quinta-feira, 13 de abril de 2017

Un altro me : dans la tête de délinquants sexuels

Récemment présenté au Festival de Lecce, le documentaire de Claudio Casazza retrace le parcours de réhabilitation d’un groupe de délinquants sexuels dans la prison de Bollate



Écrit par Vittoria Scarpa 

Á l’instar d’une mouche sur un mur, qui observe sans jamais intervenir, le documentariste Claudio Casazza a passé une année à la prison de Bollate (Milan) pour relater, dans son dernier film Un altro me, une expérience importante, la seule et l’unique en son genre en Italie : une thérapie pour délinquants sexuels visant à leur faire comprendre la gravité de leur crime pour qu’ils tentent de ne pas de récidiver une fois leur peine purgée. ‘’Tenter” est le mot juste : il s’agit d’une tentative et non d’une certitude. C’est précisément cet aspect faillible de la nature humaine, de doute latent – entre les deux partis, les psychologues et les détenus – qu’explore le documentaire d’une heure et vingt minutes, présenté au dernier Festival du cinéma européen de Lecce, après avoir reçu plusieurs prix aux Festival de Popoli et de Trieste ainsi qu’au Mois du Film Documentaire 2017. Il n’y a aucune certitude : chaque scène se termine sur une interrogation, sur un discours ouvert, sur un silence évocateur. Les scènes suivantes tentent d’y apporter une réponse, mais la boucle n’est jamais bouclée. 

Sergio, Gianni, Giuseppe, Valentino et Enrique sont les détenus principaux du film, mais nous ne les voyons jamais de face, nous ne les connaissons qu’à travers quelques détails : des mains, un cou, une nuque, un genou. Le réalisateur a choisi de maintenir l’anonymat des détenus pour les protéger, pour protéger leurs victimes, mais aussi pour préserver les spectateurs de la brutalité de leurs actes, et transmettre cette distance que les condamnés maintiennent entre eux et leurs crimes. Une distance que la thérapie intensive de l’équipe de criminologues et de thérapeutes dirigée par Paolo Giulini cherche à réduire, voire à faire disparaître. Que pensent-ils de leur crime ? Comment le justifient-ils ? Comment pensent-ils se comporter une fois dehors ? Voilà quelques-unes des questions posées à ces délinquants sexuels lors des séances de groupe et des entretiens individuels, où ils parlent de leur histoire librement, démontrant une certaine prise de conscience par rapport aux actions qui les ont conduits en prison, ou bien une réticence envers la thérapie ou un manque de participation sincère dans certains cas.

Il aurait été simple de transformer ce film en une vitrine de comportements déviants et de s’attarder sur le caractère morbide des thèmes traités. Et pourtant, l’approche discrète et professionnelle de Casazza, tout comme celle de l’équipe de médecins et d’internes sur le terrain, en fait une expérience profonde qui pousse à la réflexion, où personne ne juge personne. Le témoignage d’une victime d’abus sexuels – une femme qui accepte avec une force extraordinaire de rencontrer les détenus pour leur parler – est l’un des moments les plus éloquents du parcours de réhabilitation. Ce n’est pas une condamnation, mais plutôt une invitation à se remettre en selle, à engager le dialogue et comprendre, une observation lucide et sereine sur notre nature humaine, fragile et faillible.

Un altro me, produit par Enrica Capra pour Graffiti Doc avec le soutien de Mibact et du Piemonte Doc Film Fund, sortira demain, le 13 avril, dans les salles italiennes avec Lab80



[Traduit de l'italien - source : www.cineuropa.org]

Nenhum comentário:

Postar um comentário