sábado, 7 de julho de 2018

Jack London dans les mers du Sud, une épopée sauvage

Après un départ de Marseille, l'exposition consacrée au voyage de Jack London dans les îles des mers du Sud s'est arrêtée au musée d'Aquitaine, à Bordeaux. Un voyage à mi-chemin entre ethnologie, histoire et photographie, sur les traces d'un écrivain dont le goût de l'aventure, des voyages et de l'exploration n'aura pas suffi face à la rigueur de la nature sauvage...

Jack London à Nuku Hiva, dans les îles Marquises, en 1907 - The Jack London Papers
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Écrit par Antoine Oury 

En 1907, Jack London a déjà été vagabond, chercheur d'or au Canada, ouvrier exploité dans une centrale électrique ou encore reporter de guerre en Corée : il s'est aussi fait un nom dans le monde des lettres américaines, à la seule force de son écriture. Cet autodidacte a signé un recueil de nouvelles par an depuis 1900 et plusieurs romans, dont L'Appel de la forêt (1903) et Croc-Blanc (1906), ce qui en fait un des écrivains américains les plus en vue, dont les avances des éditeurs pour ses textes atteignent des niveaux rares.

Toujours à la recherche d'une expérience plus marquante, plus complète, il s'est mis en tête, depuis quelques mois, de se lancer dans une croisière de 7 ans dans le Pacifique, pour explorer les îles, rencontrer les habitants, y décrire la vie. Avec Charmian Kittredge London, son épouse depuis 1905, il échafaude un plan de route, et fait construire ce qui deviendra le bâtiment de cette épopée, un voilier à la coque de 17 mètres surmontée par deux mâts, le Snark, nommé ainsi d'après un poème de Lewis Carroll.

Exposition Jack London - Musée d'Aquitaine (Bordeaux)
Maquette du Snark d'après les photographies de London, par René Beaufils
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

C'est ce voyage, motivé par le premier tour du monde en solitaire de Joshua Slocum et par un grain de folie, que retrace l'exposition Jack London dans les mers du Sud, présentée au musée d'Aquitaine de Bordeaux après un départ de La Vieille Charité, à Marseille. Une visite qui mêle voyage, ethnographie, photographie, biographie et un peu de littérature. 

Après une première salle sur les prémisses du voyage qui laisse un peu le visiteur sur le quai (termes maritimes non expliqués, barre du navire montée à l'envers sur la maquette du Snark, biographies très succinctes des participants au voyage...), l'exposition entre dans le vif du périple, en proposant une salle, peu ou prou, par escales.

Exposition Jack London - Musée d'Aquitaine (Bordeaux)
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

La longue escale à Hawaï, île devenue américaine après un coup d'État en 1893, indispensable pour terminer le navire, donne le ton d'une croisière qui sera loin d'être tranquille. Au fil des îles, autant de colonies françaises, britanniques, américaines, les déboires s'enchainent : l'équipage sait à peine naviguer, le navire prend l'eau, et London, lui-même, voit ses espoirs d'aventures déçus. L'île de Taïpi, où Herman Melville s'était caché au sein d'une tribu cannibale — expérience qui avait nourri son livre paru en 1846 — n'abrite plus que quelques âmes rachitiques. 

Néanmoins, si le voyage semble un peu manquer de piment pour le couple London, il est l'occasion de rencontres avec de fameux personnages, comme Alexander Hume Ford et George Freeth, qui apprennent à London à surfer ; le Père Damien, un prêtre lépreux parmi les lépreux hawaiiens relégués sur un l'île Molokai ; ou encore Ernest Darling, un Américain adepte de la vie selon les lois naturelles, en Polynésie.

Un échec qui ne ternit pas les souvenirs
 

Une multitude de photographies, prises par le couple London et Martin Johnson, un de leurs coéquipiers, donnent le ton du voyage, qui manque un peu, en comparaison, de textes : Jack London a pourtant tenu un journal de bord détaillé, qui sera plus tard publié. Néanmoins, ces souvenirs photographiques révèlent un détail crucial : sur tous les clichés, de larges sourires persistent sur les visages.

Exposition Jack London - Musée d'Aquitaine (Bordeaux)
Charmian et Jack London, à Hawaï en 1916
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Les salles sont aussi agrémentées par des objets pris aux différents peuples qui résident dans les îles traversées, par les London ou d'autres explorateurs : leurre à poissons des îles de la Société, poteau sculpté Nakamal des Nouvelles-Hébrides, poteau cérémoniel des îles Salomon ou encore casque Mahiole d’Hawaï... Au total, une heure est nécessaire pour faire le tour de l'exposition. 

C'est aux îles Salomon que s'arrête le voyage, en décembre 1908, alors que l'équipage du Snark, qui a gagné des membres et en a vu partir d'autres, est décimé par la malaria, la fièvre noire et autres ulcères cutanés. Les mains de London pèlent comme des gommes, si bien qu'il lui est impossible de tenir un crayon, à lui qui a fini en mer, en 1908, son chef d’œuvre, Martin Eden.

Exposition Jack London - Musée d'Aquitaine (Bordeaux)
Grand poteau cérémoniel, Ugi, îles Salomon, collecté par London en 1908
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

L'équipage se sépare, l'ambiance est mélancolique : Jack et Charmian London vont visiter l'Amérique du Sud à bord d'un cargo, tandis que le Snark est vendu par un armateur peu scrupuleux pour quelques milliers de dollars. L'écrivain reviendra à Hawaï quelques années plus tard, en 1915, mais ce sera pour y vivre les derniers mois de sa vie, avant un autre voyage.

Seul, Martin Johnson, l'acolyte âgé de 25 ans à peine, poursuivra son tour du monde. Il en tirera lui aussi des écrits, mais bien plus sensationnalistes que London, à base de cannibales, de chasseurs de têtes et de dangereux animaux... London, lui, trouvera dans son voyage au sein des mers du Sud la matière pour La Croisière sur le Snark, bien sûr, mais aussi Les Contes des mers du Sud, ainsi que d'autres romans d'aventures et, surtout, des romans socialistes, preuve que ce voyage et ses observations étaient aussi politiques...
 
Exposition Jack London - Musée d'Aquitaine (Bordeaux)
Charmian London dans la vallée de Taïpi, 1907
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



Jack London dans les Mers du Sud
Musée d’Aquitaine de Bordeaux
Du 29 mai au 2 décembre 2018


[Source : www.actualitte.com]


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