Au Brésil, la pratique de la lecture diminue. La 6e édition de l’enquête Retratos da Leitura no Brasil place désormais les non-lecteurs à 53 % de la population, contre 47 % de lecteurs — définis comme ayant lu au moins un livre dans les trois mois précédents. Le Sénat brésilien résume cette bascule en chiffres : « Le nombre de personnes qui ne lisent pas représente 53 % de la population. »
Publié par Clément Solym
Le Brésil dispose peut-être de quelque 6000
établissements publics de prêt, il
n’en demeure pas moins que de sérieux problèmes structurels éloignent le lectorat
des ouvrages.
Le recul concerne aussi la capacité déclarée à lire. Senado Notícias indique que 36 % des personnes interrogées
mentionnent un obstacle de compétence, comme une difficulté de concentration ou
une compréhension limitée.
La même source souligne l’augmentation du « manque de patience et de concentration
pour lire », passé de 18 % en 2007 à 40 % en 2024. La
perception du plaisir évolue aussi : la part de ceux qui disent « aimer beaucoup lire »
recule de 31 % en 2019 à 26 % en 2024, tandis que ceux qui déclarent
ne pas aimer lire passent de 22 % à 29 %.
Le temps libre migre vers les écrans. Dans la
transcription de Rádio Senado, la coordinatrice de l’étude Zoara Failla note « une augmentation de plus de 30 %
depuis 2015 dans l’utilisation du temps libre sur Internet ». En
parallèle, la lecture pendant ce temps diminue : « 24 %… sont tombés à 20 %. »
Chez les enfants de 5 à 10 ans, la même source indique : « 43 % des enfants utilisent ce
temps pour jouer aux jeux vidéo. »
Éducation et
analphabétisme fonctionnel
Le débat public mélange souvent plusieurs
indicateurs. Selon l’IBGE, via la PNAD Contínua Educação, le Brésil compte en
2024 environ 9,1 millions de personnes analphabètes âgées de 15 ans ou plus,
soit 5,3 % de la population, le niveau le plus bas depuis 2016.
Mais l’analphabétisme fonctionnel relève d’une autre mesure. Le Sénat reprend la définition de l’Unesco : « Il concerne des personnes qui reconnaissent les lettres et les chiffres, mais ne parviennent pas à comprendre des textes simples ni à utiliser la lecture et l’écriture dans la vie quotidienne. »
Sur ce terrain, l’Inaf alerte. Une communication relayée par l’UNICEF Brésil indique que 29 % des 15-64 ans restent en situation d’analphabétisme fonctionnel en 2024, au même niveau qu’en 2018. Chez les 15-29 ans, l’indicateur progresse : 14 % en 2018, 16 % en 2024.
Bibliothèques,
école, politiques publiques : pistes débattues
Au Sénat, ces données nourrissent les discussions sur les politiques culturelles et éducatives. Le sénateur Confúcio Moura résume la situation : « Des millions d’élèves vont à l’école, mais n’atteignent pas le niveau minimum attendu. » Il ajoute : « Cet effondrement silencieux et persistant accentue les inégalités et compromet l’avenir du pays. »
Rádio Senado mentionne plusieurs axes législatifs étudiés, dont une Politique nationale de lecture et d’écriture, avec renforcement des bibliothèques publiques et valorisation des bibliothécaires, ainsi qu’une Politique nationale du livre incluant un prix unique temporaire après lancement ou importation.
Dans l’enquête Retratos, la lecture se pratique d’abord à domicile : 85 % des lecteurs déclarent lire chez eux, tandis que la salle de classe recule comme lieu principal de lecture déclarée, à 19 %.
[Photo : iStock - source : www.actualitte.com]

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