Mostrar mensagens com a etiqueta Illustration. Mostrar todas as mensagens
Mostrar mensagens com a etiqueta Illustration. Mostrar todas as mensagens

quinta-feira, 20 de agosto de 2026

Fernand Iveton, l’execució que França no va voler evitar

A 'Els nostres germans ferits' Joseph Andras novel·la la condemna contra aquest revolucionari que va lluitar per la independència d'Algèria 

Fernand Iveton

Escrit per Mario Guerrero 

Els nostres germans ferits (Afers en català amb traducció de Pau Bosch i Anagrama en castellà amb traducció d’Álex Gibert) és l’òpera prima de Joseph Andras (França, 1984) i guanyadora del premi Goncourt a la primera novel·la, un guardó que l’autor, per cert, va rebutjar. Situada a Alger el 1956, narra el cas de Fernand Iveton, l’únic pied noir -francès blanc nascut a Algèria— executat per l’Estat francès durant la guerra per la independència del país nord-africà. Aquesta novel·la reconstrueix el cas Iveton, un obrer comunista que va decidir posar una bomba per reivindicar la independència, sense buscar-ne víctimes. Així i tot, la bomba és desactivada i ell, detingut, torturat i condemnat a mort.

La trama comença amb el protagonista amagat en una carretera esperant que li donin les bombes que ha de posar. Una, a la fàbrica on treballa, però en un lloc estratègic perquè no hi hagi víctimes. Tota l’acció es desenvolupa ràpidament i les tortures arriben aviat per part del país que fou el bressol de la Il·lustració. A continuació, la història de la detenció i el judici d’Iveton s’alterna amb la de la seva vida i el seu passat. Alhora, es descriuen l’ambient i l’atmosfera de l’Algèria de llavors, així com la convivència entre algerians i europeu.

Joseph Andras

Iveton va ser una figura que va generar divisió entre els qui pensaven que era un heroi i els qui creien que era un terrorista. Mentrestant, el Front d’Alliberament Nacional (FLN) es debatia entre reivindicar-ne la figura o no fer-ho. Hi ha qui prega perquè es revoqui la seva condemna al president de la República francesa d’aleshores i al ministre de Justícia, François Mitterrand, però no aconsegueixen res. És abandonat pels seus companys del Partit Comunista i rebutjat pels europeus d’Algèria, que el consideraven un traïdor.

En aquesta novel·la, l’important no és què passa, sinó com es desenvolupen els fets i tot allò que l’autor aporta amb la seva prosa. Andras ha superat les meves expectatives i ha aconseguit traçar un retrat cruel i descarnat de les autoritats i l’acció policial contra el protagonista. Aquestes pàgines són una crítica al colonialisme i a l’Estat francès de l’època. A la guerra d’Algèria, hi havia qui defensava que la lluita no era racial, sinó que era entre oprimits i opressors, sense distinció de procedència. Iveton va participar en aquesta lluita i va ser condemnat.

 

[Font: www.llegir.cat]

quinta-feira, 30 de julho de 2026

La littérature palestinienne en Israël, éditer sous domination coloniale

Publier en arabe en Israël ne consiste pas uniquement à essayer de faire vivre la langue d’une minorité. La géographie du livre révèle les profondes inégalités et difficultés auxquelles se heurte l’édition en arabe dans un État organisé autour de la souveraineté de l’hébreu moderne. 

Bureau de Mahmoud Darwich (musée Mahmoud Darwich de Ramallah) @ Agsous Zahra

Écrit par Sadia Agsous-Bienstein

Lorsque je me suis rendue pour la première fois en Palestine/Israël il y a une dizaine d’années, je me suis naturellement mise à chercher des librairies pour acheter des livres en arabe et créer des contacts avec des éditeurs palestiniens qui sont citoyens de l’État d’Israël1. J’ai rapidement découvert combien cette quête pouvait s’avérer difficile. À Jaffa comme à Haïfa, les librairies proposant un véritable fonds en langue arabe étaient peu nombreuses. Le même constat s’imposait à Jérusalem-Ouest, où les principales librairies offraient essentiellement des ouvrages en hébreu, en anglais et, dans une moindre mesure, en russe. C’est finalement dans la vieille ville de Jérusalem que j’ai trouvé une papeterie/librairie dont le premier étage ressemblait à une véritable caverne d’Ali Baba. Des romans palestiniens, de la littérature arabe, des essais en sciences humaines et sociales, des ouvrages d’histoire, de philosophie ou de sciences politiques remplissaient les rayonnages. Pour les publications les plus spécialisées, y compris celles de l’Institut d’études palestiniennes, il fallait toutefois se rendre à Ramallah. On trouve aussi à Naplouse ou Hébron des librairies qui proposent des livres de toutes catégories en langue arabe.

Cette géographie du livre n’avait rien d’anecdotique. Elle révélait déjà les profondes inégalités qui structuraient la circulation et la présence de la langue arabe en Israël face à la langue hégémonique et coloniale, l’hébreu. En effet, tandis que les grandes chaînes de librairie en Israël diffusent principalement des ouvrages en hébreu, les livres en arabe demeurent concentrés dans quelques établissements palestiniens, le plus souvent indépendants, dont la survie dépend de conditions économiques et politiques particulièrement fragiles. C’est dans ces conditions qu’est produite la littérature palestinienne.

Pour comprendre cette dernière ainsi que les conditions de son édition et de sa circulation, il est nécessaire de dépasser le cadre national à partir duquel sont habituellement pensées les littératures modernes. La littérature palestinienne est une littérature transnationale. Elle s’écrit en arabe ainsi que dans d’autres langues. Elle est créée en Israël, en Cisjordanie occupée, à Gaza, mais aussi au Liban, en Jordanie, en Europe, en Amérique du Nord et dans les différents espaces de la diaspora palestinienne. Depuis la Nakba de 1948, l’exil, la dispersion et la fragmentation du territoire palestinien ont profondément façonné les conditions de production et de circulation de cette littérature. Cette dimension transnationale lui a permis de s’imposer comme l’une des composantes majeures du champ littéraire arabe contemporain. Les œuvres de Jabra Ibrahim Jabra, Émile Habibi, Fadwa Touqan, Mahmoud Darwich, Ghassan Kanafani ou, plus récemment, Susan Abulhawa2 sont aujourd’hui largement reconnues dans le monde arabe comme à l’international.

Cette reconnaissance se manifeste également à travers les grandes distinctions littéraires. En 2024, Basim Khandaqji a été le lauréat du Prix international de la fiction arabe (Arab Booker) pour son roman Mask, the Colour of the Sky (Qināʿ bi-lawn al-samāʾ), publié en 2023 par Dār al-Ādāb à Beyrouth. Quelques années auparavant, Rabai al-Madhoun était devenu le premier écrivain palestinien à obtenir cette récompense pour son roman Destins. Concerto de l’Holocauste et de la Nakba (Maṣāʾir: Kūnširtū al-Hūlūkūst wa-l-Nakba), paru en 2015 au Liban. Le fait que ces deux romans aient été publiés à Beyrouth n’a rien d’anodin. Il rappelle que, depuis 1948, la littérature palestinienne se développe au sein d’un espace éditorial largement situé hors des frontières de la Palestine historique. Les principaux centres de publication se trouvent aujourd’hui à Beyrouth, Amman, Ramallah ou encore dans plusieurs capitales européennes et nord-américaines. La formation de cette littérature moderne remet ainsi en cause l’idée selon laquelle une littérature nationale ne pourrait se développer qu’à l’intérieur d’un territoire délimité et dans le cadre d’un État souverain. Le projet Country of Words: A Transnational Atlas for Palestinian Literature, dirigé par Refqa Abu-Remaileh, propose précisément de comprendre la littérature palestinienne comme une littérature déterritorialisée, façonnée par les circulations, les déplacements et les expériences de l’exil plutôt que par les frontières étatiques.

C’est dans cette perspective qu’il convient d’aborder la littérature des Palestiniens de 1948 dont les poètes et écrivains, localisés en Galilée, ont pu tenir bon face aux conditions catastrophiques de l’après Nakba. Cette littérature a été repérée et définie par Ghassan Kanafani comme la littérature de résistance. Pour les chercheurs Mohammad Hamza Ghanyim, Anton Shalhat, Habib Bolous, ou Ibrahim Taha, elle est la littérature autochtone (al-Adab al-Mahalli). Elle rassemble plusieurs auteurs dont Mahmoud Darwich, Émile Habibi, Rached Hussein, Taha Mohammed Ali, Salman Natour, Amer Hlehel, Adania Shibli, Majd Kayal ou Ibtissem Azem, dont les œuvres sont publiées et circulent entre Haïfa, Jérusalem, Ramallah, Amman, Beyrouth et de nombreuses villes de la diaspora palestinienne afin de contourner les contraintes qui pèsent sur l’édition arabe en Israël. 

De la Nahda palestinienne à la recomposition du paysage éditorial après 1948

Les difficultés rencontrées aujourd’hui par l’édition littéraire arabe en Israël trouvent leur origine dans les bouleversements provoqués par la Nakba de 1948 et le nettoyage ethnique de la Palestine. Avant la création de l’État d’Israël, la Palestine disposait pourtant d’une vie intellectuelle et éditoriale particulièrement dynamique. Jérusalem, Jaffa, Haïfa ou Nazareth accueillaient des imprimeries, des librairies, des journaux et des maisons d’édition qui participaient pleinement aux circulations intellectuelles de la Nahda arabe. Les livres imprimés en Palestine circulaient entre Beyrouth, Damas et Le Caire, tandis que les grandes revues arabes alimentaient les débats politiques, littéraires et scientifiques. Les écoles, les bibliothèques et les sociétés savantes contribuaient à l’émergence d’un espace intellectuel particulièrement actif à la fin de l’Empire ottoman puis sous le mandat colonial britannique.

Des intellectuels tels que Khalil al-Sakakini ou Khalil Baydas ont joué un rôle majeur dans cette renaissance culturelle. Baydas a participé notamment à l’introduction de la littérature russe dans le monde arabe grâce à ses nombreuses traductions, tandis que les premiers romans modernes palestiniens, qu’Al-Warith (L’Héritier) de Khalil Baydas et Al-Hayat baʿd al-Mawt (La vie après la mort) d’Iskandar al-Khoury al-Beitjali, témoignaient de l’émergence d’une littérature profondément inscrite dans les dynamiques intellectuelles de la Nahda et en dialogue avec les littératures mondiales. Cette vitalité apparaît clairement dans la première Foire palestinienne du livre arabe organisée à Jérusalem en 1946 par le Comité culturel arabe. À cette occasion, le quotidien Falastin3 célébrait « les dignes efforts de notre Nahda culturelle » et mettait à l’honneur les principaux écrivains palestiniens. 

La Nakba de 1948 a profondément bouleversé cet équilibre. L’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens, le déplacement des Palestiniens qui sont restés, la destruction de centaines de villages et l’exil d’une grande partie des élites intellectuelles ont engendré la désorganisation de la production éditoriale. Des imprimeries, plusieurs journaux et une partie importante des librairies ont tout simplement été détruits par le nouvel État. À cette destruction matérielle s’est ajoutée celle des patrimoines documentaires. Plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages provenant de bibliothèques publiques et privées palestiniennes ont été saisis par les autorités israéliennes avant d’être intégrés aux collections de la Bibliothèque nationale d’Israël sous la mention AP, Abandoned Property (biens abandonnés).

Au moment même où les institutions culturelles palestiniennes étaient profondément ébranlées, le nouvel État, Israël, disposait déjà d’un appareil éditorial en hébreu solidement structuré hérité des structures du Yishouv4 qui ont été mises en place et consolidées pendant le mandat britannique. Dès la fin du XIX siècle, le mouvement sioniste a fait de la création de l’hébreu moderne un objectif politique central pour en faire la langue nationale du futur État. Sous le mandat britannique, l’hébreu a bénéficié d’une reconnaissance officielle en 1922 qui a favorisé son institutionnalisation dans l’enseignement, l’administration, la recherche et la production culturelle.

C’est ainsi que le nouvel État d’Israël a pu s’appuyer sur un réseau éditorial déjà largement constitué. Des maisons d’édition telles que Kinneret-Zmora-Dvir (1919), Hakibbutz Hameuchad (1927), Schocken (1939) ou Am Oved (1942) disposaient d’infrastructures solides, d’un lectorat en constante expansion et de réseaux de diffusion efficaces. Elles ont été progressivement rejointes par Keter (1958) puis Modan (1970) ainsi que d’autres maisons d’édition avec le soutien des politiques publiques à la lecture, à la traduction et à la diffusion internationale de la littérature hébraïque. La création, en 1962, de l’Institute for the Translation of Hebrew Literature a participé également à cette stratégie en favorisant la traduction des œuvres israéliennes et leur présence dans les grandes foires internationales du livre.

La création de l’État d’Israël et la destruction de la Palestine historique ont bien évidement eu des conséquences désastreuses sur la production et l’édition de la littérature palestinienne. Les écrivains, journalistes, traducteurs et éditeurs palestiniens ont désormais été obligés d’exercer leurs activités dans un environnement institutionnel où l’ensemble de la chaîne du livre était progressivement organisé autour de la langue hébraïque. Les conséquences ont été particulièrement visibles dans le domaine de l’édition. Entre 1948 et 1967, la production romanesque palestinienne en Israël est demeurée extrêmement limitée. Manar Makhoul recense seulement onze romans publiés durant cette période, dont plus de la moitié ont été édités par l’imprimerie Mabaʿat al-akīm, aujourd’hui disparue. En effet, Le monde éditorial arabophone des années 1950 se résumait en Israël à trois imprimeries et non maisons d’édition : Mabaʿat al-akīm à Nazareth, Mabaʿat al-Ittiḥād à Haïfa et Mabaʿat al-Zaibaq à Saint-Jean d’Acre, sans omettre l’institution étatique Dār al-Nashr al-ʿArabī. Ainsi, l’édition palestinienne apparaissait alors presque inexistante au regard du développement rapide de l’édition hébraïque. Comme le rappelle le romancier Atallah Mansour, publier un livre en arabe dans les années 1950 relevait presque de l’impossible en raison de la faiblesse des infrastructures éditoriales, du faible nombre de lecteurs ayant accès à l’enseignement secondaire et supérieur, et de l’isolement culturel imposé aux Palestiniens de 1948. 

Siège d’Al Aswar (Saint-Jean-d’Acre, 2018) © Sadia Agsous-Bienstein

Les maisons d’édition arabes dans un champ éditorial dominé par l’hébreu

L’édition en langue arabe en Israël s’est donc développée dans des conditions profondément inégales. Contrairement aux grandes maisons d’édition hébraïques, les éditeurs palestiniens disposaient de moyens financiers limités, d’un lectorat fragmenté par les frontières issues de 1948 et de réseaux de diffusion beaucoup plus restreints. La séparation des Palestiniens citoyens d’Israël du reste du monde arabe, renforcée par le régime militaire entre 1948 et 1966, a réduit considérablement les possibilités de circulation des livres, des auteurs et des idées.

Malgré ces contraintes, quelques maisons d’édition arabes ont progressivement vu le jour en Israël mais ce sont les revues culturelles et les journaux littéraires qui vont jouer un rôle fondamental dans la publication et la diffusion de la littérature palestinienne en langue arabe. La revue al-Sharq, fondée par Mahmoud Abbasi en 1970, a ainsi constitué un espace d’expression pour de nombreux écrivains palestiniens appartenant à des sensibilités politiques diverses. Elle a également accueilli des intellectuels juifs arabophones, parmi lesquels Sasson Somekh, illustrant les échanges culturels entre Juifs-Arabes et Palestiniens qui ont pu exister au sein du champ littéraire. 

En 1978, Yaqub Hijazi a fondé à Saint-Jean-d’acre la revue al-Aswar, publiée par l’Institute for Cultural and Social Development. Bien au-delà d’une simple revue littéraire, cette institution a progressivement fonctionné comme une véritable maison d’édition, publiant de nombreux auteurs palestiniens et contribuant à la diffusion de leurs œuvres. Les membres palestiniens du Parti communiste en Israël ont accordé une place importante à la création littéraire en langue arabe, notamment à travers le journal al-Jadid, publié à Haïfa. Celui-ci a accueilli les textes d’écrivains majeurs tels qu’Émile Habibi ou Salman Natour, dont plusieurs œuvres ont été accompagnées des illustrations de l’artiste Abed Abdi. En 1984, Fawzi Abdallah et Hanna Abu Hanna ont fondé à Nazareth la revue al-Mawakib afin de promouvoir la littérature et la culture palestiniennes produites en Israël.

Ces revues et ces structures éditoriales ont joué un rôle essentiel dans l’émergence d’un espace littéraire palestinien à l’intérieur d’Israël. Elles ont permis la publication de nombreux écrivains, favorisé la traduction d’ouvrages et contribué à la diffusion de la littérature palestinienne contemporaine. Aujourd’hui encore, les éditeurs palestiniens de 1948 participent régulièrement aux salons du livre du monde arabe, souvent grâce au soutien du ministère de la Culture de l’Autorité palestinienne. Toutefois, leurs capacités de publication, de distribution et de promotion demeurent sans commune mesure avec celles des principaux groupes éditoriaux israéliens.

Cet ordre hiérarchique entre le champ éditorial israélien et l’espace palestinien renvoie également à la place qu’occupe la langue arabe dans l’espace public israélien. Bien que l’arabe ait conservé, jusqu’en 2018, un statut officiel hérité du mandat britannique, cette « reconnaissance » demeurait largement symbolique. L’adoption, le 19 juillet 2018, de la Loi fondamentale : Israël, État-nation du peuple juif marque une étape supplémentaire dans cette tentative d’effacement de la langue arabe de l’espace public. Ce texte affirme que « l’hébreu est la langue de l’État », tandis que l’arabe ne bénéficie plus que d’un « statut particulier ». Pour la première fois depuis 1948, la hiérarchie coloniale entre les deux langues est inscrite dans une Loi fondamentale, consacrant juridiquement la prééminence de l’hébreu dans la définition de l’identité nationale juive israélienne. Cette évolution nourrit un profond sentiment de marginalisation parmi les écrivains palestiniens en Israël. L’écrivain Ayman Sikseck résumait cette inquiétude dès 2017 en écrivant que « la langue arabe devenait une étrangère, une réfugiée », dénonçant un processus qui transforme progressivement les Palestiniens en étrangers dans leur propre pays. 

Mur de l’apartheid (Bethlahem, 2019) © Sadia Agsous-Bienstein 

Au-delà de sa portée symbolique, cette évolution juridique vient renforcer des déséquilibres déjà anciens dans le domaine de la production culturelle. Les statistiques publiées chaque année par la Bibliothèque nationale d’Israël illustrent clairement cette situation. En 2025, un peu plus de 7 000 livres ont été publiés dans le pays. Près de 90 % de cette production a paru en hébreu, tandis que les ouvrages en arabe ne représentent qu’environ 4 %, contre 3 % en anglais. Si la part de l’arabe a doublé par rapport à 2024, où elle ne s’élevait qu’à 2 %, cette progression demeure limitée au regard de la place occupée par l’hébreu.

Le fait que l’anglais, langue principalement destinée au monde universitaire et aux marchés internationaux, représente une part comparable à celle de l’arabe souligne le déséquilibre qui caractérise le paysage éditorial israélien. La Bibliothèque nationale rappelle d’ailleurs que ces chiffres sous-estiment probablement la production en arabe, de nombreux ouvrages étant imprimés dans les pays arabes voisin sans être soumis au dépôt légal israélien. Les statistiques mettent également en évidence l’empreinte considérable laissée par le 7 octobre 2023 sur le monde du livre israélien. Depuis cette date, plus de 2 100 ouvrages ont été consacrés à l’attaque, aux otages, à la guerre et à ses conséquences. En 2025, près de 500 nouveaux titres sont venus enrichir cette production, soit environ 7 % de l’ensemble des livres publiés cette année-là. Essais, témoignages, romans, biographies, ouvrages commémoratifs et littérature jeunesse témoignent de la rapidité avec laquelle le secteur éditorial israélien s’est saisi de cet événement pour en faire un objet de mémoire, de réflexion et de transmission. Alors que du côté palestinien, une grande répression s’est abattue sur eux les empêchant d’exprimer leur solidarité avec Gaza meurtrie par le génocide.

À l’inverse, la production en langue arabe demeure quantitativement limitée et beaucoup moins visible dans les statistiques nationales. Cette différence ne résulte pas seulement de la taille respective des lectorats ; elle traduit des déséquilibres structurels qui affectent l’ensemble de la chaîne du livre, depuis les conditions de publication jusqu’à la diffusion des ouvrages. Publier en arabe en Israël ne consiste donc pas uniquement à écrire dans la langue d’une minorité. Il s’agit de produire des livres dans la langue de la population autochtone palestinienne au sein d’un État dont les principales institutions culturelles, éducatives et éditoriales sont organisées autour de la souveraineté de l’hébreu moderne au service d’un projet colonial qui vise à vider ce qui reste de la Palestine de sa population autochtone.

Cette politique de restriction éditoriale en arabe exercée par le champ éditorial hégémonique israélien est palpable aujourd’hui dans le reste des territoires palestiniens. Les arrestations, en février 2025, des responsables de lEducational Bookshop à Jérusalem-Est, suivies quelques jours plus tard de celles de trois libraires palestiniens de la vieille ville, ont rappelé avec force la place singulière qu’occupe aujourd’hui le livre dans la question coloniale palestinienne. Accusés d’« incitation à la haine » pour avoir vendu des ouvrages consacrés à la Nakba ou à l’histoire de la Palestine, ces libraires ont vu leur activité assimilée à une menace pour l’ordre public. Ces événements ne constituent pas des faits isolés ; ils s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions exercées sur les institutions culturelles palestiniennes, qu’il s’agisse de librairies, de maisons d’édition, de bibliothèques ou de lieux de création comme le Théâtre national palestinien al-Hakawati à Jérusalem.

Cette situation ne saurait être interprétée uniquement à l’aune du génocide contre Gaza depuis octobre 2023, même si celui-ci a considérablement accentué les violences exercées contre les institutions culturelles palestiniennes. Cela s’inscrit dans une temporalité plus longue, que l’écrivain Elias Khoury qualifiait de « Nakba continue » (al-Nakba al-mustamirra). La dépossession ne concerne pas seulement les terres et les populations ; elle touche également les langues, les bibliothèques, les archives, les théâtres, les librairies et les maisons d’édition. Les livres deviennent ainsi des lieux de mémoire autant que des objets de savoir, tandis que les librairies palestiniennes apparaissent comme des espaces où se joue encore la possibilité de transmettre une histoire, une culture et une langue par le sumud de ses acteurs.


1 Connus sous le vocable Palestiniens de 1948, ils représentent 21% de la population en Israël. Environ 156 000 Palestiniens ont pu rester en Israël après 1948. Placés sous administration militaire jusqu’en 1966, ils ont été séparés des principaux centres intellectuels palestiniens et du reste du monde arabe avec lequel ils ont pu renouveler les liens après 1967.

2 Elle publie des romans en anglais.

3 Falastin vol. XXX, numéros 180-6435 (10.10.1946).

4 Le Yishouv (1882-1948) est une période importante dans l’histoire du sionisme durant laquelle les différentes vagues de migrations coloniales juives ont constitué des structures économiques, sociales et culturelles qui ont posé les bases de l’État d’Israël créé en 1948.


Sadia Agsous-Bienstein est maîtresse de conférences à l’université Sorbonne-nouvelle et coorganisatrice du séminaire « Faire des sciences sociales autour de la Palestine : renouvellement des savoirs et des pratiques » à l’EHESS. Ses recherches, ancrées en études culturelles, portent sur les cultures palestiniennes et israéliennes et les relations juives-arabes dans la région du MENA. 

 

[Source : www.en-attendant-nadeau.fr]

domingo, 19 de julho de 2026

Barcino recupera «Liliana», la faula definitiva d’Apel•les Mestres

L’obra que el poeta i dibuixant Apel·les Mestres (mort fa noranta anys) va anunciar com el resum de la seva obra —la història de la dona d’aigua ‘Liliana’— torna en una edició d'Editorial Barcino que inclou totes les il·lustracions originals, el llibret per l’adaptació musical amb Enric Granados i els figurins per a aquella obra. 

Escrit per Àlex Milian 

Era el dibuixant realista admirat per tots els lectors, l’il·lustrador somiat pels escriptors, però també un poeta modernista al qual els joves de L’Avenç i de Joventut (1899-1903) demanaven un colofó literari. La resposta d’Apel·les Mestres va ser Liliana, que culmina obres anteriors (Idilis) que barrejaven natura, folklore autòcton i reivindicació (Mestres també era el poeta dels valors republicans). Una obra «que parla», segons l’estudiós Josep Maria Domingo, «de l’oposició entre natura i civilització, de la natura com a temple (...), del mal inherent a la condició humana, de l’eterna dialèctica entre la vida i la mort». 

Liliana té la influència, segons Domingo, d’unes històries de fades que s’havien fet molt populars a la Gran Bretanya en l’època victoriana, com In fairyland de William Allingham i amb il·lustracions de Richard Doyle (1869) o Flora’s Feast. A Fairy’s Festival of Flowers de Walter Crane, històries on es barregen fades i gnoms i elfs. Apel·les Mestres li dona el toc de folklore popular necessari amb la protagonista, Liliana, que seria una dona d’aigua en l’imaginari mitològic català. 


Però l'Apel·les Mestres dibuixant —que era un il·lustrador d’un realisme estricte en els encàrrecs novel·lístics— de Catalunya i Espanya, va optar, a Liliana, per un model diferent que s’acostava més als prerafaelites anglesos (John Everett Millais i la seva Ofèlia), a pesar del blanc i negre.   

Domingo no creu que es pugui dir que Liliana és ecologista, però sí que se’n pot fer una lectura ecologista de Liliana. Perquè Apel·les Mestres destaca la «necessitat del respecte i la cura de l’ordre natural de les coses» i «denuncia la violència i la rapacitat, qualsevol element que introdueixi el trasbals al bosc és un problema d’ordre: ho és Liliana —perquè escampa l’amor i provoca desavinences entre els gnoms—, però encara són un trasbals més greu el llenyataire que mata el roure primigeni o els caçadors que entren al bosc a matar».  

Domingo hi veu la influència de Henry David Thoreau (Walden o la vida als boscos) i de William Morris, fundador del moviment Arts & Crafts (modernisme a l’anglesa) i model d’artista total (poeta, dissenyador, escriptor, polític), com també havia esdevingut Apel·les Mestres.  

L’edició de Liliana que ha fet Barcino té el poema narratiu d’Apel·les Mestres; el llibret que l’escriptor va fer per una versió musical de Liliana, amb partitura d’Enric Granados («que suavitza la història de Liliana i és més complaent amb el públic», segons Domingo); els figurins que Mestres va dissenyar per poder representar aquesta obra; un glossari, i un estudi introductori de Josep M. Domingo. 

L’autor de l’estudi introductori, Josep Maria Domingo (esquerra), i Oriol Magrinyà, editor de Barcino, amb primeres edicions de ‘Liliana’.

Anna Fernàndez-Clot, que s’ha encarregat de l’edició de l’obra, ha traslladat el text original (prefabrià) a l’ortografia actual (el Pròlech de l’edició original és Pròleg), però no ha retocat les opcions lèxiques que Apel·les Mestres va elegir i que, en cas de ser modificades, podrien afectar la mètrica del poema (els gnomos continuen sent gnomos). 

El resultat és un poema de lectura molt fàcil, sense grans entrebancs, amb una faula màgica, propera i encisadora, defensora de la natura en una època que no estava de moda, quan era més comú servir-se del bosc en benefici propi que com a ecosistema amb un equilibri precari (que això és l’ordre de la natura). Els gnoms Flok, Mik i Puk recorden més Somni d’una nit d’estiu que obres més recents, però és impossible endevinar quin és l’origen dels tres blancbarbats sense conèixer més d’Apel·les Mestres.  

Com recorda Josep Maria Domingo, Mestres va morir l’endemà del començament de la Guerra Civil (el 19 de juliol de 1936) sense hereus, i ha estat impossible recuperar la seva biblioteca. Els seus béns van ser cedits a l’Ajuntament de Barcelona; primer es van dispersar, després es van perdre alguns i els que queden són a l’Arxiu de la Ciutat. Però és impossible endevinar quins llibres van alimentar la seva imaginació.  

Els detalls gràfics d’aquesta Liliana (els frisos del començament d’alguns capítols; les llànties de separació i les il·lustracions) sovint han desorientat els lectors cap a l’estudi dels detalls més ínfims dels dibuixos mentre oblidaven el text. Cal rellegir-lo per reavaluar-lo. 

 

[Foto de l'autor - font: www.eltemps.cat]

quinta-feira, 2 de julho de 2026

Israel es clave para entender a las nuevas extremas derechas

Entrevista a Pablo Stefanoni sobre la salida de su nuevo libro, Un fantasma recorre el mundo, y el ascenso de unas extremas derechas que combinan rebeldía antiprogresista, defensa del orden y radicalización conservadora. Antiwokismo, crisis de las izquierdas, debate sobre el fascismo y el lugar de Israel en la recomposición reaccionaria global. 

Pablo Stefanoni 

Entrevista por Mariano Schuster

En Un fantasma recorre el mundo. Cómo funciona la máquina de guerra reaccionaria (y qué podemos hacer para enfrentarla) (Siglo XXI, Buenos Aires-Madrid, 2026), Pablo Stefanoni vuelve sobre las extremas derechas en un momento en que estas se han consolidado en el Norte global y se han expandido con fuerza en América Latina. El ensayista argentino reconstruye los lenguajes, fantasmas y dispositivos de las «batallas culturales» en curso: la circulación transnacional de repertorios reaccionarios, la utilidad y los límites de la categoría de fascismo para entender las nuevas amenazas, y el modo en que el «antiwokismo» se convirtió en un pegamento para fuerzas ultras muy diversas. A su vez, el libro avanza sobre la forma en que la defensa de Israel se volvió una vía de legitimación para numerosas extremas derechas occidentales que, después de 1945, habían cargado con el peso del antisemitismo y hoy encuentran en el «antiantisemitismo» un certificado de respetabilidad y un arma contra musulmanes, palestinos e izquierdas. En esta conversación para Jacobin con Mariano Schuster, Stefanoni analiza esas derivas reaccionarias y, al mismo tiempo, interroga las dificultades de unas izquierdas que buscan volver a disputar el sentido común, las emociones políticas y la idea misma de futuro. 

En tu reciente libro Un fantasma recorre el mundo: Cómo funciona la máquina de guerra reaccionaria (y qué podemos hacer para enfrentarla) volvés sobre algunos temas que ya habías trabajado en ¿La rebeldía se volvió de derecha?, pero en un contexto distinto. Figuras que hace pocos años parecían excéntricas, marginales o propias de internet hoy gobiernan, influyen sobre gobiernos o disputan el centro de la escena pública. ¿Qué cambió desde entonces? ¿Qué aprendimos de las nuevas derechas desde que dejaron de ser una rareza cultural y se convirtieron en una fuerza política efectiva?  

Cuando escribí ¿La rebeldía se volvió de derecha?, publicado a comienzos de 2021, algunos de los personajes aparecían como unos chiflados; figuras grotescas, marginales. En ese universo estaba incluido el propio Javier Milei, que aún no era un dirigente político sino un economista de televisión que difundía una prédica antikeynesiana y anticolectivista a los gritos, e incluso de manera soez.

Es cierto que las derechas radicales y extremas ya se habían expandido por Europa y Estados Unidos, pero en América Latina seguían apareciendo como fuerzas exóticas, relativamente ajenas a la dinámica de los sistemas políticos nacionales. Países como Argentina se sentían al margen de ese fenómeno. Lo novedoso es la rapidez con que se integraron a esos mapas políticos. Hoy pueden ganar o perder elecciones, pero ya no constituyen un fenómeno marginal, exterior o pasajero. No son una ola imparable, pero son una marca de la época. Puede perder Trump y, al mismo tiempo, crecer la AfD en Alemania o Marine Le Pen en Francia. Netanyahu podría eventualmente dejar el gobierno, pero la derecha israelí seguiría siendo muy importante. Viktor Orbán fue finalmente derrotado, pero para ganarle a la derecha la izquierda húngara debió apoyar a un conservador y quedarse casi sin diputados; eso también dice algo sobre los desplazamientos políticos.

El cambio más importante es que estas derechas forman parte de la competencia política de una manera inédita desde la posguerra y que, en buena parte del mundo occidental, han logrado darles el sorpaso a las derechas tradicionales. Dejaron de ser una anomalía del sistema para convertirse en una de sus posibilidades. Por eso no conviene analizarlas como una moda pasajera ni tampoco como una fuerza destinada inevitablemente a imponerse, sino como un componente ya integrado de la política contemporánea, capaz de reorganizar lenguajes, adversarios y límites de lo políticamente aceptable.

Tu posición aporta un matiz frente a dos tendencias dominantes: la que explica a las extremas derechas latinoamericanas como mera reproducción de una ola global y la que reduce cada triunfo a una explicación local. Vale decir, quienes ven a Milei o Bolsonaro solo como parte de una corriente de derecha transnacional, y quienes creen que Milei existe solo por la crisis del peronismo o Bolsonaro por los límites del lulismo. ¿Cómo creés que interactúan lo local y lo global en la emergencia de estas derechas?

Permitime partir del caso argentino porque es muy significativo. Si el peronismo lo hubiera hecho mejor, probablemente no habría ganado la derecha. Esa dimensión es local y no conviene subestimarla. Ahora bien, que la derecha que finalmente ganó haya sido la de Milei y no la de Mauricio Macri o Patricia Bullrich —dos figuras asociadas a la derecha liberal-conservadora más convencional—, eso ya es más difícil de explicar solo por razones locales. Podría haber perdido el peronismo y haber ganado una derecha más tradicional. Es verdad que en Argentina existía la sensación de que tanto el peronismo como el macrismo habían fracasado, pero el tipo de personaje emergente como el de Milei, capaz de capturar el malestar reinante, es imposible de entender sin incluir el clima global. Hace pocos años alguien así no habría podido ganar ni de lejos.

Lo global no sustituye a lo local, pero ofrece repertorios, lenguajes, imágenes y enemigos disponibles que exceden a los campos políticos nacionales. Si miramos el caso inverso, el de las izquierdas latinoamericanas de comienzos del siglo XXI, ocurría algo similar. Evo Morales era una figura profundamente boliviana: dirigente cocalero, indígena, surgido de luchas sociales y de dinámicas políticas muy bolivianas. Sin embargo, ganó en un momento en el que triunfaban candidatos que, con perfiles muy distintos, compartían una orientación general y se inscribían en un clima regional favorable a las fuerzas antineoliberales. No hay formas de «medir» cuánto de local y cuánto de global hay en un fenómeno político, pero sí podemos reconocer climas de época que favorecen determinadas tendencias.

Lo interesante es que las derechas ganan en contextos —y por razones— muy diferentes que pueden ir del independentismo catalán hasta la inflación, pasando por la inmigración o la corrupción. Pero hoy, detrás de estos fenómenos, sobrevive la imagen de la «decadencia de Occidente». Elon Musk es un gran difusor de esta visión. Y sabemos que las diversas versiones de fascismo en el siglo pasado estuvieron muy ligadas a esta imagen de decadencia de la comunidad y a la necesidad de un renacimiento buscado con métodos brutales.

En línea con esta cuestión, tu libro participa de un debate amplio sobre si estas fuerzas son fascistas o posfascistas. Retomás a Robert Paxton, Roger Griffin, Emilio Gentile, Enzo Traverso o Alberto Toscano, y exhibís una tensión: varios historiadores advierten contra el uso laxo del término «fascismo», pero las comparaciones con los años 30 siguen apareciendo porque algo de ese pasado resuena de alguna manera en el presente. ¿Qué permite ver hoy la categoría de fascismo y qué puede hacer perder de vista? ¿Cómo distinguir entre una alarma política necesaria y una analogía histórica abusiva?

Creo que el término «fascismo» tiene una potencia pública evidente, en la medida en que funciona como una palabra que todos reconocemos, aun cuando su definición sea esquiva. Después de la Segunda Guerra Mundial, el fascismo quedó asociado a una amenaza radical, a una experiencia de descivilización, a un mundo que se suponía clausurado. Por eso, cuando el término aparece en el debate público, activa rápidamente una alarma. No es una categoría neutra: remite a persecución, violencia política, destrucción de la democracia, guerra, exterminio.

El problema es que esa potencia convive con una fantasía extendida: la idea de que, si entendemos bien la historia, podremos impedir que se repita. Como si volver a los años 30, estudiar el ascenso de Hitler, reconstruir las irresponsabilidades de las elites conservadoras o las divisiones de las izquierdas nos diera instrumentos suficientes para conjurar el futuro. Hay algo comprensible en esa operación. La llegada de Hitler al poder sigue siendo una escena perturbadora y perversamente fascinante: como muestra el historiador Henry Ashby Turner, un mes antes, importantes diarios alemanes, incluso de la izquierda, lo daban por muerto políticamente; un mes después era canciller. En ciertas visiones actuales, esa secuencia funcionaría como advertencia: en los años 30 no lo vieron venir; nosotros ahora sí lo estamos viendo. El éxito del libro de Siegmund Ginzberg, Síndrome 1933, tiene que ver en gran medida con este clima.

En ese punto retomo una pregunta que vos planteabas en tu artículo «¿Conviene decir ‘fascista’?», publicado en Le Monde Diplomatique. Me parece importante porque el debate no puede limitarse a decidir si una etiqueta corresponde o no. Hay que distinguir entre una alarma política y una analogía histórica. El fascismo puede servir para advertir sobre peligros reales, pero también puede convertirse en una comparación demasiado rápida, y a la postre engañosa. Creemos reconocer el peligro porque encontramos un parecido con algo que ya conocemos, y entonces dejamos de mirar las novedades inscriptas en ese peligro.

Ahí se produce una primera paradoja: quienes son más cautelosos a la hora de llamar «fascismo» a las nuevas derechas son, justamente, los historiadores especializados en el fascismo. Emilio Gentile advierte contra las analogías fáciles y llama «ahistoriología» a ese uso superficial del pasado, al que ve como una suerte de astrología histórica. Roger Griffin plantea que el término «fascismo» puede servir en la esfera pública para comunicar alarma, pero pierde valor si se lo usa para cualquier forma de autoritarismo, racismo o xenofobia. Si todo es fascismo, la palabra deja de nombrar una forma específica de la derecha antiliberal. Eso no quiere decir por no ser fascistas las derechas se vuelvan sean menos peligrosos: un movimiento xenófobo, racista o autoritario puede producir formas brutales de exclusión o incluso de apartheid sin ser fascista en sentido estricto. La cuestión es si la palabra ayuda a caracterizar mejor el fenómeno o si lo vuelve más confuso. Como dice Alicia, en A través del espejo, en relación con la palabra «gloria», podríamos objetar en relación con el fascismo: «¡Es mucho hacer que una sola palabra signifique tanto!».

Aun así, las batallas políticas no son lo mismo que las batallas historiográficas; el lenguaje político no es el lenguaje científico. Paxton introduce una idea interesante cuando advierte que, en lugar de pensar en una «copia carbónica» del fascismo clásico, podemos pensar en un «equivalente funcional». No estamos frente a una repetición mecánica de los años 30, pero pueden aparecer fenómenos que cumplan funciones semejantes: organizar el resentimiento, prometer una regeneración nacional o civilizatoria, construir enemigos internos, despreciar libertades democráticas y habilitar formas de violencia redentora. Claro, él mismo advierte que no hay que abusar de estos «equivalentes».

La categoría sigue funcionando porque hay aspectos de ella que resuenan, pero puede hacernos perder de vista las novedades. Las analogías con el pasado pueden llevarnos a subestimar lo nuevo y a descuidar la creatividad analítica. Luego hay un problema de eficacia política en sentido estricto. Si se abusa de la alarma ya nadie la escuchará. 

Esto entronca con la existencia de sujetos sociales y proyectos políticos que no caben fácilmente en la categoría clásica del fascismo. Pienso en los promotores de la Ilustración oscura o en los gurúes tecnológicos de la extrema derecha que acabás de mencionar.

Claro. ¿Cómo pensamos a los oligarcas tecnológicos? ¿Cómo pensamos las utopías autoritarias que aparecen en figuras como Peter Thiel o Elon Musk? La categoría «fascismo» puede servir hasta cierto punto, pero luego empieza a fallar. El presente no reproduce simplemente el pasado. Tiene elementos viejos, pero articulados con tecnologías, actores económicos, plataformas digitales, sensibilidades culturales y formas de poder que no existían en los años 30. Hoy no alcanza con mirar la esvástica tatuada de algún agitador callejero; también hay que mirar el complejo ideológico nacido en Silicon Valley, la neorreacción, pero también debemos interrogarnos sobre nuevos modelos como el chino, que, como advirtiera Giuliano Da Empoli, tiene puntos de contacto con la visión del mundo de Silicon Valley; en ambos casos se avanza hacia una época en la que la autonomía del sujeto y la libertad habrán desaparecido…

Los tecnooligarcas quieren cambiar el mundo, en un sentido utópico —o, en mi opinión, distópico— y usan sus carteras de inversión para apalancar sus ideas, mientras vivimos cambios que pueden afectar a la propia naturaleza humana.

Te situás, entonces, en un punto que no resuelve la tensión, sino que reconoce especificidades claras en las extremas derechas contemporáneas, pero comprende ciertos usos del término fascismo como alarma y no necesariamente como caracterización cerrada, ¿no?

Sí. Me parece más productivo sostener la tensión que resolverla de manera tajante. No creo que sirva decir «todo es fascismo», pero tampoco «nada es fascismo». En los dos extremos hay problemas. Quienes dicen que viene el fascismo muchas veces no son consecuentes con su propio diagnóstico. Si realmente viene el fascismo, hay que prepararse para enfrentarlo; no se puede dar una charla sobre fascismo y después volver a casa como si nada. Pero la posición contraria también es problemática. Decir que, como no estamos ante el fascismo histórico, la situación no es tan grave puede derivar en una confianza excesiva en la capacidad moderadora de la democracia. Según esa mirada, las instituciones terminarían haciendo su trabajo de aplanadora. Pero eso pierde de vista que estas derechas no solo gobiernan mediante medidas concretas; sus batallas culturales buscan transformar el sentido común.

Entre los fantasmas y las paranoias actuales está el wokismo, un fenómeno sobre el que proponés una perspectiva matizada, corriéndote de quienes ven en lo «woke» una ideología todopoderosa, pero también de quienes lo consideran un invento sin anclaje. En el libro definís el wokismo como una sensibilidad amplia, contradictoria, atravesada por cambios en el lenguaje, por la centralidad de la experiencia individual y por cierta moralización de la política. En ese marco, retomás la crítica de Mark Fisher al «castillo del vampiro». ¿Cómo discutir seriamente el wokismo sin caer ni en la histeria antiwoke ni en la negación automática de sus problemas? ¿Y cómo puede la izquierda salir del «castillo del vampiro» sin convertir el antiwokismo en una nueva identidad política?

Lo primero es salir de la histeria. El debate sobre el wokismo suele quedar atrapado entre dos posiciones, en mi opinión poco útiles: una dice que es una catástrofe —para la derecha, la causa de la crisis de Occidente; para cierta izquierda, el abandono del universalismo y la política de clase—; la otra sostiene que el wokismo no existe y que es solo un invento de la derecha para demonizar al progresismo. Ambas posiciones tienen problemas. El wokismo existe, aunque sea gelatinoso y esquivo a las definiciones. Pero existe menos de lo que muchos creen. Hay una exageración evidente, como si todo el mundo se hubiera convertido en un campus universitario de elite de Estados Unidos. En el libro trato de pensarlo no como una ideología cerrada, sino como una sensibilidad amplia basada en transformaciones en el lenguaje, en el pasaje desde categorías como derechos civiles hacia otras como racismo estructural o interseccionalidad, la centralidad de la experiencia individual y cierta psicologización de la política.

Parte de la ofensiva antiwoke se alimenta de algo real: muchas instituciones del capitalismo estadounidense adoptaron lenguajes progresistas. En el libro muestro cómo grandes corporaciones —incluso petroleras— incorporaron discursos sobre diversidad, equidad e inclusión, por razones reputacionales, burocráticas o de gestión más que por una convicción transformadora. Eso generó una paradoja: para la derecha, el «capitalismo woke» mostraba que la izquierda había tomado a las grandes empresas; para la izquierda, en cambio, el wokismo se mantenía en un terreno simbólico que no alteraba el statu quo.

En ese terreno hay prácticas que pueden ser criticadas: moralización excesiva, jergas para iniciados, tendencia a fijar a las personas en identidades y lectura demasiado rápida del lugar de enunciación como fuente de legitimidad política; más ciertas formas de «individualismo sufriente», como dice el sociólogo francés Olivier Roy. A eso se refería Fisher con la idea del «castillo del vampiro»: una cultura basada en el sermoneo, la culpa, la vigilancia moral y la excomunión. Esa crítica sigue siendo atendible si la izquierda quiere reconstruir vínculos con trabajadores, jóvenes precarizados y personas que no se reconocen en una identidad específica, pero sí viven problemas concretos. Pero una cosa es criticar estas derivas y otra muy distinta es alimentar el pánico antiwoke, porque ese pánico es hoy terreno fértil para las fuerzas reaccionarias: la derecha convierte cualquier discusión sobre lenguaje, racismo, género, diversidad o Palestina en una amenaza civilizatoria.

No creo que la izquierda gane nada volviéndose «antiwoke». La contraposición entre identidad y clase suele ser estéril: las identidades no son inventos arbitrarios de la izquierda, sino que en muchos casos son producidas por formas concretas de opresión, que dan lugar a formas de «esencialismo estratégico», etc.

Ahora, como conversamos muchas veces, está de moda hablar de «interseccionalidad». Pero a menudo, como escribió Roy, esta es pensada como suma de atributos individuales —mujer, negra, migrante, lesbiana, trabajadora—, y no como una forma de articular sujetos colectivos: trabajadores, migrantes, mujeres, jóvenes precarizados, minorías racializadas, sectores populares. Creo que la campaña de Zohran Mamdani manejó bien esas tensiones sin sobreactuaciones fútiles.

En el libro también discutís varias hipótesis de Susan Neiman, autora de Izquierda no es woke. Reconocés que toca un malestar real frente a ciertas formas de moralización progresista, pero señalás que habla del wokismo con un nivel de generalidad muy amplio, lee como rasgos del «progresismo actual» fenómenos muy distintos, incorpora dentro de lo «woke» luchas con historias políticas anteriores al término y propone un universalismo abstracto cuyas raíces se remontan a una Ilustración previa a las tradiciones reales de izquierda. ¿Dónde ubicás el límite principal de esa crítica: en su modo de definir el wokismo, en su idea de izquierda o en la salida universalista abstracta que propone?

El libro de Neiman tuvo efecto porque apareció en un contexto en el que existía un malestar real en sectores progresistas con ciertos repliegues identitarios, que Neiman llama tribalistas, sumados a formas de política pastoral. Eso es real. Yo mismo dedico una parte del libro a criticar esas dimensiones. El problema es que el libro termina en una especie de universalismo abstracto que conecta poco con los problemas que habría que discutir. Reivindicar la Ilustración puede ser muy importante, y Neiman conoce muy bien ese campo. Las líneas en las que cuestiona a ciertos poscoloniales que descartan lo mejor de la herencia ilustrada en nombre de una crítica al Occidente colonial son muy buenas. Pero no alcanza con recuperar «la mejor parte» de la Ilustración si no se explica cómo esa tradición puede dialogar con los desafíos actuales de la izquierda.

Uno de los problemas es que Neiman critica a la izquierda realmente existente, pero no siempre queda claro a quién dirige la crítica. Por momentos parece referirse a toda la izquierda; por momentos, a ciertas izquierdas radicales; por momentos, a la izquierda de los campus universitarios de Estados Unidos. Al no nombrar prácticamente a nadie, la discusión se vuelve demasiado general. Decir que «la izquierda se volvió woke» no es preciso. La izquierda no se volvió woke en bloque. Muchas prácticas que Neiman critica como woke proceden más bien de burocracias creadas para defender la diversidad. Disney puede adoptar discursos de diversidad, pero eso no la convierte en una empresa de izquierda. Bernie Sanders, en cambio, habla de salario mínimo, sindicatos, salud pública, educación, clase trabajadora. ¿Qué tiene que ver eso con el wokismo en su sentido peyorativo? Básicamente, nada.

También es problemático que Neiman incorpore la solidaridad con Palestina dentro del wokismo (pese a su notable agudeza sobre la cuestión de las torsiones de la memoria del Holocausto, que dieron lugar a artículos que cito en abundancia en mi libro). Es verdad que esa solidaridad puede asumir formas de idealización de los oprimidos y modalidades excesivamente performativas. Pero no se puede meter todo en la misma categoría. La solidaridad con Palestina, más o menos sobreactuada, existe en la izquierda desde la creación de Israel. Existió en los movimientos afroamericanos, en sectores gays y en la izquierda europea mucho antes de que se hablara de wokismo. Era, además, una izquierda que se suponía más universalista y más clasista. Por otra parte, la idealización de los oprimidos tampoco es patrimonio del wokismo.

Como vos señalabas en tu artículo «La izquierda y lo woke», publicado en revista Supernova, la izquierda es heredera de las Luces, por supuesto, pero a través de mediaciones posteriores: socialismo, movimiento obrero, marxismo, anarquismo, socialdemocracia, comunismo, movimientos anticoloniales, luchas feministas, luchas democráticas y populares. Si salteamos todo eso, la izquierda queda reducida a una posición filosófica normativa, casi a una ética universalista, que es lo que Neiman se propone de manera explícita, y pierde densidad histórica, sujetos sociales, instituciones, lenguajes, conflictos y experiencias.

Me gustaría pasar ahora a la cuestión de Israel, a la que le dedicás un largo capítulo de tu libro. Allí planteás que, después de 1945, el antisemitismo fue la mancha indeleble de las derechas posfascistas o radicales, pero que hoy, en cambio, muchas de esas derechas buscan legitimarse a través de una defensa militante de Israel. Al mismo tiempo, retomás la idea de M. Gessen, según la cual el antiantisemitismo funciona como «boleto» de entrada a la política mainstream y, al mismo tiempo, como arma contra los musulmanes y contra la izquierda. También aparece la imagen del «sello kosher», usada por Ariel Muzicant para referirse a la legitimidad que Israel puede otorgar a dirigentes de extrema derecha. ¿Cómo se produjo esa mutación por la cual fuerzas históricamente atravesadas por el antisemitismo pueden presentarse hoy como campeonas de la lucha contra el antisemitismo?

Creo que eso es clave, porque reconfigura la política posterior a la Segunda Guerra Mundial. La derecha cargaba con su pecado nada venial: su pasado antisemita que en su versión más esencial condujo al Holocausto. Jean-Marie Le Pen hacía menciones y ataques antisemitas corrientemente: dijo, por ejemplo, que las cámaras de gas habían sido un detalle de la Segunda Guerra Mundial. Fue juzgado y condenado por eso. Pero hoy hay un hipersionismo de extrema derecha.

Lo que permitió el cambio fue, en parte, que Israel se volvió un Estado gobernado cada vez más explícitamente por una de las derechas más radicales del mundo, con la impunidad de decir cosas fascistas por tratarse de dirigentes judíos. Mientras tanto, en Europa el «otro» pasó a ser el árabe-musulmán, y el islam se volvió un elemento central de la paranoia civilizatoria europea. La derecha empezó a acusar a la izquierda de complicidad con la islamización, y muchos judíos comenzaron a sentir que la extrema derecha podía ser más amigable con ellos que una izquierda más permeable a la defensa de los inmigrantes musulmanes o de la causa palestina. Los atentados terroristas reforzaron eso, aunque no siempre fueran ataques contra la comunidad judía. Las derechas descubrieron que acusar de antisemita a la izquierda era bastante productivo y les servía para normalizarse. La idea de que los «nuevos nazis» son los palestinos, o de que Israel está en riesgo de desaparecer por esos nuevos nazis —algo que no es nuevo pero se reactivó exponencialmente tras el 7 de octubre—, encaja muy bien en este esquema.

Esa convergencia se volvió cada vez más institucional. Netanyahu y figuras de su gobierno establecieron relaciones con Vox, Demócratas de Suecia, Fidesz, Reconquête o Reagrupamiento Nacional. También aparecen figuras como Amichai Chikli, ministro de Asuntos de la Diáspora y de Combate contra el Antisemitismo, que se mueven con comodidad en foros radicales. Y hay una dimensión ideológica: el nacionalismo israelí de derecha dialoga con formas de nacionalconservadurismo global, con autores como Yoram Hazony. No se trata solo de una alianza táctica. Hay afinidad política: Israel aparece como bastión occidental frente al islam, como modelo de soberanía étnica y como laboratorio de seguridad. Creo que no se puede entender a las nuevas extremas derechas sin mirar a Israel.

En el libro también mostrás que el antisemitismo «a la antigua» no desapareció necesariamente, y que incluso puede convivir con el apoyo a Israel. En muchos casos, el lugar del «otro» disolvente que antes ocupaban los judíos pasó a ser ocupado por musulmanes, árabes y migrantes. ¿Cómo se combinan hoy el viejo imaginario conspirativo sobre los judíos, la nueva islamofobia y la defensa de la llamada «civilización judeocristiana»?

En esa operación, como escribió Gilbert Achcar, hay una especie de «blanqueamiento» de los judíos, en el sentido de una reubicación simbólica. Los judíos, que para el antisemitismo europeo habían sido construidos durante décadas como un cuerpo extraño a la nación —orientales, cosmopolitas, racialmente ajenos, portadores de una amenaza disolvente—, hoy son incorporados por parte de las nuevas derechas como parte y vanguardia de Occidente. No se trata solo de un cambio de imagen, sino de una reorganización del mapa de enemigos: los judíos dejan de ocupar, al menos en el discurso oficial de esas derechas, el lugar del otro interior que corrompe a la civilización, y ese lugar pasa a ser ocupado por musulmanes, árabes y migrantes. Para hacer posible esa operación, la extrema derecha necesita construir una articulación que no era evidente: la «civilización judeocristiana».

Hay muchas paradojas allí. El Holocausto ocurrió en países cristianos —no solo Alemania, también Polonia, Ucrania y otros—, mientras que durante la Segunda Guerra Mundial muchos judíos vivieron con bastante tranquilidad en buena parte del mundo árabe. Hace poco comentábamos el libro de Avi Shlaim, en el que cuenta su niñez en Irak y cómo para sus padres y abuela ir a Israel fue un exilio, no una vuelta a la tierra originaria. Por eso la idea de una civilización judeocristiana continua, evidente y armónica es una construcción política retrospectiva.

Esa construcción está conectada con el «gran reemplazo» y con la mencionada idea de decadencia de Occidente. No es completamente nueva, porque el propio sionismo se postuló muchas veces como un núcleo occidental ashkenazí en Medio Oriente, y eso funcionó geopolíticamente con Estados Unidos. Pero la extrema derecha tradicional seguía siendo antisemita, e incluso muchas veces cierta solidaridad con los palestinos provenía de ese antisemitismo.

Todo eso ocurre en un contexto de desparpajo de Israel respecto de su propia tendencia fascistizante. Y ahí sí creo que el término puede valer, porque hay una forma de Estado de apartheid, de Estado con doble legislación. Pero incluso se puede pensar en la convivencia entre un Estado normativo y un Estado prerrogativo, que algunos usaron para describir a la Alemania nazi. Israel funciona en Palestina, en gran medida, como un Estado prerrogativo: allí se prueban armas que luego vende la industria armamentística israelí, se ensayan tecnologías de vigilancia y control, y rige una estructura de dominación con leyes especiales y grados amplios de arbitrariedad. Los discursos de la ultraderecha israelí son directamente discursos de exterminio y limpieza étnica.

La extrema derecha encontró interlocución en esos discursos. Pero eso convive con tendencias antisemitas. Hay encuestas que muestran que quienes son xenófobos contra inmigrantes, musulmanes u otros grupos también suelen ser más antisemitas. Y pervive en muchos de estos sectores la imagen antisemita de que los judíos manejan el mundo. En Estados Unidos hay antisemitas abiertamente contrarios a Israel en la derecha, y en la extrema derecha europea siguen existiendo tradiciones antisemitas, incluso en partidos que hoy apoyan a Israel. El caso de AfD es interesante: puede reivindicar a Israel y al mismo tiempo conservar zonas de antisemitismo en sus bases y contener un ala que coquetea con el pasado nazi.

Por eso hablo de una especie de astucia de la razón reaccionaria: el país creado por sobrevivientes del Holocausto puede terminar cumpliendo una serie de atributos que remiten al fascismo y, al mismo tiempo, funcionar como certificado de respetabilidad para fuerzas reaccionarias. Más allá de las explicaciones psicológicas, creo que hay que mirar la dinámica de la ocupación colonial y la deshumanización de los palestinos. Esa dinámica tiene consecuencias para Israel en su conjunto. Es difícil sostener una democracia mientras se mantiene una ocupación de ese tipo. Muchos lo advirtieron hace tiempo: no solo gente de izquierda o antisionista, sino también sionistas, exlíderes del Mossad, exprimeros ministros, que hablan abiertamente, desde hace tiempo, de un apartheid en los territorios ocupados.

En el libro discutís el desplazamiento del concepto de antisemitismo y, en particular, la definición operativa de la International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). Aunque formalmente distingue entre crítica a Israel y antisemitismo, en la práctica esa definición tiende a volver sospechosa cualquier crítica fuerte al Estado de Israel, al sionismo, a la ocupación o a la guerra en Gaza. ¿Cómo se produjo ese corrimiento conceptual? ¿Y cómo se puede combatir el antisemitismo real sin aceptar la identificación automática entre crítica a Israel y odio a los judíos?

La definición de la IHRA introduce un desplazamiento decisivo cuando afirma que las manifestaciones antisemitas pueden incluir ataques contra el Estado de Israel «concebido como una colectividad judía». Ahí está el núcleo del problema: si Israel aparece como expresión política del pueblo judío sin más, y además se define desde 2018 como «Estado-nación del pueblo judío», la crítica al Estado, al sionismo, a la ocupación o a la guerra en Gaza puede ser presentada como agresión contra los judíos en cuanto tales.

La cuestión de la «doble vara» refuerza esa trampa. La IHRA aclara que no es antisemita criticar a Israel, pero agrega que puede serlo si se lo critica con una vara distinta de la que se usa para otros países. Siempre se puede decir que hay un motivo oculto, que no se está criticando una política concreta, sino al Estado judío o incluso a los judíos. La forma en que se politizan las causas, en este caso la palestina, responde a diversas circunstancias. Como señalaba Marc Saint-Upéry, es cierto que la energía emocional no está repartida por igual entre todas las causas potencialmente legítimas. La de los palestinos es una causa histórica, que fue concitando diversas capas de solidaridad. Israel expresa una perversión del «Nunca Más» post-Holocausto como brújula moral de Occidente. Y los palestinos se volvieron, como se ha señalado, las «víctimas de las víctimas», los nuevos parias. Pero la cuestión es que esta supuesta «obsesión» con Israel convive con una realidad muy diferente: la de la impunidad de Israel para llevar adelante sus políticas, incluso genocidas. Esta supuesta obsesión tuvo hasta ahora bastante pocos resultados.

En este sentido, lo que concluís es que la definición de la IHRA puede servir para cancelar toda posición que intente plantear esos dilemas.

Sí. La definición de la IHRA permite una política de cancelación muy efectiva. En la práctica, impide una crítica seria, porque casi cualquier crítica puede ser presentada como «antisemitismo relacionado con Israel». Esto se ve muy claramente en Alemania, donde se ha acusado de antisemitas incluso a judíos críticos de Israel, muchas veces por parte de funcionarios y burócratas estatales no judíos encargados de administrar la lucha contra el antisemitismo. En el libro cuento el caso de Moshe Zuckermann, sociólogo germanoisraelí, que fue señalado por sus posiciones sobre Israel y respondió algo elemental: sus críticas son críticas al Estado en el que vive, no a los judíos ni al judaísmo. Ahí se produce una situación absurda: judíos acusados de antisemitismo por no someterse a la identificación entre judaísmo, sionismo e Israel. Y señalados, en muchos casos, por personas no judías.

Por eso es importante la Declaración de Jerusalén, que intenta ofrecer una definición alternativa y volver a poner el foco en el antisemitismo en sentido más clásico: discriminación, hostilidad, prejuicio o violencia contra los judíos en cuanto judíos. Esa definición permite distinguir mejor entre antisemitismo y crítica a Israel. El problema es que tuvo mucha menos fuerza institucional que la definición de la IHRA, hegemónica en gobiernos, universidades, instituciones culturales y organismos públicos. M. Gessen muestra cómo en Alemania se multiplican los comisionados contra el antisemitismo y las estadísticas de incidentes antisemitas, pero muchas veces se mezclan ataques violentos reales —como atentados contra sinagogas— con opiniones críticas de Israel. Esa mezcla vuelve el concepto menos preciso y menos útil para combatir el antisemitismo real.

El peligro de esta confusión es que termina debilitando la lucha contra el antisemitismo efectivo. Históricamente, combatir el antisemitismo implicaba cuestionar la idea de que los judíos eran una comunidad con doble lealtad, un grupo sospechoso de responder a intereses externos. Hoy, paradójicamente, las instituciones judías oficiales y el propio Estado de Israel son quienes refuerzan una identificación entre judaísmo e Israel que hace más fácil esa confusión. Si todo judío queda simbólicamente asociado a Israel y toda crítica a Israel queda asociada a los judíos, se le hace un favor enorme al antisemitismo realmente existente. Israel puede cometer crímenes de guerra, limpieza étnica o genocidio, pero eso no convierte a los judíos en responsables colectivos de esas políticas. La lucha contra el antisemitismo debería servir para separar esas dimensiones, no para fundirlas. Como alguien señaló, si cada vez que alguien critica a Israel se le dice que está criticando a los judíos, de pronto termina creyéndoselo.

Me gustaría detenerme en el concepto de antiantisemitismo. En el libro lo pensás como un dispositivo de cancelación y macartismo que no apunta solo contra palestinos, sino también contra docentes, artistas, militantes de izquierda e incluso judíos críticos con Israel. Al mismo tiempo, dejás planteado un problema más amplio: la existencia de tradiciones judías críticas, diaspóricas, igualitarias, antinacionalistas o no plenamente identificadas con el Estado de Israel. Aunque no te detenés específicamente en el Bund, esa tradición aparece hoy como una referencia para muchos jóvenes judíos que buscan romper la identificación automática entre judaísmo, sionismo e Israel. ¿Qué lugar pueden tener esas memorias políticas en el presente? ¿Y qué significa que esa recuperación parezca tener más fuerza en Estados Unidos que dentro de la propia sociedad israelí?

Lo primero es que la sociedad israelí y la política israelí se derechizaron hasta niveles antes inimaginables; aunque desde hace décadas muchos advertían los efectos internos de la colonización. Hoy vemos a sectores de la oposición criticando a Netanyahu por derecha. La izquierda israelí quedó muy relegada y desapareció aquel mundo que, con todos sus límites y problemas —asociados a la propia fundación del Estado y la exclusión de los palestinos—, podía imaginar una experimentación distinta: los kibutzim, el sionismo socialista, ciertos lenguajes igualitarios. Había, en todo caso, una tensión. Hoy ya no la hay.

Fuera de Israel, pero sobre todo en Estados Unidos, ocurre algo distinto. Allí aparecen nuevas generaciones de judíos que buscan formas de identidad no subordinadas al sionismo. El documental Israelism muestra muy bien esas trayectorias: jóvenes formados en una solidaridad casi automática con Israel que, al encontrarse con la realidad de la ocupación y la violencia contra los palestinos, empiezan a romper con ese marco. Yo recuerdo, e incluí en el libro, una frase reveladora de un exembajador israelí en Estados Unidos que dijo que Israel debería invertir más energía en sostener la solidaridad de los evangélicos que la de los propios judíos estadounidenses, porque entre estos últimos crecían los críticos de Israel.

En ese contexto, la recuperación del Bund es un síntoma. No se trata de reconstruir el Bund tal como existió. Era un partido socialista judío del Imperio ruso, anterior al Holocausto y situado en condiciones históricas muy distintas. Pero que jóvenes judíos estadounidenses vuelvan a leer sobre el Bund o busquen allí una forma de ser judíos sin ser sionistas genera una reacción histérica muy sintomática. ¿Cuál es el problema? Que las instituciones oficiales perciben que muchos jóvenes están saliendo del marco que identifica judaísmo, sionismo e Israel. El «neobundismo» —más como gesto que como programa— expresa una búsqueda: cómo ser judío sin aceptar que esa identidad quede capturada por el Estado israelí, sobre todo en sus actuales formas fascistizantes (que no se limitan solo a Netanyahu, basta ver las encuestas sobre Gaza o sobre Irán).

También hay algo tramposo en ciertos argumentos contra el Bund. A veces se dice que fracasó porque no logró construir una solidaridad obrera entre judíos y no judíos, o incluso que el Holocausto demostraría la razón histórica del sionismo: si todos los judíos hubieran ido a Israel, no habría habido Holocausto. Ese argumento es retrospectivo y deshonesto. Porque se plantea como si en el mundo judío solo hubieran existido sionistas y bundistas, cuando la mayoría de los judíos no eran ni una cosa ni la otra: había judíos asimilados, liberales, religiosos, socialistas, comunistas, conservadores. Y el nazismo no derrotó solo al Bund: derrotó a todas las fuerzas obreras, socialistas, comunistas y democráticas que podían enfrentarlo.

La cuestión de fondo es que el sionismo encontró en el Holocausto una fuente de legitimidad muy poderosa. Eso es comprensible históricamente: después de la Shoá, muchos judíos tuvieron buenas razones para sostener la necesidad de un Estado propio. Pero hoy no estamos en 1948. No discutimos un Estado por fundarse, débil, rodeado de amenazas y cargado de expectativas utópicas. No se puede seguir usando el Holocausto como argumento absoluto para blindar cualquier política israelí y menos aún torsionando la memoria del Holocausto para transformar a los palestinos en los nuevos nazis.

Permitime, Pablo, hacerte una última pregunta. Hay un aspecto que marcás en tu libro y es el del lugar de la memoria del Holocausto y su desplazamiento, sobre todo en Alemania, desde un «Nunca Más» universalista hacia la defensa particularista ya ni siquiera de un pueblo en sentido amplio, sino del Estado que se erige como su representante oficial. También discutís la idea extrema de un «genocidio para prevenir un genocidio» y la pregunta de Judith Butler sobre dónde empieza nuestra condena del 7 de octubre. ¿Qué consecuencias políticas y morales tiene esa torsión de la memoria? ¿Y cómo pensar el horror del 7 de octubre sin convertirlo en autorización para la destrucción de Gaza?

La fórmula del «derecho de Israel a existir» se volvió una consigna propagandística. Una cosa era discutirla en 1948 o en los años 60; otra muy distinta es hacerlo hoy, cuando Israel es una potencia militar, con acuerdos con varios países vecinos y sin ningún riesgo de exterminio. El eslogan del «derecho de Israel a existir» se usa demasiado para blindar políticas coloniales, masacres, expulsiones o llamados a la limpieza étnica, como si todo eso pudiera quedar protegido por una consigna moral intocable. Mientras se acusa de antisemitismo al eslogan (retórico) «Palestina desde el río hasta el mar», Israel lleva adelante precisamente ese plan, en la práctica, en sentido inverso.

Ahí aparece la idea de un genocidio para prevenir un genocidio. Pero se trata de un genocidio real para prevenir un genocidio imaginario. No hay ninguna posibilidad concreta de que los palestinos exterminen a Israel. El 7 de octubre fue tan shockeante justamente porque algo así aparecía como inimaginable debido a la superioridad militar israelí. Fue una operación brutal realizada por una organización islamista que gobierna de manera dictatorial Gaza y reprime a la disidencia interna. Una masacre de civiles no tiene justificación. Pero si se la presenta como una amenaza existencial equivalente a un nuevo Holocausto, se habilita una respuesta ilimitada y genocida. Y eso es lo que ocurrió.

Israel, además, jugó durante años con la división palestina. Debilitó de distintas formas a la OLP, la Organización para la Liberación de Palestina, y a Al Fatah, la principal fuerza nacionalista palestina, y luego presentó a Hamás como prueba de que no había interlocutor posible. Cuando las protestas palestinas son violentas, se las reprime por terroristas; cuando son pacíficas, también. La Marcha del Retorno de 2018, una movilización mayormente pacífica de palestinos de Gaza hacia la frontera con Israel, terminó con más de 200 muertos y miles de heridos por la represión israelí. Peter Beinart, periodista y ensayista judío estadounidense crítico de la ocupación, lo formula brutalmente: se exige a los palestinos producir Gandhis y, cuando lo hacen, se criminalizan los boicots y se les dispara en las rodillas.

Por eso es importante la reflexión de Judith Butler sobre cuándo empieza la condena. Si empieza el 7 de octubre, ese día aparece como pura irrupción del mal. Si empieza antes, no para justificarlo sino para entenderlo, aparecen la ocupación, el bloqueo, la colonización y la deshumanización de los palestinos. Se puede condenar el 7 de octubre de manera absoluta y, al mismo tiempo, negarse a que esa condena funcione como autorización moral para la destrucción de Gaza.

Israel combina dos discursos opuestos pero pronunciados en paralelo: el de la fuerza y el de la victimización. Hace alarde de su superioridad militar, de la Cúpula de Hierro, de su tecnología y de su potencia de fuego, y al mismo tiempo se presenta como si estuviera al borde del aniquilamiento.

También cambió la forma en que Israel habla de su propio pasado. Sylvain Cypel, periodista francoisraelí, señala que durante mucho tiempo los gobiernos israelíes negaban o minimizaban la expulsión de los palestinos en 1948. Esa negación era, al menos, el reconocimiento indirecto de que allí había un problema moral. Hoy la extrema derecha israelí dice que el error fue no haber ido más lejos, no haberlos expulsado a todos o incluso no haberlos matado. Es el pasaje del ocultamiento de la violencia fundacional a su reivindicación abierta.

Pero al final de cuentas todo esto terminó habilitando una paradoja, señalada en un reciente documental llamado Colapso: la brutalidad de la respuesta israelí terminó empequeñeciendo al 7 de octubre: la destrucción de Gaza, el castigo colectivo, la magnitud de la muerte y del desplazamiento hicieron que el crimen contra civiles quedara empequeñecido por una violencia estatal mucho mayor. No porque el 7 de octubre deje de ser horroroso, sino porque Israel decidió responder transformando ese horror en la antesala de una catástrofe todavía más grande.

Mariano Schuster es editor en la revista Nueva Sociedad, desde la que también coordina la Diplomatura en Historia y Política, organizada junto con el Centro de Documentación e Investigación de la Cultura de Izquierdas (CeDInCI). Es autor de El pasado no está muerto: conversaciones con historiadores que cambiaron nuestra forma de ver el mundo (Siglo XXI Editores, 2025).

 

[Fuente: www.jacobinlat.com]