quinta-feira, 29 de junho de 2017

Sous l'Occupation, Marie et Guillaume furent leur bonne étoile

Ce dimanche, à la mairie de Trémel (22), Marie et Guillaume Le Quéré seront reconnus Justes parmi les Nations, à titre posthume, pour avoir caché une famille juive durant la Seconde Guerre mondiale. Le comité Yad Vashem, institut international pour la mémoire de la Shoah, met ainsi en lumière une histoire d’amitié restée jusque-là sous silence.
Écrit par Benoît Tréhorel
Un fil. Tout n’a tenu qu’à un fil. Le fil du rasoir. Le fil de l’histoire. Le fil blanc qu’on utilise pour coudre des vies entre elles. C’était l’automne 1943. Lundi 11 octobre, au matin. La police nazie se rend au nº 95 de la rue Gambetta, à Morlaix (29), au domicile de la famille Levy, réfugiée en France depuis 18 ans. Un seul objectif : arrêter tous les membres de cette famille juive et les envoyer en déportation. Presque par chance, peu sont présents à ce moment-là. Chacun vaque à ses occupations en ville. Les grands-parents, peu vaillants, sont épargnés. La jeune tante, Esther, 22 ans, est, quant à elle, conduite à Drancy, puis envoyée au camp d’Auschwitz par le convoi nº 66. Elle y sera gazée peu après son arrivée.

Le temps presse. L’angoisse a laissé place à la terreur. Les parents, Prossiadi et Bohor, et leur fils Jacques, se mettent alors en quête d’un nouveau havre. Des fermiers des environs les hébergent quelques jours. Par crainte d’être eux aussi dénoncés et arrêtés, la famille est sommée de partir. Son salut viendra de la communauté protestante de Trémel, située à une vingtaine de kilomètres de là, dans le département voisin des Côtes-du-Nord. Parmi ses membres, un certain Guillaume Le Quéré, surnommé « Tonton Tom », colporteur-évangéliste. 

Les Levy deviennent les Leroy

« Le trajet qui mène la petite famille vers la mission baptiste est épique », écrit Jean-Yves Carluer, historien spécialiste du protestantisme en Bretagne, auteur de plusieurs articles sur « Les Justes de Trémel ». « Ils sont véhiculés par François Le Lay, boulanger à Plourin (29), cachés dans sa carriole à cheval sous une fournée de gros pains. Ils sont arrêtés en chemin par un barrage allemand. Le boulanger tend en souriant un pain à la patrouille qui remercie et les laisse passer ».

Sains et saufs, les Leroy (nom qui figure sur les faux papiers d’identité qu’on leur a attribués) sont mis à l’abri dans une dépendance du temple, au lieu-dit Uzel. Ils y resteront un an. Un an d’incertitudes, de privations et de solidarité absolue. « La mission évangélique était pauvre », se souvient Jacques Levy, âgé de 15 ans à l’époque. « Pour aider, mon père s’occupait des vaches, ma mère était à la cantine, et moi, je suis devenu moniteur pour les enfants de l’orphelinat ». À Paris, les rafles se multiplient. La situation est devenue intenable pour les réfugiés toujours plus nombreux. Au printemps 1944, Mazalto, sœur aînée de Jacques, accompagnée de sa tante Lucie et de son oncle Maurice, parviennent à rejoindre la mission protestante de Trémel. 
Dans la famille, ce n’était ni une histoire cachée, ni une histoire honteuse. On en parlait, sans plus.
Au cours des mois qui suivent, le danger est permanent. Trémel abrite des groupes actifs de maquisards. Les collabos sont aux aguets. Des opérations militaires s’y déroulent, avec leur lot de répressions et de représailles. La tension est extrême. Sous la protection bienveillante de Marie et Guillaume Le Quéré, et des sœurs de ce dernier, Anna et Émilie, la famille Levy dort dans un grenier. En cas d’urgence, le refuge ultime est une pièce inhospitalière située entre le plafond et la toiture du temple. Jean-Yves Carluer rapporte cette scène surréaliste décrite par Jacques : « Le dimanche, il n’était pas rare de voir des Allemands venir prier au temple. On les voyait par les interstices du plancher pendant l’office. Il ne fallait faire aucun bruit et se préparer à fuir ».

Octobre 1944, la France est sur la voie de la Libération. Les Lévy quittent Trémel et reprennent peu à peu leur commerce de tissu sur les marchés de la région. Cette petite histoire qui rejoint la grande, Marie-Emilie Charlot la connaissait depuis son enfance. 


« Ça faisait partie de la saga familiale. On en parlait de temps en temps, mais sans plus », témoigne la petite-fille des époux Le Quéré, née en 1948. Jusqu’au jour où, en 2007, elle découvre un document d’archives de la mission évangélique de Trémel (livre d’or des visiteurs) sur lequel on peut lire des remerciements très appuyés à l’endroit de ses grands-parents, datés du 10 octobre 1944. Marie-Emilie est débordée par l’émotion. Elle hésite. Elle ne fait rien. Le déclic interviendra le 9 janvier 2015, jour de la prise d’otages au magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris. Un acte à caractère antisémite qui fait cinq victimes. « Je me suis dit qu’il fallait parler des belles choses, des belles actions ».

Trémel (22). Marie et Guillaume Le Quéré... por Letelegramme

Elle contacte alors le comité Yad Vashem France, lequel dépend de l’institut international pour la mémoire de la Shoah établi à Jérusalem, en Israël. En parallèle, elle réussit à renouer le contact avec Jacques Levy. La rencontre se fait. Chacune des deux familles apporte témoignages écrits et oraux de cet épisode ineffable qui les a unies. L’enquête menée par Yad Vashem dure un an. Son verdict est sans appel : Marie et Guillaume Le Quéré sont déclarés Justes parmi les Nations pour avoir sauvé des juifs sous l’Occupation au péril de leur vie.
Une plaque portant leurs noms sera bientôt apposée au Jardin des Justes, à Jérusalem, ainsi qu’au mémorial de la Shoah à Paris. Comblée, Marie-Emilie Charlot veut surtout retenir le message délivré par ses grands-parents : « Ce ne sont pas des héros. Ce sont des chrétiens qui ont mis leur foi en application, par des actes ».

[Source : www.letelegramme.fr]

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