Les prénoms amazighs (berbères), mais
aussi hassanis (dialecte maure) et hébraïques doivent être autorisés au
Maroc, a confirmé lundi la Haute Commission de l’état civil marocain.
Ils ont beau être autorisés depuis 2010, les prénoms amazighs font
encore régulièrement l’objet d’interdiction.
Écrit par MARIE VERDIER
Les Marocains sont libres de choisir le
prénom de leur enfant, a réaffirmé la Haute Commission de l’état civil
marocain dans un communiqué diffusé lundi. Cette liberté concerne « sans distinction aucune »,
les prénoms arabes, amazighs (berbères), hassanis (dialecte maure) et
hébraïques, précise la commission, pour autant qu’il n’y ait pas
atteinte à la morale ou à l’ordre public.
En dépit du fait que l’amazigh a été reconnu langue officielle dans la Constitution de 2011, les prénoms amazighs font encore régulièrement l’objet d’interdiction au Maroc. « Le mois dernier encore, à Casablanca, des parents n’ont pas pu inscrire sur les registres d’état civil leur fils qu’ils voulaient prénommer Anir », déplore Ahmed Assid, chercheur à l’institut royal de la culture amazighe et président de l’Observatoire amazigh des droits et libertés.
« Les officiers d’état civil se réfèrent à une liste officielle de prénoms arabes pour interdire les prénoms amazighs, explique-t-il. Or,
ils ignorent que cette liste a été supprimée en 2003, à la suite de la
création par le roi Mohammed VI d’une commission visant à régler cette
question des prénoms. »
L’identité amazighe, combattue
pendant près d’un siècle, d’abord par la France coloniale, puis par la
monarchie marocaine, peine encore à être pleinement reconnue dans les
esprits, alors même que la majorité de la population marocaine est
d’origine berbère. Il a fallu la mort du roi Hassan II, le père de
Mohammed VI, en 1999, pour que puisse renaître la question amazighe.
« Jusque-là,
la diversité était considérée comme une menace pour la cohésion
nationale. Le Maroc a mené dès son indépendance une politique continue
d’arabisation. L’amazighité était taboue. Hassan II n’a d’ailleurs
jamais prononcé le mot “amazigh”. Il fallait avoir beaucoup de courage,
pendant les années de plomb, pour revendiquer un prénom amazigh », rappelle Ahmed Assid.
En
1992, la publication de la liste des prénoms arabes considérés comme
seuls de caractère marocain a rendu même impossible toute velléité de donner
à son enfant un prénom berbère. La liste a donc été supprimée en 2003,
après que le jeune roi Mohammed VI eut reconnu la diversité culturelle
et identitaire du Maroc en 2001. Mais la discrimination sur les prénoms a
perduré.
Une lettre adressée par Human Rights Watch
en juin 2009 au ministre de l’intérieur, Chekib Benmoussa, réclamant
des explications sur cette discrimination, a, à l’époque, fait grand
bruit. L’année suivante, le ministre a publié une circulaire rappelant
que la liste des prénoms était supprimée et la liberté des prénoms
instaurée. Une nouvelle circulaire d’avril 2013 a, à nouveau, rappelé la
consigne.
« Mais l’information n’a pas circulé, et des bureaux
d’état civil et des consulats marocains à l’étranger s’y opposent
toujours », constate Ahmed Assid. Le chercheur ajoute que l’enseignement en amazigh, prévu depuis 2003, « n’est
devenu réalité que dans 15 % des écoles du pays, alors même qu’une
partie de la population la plus défavorisée ne parle que cette langue ».
Quant à la loi organique devant mettre en œuvre le caractère
officiel de la langue amazighe, elle reste encore lettre morte, deux ans
et demi après l’adoption de la Constitution.
[Photo : FADEL SENNA / AFP - source : www.la-croix.com]

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