terça-feira, 27 de janeiro de 2026

Dans une indifférence générale, la barbarie israélienne se déchaîne aussi en Cisjordanie

En Cisjordanie occupée, Israël a mobilisé tous ses moyens militaires et coloniaux pour rendre la vie impossible aux Palestiniens.

Écrit par Mariam Barghouti 

Alors que les États-Unis s’efforcent de prolonger l’agression israélienne contre Gaza à travers le théâtre d’un cessez-le-feu, une autre guerre se déroule en Cisjordanie.

Au cours des deux dernières années, Israël a intensifié ses « opérations de contre-insurrection » en Cisjordanie afin de « lutter contre le terrorisme palestinien ».

Le terme « opérations de contre-insurrection » n’est pas fortuit. Israël instrumentalise les termes militaires pour dissimuler ses intentions et fabriquer une autre réalité.

Toutes leurs opérations, de l’opération « Mur de fer » à l’opération « Camps d’été » et à l’opération « Cinq pierres », en passant par, plus récemment, l’opération « antiterroriste » à al-Khalil (Hébron), sont présentées et analysées comme des opérations temporaires et ciblées de simples représailles.

Mais elles ne le sont pas. L’intensification de l’agression militaire – ainsi que la violence des milices de colons, la destruction des infrastructures, les démolitions de maisons et la multiplication des barrages routiers et des points de contrôle – vise à créer sur le terrain des conditions qui rendent la vie impossible aux Palestiniens de Cisjordanie, sur le modèle de Gaza.

Les zones de guerre en Cisjordanie

En 2025, l’offensive militaire israélienne en Cisjordanie a entraîné la plus grande campagne de déplacements massifs de population que les Palestiniens aient connue depuis 1967, avec près de 50 000 Palestiniens expulsés de force de leurs maisons.

L’armée israélienne a détruit les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem et a interdit à leurs habitants d’y revenir en violation du droit. Elle a désormais transformé les deux camps en quartiers généraux militaires du nord.

Les troupes israéliennes ont également procédé à la destruction quasi totale des infrastructures, y compris les routes, les systèmes d’assainissement et le réseau électrique.

Au moins 70 % des routes de la ville de Jénine ont été détruites au bulldozer, et la majorité des canalisations d’eau et des réseaux d’égouts ont été détruits à Jénine et à Tulkarem en quelques semaines, entraînant des pertes économiques de plusieurs millions de dollars.

Des milliers de foyers ont été privés d’eau et d’électricité dans tout le district. Et aujourd’hui encore, des familles déplacées vivent dans des zones difficiles d’accès, dépourvues de toute infrastructure civile.

Parallèlement, l’armée israélienne a élargi le périmètre géographique de ses violences. Les troupes israéliennes mènent désormais des raids réguliers dans les villes du centre de la Cisjordanie, notamment Ramallah et Ariha (Jéricho), et dans le sud, comme al-Khalil (Hébron) et Bethléem.

Lors de ces attaques, les Palestiniens sont assiégés, terrorisés et parfois exécutés par des soldats israéliens qui opèrent en toute impunité.

Cette semaine, l’armée israélienne a lancé une opération de grande envergure à al-Khalil (Hébron) sous prétexte de rétablir l’ordre public. La ville entière a été placée sous couvre-feu et des chars israéliens patrouillaient dans les rues. L’armée a arrêté des hommes et des jeunes garçons, les a soumis à des interrogatoires sur le terrain et détenus dans des conditions brutales.

Mais la violence israélienne ne se limite pas aux raids et aux opérations de l’armée. Les colons suivent l’armée. L’armée coloniale ouvre la voie aux attaques des milices de colons israéliens contre la population et les biens palestiniens et facilite l’annexion des terres.

Au cours des deux dernières années, les Israéliens vivant illégalement en Cisjordanie ont été équipés d’armes militaires, allant des M16 de fabrication américaine aux pistolets et aux drones, et ils les utilisent à leur guise.

Il est désormais clair que les opérations « anti-insurrectionnelles » d’Israël ne visent pas à remporter une quelconque victoire « sur le champ de bataille ». Il s’agit d’un effort coordonné avec les colons pour remodeler l’environnement spatial et social en Cisjordanie dans le but d’écraser toute dissidence ou résistance.

Appliquer la logique de la contre-insurrection à une population civile occupée, permet de transformer les maisons, les rues et tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne en instruments de contrôle.

L’infrastructure de la peur

En janvier dernier, les colons israéliens ont installé des panneaux d’affichage sur les routes principales de Cisjordanie. Ils ont écrit en lettres capitales : « Il n’y a pas d’avenir en Palestine ». Les Palestiniens ont compris ce que cela signifiait : une déclaration de guerre. Et nous y sommes maintenant en plein.

Chaque semaine, en moyenne, neuf Palestiniens sont tués, 88 autres blessés, 180 arrêtés, une douzaine torturés lors d’interrogatoires sur le terrain, auxquels s’ajoutent en moyenne 100 attaques de colons israéliens, 300 raids et assauts militaires et 10 démolitions de maisons et de biens palestiniens. Tout cela en une semaine seulement.

Ces chiffres ne reflètent pas seulement l’intensification de la violence, mais aussi de sa fréquence. L’objectif de cette intensification est d’éroder tout sentiment de normalité chez les Palestiniens.

Des milliers de raids au cours d’une année, associés à l’expansion des colonies, à la construction de nouvelles routes de contournement, à des centaines de nouveaux checkpoints militaires et à la surveillance systémique, ne sont pas des formes d’oppression séparées ; elles constituent un système de gouvernance où la violence n’est plus exceptionnelle mais routinière et où les persécutions, dépossessions et tueries sont devenues normales.

La violence coloniale dicte la vie des Palestiniens ; elle détermine quand les gens dorment, où les enfants jouent, quand ils peuvent aller à l’école, si les commerces ouvrent et comment ils voient leur avenir. Elle oblige à une adaptation constante. Elle épuise et exténue.

Dans toute la Cisjordanie, la vie quotidienne des Palestiniens est structurée par de violentes attaques disruptives. Israël ne se contente pas de redessiner la carte par une annexion de facto, mais utilise la peur pour modifier constamment les limites de l’espace où les Palestiniens peuvent vivre en relative sécurité.

Cela affecte tous les aspects de la vie. En tant que journaliste palestinienne, chaque fois que je prends la route, je suis envahie par l’angoisse… Une angoisse familière et paralysante car je m’attends à tout. Je prends rarement deux fois le même itinéraire.

Un jour, c’est un village qui est fermé, le lendemain, c’est une ville entière. Un trajet d’une heure se transforme en trois heures, parfois quatre.

Je change sans cesse d’itinéraire pour passer par les montagnes, car des barrières et des points de contrôle israéliens sont régulièrement installés aux entrées et sorties des villages et villes palestiniens.

Notre vie en Cisjordanie se mesure en détours. Ces détours ne sont pas seulement la conséquence du vol systématique et accéléré de territoires et de ressources vitales par Israël, ils servent également à nous voler du temps et à épuiser nos capacités socio-économiques.

Israël a non seulement rompu la continuité territoriale en Cisjordanie, mais a également détruit la vie sociale, le bien-être psychologique, et les capacités politiques.

Ainsi, Israël a mis en place un système et des infrastructures qui distillent la terreur au quotidien pour faire partir les Palestiniens qu’ils ne peuvent pas chasser par les armes.

Israël a réussi à créer un environnement hostile où même les maisons peuvent devenir des champs de bataille en quelques minutes. Dans le même temps, la violence des milices armées israéliennes et la prolifération des avant-postes étouffent les zones urbaines comme Naplouse, Ramallah, Bethléem et al-Khalil (Hébron).

L’armée israélienne s’est même mise à piller systématiquement les bureaux de change et à voler les objets de valeur, comme l’or et l’argent, dans les foyers. Cela est aussi dramatique que la terreur quotidienne, car Israël ne se contente pas de détruire les infrastructures physiques, il rend également impossible toute reconstruction et tout redressement.

La fragmentation de la terre et du peuple

Les Palestiniens sont coupés les uns des autres par le découpage des terres en petits bantoustans. Les villes palestiniennes de Cisjordanie rétrécissent de plus en plus et sont englouties par un État colonial israélien en constante expansion.

L’année dernière, Israël a officialisé ses plans de développement du projet illégal de colonie E1, et cette année, il devrait faire avancer son projet d’expansion des colonies près de Jérusalem, dans la vallée du Jourdain et à travers Ramallah.

Ces développements couperaient effectivement Jérusalem-Est occupée de la Cisjordanie et le nord du sud. Les colons israéliens hissent désormais des drapeaux israéliens sur les routes et les maisons palestiniennes en signe de conquête.

La Cisjordanie est essentielle pour comprendre que la guerre ne se fait pas toujours seulement avec des bombes ; elle s’accompagne parfois de points de contrôle, de permis, de zones de restrictions, de violences orchestrées par l’État et du détournement des ressources vitales des Palestiniens vers les colonies de peuplement.

Il ne s’agit pas seulement de fragmenter le territoire pour favoriser sa colonisation, il s’agit aussi de détruire la possibilité d’exister collectivement de la population autochtone.

La Cisjordanie est le théâtre d’une guerre sans merci qui se déroule loin des gros titres et sans ligne de front.

Mariam Barghouti

Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet 


[Image en vedette : les forces israéliennes d’occupation démolissent la maison d’Abdulkarim Snobar dans le village de Zawata, en Cisjordanie, près de Naplouse, le 2 décembre. La démolition a nécessité l’utilisation d’explosifs, qui ont également causé des dégâts dans les environs. Snobar a été arrêté en juillet après avoir échappé à la capture pendant cinq mois, alors qu’il était accusé d’avoir participé à la pose d’explosifs dans des bus à Bat Yam, près de Tel-Aviv, en février. La démolition, un acte de punition collective interdit par le droit international, a laissé la famille de Snobar, composée de six personnes, sans abri – Photo : Wahaj Bani Moufleh / ActiveStills - reproduit sur www.mondialisation.ca]

David Lynch como prerrafaelita

A un año del fallecimiento y 80 del nacimiento de David Lynch, Slavoj Žižek encuentra en la pintura prerrafaelita un antecedente de su cine

Fotograma de ‘Terciopelo azul’ (1986), de David Lynch

Escrito por Slavoj Žižek 

E

n la historia del arte, los prerrafaelitas funcionan como el paradójico caso límite de una vanguardia que se superpone al kitsch. Inicialmente fueron percibidos como portadores de una revolución antitradicionalista en la pintura, rompiendo con la tradición entera del Renacimiento en adelante, para ser desvalorizados poco después –con el auge del impresionismo en Francia– como el epítome mismo del lúgubre kitsch seudorromántico victoriano. Esta baja estima se mantuvo hasta la década de los sesenta, es decir, hasta la aparición del posmodernismo. ¿Cómo fue posible, entonces, que se volvieran “legibles” solo de manera retroactiva, desde el paradigma posmoderno? 

En este sentido, el pintor crucial es William Holman Hunt, habitualmente descartado como el primer prerrafaelita en venderse al sistema, convirtiéndose en un productor bien remunerado de empalagosas pinturas religiosas (El triunfo de los inocentes, etc.). Sin embargo, una mirada más atenta nos confronta con una dimensión inquietante y profundamente perturbadora de su obra: sus pinturas producen una especie de incomodidad o sensación indeterminada de que, a pesar de su contenido “oficial” idílico y elevado, algo no encaja. 

Tomemos El pastor distraído, aparentemente un simple idilio pastoral que representa a un pastor ocupado en seducir a una campesina y, por esta razón, abandonando el cuidado de un rebaño de ovejas (una obvia alegoría de la Iglesia abandonando a sus corderos). Cuanto más tiempo observamos el cuadro, más conscientes nos volvemos de una gran cantidad de detalles que dan testimonio de la intensa relación de Hunt con el goce, con la sustancia vital, es decir, con su repugnancia hacia la sexualidad. El pastor es musculoso, torpe, tosco y groseramente voluptuoso; la mirada astuta de la joven indica una explotación manipuladora y vulgar de su propio atractivo sexual; los rojos y verdes excesivamente vivaces marcan toda la pintura con un tono repulsivo, como si estuviéramos ante una naturaleza hinchada, pasada de madura, putrefacta. Algo similar ocurre en Isabella y la maceta de albahaca de Hunt, donde numerosos detalles desdicen el contenido trágico-religioso “oficial” (la cabeza en forma de serpiente, los cráneos en el borde del jarrón, etc.). La sexualidad irradiada por el cuadro es húmeda, “malsana”, y está impregnada por la descomposición de la muerte. Nos sumerge en el universo del cineasta David Lynch. 


        William Holman Hunt, El pastor distraído (1851). Manchester Art Gallery


Toda la “ontología” de Lynch se basa en la discordancia o el contraste entre la realidad, observada desde una distancia segura, y la proximidad absoluta de lo real. Su procedimiento elemental consiste en avanzar de un plano panorámico de la realidad a una proximidad perturbadora que vuelve visible la repugnante sustancia del goce, el reptar y el centelleo de la vida indestructible; en suma, la lamella. Recordemos la secuencia inicial de Terciopelo azul. Tras los planos que encarnan la idílica pequeña ciudad estadounidense y el derrame cerebral del padre mientras riega el césped (cuando se desploma, el chorro de agua recuerda de forma inquietante una surreal y abundante micción), la cámara se acerca a la superficie del pasto y muestra la vida rebosante, el reptar de insectos y escarabajos, su traqueteo y devoración de la hierba. 

Al comienzo mismo de Twin Peaks: Fuego camina conmigo encontramos la técnica opuesta, que sin embargo produce el mismo efecto. Primero vemos formas protoplasmáticas blancas y abstractas flotando sobre un fondo azul, una especie de forma elemental de la vida en su centelleo primordial; luego la cámara se aleja lentamente y nos damos cuenta de que lo que veíamos era un primerísimo plano de una pantalla de televisión1. Ahí reside el rasgo fundamental del hiperrealismo posmoderno: la excesiva proximidad a la realidad provoca una “pérdida de realidad”. Detalles inquietantes sobresalen y perturban el efecto tranquilizador del conjunto de la imagen2

El segundo rasgo, estrechamente vinculado al primero, está contenido en la propia denominación de “prerrafaelismo”: la reafirmación de representar las cosas tal como “realmente son”, aún no distorsionadas por las reglas de la pintura académica establecidas por Rafael. Sin embargo, la práctica misma de los prerrafaelitas desmiente esta ideología ingenua del retorno a una manera “natural” de pintar. Lo primero que llama la atención en sus cuadros es un rasgo que necesariamente aparece ante nosotros, acostumbrados al realismo perspectivo moderno, como un signo de torpeza. Las pinturas prerrafaelitas son de algún modo planas, carentes de la “profundidad” espacial organizada según líneas de perspectiva que convergen en un punto infinito; es como si la “realidad” misma que representan no fuera una realidad “verdadera”, sino más bien una realidad estructurada como un relieve. Otro aspecto de este mismo rasgo es la cualidad “muñequizada”, mecánicamente compuesta y artificial de los individuos representados: de algún modo carecen de la profundidad abismal de la personalidad que solemos asociar con la noción de “sujeto”. La denominación “prerrafaelismo” debe tomarse entonces de manera literal, como indicación del paso del perspectivismo renacentista al universo medieval “cerrado”.   

Fotograma de Terciopelo azul (1986), de David Lynch


En las películas de Lynch, la “planitud” de la realidad representada, responsable de la cancelación de la apertura infinita de la perspectiva, encuentra su preciso correlato o contraparte en el nivel del sonido. Volvamos a la secuencia inicial de Terciopelo azul: su rasgo crucial es el ruido inquietante que emerge cuando nos acercamos a lo real. Este ruido es difícil de ubicar en la realidad. Para determinar su estatuto, uno se siente tentado a evocar la cosmología contemporánea, que habla de ruidos en los bordes del universo. Estos ruidos no son simplemente internos al universo; son los restos o últimos ecos del Big Bang que creó el universo mismo. El estatuto ontológico de este ruido es más interesante de lo que podría parecer, ya que subvierte la noción fundamental del universo “abierto” e infinito que define el espacio de la física newtoniana. Es decir, la noción moderna de universo “abierto” se basa en la hipótesis de que toda entidad positiva (ruido, materia) ocupa algún espacio (vacío); se apoya en la diferencia entre el espacio como vacío y las entidades positivas que lo ocupan, que lo “rellenan”.  

Aquí el espacio se concibe fenomenológicamente como algo que existe antes de las entidades que lo “rellenan”. Si destruimos o retiramos la materia que ocupa un espacio dado, ese espacio como vacío permanece. El ruido primordial, el último resto del Big Bang, es por el contrario constitutivo del espacio mismo: no es un ruido “en” el espacio, sino un ruido que mantiene abierto el espacio como tal. Si, por lo tanto, elimináramos este ruido, no obtendríamos el “espacio vacío” que estaba siendo llenado por él. El espacio mismo, el receptáculo de toda entidad “intramundana”, desaparecería. Este ruido es, en cierto sentido, el “sonido del silencio”. De modo análogo, el ruido fundamental en las películas de David Lynch no es simplemente causado por objetos que forman parte de la realidad; más bien constituye el horizonte o marco ontológico de la realidad misma, es decir, la textura que mantiene unida a la realidad. Si este ruido fuera erradicado, la realidad misma colapsaría. Del universo “abierto” e infinito de la física cartesiano-newtoniana regresamos así al universo premoderno “cerrado”, cercado y delimitado por un “ruido” fundamental.   

Encontramos este mismo ruido en la secuencia de la pesadilla en El hombre elefante. Transgrede la frontera que separa el interior del exterior; la exterioridad extrema de una máquina coincide de manera inquietante con la máxima intimidad del interior corporal, con el ritmo de las palpitaciones del corazón. Este ruido aparece también después de que la cámara entra en el agujero de la capucha del hombre elefante, que representa la mirada. La inversión de la realidad en lo real corresponde a la inversión del mirar [look] (el sujeto que mira la realidad) en la mirada [gaze]; esto ocurre cuando entramos en el “agujero negro”, la grieta en la textura de la realidad.  

Fotograma de El hombre elefante (1980), de David Lynch


Hallamos la misma paradoja en una escena sobresaliente al comienzo de Érase una vez en América, de Sergio Leone, en la que vemos un teléfono sonar estruendosamente. Cuando una mano levanta el auricular, el timbre continúa sonando, como si la musical fuerza vital del sonido fuera demasiado intensa para quedar contenida por la realidad y persistiera más allá de sus límites. O de nuevo en Lynch: recordemos una escena similar de Sueños, misterios y secretos (Mulholland Drive) en la que una cantante interpreta en el escenario “Crying”, de Roy Orbison, y cuando se desploma inconsciente la canción continúa. ¿Qué ocurre, sin embargo, cuando este flujo mismo de sustancia vital se suspende, se interrumpe?   

Georges Balanchine escenificó una breve pieza orquestal de Anton Webern (todas son breves) en la que la música terminaba, pero los bailarines continuaban bailando durante un tiempo en completo silencio, como si no se hubieran dado cuenta de que la música que proporcionaba la sustancia de su danza ya había terminado –como el gato de los dibujos animados que sigue caminando más allá del borde del precipicio, ignorando que ya no tiene suelo bajo los pies… Los bailarines que continúan bailando después de que la música ha terminado son como muertos vivientes que habitan un intersticio de tiempo vacío: sus movimientos, carentes de soporte sonoro, nos permiten ver no solo la voz sino el silencio mismo. Ahí reside la diferencia entre la voluntad schopenhaueriana y la pulsión (de muerte) freudiana: mientras que la voluntad es la sustancia de la vida, su presencia productiva, que excede a sus representaciones o imágenes, la pulsión es una persistencia que continúa incluso cuando la voluntad desaparece o queda suspendida. La pulsión es la insistencia que persiste aun cuando se le priva de su soporte vital, la apariencia que persiste incluso cuando se le priva de su sustancia. 

La diferencia sexual misma se ve perturbada en tales escenas. Uno se siente tentado a recordar aquí la escena más inquietante de Salvaje de corazón de Lynch, en la que Willem Dafoe acosa a Laura Dern: aunque un hombre acosa a una mujer más joven, una serie de indicios (el rostro aniñado [boyish] de Dern, la “cara de coño” obscenamente distorsionada de Dafoe) señalan que el escenario fantasmático subyacente es el de una mujer vulgar y demasiado madura que acosa a un niño inocente. ¿Y qué decir de la escena de Por el lado oscuro del camino en la que el aniñado Pete se enfrenta a un rostro femenino, contraído por el éxtasis sexual, mostrado en una gigantesca pantalla de video? Quizá el ejemplo más destacado de esta confrontación del niño asexual con la mujer sea la famosa secuencia de planos del inicio de Persona de Ingmar Bergman, en la que un niño preadolescente con grandes gafas examina con una mirada perpleja la gigantesca imagen desenfocada del rostro femenino. Esta imagen se transforma gradualmente en el primer plano de lo que parece ser otra mujer que se le asemeja estrechamente: otro caso ejemplar del sujeto confrontado con la pantalla-interfaz fantasmática.  

El lugar originario de la fantasía es el de un niño pequeño que por casualidad escucha o atestigua el coito parental y se siente incapaz de darle sentido: ¿qué significa todo esto: los susurros intensos, los sonidos extraños en el dormitorio, etc.? El niño fantasea una escena que pueda dar cuenta de estos fragmentos extrañamente intensos; recordemos la escena más conocida de Terciopelo azul de Lynch, en la que Kyle MacLachlan, escondido en el armario, presencia el extraño juego sexual entre Isabella Rossellini y Dennis Hopper. Lo que ve es un claro suplemento fantasmático destinado a dar cuenta de lo que oye. Cuando Hopper se pone una máscara a través de la cual respira, ¿no es esta una escena imaginada destinada a dar cuenta de la respiración intensa que acompaña la actividad sexual? La paradoja fundamental de la fantasía es que el sujeto nunca llega al momento en que pueda decir: “De acuerdo, ahora lo entiendo completamente. Mis padres estaban teniendo sexo. ¡Ya no necesito una fantasía!”. Esto es, entre otras cosas, lo que Lacan quiso decir con su “Il n’y a pas de rapport sexuel” (“No hay relación sexual”). Todo sentido tiene que apoyarse en algún marco fantasmático sin sentido; cuando decimos “¡Ok, ahora lo entiendo!”, lo que esto significa en última instancia es: “Ahora puedo ubicarlo dentro de mi marco fantasmático”. 

Por eso las películas de David Lynch desafían la comprensión; ahí reside su grandeza. Y también por eso, aunque Lynch haya muerto, seguirá acechándonos durante mucho tiempo como los muertos vivientes. 

1. El mismo procedimiento fue empleado por Tim Burton en la sobresaliente secuencia de créditos de Batman: la cámara vaga por conductos metálicos ásperos, sinuosos e indefinidos; después, a medida que se va alejando gradualmente y adquiere una distancia “normal” respecto de su objeto, se vuelve claro cuál es en realidad ese objeto: el diminuto emblema de Batman. [↩


2. El contrapunto a esta actitud lyncheana es quizá la filosofía de Leibniz: Leibniz estaba fascinado con los microscopios porque le confirmaban que aquello que, desde el punto de vista “normal” y cotidiano, parece un objeto inerte está en realidad lleno de vida. Basta con observarlo más de cerca, es decir, contemplar el objeto desde una proximidad absoluta: bajo la lente de un microscopio se percibe el salvaje reptar de innumerables seres vivos diminutos. 


Traducción del inglés de Alfredo González Reynoso

[Fuente:  e-flux - reproducido en www.latempestad.mx]

segunda-feira, 26 de janeiro de 2026

El plan «Nueva Gaza» del sionista de extrema derecha Jared Kushner es denunciado como un «exterminio étnico»

No se basa en leyes ni en hechos. Solo en brillantes presentaciones inmobiliarias ideadas por Jared Kushner.


Escrito por Julia Conley (COMMON DREAMS)

La presentación sobre el futuro de Gaza que hizo el yerno y asesor del presidente Donald Trump, Jared Kushner, en Davos el jueves, ofreció lo que un periodista llamó «una imagen cosmética y desinfectada» de un enclave que, en gran medida debido a la política estadounidense, es en realidad «un lugar que necesita ayuda y apoyo inmediatos para las personas que están al borde del colapso».

Kushner presentó un “plan maestro” de cuatro fases ilustrado con imágenes generadas por computadora de apartamentos de lujo, centros de datos y rascacielos de aspecto futurista.

Los palestinos luchan por sobrevivir entre las ruinas de Khan Yunis

En la “Nueva Rafah ”, construida sobre la ciudad sureña que las Fuerzas de Defensa de Israel arrasaron el año pasado y obligaron a cientos de miles de palestinos desplazados a abandonar, la llamada “Junta de Paz” de Trump planea construir más de 200 centros educativos y más de 180 edificios culturales, religiosos y vocacionales.

El plan «Nueva Gaza » busca construir 100.000 viviendas permanentes en total, así como 75 centros médicos. Un mapa presentado por Kushner muestra «áreas residenciales» en amarillo, zonas en rosa brillante reservadas para lo que Kushner llamó «turismo costero», terrenos dedicados a centros de datos industriales y «fabricación avanzada», y zonas verdes para «parques, agricultura e instalaciones deportivas».

La presentación mostró que “el plan de exterminio étnico tiene dos frentes: matar a tantos como sea posible y luego gentrificar al resto”, dijo el empresario David Haddad.

Antes de que Israel comenzara su destrucción de Gaza respaldada por Estados Unidos en 2023, que ha matado a más de 71.000 personas y destruido más del 90% de las unidades de vivienda, el sistema de salud del enclave incluía 36 hospitales, menos de 14 de los cuales todavía estaban parcialmente funcionales en octubre, cuando se acordó un «alto el fuego» y Trump comenzó a avanzar con su «plan de paz» de 20 puntos.

La presentación que Kushner dio el jueves fue parte de ese plan, con cuatro fases de transformación, comenzando con la apertura del cruce de Rafah y avanzando hacia el norte a través de Khan Younis y la ciudad de Gaza, y también construyéndose un puerto marítimo y un aeropuerto.

Se estima que el plan maestro, dijo Kushner, costará 25.000 millones de dólares y, en última instancia, resultará en “paz y prosperidad” en Gaza.

“Nos preguntan cuál es nuestro plan B, pero no tenemos uno. Tenemos un plan, firmamos un acuerdo y nos comprometemos a que funcione”, dijo Kushner. “Hay un plan maestro. Lo implementaremos por etapas. En Oriente Medio, se construyen ciudades como esta, con 2 o 3 millones de habitantes. Lo construyen en tres años. Así que cosas como esta son muy factibles si las logramos”.

El abogado internacional Itay Epshtain dijo que, al igual que con la fantasía de “paz y prosperidad”, el llamado plan maestro “no se hará realidad”.

La propuesta, dijo, «no se basa en la ley ni en los hechos. Son solo brillantes presentaciones inmobiliarias ideadas por Jared Kushner. Mientras tanto, la verdadera ayuda humanitaria, la recuperación y la paz para los palestinos quedan relegadas a un segundo plano, sacrificándose en aras de delirios de grandeza y la especulación con la guerra».

En la “ceremonia de firma” de la Junta de Paz —que no incluye a ningún palestino y no cuenta con el apoyo de los principales aliados europeos de larga data de Estados Unidos— Trump dijo que abordaba el desarrollo de Gaza como “un hombre de bienes raíces de corazón”.

“Lo importante es la ubicación, y dije: "Miren esta ubicación junto al mar, miren esta hermosa propiedad, lo que podría ser para tanta gente”, dijo Trump. “Será fantástico. La gente que vive tan mal vivirá tan bien”.

Esa perspectiva, dijo Hani Mahmoud de Al Jazeera , es la que considera a Gaza como un “futuro proyecto de inversión”.

“Ese es el problema”, dijo Mahmoud. “No se está tratando como un lugar donde la gente muere de hambre y muere de muerte, y donde los actos del ejército israelí sobre el terreno lo acorralan de todas las maneras posibles. El peligro radica en que se está considerando Gaza como un lugar de inversión y planificación, en lugar de como un lugar donde la gente muere a diario, ignorando en gran medida el desplazamiento, los actos genocidas, el hambre y la miseria”.

Dilly Hussain, del medio de noticias británico 5 Pillarsdijo que Kushner había presentado con orgullo un plan para una “megaciudad construida sobre las fosas comunes de palestinos después de un genocidio de dos años patrocinado por Estados Unidos”.

“Sin rendición de cuentas, solo negocios como siempre”, dijo Hussain, “con el principal genocida [el primer ministro israelí Benjamin] Netanyahu sentado en la ‘Junta de la Paz’”.

[Fuente: www.gerardodelval.com]

Portugal-présidentielle : « Nouvelle progression du courant néofasciste »

Un ancien dirigeant du PS, António José Seguro,  et le chef des néofascistes, André Ventura, s’affronteront au second tour (le 8 février) d’une élection présidentielle qui confirme le virage à droite du Portugal. La concentration des voix sur le PS a relégué la gauche – à gauche du PS – à des niveaux historiquement bas. 

Au second tour de la présidentielle

Écrit par Jorge Costa

Le total des suffrages s’étant portés sur les candidatures du gouvernement de droite et des partis ultralibéraux et néofascistes dépasse la moitié des suffrages exprimés (50,82%). Malgré cela, le candidat le plus voté a été António José Seguro (31,11%, 1,755 million de voix). Seguro a dirigé le Parti socialiste entre 2011 et 2014, années durant lesquelles le PS, hors du gouvernement, a collaboré à la mise en œuvre du programme d’austérité sous la troïka (BCE, FMI, Commission européenne).

Luis Marques Mendes, soutenu par le PSD et le CDS, les partis au gouvernement, est arrivé en cinquième position (11,30%, 637’000 voix), dépassé par André Ventura, leader du parti néofasciste Chega (23,52%), et également par João Cotrim de Figueiredo, député européen ultralibéral (16%). Le soir des élections, à la surprise générale, tant à gauche qu’à droite, le candidat du PSD et le Premier ministre Luís Montenegro, tout comme l’Initiative libérale-IL [João Cotrim de Figueiredo], ont déclaré qu’ils ne donneraient aucune consigne de vote pour le second tour, prévu le 8 février.

Bien que favori dans les premiers sondages, le militaire Gouveia e Melo, ancien commandant de la marine, a terminé cinquième, avec 12,32% des voix. Le soir des élections, cet outsider sans passé politique – qui s’est fait connaître en tant que responsable du programme de distribution des vaccins contre le Covid-19 et qui se situe «ni à gauche, ni à droite» – n’a fait aucune déclaration sur le second tour.

Malgré le score élevé des candidats de la droite radicalisée, le résultat du premier tour a été accueilli avec soulagement par la gauche: les derniers sondages indiquaient un score ex aequo entre Seguro, Ventura et Cotrim. Afin d’éviter un second tour entre l’ultralibéral et le néofasciste, on a assisté à une mobilisation désespérée des voix en faveur du socialiste. C’est ainsi que les candidats des trois partis de gauche (Bloco, PCP et Livre) – qui avaient totalisé 9% aux élections législatives de mai dernier – ont obtenu 4,5% des voix. Le parti Livre (Verts européens, 4% aux élections parlementaires) a vu son candidat, Jorge Pinto, relégué à 0,68%. Le candidat du Parti communiste (3% aux élections législatives) a obtenu 1,64%. La candidate du Bloc de gauche, Catarina Martins (ancienne coordinatrice du parti et actuelle députée européenne), a mieux résisté, réussissant à maintenir les 2,06% – 176’000 voix – obtenus par le Bloco en mai.

Ce résultat est dû à la prestation exceptionnelle de Catarina Martins, qui est sortie du cycle des débats télévisés avec plus de 5% dans les sondages. Seule femme parmi onze candidats, elle a donné une voix à la question sociale et a soutenu la grève générale de décembre [voir à ce sujet les articles sur ce site en date du 15 décembre 2025 https://alencontre.org/laune/portugal-dossier-la-greve-generale-complique-les-plans-du-gouvernement.html ], se concentrant sur les thèmes du coût de la vie et de la spéculation immobilière [qui rend inaccessibles les logements, entre autres à Lisbonne, à la population portugaise ne disposant pas de revenus élevés], ainsi que sur la situation internationale, étant la seule candidate à avoir ouvertement défendu la sortie du Portugal de l’OTAN.

Les néofascistes à la tête de la droite

Quoi qu’il en soit, c’est déjà une grande victoire pour l’extrême droite: il lui a suffi de conserver le pourcentage obtenu lors des élections législatives pour se qualifier pour le second tour. Désormais, tout ce que Ventura parviendra à gagner contribuera à lui permettre de se proclamer leader du «camp non socialiste», expression couramment utilisée à la télévision pour désigner une droite qui, dans son discours et sa pratique gouvernementale, a aboli toutes les frontières avec le néofascisme. Le Premier ministre lui-même a soutenu son candidat (Mendes) en attaquant «les extrémismes», ceux de Ventura et ceux de… Seguro! Dans cette trumpisation générale du discours de la droite, l’original a toujours l’avantage sur les copies.

Tous les sondages indiquent une confortable avance d’António José Seguro sur Ventura au second tour. Le rejet du néofasciste est encore large, y compris chez de nombreux électeurs de droite. Mais il est difficile de prédire avec certitude la réaction des électeurs et électrices face à cette équidistance déclarée, jamais vue auparavant chez les partis de la «droite démocratique», tant traditionnelle qu’ultralibérale, même si plusieurs membres du gouvernement et dirigeants de l’IL se sont déjà prononcés en faveur du modéré Seguro. Ce qui est certain, c’est que lors de ce second tour, Ventura obtiendra des milliers de voix d’électeurs et électrices de droite qui feront pour la première fois l’expérience du vote néofasciste. Son objectif sera de dépasser le pourcentage obtenu par le PSD de Luís Montenegro en mai dernier (législatives) et de devenir ainsi le candidat le plus voté de la droite et un candidat incontournable au poste de Premier ministre. Le gouvernement minoritaire actuel, soutenu par Chega pour l’adoption de ses lois et par le PS pour la mise en œuvre du budget de l’État, pourrait sortir encore plus fragilisé de cette élection présidentielle.

La gauche à son plus bas niveau historique

La réduction de la force électorale de la gauche invite les militant·e·s à réfléchir à la fragmentation de ce camp. Au cours des trois dernières années, le seul moment où la gauche a marqué le débat public pour gagner l’opinion populaire a été la grève générale de décembre dernier, convoquée conjointement par la CGTP et l’UGT contre la nouvelle législation du travail que le gouvernement veut imposer. Le succès de la grève générale a mis Ventura sur la défensive – il a cessé d’accuser la grève d’être l’œuvre de l’extrême gauche et s’est mis à proposer de dialoguer avec les grévistes pour écouter «leurs justes revendications» – et a obligé Seguro à promettre que, s’il était élu président, il opposerait son veto à la nouvelle législation du travail.

Avec ou sans crise politique à l’horizon, la gauche doit s’essayer, dans le cadre des résistances sociales, à des dialogues/débats qui lui permettront d’éviter la marginalité politique. La grève générale est un indicateur de la voie à suivre: plus de protagonisme dans les luttes et sur le terrain extra-partisan, plus d’engagement dans la solidarité contre la fascisation, plus d’espaces communs pour comprendre ensemble l’époque dans laquelle nous vivons. Telles sont les conditions essentielles pour qu’il puisse exister, lors du prochain cycle électoral, une alternative unitaire qui offre de la crédibilité plutôt que de la fragmentation. (Article en portugais reçu le 20 janvier 2026; traduction-édition rédaction A l’Encontre).

Jorge Costa, membre de la direction du Bloc de gauche


[Source : www.alencontre.org]