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quinta-feira, 3 de setembro de 2026

En Allemagne, un Land gouverné par l’AfD en ferait un laboratoire pour les projets du parti le plus radical des droites européennes

Les dimanches 6 et 20 septembre, deux Länder de l’Est et la ville de Berlin voteront lors de scrutins régionaux visant à renouveler leur Parlement respectif. Les citoyens convoqués aux urnes ne représentent pas plus de 9 % de l’ensemble des électeurs allemands.

Écrit par Hélène Miard-Delacroix 

À première vue, c’est anecdotique, sans conséquences au niveau national. Pourtant, la classe politique et l’opinion tremblent face aux 35 % à 40 % d’intentions de vote pour le parti de l’extrême droite, Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne, AfD), en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ces scrutins risquent d’ébranler plusieurs certitudes et équilibres dans le pays le plus peuplé de l’Union européenne. Du local au national, les enjeux sont nombreux : ils sont politiques, culturels, sécuritaires, et touchent à l’image de l’Allemagne.

La percée attendue de l’AfD confirme l’érosion des partis qui ont façonné quatre-vingts ans de vie politique allemande. Elle met aussi à l’épreuve leur cohésion interne. La CDU (Union chrétienne-démocrate, droite) du chancelier Friedrich Merz est même menacée d’éclatement si des élus locaux rompent le cordon sanitaire imposé à l’infréquentable AfD. À gauche aussi, les repères se brouillent. Le jeune parti nationaliste BSW (Alliance Sahra Wagenknecht) est tenté d’être faiseur de roi en portant la star régionale de l’AfD, le dynamique trentenaire Ulrich Siegmund, à la tête du gouvernement de Saxe-Anhalt. Plus qu’une sensation régionale, ce serait une rupture dans l’histoire du pays, où la droite extrême n’a plus gouverné depuis 1945.

Un Land gouverné par l’AfD en ferait un laboratoire pour les projets du parti le plus radical des droites européennes. Cœur du système fédéral, les Länder ont plus de compétences que les régions françaises : ils légifèrent librement sur des domaines réservés, mais leur administration est aussi chargée d’exécuter les lois fédérales. Or, le programme de l’AfD pour ce scrutin ne cache pas le projet de politiser la justice, la police et l’administration en y nommant proches et affidés.

Le refus annoncé d’appliquer des programmes fédéraux, en particulier en matière d’énergie et de climat, voire le non-respect de principes fondamentaux dans la pratique des institutions et les relations entre les partis, mettrait à l’épreuve la loi fondamentale du pays entier. Son article 37, qui permet de contraindre un gouvernement de Land récalcitrant, n’a encore jamais été utilisé dans l’histoire de la République fédérale. Cela pourrait aussi avoir une incidence sur la solidarité financière entre les régions d’Allemagne. Les choix de politique économique et sociale annoncés par l’AfD, notamment les actions anti-immigrés, seraient susceptibles de faire fuir la main-d’œuvre étrangère et d’amener des entreprises à revoir leur implantation dans ces Länder.

Enfin, c’est dans le travail législatif à l’échelle fédérale que des victoires régionales de l’AfD constitueraient un test. À la Chambre haute, le Bundesrat, dont l’accord est indispensable à la moitié des lois fédérales, siègent les gouvernements des Länder. Avec certes une poignée de voix sur un total de 69, l’AfD, qui siège déjà au Bundestag, y aurait la capacité de ralentir les réformes du gouvernement Merz et de perturber l’élection des juges de la Cour constitutionnelle fédérale [la Cour suprême]. Les enjeux politiques de ces scrutins sont donc de taille, tant pour la coalition au pouvoir à Berlin, l’unité de la CDU et la pratique des institutions que pour la clarification des intentions de l’AfD sur le plan national.

La deuxième inquiétude à la perspective d’un gouvernement AfD en région est celui de l’éducation, de la recherche et de la culture, pour lesquelles les Länder ont la compétence exclusive. Le parti a annoncé vouloir intervenir dans les programmes scolaires et cesser les mesures d’intégration, mais aussi mettre fin à l’obligation scolaire pour soustraire les enfants à l’influence d’enseignants « gauchistes ». Les méthodes et sujets jugés « anti-allemands » doivent être bannis de l’université, et la mémoire de la Shoah évacuée par le biais de la fin des subventions aux musées et aux mémoriaux.

L’AfD aspire explicitement à réhabiliter une image positive de l’Allemagne et à mettre un terme à la « culture de la repentance » pour défendre un patrimoine national glorieux. Sa détestation de la modernité allemande condamnerait, en particulier, la fondation d’architecture du Bauhaus, à Dessau (Saxe-Anhalt), et la liberté de création dans les théâtres serait menacée. Enfin, les médias publics sont les cibles privilégiées du « redressement culturel » annoncé, avec une intervention directe sur les programmes et les personnels de la radio-télévision régionale.

Un Land étant un Etat à part entière, il a son propre gouvernement, notamment un ministère de l’Intérieur. Si celui-ci était confié à l’AfD, la question de la loyauté à la Constitution se poserait du sommet du ministère jusqu’aux forces de police et de sécurité. L’AfD a annoncé vouloir intervenir sur les services de renseignement du Land, sous le contrôle de ce ministère régional. Le risque est que cesse la surveillance d’activités anticonstitutionnelles de membres de l’extrême droite pour ne se concentrer que sur l’extrême gauche.

Outre le danger à l’échelon régional, cette approche inédite crée un risque pour la sécurité des autres Länder en raison de l’échange d’informations sensibles entre ministères régionaux. La surveillance en matière d’espionnage, venant de Russie, par exemple, en serait affectée. Contre ce cheval de Troie menaçant la sécurité du pays dans son ensemble, le réflexe des autres Länder serait la rétention d’informations délicates, ce qui accroîtrait la vulnérabilité face au terrorisme.

Enfin, ces scrutins, s’ils portaient l’extrême droite au pouvoir en région, conduiraient à l’affaiblissement des positions allemandes en Europe en raison de ralentissements et de blocages internes. Ils écorneraient surtout l’image internationale de l’Allemagne, portée par la fierté d’avoir réussi, en tant que meilleur élève de la classe, à ne pas céder aux sirènes de l’extrême droite. Sa percée spectaculaire, à supposer qu’elle ait lieu, ne sera pas comprise comme une normalisation anodine de l’Allemagne, mais comme un signal alarmant pour le pays où est né le nazisme. L’impact de ces élections régionales est donc bien inversement proportionnel au nombre de votants.

Hélène Miard-Delacroix est professeure d’histoire et de civilisation de l’Allemagne contemporaine à Sorbonne Université. Elle est, entre autres, l’autrice de l’ouvrage Les Emotions de 1989. France et Allemagne face aux bouleversements du monde (Flammarion, 2025).

 

[Source : www.lemonde.fr]

terça-feira, 25 de agosto de 2026

Antisemitismo y poder imperial en América Latina

La lucha contra el antisemitismo se ha convertido en un terreno de disputa política global. De la mano del gobierno de Javier Milei y de algunos de los empresarios más poderosos de la Argentina, avanza por América Latina una definición de antisemitismo que busca equiparar las críticas al Estado de Israel y al sionismo con expresiones de odio antijudío, con graves consecuencias para la solidaridad con Palestina y la libertad de expresión.

Marcelo Mindlin asume la presidencia de la Alianza Internacional para la Memoria del Holocausto (IHRA), desde donde el gobierno argentino busca extender por América Latina su definición de antisemitismo.

Escrito por Fenia Chertkoff 

Pido a los lectores que se detengan unos minutos a observar la imagen que se encuentra arriba de este texto. Es muy probable que ninguno de los rostros de las personas allí presentes les resulte familiar. Se puede apreciar que el evento tuvo lugar en Argentina por dos datos inequívocos: la bandera celeste y blanca y el retrato del libertador José de San Martín. Ahora bien, ¿qué relación existe entre esos objetos y las personas allí sentadas? Si nos dejamos llevar por las apariencias diríamos que se trata de un acto institucional rutinario de un país soberano. ¿Pero qué tal si esta imagen reflejara todo lo contrario? ¿Qué tal si esa bandera y ese libertador fueran el atrezzo, los elementos de utilería empleados por un poder que ahora mismo actúa bajo la sombra en todo el continente americano?

Vuelvan a mirar la imagen y ahora permítanme contar una historia.

La foto proviene de un vídeo que puede verse por YouTube y capta el encuentro que tuvo lugar durante el mes de marzo en el Palacio San Martín de la ciudad de Buenos Aires. En el centro de la escena se observa a un hombre que lee un texto, no sabemos si escrito por él o por alguien más.

Se trata del empresario argentino Marcelo Mindlin, que en su discurso agradece su designación como nuevo chair de la Alianza Internacional por la Memoria del Holocausto (IRHA). Esta entidad intergubernamental fue fundada en el año 1998 por el expresidente de Suecia Göran Persson, una figura clave a la hora de acercar a su país al Estado de Israel.

Según destaca su mismo fundador, esta entidad nació por la necesidad de llevar a cabo una lucha internacional contra el antisemitismo y recordarle a las nuevas generaciones los horrores del holocausto.

Reino Unido y Estados Unidos fueron los socios más entusiastas de esta iniciativa y durante los últimos años se han sumado 35 países de todo el mundo, la mayoría de Europa occidental. Si bien el único país latinoamericano en adherir a este proyecto ha sido la República Argentina, la tarea encomendada a Mindlin, gracias a un acuerdo sellado en Jerusalén, es la de «construir un puente entre la IRHA y nuestra vasta región latinoamericana», bajo el lema «expandiendo las fronteras de la memoria».

Pero basta hurgar un poco en la información disponible para comprobar que los objetivos son más ambiciosos, puesto que «esta presidencia busca abrir nuevas conversaciones y escenarios para que la concientización sobre la memoria por el Holocausto sea la más global posible. Pretendemos iluminar tanto a nuestra región como a las diferentes naciones del sur global».

Por qué una de las prioridades de la región latinoamericana debería ser la lucha contra el antisemitismo es algo que ni el mismo Mindlin puede explicar en su discurso. Mediante una curiosa voltereta retórica aclara que las naciones latinoamericanas «no han tenido una relación directa con la Solución Final» pero aun así tienen el «deber» de «hacer su contribución a la construcción de memorias locales que incorporen aquella tragedia en una fuente de enseñanza para mejorar nuestras sociedades».

Quizá esto explique por qué, a pocos días del evento que tuvo lugar en la ciudad de Buenos Aires, el presidente de Ecuador, Daniel Noboa, mientras indígenas y campesinos son masacrados y reprimidos por protestar contra el gobierno, firmaba un acuerdo con la embajadora del Estado de Israel para incorporar la enseñanza de la memoria del Holocausto en el sistema educativo ecuatoriano.

Según el singular concepto de la «memoria» que aplican actualmente los países gobernados por la extrema derecha regional, la prioridad es mantener vivo el relato admonitorio del holocausto nazi mientras hacen todo lo posible por borrar el recuerdo de las múltiples violaciones de derechos humanos, masacres y tropelías cometidas contra los pueblos de nuestras naciones por parte de esas mismas oligarquías.

Pero volvamos a la imagen. A la derecha de Mindlin se encuentra el chair saliente, a quien aquel identifica como su «amigo» Dani Dayan, empresario israelí y uno de los principales promotores de los asentamientos ilegales en territorio palestino. A la derecha de Dayan, a su vez, se encuentra el ministro de Relaciones Exteriores de la Argentina, Pablo Quirno, descrito por Mindlin como viejo conocido de los tiempos en que él arrancaba como empresario y Quirno se consolidaba como banquero de J.P. Morgan.

La única mujer que aparece en la imagen es la alemana Michaela Küchler, secretaria general de IRHA, a quien Mindlin saluda protocolariamente tras agradecer al sector judicial de la
República Argentina por su apoyo constante para combatir el antisemitismo en el país.

A estas alturas los lectores podrán preguntarse por qué un empresario como Marcelo Mindlin asume la dirección de una entidad intergubernamental como IRHA. Más aún, también podrán preguntarse qué papel tiene esta institución en el mundo y por qué Argentina asume su liderazgo.

Marcelo Mindlin, además de ser el actual chair de IRHA, está vinculado a oscuras maniobras para obtener cuantiosas ganancias con la privatización de los Servicios Eléctricos del Gran Buenos Aires (SEGBA) -actual EDENOR- y con la instalación del cancerígeno PVC en los hogares de muchos argentinos. Pero, por sobre todas las cosas, Mindlin es la mano derecha de uno de los dueños de la Argentina: el empresario Eduardo Elsztain.

La relación entre ambos se consolidó después de una peculiar maniobra financiera que, apoyada en una importante inversión de capital extranjero, permitió que Elsztain se hiciera con una participación decisiva en el Banco Hipotecario Nacional (BH), entidad bancaria que ofrecía créditos para la vivienda y la producción agropecuaria y disponía de información estratégica sobre la propiedad inmobiliaria del país. Tras esa audaz operación, Elsztain se convirtió en un exitoso tiburón inmobiliario de la Capital Federal, dueño de casi un millón de hectáreas en todo el país y empresario del rubro financiero, tecnológico y agroindustrial a escala global. En el año 2009, Elsztain fue elegido presidente del governing board del Congreso Judío Mundial (CJM), una entidad fundada en Suiza, con sede principal en el estado de Nueva York y sucursales en diferentes lugares del mundo, entre ellos Buenos Aires.

Entre las prioridades del CJM cabe resaltar su respaldo al Estado de Israel y su combate a la «amenaza iraní», descrita en esos términos tras los dos tristemente célebres atentados a la comunidad judía en Argentina en los años 90, a pesar de que, hasta el día de hoy, no se ha podido determinar que Irán haya sido el autor intelectual o material de dichos atentados y a pesar de los esfuerzos de Cristina Fernández de Kirchner por esclarecer judicialmente estos sucesos, cosa que, como es sabido, le ha costado un persecución política sin precedentes por parte de ese mismo poder judicial al que Mindlin agradece sus diligencias en su lucha contra el antisemitismo.

El CJM no solo aglutina a un grupo de millonarios promotores de los asentamientos del Estado de Israel en Cisjordania, sino que se presenta como «brazo diplomático del pueblo judío». Su principal hazaña cultural, además de un llamativo interés por el mundo del arte contemporáneo, consistió en lograr la suspensión de una resolución de la Asamblea General de la ONU, donde se sostenía que el sionismo era una forma de racismo y discriminación racial equiparable al apartheid sudafricano.

Tras desvincular al sionismo de cualquier identificación con el supremacismo, este Congreso Judío Mundial no ha dejado de presentarse, junto a IRHA, como una plataforma de lucha contra el antisemitismo a nivel mundial.

Pero Elsztain no solo hace lobby a escala global en el CJM sino también a nivel local. A través de su holding IRSA, instaló en Buenos Aires la red blockchain más grande de toda América Latina acordada con Ethereum.

Y un dato no menor, también decidió hospedar en su hotel Libertador, otra de las tantas empresas de su propiedad, a uno de los mayores estafadores de criptomonedas de la Argentina, Javier Milei, durante su campaña presidencial en el año 2023. Asimismo, se rumorea que la conversión de Milei al judaísmo y su acercamiento a la rama ultra-ortodoxa Jabad-Lubavitch fueron iniciativas del mismo Elsztain.

Repasemos entonces la trama. La Alianza para la Memoria del Holocausto ha considerado a la Argentina gobernada por Javier Milei como el país idóneo para impulsar la lucha contra el antisemitismo a nivel regional y mundial. Y el presidente Milei, por su parte, no ha dudado en poner a la dupla empresarial Elsztain-Mindlin a la cabeza de esta organización intergubernamental.

Pero lo más grave a resaltar es que, tras la exacerbación del genocidio en curso contra el pueblo palestino, diferentes países miembros de IRHA han tomado la decisión de incorporar en sus respectivas legislaciones la definición de antisemitismo elaborada por la entidad.

En la actualidad, y bajo la excusa de una aumento acelerado de antisemitismo a escala global, dicha definición está siendo aplicada en países como Reino Unido o Estados Unidos para desarticular la capacidad crítica de la academia, despedir profesores, expulsar estudiantes, arrestar activistas pro-Palestina y perseguir discursos socialistas, feministas o antirracistas.

Francia e Italia, por su parte, vienen discutiendo diferentes proyectos de ley para incluir la definición. En marzo de 2026, el senado de Italia aprobó el proyecto contemplando penas de 2 a 6 años de cárcel por discursos antisemitas, ofreciendo cursos de formación para docentes y estudiantes en las escuelas. En abril de 2026, Francia ha comenzado a debatir el proyecto con la finalidad de identificar al antisemitismo con el terrorismo.

En Argentina, tres diputados de izquierda han sido acusados de antisemitismo y uno de ellos, Vanina Biasi, acaba de ser imputada por el juez Daniel Rafecas. Por eso no es de extrañar que Mindlin resalte en su discurso que el gran acierto ha sido «la adopción de parte del Estado argentino y de los organismos del poder judicial (…) de la definición de IRHA. Se trata de una herramienta crucial para combatir el antisemitismo y que nuestro país puede mostrar con orgullo el éxito de su implementación tanto en causas judiciales como acciones políticas».

Algún lector desprevenido, o al menos dispuesto a creer en las buenas intenciones de empresarios vinculados al proyecto libertario, podría pensar que no habría nada de malo en hacer todo lo posible para evitar que el antisemitismo vuelva a instalarse en nuestras sociedades. Pero las cosas se complican cuando prestamos atención a la letra chica de su definición.

Según IRHA: «El antisemitismo es una cierta percepción de los judíos que puede expresarse como el odio a los judíos. Las manifestaciones físicas y retóricas del antisemitismo se dirigen a las personas judías o no judías y/o a sus bienes, a las instituciones de las comunidades judías y a sus lugares de culto». No hace falta un agudo ejercicio de comprensión lectora para darnos cuenta de que la acusación de antisemitismo empleada por muchos países para perseguir, imputar e incluso encarcelar personas depende de la «percepción» que cualquier individuo, judío o no, pueda tener.

Más aún, esta definición de antisemitismo no solo expresaría una discriminación hacia las personas sino también hacia sus «propiedades», «instituciones» y «lugares de culto». Esto abre las puertas a que cualquier crítica hacia el accionar del Estado de Israel o entidades financieras que lo secundan pueda ser tildada de antisemita.

Y si a eso le sumamos que son los ricos del mundo, millonarios fascistas y libertarios de ultra derecha -en complicidad con un presidente que tiene por costumbre humillar mujeres, discapacitados, jubilados y sectores populares-, quienes tienen el control de la nueva semántica para combatir el antisemitismo, qué duda cabe de que esta definición no ha sido pensada para combatir el odio sino justamente para exacerbarlo y ponerle un bozal a cualquier persona que se atreva a denunciar los intereses de estos paladines de la noble causa contra el antisemitismo.

Ahora bien, ¿sobre la base de qué certezas se nos advierte de un avance descontrolado del antisemitismo en el mundo? ¿No resulta sospechoso que este supuesto peligro sea denunciado por las mismos empresarios y políticos que autorizan el genocidio en Gaza y destruyen las economías en los países del sur global? ¿Desde cuándo la lucha contra la supuesta aniquilación de un pueblo ha sido liderada por los megarricos del planeta?

Para nadie es un secreto que las clases dominantes que un siglo atrás alentaron el auge del fascismo antisemita son las mismas que hoy dicen combatirlo, escudándose en la retórica de los valores del mundo libre. Si rascamos en la superficie de estos valores solo encontramos a un puñado de millonarios aferrados a la rentabilidad de la economía fósil, la usura financiera y la expansión de la guerra por todo el planeta. Crean a toda velocidad esta farsa de antisemitismo con la única finalidad de confundir y atemorizar a la inteligencia popular, esa forma de la sabiduría que sabe llamar las cosas por su nombre.

Por tanto, si nos atenemos a la definición de IRHA, según la cual «el antisemitismo es una cierta percepción de los judíos que puede expresarse como el odio a los judíos», denunciar el genocidio en Palestina, que se ha cobrado la vida de decenas de miles de seres humanos, sería un acto antisemita; trazar con rigor y evidenciar los vínculos entre el Estado de Israel, el narcotráfico y el triunfo de la ultraderecha regional sería entonces un acto antisemita.

Y si nos atenemos a la definición de IRHA, según la cual las percepciones «físicas y retóricas del antisemitismo se dirigen a las personas judías o no judías y/o a sus bienes, a las instituciones de las comunidades judías y a sus lugares de culto», exigirle al Estado de Israel, Reino Unido y Estados Unidos que dejen de usar el agua, el petróleo y otros recursos naturales del continente americano como un botín de guerra sería también un acto antisemita; y, por último, sostener que han convertido al Estado de Israel en la punta de lanza del viejo proyecto europeo de dominación supremacista imperial, ese mismo proyecto que un siglo atrás permitió el genocidio judío, sería también un acto de antisemitismo.

Esta guerra por los nombres ha convertido a la Argentina en un laboratorio social de claro signo distópico que deberíamos tratar de comprender con todos los instrumentos críticos y científicos a nuestra disposición y, como parte esencial del proyecto, ha designado al país suramericano la tarea de expandir el sionismo semántico por todo el continente.

Todo indica que las extravagancias de Javier Milei, que tanto espacio ocupan en los medios, desvían la atención para que no se discutan las maquinaciones de un poder mucho más opaco, empeñado en materializar las nuevas y brutales formas del colonialismo del siglo XXI.

 

[Fuente: www.jacobinlat.com]



sexta-feira, 21 de agosto de 2026

«La batalla de Argel», 60 años inspirando la resistencia

La batalla de Argel transformó una memoria reciente en un hito del cine político. A 60 años de su estreno, la obra de Gillo Pontecorvo sigue siendo una referencia ineludible en un mundo signado por las guerras de contrainsurgencia.

Entre la audacia de una naciente industria nacional, la solidaridad de los realizadores italianos y las presiones diplomáticas de París, La batalla de Argel se abrió paso hasta convertirse en un mito del cine mundial. Una película que enseñó a filmar —y a pensar— la resistencia anticolonial.

Escrito por Luca Peretti

Traducción: Florencia Oroz 

Incluso antes de su estreno en el Festival de Cine de Venecia el 31 de agosto de 1966, La batalla de Argel, de Gillo Pontecorvo, ya había despertado una enorme expectativa. El jurado, presidido por el escritor italiano Giorgio Bassani, le otorgó el León de Oro —máximo galardón del certamen— «por la valentía con que abordó un tema histórico y político tan complejo y controvertido, y por el vigor con el que supo dominar la materia». Pero más allá de los elogios, el filme desató intensas polémicas que se prolongaron mucho después de su exhibición.

La delegación del gobierno francés en Venecia se negó a asistir tanto a la proyección como a la ceremonia de clausura porque, en palabras de su máximo representante (el funcionario y escritor Philippe Erlanger), «interpretamos la inclusión de la película en el festival como una muestra de hostilidad hacia Francia». La crítica cinematográfica francesa —que, como siempre, desbordaba la ciudad italiana al constituir la delegación periodística extranjera más numerosa— sí asistió a la sala, pero la recepción estuvo lejos de ser favorable.

Por citar solo un caso, Yvonne Baby escribió en Le Monde que «Gillo Pontecorvo cometió el error de acentuar —con una intensidad irritante a la que la música contribuye enormemente— el heroísmo de los combatientes argelinos, y de filmar constantemente, en primeros planos y bajo un trágico crepúsculo, rostros tensos y afligidos cuyas expresiones… no despiertan emoción alguna». Francia no estaba preparada para hablar de la guerra de Argelia apenas cuatro años después de su humillante retirada del país norteafricano.

Pero ¿de qué trata la película de Pontecorvo y por qué sigue siendo imprescindible analizarla sesenta años después?

Pioneros

El filme hace foco en un episodio extenso y emblemático de la guerra de independencia de Argelia (1954-1962): la batalla desencadenada en la capital en 1957. A partir del asalto de los paracaidistas franceses al refugio de un reducido grupo de militantes (encabezado por Ali La Pointe, uno de los referentes del Frente de Liberación Nacional [FLN]), la película recurre a un flashback para reconstruir el proceso de politización y formación guerrillera de La Pointe. Muestra la evolución del combate en Argel: desde los primeros pasos para tomar el control de la Casba hasta el intento de propagar la insurrección al resto de la ciudad. El cierre del filme retrata las revueltas de diciembre de 1960 —en su mayoría espontáneas— que terminarían abriendo el camino hacia la independencia en 1962.

Con un elenco integrado de manera casi exclusiva por intérpretes no profesionales y rodada íntegramente en Argel con un estilo realista y cuasidocumental, la película nació del encuentro entre Yacef Saâdi —excombatiente de la guerrilla argelina reconvertido en productor cinematográfico—, el director italiano Gillo Pontecorvo y el guionista Franco Solinas. Mientras Saâdi buscaba llevar a la pantalla un relato que enalteciera la gesta de independencia, los italianos querían realizar un filme anticolonial centrado en una lucha paradigmática pero capaz de resonar a nivel universal. Ambas partes ya trabajaban en proyectos independientes cuando se reunieron en 1964 y decidieron aunar esfuerzos.

Como ocurre a veces en el arte, el resultado superó con creces cualquier expectativa: La batalla de Argel se convirtió casi de inmediato en un clásico, una obra que goza de una «resonancia contemporánea renovada sin cesar», según apuntó el historiador de cine Nicholas Harrison. Al día de hoy, por ejemplo, se sigue proyectando y debatiendo al calor de la causa palestina y como modelo sobre la vigencia de las tácticas de guerrilla urbana en los conflictos contemporáneos. Al mismo tiempo, la película no deja de revelar nuevas facetas y protagonistas: la portada del reciente libro de Jeremy Harding, Analogue Africa, muestra una fotografía del equipo de trabajo en el rodaje (entre ellos, el director de fotografía Marcello Gatti), donde además se puede reconocer a una joven Sarah Maldoror, rescatada en años recientes como una de las cineastas pioneras del cine anticolonial y africano.

La realización de la película

Argelia acababa de conquistar finalmente su independencia cuando Saâdi fundó la productora Casbah Films y comenzó a proyectar un filme sobre la guerra de liberación. Francia, que había colonizado Argelia en la década de 1830 y la consideraba parte integral de su territorio nacional, se resistía a perderla tras haber cedido la mayoría de sus colonias —incluidos los vecinos Marruecos y Túnez— y luego de una larga y sangrienta guerra en Indochina. El cine desempeñó un papel activo: cineastas de diversas partes del mundo viajaron a Argelia para documentar los hechos o filmaron obras de solidaridad desde sus países de origen, mientras el cine argelino nacía al calor del conflicto armado.

Saâdi, respaldado por el gobierno del FLN, decidió encarar la producción junto a realizadores italianos debido al activo compromiso de estos con la causa independentista. Pontecorvo no fue la primera opción, según documentan diversas fuentes, pero junto a Solinas ya trabajaba desde principios de los años sesenta en un proyecto sobre Argelia cuyo título provisional era Para. Ambos viajaron al país tras la independencia para explorar locaciones y compenetrarse con la realidad local. Luego de sortear varios obstáculos para conseguir financiamiento —Pontecorvo recordaría en su libro de conversaciones con la periodista Irene Bignardi que los productores potenciales le advertían que «a nadie le interesan los árabes ni los negros»—, el director se asoció con Antonio Musu para crear la productora Igor Film, que unió fuerzas con Casbah Films.

Conseguir financiamiento no fue una tarea sencilla: los productores e inversores italianos arriesgaron su propio capital, al tiempo que el gobierno argelino aportó fondos para el rodaje. Para junio o julio de 1965, Pontecorvo ya estaba en Argel, aunque lo más probable es que la filmación propiamente dicha haya comenzado entre julio y agosto. Las fechas resultan clave: el 19 de junio de 1965 fue un momento de quiebre en la historia argelina, cuando un golpe de Estado no violento encabezado por Houari Boumédiène derrocó a Ahmed Ben Bella, el primer presidente de la Argelia independiente. La célebre leyenda de que la población vio los tanques en las calles y creyó que se trataba de una escena de La batalla de Argel carece de sustento histórico (la documentación disponible indica que el rodaje comenzó con posterioridad a esa fecha). Sin embargo, la anécdota da cuenta del enorme valor simbólico y del impacto emocional que la película generó durante su realización. Cientos de habitantes locales participaron como extras, la ciudad funcionó como set abierto durante meses —el rodaje concluyó en diciembre— y la prensa dio un seguimiento entusiasta: «La ciudad se ofreció a Gillo y a su equipo como si fuera un inmenso escenario poblado de rostros fascinantes, de los cuales varios terminaron seleccionados para pequeños papeles», escribió Bignardi.

El rodaje se convirtió en un acontecimiento central para la Argelia de fines de 1965, en un contexto donde coincidió con la filmación de otras producciones nacionales y con la reestructuración integral de la industria cinematográfica local en materia de producción, distribución y creación de instituciones culturales. El montaje y la posproducción se llevaron a cabo durante el primer semestre de 1966, inicialmente a cargo del montajista neorrealista Mario Serandrei y, tras su imprevisto fallecimiento, del joven Mario Morra. Como era de esperarse, la primera proyección en Argel en junio de 1966 —su estreno mundial previo a Venecia— contó con la asistencia de las autoridades nacionales y de los propios integrantes del elenco, y fue recibida con ovaciones. Loris Gallico, corresponsal en Argel del periódico del Partido Comunista Italiano l’Unità, destacó que el filme constituía «un ejemplo formidable de colaboración entre argelinos e italianos».

En efecto, sin caer en un enfoque eurocéntrico o enfocado exclusivamente en Italia, la película de Pontecorvo —junto a otras producciones de Casbah Films— resultó determinante para formar a una generación de técnicos y realizadores que luego estructurarían el cine argelino. Como señala Joan Mellen, desde Italia viajó solo un equipo reducido: «El resto de los trabajadores de la producción eran argelinos sin experiencia previa en el cine, capacitados en el rodaje en diversas especialidades. Esta era, desde luego, la intención de Casbah Films, que veía la alianza con los italianos como una vía para profesionalizar a su propio personal cinematográfico».

Por mencionar solo a dos figuras además de Saâdi y de Sarah Maldoror (omitida en los créditos), Moussa Haddad trabajó como asistente de dirección —para luego dirigir varios filmes argelinos— y Ali Maroc, quien se convertiría en uno de los directores de fotografía más destacados del país, se desempeñó como asistente de cámara. Se seleccionó a numerosos actores y actrices no profesionales para papeles secundarios y para el rol estelar de Ali La Pointe (Brahim Hadjadj). Por su parte, el actor francés de teatro militante Jean Martin interpretó al coronel Mathieu: suele presentárselo como el único actor profesional de la película, aunque también participaron en roles menores el reconocido comediante argelino Rouiched y el actor italiano Franco Morici (quien tampoco figura en los créditos).

Un asunto diplomático

Durante los meses previos a la proyección en Venecia se desplegaron intensas maniobras diplomáticas entre Francia e Italia (y, en menor medida, Argelia), documentadas tanto en la prensa como en los archivos de sus respectivos ministerios de Relaciones Exteriores. Por entonces, los festivales de cine funcionaban como escenarios diplomáticos donde las autoridades culturales de cada país postulaban las películas a competición, en lugar de ser elegidas por un comité de selección independiente. Sin embargo, en la edición de Venecia de 1966, el cineasta Luigi Chiarini —fundador del Centro Experimental de Cinematografía durante el fascismo y figura clave de la posguerra italiana— y su equipo contaban con la atribución de enviar un cupo reducido de invitaciones directas. Ese fue precisamente el camino que siguió el largometraje de Pontecorvo: la representación oficial de Italia fue Un uomo a metà, de Vittorio De Seta (seleccionada para la competencia oficial), mientras que Argelia no contaba con representación formal.

Las controversias políticas y diplomáticas, sin embargo, se habían desatado mucho antes. Cuando el guion fue presentado ante el Ministerio de Turismo y Espectáculos de Italia para acceder a subsidios públicos, la comisión evaluadora advirtió: «Tenemos conocimiento de ciertas reacciones en los círculos franceses ante las noticias sobre este filme. No obstante, ignoramos la naturaleza exacta de tales inquietudes». Las autoridades de París calificaron la inclusión de la película en la Mostra de Venecia como una «muestra de hostilidad», aunque nunca llegaron a imponer un veto formal. Esta ambivalencia reflejaba la histórica posición de Italia frente a la guerra de independencia argelina: tanto los gobiernos italianos como el Ente Nazionale Idrocarburi (ENI) —la petrolera estatal— expresaban un respaldo tácito o explícito al movimiento argelino sin llegar a fracturar los lazos diplomáticos con Francia.

Las autoridades francesas exigieron la supresión de escenas consideradas «antifrancesas», en particular las que retrataban las torturas. De cara a la proyección, el ministro de Relaciones Exteriores, Amintore Fanfani, le escribió al mismísimo primer ministro Aldo Moro —secuestrado y asesinado años después por las Brigadas Rojas—: «Las reacciones provenientes de París en este momento no son en absoluto tranquilizadoras… Le agradecería profundamente que evaluara la posibilidad de intervenir de manera personal ante mi colega Corona [entonces ministro de Cultura] y ante la presidencia de la Bienal…» (el ente organizador del certamen cinematográfico y de las grandes exposiciones de arte y arquitectura de Venecia).

Durante el transcurso de la Mostra, cuando la posibilidad de que La batalla de Argel se alzara con el León de Oro se volvió inminente, Fanfani llegó a enviar una nota urgente al primer ministro desaconsejando que se le otorgara el máximo galardón. Por lo demás, la relación de Saâdi y Pontecorvo con el Estado francés fue notoriamente tirante tanto durante la realización de la película como en los años posteriores: en septiembre de 1966, Francia le prohibió el ingreso al excombatiente, al tiempo que un memorándum interno del Festival de Cannes lo definía como «jefe de los terroristas argelinos». Por su parte, Pontecorvo, de origen judío, se había exiliado en Francia tras la promulgación de las Leyes Raciales italianas en 1938 y mantenía un estrecho vínculo intelectual con la cultura francesa; aun así, también fue expulsado del territorio francés y solo logró revocar la medida tras presentar un recurso de apelación. Para sostener su reclamo redactó una vehemente carta que hoy se conserva en los archivos del Museo Nacional del Cine de Turín.

Una obra nómada

Tras alzarse con el León de Oro en Venecia, el filme alcanzó de inmediato el estatus de obra de culto. A esto contribuyeron diversos factores: desde el hecho de que Argel se hubiera convertido en la célebre «capital del Tercer Mundo» —refugio para revolucionarios de todo el Sur global—, hasta las rebeliones y movimientos del 68 que adoptaron la película y la exhibieron masivamente. Aquel fue, en particular, el caso del Partido Pantera Negra y otras organizaciones radicales estadounidenses: se trataba, después de todo, de una cinta de «visionado obligatorio y una suerte de herramienta pedagógica para la juventud radicalizada de Estados Unidos y los militantes opuestos a la guerra de Vietnam».

En un artículo de la época, la activista y organizadora afroamericana Francee Covington afirmó que «si Los condenados de la tierra [de Frantz Fanon] es el “manual de la revolución negra”, La batalla de Argel es su correlato cinematográfico». El filme se analiza con frecuencia a la luz del pensamiento y la praxis política del psiquiatra y referente martiniqués-argelino Frantz Fanon. Las Panteras Negras lo exhibieron en cientos de ocasiones: el filme llegó a citarse incluso como prueba de cargo en un juicio contra la organización, donde la fiscalía argumentó que era «utilizado con fines de formación por las Panteras Negras y de exhibición obligatoria para todos sus integrantes». A medida que Argel se consolidaba como la «Meca de la revolución», «la película de Gillo Pontecorvo contribuyó enormemente a proyectar la imagen de Argelia y su guerra de liberación en el escenario internacional», según palabras del historiador de cine argelino Ahmed Bedjaoui. Entre el archivo personal de Pontecorvo se conserva, de hecho, una invitación para exhibir el filme en la Cuba posrevolucionaria.

En Italia, el largometraje fue un éxito de taquilla a pesar de las virulentas críticas de la extrema derecha. En 1972, durante una reexhibición en el cine Nuovo Olimpia de Roma, un comando neofascista atracó la sala y dejó gravemente herido a un espectador. Como era de prever, su periplo en Francia resultó todavía más turbulento. La película no sufrió una censura estatal explícita por parte de la comisión de calificación cinematográfica; más bien, como señala el historiador Andrea Brazzoduro en su estudio sobre las memorias de los veteranos franceses, fue «víctima de los complejos mecanismos de autocensura y represión que estructuran la relación de la sociedad francesa con la memoria del conflicto».

Entre 1970 y 1971, el filme logró finalmente llegar a las salas comerciales francesas y fue visto por miles de personas, aunque las salas y agrupaciones que lo programaron volvieron a ser blanco de hostigamientos verbales y atentados físicos, según registran los historiadores Benjamin Stora y Patricia Caillé. Tras ese breve recorrido, la cinta desapareció casi por completo de las pantallas francesas —tanto en cine como en televisión—, y recién a comienzos de los años 2000, tras su emisión televisiva, el público masivo pudo acceder de manera generalizada a La batalla de Argel.

A seis décadas de su estreno, La batalla de Argel trasciende su condición de ser una de las representaciones más logradas de una gesta anticolonial. Como advierte el crítico André Nette en un trabajo reciente sobre cine político, «uno de los aspectos más sobrecogedores de volver a La batalla de Argel de Gillo Pontecorvo más de medio siglo después es la extrema actualidad que transmiten sus imágenes de tropas occidentales enfrascadas en una sangrienta campaña de contrainsurgencia en el mundo árabe». Cuando el Pentágono la programó en 2003, en pleno desarrollo de la invasión de Irak, lo hizo con el propósito explícito de analizar tácticas de guerrilla urbana. De igual modo, su presencia constante en los programas universitarios demuestra su vigencia ininterrumpida para problematizar cuestiones clave como la violencia política, la liberación nacional, el anticolonialismo y el islam político. Se trata de dilemas que distan de perder vigencia; todo indica que continuaremos debatiendo en torno a esta obra imprescindible durante muchas décadas más.

 

[Foto: Igor Film / Casbah Films - fuente: www.jacobinlat.com]


sábado, 15 de agosto de 2026

¿Odiar a los judíos, amar a Israel?

La guerra en Gaza y el ascenso de las derechas iliberales sirven de punto de partida para una reflexión sobre la crisis del vínculo entre judaísmo, sionismo e Israel. En esta entrevista, el filósofo Michel Feher sostiene que Israel se ha convertido en un laboratorio de los etnonacionalismos y que el «pacto de blanqueamiento mutuo» entre los judíos y las sociedades occidentales amenaza con agotarse. Frente a ello, reivindica una tradición judía diaspórica, cosmopolita y crítica. 

Entrevista a Michel Feher

Publicada por Carlos Pérez

Nacido en Bruselas en 1956 y de ascendencia húngara, Michel Feher es filósofo, editor y un activo representante del ensayo crítico contemporáneo. Fundó en 1986 Zone Books, la editorial neoyorquina desde la que ha contribuido durante cuatro décadas a introducir en el mundo anglófono a autores como Michel Foucault, Georges Bataille, Gilles Deleuze y Georges Canguilhem; codirige con la teórica política Wendy Brown la serie Near Futures, dedicada a pensar las mutaciones del capitalismo tardío; ha enseñado en la Escuela Normal Superior de París y en las universidades de Berkeley y Goldsmiths. Adicionalmente, es cofundador de Diagrammes.fr, un reciente proyecto audiovisual de entrevistas a intelectuales críticos. Es autor de Powerless by Design: The Age of the International Community [Impotente por diseño. La era de la comunidad internacional] (Duke UP, 2000) sobre la reconfiguración humanitaria de la comunidad internacional; Le temps des investis (La Découverte, 2017; publicado en español con el título El tiempo de los investidos), sobre el sujeto neoliberal reconvertido en activo permanentemente evaluado por los mercados; Producteurs et parasites [Productores y parásitos] (La Découverte, 2024), sobre el imaginario económico del partido de extrema derecha francés Reagrupamiento Nacional.

Redevenir juif [Volver a ser judío], publicado en mayo de 2026 por La Découverte, se inscribe en esa misma genealogía, pero abre en ella un nuevo pliegue: por primera vez, de manera monográfica, Feher aborda la cuestión judía y lo hace desde su propia posición asumida en primera persona. La tesis es doble y está hábilmente engarzada. Por un lado, sostiene que Israel no es la excepción del actual orden internacional, sino su laboratorio para proyectos etnonacionalistas. Por otro lado, y esta es la propuesta que da título al libro, Feher argumenta que el «pacto de blanqueamiento recíproco» –que desde hace ocho décadas ofrece a los judíos de la diáspora reconocimiento pleno como blancos, a cambio de que avalen la idea de que Occidente ya superó su propio antisemitismo y de que sostengan sin fisuras al Estado de Israel– amenaza con agotarse, porque las derechas iliberales que hoy reproducen el modelo israelí se están volviendo, en muchos casos, contra los judíos. Su polémica sugerencia: reocupar el lugar del judío diaspórico que aborrecían por igual los padres fundadores del antisemitismo moderno y los del sionismo, no como retorno nostálgico a una condición subalterna, sino como reactivación de una potencia crítica, alérgica a toda forma de identificación excluyente. Escrito bajo la sombra alargada del genocidio en Gaza, pero pensado más allá de él, en la clave estructural de la salida del orden unipolar y del ascenso planetario de los nacionalismos etnorreligiosos, Redevenir juif es diagnóstico e intervención, un ensayo crudo, inteligente y provocador sobre las fracturas que tensionan nuestro presente sociodemográfico y geopolítico.

Redevenir juif es su primer libro que aborda explícitamente la cuestión y la tradición judías, y llega en medio de una creciente oleada de libros que trazan la historia del antisemitismo y del sionismo. ¿Por qué ahora?

Se está produciendo un genocidio, así que parece un buen momento para hacer algo al respecto. Hay ya mucha gente escribiendo sobre ello, y con mejores credenciales, ya sea porque tienen una afinidad más clara con las víctimas o un conocimiento más profundo de lo que es un genocidio (su genealogía jurídico-política), o porque son historiadores de la región -de Palestina, de Israel o de Oriente Medio en general-. Así que no hacía ninguna falta que yo hablara de ello en términos generales. Si me pareció importante aportar algo, fue por dos razones.

En primer lugar, a los judíos se les exige, o se les presume, una afinidad o una solidaridad con Israel. El actual es un momento extraño, que recuerda de manera perversa, al menos en el contexto francés, al caso Dreyfus de comienzos del siglo XX, cuando se acusó a los judíos franceses de albergar una doble lealtad: entonces, hacia Francia y hacia Alemania. Hoy se da por sentado que los judíos albergan una doble lealtad hacia el país del que procedan y hacia Israel. Pero en este caso la doble lealtad no es incriminatoria. No es un delito ni un motivo de sospecha. Cuando se presume que uno es solidario con un Estado que está cometiendo un genocidio, que practica una limpieza étnica y que ha mantenido un régimen de apartheid durante los últimos 50 años, una respuesta sencilla -si uno no siente esa solidaridad ni esa lealtad- es decir «no en mi nombre». Basta pensar en Jewish Voice for Peace [Voz Judía por la Paz] en Estados Unidos.

Hay un argumento que suelen esgrimir los críticos radicales de Israel en su forma etnorreligiosa actual: que antisionismo y antisemitismo no son lo mismo; que se puede criticar no solo la política de Israel, sino el propio tipo de Estado que Israel es -un Estado fundado sobre una cierta supremacía etnorreligiosa- y condenarlo sin ser antisemita, porque no se trata de los judíos: se trata del sionismo, de aquello en lo que el Estado de Israel se ha convertido y de lo que está haciendo. 

No tengo ningún problema con esa posición. Pero me parece que hay otra dimensión, bastante indiscutible aunque poco explorada, que es su reverso: si bien el antisionismo no es necesariamente antisemita, existe una fuerte dimensión antisemita en el propio sionismo. Puede sonar muy provocador, pero basta leer las obras de los padres fundadores del movimiento sionista -Theodor Herzl, David Ben-Gurión, Vladímir Jabotinsky, A.D. Gordon y otros- para darse cuenta de que albergaban un sentimiento de profundo odio hacia los judíos de la diáspora, de manera análoga a los antisemitas de finales del siglo XIX y comienzos del XX.

Por ende, ¿el proyecto israelí sería paradójicamente «poco judío»? 

Durante la mayor parte de su historia, la cultura judía ha sido una cultura radicalmente diaspórica, puesto que no había patria alguna a la que regresar ni que reclamar. Puede incluso decirse que Israel es el país menos judío del mundo; el único fundado sobre la erradicación de la condición diaspórica judía. Desjudaizar a los judíos fue la premisa sobre la que se construyó el proyecto sionista. Como se dice que proclamó Jabotinsky, mentor político de Benjamin Netanyahu, allá por la década de 1930: «Si no acabáis con la diáspora, la diáspora acabará con vosotros». No hay nada menos judío, en cierto modo, que Israel y el sionismo.

¿Qué otros rasgos son compartidos por el sionismo y el antisemitismo? 

El sionismo siempre ha sido un proyecto de asentamiento: la idea de sacar a los judíos de Europa, donde efectivamente eran perseguidos, y darles un país que por fin fuera el suyo. También fue un proyecto nacional: la creación de una nación mediante la búsqueda de un territorio donde el pueblo judío pudiera, por fin, tener un país. El problema, desde el principio, es que el ideal para un objetivo así era encontrar «una tierra sin pueblo para un pueblo sin tierra». Obviamente, Palestina no es una tierra sin pueblo. De modo que hubo que inventarse que esas personas eran beduinos que, en realidad, no pertenecían a ese lugar, que eran nómadas. No debía entonces ser demasiado difícil convencerlos de que se marcharan; y, si no se dejaban convencer fácilmente, trasladarlos a los países árabes vecinos. Ello conllevaba deportaciones y limpieza étnica.

Para crear ese nuevo país, se necesitaba un pueblo capaz de cultivar la tierra -de ser campesino-, para hacer florecer el desierto y transformar el territorio en uno próspero, y, al mismo tiempo, capaz de combatir. En resumen, se necesitaba un pueblo de campesinos-soldados. Ahí radica el problema: los judíos europeos eran muchas cosas -intelectuales, pequeños comerciantes, artesanos, banqueros-, pero desde luego que no eran campesinos ni soldados.

Así que, para llevar a cabo el proyecto sionista, había que reinventar literalmente al pueblo judío y ajustarlo al ideal de una población colonizadora. El israelí constituye un tipo muy específico de colonialismo de asentamiento, que algunos autores suelen calificar como «colonialismo de pioneros». A diferencia de otro tipo de colonos, el pionero no tiene una metrópoli a la que volver. El objetivo era crear un país nuevo. A veces este tipo de colonialismo es animado por una especie de idealismo según el cual los pioneros van a construir una tierra mejor que la que existía -como en los Estados Unidos que se expanden hacia el Oeste con Thomas Jefferson o, hasta cierto punto, en Australia-, lo cual significa, claro está, que la población indígena que allí habita debe ser desplazada. Eso vale para todos los pioneros. Pero los pioneros judíos tenían la dificultad añadida de poseer una idiosincrasia no apta para semejante tarea.

Hacía falta, por tanto, una verdadera labor de ingeniería social. De ahí la irritación, la rabia, de los padres fundadores del sionismo, ante lo cual respondieron con un proyecto de reeducación. Y de ahí también lo que constituye una aversión muy intensa hacia lo que los judíos sí eran: una nación cosmopolita y «sin raíces», con cierta tendencia a convertirse, como dirían los antisemitas, en un pueblo sin relación alguna con la tierra, experto únicamente en el manejo de abstracciones, ya fueran el dinero o las palabras.

Según la mirada sionista, los judíos tendían a ser o bien banqueros y usureros, o bien comunistas y manipuladores intelectuales. En realidad, los sionistas comparten con los movimientos nacionalistas europeos de la época -a finales del siglo XIX y comienzos del XX- una misma comprensión de la condición judía. Estos movimientos, profundamente antisemitas, tenían la impresión de que el mero hecho de convivir con gente desarraigada tendía a corroer las propias raíces. Tener judíos en el seno de la propia sociedad es una condición contagiosa: si los dejas vivir entre los tuyos, empiezas a volverte como ellos, a cuestionar tu propia identidad. Por eso había que confinarlos, en el mejor de los casos, en guetos donde no molestaran a nadie o, a ser posible, expulsarlos e incluso exterminarlos. La única diferencia entre sionistas y antisemitas es que, para estos últimos, el problema de los judíos era racial -ese cosmopolitismo lo llevaban en la sangre-, mientras que para los primeros era una cuestión de condición, un hecho contingente y reformable. Si se les permite asentarse y tener un país, serán tan buenos nacionalistas como aquellos que los odian en Europa. 

En un pasaje de sus diarios, Herzl escribe que los antisemitas serán los más fiables aliados del proyecto sionista. ¿Por qué?

Por dos razones. La primera es obvia: ellos quieren deshacerse de nosotros [los judíos] y nosotros queremos marcharnos -los dos proyectos entonces van de la mano-, así que nos ayudarán a partir. La otra razón por la que los antisemitas se convertirían en nuestros mejores amigos, decía Herzl, es que se darán cuenta, una vez que nos hayamos asentado en Palestina, nos hayamos convertido en un país y nos hayamos transformado en los campesinos-soldados que no somos, de que en realidad somos exactamente como ellos: que nuestras ambiciones nacionalistas, nuestro deseo de echar raíces y nuestro anhelo de identidades etnonacionales fuertes son tan intensos como los suyos. En cuanto comprueben que en Palestina nos comportamos exactamente igual que ellos -sobre todo, en la manera en que vamos a deshacernos de la población local-, verán que somos sus mejores aliados y amigos. Y por eso -y esto no lo escribe en su diario, sino en el panfleto fundacional del sionismo moderno, El Estado judío-, una vez que estemos allí, los europeos descubrirán que somos los centinelas de la civilización europea contra los bárbaros en Oriente Medio.

En el subtítulo de su libro, usted habla de un pacto recíproco de blanqueamiento...

Es evidente que, a pesar de que tardó en hacerse realidad, el proyecto sionista fructificó. Los países occidentales pasaron a considerar a Israel uno de los suyos, e Israel se convirtió en el ferviente aliado de quienes antaño hacían gala de su antisemitismo. Cuando hablo de un «pacto de blanqueamiento mutuo» -blanchiment en francés–; al igual que en español, el término tiene un doble sentido, a la vez racial y moral. Por un lado, significa volverse blanco en términos raciales, como cuando ciertas minorías se vuelven blancas y son aceptadas como parte de la mayoría blanca (los italianos o irlandeses en Estados Unidos, por ejemplo). Pero blanchiment también significa «blanqueo», como cuando se blanquea dinero. El pacto del que hablo es, por tanto, un pacto de blanqueamiento mutuo, en ambos sentidos. Desde la guerra de 1967, y aún más desde el final de la Guerra Fría, a los judíos se les ha ofrecido el reconocimiento como blancos de pleno derecho, incluso como blancos ejemplares, algo inédito en la historia de los judíos en el mundo occidental. 

Ese reconocimiento se les ofrece por dos razones. Son blancos ejemplares, en primer lugar, porque el resto de la cultura blanca se siente culpable y en deuda con los judíos a causa del antisemitismo que culminó en el Holocausto. Existe una deuda con los judíos que las sociedades occidentales quieren saldar, y convertirlos en blancos es una manera de empezar a pagarla. Pero también son blancos ejemplares en el sentido de que parecen ser el objetivo principal de los portadores de lo que se ha dado en llamar el «nuevo antisemitismo», supuestamente encarnado en minorías racializadas del Norte o pueblos racializados del Sur, cuya animadversión hacia Israel los convierte en portadores del renovado germen antisemita. Esa gente, que odiaría a Occidente en su conjunto, lo hace aún más con los judíos; los judíos se habrían vuelto, por tanto, blancos por excelencia, en la medida en que son los más odiados de entre los blancos.

A cambio, se les pide que digan que las sociedades blancas del Norte global se han curado por fin del mal del antisemitismo que fue su plaga durante tanto tiempo; que los judíos se sienten ya plenamente protegidos en las sociedades blancas occidentales. Los blancos, si no han saldado su deuda por la Shoá -esa deuda es impagable-, al menos se han limpiado en buena medida del antisemitismo que antes los asolaba. Este pacto ha resultado bastante atractivo para muchos judíos. Al fin y al cabo, ¿por qué no? Es, sin duda, un ascenso respecto de la situación anterior.

Pero esto implica, sobre todo, una nueva comprensión del antisemitismo. Se reconoce que las viejas manifestaciones antisemitas siguen existiendo -las acusaciones de que los judíos controlan las finanzas, de que controlan los medios de comunicación, de que se infiltran en el Estado, de que conspiran a través de las fronteras para dominar el mundo-, pero se trata como folclore, como algo residual. El verdadero antisemitismo de hoy tendría una sola dimensión: el odio a Israel, el antisionismo. Esa es la parte del trato que los judíos han de aceptar y repetir machaconamente.

La problemática real, y esto lo repite en su libro, es que el antisemitismo más latente se ubica en el margen derecho del espectro ideológico.

Claro. Si uno se fija en estadísticas oficiales de las sociedades occidentales -en Francia las monitoriza la Comisión Nacional Consultiva de Derechos Humanos, y existen instituciones similares en España, en Alemania y en otros países-, es fácil darse cuenta de que el principal reservorio de sentimientos antisemitas no está en las minorías ni en la izquierda, sino en la extrema derecha. Lo que significa que, si eres un «buen judío» dispuesto a cumplir el pacto, tienes que dedicar mucho tiempo a explicar que esas manifestaciones de antisemitismo no son más que folclore, malentendidos, algo residual. Y eso conduce a situaciones bastante curiosas. Un ejemplo que cito en mi libro: el actual ministro de Justicia francés, Gérald Darmanin, que hace unos años fue ministro del Interior, publicó en aquella época un libro contra el separatismo islamista. En un pasaje hay un par de frases en las que elogia a Napoleón por haber actuado con mano dura contra los usureros judíos y haber salvado a Francia de sus terribles fechorías. Antisemitismo clásico de manual. Algunos se preguntaron si no era escandaloso que un miembro del gobierno escribiera algo así; pero la primera organización que salió en su defensa fue la Liga contra el Racismo y el Antisemitismo (LICRA), el equivalente francés de la Liga Antidifamación estadounidense (ADL, por sus siglas en inglés). Era un malentendido, explicó la LICRA; no había nada antisemita en ello; simplemente elogiaba al emperador por proteger a los judíos del resentimiento popular: legislar contra la usura era, en el fondo, una forma de resguardarlos de los pogromos que el odio del buen pueblo francés hacia los usureros podría haber desatado. Eso ya resulta bastante escandaloso. Pero algo incluso peor ocurrió en Estados Unidos pocas semanas después de la reelección de Donald Trump, en aquella celebración en que Elon Musk tomó la palabra y remató su discurso con su tristemente célebre saludo nazi. Algo problemático, claro, salvo por el hecho de que la primera organización que salió en su defensa fue la propia ADL: no había nada de nazi en el gesto, simplemente quería decir «mi corazón está con ustedes».

Entonces, si el antisionismo es lo mismo que el antisemitismo, hay que ser un partidario leal y ferviente de Israel: de un país que está cometiendo un genocidio, que lleva décadas practicando el apartheid y que alberga un proyecto de limpieza étnica definitiva de toda la antigua Palestina bajo el mandato británico. Para quien defienda cualquier tipo de valores liberal-democráticos, ser partidario de un Estado que hace todo esto resulta bastante costoso: hay que contribuir a blanquear las expresiones de antisemitismo que aún persisten en la sociedad y que se dan sobre todo entre los partidarios más fervientes de Israel, es decir, en gran parte de la extrema derecha. Las mismas personas que odian a los judíos pueden amar a Israel. Uno de los argumentos centrales de mi libro es que no se trata de ninguna paradoja, y una de las razones es, precisamente, que existe una dimensión antisemita fundamental en el sionismo.

Hoy resulta casi de sentido común señalar que Israel es una especie de laboratorio del orden iliberal, el anticipo de una distopía reaccionaria. Israel siempre ha sido un proyecto de colonialismo de asentamiento, con esa dimensión pionera que ha señalado. Pero pareciera que algo ha cambiado en los últimos años, algo que va más allá de la destrucción de Gaza. ¿Dónde ciframos el punto de inflexión? ¿La Guerra de los Seis Días? ¿La primera victoria electoral del Likud en 1977? ¿La Ley Básica de 2018 que codifica la condición etnorreligiosa del país al declarar a Israel como Estado-nación del pueblo judío?

Hay que dar un paso atrás. Especialmente a partir de 1967, Israel se convierte en un aliado principal de Estados Unidos, algo que antes no era, o lo era de manera más ambigua: en 1956, por ejemplo, fueron los estadounidenses quienes pusieron fin a la guerra de Suez, al proyecto de invasión del canal por parte de franceses, británicos e israelíes. Pero desde la Guerra de los Seis Días Israel se convierte en un aliado crucial de Estados Unidos y se presenta como el paradigma de la democracia liberal. Desde 1967 es un país que ocupa ilegalmente Cisjordania, Gaza y parte de los Altos del Golán, que no concede derecho alguno a quienes viven allí y que no tiene la menor intención de devolver la tierra de la que se ha apropiado. A esto hay que añadir que, aunque 20% de los ciudadanos de Israel son palestinos, se trata claramente de ciudadanos de segunda que no gozan de los mismos derechos que la población judía. Y, sin embargo, tanto los israelíes como los judíos de la diáspora que apoyan a Israel y los gobiernos occidentales lo presentan como la «única democracia liberal de la región». La máxima expresión de esto fue Ehud Barak, primer ministro de Israel a comienzos de los años 2000, que definió al país como «un chalet en medio de la jungla».

Este paradigma de la sociedad liberal atraviesa distintas fases. Entre 1967 y 1987, el inicio de la primera intifada, los israelíes, especialmente bajo la dirección de Moshé Dayán, ministro de Defensa durante la guerra de 1967, desarrollan un proyecto que consiste en presentar a Israel más o menos así: sí, somos ocupantes; sí, somos de facto una especie de Estado colonial; pero somos el Estado colonial más benévolo del mundo, y nuestro objetivo es garantizar que los palestinos -los «árabes»- que viven en los territorios ocupados disfruten de mejores condiciones sociales y económicas que sus vecinos. El sionismo se convierte así, durante 20 años, en una especie de proyecto liberal-imperialista, con su mission civilisatrice incluida: haremos que los palestinos vivan algo mejor y, con el tiempo, cuando estén lo bastante agradecidos por la mejora de su situación y ya no alberguen ambiciones políticas, quizá les concedamos algunos derechos civiles o políticos.

Luego llega la primera intifada, que demuestra con claridad que los palestinos no van a renunciar a sus reivindicaciones políticas. Y llega entonces una segunda fase, la de los Acuerdos de Oslo. La lógica es la siguiente: este «apartheid con rostro humano» no va a funcionar, así que vamos a fingir que estamos a favor de una solución de dos Estados, que estamos dispuestos a compartir la tierra con los palestinos. Se trata, por supuesto, de un reparto profundamente injusto y desigual: el territorio se distribuye de manera muy desequilibrada; Israel está plenamente militarizado mientras que Palestina deberá desmilitarizarse; Israel controla la electricidad, el agua y los recursos, y puede cortarlos cuando quiera. El proyecto era inviable desde el principio. Pero existía ese espejismo de que se avanzaba hacia la paz. Coincidía, además, con el final de la Guerra Fría: había un camino trazado, lento pero inexorable, que conducía hacia el fin de la historia, hacia un mundo plenamente liberal y democrático que encuentra en Israel un valeroso ejemplo.

Los israelíes se aferran a ese espejismo hasta que Isaac Rabin, primer ministro del Partido Laborista, es asesinado por un extremista judío y Benjamin Netanyahu llega al poder por primera vez en 1996. A partir de ese momento queda bastante claro -y Netanyahu lo tiene clarísimo desde el principio- que Israel nunca implementará los Acuerdos de Oslo. Todavía no rechaza públicamente la solución de dos Estados, pero es evidente que pronto lo hará. Se produce así un retorno al proyecto sionista original, en su variante dura y «revisionista» -heredera de Jabotinsky-: establecer la soberanía judía «desde el río hasta el mar», con el menor número posible de palestinos en ese territorio. Es un imaginario de expansión, control y limpieza étnica con cada vez mayor aprobación entre la población judía israelí. Pero aún no puede decirse en voz alta, porque la principal línea de defensa de Israel por parte de Occidente es que Israel es una democracia liberal que solo quiere la paz: si tuviera buenos socios para la paz, la solución pacífica de dos Estados sería una realidad. 

Esto cambia, así lo afirma, con la vuelta de Netanyahu al poder en 2009.

Efectivamente: es ahí cuando sus verdaderas intenciones comienzan a expresarse en voz alta. Se produce un punto de inflexión importante en 2011, cuando Netanyahu realiza una visita oficial a Washington, con Barack Obama de presidente. Justo antes de ese viaje, Obama había declarado que los asentamientos ilegales de colonos en Cisjordania tenían que cesar; que era necesaria una solución de dos Estados con la Línea Verde como línea divisoria, con las fronteras anteriores a la guerra de 1967. Obama dijo incluso que habría que adoptar alguna medida para los refugiados palestinos que fueron expulsados en 1948. 

Sin embargo, cuando Netanyahu llega a Washington, le dice a Obama en la cara que la solución de dos Estados conlleva demasiados problemas de seguridad; que los refugiados no son un problema de Israel, que los acojan los demás Estados árabes. Netanyahu le espeta asimismo que la colonización va a continuar porque «esta es nuestra tierra prometida». Obama apenas reacciona, y Estados Unidos continúa con su apoyo a Israel. Pero ahí crece la disonancia entre la manera en que los estadounidenses y los países occidentales en general apoyan a Israel -como esa democracia liberal que desea la paz en la región y una solución de dos Estados- y la manera en que el gobierno israelí, y buena parte de la sociedad israelí, se presenta a sí mismo. Como decía, esto quedó formalizado e institucionalizado con la Ley Básica de 2018, que establece que solo el pueblo judío es soberano en el Estado de Israel y que los palestinos con nacionalidad israelí poseen una ciudadanía de segunda.

Aunque Estados Unidos nunca se planta ni amenaza con retirar la ayuda militar o financiera, es evidente que la irritación iniciada con Obama va en aumento. Por eso, cuando Trump llega al poder por primera vez -y más aún tras su reelección-, se produce un enorme alivio en Israel, tanto en Netanyahu como en el conjunto de la sociedad. No solo tenemos un amigo en la Casa Blanca -amigos en la Casa Blanca hemos tenido siempre-, sino que ya no tenemos que fingir que somos una democracia liberal. Trump busca destruir la democracia liberal en Estados Unidos, así que ¿por qué iba a importarle lo que ocurra en Israel en este terreno? Estamos, en el fondo, en la misma sintonía. Al fin y al cabo, ¿qué es America First? ¿Qué es «Make America Great Again», sobre todo en el segundo mandato de Trump? Es expandirse: al canal de Panamá, a Groenlandia, quizá a Canadá, quién sabe, o a Cuba. Es depurar la población: devolverle la grandeza a Estados Unidos significa la fantasía de devolverle la blanquitud, asegurarse de que todos los «parásitos extranjeros» sean expulsados. Y es controlar lo que Marco Rubio y el Departamento de Estado llaman «nuestro hemisferio», la región que rodea a Estados Unidos. Es una visión de Carl Schmitt -una visión schmittiana del Großraum-: la de una zona de influencia estadounidense en la que el país dominante tiene derecho a prosperar mediante la expansión y la depuración. En el fondo, un proyecto muy distinto del imperialismo liberal de los Estados Unidos de la posguerra, que consistía en hacer el mundo más americano proyectando poder duro, pero también poder blando, el Estado de derecho, los valores democráticos, etc. Había en ello muchísima hipocresía, por supuesto, pero era un imaginario radicalmente diferente del del gobierno de Trump -y, en buena medida, del de Netanyahu-. 

El desarrollo lógico -y en cierta medida inevitable- de estas dinámicas culmina en la otra paradoja que marca Redevenir juif: lo que asemeja a MAGA y el nuevo sionismo revisionista es a su vez lo que acerca la disolución del vínculo histórico entre Estados Unidos e Israel. 

¿Qué implica ser coherente con la ideología de «America First»? Lo esbozó Marco Rubio en su primer discurso tras ser nombrado secretario de Estado: vivimos en un mundo multipolar, dividido en regiones, cada una comandada por un país dominante; y entre esos países dominantes debe haber relaciones de complicidad y rivalidad, de tensión pero también de respeto mutuo, de modo que se genere una especie de mundo homeostático; en esencia, capos de la mafia que respetan hasta cierto punto los territorios ajenos. Ahora bien, si esa es la visión de «America First», ¿por qué Estados Unidos -un país blanco y cristiano llamado a dominar el hemisferio que va del Pacífico al Atlántico- gasta tanto dinero, tiempo y energías en Israel, un país que no está en su hemisferio y cuya población ni siquiera cree que Jesús sea su salvador? Algo no cuadra. Ahí es donde aparece esa ala cada vez más numerosa del movimiento MAGA -Tucker Carlson, Candace Owens, Nick Fuentes- que se pregunta por qué Israel sigue siendo un aliado privilegiado cuando no trae más que complicaciones. 

El discurso es sencillo de articular: mira el lío en que estamos metidos ahora con Irán, con el Líbano; todo porque Netanyahu convenció a Trump de bombardear para nada. ¿Cuál es el problema, entonces? Para este sector de la derecha estadounidense la respuesta es clara: los judíos. Equiparan israelíes a judíos y piensan, por tanto, que si los israelíes han conseguido que Estados Unidos les haga el trabajo es gracias al complot judío para dominar el mundo. Igual que ocurrió en su día con los banqueros Rothschild, ahora, a través de Israel, los judíos dominarían Estados Unidos y dictarían los términos de su política doméstica e internacional. Hay, pues, un ala creciente de MAGA que resulta ser antisionista porque es antisemita. 

¿Por qué iba un pequeño país de Oriente Medio a descarriar a los poderosos Estados Unidos, si no fuera por una camarilla judía que se ha infiltrado en el Estado? Ese es el punto de inflexión en el que nos encontramos. Y como el discurso que proponen es mucho más coherente en su propia lógica que el de los neoconservadores proisraelíes, mi apuesta es que el futuro de la derecha les pertenece. J.D. Vance -el más MAGA de los MAGA, al menos dentro del gobierno- lo ha repetido en sus últimos discursos, en los que advierte a Israel que más le vale no salirse de la fila y dejar de criticar a Trump. No es más que el comienzo de un mensaje que viene a decir: se han extralimitado; tienen demasiado poder; y su poder no sirve a los intereses de Estados Unidos. Es el inicio de un giro de vastas consecuencias.

De ahí, también, su propuesta de que los judíos abracen -de nuevo- su condición diaspórica.

Mi mensaje para los judíos de la diáspora es doble. En primer lugar, que si tienen algún tipo de valores, ni siquiera socialistas o antiimperialistas, simplemente liberal-democráticos, es obvio que no pueden apoyar a un Estado genocida. Pero, en segundo lugar, incluso si se decide mantener su apoyo por puro interés propio, porque ese apoyo garantiza la blanquitud, la apuesta sigue siendo equivocada: en la derecha está creciendo un ala antisionista y antisemita, y la coherencia discursiva y los hechos juegan a su favor. Probablemente sea hora de cambiar de bando y adoptar como propios aquellos valores cosmopolitas, vanguardistas y aperturistas que hicieron rabiar a los antisemitas de los siglos XIX y XX, y hacerlo deprisa, porque, aun renunciando a toda forma de conciencia política o moral, el pacto de blanqueamiento mutuo no va a seguir siendo rentable durante mucho más tiempo.

Retomando este argumento, podemos ver en Estados Unidos un fenómeno novedoso, que es el alejamiento de muchos jóvenes judíos de las organizaciones oficiales pro-Israel y un creciente apoyo a la causa palestina –algo que se ve también en el apoyo a candidatos demócratas progresistas–. Incluso hay una cierta recuperación del Bund1. ¿Qué nos puede decir de este fenómeno?

Los votantes demócratas en general, y entre ellos los judíos estadounidenses, tanto jóvenes como no tan jóvenes, manifiestan una actitud cada vez más crítica no solo hacia el gobierno israelí y sus políticas, sino también hacia la propia configuración del Estado de Israel. Para quienes rechazan el etnonacionalismo y toda forma de discriminación basada en la raza o la religión, resulta difícil aceptar que Israel pueda reservar el derecho a la autodeterminación solo para su población judía y, al mismo tiempo, seguir considerándose una democracia. Esta conclusión se ve reforzada por el hecho de que los propios dirigentes israelíes, así como una parte importante de la ciudadanía judía israelí, ya no parecen esforzarse demasiado por presentar a su país como una democracia, ni siquiera en el sentido de una democracia «iliberal».

En este contexto, el reciente interés por el Bund entre los judíos estadounidenses de izquierda merece una atención particular. Por un lado, la historia, tan admirable como trágica, de este movimiento socialista democrático resulta inspiradora por sí misma y recuerda que, durante la primera mitad del siglo XX, los sionistas no fueron los únicos judíos que se enfrentaron al antisemitismo por sus propios medios, en lugar de confiar su seguridad a la protección de los Estados liberales occidentales o a su adhesión a los partidos comunistas.

Por otro lado, la llamada Zona de Asentamiento, donde el Bund arraigó, era un espacio muy particular: una región empobrecida situada en la parte occidental del Imperio zarista, en la que millones de judíos estaban obligados a residir y donde constituían una población discriminada y ampliamente despreciada, junto con otras comunidades sometidas a procesos de racialización. En otras palabras, los judíos que fundaron el Bund se organizaron como una minoría segregada y explotada y reivindicaron una federación socialista en la que todas las comunidades pudieran convivir en condiciones de igualdad y desarrollar su propia identidad.

El imaginario bundista se presta, por tanto, especialmente bien a la incorporación de los judíos -no sionistas y antisionistas- a la coalición multicultural que imaginan los socialistas democráticos estadounidenses contemporáneos. Lo que ese imaginario no contempla, sin embargo, es la condición diaspórica y la conciencia de una población judía mayoritariamente urbana cuya politización se orientó menos hacia el cultivo de identidades que hacia la crítica de todas las formas de identidad, o, cuando menos, hacia una actitud irónica y humorística frente a las afirmaciones de carácter identitario.

  • 1. El Bund (Unión General de Trabajadores Judíos de Lituania, Polonia y Rusia) fue un partido socialista judío fundado en Vilna en 1897, en el seno del Imperio zarista. Promovía una identidad judía secular basada en el idioma yiddish y en la autonomía cultural dentro de una federación socialista multinacional, en oposición tanto a la asimilación como al proyecto sionista, que consideraba utópico y ajeno a las condiciones reales de las masas judías de Europa del Este. Tuvo un rol destacado en el movimiento obrero ruso y polaco hasta su práctica desaparición tras el Holocausto y la persecución soviética [N. del E.].

 

 

[Fuente: www.nuso.org]