sexta-feira, 19 de maio de 2017

Juliette Armanet, l'espiègle amoureuse

Découverte il y a trois ans avec la chanson L'amour en solitaire, Juliette Armanet est ce qu'il convenu d'appeler une chanteuse au piano. Sa belle montée en puissance débouche aujourd'hui sur Petite amie, premier album à la sensibilité rémanente, classique et étonnant, décomplexé et précis, mélancolique et dansant. 



Véronique Sanson. Comparaison récurrente, flatteuse, justifiée qu'on peut lire ici et là pour qualifier l'univers de Juliette Armanet. Il y a une même impression de puissance et de clarté, une même limpidité à la fois classique et pop, une même imagerie de la femme au piano. Cette assimilation n'est en aucun cas un signe de manque d'inspiration. D'autant que la jeune femme de 33 ans n'a découvert que récemment le répertoire majuscule de son aînée. "Je me suis seulement mise à l'écouter il y a un an et demi. Donc on ne peut pas dire que j'ai composé en connaissance de cause. Sanson m'a depuis appelée pour me féliciter pour mon disque et c'est une petite fierté"

Juliette Armanet s'affirme entière et vraie, fait parler ses tripes dans un écrin voluptueux façonné à sa vraie (dé)mesure. C'est une singulière, comme l'indique son itinéraire commencé par l'apprentissage du piano classique, du théâtre et dérivant vers le journalisme, plus précisément des documentaires pour Arte et des radios. Une éclosion tardive qui est passée par le filtre du doute, d'un perfectionniste tenace et d'une exigence vivace. 

"J'avais besoin de temps pour dépasser certaines craintes et pudeurs. Je me suis aussi beaucoup cherchée et il y a eu deux tentatives d'album auparavant que je considère aujourd'hui comme inaudibles. Il y a encore quelques années, la chanson française n'était pas à la mode. Dans les labels, on te conseillait d'aller vers l'anglais. Aujourd'hui, c'est l'inverse et j'arrive à un moment où les vannes sont ouvertes"

Il y a aussi cette éducation aussi bien littéraire et musicale : des parents libraires, animés par une passion commune pour la musique, la mère classique, le père jazzman. Pas de barrières en vue au sein cette pédagogie éclairante. Lors de son adolescence, Armanet se réfugie dans les mots et les notes de SouchonVoulzyBashungSheller

Voilà certainement l'explication de cette ouverture revendiquée et de cette variété assumée. "Je suis allée un jour à la Fnac avec mon père chercher le dernier Bjork. Il y avait des bornes d'écoute et j'ai commencé à écouter le disque d'Ophélie Winter. J'ai adoré et mon père voulait me l'acheter. Comme il a vu que je trouvais ça craignos, il m'a rétorqué que dans la vie, ce qui compte, c'est d'être sans complexe et éclectique et que si je ne le prenais pas je n'aurais pas non plus le Bjork"

Sur Petite amie, des bribes d'intimité évidemment, bribes qu'elle essaie toujours de passer à l'universel, sans une once d'exhibitionnisme. On pense à L'amour en solitaire, chanson postée sur la Toile en 2014 et qui a posé les fondations de son avènement ou à Manque d'amour, synonyme d'une quête sentimentale sans répit.

Solitude et amour, deux mots qui s'accrochent éperdument à ce disque classique de fille moderne, plus dansant que l'EP (Cavalier seule) sorti en éclaireur. "L'amour, c'est un thème inépuisable, un marronnier absolu et on a envie d'y apporter sa propre vision. Quant à la solitude, j'ai mis du temps à l'apprivoiser. J'y ai été contrainte, car on m'a laissée sur le carreau".

La voix, haut-perchée et acrobate, risque d'en agacer quelques-uns. Mais les morceaux brillent par leur légèreté et vous attrapent par leur mélancolie. Ils conjuguent vestiges du passé et élégance moderne. Juliette Armanet, qu'on retrouve aussi en duo sur le disque de Julien Doré (Corail), fait partie de cette nouvelle vague hexagonale de filles espiègles et ardentes : Cléa Vincent, Blondino, Clara Luciani, Fishbach... Elles se guettent, s’admirent, s'entre-aident (Armanet a coécrit le titre de Fishbach Un autre que moi). Une saine et boostante émulation.

Juliette Armanet Petite amie (Barclay) 2017
Page Facebook de Juliette Armanet




[Photo : Edmond Sadaka/RFI - source : www.rfi.fr]

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