sexta-feira, 22 de maio de 2026

[Cannes 2026] « The Man I Love » d’Ira Sachs : requiem pour un artiste

Le dernier film d’Ira Sachs, présenté en Compétition, nous plonge dans les derniers jours d’un acteur frappé par le sida. Un film bouleversant sur d’impossibles adieux.

Écrit par Bruno Deruisseau

Comme son compatriote James Gray, seul autre cinéaste américain de renom présent sur la Croisette cette année, Ira Sachs semble avoir voulu faire de The Man I love la somme de ses obsessions, que ce soit le travail sur la transmission d’une mémoire queer (Peter Hujar’s Day), sur la torture de la passion amoureuse (Passages), sur la fin de vie (Frankie) et sur le New York gay, en l’occurrence celui de la fin des années 1980. 

On y regarde un acteur, Rami Malek, jouer un acteur du nom de Jimmy George, condamné par la maladie (le sida, jamais nommé) et donc vivre ses dernières fois : dernier amour, dernières étreintes, dernier rôle au théâtre. Avec sa troupe, il adapte un fragment de Il était une fois dans l’Est d’André Brassard (1973), film lui-même tiré d’une pièce du dramaturge québécois Michel Tremblay se déroulant en partie dans un cabaret mené par des travestis. Si on pense fort à Rainer Werner Fassbinder dans ce nouveau film d’Ira Sachs, c’est qu’on y retrouve cette sensation d’être à vif, sentimentalement, artistiquement, ce cinéma écorché de celles et ceux qui se savent ou se sentent condamné·es. 

“Ils ont changé mon tempo”

Bien que la performance de Rami Malek, tout en roulement d’orbites et décrochement de mâchoire, flirte avec le sur-jeu et rappelle les mauvais souvenirs de son Freddie Mercury dans l’insipide Bohemian RhapsodyThe Man I Love est un film bouleversant sur les impossibles adieux d’un acteur. Il offre des séquences déchirantes, comme celles où Jimmy George refuse de répéter ses dialogues sans les reprendre depuis le début, niant inconsciemment la fatalité d’une vie tragiquement brisée dans sa course. Ou cette autre très belle scène où il interprète une version bilingue d’Ils ont changé ma chanson de Dalida, chanteuse des écorché·es devant l’éternel. Complètement malade, Jimmy George aimerait, comme elle, mourir sur scène. 

The Man I Love d’Ira Sachs avec Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach – présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026

[Photo : Jac Martinez - source : www.lesinrocks.com]

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