Mostrar mensagens com a etiqueta Michel Houellebecq. Mostrar todas as mensagens
Mostrar mensagens com a etiqueta Michel Houellebecq. Mostrar todas as mensagens

quarta-feira, 22 de abril de 2026

Nathalie Baye : disparition d’une des actrices les plus attachantes du cinéma français

L’actrice est décédée le 17 avril 2026 à l’âge de 77 ans. Retour sur une carrière marquée par de grands films, de grandes rencontres (Jean-Luc Godard, François Truffaut, Maurice Pialat, Claude Chabrol, Noémie Lvovsky, Tonie Marshall…) et une façon très au point de conjuguer cinéma d’auteur et comédies populaires. 

Nathalie Baye dans « Juste la fin du monde», de Xavier Dolan

Écrit par Jean-Marc Lalanne 

Contrairement à d’autres actrices-phares de sa génération – Isabelle Adjani, Isabelle Huppert, Miou-Miou… –, et bien qu’elle était l’aînée d’entre elles (née en 1948), Nathalie Baye ne devint pas une star à 20 ans, mais plutôt dans la première moitié de sa trentaine. Son ascension fut lente, marquée par un passage progressif des seconds rôles aux premiers. 

C’était en accord avec sa nature, très douce en apparence (mais certains cinéastes, plutôt sur le tard, ont su creuser son potentiel volcanique), une forme de discrétion qui la caractérisait, d’extrême pondération dans son jeu csuperomme dans son rapport à la notoriété. D’ailleurs, lorsqu’elle devint dans les années 1980 surexposée médiatiquement en tant que compagne de Johnny Hallyday, elle sut jouer le jeu de la presse people sans rien perdre d’une forme de réserve et de fermeté dans la protection de sa vie privée. 

Des débuts downtempo    

Très tôt pourtant, elle ambitionne une carrière d’actrice. Ses parents sont tous les deux artistes peintres. Parallèlement à une pratique intensive de la danse depuis l’enfance, elle s’inscrit aux Cours Simon puis est reçue au Conservatoire national d’art dramatique. À peine diplômée du Conservatoire, le cinéma lui offre un second rôle, précisément aux côtés d’Isabelle Huppert et d’Isabelle Adjani, dans Faustine et le bel été, une chronique éthérée de vacances entres filles dans une maison de campagne signée par Nina Companeez. Le film, bien oublié, est même devenu très difficile à trouver, alors que son casting de jeunes stars pas encore écloses en fait une curiosité. 

 

Un an plus tard, c’est François Truffaut qui lui donne sa première véritable chance en lui attribuant le rôle de la scripte (inspiré de Suzanne Schiffman dans la chronique de toutes les vicissitudes et les joies d’un tournage de cinéma, La Nuit américaine de 1973). Dans une scène très drôle, elle y révèle déjà sa double nature, sage en apparence, très libre en réalité. Bernard Ménez lui fait des avances maladroites. Elle le désarçonne d’un coup en lui disant que c’est OK pour baiser là, tout de suite s’il le veut, mais sans perdre une seconde, car il y a beaucoup de taf ensuite. Elle consent de façon si abrupte, qu’elle prend de vitesse toutes les stratégies de drague de son partenaire et sans rien perdre de sa coolitude prend le lead de la relation.   

Quatre ans après ce beau second rôle, Truffaut l’inclut dans la galaxie féminine dans laquelle se meut l’obsessif Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes (1977). Et lui propose enfin le premier rôle de son film le plus secret et sombre, La Chambre verte (1978), où elle accompagne un homme veuf, interprété de façon fébrile par Truffaut lui-même, dans son culte morbide des proches disparus. Le film, pourtant d’une grande intensité, est un désastre commercial. Tout comme La Gueule ouverte (1974) de Maurice Pialat, film qui embrasse avec tout autant de violence que La Chambre verte l’épreuve humaine de la mort. Elle y accompagne Philippe Léotard (son mec dans la fiction, mais aussi à cette époque dans la vie) dans l’agonie de sa mère. Entre de beaux rôles dans de grands films d’auteur qui ne marchent pas, et quelques seconds rôles dans de grands succès populaires (dans La Gifle de Claude Pinoteau, elle est la copine de fac de l’étudiante en médecine Isabelle Adjani), elle parvient dans les années 1970 à s’imposer progressivement dans le paysage du cinéma français sans y occuper encore une place centrale. Ce sera chose faite avec les années 1980. 

Les années superstar  

Elle amorce la décennie sur les chapeaux de roue avec deux succès d’auteur : Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier, une chronique de la vie d’enseignante, où elle consolide son image de jeune femme sage, sensible, un peu bon chic bon genre, et surtout Sauve qui peut (la vie), retour tonitruant de Jean-Luc Godard au cinéma “classique” après dix ans de films militants et d’expérimentations vidéos. 

           

Dans cette exploration extralucide des ravages du libéralisme sur les désirs et les affects (le film anticipe presque l’œuvre littéraire de Michel Houellebecq), elle incarne l’ex-compagne de Jacques Dutronc aux côtés d’Isabelle Huppert dans le rôle d’une prostituée avec qui elle va se lier d’affection. Les scènes où elle traverse des paysages de Suisse romande à vélo, tandis qu’un travail précurseur sur les possibilités nouvelles de la vidéo décompose chacun de ses mouvements dans des ralentis où l’image s’anamorphose et les couleurs paraissent couler sur l’écran, comptent parmi les plus grandes extases plastiques de l’histoire du cinéma.   

Le film lui vaut un premier César du second rôle en 1981. Elle en obtient un second l’année suivante, dans un rôle où elle reprend son emploi de jeune femme attentive, un peu sage, épouse rêvée (ici de Gérard Lanvin) dans Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre. Mais c’est l’année suivante, en 1982 qu’elle devient une star : elle enchaîne un beau succès (Le Retour de Martin Guerre, un thriller médiéval avec Gérard Depardieu) puis un triomphe public (le polar assez basique La Balance, son premier César de meilleure actrice).

La même année, elle devient pour quatre ans la compagne de Johnny Hallyday et donc une proie à paparazzis. Elle entraîne son compagnon dans une aventure de cinéma dont il était peu familier : ensemble, ils interprètent un nouveau film de Godard, le mélancolique Détective (1985) et montent ensemble les marches cannoises (durant la promo, aux côtés de Johnny et Nathalie, Godard se fera spectaculairement entarté).  

À la fin des années 1980, les propositions intéressantes se font plus rares, à l’exception du magnifique premier film de Nicole Garcia, Un week-end sur deux. Nathalie Baye y interprète une actrice qui galère, enchaîne les emplois dévalorisants, et peine à exister pleinement comme mère auprès de ses enfants. Garcia révèle chez sa contemporaine Nathalie Baye un potentiel Gena Rowlands jamais encore exploré. Éruptive, électrique, variant les états psychiques dans une très grande ébullition, elle y livre une de ses plus belles performances. Le film hélas ne marche pas. Et les années 1990 ressemblent pour l’actrice à une longue traversée du désert. Dont elle sort par le haut en 1999 : dans la comédie colorée et pimpante de Tonie Marshall, Vénus Beauté, une esthéticienne à l’approche de la cinquantaine qui drague beaucoup, enchaîne les aventures mais ne croit plus à l’amour. 

Un come-back foudroyant   

Le succès du film restaure l’actrice au sommet du cinéma français pour une décennie. Durant toutes les années 2000, elle enchaîne les succès : soit des comédies populaires (Ça ira mieux demainBarnie et ses petites contrariétésAbsolument fabuleuxLe Prix à payer…), soit de grands succès d’auteurs : La Fleur du mal de Claude Chabrol, Les Sentiments de Noémie Lvovsky, Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois où dans le rôle d’une flic alcoolique elle obtient son second César de Meilleure actrice… Elle le reçoit avec une nuance d’humour : après avoir déclaré “On dit souvent que les actrices n’aiment pas les dates, et c’est vrai !”, elle ajoute qu’elle est très fière d’obtenir un second César plus de vingt ans après le premier, à un âge où beaucoup d’actrices sont mises à l’écart. Nathalie Baye, comme Catherine Deneuve ou Isabelle Huppert, a contribué à faire reculer un plafond de verre sur lequel butaient la majorité des actrices jusque-là, en redevenant hyper bankable dans sa cinquantaine. Durant cette décennie, elle s’offre même un superbe second rôle dans un des plus beaux films de Steven Spielberg. Elle est la mère idéalisée mais traumatique de Leonardo DiCaprio dans Arrête moi si tu peux (2002).

 

Des rencontres avec la jeune génération  

Dans les années 2010, après un beau rôle chez Pierre Salvadori dans un film qui ne rencontre pas significativement le public, De vrais mensonges, elle continue à tourner très régulièrement, alterne les comédies à succès (la franchise Alibi.com de Philippe Lacheau) et les belles rencontres avec de jeunes auteurs. D’abord Xavier Dolan pour deux films : Laurence anyways, où elle est la mère de Melvil Poupaud en crossdresser, et ensuite Juste la fin du monde où elle est la mère, truculente, abusive et almodovarienne de Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Léa Seydoux. Puis Nicolas Maury, où, dans Garçon chiffon (2020), elle interprète la mère de l’acteur-cinéaste. Sa partition ultra-délicate en fait probablement son dernier très beau rôle au cinéma. Depuis 2023, la maladie l’avait tenue à l’écart du cinéma. Le chemin qu’elle y a accompli, auprès de tant de grand·es cinéastes, y est remarquable. Et l’estime et l’affection que sa présence sur les écrans depuis 50 ans a accumulé fait de sa mort une perte cruelle et un grand chagrin.

 

[Source : www.lesinrocks.com]

sábado, 20 de dezembro de 2025

Philip Roth et nous

 

Écrit par Olivier Galland  

Le livre que Marc Weitzmann consacre au grand écrivain américain Philip Roth n’est pas une biographie. C’est à la fois l’histoire d’une amitié d’une vingtaine d’années entre les deux hommes et par conséquent l’histoire également de la rencontre entre deux mondes, deux univers culturels et politiques, celui de l’Amérique et celui de l’Europe. C’est aussi une réflexion sur la judéité, puisque les deux hommes sont juifs et réfléchissent tous deux à la place des juifs dans la société moderne et à la question de l’antisémitisme. 

Le livre se présente donc comme un jeu de miroir entre la vie intellectuelle française, essentiellement parisienne, et le bouillonnement culturel américain dont Roth fut un des principaux artisans. Du côté français, Marc Weitzmann fait notamment la chronique des rapports mouvementés qu’il a entretenus avec le magazine Les Inrockuptibles, revue culturelle et politique classée à gauche, jusqu’à sa rupture à l’occasion d’une tribune au Monde où il souligne la parenté qu’il décèle, malgré leur opposition politique, entre Les Inrocks et Michel Houellebecq, révélant « un conformisme et un désarroi commun ». Rapprochement inacceptable pour le directeur du magazine qui le congédie sur le champ.  

Houellebecq justement est une autre figure de la vie culturelle française sur laquelle s’attarde Marc Weitzmann, avec un mélange de fascination et de répulsion. Son antilibéralisme foncier pouvait le rapprocher de la gauche, mais offrir à ses lecteurs « la démission et la médiocrité assumées comme seuls abris souhaitables aux réfugiés de la brutalité capitaliste » n’avait évidemment rien de glorieux et de séduisant.   

Cette figure d’une mentalité française, oscillant entre romantisme et nihilisme et portée par la haine de soi et le désir de destruction, est véritablement, comme l’écrit Weitzmann, « l’anti-Roth », celui qui comme Houellebecq « adoptait le parti de la masse contre l’individu d’exception ».  

Roth, contrairement à Houellebecq, croit à l’intégration, il l’a voulue pour lui-même et la défend pour les juifs américains. Cela lui a valu des déboires et même des accusations d’antisémitisme (!), dont le livre fait l’historique dans des pages tout à fait passionnantes et très actuelles. La polémique s’est développée à l’occasion de la sortie de son livre, Goodbye, Colombus, un recueil de nouvelles publié en 1959 qui passe au scalpel les rapports des juifs à la société américaine et dans lequel il se moque de leur bigoterie, de leur rigidité et de leur esprit de corps. À la suite de cette publication, il est violemment attaqué, notamment par un professeur de science politique de la Yeshiva University, Emanuel Rackman, qui va jusqu’à demander qu’on le « réduise au silence ».   

Voilà les propos de Roth, rapportés par Marc Weitzmann, lors d’un débat organisé par la Yeshiva University en 1962 sur le thème « conflit de loyauté chez les écrivains issus des minorités » et dans lequel il veut s’expliquer au sujet des accusations dont il est l’objet : « Prétendre qu’il y a des sujets sur lesquels il ne fallait pas écrire ni attirer l’attention du public parce qu’ils risqueraient d’être mal compris par des esprits faibles ou mal intentionnés revient à mettre les malveillants et les esprits faibles en position de déterminer ce qu’il est ou non licite d’exprimer. Dans ces conditions on ne combat pas l’antisémitisme, on s’y soumet ; on se soumet à un rétrécissement de la conscience, parce qu’être conscient et parler franc, c’est trop risqué ». Ces quelques phrases closent magistralement le débat sur les dangers qu’il y aurait à explorer des sujets politiquement explosifs, comme ceux sur l’antisémitisme.   

Roth s’élève contre le « narcissisme victimaire » concernant les juifs, à l’occasion de la polémique l’opposant à Emanuel Rackman ; il refuse que les juifs se « cantonnent dans le rôle de victime au sein d’un pays (les Etats-Unis) où rien ne les y oblige. » Il parle à ce sujet de « l’hystérie des assiégés ».   

Aussi bizarre que cela puisse paraître, en lisant ces lignes, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les musulmans d’aujourd’hui dans la société française auxquels certains tentent, comme le faisait Emanuel Rackman avec les juifs américains, d’inoculer cette mentalité d’assiégé et cet état d’esprit victimaire. Mais, jusqu’à présent, on n’a pas vu se lever un Roth musulman.   

Le livre de Marc Weitzmann n’est pas un compte rendu bibliographique exhaustif, mais il parle évidemment des ouvrages majeurs de Philip Roth. Parmi ceux-ci il fait une place à La Tache, paru en 2000 aux États-Unis ; un livre prémonitoire dont le héros est un renégat qui a répudié sa propre identité (noire) au profit d’une autre, à l’époque plus avantageuse, l’identité juive, subterfuge autorisé par ses caractéristiques physiques. Mais c’est un renégat qui sera lui-même piégé par la question identitaire et l’émergence du wokisme et de la cancel culture (termes alors absents du débat politique) qui le conduiront au bannissement quand, ironiquement, il sera accusé de racisme à l’encontre de deux étudiants noirs, lui qui a caché ses propres origines. Un très grand livre sur la question de l’identité et de ses pièges.   

Le livre de Marc Weitzmann est aussi l’histoire d’une amitié, et d’une complicité intellectuelle ; une amitié pas facile, car Roth, tel que le décrit Weitzmann, est une personnalité d’une extrême exigence, l’exigence d’une sincérité totale, « l’ami le plus inflammable que j’ai pu avoir » dit-il. Il est évidemment sensible à l’intelligence du romancier, « sophistiquée mais jamais cérébrale, toujours connectée à sa sensibilité, et ponctuée d’hilarités sauvages, d’un sens tragique de l’existence, d’ironie, et aussi pour étonnant que cela puisse paraître, des jeux et des grandes naïvetés de l’enfance ». Les deux amis partagent également, bien sûr, une « judéité ashkénaze », une « judéité historisée, et non plus religieuse ».   

Les amateurs de littérature américaine aimeront ce livre, car il est un plaidoyer pour cette littérature, une littérature qui, comme les romans de Roth (c’est sa part sauvage), « dynamite tout, conventions sociales, lieux communs idéologiques, tout jusqu’au moindre soupçon d’académisme ou de cérébralité », à l’inverse de la littérature française « qui n’aime rien tant que les manifestes, les écoles, les catégories et les groupes ».   

Philip Roth est lié à l’Europe par son origine, l’histoire de sa famille (ses grands-parents sont des immigrés juifs de Galicie dans l’actuelle Ukraine), mais avec les membres de sa génération, cette Amérique attachée à l’Europe, à son histoire, à sa culture est en train de disparaître. Marc Weitzmann en fait le constat amer à la fin de son livre. Roth s’en rend compte lui-même lorsqu’il constate que sa dernière femme, « an American woman » (« et cela voulait dire : individualiste, généreuse, combative, jamais une victime ») est totalement ignorante de l’histoire européenne lorsqu’il la lui raconte depuis 1933, l’année de sa naissance. Elle ignore tout : « son Amérique à elle lui était aussi étrangère que, pour elle, le Manhattan artistique et littéraire qu’il lui faisait découvrir ».   

Marc Weitzmann, La Part sauvage, Grasset, 202


[Source : www.telos-eu.com]

terça-feira, 11 de outubro de 2022

«Aniquilación», de Michel Houellebecq

 Escrito por DAVID PÉREZ VEGA

Había leído hasta ahora todas las novelas de Michel Houellebecq (Saint-Pierre, isla de La Reunión, 1958), que ya sumaban ocho y, cuando empecé a ver en redes sociales noticias sobre la aparición de la novena, Aniquilación (2022), también quise leerla. Ya he dicho, más de una vez, que el francés Houellebecq me parece, ahora mismo, el gran autor europeo que sabe captar, como nadie, la decadencia del viejo continente.

El personaje principal de Aniquilación es Paul, que tiene cuarenta y nueve años cuando empieza la narración. «Algunos lunes de los últimos días de noviembre, o de principios de diciembre, tenemos la sensación, sobre todo si uno es soltero, de estar en el corredor de la muerte.» Esta es la primera frase del libro y, al acercarse a ella, el lector habitual de Houellebecq empieza ya a reconocer su territorio de desesperación y soledad.

Paul es un burócrata, con un sueldo de 8.000 euros al mes, y que trabaja como asesor, u hombre de confianza, de Bruno, el exitoso ministro de Economía de Francia. Cuando la novela ya lleva un buen número de páginas sabremos que el diciembre, al que se alude en la primera frase, es el del año 2026 y que casi toda la novela va a transcurrir, por tanto, en 2027. Si las últimas elecciones presidenciales en Francia han tenido lugar en abril de 2022, Houellebecq especula en Aniquilación con las siguientes.

El candidato del partido conservador, al que pertenece Bruno, va a ser un presentador de televisión, con un pasado como cómico. Algo que, parece decirnos Houellebecq, resulta ya irrelevante dentro de un mundo en el que la política real se ha vuelto insustancial. Y la función de este presentador, en el tablero político francés, simplemente puede que sea la de abrir las puertas para que sea posible que se vuelva a presentar, y a ganar, el presidente actual, que no puede hacerlo en 2027 porque ya lleva dos legislaciones seguidas, y la ley francesa prohíbe una tercera; así que se trataría, más que nada, de una estrategia de los conservadores para poder mantenerse en el poder.

No es la primera vez en la que las elecciones francesas son importantes en un libro de Houellebecq, ya lo fueron en Sumisión (2015), donde se especulaba con la idea de que un partido islámico llegaba a la presidencia.

Solo hay un elemento, además del juego sobre las próximas elecciones, que nos puede hacer pensar que nos encontramos ante una novela ligeramente futurista: están apareciendo en internet imágenes inquietantes en las que, por ejemplo, se ve cómo se le corta la cabeza al ministro Bruno con una guillotina, y la tecnología con la que está hecha la simulación hace que prácticamente esta farsa se pueda ver como si fuera real. El gobierno, del que Paul forma parte, está tratando de averiguar qué grupo o qué personas se encuentran detrás de la creación de estas imágenes. Pronto, además, este grupo, u otro, se va a dedicar a realizar atentados contra intereses en apariencia difíciles de relacionar (barcos mercantiles, un banco de semen, etc.).

Una de las subtramas de la novela será aquélla en la que Paul, y las personas con las que se relaciona en el trabajo, tratan de averiguar quién está detrás del grupo terrorista que atenta contra estos diversos intereses. Así que, en parte, la novela funciona como un thriller político; aunque es cierto, que más bien este tema del terrorismo acabará actuando como un «MacGuffin» de los que usaba Alfred Hitchcock en sus películas, un elemento que hace avanzar la trama, pero que es tan solo una cortina de humo. Imagino que esta evaporación final de un tema que, a priori, parecía importante para el libro, irritará a más de un lector.

En realidad el tema principal de Aniquilación es el de la muerte, el de la asimilación de la decrepitud y la muerte por parte de las sociedades opulentas y decadentes. No es un tema nuevo en una obra de Houellebecq, pero nunca había sido tan central como hasta ahora. Sin embargo, sí que asistimos en Aniquilación a la desaparición de uno de sus temas más controvertidos y más clásicos: el del deseo sexual insatisfecho. En este sentido, la carrera literaria de Houellebecq empezó en 1994 con Ampliación del campo de batalla que hablaba de un «incel» (abreviatura de «involuntariamente célibe») y de sus frustraciones para encontrar pareja, y seguía en 1999 con Las partículas elementales, donde se habla del tema de la madurez y la insatisfacción del deseo. En El mapa y el territorio de 2010 tal vez hay una escena que puede actuar como bisagra entre el tema sexual de los primeros libros y el de la muerte del último: el personaje va a una ciudad de Suiza, donde están juntos el mayor prostíbulo de Europa y la mayor clínica de eutanasia de Europa, y Houellebecq, con su característico humor doliente, nos cuenta que la segunda empresa tenía más clientes que la primera.

Así que la obra de Houellebecq siempre ha basculado entre los dos temas subconscientes más básicos del ser humano: el eros y el tánatos.

En Aniquilación la idea del deseo sexual insatisfecho, que hace sufrir a los personajes, casi ha desaparecido. Me comentaba alguien en las redes sociales que, posiblemente, se deba a la ingesta de Houellebecq de antidepresivos, que eliminan la libido. Quizás esté en lo cierto.

La novela también nos habla de la relación de Paul con su mujer Prudence. Los dos, desde diez años antes de empezar la narración, duermen en habitaciones separadas y casi no tienen relación ni afectiva, ni sexual, ni de complicidad, ni de nada. La novela abrirá la posibilidad de un tiempo para los dos de volver a conocerse y acercarse. En Aniquilación también se nos hablará de la familia de Paul, con la que este no parece tener mucho apego. Como suele ocurrir en las novelas de Houellebecq, su personaje masculino principal es un hombre distante y analítico, con pocas muestras de afecto hacia los demás. La madre, que era restauradora de arte, murió trabajando ocho años antes, y los hermanos, que son tres, tendrán que volver a juntarse para gestionar la nueva vida de su padre, cuando a este le da un ictus que le deja casi inmovilizado.

La novela está escrita en tercera persona, pero ‒gracias al recurso del estilo indirecto libre‒ el autor cede, en muchas ocasiones, la voz narrativa a Paul. Si bien, casi siempre se nos habla de Paul, el narrador también cederá la palabra en algunas ocasiones a sus hermanos.

Como siempre ocurre en las novelas de Houllebecq, el lector se encontrará con acertados dardos envenenados que se lanzan sobre el comportamiento humano y la decadente sociedad europea. Esto se dice sobre los viejos en las página 374: «La verdadera razón de la eutanasia es que ya no los soportamos, ni siquiera queremos saber que existen, por eso los apartamos en lugares especializados, fuera de la vista de los demás seres humanos. La cuasi totalidad de la gente hoy día considera que la valía de una persona disminuye a medida que su edad aumenta; que la vida de un joven, y más aún de un niño, vale mucho más que la de un anciano. (…) Al conceder más valía a la vida de un niño (siendo así que no sabemos en qué se va a convertir, si será inteligente o estúpido, un genio, un criminal o un santo) negamos todo valor a nuestras acciones reales.

Nuestros actos heroicos o generosos, todos nuestros logros, lo que hemos llevado a cabo, nuestras obras, nada de esto posee ya ningún valor a juicio del mundo y, muy rápidamente, no lo posee tampoco para nosotros. De este modo, privamos de toda motivación y todo sentido a nuestra vida; es, muy concretamente, lo que llamamos el nihilismo. Devaluar el pasado y el presente en beneficio del futuro, devaluar lo real para preferir una virtualidad situada en un futuro incierto, son síntomas del nihilismo europeo mucho más decisivos que todo los que Nietzsche pudo detectar.»

Como siempre, el lector se encontrará con el humor desangelado de Houellebecq.

Como ya he escrito, hay en esta novela más de un camino narrativo que no conduce a ninguna parte, pero, a diferencia de su anterior novela, Serotonina (2019), que me parece una repetición respecto a las anteriores, en Aniquilación Houellebecq trata de evolucionar y, por extraño que parezca, al final parece que cree hasta en el amor. Es posible también que al tratar de ser un autor más serio, pierda gran parte de la frescura que asociamos a su obra. Aniquilación no es una novela redonda y, desde luego, no está entre las mejores del autor, pero me lo he pasado bien leyéndola.

 

[Fuente: www.culturamas.es]

segunda-feira, 18 de julho de 2022

La aniquilación según Michel Houellebecq, el último escritor maldito

 

El provocador autor francés publica 'Aniquilación', un 'thriller' geopolítico plagado de espías y atentados, y una reflexión desolada sobre la familia, el amor y la muerte

Michel Houellebecq. Foto: Philippe Matsas / Editorial Flammarion                             Michel Houellebecq

Escrito por Nuria Azancot

Publicado en Francia el 7 de enero pasado, Anéantir fue considerado de inmediato como el libro del año, aunque parte de la crítica gala advirtió de los trucos de la novela, de su manierismo y aspecto deslavazado, y de su engañosa sencillez. O sea, que estamos ante Michel Houellebecq (Saint-Pierre, isla de La Reunión, 1958) en estado puro, a vueltas una vez más con el caos, el amor y la muerte.

Pero dio igual: después de los tres años transcurridos tras el éxito de Serotonina (Anagrama, 2019), que la mayor estrella literaria europea volviera a la acción ya era el acontecimiento que lo justificaba todo. Que lo hiciera además con un aparente thriller que acaba derivando en una esperanzada reivindicación del amor, y que su protagonista, Paul Raison, fuese asesor de un futuro presidente muy parecido a Emmanuel Macron, actuó para los lectores como un imán.

Si a eso añadimos que el padre del protagonista, exresponsable de los servicios de inteligencia del país, ha sufrido un ictus y está en estado vegetativo, y que hasta el matrimonio de Paul está al borde de la disolución, encontraremos algunas de las razones que han seducido a los lectores galos y excitado la ansiedad de todos los letraheridos, ansiosos por embarcarse en las más de seiscientas páginas de la versión en castellano de la novela (la francesa, de lujo y editada por Flammarion, tiene setecientas treinta y seis).

Alérgico a las entrevistas desde hace años, Houellebecq es tan capaz de esconderse y huir del país para no responder ninguna pregunta sobre su obra como de plantarse una tarde de abril en Madrid y citarse de manera sorprendente con un periodista que le pidió tiempo atrás verse con él. El afortunado, Daniel Ramírez, de El Español, acabó compartiendo con el narrador empanadas de solomillo, pulpo a la gallega y confidencias tan controvertidas como siempre (“los franceses son tremendamente difíciles de comprender. Y lo digo yo, que soy francés”; “la democracia representativa no funciona en absoluto”; “la izquierda se ha suicidado”...).

En realidad, quien haya visto alguna de sus entrevistas en las redes comprende de inmediato el reto que supone mantener una charla fluida con Houellebecq: en todas se muestra tímido y desconfiado, aburrido también, sin que parezca importarle demasiado la fluidez de la conversación, la incomodidad del periodista o la coherencia de sus respuestas.

Los sueños y la ficción

Con todo, y a pesar su alergia a los medios, el 2 de enero, es decir, cinco días antes de que apareciera la novela, Michel, el esquivo, concedió una única y extensa entrevista a Jean Birnbaum, editor de Le Monde des Livres, en la que sobre todo le habló de sus sueños, de los que, por otra parte, la novela va sobrada. Como escribe Birnbaum, de hecho “su libro, un thriller político que se convierte en meditación metafísica, está lleno de sueños. Página tras página, nos adentramos en las aventuras oníricas del protagonista”, para señalar a continuación cómo eso, los sueños, estaban ya en otras novelas del escritor, como Las partículas elementales y Serotonina, pero no de forma tan sistemática.

La respuesta de Houellebecq es contundente: “A mí no me interesa demasiado Freud [...], pero sí me apasionan los sueños, y me siento muy feliz por haber incluido tantos en Aniquilación. El sueño está en el origen de toda actividad ficcional. [...] Escribo cuando me despierto. [...] Tengo que escribir antes de bañarme; en general, en cuanto nos hemos lavado todo se acaba, ya no servimos para nada”.

El encuentro, que se desarrolló en el estudio donde escribió la novela, durará tres horas y transcurrirá, según el periodista, en un ambiente más alegre de lo esperado, con una botella de vino blanco que el novelista agita “como un sonajero” y entre volutas de humo, olor a nicotina y ceniceros atestados de las colillas de los cigarros que el autor apura sin descanso.

Le Monde, Houellebecq hace declaraciones tan sorprendentes como: “Soy una puta, escribo para obtener aplausos. No por dinero, sino para ser amada, admirada, así que no tomes la palabra puta de forma negativa”. Y una declaración aún más asombrosa, en la que, frente a la fascinación tan generalizada en la cultura europea por el mal y la transgresión, reivindica los valores positivos del ser humano en la narrativa: “Creo que la mejor literatura se hace con los mejores sentimientos”. A lo largo de la charla, comparten alegrías infantiles, historias soñadas, impulsos poéticos, para atrapar a los lectores ansiosos por conocer la última pirueta del que en Francia consideran una suerte de dandi insolente y reaccionario.

El cuñado francés

Tan idolatrado como detestado por sus opiniones, en las que se retrata como un populista misógino y xenófobo, en Francia se le ha llegado a tratar incluso de beauf, de “cuñado”, por proferir en sus escritos, ensayos y novelas un buen puñado de opiniones banales sobre todo con más audacia que rigor, solo por epatar, por molestar al lector. Así, fue capaz de elogiar a Donald Trump y el Brexit (“Lo único que lamenté es que, de nuevo, los ingleses se mostrasen más valientes que nosotros ante el Imperio”), de cuestionar la democracia y la Unión Europea, de atacar al feminismo y defender la prostitución, la homofobia o el machismo, y de burlarse de la ecología sostenible...

Y pese al personaje en que se ha convertido, a veces profeta, a veces bufón, ha recibido la Legión de Honor de manos del presidente Macron, y el premio Goncourt en 2010 por El mapa y el territorio, pero dice seguir precisando de los demás y de los personajes de sus novelas para comprenderse. “Cada ser humano es algo extraño en sí mismo, el mayor motivo de asombro. Si quiero conocerme a mí mismo, necesito los ojos de los demás”, le dijo al periodista de Le Monde, al que también le habló de la muerte en estos tiempos descreídos, de la necesidad de olvidar los arrepentimientos y de lo difícil que le resulta escribir una novela, “porque es un calvario físico, vivir mucho tiempo al lado de un personaje”.

Comparado con Honoré de BalzacAlbert CamusLouis-Ferdinand Céline y Georges Perec, que, por cierto, nada tienen que ver entre sí, en Houellebecq resulta desconcertante hasta su verdadero nombre, Michel Thomas, y que su seudónimo sea un homenaje a su abuela paterna, que fue quien lo crio porque sus padres, un instructor de esquí y una enfermera franco-argelina, se desentendieron de él para recorrer África en un Citroën. Ni siquiera su fecha de nacimiento es segura, ya que su madre decidió envejecer su partida de nacimiento dos años porque pensaba que tenía mucho talento, por lo que habría nacido en 1958 y no en el 56, como se creyó durante décadas.

Aunque se había anunciado que Aniquilación aparecería en España a finales de agosto, Anagrama lo lanza el próximo miércoles en un nuevo capítulo de esa complicidad que comenzó en 1994 con Ampliación del campo de batalla, su primera novela. Como desveló hace meses Jorge Herralde, su editor español, en una entrevista con El Cultural, en realidad él la publicó sin leerla, solo porque la editaba Maurice Nadeau en su exquisito sello.

“Sí, para mí que a un autor le publicara Nadeau significaba que era bueno por narices, así que cuando apostó por la primera novela de un desconocidísimo autor joven, hablé con él y la publiqué, y ahí empezó el caso de este escritor que es el más vendido de Francia, el más impertinente, el más reconsagrado”. Tras Ampliación vendría Las partículas elementales (1998, Anagrama 1999), que fue la novela que le consagró y que consolidó una carrera de éxitos constantes, lejos, eso sí, de cualquier aniquilación.

[Foto: Philippe Matsas / Editorial Flammarion - fuente: www.elespanol.com]

terça-feira, 26 de abril de 2022

‘H.P. Lovecraft: contra el mundo, contra la vida’, de Michel Houellebecq

 Libros de Historia y Ciencias Humanas > Literatura > Teoría y crítica.  Estudios y ensayos de la Literatura Universal · Marcial Pons Librero

Escrito por EDUADO SUÁREZ FERNÁNDEZ-MIRANDA

Howard Phillips Lovecraft (Providence, 1890-1937) no solo “fue capaz de generar sucesores, sino que creó a sus predecesores, los levantó de sus tumbas justificándolos, como en el caso de su admirado Edgar Allan Poe”. Estas palabras de Jorge Luis Borges nos hablan de la importancia de un escritor que, desde su marginalidad, construyó un mundo extraordinario, plagado de horror y fantasía.

Michel Houellebecq, poeta, ensayista y novelista, señala que Lovecraft era un ejemplo para todos aquellos que desearan aprender a fracasar en la vida, y triunfar en su trabajo. Algo no siempre garantizado. El escritor francés, fascinado en su adolescencia -como muchos otros a esa edad- con el descubrimiento de la obra del maestro de Providence, escribió, en 1991, el ensayo H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie. Todavía no era Houellebecq ese escritor célebre y polémico que años más tarde escribiría Ampliación del campo de batalla (1994) o Las partículas elementales (1998). Sin embargo, ya daba muestra de ese universo desencantado, que será una de las señas de identidad en sus obras posteriores.

«Anagrama», dentro de Argumentos, una colección que vio la luz en 1969, y que recoge “los más significativos autores contemporáneos en varias disciplinas”, ha publicado H.P. Lovecraft. Contra el mundo, contra la vida, recuperando la traducción que Encarna Castejón hiciera para la editorial «Siruela». El libro es un recorrido apasionante, y fuera de lo común, por la vida y la obra de uno de los grandes escritores del siglo XX.

Con una labor literaria marginada, y relegada a las revistas pulp durante su breve existencia, solo un pequeño grupo de fervientes seguidores fue capaz de apreciar, en esa época, lo que significaban los relatos extraños y fantásticos del escritor norteamericano. Libros como El horror de Dunwich o El caso de Dexter Ward, una de sus novelas más misteriosas, son buen ejemplo de esa literatura insólita. Solo tras la desaparición de Lovecraft, su obra empezó a darse a conocer, gracias a la labor recopilatoria de unos pocos acólitos incondicionales.

Houellebecq recuerda su primer contacto con la obra de Lovecraft: “Como impacto, fue de los fuertes. No sabía que la literatura podía hacer eso. Y, además, todavía no estoy seguro de que pueda. Hay algo en Lovecraft que no es del todo literario”. El escritor francés reconoce que escribió H.P. Lovecraft. Contra el mundo, contra la vida, como si fuera una novela, una novela de un solo personaje, el cual “logró transformar su asco por la vida en una hostilidad activa”.

Stephen King, uno de los más fervientes admiradores de Lovecraft y su obra, recuerda, en el esclarecedor prólogo del libro, que “toda literatura, pero en particular la literatura de lo extraño y lo fantástico, es una cueva en la que tanto lectores como escritores se esconden de la vida”.

Joan Perucho fue el primero en hablar de Lovecraft en nuestro país, y el poeta Carlos Pujol, definía Amb la técnica de Lovecraft, ese relato-homenaje del escritor barcelonés, como “un universo turbador, extrañísimo, que no es reflejo inmediato del vivir, sino que, como indica su título, sale de la lectura. El horror descrito como presencia abominable que no se hace visible, del que solo tenemos testimonios esquivos e inconcretos, algo parecido a una corriente de aire, pero sólido y opaco que flota sobre la realidad”. Así es la literatura de Lovecraft.

Rafael Llopis, recientemente desaparecido, fue el gran introductor de Lovecraft en nuestro país. Reunió en Los mitos de Cthulhu un ciclo de narraciones de “horror cósmico ambientadas en mundos primigenios de caos y espanto”. Un libro legendario.

 

[Fuente: www.culturamas.es]

segunda-feira, 18 de abril de 2022

Pour Michel Houellebecq

Les critiques ont livré deux lectures erronées d'«Anéantir», qui est sans doute le roman le plus bouleversant de l’auteur, et peut-être même son chef d’œuvre.

L'écrivain Michel Houellebecq.                                           Michel Houellebecq sort un nouveau et attendu roman : Anéantir

Écrit par Baptiste Rossi

À écouter quelques critiques, « Anéantir », le dernier livre de Michel Houellebecq serait un bréviaire de valeurs inactuelles, un opus misogyne, raciste, une illustration oblique et complaisante du grand-remplacement ou même un panégyrique béat de notre ministre de l’Économie et des finances.

D’autres, pas mieux clairvoyants, y voient un roman hésitant, tergiversant entre l’intrigue politique, le thriller d’anticipation, le livre sur la fin de vie, un feuilleton grossi à dessein, perdu dans une forme émolliente et diluée, où l’auteur digresserait sur notre époque.

Naturellement, Anéantir, qui est sans doute le roman le plus bouleversant de l’auteur, et, peut-être, son chef d’œuvre jusqu’à présent, n’est ni l’un ni l’autre. Ou plutôt, et c’est la machiavélique habileté de Houellebecq, il feint de prendre les atours de l’un puis de l’autre, avant de se cristalliser dans une élégie inoubliable, tremblante, ravageuse de son héros, un tombeau presque aussitôt effacé, qu’on ne termine, anéanti en effet, qu’en pleurant.

Pour résoudre le malentendu, il faut revenir à ce qui fait la singularité de Michel Houellebecq dans le paysage littéraire français. Notre écrivain national ne s’est pas contenté de publier des romans prophétiques ou divertissants. Simultanément à l’écriture propre de ses ouvrages, il a procédé à une analyse, presque sociologique, de la position de l’auteur contemporain, et, chose encore plus rare, il en a déduit un dispositif romanesque, et les deux se sont de plus en plus intriqués l’un à l’autre. Qu’une figure des lettres propose un art poétique n’est pas neuf ; les écrivains français se targuent quelquefois d’une idée de la littérature, de son état, de ses pouvoirs, de ses missions. Cependant le problème de la réception de leurs livres par le public a longtemps été l’angle mort de leurs cosmogonies, soit que la question ne se posât pas encore – pourquoi Baudelaire ou Proust se seraient-ils inquiétés de l’inattention du public pour la littérature à une époque d’une révérence si manifeste envers les œuvres de l’esprit ? – soit qu’ils ne l’envisageaient que comme une donnée, problématique, mais locale, de leur métier d’écrire. Le temps du soupçon, avait-on deviné dans les années 1950, faisant basculer la littérature dans une ère de modernité, c’est-à-dire, fondée sur un nouveau contrat de lecture, permettant de perpétuer la relation entre un lecteur et un roman, à peine recombinée, à peine rénovée par ce petit effort de lucidité malicieuse du Nouveau Roman.

Mais que faire face à la profonde indifférence du public et de l’époque pour la littérature ? Philip Roth (avec peut-être une mélancolie légèrement surjouée, et probablement inévitable à chaque génération au soir de sa vie) disait que le nombre de ce qui s’appelait, dans son adolescence, des lecteurs de romans pouvait désormais se compter à quelques centaines aux États-Unis. Partant, il en tirait la conclusion logique et tragique : il s’arrêtait d’écrire. Roth appartenait encore à la cohorte des écrivains de la modernité, qui avaient tenté de déjouer l’âge du soupçon par un génial retournement de la méfiance, pervertissant les rôles mêmes de l’auteur et du personnage ; il n’appréhendait qu’avec un persistant sentiment d’incompréhension l’ère post-moderne du tournant du siècle. Car à l’époque post-moderne, ce n’est pas tellement que la littérature suscite de l’incuriosité. En effet, jusqu’à preuve du contraire, les écrivains continuent de vendre des livres, et, dans une certaine mesure, on leur réserve des égards cérémonieux. Le drame vient de ce que la littérature n’est plus qu’un discours parmi d’autres ; parmi celui des médias, du grand bavardage contemporain et matérialisé par les réseaux sociaux, parmi n’importe quelle autre forme de pop culture, en miroir d’une perte généralisée de valeurs, dans un glissement effréné vers un relativisme ou un nihilisme qui advient au crépuscule des idoles.

Dès lors, quelques romanciers qui en ont eu le pressentiment ont tenté de subvertir ce discours ambiant et omnivore ; ils ont composé des œuvres où la télévision, le néant des magasines et la vacuité de la parole étaient combattus pied à pied, accueillis dans le dispositif romanesque pour être désamorcés ; ils sont eux-mêmes devenus des figures de la pop-culture, négociant une transaction léonine avec les forces de l’époque ; quelques fois, ils se prenaient eux-mêmes, dans une vertigineuse mise en abîme, comme sujets risibles de leur ingestion par le dispositif médiatique, ainsi de Bret Easton Ellis, pour ne citer que lui ; mais ce duel homérique étant fatalement vain, ils se sont soit recroquevillés, soit tus, soit sont revenus, avec une candeur retournée, à des formes plus classiques, acceptant leur défaite épuisée.

Il en est un, seulement, qui ne s’est pas résolu. Michel Houellebecq, dans son précédent chef d’œuvre, qui lui valut le Prix Goncourt, « La Carte et le Territoire », poussait jusqu’à l’absurde cette entreprise délibérée de subversion du discours médiatique, se mettant en scène, lui-même Michel Houellebecq auteur, aux côtés des figures des médias et de l’art contemporain, avec une autodérision insensée et littéralement suicidaire ; ce renversement des rapports de pouvoir, cet acquiescement feint à la domestication par les forces médiatiques provoquait un court-circuit tellurique dans le roman et de là, dans le champ de la littérature, pour parler comme un sociologue. Car contrairement à d’autres qui n’avaient eu le courage d’aller au bout de cet asservissement, Houellebecq, dans les yeux du public, devenait lui-même un personnage, un personnage faussement éteint, précaire, déchu ; il endossait de lui-même, avec un certain cran physique, la déchéance de la littérature, avec une rouerie dissimulée, mais surtout une absence d’effroi admirable. Il avait accepté, pour être lu, d’être le personnage de l’écrivain tel que l’époque pouvait le tolérer : prophétique mais timide, génial mais ironique, célèbre mais peu enviable, ne se prenant pas pour un héros mais pour un martyr.

C’est ce qui fomente le quiproquo entre des critiques qui prennent au premier degré ce que Houellebecq raconte dans « Anéantir » et l’ouvrage lui-même.

Certes Houellebecq fait mine de prendre à son compte tel ou tel élément de langage de l’universelle conversation ; l’époque étant à droite, il batifole parfois sur des lisières redoutables et risquées, ainsi dans son portrait du sympathique beau-frère FN du héros ou dans telle notation sur la composition sociale des villages du Beaujolais ; mais enfin, c’est aussi absurde de reprocher à Houellebecq de faire siens ses propos que d’accuser Flaubert de complaisance envers le lyrisme romantique. Houellebecq utilise les mêmes procédés que Flaubert, son aîné en ironie, et dans « Anéantir » c’est un jeu virtuose où les guillemets, les adverbes (au premier chef les si houellebecquien « quand même ») ou l’italique torturent notre langage. Il met en scène le discours commun, pour le regarder s’autodétruire ; comme tous les écrivains de 2022, prisonnier d’une langue devenue molle, envahissante, privée de substance, comme l’auteur de « Bouvard et Pécuchet » après Lamartine ou Victor Hugo, il doit bien se désincarcérer de cette gangue pour faire advenir sa parole propre. Quatre-vingts pour cent d’« Anéantir » n’est qu’une vaste et hilarante démolition de notre langue post-moderne où rien ne signifie rien, un ball-trap à livre ouvert de nos tics, de nos euphémismes, de nos circonlocutions. C’est parce que nous vivons une époque de dérision généralisée, y compris à l’égard de la littérature, que l’auteur d’« Anéantir » doit en passer par cette libération-là. Qu’il partage ou pas ces mots qu’il regarde se défaire en entomologiste n’a aucune importance. Lire Houellebecq non ironiquement est donc absurde ; mais c’est presque une manière d’hommage, tant son dispositif romanesque propose, à plat et fomenté du revers de la main, la collection complète de nos truismes ; encore une fois, on confond l’œuvre et son sujet, démêler l’un de l’autre n’a ni intérêt ni sens pratique.

Pourtant, une fois passée cette entreprise de démolition, cette opération Flaubert contre le langage, que faire ? Comment recréer de la valeur, une forme romanesque pure, les remparts du sarcasme, de l’ironie et de la vacuité désormais aussi génialement mis à terre ? Comment croire, aimer, ne pas sombrer dans le nihilisme, si Dieu, tous les dieux sont morts ? « Alors tout est permis ? », s’angoissait pour l’éternité Dimitri Karamazov. Cette question, Michel Houellebecq ne l’avait pas encore résolue ; et ses précédents romans ne parvenaient pas, ou ne tentaient d’ailleurs pas de s’y attaquer, à la fondation de valeurs nouvelles, soit que Houellebecq fût trop pessimiste sur la condition humaine, soit qu’il n’en éprouvât pas le désir, soit qu’il jugeât que le roman contemporain n’en avait le pouvoir.

La grandeur d’« Anéantir », intrinsèquement et après tous les livres de son auteur, réside dans cette tentative, très neuve et singulière, de vouloir sauver quelque chose du chaos risible de l’époque, après le saccage gourmand et infaillible de ses formes de langages antipoétiques. Dans « Anéantir », Houellebecq, avec une gravité croissante, s’astreint ce labeur de rédemption du langage dans un but ; il s’emploie à préserver la littérature car elle seule, avec l’amour, représente un refuge, fut-il grotesquement fragile, face à la mort. Dans un monde silencieux et nihiliste, il faut bien tenter l’impossible métier de vivre, et même de survivre ; et comme un héros dostoïevskien prisonnier d’une époque qui n’a plus de sens car dépourvue de sacré, Houellebecq en vient à une forme, presque mystique, de charité. Pour Houellebecq, ce trajet du cynique à l’idiot – au sens du romancier russe – n’est pas si illogique ; pour le lecteur, les cent dernières pages d’« Anéantir », une très inattendue ode au couple amoureux, se découvrent avec une puissance de déflagration émotionnelle inouïe. On n’avait pas eu la sensation, physique, de pleurer à la lecture d’un roman contemporain depuis peut-être « D’autres vies que la mienne », d’Emmanuel Carrère, que Houellebecq évoque d’ailleurs explicitement dans « Anéantir ». La comparaison avec Carrère est à cet égard lumineuse : l’auteur de « Limonov », confronté à la même aporie de l’absence de valeurs transcendantes et de la déchéance de la littérature, trouvait le salut, pour le roman, dans sa connexion directe avec le réel, gage d’authenticité, et subversion efficace de la défiance des lecteurs, afin de faire advenir l’émotion. Mais cette solution de l’hyperréalisme de Carrère n’a pas d’issue, par définition, pour le roman de fiction, et Carrère a lui-même expliqué les impasses métaphysiques et personnelles de ce pacte du diable avec le réel. Dans « Anéantir », Houellebecq, peintre des amours de Paul et Prudence, parvient à susciter les sanglots et le romanesque pur, mais sans cette caution du réel. Avec son dispositif si intelligent de caméléonisme ton sur ton sur l’époque, pour la détruire, l’anéantir, il sauve, non ses héros hélas, mais quelque chose du pouvoir de l’amour, et du pouvoir de la littérature, dernières valeurs humaines possibles contre l’anéantissement, quoi que fondés l’une et l’autre sur le mensonge. En soi, il commet, inspiré par les mêmes sentiments charitables que ses personnages, un don d’amour envers la littérature. C’est l’aspect le plus étonnant et le plus généreux du livre : sa propension à vouloir rescaper, non seulement ce roman-ci, mais tous les romans, et toute la littérature (en tout cas celle que Houellebecq estime digne d’être sauvée). Houellebecq, avec « Anéantir », construit l’Arche de Noé par laquelle la littérature peut s’échapper de l’époque, et il y embarque, avec un certain altruisme, des classiques et des contemporains, Carrère, Conan Doyle, Philippe Lançon, et même l’écrivain Bruno Le Maire, dont tous les livres, au-delà des anecdotes saint-simoniennes sur les coulisses de la politique, se posent la question de la valeur de la politique dans une époque qui ne l’écoute plus, et qui, comme la littérature, l’assigne à une fonction de divertissement.

Une dernière chose, enfin : c’est que discourir sur le Houellebecq ne sert évidemment à rien. Le propre des grands livres, c’est qu’ils se lisent sans sous-texte, et cette critique ne vaut pas mieux que n’importe quelle glose. Qu’il soit gouverné ou non par les intentions qu’on lui prête, Houellebecq est un romancier d’une habileté démoniaque ; que ses détours par la politique-fiction, le thriller d’espionnage, la chronique sociale sur les hospices des grabataires lui servent ou non d’arme poétique contre l’époque, il en résulte un livre passionnant, dévastateur, d’une fluidité très impressionnante, pour tout dire, impossible à reposer une fois commencé.

Où a-t-on lu meilleure description du microcosme si particulier des énarques en général et des technocrates de Bercy en particulier, entre suffisance et esprit de sacrifice, indifférence à l’idéologie et arraisonnement de leur existence sentimentale par les lois d’efficacité budgétaire ? Pourquoi Houellebecq, et pas un autre, est-il le seul romancier de 2022 à avoir deviné que c’était dans les EPHAD, ce gris paradis des amours séniles, que se jouait la quintessence de la condition occidentale ? Quel autre grand écrivain actuel peut-il dresser un portrait subtil et désillusionné de Cyril Hanouna, et figurer dans un couple sublime de lâchetés négociées, de désirs résurgents, d’accoutumance réciproque à la fadeur, la philosophie de la réincarnation de Schopenhauer ? A-t-on déjà lu un thriller aussi lucide et sagace sur les nouveaux extrémistes, ceux, mi-fondamentalistes, mi-écologistes, qui tiennent la vie pour la valeur suprême, quitte à tuer ceux qui la souillent ? Un éloge si poignant de la lecture contre la mort, de Sherlock Holmes pour déjouer l’énigme non du chien des Baskerville, mais des métastases généralisées d’un cancer irrémédiable ? Un résumé aussi abruptement brillant du lien entre un frère et une sœur, « à la fois indestructible et sans issue » si bien que « rien ne pourrait jamais l’interrompre ; mais rien ne pourrait jamais faire, non plus, que cette relation dépasse un certain degré d’intimité ; elle était en ce sens exactement l’inverse d’une relation conjugale » ? Et, depuis Céline, a-t-on traversé un aussi beau et sec voyage au bout de la nuit de l’homme occidental, de ses turpitudes cardio-vasculaires à ses bons sentiments risibles, où, comme avec Bardamu, l’amour, seul, permet à des caniches sans grandeur de frôler ce que le sentiment porte d’infini ?

Le génie de Houellebecq – et peut-être son drame – éclate dans « Anéantir ». Captif de son martyre de déchu de la littérature, il se voit contraint, jusqu’au titre d’apocalypse, d’endosser la déchéance d’un art devenu impossible et pourtant indispensable, celui d’aimer les livres et d’en écrire ; mais comme toutes les révélations sacrées, l’ouvrage compose un summum, une apothéose. L’amour et la littérature, deux fictions irrépressibles, sont nos seuls remèdes face à la mort – c’est la conclusion du livre, d’un optimisme qui étonne jusqu’à son auteur lui-même. Il est le premier surpris de cette conversion vers la charité, allant même à la réfréner, après les lignes finales éblouissantes d’émotion, dans ses remerciements prolixes : « Je viens par chance d’aboutir à une conclusion positive ; il est temps que je m’arrête ». Si le monde n’est rien d’autre que volonté et représentation, celui de Houellebecq, soudain, est devenu cette forme particulière de volonté désirante et de représentation parfois exaucée, qui s’appellent amour et littérature. Et cela, seulement, est une merveilleuse nouvelle, pour lui, sans doute, pour ses lecteurs – assurément.

 

[Source : www.laregledujeu.org]