Jean-Luc Mélenchon a reconnu avoir profondément revu sa position sur le port du voile islamique. Devant des militants de La France insoumise réunis dans la capitale, le candidat à l’élection présidentielle a jugé que son opposition passée relevait d’une « erreur terrible ».
Écrit par Léandre Genet
Cette prise de
parole intervient dans le sillage de la proposition du Rassemblement national
de pénaliser le port du voile dans l’espace public. Le sujet, récurrent dans le
débat politique français, oppose des conceptions divergentes de la laïcité, des
libertés individuelles et de l’émancipation des femmes.
Un mea culpa devant les militants insoumis
Jean-Luc Mélenchon
a expliqué qu’il ne partageait pas, auparavant, l’approche qu’il défend
aujourd’hui. « Il y avait un temps aussi, je n’étais pas d’accord avec cette
histoire de voile, je n’avais pas compris », a-t-il déclaré lors de cette
conférence parisienne.
Le fondateur de
La France insoumise a attribué cette évolution à ses échanges avec des femmes
aux parcours et aux convictions différents. « Mais j’ai rencontré des femmes
qui portaient le voile ou des femmes très croyantes et qui ne portaient pas le
voile, et des femmes qui n’étaient pas croyantes mais qui disaient chacun “fait
comme il veut”. Et on en a parlé (…) et j’ai été convaincu. Je me suis dit que
j’ai fait une erreur terrible », a-t-il poursuivi.
Ces déclarations constituent une clarification publique de sa position, alors que les débats sur le voile occupent à nouveau une place importante dans la séquence politique précédant l’élection présidentielle. Elles visent aussi à inscrire son discours dans une défense de la liberté de choix des personnes concernées.
🔴ARCHIVE | Quand Jean-Luc Mélenchon qualifiait le voile des femmes musulmanes de « chiffon sur la tête », sur le plateau de Léa Salamé (2017). pic.twitter.com/lM84rC5p3f
— French Report (@french_report78) April 13, 2026
Une évolution qui tranche avec ses propos passés
Le changement
revendiqué par Jean-Luc Mélenchon contraste avec plusieurs déclarations
antérieures. En 2010, il qualifiait le voile de « signe de soumission
patriarcale ». Sept ans plus tard, en 2017, il employait l’expression « chiffon
sur la tête ».
Ces prises de
position avaient nourri les critiques de responsables et d’intellectuels
attachés à une lecture stricte de la laïcité. Pour eux, le voile ne peut être
dissocié des rapports de domination pouvant peser sur certaines femmes, même
lorsque celles-ci affirment le porter volontairement.
À l’inverse, les
défenseurs d’une approche centrée sur les libertés individuelles soulignent que
la laïcité française encadre les relations entre les institutions publiques et
les cultes, sans imposer une neutralité religieuse générale aux citoyens dans
l’espace public. Jean-Luc Mélenchon s’inscrit désormais dans cette seconde
lecture, en mettant en avant l’écoute des premières concernées.
Le débat relancé par la proposition du RN
La déclaration du
candidat insoumis survient après l’annonce d’une proposition du Rassemblement
national visant à sanctionner le port du voile islamique dans l’espace public.
Le parti défend cette orientation au nom de la lutte contre l’islamisme et de
la protection des femmes.
Le gouvernement a
également émis des réserves sur la constitutionnalité et l’applicabilité d’une
telle mesure. La question touche en effet à plusieurs principes juridiques,
dont la liberté de conscience, la liberté religieuse et l’égalité devant la
loi.
Jean-Luc
Mélenchon avait déjà dénoncé cette proposition, estimant que « la laïcité est
une loi de liberté et d’unité du peuple » et que « le voile, la kippa, les
crucifix sont des choix libres dans l’espace public ». Son mea culpa sur ses
déclarations passées donne désormais une dimension personnelle à cette ligne
politique.
Une séquence révélatrice des clivages
Au-delà du
parcours de Jean-Luc Mélenchon, cette séquence illustre la persistance d’un
désaccord de fond dans le débat public. Certaines voix considèrent que le voile
renvoie à une norme religieuse susceptible de limiter l’autonomie des femmes.
D’autres refusent que l’État ou les responsables politiques définissent à leur
place ce qu’elles peuvent porter dans la rue.
Le candidat de
LFI affirme avoir modifié son analyse au contact de femmes voilées, croyantes
non voilées et non croyantes. Son intervention ne mettra probablement pas fin
aux divergences, mais elle acte sans ambiguïté une rupture avec ses formules
antérieures.
À moins d’un an
de la présidentielle, le voile demeure ainsi un sujet à la fois politique,
juridique et social. Les positions exprimées cette semaine montrent qu’il
continuera de structurer une partie des oppositions entre les candidats, autour
de la définition de la laïcité et de la place des signes religieux dans
l’espace public.
[Photo: STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via
Getty Images - source : www.epochtimes.fr]

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