quinta-feira, 14 de maio de 2026

En Afrique, Emmanuel Macron qualifie la binationalité de « trésor » et de « chance » pour la France

Emmanuel Macron a profité d’un déplacement en Afrique de l’Est pour livrer un nouvel hommage appuyé aux Français disposant d’un double ancrage national. Présent devant un public composé de jeunes issus des diasporas, le chef de l’État a qualifié la binationalité de « trésor » et de « chance » pour la France, en réaffirmant une ligne qu’il porte de longue date sur ce sujet.

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du sommet « Africa Forward.

Écrit par Gaspard Lignard

« Nous Français, on a près de 17 millions d’entre nous qui faisons partie des diasporas et c’est une chance pour la France », a déclaré le président. En ajoutant : « On a des millions de nos jeunes qui sont 100% français et maliens, 100% français et algériens, 100% français et sénégalais et c’est une chance immense ».

Ces déclarations prolongent des messages déjà tenus par Emmanuel Macron lors d’échanges avec des binationaux, où il les invite à assumer pleinement leur double appartenance.

Une vision stratégique des diasporas françaises

Depuis plusieurs années, Emmanuel Macron présente les diasporas comme un levier diplomatique, économique et culturel pour la France. En 2022, il avait déjà défendu « la richesse plurielle » des Français venant des diasporas du Levant, du Maghreb ou d’Europe du Sud, estimant que « nos diasporas, nos binationaux sont une chance formidable pour la France ».

L’exécutif travaille désormais à structurer cette approche, avec l’idée d’un Conseil ou Haut-Commissariat dédié à la diversité et aux diasporas, afin de mobiliser ces réseaux dans la politique étrangère et l’entrepreneuriat, notamment vers l’Afrique. Le projet s’accompagnerait d’une convention citoyenne prévue à l’été 2026, réunissant tirés au sort et représentants de ces communautés pour réfléchir à la meilleure manière de valoriser cette « force des diasporas ».

Selon les chiffres officiels, environ 1,78 million de Français sont inscrits au registre consulaire hors de France, mais les estimations portent la diaspora réelle à 2,5 à 3 millions de personnes, en tenant compte des non-inscrits. La référence présidentielle à « 17 millions » englobe, selon l’Élysée, un périmètre beaucoup plus large, incluant aussi bien les binationaux que les Français d’origine étrangère ou ultramarine jusqu’aux grands-parents.

Un discours d’inclusion face aux inquiétudes identitaires

En insistant sur le fait qu’on peut être « 100% français et 100% » d’un autre pays, Emmanuel Macron s’oppose à une vision exclusive de l’identité nationale. Lors d’autres interventions, il a déjà dénoncé ceux qui demandent aux étrangers établis en France « d’oublier le reste » de leurs origines, y voyant une « erreur » et une source de tensions inutiles.

Pour le chef de l’État, ce double ancrage doit être assumé comme un atout individuel et collectif. Il affirme que cette pluralité d’appartenances offre des ressources culturelles, linguistiques et économiques, notamment pour les entreprises et les institutions qui souhaitent se projeter à l’international. L’Afrique est régulièrement citée par le président comme un espace d’« opportunités extraordinaires » où les Français issus des diasporas pourraient jouer un rôle d’intermédiaires privilégiés.

Cette rhétorique s’inscrit dans une stratégie plus large de reconfiguration du lien entre la France et les pays d’origine de ces diasporas. Emmanuel Macron la présente comme un moyen de dépasser les mémoires coloniales conflictuelles et de bâtir des relations partenariales fondées sur les mobilités humaines et l’hybridation des parcours.

Des réserves sur la catégorisation des « Français des diasporas »

Cette valorisation assumée ne suscite cependant pas un consensus. Certains observateurs soulignent que la création d’instances spécifiques pour les diasporas risque de renforcer, plutôt que réduire, les lignes de séparation symbolique entre différentes catégories de Français. Des critiques pointent le risque d’installer durablement l’idée de « Français normaux » et de « Français des diasporas », avec des attentes et des usages différenciés dans la politique étrangère et économique.

La double nationalité se heurte aussi cadre juridique français : pour l’État, seule la nationalité française est reconnue, même si un ressortissant peut détenir une ou plusieurs autres nationalités. En droit, il n’existe donc pas un statut spécifique de « binational » dans l’ordre interne français, même si cette réalité sociologique joue un rôle dans la vie quotidienne et les débats publics.

Certains craignent que la focalisation sur les diasporas ne réduise ces Français à une fonction d’intermédiaires avec leurs pays d’origine, au détriment de leur pleine reconnaissance comme citoyens à part entière. Des organisations et commentateurs appellent ainsi à concilier valorisation des parcours transnationaux et vigilance contre toute forme de catégorisation qui pourrait nourrir un sentiment de mise à distance.

Un débat politique de fond sur la double nationalité

Les propos d’Emmanuel Macron interviennent enfin dans un contexte où la double nationalité reste un sujet sensible dans le débat public. La double appartenance a régulièrement fait l’objet de prises de position critiques, certains responsables politiques plaidant par le passé pour sa restriction voire sa suppression. Des propositions ont notamment visé à limiter l’accès de binationaux à certains postes considérés comme sensibles dans l’administration ou les entreprises publiques.

Le président se place à l’opposé de ces orientations en présentant les binationaux comme un vecteur de rayonnement et de croissance. En défendant un message d’inclusion, il cherche à répondre aux craintes d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration, soucieuse de voir sa loyauté régulièrement mise en cause. Le débat se poursuit toutefois sur les modalités concrètes de cette politique, entre reconnaissance des spécificités et souci d’égalité devant la citoyenneté.

Avec AFP

 

[Photo : Luis TATO / AFP via Getty Images - source : www.epochtimes.fr]


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