En prélude à la création French pop aux Inrocks Festival 2026, mercredi 11
mars au Centquatre-Paris, le chanteur finistérien replonge en 1994 quand il
avait posté une cassette de “Boire”, son futur premier album, à la rédaction
des “Inrockuptibles”.
Propos recueillis par Franck Vergeade
“On était à la fin du
20ème siècle, en 1994, et je sortais de la poste brestoise, après avoir envoyé
une quarantaine de K7 intitulée Boire, dupliquées laborieusement à la main, à des maisons de
disques, à des professionnels de la profession, et à un seul et unique
journaliste. À ce moment-là de ma vie, tout tenait dans cet envoi.
J’allais sur mes trente ans et après une décennie où les boulots et les
déménagements s’étaient enchainés, je ne pouvais plus aller plus loin, j’étais
arrivé au bout, ou au fond, c’est selon où l’on se place.
Jusque-là, j’avais été
roadie, désamienteur dans les cales des bateaux de guerre, auxiliaire de
rédaction à Ouest-France, rédacteur spécialisé chez Gallimard, peintre en
bâtiment, libraire, concepteur rédacteur de bandes-annonces chez TF1, j’avais
été en bas, en haut, et j’avais enfin trouvé la légèreté, la solitude, le
bonheur dans la musique, un casque sur les oreilles, avec ce magnétophone
Tascam 8-pistes, une guitare, une basse, un clavier comme une façon de sauver
ma peau.
Ma compagne, Agnès Berthon, qui avait
été critique rock sur Londres était, à ce moment-là, la seule personne à
écouter mes chansons et à me soutenir, c’était une amie de Pascal
Comelade, et des Anglais de Moose, soutenus par Les Inrockuptibles, je faisais confiance en son goût. Je
venais de revenir de La Réunion, plus d’argent, plus d’appartement, étais
revenu chez des parents bienveillants, dans cette chambre d’adolescent. Si
cette K7 ne trouvait pas d’écho, pas d’oreilles, la seule perspective, était de
partir travailler sur Mayotte.
Cette K7, on l’avait enregistrée avec
Guillaume Jouan, qui avait mis de l’ordre dans mes anciennes chansons que je
traînais depuis deux ans et ensemble on en avait enregistré de nouvelles en
quinze jours. Je lisais Les Inrockuptibles depuis le début, ils étaient un des
rares journaux à avoir soutenu, notamment, les Woodentops, Giant (1986).
Dans ce journal, il y avait de véritables
entretiens, en longueur, il y avait cette maquette avec beaucoup de blanc, et
une vraie politique de la photo, en noir et blanc. Et puis il y avait
cette plume, JD Beauvallet, un style, un vrai, de l’humour, un ton
mordant. Quelques semaines après l’envoi de la K7, j’ouvre le journal,
alors mensuel, et c’est un choc : JD a placé la K7 dans ses cinq disques
préférés du mois. Et le mois suivant aussi. C’était, comme on dit, on ne
peut plus inespéré. Un sauvetage en mer. Le bonhomme avait de l’audace :
le ridicule peut facilement tuer dans ce métier de journaliste et miser sur une
K7, c’est mettre son amour-propre sur la table, la tête sous
l’échafaud. Et le soir où JD passa la K7 pour la première fois sur France
Inter, elle se cassa, s’entailla, et pour combler le trou il fit une blague sur
l’état des équipements publics, ce qui entraîna une menace de grève des techniciens. C’était
bien parti. Aujourd’hui, je peux l’écrire : JD m’a sauvé, et le journal
aussi.
Depuis les débuts, je suis demeuré ce qu’on appelle un fidèle lecteur, et j’y trouve toujours de quoi picorer, de quoi
m’enthousiasmer, de quoi vieillir un peu moins rapidement. Ce qui n’est pas, il
faut le reconnaitre, en 2026, toujours évident. Du coup, c’est un plaisir de
fêter les 40 ans du journal en compagnie des camarades de promotion, Dominique A, qui
m’aura donné le courage de l’oiseau ; Philippe Katerine, l’homme qui était
devenu papillon, et les talentueux Calypso Valois, Barbara Carlotti et Malik Djoudi sur les arrangements de l’inspiré Adrien Soleiman.”
Les Inrocks Festival
du 10 au 15 mars 2026 à Paris (Centquatre-Paris et Bourse de Commerce-Pinault Collection). Toute
la billetterie est ici
[Photo : Benjamin Deroche
- source : www.lesinrocks.com]1

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