur. 

Comme jadis, les tribus d’Israël se trouvent devant la mer Rouge, un obstacle réputé infranchissable. Comme jadis, il s’agit de se libérer de l’esclavage, celui de la peur, des préjugés, du racisme. Derrière eux, des terroristes de tout poil veulent s’en prendre à eux. On ne sait pas où est le chemin, mais il y en a peut-être un. Il y a même une tribu, la gauche démocratique, les activistes de Standing Together, d’autres encore, qui sont prêts à se jeter à l'eau dans l’espoir qu’alors le chemin apparaisse. Question : parviendront-ils à attirer à leur suite la majorité du peuple ? En Israël, être réaliste, c’est croire au miracle.

 

[Source : www.telos-eu.com]

sábado, 24 de outubro de 2026

Segona volta al Brasil: les cinc grans claus d’unes eleccions transcendentals

Els comicis, que es preveuen altament renyits, decidiran si el país més poblat de Llatinoamèrica s'afegeix al tomb conservador de la regió o continua mantenint-se'n al marge

Flávio Bolsonaro (esquerra) i Lula da Silva (dreta), durant el primer cara a cara televisiu de la segona volta de les eleccions presidencials del Brasil, diumenge de la setmana passada.

 

Escrit per Marina Dias

The Washington Post 

Després d’una primera volta en què el candidat ultradretà, Flávio Bolsonaro, superà les expectatives i aconseguí d’imposar-se amb un 47% dels vots –dos punts percentuals per sobre de l’actual president del país, Lula de Silva–, el Brasil tornarà a les urnes demà, en la segona volta d’unes eleccions presidencials que es decidiran entre ambdós candidats. Els comicis decidiran si el país més poblat de Llatinoamèrica s’afegeix al tomb conservador que s’ha apoderat de la regió aquests darrers anys, o bé si continua mantenint-se’n com la gran excepció.

Els sondatges situen ambdós candidats com a virtualment empatats. Tant Lula com Bolsonaro afronten l’envit de seduir els votants que no es van decantar per cap d’ells en la primera volta, en què van participar un total de dotze candidats. Un 45% dels brasilers diu que no votaria Lula sota cap cas, segons els sondatges; la proporció és exactament la mateixa en el cas de Bolsonaro.

Heus ací les cinc grans claus de les eleccions de demà.

Què diuen els votants?

Lula ha encapçalat els sondatges durant la majoria de la campanya electoral, però Bolsonaro ha anat escurçant distàncies a mesura que la primera volta s’anava acostant.

Clayton Santos, un policia de cinquanta-tres anys de São Paulo, diu que dóna suport a Bolsonaro perquè la seva prioritat és aturar Lula. “No tinc cap candidat predilecte. Podria ser qualsevol amb possibilitats de derrotar Lula”, explica.

Cláudio González, un jubilat de setanta anys, explica que Bolsonaro no és la seva primera opció, però que el va votar a la primera ronda i el tornarà a votar en la segona. “Volia que la dreta presentés un altre candidat. No crec que en Flávio sigui el més preparat, però prefereixo qualsevol candidat abans de Lula”, diu.

Lula ha presentat els comicis com una tria entre “democràcia i sobirania” i “barbàrie i corrupció”.

Rúbia Monteiro, una professora de seixanta anys, considera que a l’esquerra li cal sàvia nova, però que, ateses les circumstàncies, farà costat al president. “Si guanya Flávio Bolsonaro, serà pitjor que el seu pare, perquè s’aliarà amb Trump, que vol els nostres recursos naturals i vol fer al Brasil allò que ja va fer a Veneçuela.”

Alessandra Fernandes Senra, de quaranta-vuit anys, explica que sempre ha votat Lula, però que en aquestes eleccions el seu objectiu no és tant donar suport al president com “salvaguardar la democràcia” del Brasil.

“Després del que va fer Jair Bolsonaro, sabem que la nostra democràcia perilla”, diu. Senra també lloa les polítiques socials de Lula. “Sóc de classe treballadora, i vull algú que vetlli pels treballadors.”

Karen Carolina Guimarães, una treballadora bancària de quaranta-un anys, explica que ha votat Lula unes altres vegades, però que ara vol un canvi. En la primera volta, explica, va votar nul intencionadament. Encara ha de decidir què farà a la segona volta. “Pensaré quin dels dos millorarà la meva vida, i prou”.

El canvi contra la por del canvi

La segona volta de les eleccions presidencials ofereix dues opcions molt diferenciades als votants brasilers: la voluntat de canvi i la por d’allò que pugui derivar-se’n.

Lula, que aspira a esdevenir el primer president de la història del país a ser elegit per a un quart mandat –va ocupar el càrrec durant dos mandats consecutius, del 2003 al 2010, abans de tornar a la presidència l’any 2023–, ha basat la seva campanya en la defensa de la sobirania nacional i la democràcia, i també en la lluita contra la crisi del cost de vida. El problema és que l’actual president ja es va presentar amb un programa molt semblant a les darreres eleccions amb les mateixes promeses: d’aleshores ençà, el preu del menjar i la benzina s’ha mantingut obstinadament alt, i el deute de les llars brasileres ha augmentat.

En declaracions a The Washington Post el passat mes de maig, Lula reconeixia que qualsevol democràcia que no aconsegueixi de satisfer les necessitats bàsiques dels seus ciutadans obre la porta a la retòrica antisistema. “Quan passa això, qualsevol idiota que critiqui el sistema és aplaudit. Això passa a tot arreu del món”, deia.

L’esperança de l’equip del president és que el paquet de mesures econòmiques implementat aquestes darreres setmanes l’ajudi a captar nous votants per a la segona volta. D’ençà de la primera volta, Lula ha anunciat la condonació del deute a les famílies brasileres, ha ampliat els programes d’ajuts socials i ha pres mesures per a prohibir les cases d’apostes en línia, que han deixat milions de brasilers en deute.

“La qüestió és si Lula pot fer front al poderós desig de canvi que preval arreu del Brasil”, diu el cap de campanya del president, Edinho Silva.

Bolsonaro s’enfronta al problema contrari: convèncer els votants delerosos de canvi que votar-lo no significaria votar pel moviment que va fer perillar la democràcia al país fa menys de quatre anys.

Durant les primeres setmanes de campanya, Bolsonaro va provar de presentar-se com una versió més moderada del seu pare, que com a president va treure importància a la pandèmia del coronavirus –que va deixar més de 700.000 morts al Brasil–, va promoure polítiques contra els drets de les dones, la població negra i els indígenes, i, finalment, va ser condemnat per haver provat d’abolir l’estat de dret democràtic mitjançant la violència.

“Veureu un Bolsonaro diferent”, va declarar el fill de l’ex-president a The Washington Post el passat mes abril. “El Bolsonaro que sempre heu volgut.”

Tanmateix, Bolsonaro ha anat virant cap a la dreta a mesura que Lula s’ha anat obrint pas als sondatges, i ha provat d’apel·lar a la base de suport del seu pare amb un programa de línia dura en matèria de seguretat. Proposa de castrar químicament els violadors, reduir a catorze anys l’edat de responsabilitat penal per als delictes més greus i construir presons d’alta seguretat inspirades en els centres penitenciaris del president d’El Salvador, Nayib Bukele.

L’abstenció, un envit compartit

El Brasil és un país fortament polaritzat, en què gran part de l’electorat es decanta amb claredat per l’esquerra o per la dreta. Això, tanmateix, no sempre implica que els votants necessàriament donin suport ni a Lula ni a Bolsonaro.

Captar els vots d’aquells qui van fer costat a candidats alternatius durant la primera volta podria resultar especialment difícil, per a ambdós candidats: en molts casos, els seus vots van ser un acte d’oposició tant a Lula com a Bolsonaro.

En la segona volta, molts podrien decantar-se per una tercera opció: quedar-se a casa.

“Ambdós candidats faran un esforç enorme per a seduir els votants que no van votar per cap d’ells en la primera volta”, diu Maurício Moura, fundador de l’agència demoscòpica brasilera Ideia. “Però és ben possible que una gran part d’aquests electors decideixi, senzillament, no votar.”

El vot és obligatori per als brasilers entre divuit anys i setanta; no votar pot ser causa de multa i, fins i tot, de restriccions temporals a l’accés a determinats serveis públics. Històricament, l’augment de l’abstenció ha perjudicat el Partit dels Treballadors de Lula, atès que els votants del partit solen ser de nivell socioeconòmic més baix, i inclouen una proporció més alta d’electors de més de setanta anys i d’electors que viuen en zones rurals apartades dels col·legis electorals.

La participació en la primera volta va ser del 78,9%, segons les autoritats electorals brasileres.

La incògnita Trump

Un dels temes centrals de la campanya ha estat el risc d’ingerència electoral del govern Trump. El president dels Estats Units és amic i aliat estret de Bolsonaro, tot i que en el passat també s’ha referit a Lula com a “bon home” i “paio intel·ligent”.

Trump ha descrit les eleccions brasileres com a “molt importants” i ha dit que les seguia “de ben a prop”. No ha donat suport a cap candidat, però el seu govern ha pres unes quantes mesures –econòmiques i diplomàtiques– en benefici dels Bolsonaro, i a petició d’ells.

A banda d’imposar aranzels als productes brasilers i sancions a nombrosos alts càrrecs del govern, per no parlar de fer-se fotografies amb Bolsonaro o posar en qüestió la integritat del sistema electoral brasiler, Trump i el seu govern també han designat oficialment els dos grups criminals més importants del Brasil com a organitzacions terroristes. Flávio Bolsonaro, l’impulsor de la designació, l’ha reivindicada sovint com a prova del valor de la seva proximitat personal amb el president nord-americà, i també com a prova de l’efectivitat de la seva posició de mà dura envers la delinqüència.

El mes passat, el Departament d’Estat dels Estats Units titllà de “mentida infundada” la idea que Washington havia provat activament d’influir en els resultats de les eleccions. La intel·ligència brasilera, per la seva banda, ha qualificat el risc d’ingerència nord-americà de “crític”.

Els assessors de Lula no preveuen que Trump qüestioni obertament la legitimitat del sistema de vot electrònic del Brasil, però diuen que els preocupen unes altres formes d’ingerència, com ara la manipulació dels algorismes de plataformes tecnològiques nord-americanes per a afavorir discursos pro-Bolsonaro i amplificar-los. En aquest sentit, el president brasiler ha aprofitat la por d’una intervenció nord-americana per presentar-se com el gran defensor de la sobirania brasilera.

El debat polític, una qüestió secundària

En una campanya centrada en la por de la ingerència nord-americana i els escàndols financers que envolten Bolsonaro fill, el marge per al debat polític –per a comparar i contrastar idees i projectes– ha quedat reduït a la mínima expressió.

Lula va començar la campanya com a gran favorit, però li ha costat de convèncer els votants que mereix un quart mandat. Per una altra banda, les mesures econòmiques aprovades aquestes darreres setmanes, encara no han tingut un efecte tangible en l’economia domèstica de les llars brasileres, ni en la seva sensació de benestar econòmic.

Bolsonaro fill, per la seva banda, ha basat la campanya en la qüestió de la delinqüència, i ha maldat per desviar l’atenció de l’escàndol bancari que l’involucra, i pel qual li han obert una investigació. El candidat ultradretà ha estat acusat d’haver sol·licitat milions de dòlars a Daniel Vorcaro, el banquer empresonat per un dels fraus bancaris més greus de la història del país (Bolsonaro no ha negat l’acusació, però assegura que no ha comès cap il·legalitat).

El fill de l’ex-president no és l’única figura destacada que ha estat relacionada amb Vorcaro. El mes passat, amb motiu de la investigació sobre el cas, es van fer públics uns missatges en què Vorcaro demanava consell al jutge Alexandre de Moraes, marit de la directora d’un dels bufets d’advocats que ha assessorat jurídicament el banquer aquests darrers anys. Moraes diu que no va arribar mai a llegir els missatges de Vorcaro, i ha titllat la investigació d’il·legal i de políticament tendenciosa. La defensa de Vorcaro ha rebutjat de fer declaracions per a aquest article.

Moraes va ser un dels magistrats que supervisaren el procés penal contra Jair Bolsonaro, i també ha jutjat partidaris de l’ex-president acusats de menystenir l’ordre democràtic al país. Flávio Bolsonaro ha provat de vincular-lo a Lula arran d’aquests casos, i ha presentat ambdós homes com a membres d’una mateixa classe política corrupta.

L’escàndol ha ajudat a escampar la sensació entre els votants que tots dos candidats són corruptes, cosa que ha generat un clima polític marcat per la fatiga i l’apatia. La situació contrasta radicalment amb la campanya del 2022, en què Lula animà els votants a còpia de presentar els comicis com una tria entre la democràcia i l’autoritarisme.

Moura preveu que la segona volta se centrarà en l’economia i la crisi del cost de vida.

“Si la segona volta es converteix en una guerra de desgast contra l’adversari, els electors que rebutgen ambdós candidats difícilment sortiran a votar en tromba”, diu. I afegeix: “Ha de prevaler l’optimisme econòmic.”

 

[Fotografia: Sebastião Moreira/Efe - reproduït dins www.vilaweb.cat]

sábado, 17 de outubro de 2026

Lettre à Delphine Horvilleur, rabbin

Delphine Horvilleur vient de publier Sermons sous les décombres (Éditions Olivier Nora) 

Écrite par Jean-Pierre Peyrard

Professeur de lettres classiques

Madame,

Dans la page du Monde (13/10/202) vous vous interrogez sur l’intérêt de votre dialogue avec la journaliste dont vous pensez que « les gens ne vont pas le lire ».

 

Je ne sais pas qui sont « les gens ».

Je l’ai lu.

 

Le questionnement que je vous propose concerne essentiellement cette assertion « Un effondrement des mots nous menace. »

 

Je dirai que ce n’est pas les mots qui peuvent s’effondrer, mais les références de sens. Un exemple. « Il m’a fallu du temps pour replacer certains mots dans ma bouche, en particulier à partir du printemps 2024, de la souffrance des Palestiniens innocents. » Là, vous parlez de votre émotion. En même temps, « Je me suis toujours considérée comme sioniste », dites-vous, malgré la complexité que vous soulignez de son signifié . Là, c’est le choix assumé de l’ambiguïté.

 

Je ne mets pas en cause la sincérité de votre discours dont je partage certains aspects, en particulier votre qualification « bombe à déflagration » de la colonisation de la Cisjordanie.

 

Cependant, vos mots ne sont pas les mêmes selon que vous parlez du réel (je le distingue de « réalité ») politique d’Israël ou du réel de la Palestine.

 

« La réalité, c’est que l’État d’Israël existe et que son droit à l’existence est indiscutable. De la même manière, les Palestiniens ont une pleine légitimité à trouver sur cette terre une sécurité, une dignité et une autodétermination. »

 

La réalité, votre réalité, est que vous utilisez le mot État pour Israël, et que vous ne l’utilisez pas pour les Palestiniens.  

 

Plus symptomatique – je préciserai juste après de quoi – ceci : « Il serait obscène de déresponsabiliser le Hamas de sa culpabilité depuis le 7 octobre et tout au long de ces années où il a fait de Gaza une rampe de lancement de missiles vers Israël. Simultanément, tant de choses sont importantes dans les choix politiques israéliens, à commencer par le fait que, trois ans après la catastrophe, ce gouvernement soit opposé à la création d’une commission d’enquête d’État. »

Symptomatique d’un discours qui substitue le phénomène (ce qui apparaît, se voit) à l’analyse de ce qui le produit, sa cause, autrement dit, pour ce dont vous parlez, le processus historique : le Hamas n’est pas tombé du ciel, il est le produit instrumentalisé d’une carence pérenne et le massacre du 7 octobre n’est pas un événement « en soi ». J’ai expliqué dans "le-blog-de-jean-pierre.com" en quoi il est, en deçà de toutes les intentions imaginables,  un suicide – ce que la suite a confirmé. Le suicide d’un peuple – j’utilise le mot dans son sens politique, autrement dit je ne parle pas de la population – quand il ne lui reste pas d’autre voie possible que sa mort accompagnée du plus grand nombre possible d’autres morts, acte sur lequel est unanimement collée l’étiquette commode de « terrorisme ». Commode en ce sens qu’elle donne l’illusion d’une explication.

La question essentielle que pose ce massacre, la seule qui soit susceptible de faire bouger les lignes du discours et interroger le sens des mots,  concerne ce qui l’a rendu possible, aussi bien du côté palestinien qu’israélien.

Dans le même paragraphe cité plus haut, une phrase pour la culpabilité du Hamas, une phrase sur le dysfonctionnement (militaire, technique, politique… ) israélien qui n’a pas pu empêcher le massacre, autrement dit, et malgré votre mise en cause du « campisme » en vous situant dans un camp, celui du phénomène, des effets,  qui exclut celui de l’analyse de la cause, autrement dit du processus.

Je vous soumets cette question : est-ce que l’émergence du Hamas, à laquelle a contribué la politique israélienne, et, en même temps, l’inexistence politique de l’Autorité palestinienne qui y a également contribué, s’expliquent autrement que par l’absence d’un État palestinien ?

Supposez un instant que le processus enclenché par les accords d’Oslo (= tourner la page de la question du « commencement ») ait été poursuivi et qu’il ait abouti à la création d’un État palestinien. Diriez-vous qu’aurait existé l’espace politique, idéologique, religieux, fanatique qui a vu naître le Hamas, espace dans lequel se développe l’extrémisme religieux israélien ?

« Les angles morts sont partout autour de nous ». Vous avez raison.

 

Pour terrifiant et insupportable qu’il puisse être, le 7 octobre n’est qu’un moment du processus qui conduit deux entités à persister depuis plus de 80 ans dans un conflit – dont l’asymétrie est aussi un problème – qui pose la question de son besoin pour exister.

C’est un angle mort.

 

[Source : blogs.mediapart.fr/jean-pierre-peyrard]

 

quarta-feira, 14 de outubro de 2026

Estados Unidos le garantiza impunidad a Israel

Organizaciones de derechos humanos con sede en Cisjordania llevan mucho tiempo documentando los crímenes de Israel, y es precisamente por eso que ahora son objeto de sanciones de Estados Unidos. El gobierno estadounidense intenta hacer imposible su trabajo para proteger a Israel del escrutinio.

Las sanciones de Estados Unidos contra organizaciones palestinas de derechos humanos y figuras como la relatora especial de la ONU Francesca Albanese están diseñadas para hacer imposible su trabajo. 

Escrito por L. Canciello

Traducción: Pedro Perucca

«Es la primera vez, como abogado, que estoy a punto de defenderme a mí mismo, y no a las personas para las que trabajo». Hablando en momentos en que el Consejo de Derechos Humanos de las Naciones Unidas, en Ginebra, discutía sobre Palestina el pasado mes de marzo, Raji Sourani se quejó de los ataques a las tareas más básicas de quienes defienden los derechos humanos.

Sourani, director del Centro Palestino para los Derechos Humanos (PCHR, por sus siglas en inglés), hizo estos comentarios justo después de que la relatora especial de la ONU Francesca Albanese presentara su informe sobre la tortura sistemática contra los palestinos. Para Albanese, la tortura es «el símbolo de este genocidio»: devasta los cuerpos y la dignidad de las personas, mientras todo lo que hace posible la vida de los palestinos es destruido a su alrededor.

En una reunión realizada al margen de la sesión, Sourani, junto con Issam Younis, director ejecutivo del Centro Al Mezan para los Derechos Humanos [ONG con sede en el campamento de refugiados palestinos Jabalia, en Gaza], así como representantes de Al-Haq [ONG palestina independiente de derechos humanos con sede en Ramala, Cisjordania], describieron lo que significa seguir documentando estos crímenes mientras sus organizaciones están bajo sanciones estadounidenses. Sourani explicó que, aunque «el genocidio continúa mientras hablamos», él y sus colegas se ven obligados a plantear la cuestión de las cuentas congeladas y los salarios que ya no pueden pagar. «En lugar de hablar de genocidio y limpieza étnica, estamos aquí defendiéndonos, con nuestras pequeñas y tontas preocupaciones: ¿cómo puede nuestra organización sobrevivir y seguir defendiendo los derechos humanos?».

El PCHR, Al Mezan y Al-Haq trabajan con un propósito legal específico: recopilar testimonios, asistir a las víctimas y presentar pruebas ante la ONU y la CPI (Corte Penal Internacional). Así es como la violencia sufrida puede convertirse en testimonio verificado y, en última instancia, servir como prueba ante un juez. Pero en esto también reside la desconexión fundamental que recorre la reunión de la ONU. Mientras quienes cometen los crímenes todavía no enfrentan ninguna consecuencia, quienes los documentan deben sopesar las consecuencias de cada pago, cada viaje o cada colaboración en la que se involucran.

Un archivo bajo amenaza

En las oficinas de Al-Haq en Ramala, este trabajo toma la forma de un archivo construido a lo largo de una ocupación israelí que ya lleva décadas. Cuando intentamos llegar hasta allí desde Belén, en julio de 2025, quedamos atrapados en una larga fila en el puesto de control. Una hora antes de nuestra cita, todavía no sabíamos si llegaríamos. Cada viaje queda sujeto a la discreción de los soldados israelíes. «Llegaremos a Ramala, inshalá», dice nuestro guía.

Dentro de las oficinas, los investigadores han estado recopilando testimonios de toda la Cisjordania ocupada. Al-Haq mantiene datos sobre asesinatos y demoliciones, analiza fotografías y videos, y reconstruye ataques con el fin de refutar los relatos oficiales israelíes. También ha creado una unidad de arquitectura forense, que utiliza análisis espacial y herramientas arquitectónicas para investigar violaciones de derechos humanos.

«Una de las cosas que me motivan a despertarme cada mañana es que Israel parece tenerle miedo a nuestras investigaciones», dice Mariam (a quien se le ha dado un seudónimo), investigadora de Al-Haq. Ese miedo, explica, se traduce en presión sobre los financiadores y amenazas contra los bancos. «Intentan asustar a todos y cada uno de los donantes».

Cuando un archivo puede refutar la versión militar de los hechos y contribuir a procesos legales internacionales, se convierte en una amenaza política. Esta es la capacidad de recopilación de pruebas que las sanciones ahora tienen como blanco.

En realidad, el ataque contra Al-Haq no comenzó con las sanciones estadounidenses. En 2021, Israel ya había designado a esta organización y a otras cinco organizaciones palestinas como terroristas. Luego, en septiembre de 2025, Washington incluyó a Al-Haq, Al Mezan y PCHR en el programa de sanciones establecido mediante la Orden Ejecutiva 14203 contra la CPI. Los activos bajo jurisdicción estadounidense fueron congelados, mientras que se prohibió a personas y empresas de Estados Unidos proporcionarles fondos, bienes o servicios.

Programa de sanciones

Dado que la mayoría de las transacciones internacionales se realizan en dólares estadounidenses y a través de plataformas con sede en Estados Unidos, muchos bancos, donantes y socios de otros países cortaron sus vínculos, pese a no estar legalmente obligados a hacerlo. El informe Criminalising Accountability [Criminalizar la rendición de cuentas] se refiere a esto como un mecanismo de sobrecumplimiento. En menos de un mes, estas organizaciones perdieron entre el 20 y el 60 por ciento de sus ingresos y YouTube eliminó más de setecientos videos, incluidos testimonios de víctimas de tortura e imágenes de demoliciones.

Para Al-Haq, esto ha implicado que haya personal sin cobrar y colaboradores estadounidenses obligados a renunciar. Para Al Mezan, las sanciones se suman a la devastación en Gaza, y afectan tanto al personal desplazado como al destino de los investigadores, que deben documentar los hechos mientras intentan además proteger a sus familias, a lo que se suma que sus propias oficinas han sido alcanzadas. «No tenemos fondos, hemos tenido que recortar salarios, y esto tiene un impacto directo en nuestra capacidad para documentar los crímenes en Gaza», dice Younis.

Albanese también ha sido sancionada personalmente por su trabajo como relatora especial de la ONU. Sus activos han sido congelados y sus transacciones bloqueadas, y enfrenta restricciones para ingresar a los Estados Unidos. Cuando toma la palabra en Ginebra, su primer comentario se dirige a la institución que se suponía que debía protegerla. Al respecto planteó: «¿Por qué, la ONU esperó tanto tiempo antes de discutir las sanciones contra uno de sus propios relatores especiales, contra fiscales y jueces de la CPI, y contra organizaciones palestinas que cooperan con el sistema de justicia?»

Albanese dice que tiene «menos autonomía que [su] hija de trece años… solo por escribir informes para las Naciones Unidas» y que el sistema financiero la trata como a «una narcotraficante o una terrorista». ¿Qué tienen en común ella, las organizaciones palestinas y los funcionarios de la CPI? Están ahí «para buscar la rendición de cuentas, para hacer avanzar la justicia para las víctimas y los sobrevivientes».

«Los fiscales no pueden visitar el territorio palestino ocupado», explica Sourani. Dependen de organizaciones capaces de llegar hasta los testigos y de preservar la evidencia. «Cuando se ataca a la Oficina del Fiscal, a las organizaciones palestinas, a los jueces y a la relatora especial, el círculo se cierra. La intención es clara».

Alentados por la impunidad

La misma selectividad impregna a las instituciones internacionales. En el Consejo de Seguridad de la ONU, el poder de veto de los miembros permanentes hace que, con frecuencia, no haya consecuencias por las violaciones. En el Consejo de Derechos Humanos, las mismas dinámicas de poder determinan qué crisis derivarán en medidas concretas y cuáles, en cambio, quedarán reducidas a informes y resoluciones.

La CPI sigue abierta, pero está aislada de las personas que recopilan pruebas e investigan. «Estamos siendo testigos del desmantelamiento de la rendición de cuentas desde las bases», advierte Albanese.

Para Younis, volver al Palacio de las Naciones de la ONU tiene un significado personal. En 1993 llegó aquí como estudiante para contarles a los Estados miembros que los palestinos estaban siendo torturados. Más de tres décadas después, la tortura continúa, y su organización está siendo sancionada por su trabajo con la CPI: «Los gobiernos ya no niegan cometer crímenes», dice. Y añade: «Antes solían negarlo. Ahora están orgullosos de cometer crímenes de guerra y genocidio».

Las imágenes de los crímenes de Israel, las declaraciones oficiales y los numerosos testimonios de testigos presenciales no han logrado garantizar protección alguna. De hecho, esta impunidad se evidencia en la confianza con la que se exhiben los crímenes: quienes los cometen saben perfectamente bien que las imágenes circularán y que los demás Estados permanecerán de brazos cruzados.

En la reunión de Ginebra, un abogado palestino relató cómo los detenidos eran obligados a vivir durante meses dentro de un círculo dibujado en el piso, con las manos y los pies encadenados, y solo se les permitía salir de él para tomar duchas de un minuto. «He trabajado con prisioneros durante años. Nunca había visto algo así». Describió violaciones, violencia sexual y amputaciones realizadas sin anestesia.

«La tortura le hace al individuo lo que el genocidio le hace a un grupo», dice Albanese. Documentar estos actos no les devuelve a las víctimas lo que les fue arrebatado, pero preserva la posibilidad de que haya reconocimiento y de que se haga justicia.

La falta de acción internacional frente a los crímenes de Israel en Cisjordania tiene consecuencias adicionales en forma de demoliciones de viviendas, apropiación de tierras y aún más ataques por parte de los colonos.

Tomemos lo ocurrido el 28 de julio del año pasado en Umm al-Khair, cuando una topadora proveniente de un asentamiento israelí cercano entró en el pueblo y dañó propiedades palestinas. El maestro Awdah Hathaleen, activista y padre de tres hijos, filmó la escena. En los videos, el colono israelí Yinon Levi levanta su arma y dispara en su dirección. Awdah recibe un disparo mortal en el pecho.

Levi vive en el asentamiento cercano de Carmel. En 2024, ya había sido sancionado por Estados Unidos, la Unión Europea, el Reino Unido y Canadá por su papel en la violencia contra los palestinos. Sin embargo, la administración Trump revocó las sanciones estadounidenses. Tras el asesinato, Levi fue arrestado y luego liberado rápidamente; el cuerpo de Awdah, en cambio, fue retenido durante diez días, mientras se le imponían condiciones a la familia respecto del funeral. «¿Cómo se puede liberar al asesino y retener a la víctima?», pregunta un representante del Centro Jerusalén de Asistencia Legal y Derechos Humanos.

Para Haneen Hathaleen, sobrina de Awdah, lo que ha cambiado desde el 7 de octubre de 2023 es, sobre todo, la libertad con la que actúan los colonos israelíes. En años anteriores, dice, la violencia estaba al menos parcialmente contenida por el temor a una reacción internacional. Ahora eso parece haber desaparecido. «Después de todo lo que pasó en Gaza, nadie le ha pedido cuentas a Israel por nada», dice. «Así que, hagan lo que hagan aquí, ¿quién se atrevería a oponérseles?».

Las mujeres de Umm al-Khair dicen que, desde el 7 de octubre, los colonos vienen casi todas las noches. Entran en el pueblo, vandalizan propiedades e impiden que las familias duerman. «No es como antes», dicen. Dentro de la comunidad crece el temor de que el aumento de los ataques acelere el desplazamiento y la anexión de sus tierras. La impunidad de lo que ocurre en Gaza no está separada de Cisjordania, sino que refuerza la convicción de los colonos de que pueden actuar sin resistencia ni consecuencias.

Vías para la rendición de cuentas

En una entrevista en el Café Suisse del Palacio de las Naciones, en Ginebra, el embajador palestino Ibrahim Khraishi me habla de las limitaciones de las sanciones que apuntan únicamente a colonos individuales. Esas medidas, sostiene, no abordan el sistema político y militar dentro del cual la violencia de los colonos se vuelve posible y queda protegida. Pueden restringirse viajes o congelarse ciertos activos, pero no se detienen los ataques ni la expansión de los asentamientos sobre el terreno.

Las sanciones contra quienes documentan la violencia se están ampliando; las sanciones contra quienes la perpetran pueden ser revocadas o quedar sin efectos concretos. En Umm al-Khair, la impunidad significa que Awdah es asesinado, que su cuerpo es retenido y que los ataques contra su comunidad continúan.

En el Palacio de las Naciones, tras el informe sobre la tortura, algunas declaraciones desplazan el debate de la evidencia hacia la propia Albanese: Hamás, acusaciones de antisemitismo y el apego al código de conducta. Quienes documentan los crímenes deben, una vez más, defender su legitimidad.

«La diplomacia en tiempos de genocidio no es neutral», responde Albanese. Younis, por su parte, insiste en que los Estados miembros de la ONU necesitan actuar: «Dejen de mostrar solidaridad sin actuar. Es tiempo de actuar por la rendición de cuentas».

Las herramientas existen. Los Estados parte de la CPI pueden defender el trabajo de la Corte; los Países Bajos pueden salvaguardar sus operaciones; la UE puede contrarrestar los efectos de las sanciones; y la ONU puede defender a la relatora especial a la que le ha encomendado el mandato. Sin embargo, ninguno de estos actores ha ideado una respuesta capaz de proteger a estas personas e instituciones.

El gobierno estadounidense, mediante su control del dólar, trabaja para frustrar la rendición de cuentas. Pero la impunidad también es fomentada por Estados que reconocen los crímenes y luego se niegan a usar las herramientas de las que disponen para detenerlos. Muchos gobiernos de Estados miembros de la UE afirman rutinariamente defender el derecho internacional, y sin embargo mantienen relaciones militares, económicas y diplomáticas con Israel sin proteger a la CPI ni a las organizaciones palestinas.

Efecto contagio

Lo que ocurre en Palestina no quedará confinado a Palestina: la impunidad no solo blinda los crímenes ya cometidos, sino que también hace más probables los futuros. Cada vez que un Estado ve que otro desestima a los tribunales, viola las normas internacionales y persigue sus propios objetivos sin pagar ningún precio, el Estado de derecho pierde fuerza también en otros lugares. El mensaje que reciben los demás gobiernos es que las reglas pueden dejarse de lado siempre que se cuente con protección política, militar o económica. Así es como los crímenes excepcionales terminan por sentar un precedente.

Esta erosión ya resulta evidente en el creciente cuestionamiento a las instituciones internacionales. Chad ha iniciado el proceso de retiro del Estatuto de Roma, una decisión celebrada por Washington, que ha instado a otros Estados a seguir su ejemplo.

Según Sourani, sería un error pensar que todo esto concierne únicamente a Gaza o a los palestinos. Las sanciones están reemplazando al Estado de derecho por la «ley de la selva». «Lo que se pierda en Palestina se perderá en todas partes», advierte Albanese.

Mientras tanto, el genocidio continúa. Las organizaciones que se supone deben recopilar y preservar la evidencia de este son obstaculizadas, privadas de financiamiento y aisladas de las instituciones internacionales. E incluso mientras la destrucción continúa en Gaza, los ataques de los colonos y la presión sobre las comunidades palestinas también aumentan en Cisjordania. Sin embargo, mientras quienes cometen estos crímenes actúan con impunidad, quienes los documentan se ven obligados a defender su derecho a existir.

 

[Foto: Massimo Di Vita / Archivio Massimo Di Vita / Mondadori Portfolio via Getty Images - fuente: www.jacobinlat.com]