quarta-feira, 30 de setembro de 2026

Brésil. Le sud du Brésil, la terre promise du bolsonarisme. « Foi, famille, armes et grand capital »

À Santa Catarina [État dans le sud du Brésil dont la capitale est Florianopolis], à moins de deux heures de vol de Montevideo, dans une région où de nombreux Uruguayens choisissent de passer leurs vacances d’été, l’extrême droite brésilienne a trouvé son plus grand soutien. Un conservatisme profondément enraciné, les origines allemandes d’une grande partie de ses habitants, l’influence de l’Église évangélique et la présence d’un nombre inhabituel de milliardaires se conjuguent ici en faveur de Flávio Bolsonaro.

Renan Bolsonaro («04»), candidat à la Chambre des députés dans l’État de Santa Catarina, au côté du gouverneur de l’Etat Jorginho Mello.

Écrit par Sofía Kortysz Vaz 

«Tout comme il y a eu un avant et un après le Christ, il y a eu un avant et un après l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, il y a huit ans», a déclaré à Brecha [hebdomadaire uruguayen] un membre du Parti des travailleurs (PT) de Santa Catarina lors d’une réunion de militants favorables au président Luiz Inácio Lula da Silva. «Attention, je ne compare pas Bolsonaro au Christ», a-t-il précisé en souriant. 

Lors des élections de 2018, Jair Bolsonaro s’est imposé dans tout le sud du Brésil, mais c’est dans l’État de Santa Catarina qu’il a obtenu ses meilleurs résultats, avec 75,9% des suffrages, contre 24% pour le candidat du Parti des travailleurs, Fernando Haddad. En 2022, il n’a pas obtenu d’aussi bons résultats, mais le défi était plus grand: il se mesurait à l’actuel président, Lula, qui venait d’être libéré. Malgré tout, l’écart entre les deux hommes était très important: 69,2% contre 30,7% en faveur de l’ancien capitaine [Jair Bolsonaro a été capitaine de l’armée dans la seconde moitié des années 1980 avant d’être transféré à la réserve en 1988, il est élu député fédéral en 1990 et réélu six fois]. 

Lorsque les électeurs de gauche ou du centre évoquent un changement profond depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro au Palais du Planalto, ils pensent avant tout à une fracture au sein de la société, dans laquelle s’est installée, sous l’impulsion de la présidence, une culture de la haine de l’autre. Mais il existe sur le territoire brésilien une division antérieure au mandat de Bolsonaro: la polarisation entre un Sud et un Sud-Est riches, d’une part, et un Nord et un Nord-Est pauvres, d’autre part. Le magazine Forbes, qui dresse chaque année le classement des personnes les plus riches de chaque pays, a publié dans son numéro de la semaine dernière, à propos du cas brésilien: «Alors que le Sud-Est concentre la majeure partie de la richesse avec Eduardo Saverin et Jorge Paulo Lemann, le Nord du pays ne compte aucun représentant» parmi les plus puissants. Saverin est cofondateur de Facebook [fortune estimée à 35,6 milliards de dollars en 2025], et Lemann, un ancien joueur de tennis issu d’une famille d’origine suisse [il a la double nationalité suisse et brésilienne] a étudié à Harvard et a fait fortune dans la finance [actionnaire majoritaire du groupe Kraft Heinz, Burger King et fondateur de 3G Capital]. Un autre milliardaire du sud est Luciano Hang, propriétaire de Havan, l’une des plus grandes chaînes de supermarchés brésiliennes, qui a eu l’idée ingénieuse de placer des répliques de la statue de la Liberté devant ses magasins en hommage au «rêve américain». On a vu Luciano Hang en compagnie de Flávio Bolsonaro, candidat présidentiel d’extrême droite pour les élections du mois prochain. 

Soixante pour cent des super-magnats brésiliens sont originaires du sud-est du pays, et dans le sud, Santa Catarina apparaît comme leur terre promise: c’est l’État qui compte le plus grand nombre de personnes extrêmement riches par rapport à sa population. Leur culture a imprégné le reste de la société, et de nombreux habitants de Santa Catarina, y compris des travailleurs qui ne feront jamais fortune, regardent les habitants du Nord-Est avec méfiance, voire avec mépris. «Maintenant qu’ils migrent vers le sud, la sécurité commence à vaciller parmi nous», affirment certains d’entre eux, reprenant le cliché de l’immigrant pauvre, coupable de tous les maux. Dans le Nord-Est, «beaucoup de gens ont cessé de travailler pour percevoir des aides de l’État», affirment-ils également. «Ils préfèrent rester dans la rue plutôt que de respecter des horaires», nous a déclaré un chauffeur Uber selon lequel Santa Catarina est l’État qui «fait vivre le pays» et qui «les entretient», en référence aux habitants du Nord-Est. Certains vont même jusqu’à rêver de séparer Santa Catarina du reste du Brésil, à l’instar du mouvement «O Sul é Meu País», créé à Santa Catarina en 1992 avec un objectif clairement sécessionniste. Deux ans auparavant, au Rio Grande do Sul, était née la «República do Pampa», avec un projet similaire. D’autres, dans le Sud, plus réalistes, choisissent de préserver l’unité nationale par intérêt personnel. Lors des célébrations locales du 7 septembre pour l’indépendance du Brésil organisées par l’extrême droite à Florianópolis, un homme s’est exclamé à tue-tête: «Le Sud a de la tête, c’est vrai, mais le Nord a des mineraux.» L’Amazonie et l’État de Bahia sont en effet les régions du pays qui possèdent le plus de terres rares.

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Lors d’un rassemblement bolsonariste à Balneário Camboriú [littoral de Santa Catarina], le candidat au poste de vice-gouverneur de Santa Catarina, Adriano Silva, du Parti Novo [ultralibéral opposé aux droits sociaux et la Bolsa Familia], a évoqué ce contraste entre les régions. «On pourrait même croire qu’ici, nous ne sommes pas au bord d’une crise économique, contrairement à ce qui se passe dans d’autres régions, car ici, nous sommes en pleine croissance», dit-il sans étayer ses affirmations par aucune donnée concrète. 

Balneario Camboriú est surnommée Bolsonaro city. C’est là que siège en tant que conseiller municipal le plus jeune des fils de l’ancien président, Renan Bolsonaro, qui se présentera aux élections du 4 octobre pour un siège à la Chambre fédérale des députés. Le «Fils n° 4 Junior», comme on l’appelle, n’est pas le seul membre de la famille à briguer un mandat dans l’État de Santa Catarina. Son frère Carlos se présentera également, quant à lui pour un siège au Sénat. Il sait qu’il a des chances ici [sur la famille Bolsonaro, voir l’article publié sur ce site le 25 août 2026]. 

Le rassemblement bolsonariste s’est déroulé dans un lieu emblématique de la ville, où, au sommet d’une colline, se dresse la statue du Cristo Luz, un Jésus-Christ de 33 mètres, plus haut que le célèbre Christ Rédempteur de Rio de Janeiro. Carlos Bolsonaro figurait parmi les orateurs de l’événement, aux côtés de la sénatrice Carol de Toni [Parti libéral bolsonariste] et du gouverneur Jorginho Mello [Parti libéral] ; «04» est resté dans la salle de réunion, au pied du Cristo Luz. À un moment donné, Adriano Silva a tapoté l’épaule de 04 et lui a dit: «Les médias sont agressifs et affirment que tout ce que fait la famille Bolsonaro est mauvais, mais un masque est tombé à Brasilia et a révélé à quel point cette famille a souffert.» Le vice-gouverneur faisait allusion au scandale impliquant le juge de la Cour suprême fédérale Alexandre de Moraes [qui a confirmé, en tant que président du Tribunal supérieur électoral la victoire de Lula en décembre 2022 et qui a mené l’enquête sur le projet de coup d’État qui a abouti à la condamnation de Bolsonaro, ce qui l’a fait considérer comme un «allié» de Lula]. 

Armes

Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la réglementation relative au port d’armes a été assouplie au Brésil, à tel point qu’en 2020 plus de 4,4 millions d’armes étaient en circulation. Lula a ensuite rétabli le contrôle des armes, mais la situation n’est toutefois pas revenue à ce qu’elle était auparavant. L’État de Santa Catarina reste le plus armé du pays, avec environ 25’000 fusils, carabines et fusils de chasse, ainsi que près de 40’000 pistolets entre les mains de civils [sur une population de 7,8 millions].

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Ce même discours qui attribue à «la gauche» le contrôle des médias – propagé par l’extrême droite aux quatre coins du monde – s’est également fait entendre lors d’un rassemblement organisé dans la nuit noire, dans un coin perdu de la route menant à Rio do Sul, dans l’État de Santa Catarina. Le lieu était signalé par une pancarte sur laquelle on peut lire: «Chamados para servir», une branche de l’Église évangélique pentecôtiste. Lors de ce rassemblement, la députée régionale Ana Campagnolo [Parti social-libéral de droite affirmée], candidate à sa réélection, a longuement expliqué en quoi «la télévision et la radio sont contre les partisans de Bolsonaro». Au cours d’une sorte de conférence publique intitulée «L’Évangile en pratique» – qui a duré environ deux heures –, Ana Campagnolo, qui se définit comme «conservatrice et chrétienne», a appelé l’Église évangélique à produire «de la musique et des films de qualité, qui ne soient pas perçus comme chrétiens» afin de contrer efficacement l’influence idéologique de la «gauche». Aujourd’hui, a-t-elle affirmé, «il n’existe que la musique d’église et la musique pornographique», et la première, plutôt ennuyeuse, n’est pas en mesure de contrebalancer la seconde, a-t-elle suggéré. «Tout est politique. Depuis l’origine, depuis que le Christ a été crucifié, religion et politique sont liées», a-t-elle également expliqué à son public dans le cadre d’une dynamique divertissante consistant à montrer des extraits du Roi lion [film de Disney] pour établir des parallèles avec la Bible. «Lorsque le mur de Berlin et l’Union soviétique sont tombés, on a dit que le communisme avait pris fin, mais non, il s’est réorganisé au sein des mouvements indigénistes, écologistes et féministes, qui ont dressé les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, les homosexuels contre les hétérosexuels», a-t-elle affirmé. Le premier coup a été porté aux écologistes, pour leur vision «erronée» du monde. «Dans la Genèse, selon elle, en substance, Dieu a créé les animaux avant les hommes. C’est pourquoi on ne peut pas affirmer que les plantes, les animaux et les humains sont d’égale importance. Ils le sont tous, mais l’homme est plus parfait car il a été le dernier à être créé. Que la nature soit au centre et non l’homme est un postulat incompatible avec le christianisme. Rien n’est plus important que l’homme, pas même la forêt amazonienne.» Les féministes ont ensuite été prises pour cible: «Car vous pouvez bien éduquer votre enfant, mais ensuite, il va à l’école et tombe sur une enseignante écoféministe athée qui lui dira que, pour des raisons morales, il doit être végétarien.» Il faut également écarter toute volonté de mettre fin au patriarcat, a déclaré la députée en adressant des clins d’œil complices à l’assistance. «Il faut comprendre qu’il s’agit là d’un élément de la société qui a été décrit et prescrit par la Bible, et qu’aucune interprétation philosophique de celle-ci ne peut conduire à vouloir le détruire.» 

Son discours s’est conclu par un appel à mettre fin à l’avortement légal, peut-être l’objectif principal de la députée. «Si vous avez un arbre qui risque de tomber sur votre maison, vous n’osez pas l’abattre, car la police environnementale viendrait et vous n’avez aucune idée du montant de l’amende que cela vous coûterait, mais si vous vous rendez dans un établissement de santé public et que vous prétendez à tort avoir été victime d’abus, le médecin va immédiatement vous administrer une injection qui va traverser votre ventre, atteindre le cœur de votre bébé, et celui-ci va subir un arrêt cardiorespiratoire après avoir agonisé de douleur.» La description est ensuite devenue encore plus terrifiante: «Vous serez alors soumise à l’accouchement d’un cadavre, un bébé mort-né verra le jour ou, si votre bébé a moins de mois, ils utiliseront une pince pour démembrer les restes, les morceaux de bébé, et les aspireront. Combien devrez-vous payer pour avoir fait cela ? Rien.»

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La plupart des descendants d’Allemands arrivés au Brésil vivent tant dans le sud-est que dans le sud. Les premiers Allemands à avoir débarqué dans le pays se sont installés dans le Rio Grande do Sul, en 1824. Puis ce fut le tour de Santa Catarina, en 1850. Dans plusieurs localités de ces deux États, la culture germanique est célébrée et préservée. La dernière fête a eu lieu le 2 septembre, à l’occasion de l’anniversaire de Blumenau, commune de Santa Catarina. Plusieurs candidats locaux du mouvement bolsonariste s’y sont rendus pour faire campagne lors de rassemblements qui ont parfois été marqués par des actes de violence. Depuis le début de l’année 2026, deux incidents liés à l’apologie du nazisme se sont produits à Santa Catarina, l’État où la première cellule nazie a vu le jour sur le territoire brésilien, en 1928. En janvier dernier, un homme a été dénoncé pour avoir apposé sur sa voiture un immense autocollant représentant une croix gammée, accompagné de la phrase «Guerre civile maintenant». En juin, la justice de l’État a confirmé l’acquittement de deux hommes dénoncés pour avoir porté des chapeaux ornés de croix gammées lors d’une fête traditionnelle. Ces dernières années, des événements de ce type se sont multipliés dans cet État où le bolsonarisme pourrait, une nouvelle fois, enregistrer ses meilleurs résultats lors des élections d’octobre 2026. 

Le dernier sondage de l’institut Quaest, publié le 24 août, montre que c’est dans les États de Rondônia [capitale Porto Velho] et de Santa Catarina que Flávio Bolsonaro obtiendrait ses meilleurs résultats au premier tour. À Santa Catarina, il recueillerait 45% des voix, contre 20% pour Lula. Dans l’hypothèse d’un second tour entre les deux candidats, un autre institut, Futura/Apex, avait attribué en juin 52,3% des voix à l’extrême-droitier et 23,3% au candidat du PT. En mai, ce même institut avait mesuré le rejet que suscitaient les deux candidats dans cet État: Lula totalisait 70% et Bolsonaro 29%. Dans ce contexte, Lula entame ce week-end une tournée dans le Rio Grande do Sul, le Paraná et l’Etat de Santa Catarina, avec peu de chances de renverser la tendance. (Article publié par l’hebdomadaire uruguayen Brecha le 11 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre) 

Forum

La semaine dernière s’est tenue à Santiago du Chili la Ve Rencontre régionale du Forum de Madrid, une instance qui rassemble les forces d’extrême droite d’Amérique et d’Espagne, sous l’égide de la Fondation Disenso, liée au parti espagnol Vox. Le président chilien, José Antonio Kast, en tant qu’hôte, et son homologue argentin, Javier Milei, ont été les vedettes de la rencontre, mais des représentants du gouvernement américain (son ambassadeur au Chili, Brandon Judd, et la sous-secrétaire d’État, Sarah Rogers), la vice-présidente hondurienne, María Antonieta Mejía, une députée européenne proche de l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán ainsi que des délégués de plusieurs think tanks états-uniens étaient également présents. «Nous sommes sur la bonne voie. Si nous continuons ainsi, nous ne tarderons pas à entrer à La Havane», a déclaré Antonio Kast depuis la tribune du forum. Flávio Bolsonaro n’a pas pu se rendre à l’événement car il était en campagne électorale, mais il a été l’un des plus acclamés et des plus cités par ses compagnons de route. Messieurs Milei et Kast ont tous deux déclaré espérer une victoire du Brésilien aux élections d’octobre afin d’achever d’encercler le «communisme» dans la région. 

[Source : www.alencontre.org]

 

terça-feira, 29 de setembro de 2026

Adam Hanieh: «Gaza és un laboratori»

Entrevista al director de l’Institut del Llevant de SOAS, expert en la geopolítica de la regió i en l'estructura econòmica del petroli 

Publicat per Ot Bou Costa 

Adam Hanieh, professor de la SOAS de la Universitat de Londres, d’ençà de fa molt de temps estudia la manera com el petroli ha definit el capitalisme contemporani i el paper que hi ha tingut el Llevant. Fa poc que ha publicat Crude Capitalism: Oil, Corporate Power, and the Making of the World Market (Verso, 2025) i Resistir l’extermini: Capital, imperialisme i raça a Palestina (Maniefst, 2026). Bo i aprofitant la seva visita a Barcelona per a parlar a la convenció READ, VilaWeb hi ha conversat perquè expliqui a fons com veu la situació econòmica i geopolítica. 

—El petroli no és solament una mercaderia: és una peça central de l’arquitectura del nostre sistema econòmic. 
—Sí, ho explico al llibre Crude Capitalism. El petroli no té un poder inherent, màgic. L’hem de situar dins les relacions socials del capitalisme. Ens hem de demanar què fa el petroli per al capitalisme. El petroli fa una funció per al capitalisme: facilita l’impuls cap a l’acumulació sense fi, l’acceleració de la producció i del consum, la multiplicitat de mercaderies… No és solament un combustible líquid. Hem de pensar com està integrat en les formes de producció de mercaderies per mitjà de la petroquímica, els plàstics i més productes. Hem de pensar que està profundament integrat al sistema financer i a la riquesa procedent del petroli que circula per la gran economia global. 

—Per què és important d’entendre el petroli com allò que dóna forma al capitalisme contemporani, i no pas com una mercaderia més?
—Per dues raons. La primera: sovint s’analitza el petroli de manera molt simple, com si la qüestió principal fos la lluita per a apoderar-se unes reserves subterrànies, i no és veritat. Hi ha també en disputa el control sobre la cadena de valor del petroli i els excedents financers que en sorgeixen. No és solament l’extracció d’una substància de sota terra: hi ha uns processos de refinament i unes infraestructures mitjançant les quals es mouen els productes derivats del petroli. Entendre aquestes coses canvia l’anàlisi.    

—I la segona?   
—La segona té a veure amb l’emergència climàtica i amb allò que hem de fer per sobreviure-hi, més enllà de trobar-hi solucions tècniques. Cal entendre que el nostre sistema energètic és un sistema additiu. No hi ha una energia que en substitueix una altra. No: les energies noves s’afegeixen a les fonts d’energia existents. La idea d’una transició verda dins el capitalisme és un mite. No hi ha cap transició verda. Les energies renovables es van expandint significativament, sí, però s’afegeixen a la base de combustibles fòssils existent. Hem de pensar com trenquem amb aquest ordre basat en els combustibles fòssils, i sovint el moviment ecologista no ho acaba d’entendre. 

—Em podeu posar exemples de sectors en què vegem avui la trampa d’aquesta falsa transició verda? 
—El cas més clar és la intel·ligència artificial i els centres de dades. Els darrers anys hem vist un augment real de l’energia solar i eòlica, i més energies renovables, particularment a la Xina, però ha passat arreu. Fins i tot als Estats Units l’augment ha estat significatiu. Ara, si mireu l’energia que fan servir els centres de dades, veureu que, l’any passat, el creixement de la capacitat renovable era equivalent a la demanda d’electricitat de tots els centres de dades. Tota la capacitat renovable addicional que es desplega serveix per a gestionar l’expansió d’uns centres de dades que no paren de créixer. L’energia renovable no substitueix els combustibles fòssils: s’hi afegeix. El 2025 va ser l’any de la producció més gran de petroli, gas i carbó de la història de la humanitat. Avui, els combustibles fòssils potser representen una proporció relativament més petita del mix energètic, però en termes absoluts augmenten.  

—Per tant, la batalla per la intel·ligència artificial ens fa anar cap enrere pel que fa a la dependència energètica.  
—Absolutament. Solament hi ha cinc països al món que consumeixin més electricitat que tots els centres de dades. La projecció dels centres de dades a escala mundial és extraordinària. És el capitalisme: com que hi ha un impuls cap a l’acumulació sense fi, el consum d’energia augmenta constantment. Els únics moments de la història dels darrers cent anys en què hi ha hagut una disminució del consum d’energia a escala mundial són moments de crisi econòmica profunda, com l’any 2008, la pandèmia o, sobretot, la recessió del 1982. La resta d’anys, la quantitat total de consum de combustibles fòssils ha crescut en termes absoluts. 

—Una altra tesi del vostre llibre: el petroli no solament dóna forma al capitalisme contemporani, sinó que és clau per a entendre per què els Estats Units hi tenen una posició dominant.   
—Després de la Segona Guerra Mundial, vam veure l’afebliment de les antigues potències imperials, colonials, com la Gran Bretanya o França, i l’emergència dels Estats Units com a potència global. Aquest canvi no s’entén sense el petroli. Tant els Estats Units com la Unió Soviètica en tenien reserves molt importants, i la incorporació de les reserves petrolíferes del Llevant al sistema energètic europeu va acabar de permetre la transició del carbó al petroli en aquell moment de postguerra. La clau és que, en aquell moment, als anys cinquanta i seixanta, la major part de les reserves de petroli del món, el refinament, les infraestructures i la venda al detall de tots aquests productes derivats estaven sota el control de set grans companyies petrolieres occidentals, allò que anomenem les set germanes: ExxonMobil, Shell, BP, Chevron, etcétera. 

—I quantes d’aquestes companyies eren dels Estats Units?
—D’aquestes set companyies, dues eren europees i cinc, americanes. És un element fonamental per a entendre com els Estats Units en van consolidar el domini. Ara, no es tractava solament del control de les reserves físiques de cru. Durant els anys setanta, els grans productors de petroli del Llevant, particularment l’Aràbia Saudita, van guanyar control industrial sobre el segment dedicat a la localització i l’extracció del petroli, i a poc a poc aquests països es van convertir en receptors de bilions de dòlars en excedents financers derivats de l’exportació de petroli. La inversió d’aquests excedents en els mercats financers nord-americans va ser, sobretot, allò que va permetre que el dòlar nord-americà es convertís en la principal moneda de reserva mundial i que els mercats financers dels Estats Units esdevinguessin tan forts.  

—Aquesta relació continua sent central. —I tant. Hi ha grans inversions procedents de l’Aràbia Saudita, Catar i els Emirats Àrabs Units als mercats financers nord-americans. 

—Aquests països són realment sobirans, si qui domina el sistema són els Estats Units? 
—No en parlaria en termes de sobirania. En bona part, la relació entre els estats del Golf i els Estats Units es basava en la garantia nord-americana de la supervivència de les seves monarquies. Els oferien integració econòmica, protecció militar i suport polític en una regió on, mentrestant, unes altres monarquies eren enderrocades per lluites anticolonials o d’alliberament nacional, com ara a Egipte, l’Irac o l’Iran. Va ser una convergència en què es van enfortir mútuament. 

—Però aquestes monarquies són lliures de les imposicions dels Estats Units?   
—No són lliures en el sentit que en depenen moltíssim en termes de protecció militar i de suport polític. Són estats capitalistes que tenen estructures de classe estretament connectades amb els Estats Units. Ho veiem en les inversions que fan. Per exemple, el fet que siguin els principals consumidors mundials de material militar i que bona part d’aquest material siguin armes fabricades als Estats Units és una manera de reintroduir els excedents financers a l’economia nord-americana. Però no diria que són estats controlats pels Estats Units. Tenen interessos propis. 

—La Xina compra una proporció creixent del seu petroli al Golf. És possible que això vagi canviant progressivament l’equilibri de poder al Llevant? 
—Segons les xifres més recents, la Xina consumeix aproximadament el 26% de les importacions de petroli. Els darrers vint-i-cinc anys, el comerç de petroli s’ha desplaçat cap a l’est. No solament el comerç del petroli, de fet: pel que fa al gas també hi ha hagut una dinàmica similar, cap a la Xina i l’Àsia oriental, en general, i l’Índia. La Xina depèn d’una manera aclaparadora d’aquestes fonts d’energia importades, que han estat fonamentals per a l’ascens com a potència industrial, gran centre manufacturer i gran exportador. I la bona part d’aquest petroli, prop del 60%, prové del Golf. I viceversa: si fa no fa un 70% de les exportacions de petroli del Golf va cap a la Xina. Ara, això vol dir que hi ha una ruptura del Golf amb el poder nord-americà? No ho crec. 

—Per què no?  
—En primer lloc, la Xina no té la mateixa presència a la regió que els Estats Units. No té capacitat militar per a assumir-ho. I tampoc no crec que la Xina ho vulgui. És veritat: les exportacions de petroli i de gas es desplacen cap a l’est, però els excedents financers que s’obtenen d’aquestes exportacions continuen fluint cap a l’oest, cap als mercats financers dels Estats Units. 

—Sembla que la regionalització de la guerra de l’Iran ha fet que molts estats del Golf sentissin que els Estats Units els havien desprotegit, que no els havien tingut prou en compte a l’hora de planificar-ne l’atac. Aquesta decepció tampoc no en pot canviar la dinàmica?
—Crec que és molt poc probable. És cert que hi ha molts analistes que ho diuen, però els governs del Golf també diuen molt clarament que cal continuar reforçant la relació amb els Estats Units. Els portaveus dels Emirats Àrabs Units han estat taxatius, en aquest sentit. Hem d’esperar, però en general no estic d’acord amb l’argument que la guerra de l’Iran conduirà a una nova arquitectura de seguretat regional o a una ruptura amb els Estats Units. 

—Què creieu que intenta el president Donald Trump? Quin pla a llarg termini creieu que té, en relació amb l’aliança amb el Golf?
—No és solament cosa de Trump. Fa molts anys que l’estratègia dels Estats Units a la regió ha estat normalitzar la relació entre Israel i els estats del Golf, que històricament han estat els dos grans pilars del poder nord-americà a la regió del Pròxim Orient. Trump no fa cap innovació. Els acords d’Oslo del 1993 ja eren una acceleració d’aquest procés. I els acords d’Abraham durant la primera presidència de Trump van ser certament un punt d’inflexió, amb la normalització de les relacions israelianes amb els Emirats Àrabs Units i Bahrain. Ara veiem una mena de declivi relatiu del poder nord-americà al món, cosa que encara els fa més necessari refermar el seu poder imperial al Llevant. Si el conflicte amb la Xina s’aprofundeix, el Llevant hi jugarà un paper clau, a causa de la seva importància tant en les exportacions d’energia com en els excedents financers que provenen d’aquestes exportacions. 

—La mateixa Casa Blanca parla obertament de com l’Iran representava una amenaça per a aquest projecte. La guerra ha estat un error de càlcul dels Estats Units? O ens perdem alguna cosa?
—És difícil de dir, encara. Depèn molt de com acabi. La gran incògnita són les dinàmiques internes dins l’Iran en aquests moments. Hi ha una pressió econòmica molt forta dins el país. Una inflació molt alta, escassetat… Cal reconèixer que el règim de sancions dels Estats Units i el blocatge de les exportacions d’energia tenen un impacte dins l’Iran. Ara, no crec que els Estats Units puguin acabar la feina amb una solució militar. Ja ho anirem veient, però no solament hem de tenir en compte els preus del petroli. També cal considerar la inestabilitat regional. Al començament de la guerra, vam veure un atac enorme d’Israel contra el Líban, amb una quarta part de la població libanesa expulsada de casa seva. Per exemple, el desenllaç de la situació al Líban serà important abans de poder respondre a aquesta pregunta. 

—Quin paper juga Israel en tot aquest procés? De la normalització de les relacions israelianes amb els països del Golf, normalment, se’n destaca l’aspecte diplomàtic. Parleu-nos-en de l’aspecte econòmic.
—El vessant econòmic és molt important. Una altra dimensió dels acords d’Abraham va ser un acord de lliure comerç entre els Emirats Àrabs Units i Israel signat el 2023. Com a resultat d’aquest acord, hem vist inversions dels Emirats a Israel i d’Israel als Emirats, acords energètics a escala mediterrània, acords d’exportacions… Els sectors en què es desplega el poder econòmic israelià s’integren profundament al Golf. L’alta tecnologia militar, els sistemes de vigilància (com el programari Pegasus)… És una aliança explícita.  

—I més enllà del Golf?   
—També cal tenir en compte l’anomenat IMEC, el Corredor Econòmic Índia-Llevant. És un projecte anterior al 2023 que pretenia construir una mena de corredor regional de comerç i energia que connectés l’Índia, els Emirats Àrabs Units, l’Aràbia Saudita, Jordània i Israel amb Europa mitjançant Grècia. La idea era que promogués la normalització de les relacions per tal que tots aquests estats quedessin integrats dins un únic corredor comercial i energètic, com un contrapunt a la iniciativa del Cinturó i la ruta de la Xina. Tots els plans que es proposen al voltant de la reconstrucció de Gaza s’han de llegir com una part de l’IMEC. Gaza és un laboratori. La reconstrucció de la postguerra no solament a Gaza, sinó també al Líban, Síria, l’Irac i potser l’Iran, vés a saber, serà una altra via per on veurem la convergència d’Israel i els estats del Golf. Hem de vigilar com dissenyen aquests plans de reconstrucció: no són coses tècniques i neutrals. Tenen a veure amb el projecte geopolític de fons.  

—A Resisting Erasure escriviu: “Llegir la lluita palestina en termes humanitaris la despolititza, i deixa una gran pregunta sense resposta: per què els estats occidentals continuen donant suport incondicional a Israel?” Això que ara explicàveu respon parcialment la pregunta. Però, i Europa?  
—Res de tot això no s’entén sense examinar la relació d’Europa amb els Estats Units durant el període de postguerra. Els estats europeus són molt més a prop del Llevant, i, per tant, hi tenien relacions colonials, relacions que van perdurar fins i tot més enllà de la descolonització. Tant els Estats Units com Europa han treballat de debò per a l’estratègia de normalització. Als acords d’Oslo, per exemple, Europa hi va jugar un paper molt important. Gran part del finançament que en va permetre la implementació, com ara l’establiment de l’Autoritat Palestina o la promoció d’aquestes relacions econòmiques entre Israel i uns quants estats àrabs, va venir d’Europa. Els interessos nord-americans i els europeus estan molt alineats, en aquest sentit. Ara, certament hi ha una diferència: les mobilitzacions populars i de solidaritat que hem vist en el context europeu, particularment a casa vostra. 

—Els demòcrates nord-americans, sobretot el president Joe Biden, i molts governs europeus han rebut crítiques per no haver estat capaços de frenar el genocidi. Seguint la vostra reflexió, potser no és que no fossin capaços de frenar-lo, sinó que hi van contribuir, no solament amb les armes, perquè els interessava arribar al punt actual.
—Absolutament. El genocidi no és sobtat: va en continuïtat amb les decisions que es van prendre els anys noranta i als acords d’Oslo. No són projectes polítics divergents. Oslo va crear Gaza en el sentit que l’entenem avui, l’Autoritat Palestina i els acords que hem vist a Cisjordània. Tots els qui van crear les infrastructures d’aquest procés de normalització van empènyer en la direcció actual. Durant els tres anys de genocidi, la venda d’armes i l’exportació de recursos energètics cap a Israel s’han accelerat. Per tant, sí, els estats europeus hi han tingut una gran complicitat. L’altra cara d’això, per descomptat, ha estat la reticència a adoptar una posició política, diplomàtica o jurídica internacional seriosa contra el genocidi.   

—Entenc que, a parer vostre, doncs, els qui s’han limitat a manifestar-s’hi en contra en clau estrictament humanitària també han fracassat. No han fet l’anàlisi adequada.   
—Sí. Ens podem horroritzar amb el genocidi a Gaza, tot i que hi ha un fil de continuïtat, com deia, amb la realitat palestina de les darreres dècades. Però sobretot hem d’entendre les raons polítiques que hi ha al darrere, perquè el genocidi no ha estat una conseqüència d’uns quants polítics israelians malvats. No ha estat una conseqüència de Netanyahu com a individu ni de l’exèrcit israelià. Hem d’entendre la significació política de Palestina i d’Israel i el paper que juguen en les estructures de poder. Per això dic que el marc humanitari ha tingut un efecte despolititzador. 

 

[Font: www.vilaweb.cat]

 

Fundéu: super inteligencia artificial, escritura adecuada

 


La escritura adecuada de la expresión super inteligencia artificial es en tres palabras, por lo que no son apropiadas opciones como superinteligencia artificial.

Sin embargo, en los medios de comunicación pueden verse grafías muy variadas: «Bienvenidos a la era de la superinteligencia artificial», «El concepto de Súper Inteligencia Artificial genera tanto expectativas como preocupaciones» o «La Super-⁠Inteligencia Artificial es un campo emergente».

Para hablar de un tipo de inteligencia artificial que podría ser capaz de superar las capacidades humanas, funcionar de manera autónoma y original, etc., se está empleando la denominación super inteligencia artificial. Dado que el prefijo super- (sin tilde, también cuando se escribe separado) se añade a una base pluriverbal (inteligencia artificial, según la Real Academia Española en su cuenta de X), lo apropiado es escribirlo separado y sin guion. Se trata, además, de una denominación común, por lo que va con minúsculas iniciales.


Si se emplea este prefijo con la sigla correspondiente a inteligencia artificial, que es IA, lo adecuado es añadir un guion entre los elementos: la super-⁠IA. Si se quiere abreviar esta expresión completa en una sigla, es preferible SIA a la inglesa ASI.


Finalmente, es posible encontrar algunos ejemplos en los que se habla de IA superinteligente, pero, puesto que la sigla ya alude al concepto de inteligencia, no resulta una opción recomendable. Por tanto, en un ejemplo como «Proponen ley para prohibir la IA superinteligente y detener el desarrollo de IA avanzada» sería mejor decir «para prohibir la super-⁠IA».


Por todo ello, en las frases del principio lo indicado habría sido escribir «Bienvenidos a la era de la super inteligencia artificial», «El concepto de super inteligencia artificial genera tanto expectativas como preocupaciones» y «La super inteligencia artificial es un campo emergente».

 

[Foto: Unsplash / Steve A Johnson - fuente: www.fundeu.es]

segunda-feira, 28 de setembro de 2026

Exclúen a Thélyson Orélien do premio Goncourt polo uso de IA e plaxio na súa obra

Os organizadores do galardón máis prestixioso da literatura francesa tomaron a decisión «para preservar a identidade do certame»

O libro C'était ça ou mourir , do escritor Thélyson Orélien

A Academia Goncourt, que entrega o premio homónimo considerado o máis prestixioso das letras en francés, anunciou este venres a exclusión do haitiano-canadense Thélyson Orélien da súa lista inicial de 16 nomeados, tras emerxer acusacións de plaxio e de uso da intelixencia artificial (IA) na súa novela.   

Nun comunicado, a institución, que ata o de agora optara pola prudencia, sinalou que a decisión de suprimir da selección o libro C'était ça ou mourir (Era iso ou morrer) adoptouse por «a vontade de preservar a integridade do premio Goncourt e a da Academia, cuxo papel central consiste en promover e coroar a literatura escrita por mulleres e homes». 

Iso tendo en conta de que a novela publicada pola editorial Grasset, que foi un éxito de vendas en Francia e Canadá, «é con toda probabilidade en gran medida o produto dunha intelixencia artificial», de acordo ao «resultado converxente de varias análises de investigadores e xornalistas de confianza». «Trátase de enviar unha mensaxe clara» aos participantes, subliña o texto, «unha mensaxe que afirma que non apoiamos nin apoiaremos dunha ou outra forma a creación de textos xerados coa axuda da IA». A novela conta a historia de Jonas Dorléon, un profesor de 29 anos que o abandona todo para fuxir da extrema violencia das bandas armadas en Haití.   

O Goncourt entrégase cada ano desde 1903. O seu prestixio e popularidade asegura aos seus gañadores tiradas millonarias e traducións a decenas de linguas, pero ten unha dotación económica simbólica: un cheque por valor de 10 euros.  

 

[Imaxe: Sarah Meyssonnier | REUTERS - fonte: www.lavozdegalicia.es ]

António Zambujo: «Asústame ver que as persoas viven de xeito cada vez máis impersoal, máis acelerado e con menos profundidade»

Este sábado, Santiago de Compostela acolle o concerto de António Zambujo, unha das voces máis singulares e recoñecidas da música portuguesa actual. O día 2 de outubro, repetirá no Teatro Colón da Coruña. Nas vésperas destes concertos, o artista reflexiona sobre o seu novo traballo, Oração ao tempo, e reivindica a necesidade de desacelerar fronte á vertixe dos algoritmos e do consumo inmediato, refuxiándose nunha lírica persoal que mestura o fado, a bossa nova, a complicidade no estudio e o seu vencello afectivo coa Galiza.

Zambujo en concerto 

Escrito por Manuel Xestoso  

Nunha época dominada pola vertixe dos algoritmos, a velocidade do consumo dixital e a urxencia constante da industria musical, o cantante e compositor portugués António Zambujo (Beja, 1975) fai unha pausa reflexiva para colocar o tempo como eixe vertebrador do seu máis recente traballo discográfico, Oração ao tempo, un título extraído da canción homónima de Caetano Veloso (que os dous cantan xuntos na gravación). Ese título, dalgunha maneira, fecha un círculo: Zambujo comezou a atraer a atención internacional cando Veloso confesou sentirse emocionado ao escoitalo, sinalando que lle lembraba a João Gilberto nun contexto de fado. 

—Neste novo traballo discográfico, que sen dúbida terá un protagonismo central nos concertos na Galiza, escoller o concepto do tempo como eixe vertebrador nunha época tan marcada pola rapidez e polo consumo inmediato de algoritmos semella case un manifesto de carácter social.

Máis que un manifesto social, eu diría que é unha afirmación estritamente persoal. A miña intención con este disco non é mover masas, nin alterar opinións de ninguén, nin nada que se pareza a iso. É simplemente a afirmación persoal de que me recuso a entrar por ese camiño da présa, porque non me interesa absolutamente nada e porque non sei vivir desa maneira. Asústame ver que as persoas viven de modo cada vez máis impersoal, máis acelerado, con menos profundidade, con menos tempo para analizar e con menos capacidade para interpretar aquilo que as rodea. E o resultado desa actitude está á vista de todos: o mundo atópase no estado no que está precisamente por causa desa vertixe. Polo tanto, eu non quero de ningunha forma subir a ese tren. 

—Nese sentido, actuar no Festival Maré semella o escenario axeitado. É un encontro que procura precisamente ofrecer ese espazo de repouso, acougo e diálogo directo co público.

Completamente. O festival Cantos na Maré marcou a primeira vez que toquei na Illa da Arousa e na Galiza, e foi a ocasión na que coñecín a Vítor Belho e a toda o seu equipo fabuloso. Hai precisamente seis anos, pasamos unha semana enteira en Santiago de Compostela a preparar ese concerto. Lembro perfectamente que noutra edición eramos Lenine, Aline Frazão, Guadi Galego e máis eu. Foi unha semana incribelmente divertida e marabillosa. O meu fillo João acababa de nacer había só unha semana, pero valeu moito a pena afastarme del temporalmente para preparar o espectáculo aí e poder tocar. Aínda que o concerto final foi en Pontevedra, toda a preparación decorreu en Santiago e foi unha experiencia fantástica. A propia idea de unir a lusofonía, xuntando músicos de varios países onde se fala portugués, aliada ao concepto do festival de facer as cousas con máis tempo, reflexión e pausa, é algo que considero profundamente interesante e co que me identifico na totalidade. Este disco ten todo que ver con esa mesma filosofía. 

 

[Imaxe: Sebastião Ferreira - fonte: www.nosdiario.gal]

L’écrivain, le dernier «humain» ?

La littérature peut-elle être un sanctuaire face à l’IA ? Pour Tiphaine Samoyault, chercheuse, spécialiste de Barthes, la crise de l’écriture créée par l’affaire Thélyson Orélien peut être l’occasion d’un grand chantier qui traiterait de questions aussi diverses que le pillage, le droit d’auteur, les coûts écologiques de l’écriture assistée…

Le soupçon porté sur un livre s’adresse potentiellement à tous les livres.

Écrit par Tiphaine Samoyault 

L’idée qu’ un roman apprécié par la critique et le public puisse avoir été en grande partie produit par une intelligence artificielle a fait l’effet d’une déflagration. En quelques heures, l’hypothèse est devenue une «affaire». Impostures et supercheries font, certes, partie de l’histoire littéraire : usurpations d’identité, plagiats, canulars. Mais ces disputes étaient rares et paraissaient relever d’initiatives individuelles. Il semblerait que les proportions prises par le cas qui nous occupe soient le signe d’un formidable changement d’échelle.

L’affaire témoigne ainsi d’un effet de seuil : la profonde inquiétude suscitée par la place toujours plus grande prise par l’IA dans nos vies conduit à chercher des territoires intouchés pour tenter de stopper une prise de pouvoir qui paraît incontrôlable. Quand tous les domaines de l’existence, l’éducation, la médecine, le droit, la science, nos échanges quotidiens et même nos conversations intimes sont assistés par les machines, la littérature pensée comme une zone à protéger, à défendre, un sanctuaire.

Le soupçon porté sur un livre s’adresse potentiellement à tous les livres. Il nous oblige à nous interroger sur ce que nous mettons désormais sous le verbe «écrire». Une phrase est revenue régulièrement ces derniers jours dans les médias : le roman en question aurait été «écrit par une IA». Or, l’IA écrit-elle ? Générer des textes par calcul prédictif à partir de l’entraînement sur des quantités invraisemblables de textes, est-ce écrire ?

Pourrons-nous encore écrire seuls ?

Ces questions engagent une réflexion sur les mutations de l’une de nos activités les plus communes. Même si l’on voit ces outils comme des prothèses, une extension des capacités humaines par la technologie, ils changent nos pratiques et nos métiers, y compris quand on feint de les ignorer. À terme, ils modifieront nos capacités cognitives à force d’avoir étendu nos compétences expressives et linguistiques. Pourrons-nous encore écrire seuls ?

La solitude de l’écrivain est un imaginaire tenace. Associée à d’autres valeurs comme l’authenticité, l’originalité et la singularité, elle contribue à constituer l’auteur comme une figure refuge ou comme un remède. Or, ces valeurs sont souvent des idées reçues que nous prenons pour des vérités. Car, comme l’IA, les écrivains produisent à partir de ce qu’ils ont lu – il y a même des époques et des lieux où l’imitation est la valeur suprême ; comme l’IA, ils composent à partir des discours flottants, anonymes qui forment la trame d’une époque. 

Il serait en outre tout à fait invraisemblable que le seul lieu restant étanche à l’IA soit l’écriture littéraire : comme toute production textuelle, celle-ci se nourrit d’informations, d’idées, d’expériences et de mots qui lui sont extérieurs et qui ne lui appartiennent pas en propre. Plusieurs auteurs et autrices ont déjà admis s’en servir. Cela ne signifie pas que leurs livres sont écrits par les IA. 

L’autorité et la propriété littéraires ont une histoire 

La matière de l’écrivain est le langage. Plus que d’autres, il évolue dedans, en mesure les ressources et les manques, lutte avec lui. Il connaît les usages et s’en méfie, les brutalise parfois. Cela lui demande des efforts et du temps, un temps parfois très long, incommensurable avec la rapidité des productions machiniques. Par sa lenteur, la littérature ne semble pas soluble dans la productivité capitalistique dont les IA sont en même temps les produits et les agents ; mais elle l’est parfois, surtout dans les périodes de «rentrée littéraire», entièrement soumises aux lois néolibérales, quand les livres qui se vendent le mieux sont considérés comme les meilleurs – ce qui est rarement le cas, même si cela peut arriver. Je remarque d’ailleurs que certains de ces livres, même s’ils ne sont pas écrits par des IA, semblent écrits par elles : selon une certaine norme, des représentations convenues, et une conception mécanique du «bien écrire» ou de ce que serait une écriture «littéraire». 

L’autorité et la propriété littéraires sont des catégories qui ont une histoire. La sacralisation de l’écrivain, à partir de la fin du XVIIIe siècle en Europe, s’est accompagnée d’un renforcement de ces principes, avec l’aide de l’instauration et de la généralisation progressive du «droit d’auteur» et avec la consolidation de la responsabilité subjective de l’écrivain, comme l’a démontré Gisèle Sapiro (la Responsabilité de l’écrivain, Seuil, 2011). La dimension collective de la production littéraire, qu’incarnaient auparavant les figures de conteuses, de griots ou de bardes, a été peu à peu oubliée. Cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas et qu’il faille faire de la singularité de l’auteur la seule valeur. 

La crise de l’écriture apportée par l’IA peut être l’occasion de réfléchir aux conditions d’une littérature plus démocratique et plus collective. À l’indignation se substituerait alors l’ouverture d’un grand chantier qui traiterait de questions aussi diverses que le pillage des textes d’autrui opérés par les entreprises qui en font leur capital, les coûts écologiques de l’écriture assistée, les nouvelles responsabilités qui s’ouvrent pour l’ensemble du champ littéraire. 

Il paraît un peu absurde de faire de l’écrivain le dernier «humain», le bouclier ou le remède contre le développement en apparence incontrôlable des IA. Mais la capacité de la littérature à proposer de nouvelles représentations, à mettre en scène des dilemmes moraux, à détourner les usages normatifs des langues, peut au moins nourrir ce travail nécessaire de réflexion, de pluralisation et de régulation.

 

Tiphaine Samoyault est directrice d’études à l’EHESS, autrice et critique. 

[Photo : Studio Saga - source : www.liberation.fr]

La CDU vota amb l'AfD contra les plaques de l'Holocaust i revifa el debat sobre el cordó sanitari a Alemanya

El Comitè Internacional d'Auschwitz ha qualificat la votació d'"escandalosa"

Europa Press

Escrit per Lluís Tomàs

En plena discussió a Alemanya sobre fins on ha d'arribar el cordó sanitari contra l'extrema dreta, una votació a Heidenau, una localitat a l'est del país, ha tornat a posar el debat sobre la taula. Les filials municipals de la Unió Cristianodemòcrata (CDU) i Alternativa per a Alemanya (AfD) han votat conjuntament a favor de frenar la instal·lació de noves Stolpersteine, les petites llambordes commemoratives que recorden al carrer les víctimes de l'Holocaust. La iniciativa havia estat impulsada per l'extrema dreta, amb l'argument que els vianants "caminen per sobre o fins i tot trepitgen els noms de les víctimes", una justificació que els democristians també van fer seva. Les Stolpersteine formen part d'un projecte memorial estès per tota Alemanya i per nombrosos països europeus, també a Catalunya, amb la voluntat de mantenir present en la vida quotidiana el record de les persones perseguides i assassinades pel nazisme. 

Les Stolpersteine són petits cubs de llautó d'uns deu centímetres, habitualment incrustats a les voreres davant dels domicilis o llocs de feina de les víctimes de la barbàrie nacionalsocialista. El projecte és obra de l'artista alemany Gunter Demnig, que el va posar en marxa a la dècada del 1990 amb la voluntat d'identificar l'últim indret conegut d'aquestes persones. Cada peça inclou dades bàsiques sobre la víctima, com el nom, la data de deportació i, quan es coneix, el lloc on va morir. Des de l'inici de la iniciativa ja s'han instal·lat unes 116.000 plaques en 31 països, tot i que la gran majoria es concentren a Alemanya. 

La decisió presa a Heidenau ha provocat indignació entre sectors que defensen que precisament el valor de les Stolpersteine rau en la seva presència discreta però constant en la vida quotidiana, obligant els vianants a topar-se amb la memòria de les víctimes en els mateixos espais on van viure. Davant les crítiques, les seccions locals de la CDU i l'AfD han defensat que les futures commemoracions de l'Holocaust es concentrin al memorial de la ciutat situat al cementiri, segons han recollit mitjans alemanys. Els detractors de la prohibició consideren que traslladar aquest record a un espai específic en redueix l'impacte simbòlic.  

Una 'Stolpersteine' a Berlín / Axel Mauruszat

El mateix Demnig ha rebutjat la decisió de la CDU i l'AfD. En declaracions a Der Spiegel, l'artista ha sostingut que la proximitat de les Stolpersteine ajuda a fer més tangible la història, especialment per als més joves. Demnig ha admès que la prohibició no l'ha sorprès davant l'ascens electoral de l'extrema dreta, però també ha carregat contra els democristians per haver avalat la mesura. "Potser haurien de deixar de banda la 'C', perquè clarament han deixat enrere el cristianisme", ha dit. 

Auschwitz ho titlla d'"escandalós" 

Les crítiques també han arribat des d'organitzacions vinculades a la memòria de l'Holocaust. El Comitè Internacional d'Auschwitz ha qualificat d'"escandalós" que la CDU donés suport a la moció, segons Deutsche Welle (DW). El vicepresident executiu de l'entitat ha denunciat que la decisió busca "fer fora de la ciutat les víctimes nazis de Heidenau" i relegar-ne el record al cementiri. També s'hi ha pronunciat Charlotte Knobloch, presidenta d'una associació jueva de Baviera i supervivent de l'Holocaust, que ha definit la mesura com "el camí completament equivocat". Tot i admetre que ella mateixa no és partidària del concepte de les Stolpersteine, ha defensat que una commemoració descentralitzada i present a l'espai públic és essencial per preservar la cultura de la memòria a Alemanya. 

L'AfD fa temps que qüestiona alguns dels pilars de la cultura de memòria històrica sobre els crims comesos durant el nazisme. A Saxònia-Anhalt, on el partit ha aconseguit recentment el seu millor resultat en unes eleccions estatals, un dirigent destacat de la formació va resumir així la seva proposta per reformar l'ensenyament de la història a les escoles: "Més Bismarck, menys Hitler". A escala federal, l'AfD va ser classificada pels serveis d'intel·ligència interiors alemanys com una "organització extremista d'extrema dreta". A més, diversos membres del partit han estat assenyalats individualment per presumptes vincles o posicionaments extremistes, també amb el nazisme. 

El 'Brandmauer', qüestionat 

La votació de Heidenau ha reobert, a més, el debat sobre la solidesa del Brandmauer, el cordó sanitari informal amb què els principals partits alemanys han intentat mantenir l'extrema dreta al marge dels acords polítics. Més enllà del contingut de la moció, el fet que la CDU i l'AfD hagin sumat forces per aprovar-la ha alimentat les crítiques sobre fins a quin punt aquest tallafoc continua sent efectiu, especialment en l'àmbit local. De fet, el Brandmauer fa temps que està sotmès a pressió a mesura que el partit encarnat per Alice Weidel guanya pes electoral. L'episodi arriba, a més, en un moment delicat per a la direcció democristiana, amb Friedrich Merz qüestionat pels mals resultats recents de la CDU en diverses eleccions regionals.

 

[Font: www.elnacional.cat]