quinta-feira, 24 de setembro de 2026

Qui écrira et qui lira dans un monde où l’écriture n’est plus spécifiquement humaine ?

L’écrivain québécois d’origine haïtienne est accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour son roman C’était ça ou mourir, lauréat du prix du roman Fnac. Une polémique qui interroge sur l’avenir de la littérature à l’heure des nouvelles technologies, analysent le haut fonctionnaire Raphaël Doan et l’économiste Antoine Levy. 

« Si le procès Orélien devrait donc être d’ores et déjà clos pour tout critique de bonne foi, celui de la littérature ne fait que s’ouvrir. »

Écrit par Antoine Levy, Raphaël Doan 

Il y a quelques semaines, les meilleurs modèles d’intelligence artificielle d’OpenAI trouvaient une solution à l’un des problèmes les plus difficiles de la recherche mathématique, celui de Navier-Stokes. Aujourd’hui, ces modèles ont franchi un pas sans aucun doute plus difficile : écrire un roman capable d’atteindre les plus prestigieux prix littéraires parisiens. 

L’affaire Thélyson Orélien elle-même, malgré les dénégations de l’auteur et de son éditeur français, est entendue. Son roman C’était ça ou mourir a déjà reçu plusieurs prix littéraires et été sélectionné pour le Renaudot et le Goncourt ; il fait l’objet d’éloges dithyrambiques de la part de la quasi-totalité de la critique française, qui y voit un style « poignant », une « langue poétique pour dire l’indicible », et même un texte « profondément humain ». Pourtant les textes d’Orélien sont de toute évidence, pour quiconque est familier de ces outils, le produit de l’IA générative. Ils ont été soumis à de nombreux détecteurs d’IA quasi unanimes sur la question (à l’exception un peu ridicule de l’outil « interne » développé par l’AFP, qui prétend y lire une plume 100 % humaine). Le plus convaincant est celui développé par Pangram, validé scientifiquement à de multiples reprises et dont le taux de « faux positifs » sur des textes francophones longs est inférieur à 1 sur 50 000. Plus accablant encore, seuls les textes d’Orélien datant d’après 2023 - et donc de l’accès généralisé aux LLM et aux robots conversationnels - sont identifiés par Pangram comme de l’IA. 

La totalité de ses textes récents le sont ; aucun de ceux parus de sa plume dans des journaux ou des revues québécoises et françaises avant 2022 ne porte en revanche la signature de l’IA (ils portent par contre souvent celle du plagiat, car plusieurs sont des traductions automatiques par Google Translate entièrement recopiées sur des articles philippins ou colombiens). En dépit des arguments avancés par certains, qui prétendent sans aucune preuve que les détecteurs seraient trompés par un style géographique particulier, les passages qui sonnent IA dans son livre n’ont pas d’inspiration haïtienne particulière, alors qu’aucun texte d’auteur classique afro-caribéen, comme Césaire ou Laferrière, n’est identifié par Pangram comme de l’IA ; pas plus que ne l’est aucun des chapitres pris au hasard dans les autres grands romans de la rentrée - ce qui est plus rassurant. 

Si le procès Orélien devrait donc être d’ores et déjà clos pour tout critique de bonne foi, celui de la littérature ne fait que s’ouvrir. Que faire des livres dans le monde d’après ? Celui dans lequel un roman entièrement généré par l’intelligence artificielle parvient non seulement à tromper éditeurs, pairs et critiques, à rafler des prix, mais aussi à trouver un lectorat large et venu de tous horizons, transformant ce qui aurait pu n’être qu’une mauvaise farce en phénomène littéraire vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires - et en humiliation pour le landerneau culturel. Ce dernier a péché, par naïveté, sans doute, par conformisme, peut-être, mais aussi et surtout par ignorance choisie des progrès récents de l’IA. Alors même que les preuves s’accumulaient, nombreux sont ceux parmi les éditeurs, les journalistes ou les auteurs qui refusent encore d’accepter qu’une IA peut désormais produire un texte aux qualités littéraires certes discutables, mais suffisamment populaires pour en faire un succès d’audience comme d’estime et un candidat parmi les plus sérieux au Goncourt et au Renaudot. C’est précisément le manque de curiosité scientifique de ce monde littéraire qui le conduit à ignorer l’évolution fulgurante des capacités techniques de l’IA générative, passée en à peine deux ans de gadget amusant à une super-intelligence dominant largement les meilleurs humains dans la plupart des domaines cognitifs, écriture comprise. Pangram aura sauvé ces précieux ridicules de l’embarras, mais sans doute pour la dernière fois ; il semble de plus en plus probable que dès cette année, les modèles les plus récents soient à la fois capables de produire de grandes œuvres littéraires et de tromper les détecteurs les plus affûtés. 

Qui écrira, alors, et surtout qui lira, dans un monde dans lequel l’acte d’écrire n’a plus rien de spécifiquement humain ? Certains éléments de réponse transparaissent dans le sort d’autres artisanats traditionnels que la machine a déjà rendus matériellement obsolètes, mais qui persistent, à petite échelle, à destination d’une clientèle de niche. Ainsi du textile ou de la maroquinerie : si la masse de la demande s’est déplacée vers une production industrielle peu coûteuse, régulière et de bonne qualité, il demeure quelques consommateurs pour payer le prix fort pour du cousu main, par snobisme, goût de l’expérience, ou souci quasi philanthropique de subventionner le procédé de fabrication pour lui-même. Ainsi de la musique, où la disposition à payer des consommateurs s’est peu à peu déportée de l’objet matériel (le disque enregistré, désormais reproductible à l’infini et à coût nul) vers l’expérience sensorielle du concert en présence de l’artiste lui-même. Peut-être voudra-t-on alors, parmi certains esprits pointus et portefeuilles profonds, payer pour assister à l’expérience de création littéraire, ou entendre le romancier déclamer de vive voix sa prose fraîchement produite, plutôt que pour un objet livre dont rien ne saurait plus garantir l’origine authentiquement humaine. Dans un tel monde, la seule valeur (mais elle est grande) d’un auteur de chair et d’os est son existence intrinsèque et la foi que les lecteurs placent en lui. 

Ironiquement, le livre de Thélyson Orélien aurait tout à fait pu correspondre à cette nouvelle façon d’apprécier la littérature. À l’évidence, ce qui a plu à beaucoup de lecteurs et de critiques, c’est d’abord l’histoire que véhiculait l’existence même du livre, le lien charnel que pouvait avoir son auteur avec son sujet, la perspective d’accéder par la lecture à une expérience humaine singulière, celle d’un réfugié haïtien bravant plusieurs fois la mort et déterminé à l’écrire. Mais cet enchantement ne peut survivre à la conscience que le texte n’a pas été écrit par l’auteur. Le risque est désormais que ce soupçon plane sur tous. Ce sera aux auteurs de construire patiemment, auprès de leurs lecteurs, la confiance requise pour être lus.

 

Raphaël Doan, ancien élève de l’ENS et de l’ENA, agrégé de lettres classiques, est entrepreneur, essayiste et senior advisor pour la société Accuracy. Il a notamment publié Si Rome n’avait pas chuté (Passés composés, 2023). Antoine Levy est économiste. Il enseigne à Berkeley (Haas School of Business) en Californie.

 

[Photo : Sarah Meyssonnier / REUTERS - source : www.lefigaro.fr]

Neix un centre d’estudis catalans a la Universitat Montreal, el primer fora d’Europa

La Universitat de Montreal i l’Institut Ramon Llull impulsen un nou centre d’estudis catalans que reunirà sota un mateix paraigua l’ensenyament, la recerca, la innovació tecnopedagògica, la formació professionalitzadora, la programació cultural i la mediateca. 

Universitat de Montreal

El Pol d’Estudis Catalans de la Universitat de Montreal (PECUM) és el primer centre d’aquestes característiques que s’obre fora d’Europa. La seva inauguració oficial tindrà lloc aquest divendres 25 de setembre coincidint amb el Dia Europeu de les Llengües. 

La creació del PECUM culmina una trajectòria iniciada l’any 2007, quan la Universitat de Montreal va incorporar els estudis catalans a la seva oferta acadèmica gràcies a la col·laboració amb l’IRL. En aquests 19 anys, més de 1.000 estudiants han passat per les seves aules de català, convertint-lo en un dels centres de referència de l’ensenyament de la llengua i la cultura catalanes a l’Amèrica del Nord. 

Amb aquest pol, la Universitat de Montreal és la cinquena del món que disposa d’una estructura estable d’aquestes característiques sostinguda per l’IRL. Les altres són la Universitat de la Sorbona de París, la Queen Mary de Londres, l’Adam Mickiewicz de Poznan i l’Stranieri de Siena. 

Recerca, innovació i cultura 

El PECUM neix amb la voluntat d’anar més enllà de la docència i convertir-se en un espai de referència per a la promoció dels estudis catalans al Canadà. Entre els seus objectius hi ha impulsar projectes de recerca i innovació en didàctica de llengües; organitzar seminaris i jornades acadèmiques; desenvolupar experiències professionalitzadores en àmbits com la subtitulació i la mediació cultural; coordinar activitats culturals obertes a la comunitat, i acollir professorat i investigadors convidats. 

L’acord marc signat entre la Universitat de Montreal i l’Institut Ramon Llull tindrà vigència fins al 2030, amb possibilitat de pròrroga, i preveu el desenvolupament de programes presencials, híbrids i a distància per continuar ampliant l’abast dels estudis catalans. 

El projecte de la Universitat de Montreal 

L’oferta acadèmica de la Universitat de Montreal ha passat de les cinc assignatures inicials a onze cursos, els quals inclouen llengua, cultura, literatura, traducció, pràctiques professionals i viatges d’immersió lingüística.

El mínor en estudis catalans, creat el 2014, conté 30 crèdits acadèmics i va ser el primer de l’Amèrica del Nord, abans que els de les universitats de Massachusetts i Chicago. El curs 2025-2026 va comptar amb 79 estudiants i 103 matrícules distribuïdes en deu grups docents. 

Actualment, la Universitat de Montreal és l’única universitat del Quebec que ofereix una formació completa en llengua i cultura catalanes i una de les tres institucions canadenques amb estudis catalans, juntament amb la de Toronto i la British Columbia. 

 

[Font: www.cultura21.cat]

Samah Jabr, una psichiatra in Palestina

 


di Marco Ercolani 

Interrogata da Maria Nadotti sulla natura del trauma, la psichiatra palestinese Samah Jabr risponde così: «Il trauma palestinese è coloniale, deliberato, ripetitivo, cumulativo e transgenerazionale. A essere patogeno è il dispositivo politico dell’occupazione e dell’apartheid. È l’esposizione incessante alla violenza, alla vessazione, all’umiliazione a deformare la psiche degli individui, costretti ad adattarsi al peggio per sopravvivere. Il progetto coloniale è, in sostanza, la riduzione dell’individuo all’impotenza» (Samah Jabr. Maria Nadotti, Trauma infinito. Una psichiatra palestinese racconta, Feltrinelli 2026). Non sono queste parole che possano essere equivocate. Una psichiatra di Gerusalemme, che vive in un paese di guerre, testimonia che la sua pratica clinica è inscindibile dall’azione politica e dall’esperienza di vita. Dovendo lottare per ogni singolo individuo, afflitto spesso da lutti inconsolabili, resiste alla disperazione cercando, in ogni modo, con ogni mezzo, ai limiti del possibile, di trovare una anche piccola speranza verso un minimo futuro. Alla cura del sintomo deve affiancarsi una filosofica saggezza, che sappia ascoltare.

Nell’ultimo testo del libro-intervista, Hakimah. Oltre il camice bianco, leggiamo: «Perciò, sì, chiamatemi hakimah, perché curare senza saggezza può guarire un corpo, ma non può risanare il mondo. In un’epoca tormentata da guerre, sfollamenti e violenza strutturale, il mondo ha bisogno di medici che personifichino la saggezza tanto quanto la competenza clinica: medici capaci di ascoltare a fondo, di vedere con chiarezza e di agire in modo giusto al servizio di tutti gli esseri umani, medici coraggiosi che non abbiano paura di essere puniti dalle istituzioni per la loro limpidezza morale».

Il giuramento di Ippocrate recita: «Tutto ciò che vedrò e ascolterò nell'esercizio della mia professione, o anche al di fuori della professione nei miei contatti con gli uomini e che non dev’essere riferito ad altri, lo tacerò considerando la cosa segreta. Se adempirò a questo giuramento e non lo tradirò, possa io godere dei frutti della vita e dell’arte, stimato in perpetuo da tutti gli uomini; se lo trasgredirò e spergiurerò, possa toccarmi tutto il contrario». “Mantenere il segreto”, nel caso dello psichiatra, ha una sfumatura diversa: non si tratta solo del segreto da “non svelare”, rispettosi della privacy del paziente, ma soprattutto del segreto da “indagare”, fonte di trauma e di dolore: «Il trauma inscritto nell’esperienza dei palestinesi è reiterato, costante, subdolo. Si accumula, dunque può trasmettersi come un’”eredità”. Se non lo si riporta alla sua genesi storico-politica, se non lo si affronta come trauma di un’intera società, non se ne viene a capo... Se non si trova il modo di arrivare alla causa e al cuore di quella sofferenza, di permetterle di esprimersi offrendole il tempo e l’amorosità dell’ascolto e della comprensione, si rischia solo di iperpatologizzarla. In una società come la nostra, chi soffre non va messo nella posizione del “paziente”, ma affiancato nella ricostituzione di un tessuto sociale che si è smagliato e rischia di non ricomporsi mai più. Ed è un lavoro eminentemente politico».

In tutto il libro il “bisogno tanto di saggezza quanto di medicina” è evidente. Hakimah, nell’arabo classico, significa “donna saggia”, non “dottoressa”. Il “trauma infinito” dei pazienti, provocato dalla guerra interminabile che devasta tutti i paesi arabi, è qualcosa che riguarda anche noi occidentali, perché è impossibile sottrarsi a questo dolore diffuso, a questo permanente sopruso contro l’umano. Samah Jabr, secondo la tradizione ebraica, sarebbe una zaddiqim, un giusto destinato a salvare il mondo o almeno a pensare di poterlo salvare.

Fondamentale, per la psichiatra palestinese, è dare risposte non univoche, ma complesse, politiche, dinamiche, all’interno della sua competenza clinica su temi drammatici, ad esempio quello del suicidio, affrontato sia come rischio nella salute mentale sia come dilemma religioso.

«M.N.: Un uso combinato, il tuo, dei tuoi strumenti professionali e della tua conoscenza del testo coranico.

S.J: Sì, uso innanzitutto la mia familiarità con le tematiche religiose per trovare un punto di accesso e poi mi servo delle mie competenze professionali per arricchirle. Credo che la conclusione di quell’articolo sul suicidio fosse che è necessario che i medici siano informati sul piano religioso e che i religiosi siano informati dal punto di vista medico e psicologico in modo da svolgere insieme il loro compito».

Samah Jabr non si accontenta delle prime interpretazioni. La sua etica personale, umana, religiosa, clinica, non è un vangelo fissato in norme, come un codice giuridico: è modellata dalle idee e dall’esperienza clinica di un “caldo” sguardo antropologico che prevede un “principio-speranza” e una sincera adesione a una fede mai dogmatica: «Per il momento vorrei citarti tre versetti del Corano che, a mio parere, aiutano ad avere un pensiero critico. Il primo dice di non seguire il modello paterno e di pensare con la propria testa; il secondo di non seguire le persone che hanno potere e influenza; il terzo, di non seguire la maggioranza perché la maggioranza non sempre ha ragione. Poiché in generale si tende a fare queste tre cose, questi passi sono molto rilevanti. Tieni conto che sono stata io ad accostarli. Nel testo coranico questi versetti si trovano in punti diversi».

L’interpretazione è il modo che ogni persona sviluppa dentro di sé per far sentire la propria unica voce. Non interpretare conduce ad accettare una realtà così come è, senza impegnarsi a mutarla. Samah Jabr sposta l’indagine psichica dalla stanza chiusa dell’analisi, in cui vengono discussi i traumi interiori, alla stanza-conflitto, dove i traumi esogeni sono la sostanza del mondo, soprattutto in Palestina. Psicoterapeuta e scrittrice, per anni responsabile dell’Unità di salute mentale del ministero della Salute palestinese, ha elaborato un metodo clinico, ispirato a Frantz Fanon, che vuole esplorare le patologie generate dalla violenza sociale. La vocazione psichiatrica di Fanon, autore di I dannati della terra, si scontrò con la realtà violenta dell’oppressione coloniale, che lui chiamava la «patologia della dominazione». Samah Jabr potrebbe solo sottoscrivere le parole di Aimé Césaire che Fanon pone a epigrafe del suo Discorso sul colonialismo: «Io parlo di milioni di persone a cui sono stati inculcati/ con grande accortezza la paura, il complesso/ d’inferiorità, la soggezione, la prostrazione,/ la disperazione, il servilismo».

Samah Jabr crede che sia possibile curare anche in tempi di genocidio: difendere il proprio Corano, non arrendersi, resistere. Curare è prendersi cura delle persone sofferenti e vive, di noi stessi, dei libri che leggiamo, degli esseri che amiamo. Storicizzare i sintomi, decolonizzare la cura, prevenire il suicidio; ecco i doveri primari dello psichiatra curante. Non solo in Palestina o a Gaza, ma dovunque si consumi una violenza psichica e fisica di incommensurabile violenza, un attentato al nostro restare “esseri umani”. «Nella pratica psichiatrica vedo studenti, professionisti e genitori che adempiono ai loro compiti e ricoprono il loro ruolo senza apparente difficoltà e che tuttavia di frequente vengono da me con quesiti che riguardano non solo la regolazione emotiva, ma il senso stesso della propria esistenza. “Che senso ha vivere in queste condizioni?”. “Come faccio a proteggere i miei figli dalla disperazione?” “È da codardi volersene andare”?» ... Secondo le mie osservazioni una stragrande maggioranza di coloro che esprimono un desiderio di morte porta con sé un desiderio di vita ripetutamente naufragato. Spesso, quando qualcuno dice “vorrei essere morto”, ciò che di fatto esprime è il desiderio di vivere senza paura, senza impotenza, senza umiliazione».

In Palestina è facile dissociarsi da una realtà che non può essere tollerata. Il trauma interminabile dei ripetuti attacchi militari costringe talvolta a non voler più vedere una realtà tanto atroce, a scorrere rapidamente i video di droni letali che causano esplosioni mortali, perché è devastante vivere nel clima di una strage che non prevede nessuna soluzione. Credere che un sollievo possa ancora esistere, oltre il più indicibile dolore, è il compito del terapeuta, la sua personale ‘leggenda” umana, se sa accordarsi al dolore altrui e tenerlo dentro di sé. A volte, all’uomo ferito, può bastare uno sguardo, un cenno della mano, l’inizio di una fiaba. Si fa ciò che è possibile fare, pur cercando una pace impossibile, reale solo nei nostri sogni.

Scorrendo l’intervista di Maria Nadotti, Samah Jabr si concede anche delle confidenze intime; parla di una sua relazione affettiva che si è sviluppata al di qua dell’amore, come affettuosa amicizia; parla dei suoi sogni. «...sogno molto e presto attenzione ai miei sogni, che mi dicono molto sulla mia vita personale e la realtà. E, sì, ho una serie di sogni ricorrenti. Per esempio, sogno spesso i miei passaporti. Cerco i miei documenti di viaggio, non li trovo, mi preoccupo. Un altro tema ricorrente sono i piedi. Ad esempio sto pregando, ma quando finisco la preghiera non trovo le mie scarpe». Samah è una donna in cammino, che cerca sempre una sua strada per lottare contro soprusi individuali e collettivi. In uno dei suoi libri, Sumud. Resistere all’oppressione (Sensibili alle foglie, 2021), Samah parla del ṣumūd, una parola/concetto potente, che testimonia l’arte della perseveranza, della pazienza, dell’immaginazione. Il ṣumūd non nega il trauma, non è un valore statico, un atteggiamento apatico: è un modo di tenere con sé, dentro una certa armonia, qualcosa che sembrava perduto. In un certo senso, assomiglia a un metodo che preveda il silenzio e la resistenza: è una forma di terapia. «La terapia richiede la ricostituzione dell’umanità stessa: un risveglio globale che riconosca che nessun pacchetto di aiuti può sostituire la responsabilità. Tra le rovine di Gaza, la questione non è se il territorio palestinese possa riprendersi ma se il mondo possa recuperare la propria visione morale». Se i fatti diranno che è impossibile recuperare una visione morale collettiva, occorrerà che ogni palestinese, ogni essere umano, guidi se stesso e chi vive accanto a sé verso una sua visione morale: fosse anche simile un sogno, in quel sogno esisterebbe e non andrebbe del tutto perduta. Gaza, per Samah, può anche essere ricostruita ma non da chi l’ha distrutta. Il percorso di un mutamento, di una speranza che nutra se stessa anche nell’impossibilità effettiva di un mutamento, non spaventa Samah Jabr. La sua scrittura, nitida, lucida e chiara, nasce dopo lunghe esperienze epistolari: non è un caso che l’autrice abbia iniziato a scrivere proprio dopo avere scambiato lettere con interlocutori diversi ma fecondi per il suo sviluppo interiore. Quando tutto appare ridotto al silenzio, immerso nelle ombre della fine, un essere umano può, anche solo per caso, far pervenire un messaggio a un altro essere umano, una lettera breve, un cenno di saluto. Da una semplice frase si può ipotizzare l’inizio di una resurrezione, anche se le rovine di Gaza e il trauma mai concluso della guerra sono l’ombra costante dell’intero popolo palestinese. Eppure è vero che nessun trauma può davvero essere infinito: è lungo, intollerabile, atroce, ma non infinito.

Fedor Dostoevski, nel 1876, scrive un racconto, Sogno di un uomo ridicolo, dove un uomo che ha deciso il suicidio sogna di volare e di vedere una nuova terra. Questa finzione, pur generando belle emozioni e speranze, è destinata a restare illusione. In questa nuova terra innocente il protagonista vivrà per il tempo breve del sogno ma la sporcherà ancora, diventando colpevole di una nuova corruzione. Il dolore resta assoluto, il senso di colpa invincibile. Ma il personaggio, appena destato dal sogno, acquisirà una nuova consapevolezza che gli permetterà di non uccidersi e di tentare di essere diverso: tornato nel mondo reale, aiuterà una bambina a non morire. In sintesi, trova le sue energie positive all’interno di un sogno dove la visione della terra nuova eleva l’uomo dalle tenebre. La finzione salva l’uomo dall’abisso definitivo. E se questo sogno letterario, nato dal Diario di uno scrittore, domani fosse sognato da un paziente di Samah Jabr e aprisse le vie a una “nuova terra” in una realtà sconsolata, marchiata dai traumi e dalle guerre? Pensarlo è un’utopia della mente, ma le utopie possono non essere sconfitte. 


[Fotografia di Alexandra Dols - Wikimedia Commons - fonte: www.doppiozero.com]


quarta-feira, 23 de setembro de 2026

«La il•lustració fosca. Entendre el pensament neoreaccionari», llibre d'Arnaud Miranda

La primera anàlisi rigorosa, profunda i sistemàtica de les bases ideològiques del moviment reaccionari contemporani 

Al llarg dels anys 2010 i 2020, als marges d’internet, es va anar desenvolupant una nova contracultura política de dreta radical als Estats Units. Aquest moviment intel·lectual, que s’anomena a si mateix la "neoreacció" o la "Il·lustració fosca", ha anat guanyant progressivament el suport de multimilionaris de Silicon Valley, que l’han ajudat a obrir-se camí dins del Partit Republicà. La segona victòria de Donald Trump, el novembre de 2024, ha situat en primer pla aquests pensadors, els somnis més desmesurats dels quals (la fi de la democràcia, el retorn d’una societat jerarquitzada, el masclisme, el biologisme) corren ara el risc de convertir-se en la nostra realitat, tant a Europa com a altres indrets del món. 

Biografia de l'autor

Arnaud Miranda (Clermont-Ferrand, 1997). Doctor en Teoria política, investigador associat a Cevipof, ensenya, des del 2019, Història de les idees polítiques i Filosofia a Sciences Po París, a la universitat Versailles-Saint-Quentin i a l'Institut catòlic de París. Centra les seves recerques en la història de les idees polítiques contemporànies, en els pensaments crítics de la modernitat i en la filosofia. El 2024 va obtenir el premi jove investigador de la fundació Treilles. 

Títol: La il·lustració fosca. Entendre el pensament neoreaccionari
Autor: Arnaud Miranda
Editorial: Edicions 62
Pàgines: 192
ISBN: 978-8429783704

 

[Font: www.racocatala.cat]

O dicionario castelán-galego da RAG

 


Escrito por L. C. Carballal 

Acaba de se pór na Rede a nova versión do Dicionario bilingüe castelán-galego da RAG (DRAGBIL), que xa non era sen tempo. Como seguea se demorar a ”gramática oficial do galego”, cando xa tódalas demais linguas españolas contan con unha, mesmo linguas sen status de oficialidade como o asturiano ou o aragonés. 

Sinto ser un estragafestas, mais a iniciativa, en principio boa, chega con grandes carencias a pouco que examinemos o dicionario. Que esta nova versión do anterior dicionario bilíngüe castelán-galego chegue aos 26.000 lemas cando o anterior, en formato libro, tiña 25.000 di moito ou máis ben moi pouco do traballo feito, dado que a anterior versión se publicou no 2004: en máis de vinte anos unicamente engadiron mil lemas máis! Pro as carencias non só numéricas, senón tamén do tratamento lexicográfico das propias entradas. 

Comprobemos con algúns exemplos as insuficiencias do novo dicionario:

Tomamos catro palabras sinónimas ou case do dicionario da RAE (DLE): antinatural, contranatural, desnatural e innatural, destas só unha existe no dicionario da RAG: contranatural, pola contra, as catro si figuran no dicionario Estraviz: antinatural, contranatural, desnatural e inatural; se queremos ver a súa tradución no DRAGBIL unicamente podemos en antinatural e contranatural, as únicas que figuran e resulta sorprendente que neste dicionario se acepte “antinatural” como palabra galega, cando non se recolle no dicionario xeral da RAG, así mesmo no Rinodicionario castelán-galego hai tradución pra antinatural e contranatural, mais tampouco pra desnatural nin innatural, adxectivos perfeitamente válidos na lingua portuguesa, onde, por certo, “desnatural” non é unha verba en desuso coma en castelán. 

Queremos traducir un texto que nos fala das cinco especies de álcidos que se presentan máis comunmente nas nosas costas, en castelán: alca común, arao aliblanco, arao común, frailecillo atlántico e mérgulo atlántico; cuxas denominacións galegas son segundo a listaxe dos ”Nomes galegos das aves de Galicia e de España” (NGAGE) da RAG: arao carolo, arao de ás/alas brancas, arao dos cons, arao papagaio e araíño atlántico; e ao consultarmos o DRAGBIL obtemos estes resultados paupérrimos resultados: alca – ø, arao – ø, frailecillo – arao e mérgulo – ø; claro que se consultamos o DRAG a palabra “arao” non acharemos ningunha distinción de especies, aínda que na entrada “carolo” encontramos a descrición da Alca torda na súa acepción 11. No Rinodicionario achamos estes: alca común – arao romeiro, arao – ø, frailecillo atlántico – arao papagaio / arao de altura e mérgulo – ø. E temos que recorrer ao dicionario Estraviz pra atoparmos as varias denominacións pras cinco especies consultando as voces: arau, airo ou papagaio-do-mar, mais isto esixe ter coñecemento destes nomes galego-portugueses. Resúltame penoso comprobar a total descoordinación entre os diferentes dicionarios e vocabulario da propia RAG, pois nada máis sinxelo que incorporar a listaxe cos nomes das aves en galego tanto ao dicionario xeral coma ao bilíngüe. 

Buscamos a tradución de “habitación” nas acepcións de “parte tabicada dunha vivenda fóra das destinadas a cociña, baño e corredor” e nos dá: cuarto, peza e estancia; e na de “parte dunha casa pra durmir” e dá: cuarto e dormitorio. Nesta última acepción o dicionario da RAG ofrece tres sinónimos máis: alcoba, apousento e cámara. Se os buscamos por alcoba, aposento e cámara no dicionario bilíngüe aparecen as tres palabras, así: alcoba – alcoba e dormitorio; aposento – apousento, alcoba, cuarto e dormitorio; e cámara – cámara; pro non en “dormitorio” que só ofrece dormitorio e cuarto. Os sinónimos deben selo en calquera dos lemas. 

O verbo “ulir” só é sinónimo de “cheirar” en dúas acepcións, segundo o DRAG: “percibir olor” e “despedir olor”, no resto das acepcións unicamente “cheirar” é admitido; mais no DRAGBIL amplíase a sinonimia de “ulir” con “cheirar” a “dar indicio de algo”, algo non recollido no DRAG. 

O lema “callejero” tradúcese por “rueiro” e “ruador”, mais a primeira palabra como adxectivo non se recolle no DRAG, que a recolle como substantivo con tres acepcións ben diferentes, e a segunda non aparece no DRAG. Curiosamente “rueiro” si aparece no dicionario Estraviz como adxectivo e “ruador”, só aparece no Dicionario de Dicionarios co significado de “(persoa) amiga de andar de festas e ruadas”, xunto co seu sinónimo “ruadeiro”. 

Na entrada “polvo” achamos a expresión “echar un polvo” traducida como: botar un foguete, fochicar, foder. Poderíase ampliar os sinónimos con: ”botar un canivete, botar/dar un ferrete”, ambos recollidos no dicionario Estraviz e pouco sospeitosos de lusismos, dado que non figuran como tais no dicionario portugués Priberam. Curiosamente non aparece o lema “follar”, aínda que si “joder”. 

O lema “teta” tradúcese por “teta, mama, peito, seo”, mais falta “chucha”, forma familiar recollida no DRAG, que tamén ten as acepcións de “galiña” e “beixo”, ambas si incluídas nos seus lemas respectivos: “gallina” e “beso” polo DRAGBIL. 

No DRAG a entrada “maior” ofrece dous sinónimos na súa primeira acepción: meirande e mor, mais no lema de “mayor” do DRAGBIL só aparecen como traducións: maior e meirande. Noutros lemas como “agua” a variante considerada menos recomendábel polo DRAG aparece entre comiñas angulares simples “˂agua˃” trala máis recomendábel “auga”, así tamén sucede con outras traducións: rubio > louro, ˂loiro˃; alambre > arame, ˂aramio˃; avispa > avespa, avéspora, nespra, ˂vespa˃; cerrar > cerrar, ˂zarrar˃; color > cor, ˂color˃; condenar > condenar, ˂condanar˃; cuchara > culler, ˂cullar˃; decir > dicir, ˂decer˃; dolor > dor, ˂dolor˃ etc. 

Noutros casos onde aparecen ao menos dous sinónimos posíbeis como tradución ao lema castelán, soamente o primeiro é usado nos exemplos de uso, así: aire > aire, ar; bodega > bodega, adega; cabra > cabra, godalla, xena; cangrejo > cangrexo, caranguexo; enfermo > enfermo, doente; oír > oír, ouvir; palacio > palacio, pazo; pestaña > pestana, perfeba; presupuesto > presuposto, orzamento; roca > roca, rocha (no DRAG a entrada “roca” remite a “rocha” como forma preferente); ventana > ventá, fiestra, xanela etc. Dando preferencia de uso por posición e emprego nos exemplos á palabra coincidente ou máis próxima do lema castelán, na maioría dos casos, axudandodestarte á desaparición do noso léxico diferencial. 

A fraseoloxía tampouco é excesiva, se se compara a incluída en cada lema coa que aparece no outro dicionario bilíngüe, o Rinodicionario Castelán-Galego, por exemplos nas entradas de palabras moi comúns: acabar, caballo, casa, cerdo, dar, gato, haber, hablar, hierba, hombre, ir, mano, mujer, perro, puerta, ver, venir etc., a diferenza cunha meirande cantidade de unidades pluriverbais está sempre a prol do Rinodicionario.  

Obviamente dado que o número de lemas do dicionario non é moi extenso hai unha importante chea de palabras que non inclúe. Por exemplo, dentro do eido da zooloxía non están as traducións de mamíferos como: gibón, bonobo, babuino, tití, facóquero, okapi, glotón, onagro, capibara, suricata, ocelote, caracal, jerbo, dingo, dugongo, civeta, pecarí, orix, saiga, leming, meloncillo etc.; aves como: barnacla, pigargo, curruca, elanio, porrón (parrulo), lagópodo, paíño, pardela, ibis, busardo, focha, charrán, chova, escribano (paxaro), sisón etc.; ou réptiles como: geco, varano, gavial etc. A conclusión é que semella que non colaborou ningún zoólogo na elaboración do dicionario e, o que é pior, descoñecen a existencia dos Nomes galegos das aves de Galicia e España, elaborados pola propia RAG. 

Tamén se coaron algunhas traducións entre dubidosas e incorrectas: bajel – barco (esquecendo que no DRAG existe a entrada “vaixel”); casona – pazo (non cadra mellor “casa grande”, termo recollido no DRAG); chaleco – chaleco (sen incluír o sinónimo “colete” que figura no DRAG); cotorra – papagaio (mais é “catorra” a palabra do NGAGE); colimbo – colimbo, movella (denominado “mobella” no NGAGE e “colimbo” ser un innecesario castelanismo); becada – galiñola, galiña de río, pita de auga, pita de río (sendo “arcea” no NGAGE e no DRAG porque confunden Scolopax rusticola con Gallinula chloropus!); jaca (2º acepción) – sen tradución (mais existe “faco” no DRAG con significado semellante); palabrota – palabra groseira (isto é máis unha definición ca unha tradución, que sería “bocalada”, termo incluído no DRAG); musgo – mofo, carriza (mais “musgo” tamén é palabra recoñecida no DRAG) etc. 

E, xaora, hai as inevitábeis grallas –palabra esta non recoñecida polo DRAG–: cubo > caldeiro* no canto de cubo (2ª acepción); oler (6º acepción) > ulir (Ex.): Estas flores ulen*(olen) moi ben; mate (infusión) > mate (Ex): O mate bébese moito nos países sudamericanos (cando a tradución de “sudamericano” é “suramericano”); arce > (Ex.): En* Canadá/No Canadá é moi típico o xarope de pradairo (no DRAG na entrada “canadense” vese que o topónimo Canadá debe ir precedido polo artigo). 

Concluíndo, o DRAGBIL non só chega tarde, inda que mellor tarde ca nunca, senón que chega incompleto, pobre e cheo de fallos. Esperemos que co tempo se vaian corrixindo, mais polo momento cabe recomendar o dicionario Estraviz prá consulta de léxico galego e o Rinodicionario castelán-galego como axuda na tradución do castelán ao galego, porque están patetentemente por riba dos seus homólogos da RAG: DRAG (60.000 lemas) vs Dicionario Estraviz (>151.000 entradas) e DRAGBIL (26.000 lemas) vs Rinodicionario castelán-galego (>32.000 entradas). 

Non obstante, benvido sexa se grazas ao seu uso deixo de ver castelanismos aberrantes que hai tempo que deberon desaparecer dos textos galegos, tal que a confusión de xéneros nas palabras comúns ou moi parecidas: o* armazón, o* calor, o* carruaxe, a* dote, a* labor, a* mar, o* suor, a* ubre etc.; as pseudotraducións como: cortiza (= es. corcho) por casca/codia, muxir (= es. ordeñar) por bruar/bradar, divinidade por divindade, lealtade por lealdade, pobo (poboación pequena) por vila/aldea, pregue por prego, elexir por elixir, sinceiro por sincero, virxinidade por virxindade etc.; as locucións copiadas: a cegas > ás cegas, a man > á man, a présa > á présa, enfronte de > en fronte de; e castelanismos plenos como: borde, costar e coste, cruce, cubo (recipiente), frotar, galpón (por pendello), ir a + inf., pinchar e pincho (por picar e pico), rato (de tempo), roce, sobornar (por subornar), trepar (por gabear), ventanal etc. E tamén os usos correctos do adxectivo “grande/gran” e do adxectivo “ambos/ambas”; das perífrases “volver + inf.” e “ir + inf.”; a distinguir os substantivos “grao” e “grado”, e “serea” e “sirena”, e o substantivo “vixilante” e o adxectivo “vixiante” etc. Porque causa vergoña allea ver tantos erros léxicos, morfosintácticos ou ortográficos nos textos galegos, que xa deberan estar completamente superados. 

 

[Imaxe: RAG - fonte: www.praza.gal]

Retrouver sa voix

Ce sont des voix qui ont marqué l’histoire. Elles se sont élevées jusqu’à la cassure. Sous le feu des critiques, en proie aux calomnies… elles n’ont cessé de chanter. On les appelle « divas ». Certains disent qu’elles sont capricieuses, arrogantes, trop ambitieuses. Ne les écoutez pas. La romancière et essayiste québécoise Martine Delvaux leur offre un hymne aussi noir que lumineux dans Divas. 

Nina Simone (1982) 

Écrit par Aline Bieth 

Paradoxe d’un récit sur la voix des femmes : l’écriture de Divas commence dans le silence et les larmes. « Les menaces, les insultes, l’impression d’être traquée avaient fini par m’envelopper dans un linceul de silence », confie dès les premières pages Martine Delvaux – figure canadienne du féminisme, dont les prises de parole publiques suscitent une violence acharnée. Cet automne-là, c’est « l’acmé d’une certaine violence à mon endroit », dénonce l’essayiste. Elle s’enferme dans le mutisme : pour la première fois, elle se résout à se taire. Mais cet automne du silence est aussi celui d’une nouvelle quête : elle tend l’oreille vers la voix de ces femmes de la Grèce antique à nos jours – « accusées de sorcellerie et mises au bûcher » à l’époque médiévale, cibles du sexisme et de la discrimination ordinaire, moquées, diffamées… Martine Delvaux collecte, « traversée par la conviction que c’était nécessaire. Ma vie, ma voix en dépendaient ». 

Son paysage automnal, comme s’il n’était pas assez noir, s’obscurcit plus encore : une défenseuse des droits des minorisé·es se suicide. Dans son mutisme, apparaissent les larmes de l’autrice. Ressurgissent aussi ses fantômes – des femmes qui ont payé de leur vie d’avoir été femme : l’écrivaine Nelly Arcan, retrouvée chez elle pendue, le cou entouré d’un foulard de soie ; une « amie d’adolescence kidnappée […] et jamais retrouvée » ; et puis « le fantôme de tous les fantômes », sa grand-mère assassinée par son mari. Suicide, kidnapping, meurtre, mais également abandon. Parmi tous ses fantômes, il y a aussi son père, « qui a choisi de ne pas être mon père », confie-t-elle. Et puis, tout à coup, dans cet « automne d’épouvante », dans cette valse fantasmagorique, surgit une voix. 

« Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte, pas […] Laisse-moi devenir / L’ombre de ton ombre / L’ombre de ta main / L’ombre de ton chien » En cette veille de Noël, ce n’est pas Jacques Brel qui entonne ces mots, mais une diva : Nina Simone. Elle « est venue me dire quelque chose sur ma voix à moi, souvent tue, alors éteinte, peut-être perdue », écrit Martine Delvaux. En larmes, à l’écoute de sa diva, les premières questions se bousculent : « À quel moment ai-je perdu ma voix ? Quelle main invisible s’est posée sur ma bouche ? » Des questions partagées avec la philosophe Claire Marin, et surtout des signes montrant un chemin d’écriture qui restait alors à tracer parmi toute cette documentation amassée. Il fallait parler de la voix des femmes – oui, mais comment.

Écrire les divas : un projet nébuleux, non défini, dirait-on sans doute dans la recherche. Divas : objet indiscipliné, en voulant être de toutes les disciplines ; objet insaisissable, d’avoir été mis en cage ; objet invisible, d’être trop visible. Brillamment, l’autrice propose d’en faire l’archéologie – au sens foucaldien du terme. À foison, elle collecte : coupures de presse, critiques, interviews, débats télévisés, (auto)biographies, spots publicitaires, paroles de chansons, sans compter les multiples récits offerts par chaque interprétation scénique d’une chanson. À travers ces matériaux, vous n’entendrez pas seulement la voix de ces divas, mais aussi celles de leurs détracteurs – nombreux. 

« Il ne s’agit pas pour moi d’attraper les divas, toutes les divas, dans le but de les collectionner, d’en faire une encyclopédie ou un dictionnaire », précise l’essayiste. Entre la mise à nu de ses blessures intimes et le fin désossage de ces discours aux allures de diatribes dont les divas ne cessent d’être la proie, elle construit une « révérence pour les remercier de permettre à des femmes comme moi, dit-elle, […] de continuer à essayer, malgré tout, de parler ». C’est un livre écrit d’un seul trait. Pas de chapitre. Seulement une voix qui avance, sans plan. Une voix qui ne cesse de parler – de peur d’être coupée, peut-être. D’un paragraphe à l’autre, nous voilà déjà ailleurs. On suit le mouvement de la pensée de son autrice, qui tâtonne, et doute sans se cacher du livre qu’elle nous donne à lire. « Quel était l’intérêt de ce projet sur les femmes et la voix ? », s’interroge Martine Delvaux dès la deuxième page. Divas est un livre qui se cherche en même temps qu’il s’écrit. Comme un patchwork de toutes ces voix, chacune singulière, on avance dans ce récit comme dans le journal d’un jour sans fin. 

Ici, la forme fait œuvre : à elle seule, elle raconte cette difficile montée de la voix des femmes constamment empêchées, étranglées, muselées depuis l’Antiquité. Cent pages, bientôt cent cinquante… Face à cette accumulation d’attaques infernales retranscrites au fil des pages, face à ces drames de vie ou ces chutes sous les flashs indécents des paparazzis, arrive l’étouffement du lecteur. Cette forme qui accumule la matière jusqu’à nous étouffer, nous lecteurs, matérialise cette gorge féminine, en proie à l’étranglement, décrite par l’autrice. Une gorge « siège de la beauté » et « lieu par où arrive la mort ». C’est par la gorge que meurent les femmes dans les œuvres dramatiques grecques – Antigone et tant d’autres. Le 16 novembre 1980, jour de la mort d’Hélène Legotien, épouse du philosophe Louis Althusser, on étrangle encore les femmes. Une « asphyxie par strangulation manuelle », assure le rapport d’autopsie. Le philosophe cachera « son féminicide derrière un geste de massage ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Martine Delvaux évoque cette porte toujours dressée devant la bouche des femmes. « Encore aujourd’hui, les bouches des femmes sont perçues comme des portails, et celles des hommes comme des sentinelles », affirme-t-elle, reprenant les mots de la poétesse canadienne Anne Carson. Vivre face à ces portes étouffantes, combattre pour s’en affranchir, telle est l’expérience quotidienne de toutes les femmes. Ce livre donne à ressentir l’épaisseur de ces portes et leur poids étouffant. 

Mais l’accumulation suffocante ne suffit pas. Il faut ralentir le temps – « je prends mon temps », déclare avec franchise Martine Delvaux. Elle poursuit : « ce temps m’appartient, je l’allonge, l’étire parce qu’on ne vient pas à bout des divas, on ne vient pas à bout de la voix ». Il faut aussi répéter, marteler, dire et redire, comme si certains événements méritaient plusieurs lectures pour être entendus, ou devaient être associés à d’autres pour être mieux lus. Car la répétition est Encore et jamais identique, comme l’affirme Camille Laurens. Rassemblées dans ce récit polyphonique marqué par des fragments de vie répétés – à la manière d’un motif musical –, les divas s’éclairent mutuellement. La constellation de voix dessinée par Martine Delvaux est immense : Nina Simone, Maria Callas, Madonna, Beyoncé, Céline Dion, Édith Piaf, Ariana Grande, Taylor Swift, Barbara, Celia Cruz, Sinéad O’Connor, Amy Winehouse, Teresa Stratas… On ne pourrait toutes les citer. 

Plus qu’un livre sur les divas, ce récit est un livre sur l’écriture. Sur sa naissance, dans les larmes, comme si vivre ne suffisait pas, comme s’il fallait survivre pour se mettre à écrire. Sur sa poursuite, émaillée de doutes et d’oublis immanquables. S’achève ainsi le premier compte rendu où je ne vous raconterai que très peu ce qui est dit ou ce que j’ai appris. J’ai voulu vous raconter ce que le livre m’a fait. C’est peut-être cela la marque des plus grands récits. Marquer le corps, plutôt que l’esprit. 

 

Martine Delvaux | Divas. Héliotrope, 252 p., 20 € 

[Photo : CC0/WikiCommons - source :  www.en-attendant-nadeau.fr]

 


terça-feira, 22 de setembro de 2026

«Primero tomamos Manhattan, luego tomamos Berlín» (Leonard Cohen)

El domingo, el partido de izquierda transformadora alemán (no socialdemócrata) Die Linke ganó las elecciones de Berlín por primera vez. Al igual que Zohran Mamdani en Nueva York, derrotó a los partidos tradicionales ofreciendo a los berlineses medidas concretas sobre los alquileres y el coste de la vida.

El partido socialista alemán Die Linke obtuvo la victoria en las elecciones berlinesas del domingo, gracias a un amplio apoyo de los jóvenes berlineses y la clase trabajadora multiétnica. Su principal candidata, Elif Eralp, aspira a convertirse en la nueva alcaldesa de Berlín.  

Escrito por David Broder  

OSi bien Berlín aún no tiene un alcalde socialista, el partido de izquierda Die Linke, ganador de las elecciones estatales berlinesas del domingo, se encuentra en una posición sólida para liderar su próximo gobierno. A pesar del auge de la extrema derecha en Alemania, Die Linke se ha distinguido por su firme defensa de la sociedad multiétnica y su constante atención al costo de vida y la vivienda. Por ello, ha recibido el reconocimiento de muchos berlineses. 

El resultado supone una reivindicación para un partido que hace apenas dos años estaba al borde de la quiebra tras turbulentos conflictos internos. Muchas de las condiciones para su crecimiento ya existían entonces. Los berlineses llevaban tiempo viendo cómo subían los alquileres; la centroizquierda tradicional llevaba décadas recortando las protecciones sociales y los derechos laborales; y el llamamiento a movilizarse contra el creciente nacionalismo tampoco es nuevo. Sin embargo, solo recientemente Die Linke se ha convertido en una fuerza con proyección internacional, capaz de movilizar la resistencia contra la actual deriva reaccionaria de la política alemana. 

La campaña de Die Linke se centró en el coste de la vida y, específicamente, en el alquiler. Históricamente, Berlín Occidental era más barata que las principales ciudades de la República Federal, e incluso después de la reunificación, la capital contaba con mucho espacio vacío. Sin embargo, la venta de viviendas públicas a especuladores privados entre 1990 y 2000, sumada a la falta de nuevas construcciones, ha disparado los precios. Si bien los berlineses votaron en un referéndum en 2021 a favor de la renacionalización de las viviendas, el gobierno municipal no cumplió con el resultado. En estas elecciones, Die Linke prometió hacerlo. 

Lograr el consenso entre los socios de la coalición podría ser más difícil. La anterior coalición «rojo-rojo-verde» de 2021-2023, en la que Die Linke y Los Verdes apoyaron a un gobierno encabezado por la alcaldesa socialdemócrata centrista (SPD), Franziska Giffey, no tuvo éxito. De hecho, las encuestas sugieren que el triunfo de Die Linke el domingo se debió en gran medida a los berlineses de izquierda que se pasaron de Los Verdes y el SPD, así como a los votantes primerizos. Si bien es fácil imaginar Berlín como un bastión progresista, en realidad, la suma de todos estos partidos solo acaparó el 52% de los votos. 

Los cambios dentro de este electorado fueron importantes. Los partidos de izquierda moderada de Alemania han gobernado habitualmente con conservadores, hoy subordinan la política presupuestaria al gasto militar y apoyan a Israel. Die Linke ha tenido un mejor desempeño que estos supuestos progresistas en la defensa de los principios humanitarios básicos. No es de extrañar que obtuviera un éxito rotundo en un distrito multiétnico como Neukölln 2 (con un 53%) y entre todos los berlineses de entre veinticinco y treinta y cuatro años (48%). Esta postura también explica la renovación de su base activista en los últimos dos años y su capacidad para convertirse en una fuerza atractiva que conecta con un amplio electorado. 

Revés para el gobierno 

Die Linke figuraba entre los favoritos para las elecciones del domingo, pero su resultado superó todas las expectativas. Liderado por la candidata a la alcaldía Elif Eralp, obtuvo el 26% de los votos, más del doble que en las elecciones anteriores de 2023. La coalición gobernante sufrió un duro revés, ya que tanto la Democracia Cristiana (CDU, 19%, 9 puntos menos) como el SPD de centroizquierda (12%, 6 puntos menos) perdieron votos. 

El dúo CDU-SPD, que también encabeza el actual gobierno federal bajo el canciller conservador Friedrich Merz, está en declive en toda Alemania. Más allá de la comunicación poco acertada de Merz, las promesas de su gobierno carecen de atractivo general: se compromete a aumentar la edad de jubilación, a incrementar los copagos de los medicamentos recetados y a competir con China endureciendo las normas sobre las bajas por enfermedad . El discurso anterior sobre la revitalización de la economía mediante la transición verde se ha desvanecido. 

Esto forma parte de un declive estructural más amplio de lo que antes se denominaban partidos de masas. Si bien durante las décadas de la posguerra, hasta la crisis de 2008, estas dos fuerzas movilizaron a la gran mayoría de los alemanes, hoy ni siquiera uno de cada tres votantes apoya a ninguna de ellas. En una contienda paralela celebrada ayer en el estado nororiental de Mecklemburgo-Pomerania Occidental, la CDU de Merz cayó por debajo del 5% de apoyo, quedando así fuera de la legislatura estatal por primera vez en la historia de la República Federal. 

El principal desafío para estos partidos a nivel federal es el ultraderechista Alternativa para Alemania (AfD). En Mecklemburgo-Pomerania Occidental, superó al gobernante SPD, obteniendo el primer lugar con el 38% de los votos. Esta es la tercera victoria electoral estatal de la AfD hasta la fecha, pero aún no ha logrado acceder al poder en ningún estado, y es probable que el SPD se aferre al poder en este estado del noreste. Las mejores posibilidades del partido nacionalista de formar gobierno se encuentran en Sajonia-Anhalt, donde obtuvo una victoria más contundente en las elecciones del 6 de septiembre. Si bien los porcentajes más altos de la AfD se registran en el antiguo Este, y ayer en Berlín ocupó el tercer lugar con el 16% (un 7% más que en 2023), la mayoría de las encuestas a nivel federal la sitúan en torno al 30%, siendo fácilmente el partido más grande a nivel nacional. 

Resulta preocupante que, si bien muchos partidos de extrema derecha en Europa han logrado éxitos limitados en un contexto de baja participación electoral, esto no se aplica tanto a la AfD. En algunas elecciones estatales recientes, ha obtenido una mayoría absoluta entre los nuevos votantes, y en las elecciones de ayer la participación aumentó considerablemente. El voto a la AfD es más fuerte en las zonas rurales y los pueblos pequeños; entre los hombres jóvenes y de mediana edad; y entre quienes afirman tener dificultades económicas. Incluso en Berlín, se situó en primer lugar entre los votantes obreros, con un 30%, frente al 26% de Die Linke. Si bien otros partidos aún se niegan a gobernar con ella, no cabe duda de que la combinación de política nacionalista identitaria, medidas de bienestar familiar y recortes de impuestos de la AfD —además del fin de las sanciones a Rusia— ha cautivado a amplios sectores de la sociedad alemana. 

Próximos pasos 

Die Linke vuelve a representar una fuerza esperanzadora en la política alemana, y las encuestas federales actuales le otorgan alrededor del 12 por ciento de apoyo. Sin embargo, si bien su popularidad está aumentando entre los distintos grupos de votantes y se está volviendo más competitiva en los estados occidentales, aún no puede competir con la AfD en toda Alemania como principal fuerza de oposición. Mientras que en las décadas de 1990 y 2000 los predecesores de Die Linke solían obtener grandes resultados en las pequeñas ciudades del este de Alemania, protestando contra los efectos de la desindustrialización, su apoyo allí ahora es mucho más irregular, mientras que la extrema derecha ha ganado terreno. 

En Estados Unidos, los socialistas también se han enfrentado al reto de cómo ir más allá de movilizar apoyo en los distritos urbanos más demócratas y fuera de Nueva York. Este fue el motivo de la reciente gira de Bernie Sanders, «Luchando contra la oligarquía»: negándose a descartar regiones enteras como intrínsecamente conservadoras, el senador de Vermont defendió el poder de la solidaridad de la clase trabajadora y la acción gubernamental. Sin embargo, para que este mensaje sea convincente en todo Estados Unidos, es fundamental que los socialistas que ganen elecciones en cualquier lugar logren resultados reales y generalizables. 

En Berlín, esto puede resultar difícil por varias razones. En primer lugar, aún no está claro si los Verdes y los Socialdemócratas apoyarán a Eralp, de Die Linke, como alcaldesa o si, por el contrario, respaldarán a la conservadora CDU. Anoche, la colíder de los Verdes declaró que su partido no gobernaría con «antisemitas de Neukölln», en un ataque apenas velado contra las poblaciones turca y palestina de un distrito del sureste de Berlín donde Die Linke obtiene una fuerte presencia. 

El Consejo Central de los Judíos en Alemania ha advertido contra tal coalición. Hoy proliferan las declaraciones irresponsables sobre un peligro que la izquierda representa para la vida judía en Alemania, basadas en crímenes tan atroces como el de un rapero que coreó «¡Yalla, yalla intifada!» y «¡Muerte a las FDI!» en un mitin preelectoral. Incluso en lo que respecta a Israel, gran parte de Die Linke se limita a críticas de corte liberal-sionista contra Benjamin Netanyahu, y ha castigado a miembros que expresaron su solidaridad con la resistencia armada palestina; la propia Eralp criticó los cánticos del mitin. Sin embargo, los centristas alemanes utilizan con frecuencia las acusaciones de antisemitismo como arma polémica para demonizar a Die Linke y a su electorado, especialmente al musulmán. 

Aunque Die Linke consiga liderar una coalición «roja-roja-verde», no será fácil. Los socialdemócratas se han negado a implementar el resultado del referéndum sobre vivienda de 2021 y forman parte de una coalición federal que ha propuesto prohibir dichas nacionalizaciones. El histórico partido de izquierda moderada sufrió una dura derrota el domingo, pero podría oponer resistencia dentro del gobierno de Berlín. Asimismo, cabe esperar una avalancha de acusaciones y denuncias destinadas a tachar a Die Linke de «estalinista» o «antisemita» y a ponerlo a la defensiva. Sin embargo, ya vimos que tales calumnias fracasaron el domingo en su intento de derrotar a Die Linke. Y el referéndum ya demostró que, en materia de nacionalización de la vivienda, la mayoría de los berlineses lo apoya. 

No en todas partes es Berlín, ni en toda Alemania el problema principal es la vivienda de alquiler. En Mecklemburgo-Pomerania Occidental —un estado mucho más rural y menos poblado, donde Die Linke apoya actualmente a un gobierno liderado por el SPD—, de hecho, perdió votos a favor de este partido de centroizquierda, que parecía estar mejor posicionado para frenar a la AfD. En este sentido, incluso esta histórica victoria en Berlín es solo un hito más en el intento de Die Linke por convertirse en una fuerza nacional capaz de recuperar a los votantes tradicionales y movilizar a otros nuevos. En última instancia, derrotar a la AfD dependerá no solo de unir a todos los demás partidos en su contra, sino también de convencer a millones de personas más, en toda Alemania, de que una alternativa socialista práctica es mejor. 

David Broder es editor para Europa de Jacobin e historiador del comunismo francés e italiano. 

 

[Foto: Sebastian Gollnow / picture alliance vía Getty Images - reproducido en www.gerardodelval.com]

Israël. La marche vers l’expulsion des Palestiniens

Amira Hass est une journaliste israélienne installée depuis vingt ans à Ramallah, en Cisjordanie. Dans une tribune publiée dans Haaretz le 1er septembre, elle explique qu’à Gaza, en Cisjordanie et en Israël même, le mécanisme visant à rendre la vie des Palestiniens impossible est déjà en marche. Et prépare le terrain à une expulsion massive. Nous la publions ici. 

Écrit par Amira Hass

Publié dans Haaretz le 1er septembre 2026 sous le titre « Israel Isn’t Debating a Palestinian State. It’s Preparing for Expulsion ».  

Dans une interview accordée au quotidien Israel Hayom le 28 août, Gadi Eisenkot, favori des élections générales du 27 octobre prochain et chef du parti Yashar (centre) a déclaré : « Ceux qui envisagent une solution à deux États après le 7 octobre se font tout simplement des illusions. » Mais sa position, en fin de compte, n’a aucune importance. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas une « solution diplomatique », mais l’existence même du peuple palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée. Les forces israéliennes qui s’efforcent de les « effacer » ne connaissent ni limites ni contraintes. Leurs partisans sont trop nombreux pour que nous puissions nous fier uniquement à la fermeté et au soumoud (1) d’un peuple qui a déjà subi les plans d’expulsion mis en œuvre par Israël. 

Le monde reste impassible. La gauche est minuscule, faible et aphone à force de lancer des avertissements. L’opposition anti-Nétanyahou oscille entre minimisation du danger, indifférence et soutien sans réserve à l’expulsion. Les condamnations sporadiques, principalement suscitées par une publication sur X, le 13 août, de l’ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, à propos du siège de trois maisons de Qusra par plusieurs dizaines de colons sionistes religieux — « Les actions de ceux derrière cet acte de terreur horrible, visant à intimider et à harceler cette famille, sont répugnantes » —, sont aussi efficaces qu’un tamis sous une averse. Les « phalangistes » juifs attaquent constamment et partout, pas seulement à Qusra. 

Le débat sur un État, deux États ou une fédération est plus théorique que jamais. Toute solution consensuelle exige d’abord la reconnaissance du problème et une définition claire de celui-ci. Trop de Juifs en Israël ont été conditionnés à croire que le problème réside dans la présence même, sur cette terre, d’un peuple palestinien enraciné, bénéficiant d’une continuité historique et économique, d’un patrimoine culturel et matériel, d’un riche héritage agricole et d’un profond attachement à sa patrie. 

Effacer tout un peuple 

« L’effacement » est la solution cauchemardesque qui se concrétise chaque jour davantage. Lois de la Knesset, déclarations politiques, ordres militaires, manuels scolaires et sacro-saints bataillons immobiliers opérant à Gaza, en Cisjordanie et dans le Néguev, tous œuvrent, ensemble et séparément, à la mise en œuvre de cette « solution » avec diligence et sans crainte de condamnation internationale. 

Après les avoir privés de conditions de vie digne, la politique israélienne vise à rendre la vie insupportable aux Palestiniens où qu’ils soient, afin que leur départ puisse être présenté comme volontaire, et non comme une expulsion. En Israël même, les autorités laissent carte blanche aux organisations criminelles arabes pour s’armer et tuer des citoyens palestiniens chez eux. En Cisjordanie, ces mêmes autorités israéliennes donnent carte blanche aux « bataillons de Dieu » pour s’armer, tuer et expulser, tandis que l’armée officielle poursuit ses raids jour et nuit. À Gaza, dévastée et assoiffée, le gouvernement et l’armée alimentent des milices armées de collaborateurs criminels, tandis que les pilotes israéliens continuent de lancer des missiles de représailles qui fauchent la vie d’encore plus d’enfants. Toutes ces viriles démonstrations de force sont liées entre elles. 

-* L’existence même du peuple palestinien entre la mer et le Jourdain est aujourd’hui menacée. 

Dans le même temps, Israël détruit ou restreint considérablement la capacité des Palestiniens à gagner leur vie. À Gaza, cette mission est accomplie. Une population de deux millions de « morts-vivants » dépendants de l’aide humanitaire — portant le poids de quelque 74 000 tombes récentes, de familles et de souvenirs, de talents et de professions, et d’économies anéanties — est entassée sur environ 150 kilomètres carrés de terre brûlée. La créativité, l’ingéniosité et l’entraide sont étouffées par l’ampleur de la destruction et par l’interdiction faite par Israël de reconstruire et de se relever. 

En Cisjordanie, l’étau économique du ministère des finances se resserre autour d’environ trois millions de personnes et de l’Autorité palestinienne. Le détournement systématique des recettes est aggravé par les campagnes de destruction menées par l’armée dans les villes et les camps de réfugiés, ainsi que par d’autres méthodes employées pour empêcher les Palestiniens de cultiver et de développer leurs terres : points de contrôle, interdictions bureaucratiques, clôtures et présence de bergers juifs israéliens. 

En Israël même, la « judaïsation de la Galilée et du Néguev » était et demeure un euphémisme pour désigner le vol des terres et des ressources aux citoyens palestiniens d’Israël. Les discriminations à leur encontre en matière d’attribution de terres, de subventions et d’emploi, ainsi que les interdictions de construire et les démolitions, ont toujours occupé une place prépondérante dans la politique officielle menée de l’autre côté de la Ligne verte. 

« Une terre débarrassée des Arabes » 

Je le répète : l’existence même du peuple palestinien entre la mer et le Jourdain est aujourd’hui menacée. Trop de forces agissantes contribuent à ce danger : la puissance et les capacités militaires d’Israël ; le culte du service militaire en toutes circonstances et sous tous les gouvernements ; l’obéissance érigée en valeur ; le recours systématique aux armes et aux attaques militaires ; la banalisation du syndrome de stress post-traumatique et des suicides chez les soldats ; l’attrait d’une carrière militaire et les opportunités qu’elle offre ; la tentation d’une villa abordable dans une communauté exclusive de Galilée ou dans une banlieue de colons en Samarie ; les mensonges de la propagande officielle et officieuse ; l’indifférence face à l’enfer sur terre qu’Israël a créé dans la bande de Gaza ; le déni de soixante ans d’occupation et de domination par la force ; le réflexe pavlovien du « Mais le 7 octobre… » ; la synergie entre l’armée, le gouvernement, les rabbins et les milices portant la kippa en Cisjordanie ; l’indifférence face à la destruction du Liban ; le mépris pour l’occupation de nouvelles régions de Syrie ; la normalisation du discours sur l’expulsion ; les systèmes judiciaire et éducatif entachés de racisme tant laïque que religieux ; et l’armée de geôliers qui maltraitent des milliers de prisonniers palestiniens, sur ordre ou de leur propre chef. 

Ensemble, ces forces — et d’autres similaires — créent au sein de la société juive israélienne l’infrastructure matérielle, idéologique et psychologique nécessaire à une nouvelle expulsionmassive des Palestiniens et à ce qui pourrait l’accompagner : un massacre de masse. Les « héros » des milices de colons proclament ouvertement que l’expulsion est leur objectif. Ils reconnaissent clairement la disposition de larges pans de la société juive israélienne à y participer, activement ou passivement, directement ou indirectement. Par leurs provocations et crimes quotidiens, commis au grand jour et rendus possibles uniquement grâce à un soutien institutionnel, les « phalangistes » cherchent constamment à provoquer un acte de rage et de vengeance palestinien qui « réussisse » afin de l’instrumentaliser pour déclencher une nouvelle guerre sainte. 

Les « phalangistes » juifs et les organisations de droite qui les alimentent comptent sur une mobilisation massive — incluant les dirigeants, électeurs et partisans de Yashar et du parti Les Démocrates (centre gauche) — en faveur d’une guerre qui pourrait déjà se résumer au slogan : « Un peuple, une armée, une terre débarrassée des Arabes ». 

Note :

1- NDLR. Le terme soumoud n’a pas d’équivalent exact en français. Il renvoie au fait de tenir bon dans la résistance. 

 

[Reproduit sur www.pressegauche.org]