sexta-feira, 29 de maio de 2026

Identité de genre: généalogie d’une catégorie politique

Écrit par Céline Masson

Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste va introduire une interdiction longtemps retardée des « thérapies de conversion » malgré des inquiétudes selon lesquelles cela pourrait criminaliser des parents et des médecins. Le projet de loi intitulé Draft Conversion Practices Bill, qui concernera l’Angleterre et le Pays de Galles, interdira les tentatives visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Mais que veut dire au juste « identité de genre » ?

En l’espace de deux décennies, l’expression « identité de genre » a connu une carrière fulgurante. D’abord confinée au vocabulaire clinique, elle s’est imposée dans la médecine, le droit, l’éducation, l’administration et le langage courant. Elle désigne le fait de « se sentir » homme, femme ou non binaire : une expérience intime, subjective, fondée sur le ressenti. Or ce qui relevait hier de la sphère privée est devenu une catégorie publique dotée d’effets juridiques, médicaux et sociaux considérables.

Ce basculement n’est pas anodin. Il marque l’émergence d’une nouvelle manière de penser le sujet : non plus à partir de son corps sexué, mais à partir d’une identité ressentie, tenue pour centrale et décisive. « Le sexe est ce que l’on voit ; le genre est ce que l’on ressent », disait l’endocrinologue et sexologue Harry Benjamin (un des premiers médecins à prendre en charge des personnes transsexuelles ; il donna son nom à l’ancêtre de la WPATH qui s’appelait l’Association internationale Harry Benjamin pour la dysphorie de genre).

Cette catégorie, érigée en évidence sociale, résume le déplacement en cours : le ressenti subjectif tend à prévaloir sur la réalité biologique.

L’« identité de genre » s’est ainsi progressivement substituée au sexe. Elle n’est plus seulement une notion descriptive : elle structure désormais des droits, oriente des pratiques médicales, organise des politiques publiques. Elle constitue une catégorie opérationnelle dont individus et institutions peuvent se saisir pour agir.

D’une catégorie clinique à une catégorie sociale

Historiquement, la notion d’identité de genre apparaît dans les années 1960 dans un contexte médical précis : celui de ce qu’on nommait hermaphrodisme (aujourd’hui « variations du développement sexuel » ou VDS) et du transsexualisme adulte. Les psychiatres Robert Stoller, Ralph Greenson puis le psychologue John Money l’emploient pour désigner le sentiment d’appartenance à un sexe. Cette notion sert alors à guider des décisions cliniques rares et complexes, répétons-le, rares et complexes : assignation sexuelle chez des enfants intersexes, accompagnement de patients transsexuels adultes.

À l’origine, il ne s’agissait ni d’une catégorie universelle ni d’un principe général d’intelligibilité du rapport au sexe. Elle désignait des situations exceptionnelles, très exceptionnelles, se présentant dans un cadre médical appelant des réponses et des soins au vu des souffrances affectant la qualité de vie des patients. La « dysphorie de genre » – terme introduit plus tard pour remplacer celui de « trouble de l’identité de genre » – renvoyait à une souffrance spécifique, minoritaire, très minoritaire, nécessitant une évaluation clinique rigoureuse et un diagnostic précis.

À partir des années 1990, sous l’effet conjugué des mouvements militants, de l’évolution des normes sociales et de la valorisation de l’autonomie individuelle, le privilège donné à l’intime, lieu et forme du sacré dans les sociétés sécularisées, la catégorie s’est progressivement dévoyée. Elle est devenue « sociétale ». Dépathologisée et valorisée sur le plan sociosymbolique comme figure de l’authenticité, elle a simultanément et paradoxalement été médicalisée : la reconnaissance de l’identité de genre comme identité légitime et modèle d’émancipation fondée sur le désir d’« être soi » a ouvert l’accès à des traitements hormonaux et chirurgicaux destinés à aligner le corps sur le ressenti invoqué. Ce double mouvement – dépathologisation et médicalisation – constitue l’un des paradoxes majeurs de notre société contemporaine qui se veut « inclusive » et en lutte contre les discriminations. La médecine s’est alors pour partie mise au service du programme postmoderne d’émancipation du corps perçu comme aliénation, servitude et finitude des individus.

Une catégorie devenue politique

Au fil du temps, l’identité de genre a quitté le champ strictement clinique pour devenir une catégorie politique et juridique. Elle peut être invoquée pour modifier l’état civil, accéder à des soins dits « affirmatifs », revendiquer l’usage de pronoms spécifiques ou l’accès à des espaces réservés selon le sexe. Dans une vingtaine de pays, le changement de sexe juridique repose désormais sur l’auto-identification déclarative.

Ce passage de l’intime au collectif a radicalement modifié les cadres institutionnels. Les administrations collectent des données sur l’identité de genre ; les écoles intègrent cette notion dans leurs programmes ; les entreprises l’incluent dans leurs politiques de diversité. Ce qui relevait d’une expérience subjective, est devenu une catégorie administrative et statistique publique.

L’institutionnalisation de l’identité de genre lui confère un pouvoir symbolique inédit. Elle redéfinit les modalités d’appartenance sociale, les critères de reconnaissance et les frontières du droit. Elle transforme aussi la manière dont chacun est invité à se penser lui-même.

Le tournant médical et ses controverses

C’est dans le domaine médical que les effets de cette transformation apparaissent avec le plus de netteté. Depuis les années 2000, le modèle des soins dits « affirmatifs » s’est imposé : il consiste à reconnaître et soutenir l’identité de genre déclarée par le patient, et à proposer, si nécessaire, des interventions hormonales ou chirurgicales pour aligner le corps sur cette identité.

Initialement réservé aux adultes, ce modèle a été progressivement étendu aux enfants et aux adolescents. Des cliniques spécialisées – Gender Identity Clinics – se sont multipliées. En France, on en compte aujourd’hui une vingtaine. Les demandes ont augmenté rapidement, notamment chez les adolescentes, souvent sans antécédents de dysphorie dans l’enfance et présentant fréquemment des troubles anxieux, dépressifs ou du spectre autistique.

Cette évolution s’est opérée sans véritable débat public préalable. Longtemps présentée comme l’expression d’un consensus scientifique, elle repose pourtant sur des bases empiriques fragiles. Les données longitudinales sur les effets à long terme des traitements restent limitées ; plusieurs évaluations indépendantes européennes ont conclu à un niveau de preuve faible concernant leurs bénéfices.

Parallèlement, des inquiétudes émergent quant aux risques iatrogènes : médicalisation à vie, interventions irréversibles, regret ultérieur de certains patients. Des procès intentés par des jeunes adultes ayant entrepris une « détransition » commencent à se multiplier, révélant la complexité des trajectoires individuelles.

Une catégorie qui remanie la subjectivité

Indépendamment des controverses médicales, l’identité de genre a modifié en profondeur la manière dont il est possible de se définir. Elle propose un nouveau modèle de subjectivité : chacun serait porteur d’une identité intime, authentique, qu’il conviendrait de reconnaître et d’affirmer. Cette conception, séduisante par sa promesse d’autonomie, tend toutefois à figer des expériences souvent évolutives surtout chez les adolescents.

Car l’identité, lorsqu’elle devient une catégorie administrative et juridique, se stabilise. Ce qui relevait d’un processus subjectif – l’identification, toujours mouvante – se trouve fixé sous forme d’identité déclarée. La quête de soi se transforme en affirmation de soi. Le doute, constitutif de l’expérience humaine, cèdent la place à la certitude identitaire.

Dans le cas des adolescents, ce déplacement soulève des questions particulières. L’adolescence est par définition un temps de remaniements identitaires, de questionnements corporels et existentiels. Lorsque l’identité de genre devient le principal cadre d’interprétation de ces bouleversements, elle peut offrir un repère, mais aussi figer des expériences transitoires, des ressentis fragiles et changeants surtout à l’adolescence.

Un débat qui dépasse les clivages politiques

Contrairement à ce que suggèrent certaines caricatures, la controverse autour de l’identité de genre ne se réduit pas à un clivage entre conservateurs et progressistes. Les critiques émanent de féministes, de médecins, de chercheurs, de parents, de personnes trans elles-mêmes. Elles portent moins sur l’existence des personnes concernées que sur les usages institutionnels d’une catégorie devenue consensuelle.

Le débat touche à des questions fondamentales : la relation entre sexe et genre, entre corps et subjectivité, entre autonomie individuelle et responsabilité collective. Il interroge la capacité des sociétés contemporaines à penser la complexité sans céder à la simplification idéologique.

L’identité de genre, en tant que catégorie politique, n’est pas appelée à disparaître. Mais son extension rapide et son institutionnalisation généralisée exigent une réflexion critique. Car toute catégorie qui structure le droit, la médecine et l’éducation produit des effets : elle façonne les représentations, oriente les pratiques, transforme les subjectivités.

Comprendre la généalogie de l’identité de genre, c’est se donner les moyens d’en penser les usages. Non pour nier les expériences et souffrances individuelles, mais pour éviter qu’une notion née dans un contexte clinique spécifique ne devienne, sans examen, un principe universel d’organisation du monde social.


Je remercie la philosophe Isabelle de Mecquenem pour sa relecture éclairée. 

[Source : www.telos-eu.com]

quinta-feira, 28 de maio de 2026

Por una literatura bella, verdadera y cruel

Los libros crueles, tal como los propone José Ovejero, nos interpelan y nos transforman a través de ese placer cada vez menos acostumbrado 

Hombre leyendo (Georges Lemmen, 1883) 

Escrito por Azahara Alonso 

Es posible formular una queja de cliente a modo de pregunta. Aunque no siempre pasa, bien lo saben quienes publican un libro y se encuentran con algunos de sus lectores: ¿Por qué ha escrito un ensayo y no una novela? ¿Nacen de un lugar genuino esos poemas? ¿No le parece demasiado anodina la voz narrativa? En cierto momento de su trayectoria literaria, a José Ovejero también le preguntaron varias cosas: ¿Por qué hay tanta violencia en sus obras? ¿Es usted tan pesimista que solo ve la desgracia o la mezquindad? ¿No quisiera a veces crear paraísos literarios en los que el lector pueda refugiarse de la fealdad del mundo? Aventuro que quienes se lo plantearon forman parte de una estirpe de lectores que no es nueva, y la encontramos ya formulada en algunos personajes de las novelas de Virginia Woolf –si alguien leyó la columna anterior, me disculpará la fijación presente con esta autora, espero–, como aquel que “sintió deseos de saber si entre los jóvenes escritores había alguno tocado por el espíritu de la magnanimidad, alguien que infundiera al lector la creencia de que la vida es hermosa”. Esa estirpe es consciente de la fealdad del mundo y tiene una idea muy clara de la literatura: debe ser un oasis entretenido que compense la inhumanidad que nos rodea. Y no se consigue ese remanso solo por la atmósfera, los finales felices o el supuesto tema que acometa, sino –a juzgar por un sentir que parece generalizado en reseñas virtuales y clubs de lectura– por la identificación de quien lee con al menos uno de sus edificantes personajes.

He nombrado a Ovejero porque recientemente se ha reeditado La ética de la crueldad, libro con el que, además de otros reconocimientos posteriores, ganó el Premio Anagrama de Ensayo en 2012, y que fue escrito en respuesta, quizá, a las mencionadas preguntas que él recordó durante una de las presentaciones del texto en librerías. Lo reedita ahora Galaxia Gutenberg con un prefacio escrito para la ocasión y con una revisión en la que la propuesta inicial se completa con nuevos ejemplos. La tesis del autor se desarrolla en las primeras cien páginas, y con el riesgo de la síntesis podría resumirse en que lo cruel es en el ámbito literario un valor a tener en cuenta, la piedra de toque que permite que la narrativa sea implacable, honesta y catártica. Pero no se trataría, por tanto, de una “crueldad moralizante, que […] satisface la necesidad de certidumbres del lector, de verdades sencillas, de una división clara entre el bien y el mal”. Es al contrario, y esto se evidencia en el análisis que a continuación lleva a cabo, en el que se centra en libros cuya violencia no es un pasatiempo escrito, sino un mecanismo para ahondar en la condición humana. Como lectoras, claro, el disfrute de esos libros, de haberlo, es algo más complejo de lo habitual: no son fácilmente digeribles, no invitan a una identificación favorecedora y entretenido no es el adjetivo que se ajusta a su experiencia. Nada más lejos de la lectura como scroll infinito lleno de emociones en catálogo y sin riesgo ni concentración que, por alguna razón difícil de comprender, en tiempos recientes parece la medida de un libro apetecible. Pero los libros crueles, tal como los propone Ovejero, nos interpelan y nos transforman –no necesariamente en mejores personas, sí más lúcidas– a través de ese placer cada vez menos acostumbrado. De su complejidad sabrá quien haya leído algunas de las novelas que La ética de la crueldad tiene en cuenta, como El astillero, de Juan Carlos Onetti, La pianista, de Elfriede Jelinek o Claus y Lucas, de Agota Kristof.  

Dice Ovejero que “no hay auténtica crueldad ética sin que aquellos que nos aprecian se sientan ofendidos; la crueldad que solo se dirige al antagonista es acomodaticia, falsamente atrevida”. Y eso va contra la comodidad de quienes leen, aunque no contra ellos. Porque un libro debe ser, como quería Kafka, “el hacha que rompa el mar helado que hay dentro de nosotros”, gesto de amabilidad imposible. En respuesta a aquel personaje woolfiano, decimos entonces que quizá la vida no, pero precisamente por eso la literatura sí es hermosa a su manera.

 

[Fuente: www.ctxt.es]

Rebelião popular na Bolívia

A imposição de uma agenda de choque ultraliberal reacende a histórica tradição de auto-organização popular boliviana, desafiando os limites da política institucional na América Latina 


Escrito por EVERALDO DE OLIVEIRA ANDRADE*

1.

A Bolívia volta a ocupar o centro da cena política latino-americana. Greves, bloqueios de estradas, marchas populares e assembleias de base atravessam o país em uma nova onda de mobilizações sociais contra o governo de Rodrigo Paz. Mais do que uma explosão conjuntural de descontentamento econômico, a crise atual revela contradições acumuladas ao longo de duas décadas e recoloca em movimento uma das mais profundas tradições de luta popular do continente.

A eleição de Rodrigo Paz ocorreu em meio ao desgaste político do bloco construído em torno de Evo Morales e do Movimiento al Socialismo [MAS] desde 2006. Durante quase vinte anos, o MAS foi capaz de derrotar eleitoralmente as agendas neoliberais tradicionais, ampliar direitos sociais, fortalecer a presença estatal sobre recursos naturais estratégicos e criar empresas públicas fundamentais para a economia do país.

Ao mesmo tempo, porém, o projeto político do MAS buscou permanentemente uma estratégia de conciliação com setores empresariais e do agronegócio boliviano. A nova Constituição de 2009, apesar de incorporar importantes demandas indígenas e populares, já expressava os limites desse pacto. As políticas neodesenvolvimentistas implementadas nos anos seguintes permitiram crescimento econômico e certa estabilidade social, mas mantiveram forte dependência da exportação de commodities, especialmente do gás natural.

A crise internacional de 2008 atingiu duramente essa base econômica. O projeto de diversificação produtiva não chegou a produzir efeitos estruturais duradouros, e os limites do modelo tornaram-se cada vez mais evidentes. Paralelamente, medidas de ajuste implementadas ainda sob os governos do MAS, sobretudo durante a gestão econômica de Luís Arce, aprofundaram o desgaste junto a setores populares urbanos e camponeses.

Foi nesse cenário de fragmentação política e insatisfação social que Rodrigo Paz construiu sua vitória eleitoral, apresentando-se como alternativa de renovação política. Mas o novo governo rapidamente abandonou qualquer ambiguidade. Seu alinhamento com o programa liberal continental e com a extrema direita latino-americana tornou-se imediato.

 

2.

O decreto 5503 inaugurou um conjunto de medidas de choque contra a economia popular. Em seguida, o governo aderiu ao projeto “Escudo das Américas”, impulsionado pelos Estados Unidos, aprofundou cortes nos subsídios aos combustíveis e promoveu a chamada Lei 1720, que facilitava a concentração fundiária e ameaçava diretamente as terras comunitárias indígenas e camponesas ao permitir sua financeirização. A forte reação popular obrigou o governo a recuar parcialmente e revogar a legislação.

Ainda assim, a deterioração das condições de vida continuou avançando. Inflação, desemprego, queda do poder de compra e aumento do custo dos combustíveis produziram um cenário explosivo. O estopim veio em 1º de maio, quando o governo se recusou a conceder reajuste salarial. A partir daí, multiplicaram-se as mobilizações em todo o país.

Trabalhadores urbanos, camponeses, organizações indígenas, transportadores e sindicatos passaram a organizar marchas, paralisações e bloqueios de estradas. A Central Obrera Boliviana apresentou uma pauta unificada de 22 pontos em defesa dos salários, contra privatizações e medidas liberais, incorporando também a exigência de renúncia do presidente.

A dimensão continental da crise boliviana é evidente. Rodrigo Paz converteu-se rapidamente em aliado estratégico do projeto hemisférico impulsionado por Donald Trump e pela extrema direita latino-americana. A integração da Bolívia ao “Escudo das Américas” não possui apenas dimensão militar ou diplomática: trata-se da tentativa de enquadrar recursos estratégicos do país – gás, lítio, terras raras e territórios agrícolas – aos interesses geopolíticos dos Estados Unidos e das grandes corporações multinacionais.

As elites bolivianas historicamente mantiveram profunda dependência econômica e política em relação ao capital internacional. Os grandes proprietários do agronegócio em Santa Cruz e grupos financeiros urbanos acreditavam que a vitória eleitoral de Paz permitiria desmontar rapidamente as conquistas sociais e os mecanismos de organização popular construídos desde as jornadas insurrecionais da Guerra da Água e da Guerra do Gás, no início dos anos 2000.

Mas a atual rebelião demonstra justamente o contrário. A tradição de luta popular boliviana permanece viva. Os bloqueios e assembleias populares reaparecem como instrumentos centrais de resistência e auto-organização.

Os chamados comitês de bloqueio surgidos em regiões como El Alto, Senkata, Ventilla e Puente Vela possuem enorme significado político. Esses espaços articulam trabalhadores urbanos, camponeses, povos indígenas e setores populares em formas de deliberação coletiva e coordenação territorial profundamente enraizadas na história boliviana.

Não se trata apenas de instrumentos táticos de mobilização. Sua emergência revela a permanência de tradições de democracia direta e organização comunitária que remontam à Revolução de 1952, à Comuna de La Paz de 1971 e às grandes jornadas populares do início do século XXI.

 

3.

Esses organismos expressam uma crítica prática à burocratização de parte da Central Obrera Boliviana e de importantes sindicatos históricos. A pressão das bases e o desenvolvimento de formas autônomas de organização impulsionam uma possível recomposição do caráter combativo do movimento operário boliviano.

A própria pauta de 22 pontos da COB demonstra esse movimento ao conectar reivindicações econômicas imediatas – salários, subsídios, defesa dos serviços públicos – com uma luta política aberta contra o governo.

A experiência boliviana recoloca no centro da discussão latino-americana uma questão decisiva: os limites das estratégias exclusivamente institucionais diante do avanço da extrema direita. As eleições seguem sendo terreno importante de disputa, mas encontram-se cada vez mais condicionadas pelo poder econômico, pelo controle das plataformas digitais e pela intervenção geopolítica das grandes potências.

A vitória de Rodrigo Paz capturou momentaneamente a crise do bloco popular organizado em torno do MAS, mas não eliminou as transformações sociais e políticas produzidas desde 2006. O próprio MAS carrega limites profundos em seu modelo econômico e em suas práticas políticas, porém consolidou-se historicamente como principal instrumento de oposição às agendas neoliberais da direita boliviana.

O grande erro do novo governo foi imaginar que sua vitória eleitoral representava autorização irrestrita para aplicar um programa ultraliberal de choque. A resposta popular recoloca em cena a memória das jornadas de 2003, que derrubaram Gonzalo Sánchez de Lozada após as guerras da água e do gás e abriram caminho para a ascensão de Evo Morales.

Para o Brasil e para toda a América Latina, a rebelião boliviana traz uma lição política central: a resistência às agendas ultraliberais e autoritárias depende da capacidade de organização da classe trabalhadora, da unidade entre sindicatos, movimentos populares e coletivos territoriais, e da construção de formas concretas de poder social enraizadas nas necessidades das maiorias exploradas e oprimidas.

 

*Everaldo de Oliveira Andrade é professor do Departamento de História da USP. Autor, entre outros livros, de Bolívia: democracia e revolução. A Comuna de La Paz de 1971 (Alameda). 

 

[Imagem: Paulinho Fluxuz - fonte: www.aterraeredonda.com.br]

«És un tret al peu»: el «topall demogràfic» de Suïssa fa saltar les alarmes entre els experts

El 14 de juny, els suïssos decidiran en un referèndum si aproven una proposta, presentada per la ultradreta, que limitaria la població del país a 10 milions d'habitants 

Banderes suïsses en un carrer de Zuric

Escrit per Bastian Benrath-Wright, Levin Stamm i Allegra Catelli

A la seu central de la farmacèutica suïssa Roche, a Basilea, hi ha treballadors de més d’un centenar de països. En menys d’un mes, tanmateix, l’accés al talent internacional –que la companyia ha tingut durant tant de temps– podria perillar.

El 14 de juny, Suïssa sotmetrà a referèndum una proposta legislativa que defensa d’establir un “topall demogràfic” que limiti la població a 10 milions d’habitants. Atès que la població actual ja supera els 9,1 milions, la proposta implica que les xifres d’immigració a Suïssa s’haurien de reduir a la meitat, pel cap baix, per a evitar de superar el límit de 10 milions l’any 2050. Això afectaria tota mena d’empreses –de bancs i companyies tecnològiques a empreses del sector manufacturer– que han ajudat a atreure centenars de milers de treballadors estrangers aquestes darreres dècades.

El president de Roche, Severin Schwan, ha dit que la proposta era “perillosa” per a la societat i l’economia suïsses.

“Suïssa no pot satisfer, per si mateixa, la demanda de talent”, va dir als accionistes al gener. “És vital de mantenir les fronteres obertes per a poder atraure talent de primer nivell.”

I Roche no és pas un cas únic. La seu de Google a Zuric, per exemple, dóna feina a més de 5.000 persones de 85 països. A la vora del llac Léman, la directora de Logitech, Hanneke Faber, destaca la importància del talent internacional que es gradua cada any de l’Escola Politècnica Federal de Suïssa, que descriu com “el MIT d’Europa”.

L’alta qualitat de vida i els salaris alts han convertit Suïssa en una de les destinacions més atractives d’Europa per als treballadors estrangers. La dreta i la ultradreta, tanmateix, coincideixen a assenyalar la immigració com el gran causant dels mals del país, una posició amb què semblen concordar com més va més votants: els sondatges indiquen que els electors estan dividits a parts iguals sobre el topall migratori, cosa que implica que el “sí” té opcions d’imposar-se al referèndum del mes entrant.

A diferència de les campanyes antiimmigració d’alguns altres països europeus, la proposta no tan sols vol limitar l’arribada de sol·licitants d’asil i refugiats: també impediria, si calgués, l’entrada de banquers, científics i enginyers molt qualificats.

L’extremisme de la proposta ha fet saltar les alarmes al sector empresarial del país. La farmacèutica Novartis ha reiterat que l’accés al talent internacional és clau per al funcionament de l’empresa, i Nestlé ha defensat que “la lliure circulació de professionals qualificats d’orígens diversos ajuda a garantir que el país continuï essent innovador i pròsper”.    

El risc, per a Suïssa, no seria tan sols limitar la disponibilitat de mà d’obra, sinó també allunyar el país de la UE, el principal mercat d’exportació. El principi europeu de lliure circulació és la pedra de toc d’uns quants acords econòmics que garanteixen a les empreses suïsses l’accés lliure a un bloc econòmic amb 450 milions de consumidors i un PIB de gairebé de 20 bilions d’euros: tot sembla apuntar que, si s’aprova el topall, Suïssa es trobaria obligada a rescindir els acords de lliure circulació amb la UE.

Els advertiments sobre les repercussions econòmiques de la proposta a llarg termini, tanmateix, semblen haver caigut en sac foradat entre els electors, que veu la immigració com la principal causa de l’augment dels lloguers o les llargues llistes d’espera per a accedir a propietats. Per a aquests votants, el topall demogràfic ofereix una solució fàcil i directa: el missatge, ras i curt, és que no hi ha més espai per als nouvinguts.

La proposta fins i tot ha guanyat certs adeptes entre els responsables d’empreses que es beneficien directament de la captació de talent estranger. En converses privades, executius de bancs suïssos d’abast internacional admeten que hi veuen certs avantatges, perquè confien que ajudarà a rebaixar tensions en mercats com ara el de l’habitatge.

L’anomenada “iniciativa de sostenibilitat” és impulsada pel Partit Popular Suís (SVP), d’ultradreta. Thomas Matter, el diputat que ha encapçalat la campanya per la proposta, defensa que limitar la immigració “crearà competència” entre les empreses a l’hora d’atreure talent internacional. “Les empreses faran pressió per a garantir que els immigrants que arribin al país siguin treballadors que beneficiïn Suïssa, i no pas persones que abusen del sistema d’asil.”

La proposta estipula que la població suïssa no podrà superar els 10 milions d’habitants abans del 2050. D’acord amb les tendències demogràfiques actuals, això implicaria limitar l’arribada de nouvinguts –en termes nets– a 30.000 l’any, més de la meitat de la mitjana registrada durant aquesta darrera dècada.

El text també assenyala que el govern suís hauria de començar a limitar activament la immigració quan la població arribi a 9,5 milions d’habitants, cosa que podria passar els quatre anys vinents.

L’aprovació de la proposta implicaria un nou pas endavant per a la dreta i la ultradreta europea, oimés després de l’auge de Reform UK, el partit de Nigel Farage, a les eleccions municipals d’aquest mes a Anglaterra. A Alemanya, Alternative für Deutschland sembla tenir-ho tot de cara per a guanyar el seu primer govern regional a les eleccions de l’estat de Saxònia-Anhalt, que es faran a final d’any.

Per a l’SVP suís, que saltà a primera plana de l’actualitat als anys noranta després de frustrar la campanya del govern per a adherir-se a l’Espai Econòmic Europeu, l’aprovació de la proposta voldria dir matar dos pardals d’un tret: es limitarien els lligams de Suïssa amb la UE i s’enduriria la política migratòria.

La clau, a hores d’ara, és fins a quin punt els avisos dels experts influiran en el parer dels electors.

En un report publicat aquest mes, el grup d’experts suís Demografik calculà que el topall de població reduiria el PIB del país fins a un 12% d’aquí a final segle. L’escassetat de mà d’obra, alertà l’informe, perjudicarà especialment la sanitat, l’hoteleria, el sector tecnològic i la construcció.

L’agència econòmica del govern ha alertat que les empreses del país “depenen en gran manera” de la disponibilitat de mà d’obra estrangera, i que, històricament, l’arribada de treballadors qualificats procedents per a la UE ha estat clau a l’hora d’impulsar el creixement de l’economia i el sector empresarial del país.

Patrik Lang, cap de la divisió d’inversions de la suïssa Global Gate Asset, afirma que l’impacte del topall, si finalment s’acaba aprovant, no serà immediat, sinó que s’anirà fent notar progressivament en els dos decennis següents, “reduint l’atractiu de l’economia suïssa amb el pas del temps”.

“És un tret al peu”, sentencia.

 

[Fotografia: Stefan Wermuth/Bloomberg - font: www.vilaweb.cat]

Coco Mellors, le blues d’une sororité déchirée

Dans Les Sœurs Blue, Coco Mellors traque avec une honnêteté désarmante cette peur très contemporaine de perdre pied, dans le sillage de quatre sœurs au bord d’elles-mêmes.

Il y a dans «Les Sœurs Blue» quelque chose d’à la fois très contemporain et profondément désarmant: une manière de caresser la fragilité sans jamais la dramatiser. 

Écrit par Quentin Perissinotto

Le prologue du nouveau roman de Coco Mellors se clôt sur cette phrase à l’allure de prophétie de fin de soirée alcoolisée, qui contient tout ce qui peut faire vaciller les êtres: une acuité matinée d’espoirs assassins.

Quatre ans après une entrée lumineuse en littérature, la romancière britannique fait son grand retour avec Les Sœurs Blue et continue sa mise à nue des relations sociales. On retrouve l’écriture acérée de Cléopâtre et Frankenstein, la même vulnérabilité, mais un ton plus introspectif et sinueux. Un air à la Sally Rooney, dans la précision affective et la désinvolture des relations, les platitudes en moins. Le tout dans un style plus dramatique, moins analytique. Coco Mellors met du cœur là où Sally Rooney met des corps.

Que reste-t-il d’une famille quand ce qui la tenait ensemble disparaît? Peut-on vraiment échapper à son milieu? Taire les blessures permet-il de les résorber? Est-ce possible de trouver chez les autres de quoi réparer ce qui a été brisé chez soi? Sur plus de 400 pages, Coco Mellors déploie une polyphonie d’interrogations qui entraîne le lecteur dans le questionnement existentiel de toute une génération.

Mais qu’on ne s’y détrompe pas, Les Sœurs Blue n’est pas un roman qui nous place sur un divan rouge; les doutes et les angoisses des personnages ne sont pas des sujets de psychanalyse, mais l’écho d’une déroute milléniale.

Eviter le pathos facile du deuil

Malgré un sujet très funeste, le propos n’est jamais affligé. Grâce à une manière parfois crue de dire les émotions, Coco Mellors tient à distance toute tentation de dramatisation excessive. De telle sorte que le deuil, loin d’être théâtralisé, se diffracte en gestes ordinaires, en silences, en substitutions. Le drame se situe dans les renoncements routiniers, non dans les effusions. D’une plume fine mais sémillante, l’auteure procède par effleurements: elle capte moins les événements que leurs répercussions intimes, leurs ondes de choc différées dans la conscience des personnages. Elle ne scarifie pas les peines pour les donner en pâture à la littérature.

Il en résulte alors une écriture de la fissure: non pas la fracture nette, mais l’entaille persistante, celle qui n’abolit pas le lien mais en altère durablement la texture.

Et ce qui est admirable chez Coco Mellors, c’est son habilité à construire une émotion palpable, à la dérouler en un long fil et y laisser avancer le lecteur en funambule, juste assez ballotté par les vents des sentiments, mais jamais trop pour le faire chuter. La romancière cueille les affects comme un enfant cherche à attraper les papillons avec son filet. Et elle réussit là une œuvre d’une éclatante modernité, qui capte le mal-être d’une société éperdue et fait résonner ces failles psychiques comme autant d’intimités jumelles.

Ce qui cède, ceux qui restent

Ce qui affleure peu à peu, sous la surface lisse du récit, c’est un véritable théâtre des désordres névrotiques. Depuis son premier roman, Coco Mellors développe une fascination pour les relations dysfonctionnelles. Tous ses personnages portent un déséquilibre intérieur et les sœurs Blue n’y échappent pas: elles avancent ainsi dans le monde à bas bruit, prises dans des tensions psychologiques diffuses, comme empêchées d’habiter pleinement leur propre existence. Elles sont des sirènes qui dérivent par leurs propres chants.

Il y a dans Les Sœurs Blue quelque chose d’à la fois très contemporain et profondément désarmant: une manière de caresser la fragilité sans jamais la dramatiser. Un mélange de mélancolie lucide et d’intimité à vif. La tristesse s’installe au creux de ces pages en nappes diffuses, quasi mutiques, et laisse derrière elle un sentiment de vide, une absence qui ne se comble pas mais avec laquelle il faut composer. C’est une nostalgie sans idéal, un rivage infini.

Lire Coco Mellors, c’est regarder les peurs à hauteur d’homme.


Coco Mellors
Les Sœurs Blue
Trad. de l’italien par Laura Brignon
Calmann-Lévy

Mars 2026
400 pages








[Photo : Zoe Potkin - source : www.leregardlibre.com]

« La disgrâce politique, anatomie de la chute » : une histoire de la condition humaine

De Depardieu et l’abbé Pierre à Bruel, la disgrâce s’abat aujourd’hui sur beaucoup d’icônes, people, et politiques. Le politologue Michel Hastings revisite l’histoire du mot pour éclairer les motifs d’une chute morale et d’un déshonneur. 


Écrit par Jean-Marie Durand

Avoir été et n’être plus rien, avoir connu la gloire et s’être confronté au bannissement et à la répudiation ! Combien sont-ils dans notre actualité récente à subir cette épreuve de la chute et du déshonneur ? De l’abbé Pierre à Gérard Depardieu, de Dominique Strauss-Kahn à Emmanuel Macron, de Rachida Dati à Patrick Bruel, et tant d’autres, des personnages publics ont connu la disgrâce ces dernières années et ces dernières semaines. Un « retournement de situation menant à une dégradation statutaire, sociale et morale », qui raconte la chute d’une personne hier portée aux nues et soudainement vouée aux gémonies, comme le souligne le politologue Michel Hastings dans son essai La disgrâce politique, anatomie de la chute.

L’auteur appelle disgrâce «l’acte par lequel une autorité souveraine et légitime (opinion, État, peuple) rompt avec le lien de faveur et de considération qu’elle avait préalablement accordé à un individu devenu son protégé, son favori, sa créature ». La disgrâce évoque « l’état de déchéance sociale, morale et symbolique qu’éprouve ce dernier ». Elle est ainsi le nom commun donné à « un acte de puissance et une épreuve de dégradation ». Par-delà les faits politiques, éthiques et criminels qui la conditionnent, la disgrâce procède souvent d’un effet préalable de fétichisation et de célébration excessive. Elle raconte à la fois le pouvoir de l’adoration et la substance de l’aliénation. C’est pour cela que la figure de Job est souvent convoquée dans les récits de disgrâce.

Illusions perdues

Si notre présent, enfin attentif aux scandales des violences sexuelles et sexistes, reste essentiellement guidé par une forme de la disgrâce indexée à la question du corps abusif, la déchéance morale traverse de plein de manières différentes notre histoire. L’auteur rappelle, par exemple, comment les disgrâces saturent le récit que fit Saint-Simon de la vie de la Cour royale sous Louis XIV et sous la Régence dans ses Mémoires. Le XIXe siècle, temps des décadences et des faillites, abrita lui aussi des figures légendaires de la disgrâce, et même des illusions perdues.

Plurielle dans ses formes et contextes, bien que touchant à toutes les époques les élites, classes dirigeantes, célébrités et autres icônes (l’abbé Pierre quand même !), la disgrâce « désigne un pouvoir de revoyure, l’occasion de rebattre les cartes du jeu des grandeurs, et de déplacer les sujets sur l’échiquier des positions sociales et symboliques ».

Michel Hastings éclaire très bien comment il y a dans chaque disgrâce « l’expression à la fois théâtrale et dogmatique d’un ersatz de sacré, de force irréductible, de folle impunité sacrificielle ». L’écrivain J.M. Coetzee en proposa en 1999 une version romanesque dans son livre le plus connu, Disgrâce. À voir la somme des icônes chuter les unes après les autres aujourd’hui, rien n’était plus pertinent de faire d’un simple mot l’horizon d’un temps marqué de ses effets féroces.

Michel Hastings, La disgrâce politique, anatomie de la chute (CNRS Editions, 304 p, 18 euros)

 

[Photo : moeen-zamani / unsplash - source : www.lesinrocks.com]

Oda a la rebelión boliviana

 

manifestantes en La Paz, Bolivia, 18 de mayo de 2026.

Escrito por Oleg Yasinsky

Tenía que pasar en Bolivia: en el país más americano de las Américas, el más indio, el más atemporal, el más vivo. En tiempos amargos del continente, cuando todo lo conquistado en las últimas décadas con tantos sueños y tanta sangre, al parecer, se estaba desmoronando, haciendo retroceder el tiempo a la oscuridad del pasado. Las personas creyentes explicarían que es porque, en los tiempos cuando Bolivia todavía no se llamaba así, Wiracocha eligió justo las aguas del Titicaca cerca de su isla del Sol para aparecer ante la gente desesperada y perdida, para indicar la dirección a su espíritu. Otros dirían que porque el Che, muchos siglos después, optó por Bolivia en la más desigual e imposible de las contiendas, para morir allí con la mayor de las inmortalidades.

Más allá de los politólogos o turistas que confunden metáforas de "mendigo sentado en una silla de oro" con "la hija predilecta de Bolívar" o "el corazón de América", la tierra boliviana no es "un recurso", ni un "bien inmóvil" ni "un activo económico": es la magia, la poesía y la música, todavía libres de la ordinariez y mezquindad capitalista. Por eso, tenía que pasar en Bolivia.

Es absolutamente normal que los grandes medios de comunicación se nieguen a ver esta rebelión popular que pronto cumplirá un mes. Mientras más ignoran o desinforman sobre lo que pasa hoy en Bolivia, es más significativo este proceso verdadero, que no se deja patentar por nadie. Como en su tiempo los negocios de McDonald's y de Coca-Cola fracasaron en Bolivia, ahora aquí están fracasando los sueños fascistas de Musk y sus amigos, y los de sus competidores de seudoizquierdas que se especializan en abrir paso a las corporaciones.

Seguramente, la prensa mundial quiere hacer con Bolivia lo mismo que se dice hizo la reina de Inglaterra en el siglo XIX: cuenta la leyenda que un presidente boliviano de entonces habría humillado al embajador británico, expulsándolo del país montado en un burro. Entonces la reina Victoria, furiosa, tomó el mapa de Sudamérica, tachó a Bolivia y decretó: "Bolivia no existe". Pero existe, resiste y está venciendo.

El actual presidente boliviano, Rodrigo Paz, en sus seis primeros meses de gobierno, hizo lo posible para acabar con todos los logros sociales de los últimos 20 años de historia boliviana y procedió a detener a los líderes de izquierda que hace poco tuvieron la ingenuidad de haber cedido el poder democráticamente.

También se dictó una orden de captura contra Evo Morales, acusado de "trata de personas agravada", que supone hasta 20 años de cárcel. Esto resulta especialmente irónico proviniendo de un gobierno racista y que entregó el país a socios y amigos de Epstein. Con las detenciones masivas de los líderes de la resistencia popular, los dirigentes de rebelión pasaron a la clandestinidad. Aunque también parecía estar en la clandestinidad el presidente Rodrigo Paz, de quien por varios días no se había sabido nada de su ubicación física, mientras que Evo continuaba dando entrevistas y declaraciones a la prensa. Entonces, ¿cuál es el poder real que manda en Bolivia?

Al parecer, a Trump y a sus aliados les habrá surgido un nuevo y enorme problema, en una parte de lo que siempre consideraron su "patio trasero", en caso de que exista la amenaza de que el ejemplo boliviano se extienda a los países vecinos, como Argentina, Perú, Ecuador y otros, donde los movimientos populares todavía no logran la claridad y contundencia del mundo social boliviano.

Creo que uno de los principales problemas de América Latina es que no se ha percatado del cambio radical que ha experimentado el mundo en las últimas décadas. Hablar hoy de "izquierdas" y "derechas" como hace 40 o 50 años no solo es no comprender el mundo actual, sino también condenar cualquier lucha a una derrota segura.

En estos tiempos ya nadie respetará ninguna norma constitucional o democrática, ni siquiera las más burguesas. La masa de votantes, cada vez más ignorante, está en las firmes manos de las redes sociales y de las pantallas de televisión, las que siempre garantizan el resultado que les encarga el poder. El objetivo de este poder ya no es la explotación de los pueblos como en los tiempos de Marx o Bolívar, sino la reducción de su población y la destrucción de la espiritualidad y cultura humanas. Pero sobre todo deben asegurarse de que nunca comprendamos verdades sencillas como esta.

La América Latina actual es el principal campo de ensayos para los experimentos sobre la futura organización del mundo. En comparación, el famoso laboratorio del neoliberalismo, creado hace algunos tiempos por la dictadura de Augusto Pinochet en Chile, es un juego de niños.

Lo importante de Bolivia es que este país se convirtió hoy en el principal bastión de las culturas indígenas del continente, menos afectadas por la civilización occidental. Su principal valor sigue siendo el colectivo. Cualquiera que conozca personalmente Bolivia sabe perfectamente que es un territorio donde no rige la lógica occidental de los países vecinos, y que el tejido social y las relaciones allí son diferentes. Así como a un extranjero le resulta difícil describir las particularidades mentales de Rusia, algo similar ocurre con Bolivia. Son mundos que, hasta ahora, quedan fuera de la lógica del sistema, que peina y aplana al mundo bajo su único molde neoliberal. Son los eslabones débiles de la cadena infalible del sistema, que de repente empieza a fallar.

Para que el actual levantamiento popular en Bolivia se convierta en una revolución y salga victorioso, sus líderes y participantes deben comprender que su lucha no es solo contra la oligarquía local y sus patrocinadores estadounidenses, sino contra la maquinaria de muerte global que actúa simultáneamente y en todas partes. El Comando Sur de EE.UU. ya está desplegando sus fuerzas en Bolivia. Tampoco faltarán los mercenarios. Los Gobiernos vecinos de Argentina, Ecuador, Chile y Paraguay, así como los no tan vecinos como Costa Rica, Panamá, El Salvador, República Dominicana, Guayana y Trinidad y Tobago, además del lejano Israel, ya advirtieron a los bolivianos de que "no pueden permitir el derrocamiento de dirigentes democráticamente elegidos".

La prensa local, históricamente vinculada con los poderes narcos, ya se dedica a difundir que "el narcotráfico está detrás del intento de golpe de Estado". Los organizadores profesionales y confesos de decenas de golpes de Estado y asesinatos políticos, y el Gobierno boliviano que en solo seis meses en el poder se las ha arreglado para no cumplir ni una sola de sus promesas electorales ni garantizar el cumplimiento de ningún artículo de la Constitución, de repente se han preocupado por la "amenaza a la democracia" y el "riesgo de un golpe de Estado". Sienten que pierden el control. Se prepara una masacre.

El poder global de las corporaciones, después de lo que hicieron en Siria, Gaza, el Líbano, Sudán y el resto, se dispone hoy a bañar en sangre a Bolivia y, si le conviene, a sus vecinos. La única diferencia es que, en este nuevo giro de la historia, el genocidio de los indígenas está planeado al mismo tiempo que el genocidio de la mayor parte de la humanidad. La resistencia y la victoria serán posibles solo si se entiende la realidad y la magnitud de la amenaza.


[Foto: Gettyimages.ru - fuente: www.actualidad.rt.com]

Ce que nous dit la pensée d’Ivan Illich de l’intérêt du vélo

Le philosophe Ivan Illich est né il y a un siècle. En cette année anniversaire, plusieurs manifestations sont prévues pour commémorer son apport à la pensée critique de la société industrielle et, notamment du 27 au 29 mai 2026 à Paris. L’occasion de revenir sur ses analyses, qui restent d’actualité, pour comprendre en particulier l’intérêt du vélo.

« Il y a dysfonction dans la circulation dès qu’elle admet, en un point quelconque du système, une vitesse supérieure à celle d’une bicyclette », écrit Ivan Illich, dans *la Convivialité, en 1973. Robert Bye/UnsplashCC BY-NC-SA

Écrit par Frédéric Héran

Économiste des transports et urbaniste émérite, Université de Lille

Il y a cent ans naissait à Vienne, en Autriche, Ivan Illich (1926-2002), qui devint un penseur critique et très stimulant de la société industrielle. En pleine période de contestation post Mai-68, il publie coup sur coup plusieurs ouvrages qui l’ont rendu mondialement célèbre : Une société sans école (1971), la Convivialité (1973), Énergie et Équité (1975) et Némésis médicale (1975).

Il y formulait une critique des institutions majeures telles que l’école, l’Église, les transports ou la médecine. Ce polyglotte amendait lui-même les traductions réalisées dans de nombreuses langues. Dans les années 1980-1990, Illich poursuit son œuvre en refusant toute médiatisation et devient professeur itinérant, avant de finir sa vie en Allemagne, à Brême.

Parmi ses nombreux raisonnements, l’un, énoncé dans Énergie et Équité, est bien connu des militants travaillant sur le plaidoyer du vélo.

Qu’est-ce que la vitesse généralisée ?

Dans cet ouvrage, Illich écrit :

Ivan Illich. WikimédiaCC BY-NC-SA

« L’Américain moyen consacre plus de mille six cents heures par an à sa voiture. Il y est assis, qu’elle soit en marche ou à l’arrêt ; il la gare ou cherche à le faire ; il travaille pour payer le premier versement comptant ou les traites mensuelles, l’essence, les péages, l’assurance, les impôts et les contraventions. […] Tout cela pour parcourir 10 000 km par an ; cela représente à peine 6 km à l’heure. »

Bref, en tenant compte non seulement du temps de transport, mais aussi du temps de travail nécessaire pour payer le transport, la vitesse de l’automobiliste apparaît inférieure à celle du cycliste. Un résultat souvent qualifié de « stupéfiant ». Cette vitesse intégrant le temps de travail pour payer le transport est appelée « vitesse généralisée » ou encore « vitesse


C’est initialement Jean-Pierre Dupuy, ingénieur X-Mines, devenu philosophe de grand
renom et travaillant avec Illich, qui a proposé ce raisonnement. Dans l’annexe de la version française d’Énergie et Équité, il réalise précisément ce calcul pour la France, en utilisant les statistiques de 1967 (les dernières disponibles alors) et en retenant trois catégories de véhicule et quatre niveaux de revenus. Il constate en effet que la vitesse généralisée de l’automobile est en général inférieure à celle de la bicyclette et conclut :


« Loin d’être un instrument de gain de temps, l’automobile apparaît sous cet éclairage comme un monstre chronophage. »


Un raisonnement à revoir

Malheureusement, ce résultat n’est plus vrai aujourd’hui ! Les données utilisées par Jean-Pierre Dupuy dans ses calculs ont profondément évolué en presque 60 ans.

Pour le comprendre, il faut d’abord formaliser les calculs. La vitesse généralisée (Vg), avons-nous montré, dépend de la vitesse moyenne (v), du coût kilométrique (k) et du salaire horaire (w), selon la formule : Vg = 1/[(1/v) + (k/w)].

Ainsi, en soixante ans, la vitesse moyenne des déplacements en voiture, y compris interurbains, a augmenté de 33 %, passant de 30 à 40 km/h. Malgré le suréquipement des voitures actuelles et grâce aux efforts de productivité de l’industrie automobile, le coût kilométrique de la voiture moyenne n’a augmenté que de 40 %. En revanche, le taux de salaire horaire a bondi de 150 %. On en déduit que la vitesse généralisée de la voiture a augmenté de plus de 50 %.

Quant à celle du vélo, elle n’a augmenté que de 10 % tout au plus : pour acheter un vélo, la part du temps passé à travailler est en effet bien plus faible que pour acheter une voiture. Au total, la vitesse généralisée de la voiture (environ 23 km/h) est devenue bien supérieure à celle du vélo (environ 14 km/h).

Certes, si on se replie sur les seuls déplacements urbains, on peut sauver le résultat
d’Illich-Dupuy. Mais tout cycliste sait déjà qu’il se déplace souvent plus vite à vélo qu’en voiture en zone dense et le raisonnement n’a plus rien de stupéfiant.

Des nuisances de la vitesse

Il est cependant possible d’améliorer le raisonnement de nos deux auteurs, en analysant finement ce qu’apporte la vitesse.

Pour desserrer les villes d’autrefois très denses où tout se faisait à pied et où la promiscuité et l’insalubrité régnaient, il était nécessaire d’augmenter la vitesse des déplacements. Mais jusqu’où et avec quels modes ? C’est là qu’il est important de remarquer que toutes les nuisances de l’automobile s’accroissent de façon exponentielle au-delà de 30 km/h.

Les accidents deviennent mortels pour les piétons et les
cyclistes percutés. Le bruit du moteur est dominé dès 40 km/h par le bruit de roulement, qui lui-même est dépassé au-delà de 120 km/h par le bruit aérodynamique. Certes, la pollution émise par les véhicules est minimale vers 60 km/h, mais seulement toutes choses égales par ailleurs. Or, elles ne le sont pas : quand on généralise le 30 km/h en ville, les accélérations sont moindres, les rues deviennent plus sûres et certains automobilistes se mettent à utiliser d’autres modes, ce qui réduit la pollution, qui devient minimale vers 30 km/h, et non à 60 km/h.

De même, il faut tenir compte des espaces latéraux qu’imposent des vitesses plus élevées (voies de circulation plus
larges, terre-plein central, bandes d’arrêt d’urgence, bas-côtés et échangeurs). La consommation d’espace de circulation est, en effet, minimale vers 30 km/h, et non pas vers 70 km/h comme le suggèrent les courbes débit-vitesse couramment utilisées lors des modélisations dans le domaine des transports.

Paradoxalement, la congestion routière s’accroît elle aussi avec la vitesse, car « La vitesse fait le
trafic » : en allant plus vite, les usagers en profitent pour aller plus loin.

Ils parcourent ainsi des distances accrues sur un territoire plus étendu. L’étalement urbain qui en résulte encourage encore davantage l’usage de la voiture au détriment des autres modes. Or l’automobile se trouve être, et de loin, le mode de déplacement le plus

Enfin, avec la vitesse, les modes non motorisés sont disqualifiés. Marche et vélo ne peuvent plus assurer les distances effectuées désormais en voiture. Exposés à une forte insécurité routière, les cyclistes disparaissent et les piétons limitent leurs déplacements. De même, les autobus qui doivent s’arrêter souvent ne peuvent guère rivaliser avec une circulation automobile rapide.

Le monopole radical de la voiture

En tenant compte de toutes ces nuisances néfastes pour la société, on peut définir une « vitesse généralisée sociale », qui culmine vers 30 km/h, puis décline avec l’augmentation de la vitesse moyenne. Ce résultat rejoint parfaitement le concept de
« contre-productivité » proposé par Ivan Illich : au-delà d’un certain seuil, les avantages d’une solution technique s’émoussent et finissent par devenir des inconvénients.

En matière de transport, Illich estime dans Énergie et Équité que ce seuil correspond à la vitesse maximale d’un cycliste quotidien, soit 25 km/h précise-t-il. Dans la Convivialité, il ajoute :

 

« Il y a dysfonction dans la circulation dès qu’elle admet, en un point quelconque du système, une vitesse supérieure à celle d’une bicyclette. C’est pourquoi, la vélocité du vélo peut servir de critère à la détermination du seuil critique de vitesse. »

 

Quand ce seuil est dépassé, la voiture s’impose peu à peu partout, disqualifie les modes actifs et les transports publics, jusqu’à détenir un « monopole radical », c’est-à-dire par s’imposer comme le seul mode de déplacement légitime, explique Illich. Dépendant désormais de cet objet sophistiqué qu’est la voiture, les automobilistes perdent leur autonomie. Le vélo classique (non assisté électriquement) peut au contraire être entretenu et réparé par les cyclistes eux-mêmes, aidés au besoin par les plus bricoleurs. Certains parlant alors « de vélonomie », une expression qu’aurait appréciée Illich.

 

[Source : www.theconversation.com]