Après le 7 octobre, l’armée israélienne a distribué des milliers d’armes à feu aux colons et en ont enrôlé des milliers d’autres dans des unités de défense territoriale. Il en résulte un effacement dangereux de la frontière entre les milices armées de colons et l’État israélien – un processus qui s’inscrit pleinement dans la vision des partenaires d’extrême droite de la coalition de Netanyahou.
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Des colons attaquent les récoltes d’olives à Beita, 10 octobre 2025.
Écrit par Joshua Leifer
À la suite des attaques du 7 octobre menées par le Hamas, l’armée
israélienne, craignant que la Cisjordanie ne devienne le prochain front à
s’embraser, a distribué des armes aux colons israéliens et levé de nouvelles
unités pour défendre les colonies et les avant-postes (dont plus de 140 ont été
créés depuis le début de la guerre en octobre 2023).
Mais ces armes et ces effectifs n’ont pas empêché une explosion de
violence ; au contraire, ils en ont déclenché une autre.
Selon un nouveau documentaire du journaliste Chen Liberman, diffusé la
semaine dernière sur la chaîne publique israélienne Kan, environ 7 000 armes
longues ont été remises par l’armée aux colons. De plus, quelque 8 000 colons –
dont certains parmi les plus extrémistes et les plus violents du mouvement
radical des colons – ont été enrôlés dans des unités de défense territoriale,
officiellement pour combler le vide laissé par les résidents des colonies
appelés sous les drapeaux en tant que réservistes et envoyés combattre à Gaza
et au Liban.
Il en a résulté une intensification rapide de la violence des colons et un
effacement dangereux de la frontière, déjà floue, entre les groupes armés de
colons agissant en justiciers extrajudiciaires et l’État israélien.
Autrefois relativement rares, les scènes montrant des soldats en uniforme à
la tête de milices de colons itinérantes, participant à des attaques
meurtrières menées par ces derniers, sont devenues, depuis le 7 octobre,
monnaie courante. Les propres données de l’armée indiquent que les attaques de
colons contre des Palestiniens ont augmenté d’environ 25 % en 2025. Et les
responsables de ces violences ne sont presque jamais tenus pour responsables.
Techniquement subordonnés à la hiérarchie militaire, mais opérant en
pratique dans la zone grise entre l’armée et les autorités civiles, les membres
de ces unités ont incendié des maisons et des voitures palestiniennes, battu et
tué des civils palestiniens, et volé de vastes étendues de terre – le tout en
toute impunité.
Le film de Liberman offre un récit effrayant et détaillé de la manière dont
l’armée israélienne a délibérément cédé son monopole sur l’usage de la force à
des colons extrémistes et aux « jeunes des collines », et de la façon
dont l’occupation a absorbé, voire submergé, l’appareil d’État sur lequel elle
s’appuyait autrefois.
Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Malgré les protestations des
responsables de l’armée et du gouvernement, qui affirment que l’escalade de la
violence des colons en Cisjordanie est le fait de quelques brebis galeuses ou,
comme l’a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu en décembre dernier,
d’une « poignée d’adolescents… issus de foyers brisés », la
multiplication des attaques contre les Palestiniens et le déplacement de
villages entiers sont le résultat d’une politique d’État. Après tout, c’est
l’armée israélienne qui a fourni des armes à ces colons, et c’est la police
israélienne qui refuse de les poursuivre en justice pour leurs crimes.
Pour les colons les plus radicaux, partisans de l’élimination, l’objectif
final n’est pas simplement la conquête du Grand Israël, mais l’expulsion des
habitants palestiniens de l’ensemble du territoire sous contrôle israélien.
Leur vision est catastrophique (ils diraient « messianique »), dans
laquelle une conflagration finale mettant fin à la présence non juive en Terre
d’Israël serait le prélude à la Rédemption.
Si les 983 derniers jours de guerre se sont déroulés ainsi, c’est en partie
parce que, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, les représentants de
ces colons occupent des postes de ministres au sein du gouvernement. Ils
considèrent le chaos et le bain de sang dans lesquels ils ont plongé le pays
comme une opportunité, celle pour laquelle ils ont longtemps prié – c’est,
comme l’a dit la députée du sionisme religieux Orit Strock, « une période
miraculeuse ».
La mainmise continue des colons sur l’État à la frontière de la Cisjordanie
n’est pas, pour eux, un problème à résoudre : il s’agit plutôt d’une étape
incontournable vers le nettoyage ethnique définitif du territoire et la
réalisation de l’objectif ultime de leur vision politico-théologique.
Traduction : AFPS
[Photo : Avishay Mohar-Activestills - source : www.france-palestine.org]

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