segunda-feira, 6 de fevereiro de 2017

Opération Catalogne : la guerre sale de l’État espagnol

Tout en refusant le dialogue avec l’indépendantisme catalan, l’État espagnol n’a pas hésité à utiliser des moyens illégaux pour le contrer. Il aurait mis en place l’Opération Catalogne comprenant notamment la création d’une unité de police secrète et l’usage d’institutions et de fonds réservés de l’État contre des personnalités catalanes.
Jorge Fernández Díaz 

1. A partir d’un enregistrement… La filtration en juin 2016, dans le journal Publico, de la conversation entre Jorge Fernández Díaz, alors ministre de l’Intérieur, et Daniel de Alfonso, alors directeur du Bureau Anti-fraude de Catalogne, a mis en évidence l’existence d’une action concertée, depuis Madrid, visant la Catalogne[1]. De la conversation est restée la déjà «célèbre» phrase: « On leur a détruit le système de santé [catalan] ». L’enregistrement dévoile surtout une campagne médiatique destinée à incriminer des dirigeants catalans.
… et un conflit personnel. C’est la rivalité entre Marcelino Martín Blas, directeur de l’Unité des affaires internes du ministère espagnol de l’Intérieur, et José Manuel Villarejo, commissaire de police, qui aura permis que l’Opération Catalogne sorte au grand jour[2]. Villarejo a pris sa retraite le 21 juin 2016, l’enregistrement de la conversation entre Díaz et De Alonso est sorti le 22 juin[3].
2. Une « police patriotique ». Le 6 juillet 2016, Villarejo reconnaît, devant le juge, l’existence d’une unité de police, appelée « patriotique », consacrée à enquêter et à rédiger, sans autorisation judiciaire, des rapports destinés à incriminer des personnalités et des élus catalans indépendantistes. Le but est de provoquer l’ouverture d’une investigation judiciaire ainsi que d’influencer l’opinion publique. Cette unité, d’une trentaine d’agents, était secrète dans son propre service. Elle dépendait directement de l’Unité des affaires internes, comme Villarejo, et de l’Unité de planification de la sous-direction opérative.
3. Depuis 2012, selon El Pais Le ministère de l’Intérieur avait déjà nié en 2012 l’existence d’un tel groupe de police, suite aux révélations d’El País[4]. Ces dernières coïncidaient pourtant avec la diffusion, très médiatisée, de plusieurs rapports accusant des dirigeants catalans de corruption et/ou de délit fiscal. Etait particulièrement visée Convergència democràtica de Catalunya (CDC), aujourd’hui PDCat, parti alors dirigé par le président du gouvernement catalan, Artur Mas. Il venait de confirmer son virage indépendantiste. L’article d’El País mentionnait également des enquêtes tentant d’identifier des délits fiscaux qui impliqueraient des responsables des principaux journaux publiés à Barcelone. Le but aurait été de peser sur la position des média catalans au sujet du processus d’indépendance.
… plusieurs exemples: le rapport de, en principe, l’UDEF (Unité centrale de délinquance économique et fiscale de la police espagnole) contre Artur Mas est emblématique. Il est publié neuf jours avant les élections catalanes de novembre 2012[5]. Mas est accusé d’avoir un compte bancaire en Suisse, entre autres. Une accusation similaire est faite à l’encontre de Xavier Trias, maire de Barcelone, peu avant la consultation sur l’indépendance de la Catalogne le 9 novembre 2014. Ces accusations se sont avérées infondées et/ou démenties par l’UDEF[6]. Le groupe patriotique a également préparé des rapports sur des membres des associations civiles (Carme Forcadell, alors présidente de l’association indépendantiste Assemblée nationale catalane) et sur des juges (Josep Maria Pijuan en charge précisément du supposé cas de corruption de CDC[7]).
4. L’Opération Horizon Après du service de renseignement espagnol. Le Centre national d’intelligence (CNI), qui dépend du ministère de la Défense, a également agi contre des responsables politiques ou de la société civile en Catalogne. Un des accusés de corruption dans l’opération punique[8], Alejandro de Pedro, a fait des révélations dans ce sens. Expert en communication, De Pedro a dévoilé qu’il était sous contrat avec le CNI pour aider diffuser des informations contre l’indépendance et en faveur de l’image de l’Espagne dans les réseaux sociaux et les forums Internet. Son action consistait à diffuser des messages contre des personnalités indépendantistes de façon dissimulée. Le CNI indiquait les nouvelles et les articles qu’il fallait propager. Le CNI aurait également réalisé des enregistrements et des filatures autour de dirigeants indépendantistes. L’opération aurait coûté dix millions d’euros entre 2012 et 2014[9].
5. L’action (très) poussée des ambassades espagnoles. Relayant l’opposition du gouvernement espagnol au droit à l’autodétermination, le corps consulaire a tenté d’empêcher des événements liés au droit de décider des Catalans à l’étranger[10]. Bodil Valero, eurodéputée suédoise, a récemment dénoncé les pressions reçues par des autorités espagnoles au sujet de la conférence du 24 janvier au Parlement européen sur le référendum catalan –où participe le président de la Catalogne[11]. Dans un autre registre, l’attaché de l’ambassade espagnole en Andorre aurait payé 500 000 euros des fonds réservés à Joan Pau Miquel, de la Banque Privée d’Andorre (BPA), en échange de l’accès à des informations sur la famille de Jordi Pujol –ancien président de la Catalogne. Miquel, qui allègue avoir reçu des menaces, attend d’être jugé[12].
6. Des plaintes contre les journaux… Selon la conversation entre De Alfonso et Fernández Díaz, certains journaux étaient disposés à publier des rapports sans signature ni vérification. El Mundo a ainsi publié le faux rapport qui incriminait Artur Mas ou des accusations contre Felip Puig, ancien membre du gouvernement catalan. Ces agissements ont valu au journal plusieurs plaintes. La Razon a publié en mars 2014 des données personnelles de 33 juges, dont les photos des cartes d’identité de la plupart d’entre eux. Ils avaient signé une déclaration en faveur de la consultation des Catalans sur leur avenir constitutionnel[13]. Les photos provenaient, en principe, d’une base de données de la police. Les juges ont porté plainte.
… mais peu de suites. Pratiquement aucune des plaintes relatives aux affaires citées n’a abouti. Pour celle des juges, par exemple, il a été argumenté qu’il n’était pas possible de déterminer l’auteur de la fuite. Il convient de rappeler ici que, en 2013, le procureur suprême de Catalogne, Martin Rodriguez-Sol, avait dû démissionner après l’ouverture d’une procédure contre lui pour avoir déclaré que les Catalans avaient le droit d’être consultés sur leur avenir constitutionnel.
Et maintenant ? Les fuites continuent[14] tandis que le gouvernement à Madrid a octroyé la capacité pénale à la Cour constitutionnelle espagnole. Elle pourra punir et condamner des élus qui risquent ainsi d’être suspendus pour un temps indéfini, sans droit d’appel[15]. Le premier procès, le 6 février, concerne l’ancien président de la Catalogne, Artur Mas, accusé d’avoir permis la consultation participative du 9 novembre 2014.


[1] http://www.publico.es/politica/fernandez-diaz-fiscalia-afima-gestion.html
http://www.eldiario.es/catalunya/politica/Fernandez-Diaz-Fiscalia-publicacion-CDC_0_529497943.html
[2] http://www.vilaweb.cat/noticies/un-comissari-espanyol-admet-al-jutjat-lexistencia-duna-operacio-catalunya/
[3] http://www.vilaweb.cat/noticies/operacio-catalunya-el-mapa-duna-trama-amb-origen-a-la-moncloa/
[4] http://politica.elpais.com/politica/2012/12/22/actualidad/1356190958_900041.html
[5] http://www.elmundo.es/elmundo/2012/11/16/espana/1353057898.html
[6] http://ccaa.elpais.com/ccaa/2012/12/05/catalunya/1354727045_904169.html
http://www.naciodigital.cat/noticia/76730/trias/nega/acusacions/tenir/diners/andorra
[7] http://www.vilaweb.cat/noticies/operacio-catalunya-el-mapa-duna-trama-amb-origen-a-la-moncloa/
[8] https://es.wikipedia.org/wiki/Operaci%C3%B3n_P%C3%BAnica
[9] http://www.elconfidencial.com/espana/2016-12-20/caso-punica-alejandro-de-pedro-llamadas-cni-trabajos-antiindependencia-sumario_1306427/
[10] http://www.elpuntavui.cat/politica/article/17-politica/774420-la-diplomacia-espanyola-veta-la-presentacio-de-victus-a-holanda.html
[11] http://www.vilaweb.cat/noticies/una-diputada-sueca-denuncia-pressions-de-les-autoritats-espanyoles-contra-la-conferencia-de-puigdemont-junqueras-i-romeva/
[12] http://www.lavanguardia.com/encatala/20161111/411775082709/villarejo-diu-que-lestat-va-pagar-500000-euros-per-les-dades-dels-pujol.html
[13] http://www.ara.cat/politica/Jutges-defensa-dret_a_decidir-Catalunya_0_1084091835.html
[14] http://www.ara.cat/politica/Acusen-exdetectius-Metodo-loperacio-Catalunya_0_1721827869.html
[15] http://www.ara.cat/politica/Tribunal-Constitucional-accepta-ser-sala-penal-frenar-proces_0_1680432065.html
http://cat.elpais.com/cat/2016/11/03/espana/1478165453_432832.html



[Photo : Vilaweb - source: catalanindependance.blog.lemonde.fr]

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