domingo, 13 de agosto de 2017

« Damned Summer », le portrait d’une génération insaisissable

Le premier long-métrage du jeune réalisateur portugais Pedro Cabeleira est un hommage fort et mystérieux à la jeunesse


Écrit par Muriel Del Don 

Damned Summer [+], présenté à la section Cinéastes du présent du 70e Festival du Film de Locarno, est le premier long-métrage du jeune réalisateur portugais Pedro Cabeleira. Un hommage fort et mystérieux à la jeunesse. 

Pour son premier long-métrage, Pedro Cabeleira — diplômé de la Theatre and Film School (ESTC) de Lisbonne où il a présenté son court-métrage de fin d’études Estranhamento — a désormais décidé de s’aventurer au cœur de son ‘’peuple’’, des jeunes en apparence hyper-hédonistes qui cachent en eux une fragilité inattendue et touchante. Damned Summer nous plonge dans Lisbonne, habitée par des personnages d’une beauté presque irréelle, individualistes, mais aussi animés par un désir de partager leurs expériences. Le film dresse le portrait de ces personnages titubant sur un fil, tout en gardant étonnamment leur équilibre.

Des jours passés à la recherche de la prochaine fête, des heures à trainasser comme si rien ne comptait, des histoires d’amour fugaces, de la drogue et une ambiance psychédélique rythmée par la musique sont les ingrédients principaux de Damned Summer. Chico, une sorte de roi de la nuit, est de Lisbonne, une ville qui exerce sur lui l’effet d’une sirène irrésistible qui le pousse vers l’oubli. Sa vie ressemble à celle de beaucoup d’autres jeunes qui, comme lui, doivent affronter un avenir sans grandes perspectives, incapables de devenir ‘’adultes’’, justement parce que le monde des adultes ne peut les accueillir. En dépit d’un diplôme en philosophie, Chico ne trouve pas de travail et doit se confronter à la dure réalité : précarité, frustrations et rêves brisés. Les nuits de Lisbonne sont sa drogue (dans le sens stricte du terme) et le confort que cela lui apporte le conduit vers un voyage sans fin, entre hédonisme effréné et désillusions. 

Pedro Cabeleira parle de sa génération, de la difficulté du présent, mais aussi, et surtout, de la magie de la nuit, une mère réconfortante et à la fois destructrice. Le film se nourrit de l’énergie de ses personnages desquels il devient en quelque sorte le porte-parole. La caméra observe leurs visages et leurs gestes comme si le réalisateur voulait en garder une trace pour la postérité, un film qui documente une génération qui vit la vie en équilibre sur un fil invisible. Chico est le premier élément d’un domino de personnages qui s’agitent comme des atomes instables, à la recherche constante de l’oubli, de ce coup d’adrénaline éphémère qui devient éternel. Comme l’a dit Pedro Cabeleira dans sa quête constante de réalisme ‘’humain’’ sans jamais tomber dans le misérabilisme, Damned Summer “doit être vécu par les personnages plutôt que récité’’. 

La caméra à l’épaule apporte au film un franc-parler touchant et un rythme ‘’vital’’ qui s’apparente à ce qui anime Chico et ses amis, une sorte d’extériorisation à travers le cinéma de leur monde intérieur. Le regard intense du réalisateur sur ses personnages les transforme en héros de la nuit, leur permettant d’exister et de regagner une place dans le monde. Damned Summer met en scène une jeunesse à la recherche de sens dans un monde qui semble les avoir oubliés. Leur refuge est la nuit et leur guide, les fêtes interminables où ils dansent jusqu’à l’épuisement. Pedro Cabeleira capture le moment comme si c’était le dernier. 

Damned Summer est produit par Optec Films et Videolotion. Les ventes internationales sont assurées par Slingshot Films



[Traduit de l'italien - source : www.cineuropa.org]

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