L’immigration
francophone au Canada est loin d’être un succès. Une nouvelle étude montre que
l’Ontario et le Québec perdent le tiers des nouveaux venus d’expression
française. Explications.

Des étudiants
internationaux et d'autres personnes font la queue pour prendre le bus à
Brampton, une ville près de Toronto, au Canada, le 7 octobre 2024.
Le titre du rapport sur
la migration au Canada – “Des occasions manquées 2024”, en français – du
Conference Board of Canada, un think tank spécialisé dans l’économie, en dit
long sur la situation de l’immigration cette année, tout comme sa conclusion,
que reprend Daily Hive : “Les immigrants quittent le
pays en nombre record, en particulier les immigrants hautement qualifiés, ‘dont le Canada a urgemment besoin’.” Le journal en ligne vancouvérois cite le président de
l’Institut pour la citoyenneté canadienne, Daniel Bernhard, qui, dans
l’avant-propos de l’étude, s’alarme de cette saignée : “Les artisans qui construisent
nos maisons, les infirmières qui prennent soin de nos proches, les camionneurs
qui facilitent le commerce, les entrepreneurs qui stimulent l’innovation sont
de plus en plus nombreux à plier bagage.”
Problèmes systémiques de rétention
Les données du Conference Board of Canada montrent que 34 % des immigrants qualifiés quittent le pays dans les cinq ans qui suivent leur arrivée. Tout aussi inquiétant sont les chiffres de l’immigration francophone. L’ONFR, un média ontarien francophone, signale que “le pays perd le tiers de ses immigrants de langue française et que la majorité d’entre eux sont au Québec et en Ontario”, les deux provinces les plus peuplées et les plus industrialisées du Canada. Les auteurs de l’étude soulignent que c’est deux ans après leur arrivée au Canada que les immigrants d’expression française sont susceptibles de quitter le pays.
Daniel Bernhard précise que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre les raisons de ces départs, mais, dans le cas de l’Ontario, il soupçonne un manque de soutien apporté aux francophones dans les milieux anglophones de la province. De façon plus globale, relève-t-il dans les pages du journal Le Devoir, les défis en termes d’accès au logement et d’intégration par le biais du tissu social “pèsent aussi lourd dans la balance”.
Le quotidien rapporte qu’Ottawa a annoncé en octobre une augmentation de ses objectifs en matière d’immigration francophone hors Québec par rapport à l’ensemble des admissions de résidents permanents, pour les porter à 8,5 % l’an prochain, 9,5 % en 2026 et 10 % en 2027. Le Devoir souligne que le rapport est d’avis que sans une meilleure capacité de rétention ces objectifs “pourraient être difficiles à atteindre”.
Écrit par Martin Gauthier
[Photo : Ian Willms/NYT - source : www.courrierinternational.com]
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