Au Brésil, le chiffre rassure et le terrain résiste. Le pays recense 6057 bibliothèques publiques en fonctionnement, mais l’accès au livre demeure inégal, parfois laborieux, souvent décourageant. Le sujet a surgi à Brasilia lors d’une audition de la Commission de la culture de la Chambre des députés, le 17 octobre 2019. Et depuis, fait amplement parler.
Publié par Clément Solym
Dans la salle, le débat avait rapidement glissé du « combien » vers le « comment ». Cristian Brayner, alors sous-secrétaire du patrimoine culturel du District fédéral, tranche : « Près de 95 % des municipalités disposent de bibliothèques… le défi consiste à les qualifier, en garantissant un budget propre et des espaces adaptés. » Le réseau existe, certes, mais la qualité varie brutalement d’un territoire à l’autre.
Brayner ciblait alors un point très concret : une partie des bibliothèques occupe des locaux adaptés, donc contraints. « Ils n’ont pas été construits pour accueillir des bibliothèques : nous rencontrons donc des problèmes très sérieux. » Derrière ce constat, une réalité prosaïque : rayonnages insuffisants, salles trop petites, absence d’espaces de travail, confort précaire, horaires rabotés.
La bibliothèque, un droit qui se gagne au quotidien
La Commission parlait aussi « services ». L’audition évoquait le renforcement du système national de bibliothèques publiques, la qualité des acquisitions et l’offre de produits d’information capables d’installer une habitude de lecture. Sans médiation, une bibliothèque reste une adresse sur une carte.
Le député Marcelo Calero insistait pour sa part sur la question des métiers : « Il est essentiel que nous leur garantissions la dignité en matière d’infrastructures ainsi que la dignité dans la prestation du service rendu au citoyen. » Autrement dit : des professionnels formés, du temps, des moyens, un accueil qui ne juge pas. Le lecteur revient quand il se sent attendu.
Les indicateurs nationaux rendent cette urgence tangible. La 6e édition de Retratos da Leitura no Brasil fixe à 47 % la part de lecteurs en 2024 — définition : au moins un livre lu, en tout ou partie, dans les trois derniers mois. La définition, stable depuis 2007, rend la baisse comparable dans le temps.
Quand la bibliothèque roule vers les lecteurs
À Rio, le projet « Livros nas Praças » inverse la logique : des bus deviennent bibliothèques ambulantes, déployées dans des communautés défavorisées. L’initiative dit répondre à des demandes dans neuf autres États et revendique plus de 300 000 bénéficiaires. Sa coordinatrice, Cristina Aquino de Figueiredo, décrit le premier pas, fragile : « Lors de la première visite, il éprouve un certain sentiment de honte. » Puis la gêne recule, la curiosité prend le relais.
La présidente de la Commission, Benedita da Silva, salue le dispositif et résume l’effet observé : « Les enfants délaissent le téléphone portable et choisissent les livres qu’ils souhaitent lire. » Le message reste politique : l’accès ne se décrète pas, il s’organise, il s’entretient.
Cette discussion rejoint les ambitions du Plan national du livre et de la lecture (PNLL), présenté comme un instrument de gestion des politiques du livre, de la lecture et des bibliothèques, et nourri par une consultation publique pour la période 2025-2035.
Dans un pays où 55 % des écoles ne disposent pas de bibliothèque ou de salle de lecture, selon des données de l’Inep relayées par la Chambre, la chaîne de la lecture casse tôt. Reste donc un impératif : qualifier les lieux, financer les équipes et rapprocher les publics des collections.
[Photo : jorono CC 0 - source : www.actualitte.com]

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