segunda-feira, 9 de julho de 2018

Faut-il arrêter de parler de Dieu au masculin?


Certaines Églises chrétiennes réfléchissent à adopter un genre neutre pour se référer à Dieu.
 
«Notre entité divine qui es aux cieux...» | Patrick Fore via Unsplash License by

Écrit par Titiou Lecoq   

À l’approche des vacances, prenons un peu de hauteur et parlons de divin. Il se trouve que cette semaine, le Washington Post a publié un article étonnant: Dieu est-il masculin?

 
 
Il ne s’agit pas de trancher la question, insoluble, puisque pour les croyantes et croyants, Dieu est. On peut ajouter qu’il est dans sa perfection. Et il se trouve que pour les Églises, Dieu, c’est un peu comme un rasoir Gillette, c’est la perfection, mais au masculin. Amies et amis jeunes, faites-moi le plaisir de regarder cette réclame télévisuelle directement venue des années 1980. Elle mériterait un article à elle toute seule. 
 
Poupées russes de la domination 
 
Mes connaissances théologiques présentant de grosses limites, je vais me contenter de parler du christianisme. Pour les différents courants chrétiens, quand Dieu est un chouïa incarné, c’est au genre masculin, jamais féminin (je suis stupéfaction). L’une des prières catholiques les plus connues commence ainsi par «Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié». 
 
Historiquement, c’était assez logique dans l’ordre de soumission. Un dieu masculin dominait la terre, le roi masculin dominait le pays, et le père dominait sa famille. C’était comme les poupées russes de la domination, chacune renvoyant à l’ensemble des autres. 
 
Conséquemment, on ne peut pas vraiment dire que égalité femmes-hommes et dogmes religieux ont fait bon ménage jusqu’à présent.  
 
 
Dépassement des genres  
 
Or aux États-Unis, il y a l’Église épiscopale américaine –née à la suite de l’indépendance, pour s’affranchir de l’Église d’Angleterre qui prête allégeance au souverain britannique. Et dans cette Église, les femmes peuvent être ordonnées, on célèbre des mariages gays et lesbiens, et parmi ses religieux, plusieurs sont ouvertement homosexuels. 
 
Les responsables de l'Église épiscopale discutent cette semaine d’un éventuel changement de leur livre de prières. Il s’agirait d’enlever toutes les marques de genre masculin pour évoquer Dieu. On ne parlerait pas non plus d’une Déesse, mais d’une entité divine créatrice qui dépasserait les genres, transcenderait les sexes terrestres. 
 
Comme le dit l’évêque de Chicago Jeffrey Lee, il s’agit d’entendre les demandes des femmes –il cite le mouvement #MeToo– et il explique que cela reste cohérent avec l’esprit de la religion: «Nous ne pouvons pas définir Dieu. Le mystère que nous appelons Dieu est toujours plus vaste que tout ce que nous pouvons imaginer». 
 
Comme le dit l’évêque de Chicago Jeffrey Lee, il s’agit d’entendre les demandes des femmes –il cite le mouvement #MeToo– et il explique que cela reste cohérent avec l’esprit de la religion: «Nous ne pouvons pas définir Dieu. Le mystère que nous appelons Dieu est toujours plus vaste que tout ce que nous pouvons imaginer». 
 
Le but n'est donc pas de laver la religion avec une lessive féministe, mais simplement de revenir aux fondements du principe divin, ce qui me paraît intellectuellement plus intelligent que de montrer un monsieur avec une grande barbe blanche. S’il existe un principe créateur, il existe autant de chances qu’il ait une barbe qu’une trompe d’éléphant. 
 
Mots essentiels 
 
Si cette révision est finalement rejetée, plusieurs prêtres et prêtresses envisagent de demander l’autorisation d’utiliser tout de même des prières modifiées. L’une d’entre elles explique que «tant qu’un dieu masculin reste au sommet de la pyramide, rien de tout ce que nous faisons ne compte. Nous construisons un cadre théologique dans lequel nous parlons d’égalité entre les genres… et ensuite, nous disons que ce qu’il y a de plus divin dans l’univers est exclusivement mâle». 
 
Il faut dire que, contrairement aux polémiques en France sur le langage, les mots du livre des prières sont essentiels pour les religieuses et religieux. Ils ne peuvent pas dire: «Bho… Le langage, ce n’est pas très important, il y a des combats plus urgents». La lettre est ici cruciale, et c’est bien pour cela que les discussions risquent d’être animées. 
 
Mais toutes les occurrences masculinisant Dieu ne pourront pas être modifiées; on ne touche pas aux paroles de Jésus. Il est écrit dans la Bible qu’il dit «Quand vous priez, dites Père»: ce «père»-là, celui dit par Jésus, restera. 
 
«Ancêtres» et «tentation» 
 
L’Église épiscopale n'est pas la seule à réfléchir à ce genre neutre: l’Église évangélique luthérienne américaine ainsi que l’Église méthodiste unie en débattent. Mais le premier changement est venu du mouvement juif réformé –majoritaire chez les juifs du Royaume-Uni– qui en 2007 a modifié des textes de prières pour aller vers une plus grande neutralité de genre et une plus grande place faite aux femmes. 
 
Par exemple, «God of our fathers» a été remplacé par «God of our ancestors», et «Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob» a été allongé pour ajouter «Dieu de Sarah, Dieu de Rebecca, Dieu de Leah et Dieu de Rachel». 
 
L’Église catholique aussi est capable de modifier des prières. D’ailleurs, elle l’a fait en décembre dernier. Mais ce n’était pas en faveur de l’égalité. Elle a changé «Ne nous soumets pas à la tentation» en «Ne nous laisse pas entrer en tentation» puisqu’en fait, ce n’est pas Dieu qui tente l’homme, mais le Diable –dixit le site officiel de l’Église catholique. 
 
C’est un combat pour l’égalité sans doute un peu contre-intuitif pour les féministes en France, mais voir des hommes et des femmes d’Église mener ce combat-là, c’est assez rafraîchissant.
 
 
[Source : www.slate.fr]




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