Les puristes langagiers au Québec n’ont pas la vie facile. Ils vivent en un état perpetuel de frustration. D’une part, ils constatent que la langue évolue malgré eux et sans eux. J’ajouterai même, comme je l’ai fait moult fois ici, que les puristes contribuent à répandre les dites fautes qu’ils veulent combattre.
D’autre part, les puristes sont condamnés à se répéter non seulement dans leurs attitudes négatives et hostiles à l’évolution de la langue mais également dans les exemples mêmes au banc des accusés.
Or il faut dire qu’au Québec le purisme langagier est aujourd’hui un phénomème du troisième âge. C’est malheureux de le dire et je ne veux pas faire de l’âgisme mais quand on voit qui sont ceux qui ont du temps à perdre pour chialer contre le changement linguistique, force est de constater qu’il s’agit de vieilles personnes parlant de vieilles choses.
J’en veux pour preuve le texte de Jacques Maurais dans son blog Linguistiquement-correct du 4 octobre 2018. En passant, j’aime bien ce blog que je lis avec beaucoup d’intérêt. Mais il semble que M. Maurais a une dent contre l’Office québécois de la langue française et prend un malin plaisir à trouver toutes sortes d’erreurs et fautes dans les textes de l’Office. Et le plus drôle dans cette histoire, c’est que M. Maurais est un ancien de l’Office et y a travaillé dans les années 1970. Il connaît bien le monde de la politique linguistique du Québec.
Mais revenons au texte du 4 octobre 2018. En fait, M. Maurais reprend un récent article de M. Robert Auclair de l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française sur l’usage des mots détour – le coupable – et déviation – le bon – en parlant de la signalisation de nos routes et chemins. L’article reprend à son tour un autre publié en 2007 par Robert Dubuc sur le même sujet. Ce qui a probablement suscité l’intérêt de M. Maurais c’est que ce dernier article reproche à l’Office québécois de la langue française d’avoir officialisé détour, ce qui serait contraire à l’usage général du français. Évidemment il faut entendre par usage général l’usage européen tel que consacré par le dictionnaire Le Robert.
Les lexicologues et lexicographes pourront parler certainement nous éclairer sur l’usage de ces termes. Moi, je dis que si détour est bon pour l’Office québécois de la langue française, c’est bon pour moi. Point final.
Trois remarques. Premièrement, c’est un vieux sujet. Le grand puriste d’autrefois Pierre Beaudry traite exactement cette question le 8 octobre 1974 dans le cadre de sa chronique Les maux de notre langue dans le journal La presse. C’est dire que déviation était déjà bien en usage à ce moment-là.
Deuxio, 43 ans plus tard, en 2007 M. Dubuc publie son article sur le sujet avec les mêmes lamentations. C’est dire que l’usage réel privilégie toujours détour, mais cette fois-ci c’est avec la bénédiction de l’Office québécois de la langue française.
Évidemment, moi je prends un malin plaisir à dire que le fait de tant en parler a contribué à diffuser détour. C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé et se passe avec Bon matin.
Je sais que je me répète mais force est de constater encore une fois que l’usage est roi, n’en déplaise à tous les puristes de la terre. Si vous n’aimez pas détour, c’est votre problème.
Tercio, ce qu’il faut voir dans ce débat, qui n’en est pas vraiment un, c’est que ça n’intéresse que les gens d’une certaine génération. Quand on sait que Jacques Maurais a été terminologue à l’Office québécois de la langue française de 1973 à 1980, que Robert Auclair est un ancien juge retraité depuis 1996 et que Robert Dubuc est entré au service de Radio-Canada en 1956 comme traducteur-terminologue, on peut avoir une idée de l’âge vénérable de ces trois commentateurs. Malgré eux – je dirais même grâce à eux – détour a vaincu déviation.
[Source : etatslangue.wordpress.com]
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