terça-feira, 7 de fevereiro de 2017

Journée sans portable: Comment le smartphone peut pourrir nos relations avec les autres

Le téléphone est devenu une source de conflit entre amis…


Adolescentes envoyant des SMS avec leurs téléphones portables


Écrit par Delphine Bancaud

On a tous dîné avec un ami consultant frénétiquement dix fois son portable pendant le repas. Ou avec un autre qui « googlise » la moindre information que vous lui délivrez pendant la discussion. Si le portable est un outil de communication indispensable, force est de constater qu’il a quand même pourri certaines de nos relations amicales ou familiales. Et la journée sans portables qui a lieu ce lundi, est là pour nous le rappeler.

Journée mondiale sans téléphone portable - Le... por ITELE


Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude menée par Deloitte* sur les Français et leur smartphone, publiée le 16 janvier, les Français consultent leur smartphone en moyenne 26,6 fois par jour. Et pour les jeunes (18-24 ans), on passe même à 50 fois par jour. « Le smartphone est devenu un cordon ombilical psychosocial. On ne peut plus vivre sans. C’est un doudou virtuel anti-anxiogène, mais envahissant », commente Laurent Karila, psychiatre et addictologue, porte-parole de l’association SOS Addictions, qui voit défiler devant lui des patients pour lesquels le portable est devenu une source de problème. Pour le psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron, le début des ennuis est apparu avec l’apparition du smartphone et des multiples usages qu’il permet. « C’est un support de communication et d’information, mais aussi un objet témoin sur lequel on thésaurise nos souvenirs personnels. Et toutes ces fonctions peuvent nous rendre esclave de l’objet si on n’y prend pas garde », explique l’auteur de 3-6-9-12 : Apprivoiser les écrans et grandir**.

Une source de conflit

Car une utilisation excessive du portable peut tout d’abord nous conduire à porter moins attention aux personnes qui nous entourent. Selon l’étude de Deloitte, 81 % des Français disent, par exemple, utiliser leur smartphone pendant les repas pris en famille ou en compagnie d’amis. Et parfois même pour vérifier s’ils n’ont pas reçu de message, alors même que le téléphone n’a pas vibré ! « Les smartphones ont créé un sentiment d’urgence artificiel, brouillant la hiérarchie entre ce qui est important et ce qui ne l´est pas », souligne Laurent Karila. Et l’utilisation du portable en société est devenue un cercle vicieux : « Puisque mon ami sort son smartphone à table, je consulte aussi le mien, sans même m’en excuser. Ce type de comportement aboutit à une forme d’indifférence à la présence de l’autre. On est moins partie prenante dans la relation et l’on dissuade son interlocuteur de nous parler », souligne Serge Tisseron. Ce qui peut conduire à terme à appauvrir nos relations avec les autres, en les rendant plus superficielles. Quand le portable ne devient pas carrément une source de conflit







Pendant un repas entre amis. Les gens doivent mettre leur portable dans une corbeille. Le premier qui touche à son portable règle la note.

Ce qui arrive fréquemment. Selon l’étude de Deloitte, 43 % des jeunes affirment ainsi qu’il leur arrive d'entrer en conflit avec leurs parents à cause d’un usage excessif du téléphone. Et le portable peut être aussi l’ennemi du couple, à en croire Laurent Karila : « Certains de mes patients ne peuvent pas s’empêcher de jouer aux jeux vidéo sur leur portable. Et d’autres entretiennent des relations adultères virtuelles sans passage à l’acte. Tout ça peut finir par pourrir leurs relations de couple », souligne-t-il. La communication écrite par SMS et sur les réseaux sociaux étant souvent lapidaire, elle donne souvent lieu aussi à des malentendus et ne permet pas toujours de comprendre le second degré. « Des directeurs d’établissements scolaires me racontent qu’ils passent leur temps à séparer les élèves le lundi matin, car ces derniers sont en conflit après avoir passé le week-end à s’échanger des messages numériques », témoigne ainsi Serge Tisseron.

Une fenêtre en trompe-l’œil sur le monde extérieur

Et le smartphone peut aussi faire courir un autre danger à notre vie sociale. Car bien qu’il soit à l’origine un vecteur de communication, il peut au final conduire à nous isoler. C’est le cas pour les personnes qui finissent par privilégier les échanges de messages numériques sur les échanges réels. « On se lance dans une course amicale sur Facebook pour tromper sa solitude. Mais, à force, elle peut devenir handicapante, car on s’enferme dans une bulle virtuelle au détriment de relations de proximité », observe Laurent Karila. « A terme, on risque d’avoir l’impression d’être encore plus seul », ajoute Serge Tisseron.


Une tendance à substituer les réelles interactions par les contacts virtuels qui est d’autant plus forte que ces derniers sont moins exigeants. En publiant un statut sur Facebook, en envoyant un SMS ou en postant une photo sur Instagram, on peut à la fois délivrer un message simple, mais aussi contrôler l’image que l’on donne de soi. « Les réseaux sociaux permettent notamment de se forger une identité virtuelle valorisante qui est parfois très loin de la réalité », souligne Laurent Karila. Une discussion en face-à-face aurait exigé plus de spontanéité et aurait moins permis de se présenter sous son meilleur jour.

Apprendre à couper son portable

Alors, que faire pour redonner à notre vie sociale un peu de densité et d’authenticité ? « Il faut apprendre à couper son portable pour redevenir attentif d’abord à soi, puis aux autres », conseille Serge Tisseron. « Il faut se fixer des heures de consultation du portable pour bénéficier de no man’s land numérique. Et édicter des règles, comme ne pas utiliser son portable à table, s’empêcher de vérifier sur Internet ce que son interlocuteur raconte », ajoute de son côté Laurent Karila.

Et, une fois ces règles fixées, il faut évidemment s’y conformer : « les parents doivent notamment se montrer exemplaires, s’ils veulent que les enfants les imitent », souligne Serge Tisseron.
* Les données de l’étude française sont basées sur un échantillon de 2003 répondants français âgés de 18 à 75 ans, interrogés selon la méthode des quotas entre mai et juin 2016 par Ipsos MORI.
** Paru chez Erès en 2013, 10 euros.

[Photo :  - INNAMORATI/SINTESI/SIPA - source : www.20minutes.fr]

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