quinta-feira, 22 de junho de 2017

Ils sont partout, par Yvan Attal

Ils sont partout, film réalisé par Yvan Attal, est une bonne « tragi-comédie dramatique », mal accueillie par de nombreux médias. Ce qui laisse songeur… 


Écrit par Véronique Chemla

« Mon film n’est pas du tout un film d’actualité mais un film de société. Il parle du malaise que je ressens en tant que juif, dans mon pays, la France », a déclaré Yvan Attal, qui s'est considéré, curieusement et à tort, "comme un Juif arabe", le 29 mai 2016, sur Radio J.

Ceux à qui Yvan Attal confie constater l’antisémitisme lui répondent invariablement qu’il exagère.

Avec Emilie Frèche, auteur notamment de La mort d’un pote et 24 Jours, la vérité sur la mort d'Ilan Halimi, il a écrit le scénario et les dialogues vifs pour « démonter les clichés antisémites les plus tenaces » : « Ils sont partout », « Ils sont solidaires », « Ils ont de l’argent », etc. Sur la Shoah, tous deux ont choisi le registre émotionnel. La « concurrence des souffrances » ironise sur ces frustrations qui se muent en tyrannies.

Les sketches s’enchainent, séparés ou annoncés par des scènes d’Yvan Attal monologuant, parfois dialoguant, avec son psy, le Dr Tobie Nathan, sur l’antisémitisme, l’identité, son avenir en France.

Inspiré de Csanad Szegedi, membre du parti Jobbik, qui a renoué avec ses racines juives en découvrant un passé familial juif occulté, Boris (Benoît Poelvoorde) utilise cette découverte dans une stratégie de pouvoir contre son épouse incarnée par Valérie Bonneton.

En Talmudistes, Grégory Gadebois et Denis Podalydès sont surprenants, drôles et épatants de complicité sincère.

On est ravi de revoir Robert Castel et Marthe Villalonga, en couple retraité, inquiet par les élucubrations de leur fils (Dany Boon), blessé par la déception agressive de Charlotte Gainsbourg, époustouflante de vulgarité. Il est heureux qu’Yvan Attal filme avec attendrissement ce couple de « petites gens » aux convictions simples, morales, sincères, isolé dans un monde banlieusard sans foi ni loi. Ces « braves gens » dont le cinéma et la télévision se gaussent, ou qu’ils ridiculisent avec dédain. La fin du sketch effraie.

Le sketch le plus drôle ? Peut-être celui sur Jésus. Le machisme du super-agent du Mossad, la rouerie de son supérieur hiérarchique, la jalousie féminine, l’anachronisme de l’écouteur, la saveur de la « chute » - « Vous faites une grossière erreur » -… Tout fait mouche. Dans des paysages dont la lumière dorée tranche avec celle blanchâtre, froide, parfois nocturne, de la banlieue française.

Le spectateur attentif à l’actualité s’amuse à reconnaître tel ou tel personnage (Marine Le Pen), mais s’attriste à lier un sketch à une agression antisémite récente (Créteil).

Pourtant, ce film semble « islamiquement correct ». Yvan Attal retrace l’itinéraire de sa famille d’Espagne à l’Algérie. Il passe de l’Inquisition à la conquête française, sans mentionner la cruauté de la domination musulmane, la dhimmitude, l’antisémitisme islamique.

En outre, le film consacre un sketch aux néo-nazis, mais aucun aux gauchistes.

La déferlante antisémite sur les réseaux sociaux et en commentaires d’un article de Marianne parallèlement à la campagne de promotion du film, l’absence curieuse de couvertures de magazines féminins valorisant les comédiennes, dont celle interprétant avec brio Marie, et d’invitations aux Journaux télévisés… Tous ces faits amènent à penser que le film sous-évalue la gravité de la situation. Dans cette campagne assurée essentiellement par Yvan Attal, les acteurs chrétiens sont souvent absents, occupés par d’autres tournages ou éloignés par des tournées. Résultat ? L’antisémitisme se concentre sur l’acteur-réalisateur devenu soudainement « franco-israélien ». A l’instar des films américains, il eut été intéressant de proposer des interviews filmées des principaux acteurs.

Si Yvan Attal s’est dans un premier temps indigné que son film n’ait pas été sélectionné au festival de Cannes, il a ensuite relevé avec ironie que ceci prouvait le caractère infondé du cliché sur la puissance des Juifs…

Le 1er juin 2016, est sorti en France et en Belgique  Ils sont partout, par Yvan Attal.
Le 17 juin 2017, Yvan Attal a déclaré à i24News : "En tant que citoyen, lutter contre le terrorisme c'est déjà rester citoyen et ne pas avoir peur. Ensuite il y a un engagement politique: à chaque fois qu'on peut dénoncer un certain nombre de choses, il ne faut pas hésiter à les dénoncer. Par exemple je veux parler du cas de cette dame Sarah Halimi qui, il y a quelques mois, a été victime de terrorisme et personne n'en parle... En tant que citoyen j'ai envie d'en parler aujourd'hui. J'espère que le gouvernement prendra la mesure des faits. Cette dame a été poignardée, torturée, d'après ce qu'on sait. Elle a été défenestrée par un type qui a criée "Allah akbar". Cela ressemble aux attentats terroristes qui se déroulent sur la voie publique... Si on veut lutter contre le terrorisme, il ne faut pas avoir peur de dire les choses. Il faut nommer les choses".

Dans le cadre du festival "A Films Ouverts" (Festival du film pour l’interculturalité et contre le racisme), ce film a été projeté le 24 mars 2017 à 20 h au CCLJ (Centre communautaire laïc juif). Le film sera suivi d'un débat avec comme question : " Et nous, comment nous voyons-nous ? "

Ils sont partout, par Yvan Attal
2015, 1 h 51
Scénario et dialogues : Yvan Attal et Emilie Frèche
Producteur : Thomas Langman
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Directeur de la photographie : Rémy Chevrin
Chef opérateur Son : François Maurel
Chef décoratrice : Katia Wyszkop
Créatrice Costumes : Carine Sarfati
Chef Costumière : Sylvie Neant
Chef maquilleuse : Sylvia Carissoli
Chef coiffeur : Gérald Portenart
Montage Image : Jennifer Augé
Musique originale : Evgueni et Sacha Galperine
Avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens, Tobie Nathan et Yvan Attal   



[Source : www.veroniquechemla.info]

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