Le dernier film d’Ira Sachs, présenté en Compétition, nous plonge dans les derniers jours d’un acteur frappé par le sida. Un film bouleversant sur d’impossibles adieux.
Écrit par Bruno Deruisseau
Comme son compatriote James Gray, seul autre cinéaste américain de renom présent sur la Croisette cette
année, Ira Sachs semble
avoir voulu faire de The Man I love la somme de ses
obsessions, que ce soit le travail sur la transmission d’une mémoire queer (Peter Hujar’s Day), sur la torture de la passion amoureuse (Passages), sur la fin de vie (Frankie) et sur le New York gay, en l’occurrence celui de
la fin des années 1980.
On y regarde un acteur, Rami Malek, jouer un
acteur du nom de Jimmy George, condamné par la maladie (le sida, jamais nommé)
et donc vivre ses dernières fois : dernier amour, dernières étreintes, dernier
rôle au théâtre. Avec sa troupe, il adapte un fragment de Il était une
fois dans l’Est d’André Brassard (1973), film lui-même tiré d’une
pièce du dramaturge québécois Michel Tremblay se déroulant en partie dans un
cabaret mené par des travestis. Si on pense fort à Rainer Werner Fassbinder dans ce nouveau film d’Ira Sachs, c’est qu’on y retrouve cette
sensation d’être à vif, sentimentalement, artistiquement, ce cinéma écorché de
celles et ceux qui se savent ou se sentent condamné·es.
“Ils ont changé mon tempo”
Bien que la performance de Rami Malek,
tout en roulement d’orbites et décrochement de mâchoire, flirte avec le sur-jeu
et rappelle les mauvais souvenirs de son Freddie Mercury dans l’insipide Bohemian Rhapsody, The Man I Love est un film bouleversant sur les
impossibles adieux d’un acteur. Il offre des séquences déchirantes, comme
celles où Jimmy George refuse de répéter ses dialogues sans les reprendre
depuis le début, niant inconsciemment la fatalité d’une vie tragiquement brisée
dans sa course. Ou cette autre très belle scène où il interprète une version
bilingue d’Ils ont changé ma chanson de Dalida, chanteuse des
écorché·es devant l’éternel. Complètement malade, Jimmy George aimerait, comme
elle, mourir sur scène.
The Man I Love d’Ira Sachs avec Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach – présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026
[Photo : Jac Martinez - source : www.lesinrocks.com]

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