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terça-feira, 20 de outubro de 2026

Bloquer l’extrême droite : mobilisons-nous pour élire Lula au second tour !

Déclaration du Bureau exécutif de la IVe Internationale. Le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, a été marqué par une reprise de l’offensive électorale de l’extrême droite, à la fin du troisième mandat de Lula. Avec 47,03 % des voix, contre 45,16 % pour Lula, Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour, devançant Lula de plus de deux millions de voix. L’extrême droite a également progressé au Parlement et dans les États : le parti de Bolsonaro a remporté 121 sièges à la Chambre des député·es (sur un total de 513) et est devenu la première force au Sénat. 

Ces résultats confirment l’enracinement de la frange la plus radicale de l’extrême droite (le bolsonarisme), quatre ans après la défaite de Jair Bolsonaro, aujourd’hui emprisonné pour sa participation à une tentative de coup d’État en 2023. Mais ils expriment aussi une crise profonde du système politique brésilien, en particulier au sommet du pouvoir judiciaire, enlisé dans les privilèges et les soupçons de corruption – plusieurs de ses membres étant impliqués dans un scandale de relations avec un banquier fraudeur. Comme la Cour suprême (Supremo Tribunal Federal) a joué auparavant un rôle progressiste pour contenir les excès de Bolsonaro et le poursuivre en justice pour sa tentative de coup d’État, des secteurs populaires en sont venus à l’identifier au gouvernement, et donc à rejeter l’un et l’autre. 

De plus, la politique modérée et conciliante de Lula n’a pas répondu aux attentes populaires, alimentant un mécontentement que l’extrême droite a su exploiter en se présentant comme une force antisystème. 

Le projet du clan Bolsonaro – une famille mafieuse initialement liée à des milices criminelles de Rio de Janeiro – repose sur une alliance entre les franges les plus ultralibérales et antidémocratiques de l’agro-industrie, des banques et des fonds financiers, du grand commerce, des industriels et des courants religieux ultraconservateurs, s’appuyant sur une partie des officiers subalternes des forces armées et des membres des forces de police militarisées. Il combine un programme économique de démantèlement brutal des droits sociaux, des droits des travailleur·ses, des femmes et des personnes LGBT+, avec une offensive contre les libertés démocratiques et l’environnement, en particulier dans les grands biomes de l’Amazonie et du Cerrado. 

L’enjeu dépasse largement les frontières du Brésil. Donald Trump, qui intensifie ses ingérences en Amérique latine et parvient à faire élire des allié·es, de l’Amérique centrale jusqu’à l’extrême sud, compte trouver en Flávio Bolsonaro un allié de premier plan. Une victoire de son clan mettrait en péril la souveraineté du plus grand et du plus stratégique des pays d’Amérique latine et menacerait la région dans son ensemble. 

Les premières réactions de la moitié du pays qui ne souhaite pas le retour des Bolsonaro montrent que la société brésilienne n’est pas résignée. Au début du mois, des milliers de lycéen·nes et d’étudiant·es ont manifesté dans les grandes et moyennes villes contre le fascisme. La campagne de Lula a retrouvé son élan sur les réseaux sociaux. Des dirigeant·es de mouvements et des parlementaires de gauche, dont celles et ceux élu·es sur les listes du PSOL (Parti socialisme et liberté), organisent des brigades de « mobilisation électorale » dans les rues et les quartiers, participent à des rassemblements et appellent celles et ceux qui se sont abstenu·es à voter pour Lula. 

La lutte du peuple brésilien contre l’extrême droite, pour les droits sociaux, pour les libertés et pour l’indépendance face à l’impérialisme américain est aussi la nôtre. À l’heure actuelle, pour garantir qu’il n’y ait pas de recul, pour que les travailleur·ses, les jeunes, les populations noires et autochtones et tou·tes les Brésilien·nes opprimé·es conservent leur droit de lutter, de s’exprimer et aient la possibilité d’empêcher la soumission du Brésil à Washington, notre combat est celui de la réélection de Lula. 

Le 25 octobre, Lula président !

 

[Image : Ricardo Stuckert / PR - source : www.inprecor.fr - reproduit sur www.pressegauche.org]

segunda-feira, 5 de outubro de 2026

Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart

Le rempart découvert à Oued Beht, un site marocain qui contribue peu à peu à réécrire l’histoire du Maghreb. Giulio Lucarini/OBAP Archive, 

Écrit par Giulio Lucarini, Cyprian Broodbank et Toby C. Wilkinson

À Oued Beht, dans les collines du nord-ouest du Maroc, au-dessus du fleuve qui a donné son nom au site, des fouilles ont récemment révélé un pan jusqu’ici méconnu de l’histoire de la région. La découverte d’un vasteédifice montre qu’au IIᵉ millénaire avant notre ère, les communautés d’Afrique du Nord-Ouest transformaient déjà leur environnement et entretenaient des échanges au sein de vastes réseaux méditerranéens. 

Les recherches précédemment menées par le projet archéologique d’Oued Beht avaient déjà mis au jour ce qui constitue probablement le plus ancien et le plus vaste complexe agricole jamais découvert en Afrique en dehors de la vallée du Nil. Il daterait d’environ 5 400 à 4 900 ans.

                                                                                  Oued Beht, dans l’actuel Maroc, séparé 

                                                                                  de l’Espagne, au nord, par l’océan. 

                                                                                      Toby Wilkinson/OBAP Archive

De nouvelles fouilles, auxquelles nous avons participé, ont été menées en 2023 et nous ont permis de mieux comprendre le site. Notrenouvelle étude met en lumière la plus ancienne construction de grande ampleur probablement défensive connue à ce jour en Afrique du Nord, hors de la vallée du Nil. Elle daterait d’environ 4 000 à 3 500 ans.

On ignore précisément contre quelles menaces ces structures semblables à des remparts avaient été érigées. Elles témoignent probablement d’une concurrence croissante pour le contrôle des terres, des ressources et peut-être des voies de circulation plutôt que de la crainte d’« envahisseurs ». De telles constructions laissent penser que les communautés ressentaient le besoin de se protéger ou d’affirmer leur pouvoir sur des lieux stratégiques.

Travaux de prospection autour du rempart découvert à Oued Beht. Giulio Lucarini/OBAP Archive

Cette découverte atteste l’existence d’une architecture défensive organisée au Maghreb bien plus tôt qu’on ne le pensait. Elle révèle aussi que les sociétés de la région étaient alors plus complexes et mieux structurées qu’on ne l’imaginait.

Notre étude montre également que, entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle, le promontoire d’Oued Beht a retrouvé une place centrale. L’ancienne structure défensive a été reconstruite, un hameau ou une ferme s’est établi sur une colline voisine et un cimetière a été aménagé entre les deux.

Ensemble, ces découvertes offrent un rare aperçu archéologique des communautés rurales aussi bien à la préhistoire qu’au Moyen Âge. Elles nous aident à comprendre comment ces sociétés se sont développées et ont perduré dans une région trop souvent oubliée des livres d’histoire.

Un foyer majeur de la préhistoire au Maghreb

Pendant longtemps, la fin de la préhistoire au Maghreb – la région d’Afrique du Nord qui comprend le Maroc, l’Algérie et la Tunisie – est restée mal connue. Comparées à celles de régions voisines, comme la péninsule Ibérique ou la région d’Athènes, les données archéologiques étaient souvent fragmentaires. Mais ces dernières années, la situation a radicalement changé.

                                                                           Des restes humains mis au jour à Oued Beht. Marlena Cygan/OBAP Archive

Les fouilles menées à Oued Beht ont révélé une importante concentration d’activités humaines sur une superficie d’au moins dix hectares. La première grande phase d’occupation remonte au milieu du IVᵉ et au début du IIIᵉ millénaire avant notre ère, soit à la fin du Néolithique.

L’étude des restes de végétaux et d’animaux datant de cette époque indique qu’une communauté d’agriculteurs y cultivait notamment de l’orge et du blé. Ses habitants exploitaient également des plantes sauvages et élevaient du bétail.

Le site était également un important centre de production artisanale. Des milliers de haches en pierre polie et d’autres outils y ont été découverts ainsi que des poteries finement façonnées, parfois ornées de motifs peints.

On ignore encore si Oued Beht était alors un village occupé en permanence, un lieu de rassemblement saisonnier ou un type de site moins familier. Mais il occupait manifestement une place majeure dans le paysage du nord-ouest du Maroc.

                                                     Une hache en pierre polie découverte à Oued Beht. Hamza Benattia/OBAP Archive

Le rempart défensif

La présence de levées de terre et de murs potentiellement anciens avait été signalée dès les années 1930. L’archéologue français Armand Ruhlmann avait alors décrit un ensemble de trois murs, le quatrième côté étant protégé par l’escarpement naturel du promontoire. Il y voyait un dispositif défensif de type « éperon barré ». Jusqu’à présent, toutefois, la nature exacte et la datation de ces vestiges restaient incertaines.

                           L’éperon barré, près du village d’Aït Siberne (région de Rabat-Salé-Kénitra). Arnau Garcia-Molsosa/Toby Wilkinson/OBAP Archive

De nouvelles fouilles ont confirmé l’existence d’un fossé, d’un rempart et d’un mur construits en plusieurs étapes dans une partie étroite de la crête d’Oued Beht, entre le fleuve et un ravin. Ce dispositif isolait et protégeait l’extrémité sud du promontoire. La datation au carbone 14 des dépôts associés à ces structures nous a permis d’en établir la chronologie.

                                                       Vue en coupe du mur, du rempart et du fossé. Alessia Brucato/Lucy Farr/Moad Radi/OBAP Archive

Ces datations situent la construction initiale de cet ouvrage à une époque correspondant à l’âge du bronze dans le reste de la Méditerranée occidentale. Il s’agit donc du plus ancien ouvrage défensif attesté en Afrique du Nord en dehors de l’Égypte.

À quoi servait cet ouvrage ?

Cette structure soulève d’importantes questions sur la société qui l’a édifiée. La construction d’un système associant rempart et fossé nécessitait de la planification, de la coordination et la mobilisation d’une importante main-d’œuvre. Elle témoigne donc de l’existence d’une communauté capable de mener des projets de construction complexe.

                                                             Photo du site prise par drone. Arnau Garcia-Molsosa/Toby Wilkinson/OBAP Archive

Au cours de la première phase d’occupation, au Néolithique, les activités se concentraient dans la partie nord du site d’Oued Beht, plus vaste et plus ouverte. À l’époque étudiée dans notre nouvelle étude, elles s’étaient déplacées vers la crête méridionale, plus étroite et plus facile à défendre. Cette évolution pourrait traduire un changement dans les stratégies d’occupation du territoire.

Des liens avec le monde méditerranéen

Le IIᵉ millénaire avant notre ère est une période de profonds bouleversements dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Dans le sud de la péninsule Ibérique, les sociétés argariques – entre 2200 et 1550 avant notre ère – développaient des habitats complexes, souvent établis au sommet de collines. Elles se caractérisaient par une architecture planifiée, une métallurgie avancée, notamment dans la production du bronze, et de fortes hiérarchies sociales, perceptibles dans les pratiques funéraires. Ces communautés aménageaient fréquemment des sites fortifiés et des habitats stratégiquement situés, qui leur permettaient de contrôler les territoires environnants.

De plus en plus d’indices montrent que les communautés d’Afrique du Nord-Ouest étaient intégrées à de vastes réseaux méditerranéens, notamment avec les territoires correspondant aujourd’hui à l’Espagne et au Portugal. Les découvertes d’Oued Beht confirment que le Maghreb n’était pas isolé, mais participait pleinement aux transformations qui façonnaient alors la Méditerranée occidentale.

Le système défensif du site pourrait ainsi témoigner de profondes évolutions dans l’organisation sociale et les relations entre les communautés de la région : une concurrence croissante pour l’accès aux ressources, le contrôle des voies de circulation et l’émergence de formes de pouvoir plus structurées.

« Réécrire » l’histoire

Les découvertes d’Oued Beht montrent combien l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord reste encore à explorer. Le rempart témoigne de la capacité des communautés de la région à coordonner de vastes chantiers. Il révèle aussi des transformations sociales que l’on commence tout juste à entrevoir.

Les vestiges médiévaux montrent que le promontoire a de nouveau été occupé plusieurs siècles après l’abandon de l’habitat préhistorique. Oued Beht n’a donc pas connu une seule période d’occupation : différentes communautés ont choisi ce même lieu au fil des millénaires.

À mesure que les recherches progresseront, ce site pourrait devenir essentiel pour comprendre comment les sociétés du Maghreb ont évolué, des premières communautés agricoles au monde rural médiéval.


[Source : www.theconversation.com]


domingo, 27 de setembro de 2026

Elif Eralp, a líder de esquerda radical com raízes turcas vista como a «Mamdani alemã»

Aos 45 anos, a advogada deu uma vitória histórica ao Die Linke no domingo. Mas para chegar ao poder em Berlim, a extrema-esquerda precisa de parceiros de coligação. Defesa de habitação acessível gerou comparações com mayor de Nova Iorque. 

Escrito por Helena Tecedeiro 

Aos 10 anos, Elif Eralp convenceu duas amigas a juntar-se a ela na garagem dos pais para pintarem cartazes pela defesa do ambiente e distribuí-los. Aos 12 sabia que queria ser advogada de direitos humanos. Criada por pais sindicalistas, que fugiram da Turquia para a Alemanha após o golpe militar de 1980 e que sempre a levaram com eles a manifestações, Eralp formou-se em Direito e passou pelo Alto Comissariado das Nações Unidas para os Refugiados antes de, em 2010, ir trabalhar como assessora jurídica para o grupo parlamentar do Die Linke. A adesão ao partido da esquerda radical alemã (Die Linke significa A Esquerda) deu-se em 2017 e agora, menos de uma década depois, Eralp protagonizou a vitória histórica de domingo passado em Berlim. Mas para tornar-se a primeira filha de imigrantes a liderar a cidade-estado que é a capital alemã tem ainda de conseguir apoios para formar uma coligação de governo. 

A viver no bairro de Kreuzberg, na antiga Berlim Ocidental, com o marido e os dois filhos, num apartamento arrendado, como gosta de destacar, Eralp fez da habitação acessível um foco da sua campanha para burgomestre. Aos 45 anos, a advogada defende a municipalização de 220 mil apartamentos, vendidos pela câmara a grandes grupos imobiliários nos anos 2000, sendo estes acusados de explorar os inquilinos. Um programa que pode dificultar as negociações com os social-democratas do SPD que, como os Verdes, já abriram a porta a juntar-se a Eralp no governo. 

“A minha grande prioridade será combater o aumento das rendas, porque esse é o maior problema para os berlinenses”, afirmou Eralp em entrevista à agência estatal turca Anadolou. 

Nascida em Munique em 1981, pouco depois da chegada dos pais à Alemanha, Eralp destaca-se em contraponto à AfD, o partido de extrema-direita que, também no domingo, foi o mais votado nas eleições no Mecklemburgo-Pomerânia, duas semanas depois da sua vitória na Saxónia-Anhalt, onde ficou a três lugares da maioria. 

Em Berlim, a campanha do Die Linke promete uma “cidade solidária”, com Eralp a defender a facilitação da naturalização e maiores direitos políticos para residentes de longa data sem cidadania alemã. Segundo ela, a capital precisa de um governo que reflita melhor uma cidade marcada pela imigração. “Durante décadas, vimos como a chamada geração dos ‘trabalhadores convidados’, que ajudou a construir Berlim, nunca foi realmente reconhecida ou valorizada”, diz à Deutsche Welle. 

Confrontada com acusações de antissemitismo no Die Linke, sobretudo depois de um evento do partido na capital ter tido a presença do rapper Dahabflex, cujas letras foram consideradas antissemitas, defendendo a violência contra soldados israelitas, Eralp afastou-se do episódio. Condenando a apresentação e pedindo consequências, garantiu: “Defendo de forma inequívoca a proteção da vida judaica, assim como a proteção da vida palestiniana e muçulmana”. 

Apelidada de “Mamdani alemã” pelos media germânicos, numa comparação com o mayor de Nova Iorque, Zohran Mamdani, cuja campanha também se centrou na habitação acessível e maior justiça social, Eralp não nega a inspiração, tanto na mensagem como no estilo de campanha centrado no porta a porta e nas redes sociais. “Como mulher, tenho relutância em comparar-me a um homem. Mas, naturalmente, o sucesso de Mamdani foi um grande exemplo para nós”, disse Eralp à Reuters. 

Mulher, jovem, filha de imigrantes, Eralp tem um perfil que há uns anos seria pouco comum no Die Linke, um partido fortemente implantado nos länder da antiga Alemanha de Leste e em Berlim Oriental. Nascido em 2007 da fusão entre o Partido do Socialismo Democrático (PDS) - sucessor do Partido Socialista Unificado da Alemanha (SED), que governou a Alemanha de Leste nos seus 40 anos de existência - e da Alternativa Eleitoral para o Trabalho e a Justiça Social (WASG), constituída na Alemanha Ocidental por sindicalistas e dissidentes do SPD, o Die Linke teve como primeiros líderes Lothar Bisky e Oskar Lafontaine. 

Muitas vezes visto ainda como o partido dos ex-comunistas, hoje três quartos dos eleitores do Die Linke vêm do oeste da Alemanha, apesar de a percentagem do partido ainda a ser maior no leste: nas eleições de 2025, teve 12,8% no leste e 7,9% no oeste. 

Atualmente, com Elif Eralp em Berlim, Heidi Reichinnek, deputada e presidente do grupo parlamentar no Bundestag, que aos 38 anos é uma estrela das redes sociais, e Ines Schwerdtner, aos 37 anos copresidente do partido, o Die Linke apresenta um trio feminino de peso na liderança. Objetivo? Conquistar o voto de uma população mais jovem, urbana, mais feminina e marcada por uma história de migração, muito sensível às questões da igualdade e do racismo. 

 

[Foto: EPA/CLEMENS BILAN - fonte: www.dn.pt]

 

sexta-feira, 28 de agosto de 2026

Les Ciutats Verdes de França demostren que el canvi és possible

 


Escrit per Mathieu Dejean

Els alcaldes verds que van ser escollits han resistit els intents de soscavar-los. A mitjà termini, l’emergència climàtica s’agreuja i les seves polítiques mediambientals es comprenen millor, però l’onada verda segueix confinada a les zones urbanes. 

Es necessiten tres anys perquè una idea radical sembli raonable? L’experiència dels alcaldes verds triats en 2020 ajuda a respondre a aquesta pregunta. En les últimes eleccions municipals, una “onada verda” va arrasar una quinzena de ciutats, entre elles Lió, Estrasburg, Bordeus, Poitiers, Besançon, Tours, Annecy i Colombes, malgrat la baixa participació (el 59% dels votants es va quedar a casa en la segona volta). 

Encara que només el 3% de la població francesa viu ara en una ciutat governada pels Verds, aquestes eleccions van possibilitar al partit gaudir d’ “un dels seus moments més determinants”, subratlla la politòloga Vanessa Jérome en el seu llibre Militer chez les Verts (Ser activista verd). El partit va substituir al germà gran socialista en diverses ciutats, mentre que en unes altres va posar fi a dècades de govern de dretes, sent Bordeus el major avanç. D’aquí la reacció visceral contra els Verds de periodistes influents pròxims als partits tradicionals. 

L’expressió “Khmaires verts” (un joc de paraules entre “maires” (alcaldes) i “Khmers rouges”) es va posar ràpidament de moda, havent estat encunyada per primera vegada per Gérard Collomb, l’alcalde derrotat de Lió. Un mes després de la votació, la revista d’actualitat Le Point titulava “Els pallassos de l’ecologisme”, Le Monde es burlava de les “teories esotèriques” dels alcaldes verds i, en les pàgines de Le Parisien, el cèlebre escriptor i filòsof Bernard-Henri Lévy denunciava que els càrrecs electes estaven posseïts pel “dimoni antihumanista”. 

Es van intensificar les crítiques a les postures dels nous alcaldes. Alguns d’ells ocupaven càrrecs públics per primera vegada i tenien antecedents d’activisme social, per la qual cosa mancaven de xarxes i suport intel·lectual per a rebatre els atacs). 

El baptisme de foc de l’Onada Verda 

El que va ser escollit alcalde de Lió, Grégory Doucet, que abans treballava en el sector de l’ajuda humanitària, va ser el primer a ficar la pota, declarant que el Tour de França era “masclista i contaminant”. Després, el seu homòleg de Bordeus, Pierre Hurmic, es va negar a col·locar un arbre de Nadal -o, segons les seves pròpies paraules, un “arbre mort”- en una de les places de la ciutat. 

A Poitiers, Léonore Moncond’huy, de 30 anys, va justificar la seva “difícil decisió” de deixar de subvencionar els clubs aeronàutics de la ciutat per a “protegir el futur dels nens”. “És trist dir-ho, però els nens d’avui no haurien de somiar amb volar”, va afirmar. 

Aquestes posicions van provocar una gran reacció en els mitjans de comunicació. “Les polèmiques que van seguir a l’arribada dels Verds al poder van equivaldre al que Stanley Cohen va denominar pànic moral. Això ocorre quan la premsa i els mitjans de comunicació amplifiquen les anècdotes de pràctiques o discursos encara minoritaris per a facilitar la seva deslegitimació i preservar així l’statu quo”, explica Simon Persico, professor de Ciències Polítiques que codirigeix el projecte “Promesses et bilans donis municipalités écologistes” (Promeses i trajectòries dels municipis verds), en col·laboració amb la Fundació per a l’Ecologia Política de França i la Fundació Heinrich Böll d’Alemanya. “A nivell nacional, és evident que la classe política es queda curta”, afegeix la diputada verda pel Roine, Marie-Charlotte Garin, estreta aliada de Doucet. “Dir que el Tour de França és masclista i contaminant no hauria de causar tant de renou. Però és clar que tenim una diana a l’esquena per a recuperar les nostres ciutats: desacreditar-nos a nivell nacional també ens desacredita a nivell local”, opina. 

Per al president dels Verds de la regió metropolitana de Lió, Bruno Bernard, aquest renou s’explica pel fet que, sovint, “els Verds tenen prioritats més marcades que altres alternatives de la dreta o l’esquerra tradicionals: per a la societat civil, inclosos els mitjans de comunicació i les organitzacions empresarials, això marca un canvi significatiu”. 

En l’equador dels seus mandats, les acusacions d’amateurisme i dogmatisme dirigides als alcaldes Verds semblen haver remès. Han deixat de cometre errors de comunicació i els seus missatges s’han tornat més disciplinats. L’experiment pioner de Grenoble, on Éric Piolle dirigeix la ciutat des de 2014, també ha marcat la diferència: es va enviar a alts càrrecs locals a les ciutats recentment guanyades perquè compartissin la seva experiència. “El personal polític i administratiu d’alt rang s’ha dispersat pertot arreu”, explica Persico. 

En acabat, després d’estius abrasadors esquitxats de grans incendis, amb els camps de golf gaudint d’exempcions al racionament d’aigua, l’opinió pública va començar a veure on residia realment l’absurd. Això és el que vol creure l’alcaldessa de Poitiers, Léonore Moncond’huy. 

“Els Verds estan creant falques en el debat públic”. Posicions que en el seu moment van provocar indignació poden semblar menys xocants tres anys després” 

Després d’admetre la seva “ficada de pota” en parlar d’aviació, va entaular un debat que, segons ella, ha estat productiu: “He intentat fer una mica de judo amb aquesta polèmica. He parlat amb la indústria de l’aviació perquè és important explicar el nostre pla de transició. Crec que això ha fet canviar d’opinió”. 

“Els Verds estan creant falques en el debat públic”, afegeix Persico. Posicions que en el seu moment van suscitar indignació poden semblar menys xocants tres anys després. En aquell moment, aquestes reaccions eren una manera d’atacar al nouvingut. Avui, la consciència de les conseqüències tangibles de l’escalfament global és una mica major i més compartida, i l’estalvi energètic ja no és una paraula tabú en política pública, encara que continuï significant coses diferents per a persones diferents”.

Ecologisme quotidià 

Moncond’huy també considera que els alcaldes Verds, al capdavant de majories inclusives i de base (el 50% de la seva llista electoral estava composta per no afiliats al partit), han demostrat la seva vàlua en el poder: “Es presumia que seríem incompetents i aficionats, però tres anys després, ens hem consolidat. Hem demostrat que podem mantenir el rumb, que ens interessa més l’acció que les frases fetes”. 

Simon Persico confirma que, quan es tracta de la seva “activitat principal”, les promeses dels ajuntaments verds s’han complert: “En transport, menjadors escolars, polítiques de foment de l’ecologització i el drenatge sostenible, desplaçaments actius, estan avançant ràpidament en la majoria de les ciutats invertint i transformant el seu espai urbà. Moltes de les seves promeses en aquests àmbits s’han complert o estan a punt de complir-se”. 

En l’àrea metropolitana de Lió, un cas especial on les competències són àmplies i els centres urbans (Lió, Vénissieux, Vaulx-en-Velin) estan alineats políticament, els avanços han estat significatius: per a combatre les onades de calor, es van plantar 25.000 arbres i arbustos en l’hivern de 2022-2023, amb l’objectiu d’aconseguir una cobertura arbòria del 30% en 2026; la publicitat en espais públics s’ha reduït dràsticament (han desaparegut les tanques digitals, els anuncis en tanques d’obra i els aparadors il·luminats a la nit); s’instal·laran 1.300 contenidors de compostos en l’exterior dels edificis d’habitatges d’aquí a la fi de 2023, el contingut dels quals s’utilitzarà per a adobar les terres de cultiu; s’han potenciat les alternatives al cotxe, duplicant el pressupost de transport públic aquesta legislatura: les ampliacions de la línia B del metro i de la xarxa de tramvies 2026 hauran d’estar acabades en 2026… 

Els Verds es juguen molt: encara que Europe Ecologie Els Verts (EELV, el partit verd francès) es considerava la força emergent en política després de les eleccions europees de 2019 i les eleccions locals de 2020, els seus mals resultats en les eleccions presidencials de 2022 (amb un decebedor 4,7% dels vots) els ha restat força. Els alcaldes i diputats verds són ara els actius sobre els quals el partit espera construir bastions electorals i consolidar un paper més central en l’encara fràgil aliança amb l’esquerra. 

Canviar les actituds cap al medi ambient no és bufar i fer ampolles, amb el consumisme i el productivisme profundament arrelats en la societat. Malgrat això, els Verds no tenen intenció de descansar després de les seves primeres victòries locals.

Marini Tondelier, elegida secretària nacional de EELV al desembre de 2022, ho va confirmar en la clausura de la conferència del partit: “Avui hi ha càrrecs electes Verds en tot el nostre país; és un gran orgull. […] Així és, els Verds en el poder canvien vides! […] Tenim el doble de càrrecs que fa tres anys. El nostre principal objectiu és mostrar el que el moviment Verd pot significar per a una zona, perquè així és com podem aconseguir que la gent se sumi a un canvi realment efectiu”, afirma Moncond’huy. 

Grégory Doucet es va fer ressò d’aquest missatge en parlar amb Mediapart en 2020: “Són les ciutats les que impulsen la transició verda, les que poden donar exemple, perquè poden formar part de la vida quotidiana de la gent”. Persico assenyala que les ciutats estan dirigides en la seva majoria per coalicions, per la qual cosa “a nivell local, la transició ecològica no és patrimoni exclusiu dels polítics verds, encara que ajudin a desenvolupar i promoure bones pràctiques en aquest àmbit”. 

Construir més fortaleses verdes 

A ulls de Bernard, president de la poderosa àrea metropolitana de Lió i expert en la geografia electoral de EELV, el suport s’ha mantingut ferm fins ara -encara que en unes certes ciutats, com Annecy i Bordeus, la majoria del partit és fràgil-. “Des de 2020, hi ha hagut eleccions, sobretot parlamentàries, que han confirmat els nostres avanços. Si ens fixem en els resultats, no hi ha hagut ensulsiades ni signes de fissures”, assenyala. 

Encara que desconfia del triomfalisme, també assenyala que hi ha dues qüestions que estan cobrant importància en la societat i que legitimen les polítiques de transició ecològica. En primer lloc, l’estalvi energètic. “Quan parlàvem d’això fa dos anys, el president encara es burlava de la gent que volia “tornar a les veles”. En l’àrea metropolitana de Lió, l’hivern passat vam reduir un 10% el consum d’electricitat només amb l’educació”, presumeix. 

Després està la qüestió de l’aigua, sobre la qual “ara hi ha més consciència entre el públic en general”. Per als 1,5 milions d’habitants de l’àrea metropolitana de Lió, la gestió de l’aigua va passar a mans públiques l’1 de gener de 2023 per a protegir aquest preuat recurs. “Avui és molt més fàcil explicar el que fem”, afirma Bernard. 

Altres ciutats verdes estan, no obstant això, més aïllades que Lió, i han de fer front a “importants tensions interinstitucionals que fan que els projectes no avancin amb la rapidesa prevista”, afirma Persico. “Ens agradaria anar més lluny i més ràpid, però la política és un compromís permanent entre institucions”, coincideix Moncond’huy, frustrada per veure’s frenada tant per la regió com per les diferències de posició amb el Govern central. 

És en la qüestió del transport -i, per tant, de la reducció de l’espai per als cotxes- on els Verds continuen trobant la resistència més tenaç. Bernard afirma que les zones de baixes emissions (ZBE) “gaudeixen de més suport dins de l’àrea metropolitana de Lió que fora d’ella”, la qual cosa reflecteix que la base electoral de EELV continua sent predominantment urbana. 

En termes més generals, el canvi d’actitud cap al medi ambient no és bufar i fer ampolles, ja que el consumisme i el productivisme estan molt arrelats en la societat. “La gent és ambivalent, com tots. Són conscients que el canvi climàtic és irreversible i que alterarà radicalment la nostra vida quotidiana, però, al mateix temps, no estan disposats a renunciar a uns certs comportaments”, conclou Alain Coulombel, membre de l’oficina executiva de EELV. 

Malgrat això, els Verds no tenen intenció de descansar després de les seves primeres victòries locals. Ja estan planificant les eleccions municipals de 2026 amb la vista posada en les principals ciutats en mans de la dreta, entre elles Tolosa i Saint-Étienne, l’actual alcalde de la qual, Gaël Perdriau, està embolicat en un escàndol.

 

[Aquest article va ser publicat originalment per Mediapart i reproduït dins www.greeneuropeanjournal.eu]

quinta-feira, 20 de agosto de 2026

Brésil : Lula défend la découverte de pétrole en Amazonie au nom de la souveraineté nationale malgré les critiques des écologistes

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a défendu lundi la récente découverte de pétrole au large de l’Amazonie, qu’il juge essentielle pour l’avenir du pays, malgré les critiques des écologistes.

Le président brésilien Lula annonce à Brasilia, le 18 septembre 2025.

La compagnie publique Petrobras a annoncé vendredi avoir identifié des indices de pétrole en eaux profondes à environ 175 kilomètres des côtes amazoniennes. Le forage a été lancé en octobre 2025 dans la région maritime de la Marge équatoriale, après plusieurs années de démarches pour obtenir les autorisations environnementales nécessaires.

Lula met en avant l’avenir économique du Brésil

En visite sur une base opérationnelle de Petrobras, Lula a qualifié cette découverte de « passeport pour l’avenir » du Brésil. Le président brésilien a toutefois assuré que cette position ne remettait pas en cause son engagement de longue date en faveur d’une réduction progressive de la dépendance aux énergies fossiles.

Selon lui, l’exploitation de nouvelles réserves pourrait également renforcer la souveraineté du pays. Vêtu d’une combinaison orange, il a affiché son enthousiasme en présentant un échantillon de brut prélevé lors des opérations d’exploration.

Petrobras encore prudente sur l’ampleur du gisement

La découverte reste toutefois en phase d’évaluation. La présidente de Petrobras, Magda Chambriard, a expliqué que quinze à vingt jours de forage supplémentaires seraient nécessaires pour mesurer précisément l’importance du gisement.

Des études devront également confirmer son potentiel commercial. Malgré ces incertitudes, la dirigeante a affirmé qu’il existait des raisons d’être « extrêmement optimiste » sur les perspectives offertes par cette découverte.


Les critiques persistent chez les défenseurs de l’environnement

Les associations environnementales continuent de dénoncer les risques liés à l’exploration pétrolière dans une zone particulièrement riche en biodiversité. Elles craignent notamment les conséquences qu’une éventuelle marée noire pourrait avoir sur les écosystèmes situés au large de la plus grande forêt tropicale de la planète.

Pour Suely Araujo, coordinatrice de l’Observatoire du Climat, cette découverte ne répond pas aux interrogations soulevées lors de l’attribution de la licence environnementale. Elle estime notamment que les communautés autochtones concernées n’ont pas été suffisamment consultées et pointe des lacunes dans l’évaluation des risques.

Un enjeu politique à quelques semaines du scrutin

Âgé de 80 ans, Lula briguera en octobre un quatrième mandat non consécutif à la tête du Brésil. La question de l’exploitation des ressources naturelles pourrait s’inviter au cœur de la campagne électorale.

Le président défend un abandon progressif des combustibles fossiles afin de lutter contre le réchauffement climatique. Mais il estime également que le Brésil, neuvième producteur mondial de pétrole l’an dernier, ne peut pas se passer à court terme des revenus générés par cette ressource. 

 

[Photo : EVARISTO SA/AFP via Getty Images - source : www.epochtimes.fr]


domingo, 26 de julho de 2026

Israël-Cisjordanie. « L’écologie de la dépossession » : le « sionisme vert » comme instrument du nettoyage ethnique

 

Ferme palestinienne à Wadi Qana, localité « classée réserve naturelle », mars 2019. 

Écrit par Diana Kruzman

Fin avril de l’année dernière, des responsables israéliens ont laissé trois notifications informant Bassem Mansour, un agriculteur de la communauté palestinienne de Deir Istiya, dans le nord de la Cisjordanie occupée, que trois de ses parcelles d’agrumes empiétaient sur les limites de Wadi Qana, une réserve naturelle protégée. Ces notifications ordonnaient à Bassem Mansour d’arracher immédiatement ses jeunes arbres, sous peine d’« arrestation, de poursuites judiciaires et de sanctions ». Bassem Mansour, comme de nombreux autres agriculteurs palestiniens de la région, a été contraint d’arracher ses jeunes arbres. Six mois plus tard, à quelques kilomètres seulement des parcelles d’agrumes de Bassem Mansour, l’avant-poste colonial israélien d’El Matan a célébré son intégration officielle en tant que quartier de la colonie plus vaste de Karnei Shomron. Lors de sa fondation en 2000, l’avant-poste de colons se trouvait à l’intérieur des limites de la réserve, en violation de la loi israélienne, mais en 2014, le gouvernement israélien a discrètement redessiné les limites de Wadi Qana afin d’exclure la parcelle de 25 acres sur laquelle se trouve l’avant-poste. Et bien qu’El Matan rejette régulièrement des eaux usées non traitées dans la vallée protégée située en contrebas, la ministre israélienne de la Protection de l’environnement [Idit Silman] a assisté à la cérémonie d’intégration, au cours de laquelle elle a souligné l’importance de cette mesure pour l’expansion juive dans la région. « Notre présence sur le terrain […] déterminera la sécurité de l’ensemble de l’État d’Israël », a-t-elle déclaré lors de cet événement.

L’utilisation par Israël des terres protégées est l’un des éléments de ce que l’on appelle souvent le sionisme « vert » ou « écologique », qui postule que la protection de l’environnement est essentielle au maintien du caractère juif du territoire. Sur le papier, l’objectif des réserves naturelles israéliennes est de protéger la flore et la faune indigènes, tant à l’intérieur des frontières de 1948 qu’en Cisjordanie occupée. À la suite d’un décret militaire de 1970 accordant à l’armée le pouvoir de réserver des terres en Cisjordanie pour la création de parcs ou la préservation de la nature, l’armée a chargé l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA), un organisme gouvernemental relevant du ministère de la Protection de l’environnement, d’administrer en son nom les parcs de la zone C [sous contrôle total israélien, définie lors des accords d’Oslo], qui constitue la majeure partie de la Cisjordanie. La mission officielle de l’INPA est de « préserver et gérer le caractère particulier des paysages typiques à travers tout le pays, dans l’intérêt de tous les habitants », et Israël a étendu les limites de plus d’une douzaine de réserves en Cisjordanie au cours des cinq dernières années, notamment celle de Wadi Qana, au service de cet objectif déclaré.

Le « sionisme vert » permet ainsi à l’État d’Israël de dissimuler son occupation du territoire et le nettoyage ethnique des Palestiniens derrière le discours progressiste de l’écologisme, en mettant en avant les initiatives de plantation d’arbres et les réserves naturelles comme preuve du rôle indispensable d’Israël en tant que gardien de la terre. Les experts et les organisations de défense des droits des Palestiniens affirment depuis longtemps que ces « mesures de protection » environnementales ne sont qu’un prétexte utilisé pour justifier l’expulsion des Palestiniens de leurs foyers, tandis que les colonies israéliennes illégales sont autorisées à se multiplier. Wadi Qana, par exemple, est entouré de sept colonies de ce type. Comme me l’a expliqué Alon Cohen-Lifshitz, de l’organisation israélienne de défense des droits en matière d’urbanisme Bimkom, l’objectif principal des autorités israéliennes en créant des réserves naturelles est « de limiter le développement des Palestiniens et d’empêcher l’accès aux bergers et à leurs troupeaux… Elles utilisent l’aménagement [environnemental] comme un outil pour faciliter la mainmise sur davantage de terres ».

L’instrumentalisation de l’écologie par Israël remonte à sa fondation. Par exemple, le Keren Kayemeth Le-Israel – Fonds national juif (JNF), une association à but non lucratif fondée en 1901 par Theodor Herzl, le père du sionisme politique moderne, a mené une politique de « verdissement du désert », en plantant des pins à travers le désert du Naqab (ou Néguev) et en chassant les éleveurs bédouins au passage. Aujourd’hui, le JNF possède plus de 13% des terres en Israël, qu’il interdit aux non-juifs de louer, et a planté des centaines de millions d’arbres, qui ont historiquement servi à masquer les villages palestiniens détruits lors de la Nakba de 1948 et sont toujours utilisés pour empêcher les « invasions » palestiniennes et permettre une « mainmise ferme » sur les terres, selon les termes de documents du gouvernement israélien. Afin de promouvoir cette action, le JNF-USA a déposé la marque « Éco-sionisme », qu’il décrit comme « l’un des mouvements environnementaux les plus fructueux du XXIe siècle ».

Cette affirmation, dans laquelle des organisations et des organismes gouvernementaux israéliens se présentent comme les défenseurs de la nature, suit un schéma familier que la juriste Irus Braverman qualifie d’« exceptionnalisme écologique », selon lequel l’État se présente comme le seul capable de sauver l’environnement, souvent des dommages prétendument causés par les peuples indigènes. Dans ce cadre, les responsables israéliens et l’INPA « apparaissent comme les forces civilisées qui sauvent des animaux non humains innocents des actes criminels et inhumains des Palestiniens », a écrit Irus Braverman dans son ouvrage de 2023 intitulé Settling Nature: The Conservation Regime in Palestine-Israel (University of Minnesota Press). Ce positionnement est similaire à celui d’autres gouvernements coloniaux de peuplement lors du déplacement des peuples autochtones, m’a expliqué Ghada Sasa, politologue et militante palestinienne. Par exemple, en Tanzanie, le peuple autochtone masaï a été chassé de ses terres ancestrales pour faire place à l’extension des parcs de safari, et le parc national de Yellowstone, aux États-Unis, a été créé dans le cadre d’une poussée d’expansion vers l’ouest qui a entraîné le déplacement des peuples Crow, Blackfeet, Bannock, Nez Perce et Shoshone. En Israël/Palestine, environ 25% du territoire a été placé sous la juridiction de l’INPA, un pourcentage encore plus élevé que dans des pays fortement tributaires du tourisme lié à la faune sauvage, tels que le Kenya et l’Afrique du Sud.

Les prétentions d’Israël en matière de gestion environnementale contredisent sa destruction bien documentée de l’environnement, comme son détournement des eaux du Jourdain ; son défrichage de terres pour la construction du mur de séparation, qui s’est depuis révélé catastrophique pour la faune sauvage ; sa protection des colons alors qu’ils arrachent des oliviers en Cisjordanie ; et son empoisonnement des terres agricoles à Gaza et au Liban au phosphore blanc. Depuis octobre 2023, les effets toxiques sur la santé et l’environnement du génocide à Gaza, notamment le bombardement des infrastructures d’assainissement et l’anéantissement quasi total des terres agricoles, ont donné lieu à de nouveaux appels visant à faire de l’écocide un crime de guerre. Les prétentions d’Israël en matière de gestion écologique sont également contredites par le fait que bon nombre des atteintes à l’environnement attribuées aux Palestiniens, telles que le brûlage des déchets (dont un député d’extrême droite de la Knesset a préconisé qu’il devienne un délit passible de la peine de mort) ou l’abattage d’arbres, résultent du fait de vivre sous occupation et de ne pas avoir accès à des systèmes adéquats d’élimination des déchets ni à un approvisionnement en carburant. Parallèlement, les Palestiniens ont une empreinte carbone inférieure à celle des Israéliens, consomment beaucoup moins d’eau et sont plus vulnérables aux effets du changement climatique.

De plus, Israël agit souvent selon des motivations politiques, plutôt qu’environnementales, lorsqu’il prend des décisions en matière d’écologie. Un article de 2023 publié dans la revue Parks a révélé que la majorité des réserves naturelles de Cisjordanie avaient été créées « sans justification biologique suffisante » ; environ un tiers d’entre elles étaient simultanément désignées comme terrains d’entraînement militaire, tandis qu’un autre tiers servait à l’extension des colonies israéliennes voisines. Dans les zones d’entraînement militaire, l’armée « y pénètre littéralement avec des chars et des hélicoptères […] pour se préparer à envahir Gaza ou d’autres endroits », a déclaré à Jewish Currents Mazin Qumsiyeh, l’un des coauteurs de l’article et directeur de l’Institut palestinien pour la biodiversité et la durabilité. « Il est donc évident qu’il ne s’agit pas de protection de la nature. Il s’agit d’une utilité pour l’armée israélienne et du nettoyage ethnique des Palestiniens. »

Wadi Qana offre un exemple particulièrement frappant de la manière dont ces dynamiques se concrétisent sur le terrain. Pendant la majeure partie des cent dernières années, cinquante familles palestiniennes ont vécu dans la vallée, y entretenant des oliveraies, des vergers d’agrumes et des potagers. La première colonie israélienne de la région, Karnei Shomron, a été fondée en 1977 sur les collines surplombant la vallée. Six ans plus tard, l’armée israélienne a déclaré la zone réserve naturelle, ce qui signifiait que les agriculteurs palestiniens qui y vivaient n’avaient plus le droit de construire de nouvelles structures ni de planter de nouveaux arbres. Dans le même temps, les colons ont continué à construire. Les eaux usées provenant des sept colonies établies au cours des années suivantes ont chassé la plupart des habitants de la vallée dans les années 1990.

En 2006, plusieurs des plus grandes colonies ont été équipées d’installations de traitement des eaux usées, et les familles d’agriculteurs palestiniens qui avaient quitté la vallée ont pu y revenir. Mais leur retour a été marqué par de nouvelles destructions. Tout au long des années 2010, l’INPA a détruit les canaux d’irrigation palestiniens et déraciné des milliers d’arbres; pendant ce temps, les colons ont construit des routes traversant la zone protégée pour relier les colonies à de nouveaux avant-postes. Bien que certains aient finalement été inculpés pour atteinte à l’environnement dans la réserve, en 2015, les autorités israéliennes, cherchant à relier les colonies d’El Matan et de Ma’ale Shomron, ont commencé à construire une nouvelle route qui trancherait la réserve en deux, séparant de nombreux agriculteurs palestiniens de leurs terres. L’impact des constructions des colons à Wadi Qana montre comment les réserves naturelles sont utilisées pour faire avancer la politique de colonisation israélienne en Cisjordanie, a expliqué Mazin Qumsiyeh. Bien que la région soit effectivement riche en biodiversité, les colonies israéliennes détruisent les habitats d’espèces menacées, telles que le crapaud à pattes en forme de pelle syrien, qui, en Cisjordanie, ne se trouve que dans un seul étang de la région de Wadi Qana. « À cause des colonies et de leurs infrastructures, nous assistons à une lente destruction de l’environnement », a déclaré Mazin Qumsiyeh.

Ce schéma s’est répété dans toute la Cisjordanie. Alors que certaines zones — telles que al-Arqoub près de Bethléem et Wadi al-Quff près d’Hébron — sont classées en réserves naturelles car elles constituent de précieux réservoirs de biodiversité et de beauté naturelle, l’INPA a tendance à donner la priorité aux colonies plutôt qu’aux communautés palestiniennes vivant sur ces terres, voire à la nature elle-même. Cela signifie que les mêmes lois utilisées pour justifier l’expulsion des Palestiniens de ces zones sont souvent ignorées lorsque les colonies nuisent à l’environnement, a expliqué Mazin Qumsiyeh. À Wadi Qana, l’INPA a collaboré avec l’administration municipale de la colonie de Karnei Shomron pour aménager un parc de loisirs destiné aux colons. Comme le relate l’ouvrage d’Irus Braverman, l’objectif, selon les termes de l’ancien président du conseil municipal de Karnei Shomron, est de transformer la réserve « en jardin de Karnei Shomron ».

Les réserves naturelles ne sont qu’un outil parmi d’autres utilisé par l’État d’Israël pour consolider son contrôle sur les terres palestiniennes, ont souligné les experts avec lesquels je me suis entretenu. Mais comme l’a expliqué Irus Braverman, il est particulièrement important de reconnaître l’écologie comme une stratégie distincte de contrôle colonial en raison de son caractère invisible. « La nature est puissante précisément parce qu’elle se présente comme apolitique », m’a-t-elle confié. Une telle représentation, a-t-elle fait valoir, masque le rôle politique que jouent les discours environnementaux. Ce processus, souvent appelé « greenwashing », peut compliquer la tâche des organismes internationaux et des observateurs occasionnels lorsqu’il s’agit de dénoncer et de contester la dépossession.

Pendant ce temps, à Wadi Qana, et plus largement en Cisjordanie, les processus de dépossession foncière ne montrent aucun signe de ralentissement. En janvier, Israël a saisi 170 acres près de Wadi Qana et les a déclarés terres d’État, ce qui précède très souvent la création de nouvelles colonies. Par ailleurs, la recrudescence des violences commises par les colons a accru la pression sur les familles palestiniennes restantes. Othman Odeh, un responsable de la communauté palestinienne d’Ayun Khirbet Qara, qui regroupe une douzaine de familles vivant à Wadi Qana, m’a confié que depuis le 7 octobre, les colons se sentent encouragés à étendre leurs activités d’élevage à Wadi Qana, sachant que l’INPA n’interviendrait pas, malgré l’interdiction légale de faire paître du bétail dans les réserves naturelles protégées. Depuis août de l’année dernière, trois familles palestiniennes ont quitté la vallée après avoir subi des harcèlements répétés de la part des colons, qui font paître leurs vaches dans la vallée et détruisent les cultures de la communauté. « La situation est catastrophique », a expliqué Othman Odeh. « Les attaques quotidiennes et organisées contre les agriculteurs, la destruction de leurs cultures et de leurs oliviers, ainsi que le vol de leurs troupeaux sont insupportables. Nous sommes confrontés soit au déplacement, soit à la mort. »

 

[Article publié sur le site Jewish Currents le 9 juillet 2026; traduction rédaction À l’Encontre ; reproduit sur www.alencontre.org - photo : Anne Paq / Activestills]