Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvé totalement impuissant. Ma voiture était en flammes, mais tout ce qui comptait pour moi, c’était la survie de ma famille.
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Un jeune Palestinien regarde à travers la fenêtre brisée de sa maison après une attaque menée par des colons israéliens la nuit précédente dans le village d’At-Tuwani, à Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie occupée, le 19 juillet 2026.
Écrit par Mohammad Hesham Huraini
Mondoweiss
Je savais qu’ils
étaient là avant même de les voir. Il était un peu plus de minuit, le 18
juillet, et une quarantaine de colons israéliens masqués, venus de
l’avant-poste illégal de Havat Ma’on, connu pour sa violence, envahissaient mon
village d’At-Tuwani, dans les collines du sud d’Hébron, armés de bâtons, de
pierres et d’essence.
J’ai entendu des
cris, suivis du bruit caractéristique des pierres brisant les vitres. Puis j’ai
senti la chaleur du feu qu’ils avaient allumé.
Les colons se
sont d’abord rués sur la mosquée Al-Taqwa. Ils en ont brisé les vitres, ont
versé de l’essence sur le sol et ont incendié l’entrée. Ils ont tagué des
étoiles de David sur les murs, ainsi que des slogans en hébreu, y compris
" Vengeance".
Une vengeance
pour quoi exactement ? Ils nous ont accusés d’avoir déclenché un incendie
de forêt qui avait ravagé la colonie de Havat Gilad plus tôt dans la journée.
Les autorités israéliennes ont annoncé par la suite que cet incendie avait
probablement été provoqué accidentellement par une cigarette mal éteinte.
Mais ce faux
prétexte n’était qu’une excuse pour que les colons déchaînent leur rage sur les
Palestiniens. Ils savaient qu’ils ne seraient pas sanctionnés pour leurs crimes
— et que si nous tentions de nous défendre, l’armée israélienne se
précipiterait au secours des colons, en nous arrêtant ou même en nous tirant
dessus sans la moindre hésitation.
Après avoir
attaqué la mosquée, ils se sont divisés en plusieurs groupes et sont passés de
maison en maison. Ils ont lancé d’autres pierres, brisé d’autres fenêtres et
aspergé les maisons d’essence avant d’y mettre le feu.
J’étais chez mon
oncle lorsque l’attaque a commencé, tandis que le reste de ma famille - mes
parents, mes trois sœurs et mon petit frère - dormaient chez nous, tout près de
là. J’ai entendu mes sœurs hurler en se réveillant, suffoquées par l’odeur de
fumée et les murs en feu, prenant conscience de ce qui se passait. J’ai couru
vers la maison, le cœur serré.
Pour la première
fois de ma vie, je me suis senti complètement impuissant. J’étais seul face à
plus de quarante d’entre eux, soutenus par les forces d’occupation. Ils me
jetaient des pierres pendant que je courais. Je ne savais pas si certains
d’entre eux étaient armés. J’ai eu à peine assez de souffle pour leur crier dessus,
ne serait-ce que pour avoir le sentiment de ne pas être un simple spectateur de
la destruction de ma propre maison.
Pendant tout ce
temps, je ne pensais qu’à la famille Dawabsheh, de la ville de Duma, dont la
maison avait été incendiée par des colons israéliens en 2015, tuant trois de
ses membres, dont Ali, âgé de 18 mois. J’étais terrifié à l’idée de pouvoir
perdre ma propre famille de la même manière.
Lorsque je suis
arrivé chez moi, la première chose que j’ai vue, c’était ma voiture en flammes.
Mais à ce moment-là, cela m’était égal : tout ce qui comptait pour moi,
c’était de savoir si ma famille était saine et sauve.
J’ai trouvé ma
mère et mes sœurs en larmes, tremblantes. Par la grâce de Dieu, tout le monde
était sain et sauf, mais les éclats de verre de nos fenêtres brisées jonchaient
le sol. La terreur, la panique et la peur que nous avons tous ressenties cette
nuit-là resteront à jamais gravées dans nos mémoires - exacerbées par la
certitude que cela pourrait se reproduire dès demain.
Non loin de là,
l’un de mes voisins, un adolescent de seize ans, dormait sous une fenêtre
lorsque des colons ont déversé de l’essence à l’intérieur, dont une partie a
éclaboussé ses vêtements. Si les flammes l’avaient atteint, il ne serait plus
en vie aujourd’hui. Au lieu de cela, il restera à jamais marqué par le souvenir
de l’odeur rance de la fumée, du goût de la terreur et le sens de la peur pour
sa vie.
Si cet adolescent
a eu de la "chance", sa famille a connu une autre tragédie cette
nuit-là. Sa mère, qui était enceinte, a été touchée par une pierre que des
colons ont lancée à travers leur fenêtre. Le Croissant-Rouge palestinien est
arrivé environ 20 minutes après la fin de l’attaque et a transporté d’urgence
la femme — Roqaya Rabie, âgée de 35 ans — à l’hôpital, mais son bébé à naître
n’a pas pu être sauvé, privé même de la chance de connaître une vie ici sans
violence.
Les colons ont
également attaqué notre laiterie et y ont mis le feu. Pour la plupart des
femmes de notre village, c’est leur seule source de revenus. On nous a déjà
enlevés tant de moyens de gagner notre vie : la station-service locale,
les entreprises de construction et les ateliers de couture qui fonctionnaient
autrefois ici ont tous fermé leurs portes ces dernières années. La laiterie est
tout ce qui nous reste, et les colons ont tenté de la détruire, elle aussi.
Le pogrom n’a
duré qu’une dizaine de minutes. Mais dix minutes passées à croire que l’on est
sur le point de perdre sa famille semblent une éternité. En partant, les colons
ont mis le feu à une dernière maison, comme s’ils n’avaient pas déjà causé
assez de dégâts.
À ce moment-là,
nous avions commencé à éteindre les incendies. Nous avons tenté de sauver la
mosquée, nos maisons et la laiterie. Ma voiture était irrécupérable ; le
feu l’avait réduite en cendres presque instantanément.
Comme d’habitude,
l’armée et la police israéliennes ne sont arrivées qu’après le départ des
colons. Au lieu de poursuivre les agresseurs ou de mener une descente dans leur
avant-poste pour les arrêter, elles se sont retournées contre nous. Elles nous
ont repoussés et nous ont crié dessus, tout en laissant les colons terroristes
s’éloigner tranquillement des lieux en toute impunité. Une fois de plus, les
Palestiniens se sont retrouvés sans défense face à la violence coordonnée
perpétrée par des colons sous la protection de l’État.
Quand vous êtes
assis chez vous, je suppose que vous n’avez jamais à craindre une invasion
violente. Vous ne vous attendez pas à ce que votre voiture soit soudainement en
flammes. Vous ne pensez probablement jamais à renforcer vos fenêtres ni à
recouvrir vos murs d’une peinture permettant d’effacer plus facilement les
graffitis après une attaque.
Mais ici, à
Masafer Yatta, ce sont des préoccupations quotidiennes. Peu importe que l’un
des nôtres ait remporté un Oscar pour "No Other Land", ou que, grâce
à ce film, le monde connaisse désormais le nom de notre petit village.
Au lieu de bénéficier d’une protection, nous avons dû ramasser les débris d’une énième attaque qui a mis nos vies en danger. Une fois les murs nettoyés et la suie balayée, nous avons commencé à faire le point sur ce qui pouvait être sauvé et sur ce qui était définitivement perdu à cause de la violence du régime colonial israélien.
Mohammad Hesham Huraini est un journaliste indépendant et militant des droits de l’homme originaire d’At-Tuwani, à Masafer Yatta.
[Traduction : AFPS - photo : Mosab
Shawer/Activestills - source : www.france-palestine.org]

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