quinta-feira, 21 de maio de 2026

Tournée d’Emmanuel Macron en Afrique : « Les langues les plus parlées sur les rivières du fleuve Congo sont les langues bantoues, et pas le français », selon Loup Viallet

Ce mercredi s’est achevée en Éthiopie la tournée de 5 jours d’Emmanuel Macron sur le continent africain. Une tournée notamment marquée par la tenue au Kenya les 11 et 12 mai du Sommet Africa Forward et l’annonce par Emmanuel Macron d’investissements à hauteur de 23 milliards d’euros. 

Propos recueillis par Julian Herrero

Pour le géopolitologue Loup Viallet, auteur de La fin du franc CFA et Après la paix : défis français, publiés chez VA Éditions en 2021, la conception purement économique d’Emmanuel Macron des relations entre la France et l’Afrique est une impasse mortifère.

Epoch Times – « C’est un continent que je ne veux plus que la France regarde d’un côté comme étant un pré carré où les dirigeants d’entreprises auraient en quelque sorte tous les droits ou tous les contrats qui leur seraient garantis parce que c’était l’Afrique francophone », a déclaré Emmanuel Macron à Nairobi à propos de l’Afrique. Qu’est-ce que cette déclaration dit de sa conception des relations entre la France et le continent africain ?

Loup Viallet – La grande erreur d’Emmanuel Macron aura été de reprendre les refrains de ses prédécesseurs consistant à dire que le temps de la Françafrique est révolu, alors qu’il l’est depuis bien longtemps, et à promouvoir une vision essentiellement économique des relations entre Paris et l’Afrique en niant sciemment les menaces existentielles que représente la déliquescence de ce continent pour nous.

Cette conception purement économique peut être interprétée de deux manières.

Soit Emmanuel Macron est aveugle aux enjeux du continent africain et ne comprend pas que l’Afrique n’a jamais été aussi fragile et est devenue l’épicentre d’un chaos sécuritaire et migratoire aux conséquences désastreuses pour l’Europe ; soit il agit consciemment. Dans les deux cas, il agit comme un dirigeant postnational insensible aux périls identitaires que provoque l’immigration massive africaine en Europe.

Quel bilan faites-vous de la politique africaine d’Emmanuel Macron ?

Un bilan peu reluisant … Sous sa présidence, la France est sortie humiliée de cinq pays d’Afrique francophone. Le coup d’État survenu au Niger en juillet 2023 est probablement l’exemple le plus marquant de la politique africaine du chef de l’État. À l’époque, la France a abandonné l’un de ses fidèles alliés, le président Bazoum, manquant ainsi à sa parole. Aujourd’hui la France soutient encore la monnaie de pays qui l’ont humiliée, le Mali, le Burkina, le Niger, la Centrafrique et… les Comores (à qui la France vient d’octroyer une aide budgétaire de 1,5 million d’euros pour financer notamment son assurance maladie généralisée… alors que ce pays revendique la souveraineté sur Mayotte et refuse le rapatriement de ses ressortissants arrivés illégalement sur l’île).

Mais ce qui est particulièrement frappant, c’est que même sur les questions économiques, sur lesquelles il a pourtant parié pour rebâtir des relations entre la France et l’Afrique, Emmanuel Macron est dans l’erreur. Les PIB de l’ensemble des pays africains conjugués sont égaux à celui de la France. Chercher, comme le fait le chef de l’État, à établir un rapport d’égal à égal avec le continent africain relève d’une absurdité totale.

Au fond, l’erreur des présidents français de ces trente dernières années n’a-t-elle pas été de croire que les flatteries permettraient à la France, ex-puissance coloniale, de se faire bien voir en Afrique ?

Je pense que toutes ces flatteries sont insincères. Je vois surtout à travers les propos visant à nous repentir une volonté de prendre les Africains pour des idiots et de leur promettre tout et n’importe quoi.

J’ai entendu à plusieurs reprises le Quai d’Orsay et l’Élysée affirmer qu’ils feraient tout pour qu’un État africain obtienne un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. J’ai également entendu que la croissance économique du continent africain était exponentielle.

Évidemment, cela n’a pas de sens. Un pays africain ne va pas rejoindre de sitôt le Conseil de sécurité. La France ne peut évidemment pas coopter de membre supplémentaire.

Par ailleurs, la croissance africaine est en trompe-l’œil. S’il est vrai que beaucoup d’États du continent ont des croissances à deux chiffres, ces dernières reposent sur des fondamentaux extrêmement pauvres à l’instar de l’exportation de café, de cacao, de bananes et autres matières premières (métaux, hydrocarbures).

Ce sont en réalité des croissances appauvrissantes qui nourrissent les castes au pouvoir mais affament leurs peuples. Elles viennent déconstruire un mythe auquel ont longtemps cru des économistes et auquel continuent de croire nos dirigeants : celui d’une Afrique appelée à devenir le moteur de la croissance mondiale.

Devant l’échec de l’afroptimisme, les dirigeants européens postnationaux comme Macron considèrent les Africains comme de la chair à consommation. Ne pas lutter contre l’immigration massive africaine, c’est intégrer à la fois de nouveaux travailleurs à bas coût sur le marché du travail (au noir) et surtout de nouveaux consommateurs pour un modèle économique qui ne se satisfait pas d’individus qui épargnent trop.

Le chef de l’État a annoncé au sommet Africa Forward 23 milliards d’euros d’investissements incluant 14 milliards d’investissements français et 9 milliards d’investissements africains. Cette diplomatie de l’investissement peut-elle aider à renouveler les relations entre la France et l’Afrique ?

 Ce n’est que de la poudre aux yeux. Ces investissements ne serviront qu’à doper moyennement la croissance de grands groupes français et à concurrencer les entreprises anglo-saxonnes déjà présentes en Afrique de l’Est. Le peuple français n’est en rien gagnant dans cette équation.

Nous sommes en plein dans une entreprise de communication qui ne fait que déplacer un face-à-face entre l’Afrique et l’Europe provoqué par le désordre sécuritaire et migratoire en Afrique. En quelques années le Sahel est devenu l’épicentre du djihadisme, du trafic de drogue, du trafic d’être humains et d’une émigration incontrôlée qui menace la stabilité de l’Afrique de l’Ouest côtière, des États d’Afrique du Nord et de notre frontière sud. Nous payons déjà l’addition de cette catastrophe.

Cette tournée d’Emmanuel Macron s’est essentiellement déroulée en Afrique anglophone et non francophone. Est-ce la preuve qu’il est très difficile pour la France d’entretenir des relations normales avec l’Afrique francophone ?

Nous ne pouvons pas reprendre des relations normales avec nos anciennes colonies qui demeurent malheureusement très faibles, tant sur le plan politique qu’économique.

Aujourd’hui, la plupart des pays du Sahel sont des États faillis. Le Mali, par exemple, est-il encore un État aujourd’hui ? Je crois que non.

L’erreur de ceux qui nous dirigent est de projeter le logiciel européen sur l’Afrique. On ne peut pas « normaliser » des relations avec le Ghana, le Mali ou le Niger comme nous l’avons fait autrefois avec nos voisins britanniques ou allemands.

Ce qu’il nous faut, c’est établir des relations franches et exigeantes avec ces nations africaines, voire entamer un bras de fer et in fine, faire en sorte que les populations ne cherchent plus à émigrer en Europe, et que les États en question reprennent leurs ressortissants entrés illégalement sur notre territoire. Que les États qui bénéficient du franc CFA, soutenu par la France, rendent des comptes sur la gestion de cette monnaie, qui leur permet une stabilité financière unique sur le continent…

Le président de la République a également surpris en déclarant que « l’épicentre de la langue française est sur le bassin du fleuve Congo » …

C’est un propos mensonger. Les langues les plus parlées sur les rivières du fleuve Congo sont les langues bantoues, et pas le français.

Le Français n’est qu’une langue qui permet à des ethnies différentes de communiquer entre elles. C’est une langue commune, une langue administrative. Mais ce n’est pas la première langue des Africains.

Le cœur battant de notre langue est à Paris, en Normandie, sur les rives de la Loire, mais aussi en Belgique, en Suisse et au Québec. C’est notre langue maternelle, celle de nos ancêtres, de notre imaginaire, de nos arts.

Prétendre le contraire revient à trahir notre identité nationale, notre mémoire et, au fond, à trahir l’identité même des peuples africains.

Mais derrière cette déclaration, Emmanuel Macron rejoue surtout la musique de la Francophonie à laquelle il nous a habitués. Pour ma part je pense que nous devrions démanteler l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui n’est rien d’autre qu’un faux-nez néocolonial et qui aujourd’hui, n’a plus lieu d’être. Ironie suprême, la cheffe actuelle de l’OIF est une ancienne femme politique rwandaise, dont la langue maternelle est le kinyarwanda (une langue bantoue) et la langue secondaire l’anglais.

 

[Photo : Loup Viallet - source : www.epochtimes.fr]

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