Je poursuis mon inventaire des boissons brésiliennes : après la caïpirinha et la bière “stupidement glacée”, passons au vin, nettement moins consommé et pas très typiquement brésilien ! Mais en évolution…
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| Un excellent vin rosé brésilien : cabernet sauvignon et tempranillo |
Écrit par Christian Pouillaude
Évidemment, personne n’associe naturellement le vin à un pays tropical, tel le Brésil. Je n’en n’ai guère rencontré lors de mes premiers voyages brésiliens dans les années 1970-1980. Pas adapté au climat, réservé à une petite élite en raison de son prix prohibitif et surtout consommé dans les restaurants chics de Rio ou de São Paulo. Bien sûr, j’aurais dû voyager dans le sud du pays et réaliser que, là, le vin faisait partie de la culture traditionnelle du Rio Grande do Sul, marquée par l’immigration italienne.
Découverte du vin
Changement total quand je débarque à Curitiba au début de ce siècle. Le vin est à la mode : les œnothèques fleurissent avec dégustations organisées, on en parle beaucoup dans les médias locaux, les foires au vin se multiplient, on en boit fréquemment chez ses amis.
Le Brésil semble (enfin) découvrir le vin mais à sa façon : une incroyable curiosité, une énorme appétence, mais sans beaucoup de références historiques ni culturelles.
D’abord, au Brésil, comme dans beaucoup de pays nouvellement convertis au vin, la seule identification qui vaille est le cépage : on achète un merlot ou un chardonnay. Pas un château machin ou un terroir truc. Les viticulteurs français vont mettre trop de temps à le comprendre.
Ensuite, le goût des Brésiliens va se former à travers les offres les plus facilement disponibles : celles de leurs voisins argentins et chiliens, qui cumulent l’avantage de la qualité et de l’accessibilité en prix. Avec une offre originale bien spécifique : un malbec argentin ou un carménère chilien valent vraiment le coup !
Les Brésiliens entrent donc parmi les nouveaux consommateurs de vin, ouverts à toutes les offres sans aucun préjugé. Peu importe d’où elles viennent, même du bout du monde ! Certes, les vins français gardent tout leur prestige, mais leurs prix sont souvent dissuasifs et leur offre pas toujours lisible. Mais à Rio, par exemple, les vins portugais ont désormais une forte présence et une grosse cote.
Des vins “bem Brasil”
Et les vins brésiliens, me direz-vous ? À partir des années 1980, les producteurs de la Serra Gaucha, dans le sud du pays, commencent à prendre conscience de l’intérêt croissant du marché national et cherchent à y prendre leur place. Pour cela, il leur faut absolument remonter le niveau de qualité de la production, en net décalage par rapport à leurs voisins latino-américains. Ils font appel à des experts étrangers, modifient certaines méthodes de viticulture et diversifient les cépages.
Il leur faut aussi trouver les créneaux où l’offre brésilienne peut briller : aujourd’hui, c’est le cas avec d’excellents vins pétillants (spumantes), les plus renommés parmi les vins brésiliens. J’aurais bien suggéré aussi d’investir dans des rosés, qui ont l’avantage, pour un pays chaud, d’être bus frais, mais la mode n’a pas encore vraiment pris ! Il faut dire que l’on boit du vin bien plus souvent au restaurant que chez soi ou autour d’une piscine.
Mais la grande surprise viticole brésilienne de ces dernières décennies est le développement de la vigne… dans la vallée du Rio São Francisco, entre les états de Bahia et du Pernambouc. La région est devenue une importante productrice de vins et autres spumantes grâce à deux, voire trois, vendanges par an. Qui l’eût dit ? du vin produit dans le Nordeste brésilien !
[Photo de l'auteur : - source : www.courrierinternational.com]

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