Pour la présidente brésilienne, mieux vaut que le Brésil gagne le Mondial. Car en cas d'échec de la Seleção, la vague de mécontentement pourrait bien l'emporter lors du scrutin présidentiel d'octobre, estime le quotidien londonien.
![]() |
| Dilma Rousseff à Brasilia, le 16 avril 2014 |
FINANCIAL TIMES [ÉDITORIAL]
Pauvre Dilma Rousseff. La présidente du Brésil dégage la même morne aura d'efficacité qu'Angela Merkel, mais avec la capacité de concrétisation des Marx Brothers. Les préparatifs de la Coupe du monde avaient déjà embarrassé le pays, et ceux des Jeux olympiques de 2016 sont "les pires" que le Comité international ait jamais vus. L'économie est en plein marasme.
Jadis chouchou des marchés, le Brésil est tombé en disgrâce auprès des investisseurs. Le pays a besoin de retrouver rapidement une crédibilité et si Mme Rousseff n'y parvient pas, c'est l'élection présidentielle qui s'en chargera en octobre.
Corruption et pénurie d'électricité
Le gouvernement est confronté à trois défis immédiats. Le premier, c'est le scandale de corruption qui frappe Petrobras. En 2006, la compagnie pétrolière publique a versé 1,3 milliard de dollars [940 millions d'euros] pour acheter une raffinerie que ses vendeurs avaient acquise pour 42,5 millions de dollars l'année précédente. Mme Rousseff étant à l'époque présidente de Petrobras, ce contrat entache sa réputation de gestionnaire habile et compétente.
Le deuxième, c'est le risque croissant de pénuries d'électricité. La production repose essentiellement sur l'énergie hydraulique et fait appel à quelques centrales thermiques, plus chères. Le problème, c'est qu'une sécheresse prolongée a tari plusieurs réservoirs du pays alors que la consommation d'électricité a augmenté. Résultat : le réseau fonctionne à pleine capacité mais uniquement grâce aux centrales thermiques, qui sont plus chères. Le risque de panne est bien réel. Mme Rousseff ayant été ministre de l'Énergie, ceci nuit à son image de technocrate.
Manifestations anti-Mondial
Aucun de ces problèmes n'a encore suscité de réaction au sein de l'électorat. En revanche, les choses pourraient être bien différentes en ce qui concerne le troisième, la Coupe du monde, qui démarre le 12 juin. L'année dernière, un mécontentement généralisé provoqué par le coût du tournoi et l'état désastreux des services publics avait conduit à d'énormes émeutes ("Nous voulons aussi des hôpitaux dignes de la FIFA", scandaient les manifestants).
On risque fort de voir encore des manifestations – peut-être pas suffisantes pour gâcher ce qui sera sûrement un évènement magnifique mais qui seront vues par des millions de téléspectateurs dans le monde entier.
Les choses seront encore pires pour Mme Rousseff si l'équipe nationale réalise une piètre prestation. Les Brésiliens pardonneront peut-être le coût du tournoi s'ils gagnent, mais pas s'ils ne parviennent pas à obtenir un résultat respectable, disons à atteindre au moins les demi-finales. Faute de cela, le coût et les perturbations provoquées par la compétition n'auront servi à rien. Et à la mi-juillet, quand le football s'arrêtera, la campagne électorale entrera dans sa phase intense.
Économie fragile
Les investisseurs et les Brésiliens sont de plus en plus inquiets. Mme Rousseff a beau être la favorite pour le scrutin du 5 octobre, certains au sein de son parti avaient appuyé la candidature de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva. Mme Rousseff est connue pour parler au lieu d'écouter, mais certains signes montrent qu'elle commence à tenir compte des critiques.
La semaine dernière, elle a augmenté les aides sociales et réduit les impôts pour donner un coup de pouce à l'économie. Bonne idée, sauf que ce qu'il faut au Brésil c'est une politique de l'offre qui dope l'efficacité et pas une politique de la demande qui alimente une inflation déjà élevée.
Il paraît cependant qu'elle accordera à la banque centrale une indépendance officielle au cours de son second mandat, ce qui était à l'origine une idée de l'opposition. Elle pourrait également faire appel à Alexandre Tombini, le patron de la banque centrale, pour remplacer le malheureux Guido Mantega au ministère des Finances. Ces deux mesures seraient bienvenues.
Reste à savoir si Mme Rousseff, avec son aura d'Angela Merkel mais son efficacité de Marx Brothers, est la personne la plus indiquée pour remettre le Brésil sur les rails. Après tout, son premier mandat a été une déception. Cependant, les marchés politiques du pays semblent au moins fonctionner correctement puisqu'ils transmettent les préoccupations de la population, et celles-ci commencent à pousser le débat politique dans une direction favorable aux investisseurs. Cela ne peut être qu'une bonne chose.
[Photo : AFP/Evaristo SA - source : www.courrierinternational.com]

Sem comentários:
Enviar um comentário