segunda-feira, 26 de junho de 2017

Lluis Llach : «J'écris pour raconter nos combats aux jeunes»


Figure emblématique de l'âme catalane, opposant au franquisme, Lluis Llach se consacre désormais à l'écriture. Mais n'oublie pas la politique alors qu'un nouveau référendum pour l'indépendance catalane a été annoncé cette semaine
Propos recueillis par Sébastien Dubos 
C'est une voix, un visage. Qui incarne la lutte, la résistance contre le fascisme, contre le franquisme. Lluis Llach, le chanteur catalan, a fait le plein sur toutes les scènes. Bravant l'autorité, refusant de courber l'échine. Rester debout, encore et toujours. En 1970 à Madrid, au moment d'interpréter «l'Estaca», chanson vite censurée mais devenue tout aussi rapidement l'hymne de la liberté et le symbole de la résistance, il se mit au garde à vous, seul face à la scène, en expliquant que Franco l'avait interdite. Son pianiste égrena quelques notes et c'est la salle qui chanta à sa place. 3 000 personnes unies comme un seul homme et les sbires du pouvoir n'y purent rien. Désormais romancier, souffle dans ses livres le vent puissant de l'histoire.
Comment est né ce livre ?
D'une région en Catalogne qui s'appelle Priorat, d'où vient ma mère. J'avais envie de parler des femmes. Mais pas d'une femme de ville, une femme dans un petit village, dans une époque très riche de l'histoire espagnole. Mes souvenirs et les histoires racontées par mes parents ont composé un paysage humain, social et politique.
Avec le poids du franquisme ?
Ce qui m'intéressait, c'était de raconter l'histoire des femmes qui étaient dans le monde rural mais qui avaient un peu de pouvoir. Comment elles devaient gérer la vie, les rapports sociaux, même les rapports sexuels… Et survivre au machisme qui était à la racine de la morale catholique et de la morale civique. Comment une femme se défendait-elle de tous les dangers de l'époque, au XIXe, sous le franquisme où c'était très difficile… Et il y a aussi l'histoire d'un personnage qui ne semble pas important mais il est là, il a ses petits secrets, et ses secrets sexuels.
Avec des symboles de résistance forts, notamment par ce personnage ?
Oui, et le fait qu'il ait dû surmonter des questionnements sur sa vie, sa morale et sa sexualité en ont fait un homme moderne. Il questionne tous les systèmes de valeurs et a réussi à vivre vieux sans que la tempête ne l'emporte au fond de la mer. J'ai pu dresser aussi le portrait du militarisme, le comportement policier. C'est très intéressant, je trouve, pour les jeunes, que des gens comme nous racontent nos histoires. Sans savoir d'où nous venons, ils nous prendraient pour des fous. Parce qu'on a vécu des choses incroyables, dans des systèmes politiques incroyables, avec des répressions incroyables. Nous avons survécu, plus ou moins, et je pense que la jeunesse d'aujourd'hui, en Espagne, en Catalogne où il y a une certaine démocratie, une certaine liberté malgré tout, doit savoir que les parents, les ancêtres, viennent d'une histoire noire, grise. Parfois ça peut aider à mieux comprendre.
Qu'est-ce qu'être catalan en 2017 ?
En 2017, c'est très facile ! C'est vivre dans un pays qui s'appelle la Catalogne. Nous sommes cinq millions et demi, avec un petit système politique d'autonomie, dans un État espagnol avec des relations difficiles depuis toujours. C'est très long à raconter. Au XVIIIe, nous étions encore un pays, une nation, avec notre parlement. Notre mort politique survient à ce moment-là. On a cru à un futur possible et convenable dans l'État espagnol. Mais à mesure que la démocratie espagnole a arrêté son développement, de nombreux Catalans ont commencé à penser que notre futur en Espagne allait être très sombre. Aujourd'hui, cette croyance est presque majoritaire, au moins politiquement et nous permet d'envisager la possibilité d'un pays différent, indépendant… Mais c'est une très longue histoire.
Qu'est ce que cela fait d'être une légende ?
Moi une légende ? (rires) Ah non, je connais très bien mes médiocrités, mes vulgarités. En réalité, j'ai tenté d'être cohérent avec mes croyances, mes pensées. C'est le public qui m'a donné la possibilité de continuer cette cohérence. Je dis toujours que si je n'avais pas eu la complicité du public, si, malgré les interdictions de l'époque, ce public ne m'avait pas donné la possibilité de continuer à travailler, rien n'aurait été possible. Je me vois comme un privilégié, pas comme une personne extraordinaire, pas comme une légende.
La littérature, c'est une nouvelle carrière ?
Surtout, ça a été une surprise parce que jamais je n'aurais osé penser que j'écrirais, et je n'aurais jamais soupçonné de trouver une telle joie dans l'écriture. Je la compare à celle que j'avais quand je composais une chanson. Pour moi, c'est une découverte. Comme un nouveau métier, une troisième jeunesse. Et je n'imaginais pas que j'aurais des personnes, de l'autre côté des pages, qui seraient émues avec mes petites histoires.
Et vous ne chantez plus ?
Non, du tout. J'ai arrêté en 2007. Je n'ai jamais plus composé ni joué du piano. Comme si ma tête m'avait interdit de plonger dans la nostalgie. Il y a une espèce de protection. Moi-même, je suis surpris. Mais j‘ai la nostalgie de la scène. En réalité, nous, les êtres humains, je crois que nous sommes toujours égocentriques. Et avec la scène il y a une certaine magie dans les moments de communion avec le public.
Quel est le plus beau mot selon vous ?
Ce n'est pas un problème de beauté esthétique mais sémantique. Pour moi, c'est l'amour. Quand l'être humain comprend que l'amour est la force motrice de ses actes, de ses regards, de ses gestes, alors la vie prend vraiment un sens.
«Je n'aurais jamais soupçonné de trouver une telle joie dans l'écriture, je la compare à celle que j'avais en composant une chanson.»

[Photo : Peter Godry - source : www.ladepeche.fr]

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