Lire, ou ne pas
lire ?
L'introduction
d'appareils numériques dépendants de l'électricité a modifié l'approche que les
autorités religieuses juives pouvaient avoir de cette fameuse journée du
Shabbat. Cette période de repos qui débute le vendredi soir, s'étend jusqu'à la
fin du samedi - soit près de 25 heures de repos. Concrètement, les activités du
quotidien sont interdites - excepté s'il faut intervenir pour sauver une
vie.
La lecture, cet
horrible danger, est au cours de ces dernières années, devenue numérique.
L'utilisation de lecteurs ebook et de tablettes, appareils éminemment
électriques accompagne une transition vers d'autres textes, ou d'autres accès
aux textes. En la matière, le Talmud, qui définit les règles à suivre pour la
période de Shabbat, autorise la lecture, l'étude et les discussions autour de
la Torah. Mais qu'en est-il de la lecture numérique de la
Torah ?
Ordinateurs, smartphones et
mobiles ou autres appareils électriques sont interdits et nombre de juifs ne
les utilisent pas. Jusqu'à ce que les fameuses trois étoiles qui apparaissent
dans la nuit du samedi marquent la fin de cette période. Il est compliqué
d'appliquer les règles du Talmud à cette question de la lecture numérique
sachant qu'elle marque typiquement ce qui ne doit pas être fait - le fameux
verbe rendu par 'démolir', catégorie dans laquelle entre l'électricité.
En parallèle, les rabbins considèrent que le
fait de tourner les pages sur un appareil de lecture numérique 'efface' les
lettres, un autre problème. Ajoutons que le fait de l'écriture est également
proscrit durant cette période, pour rendre la question plus délicate
encore.
The Atlantic rapport plusieurs expériences et
réflexions d'autorités religieuses sur ces différents éléments.
La question des
nouvelles technologies ne fait d'ailleurs que revenir avec les lecteurs ebook
et les tablettes. Du temps des premiers téléphones portables, il fallait déjà
trouver une approche rationnelle et respectueuse des règles. L'une des
approches, pour l'électricité (avec la difficulté de ne pas allumer et
éteindre) reste le recours à un minuteur. Mais pour pratique qu'elle soit, la
solution ne convainc pas tout le monde.
L'approche d'un
rabbin orthodoxe est de considérer que la lecture sur un Kindle n'est pas
absolument nécessaire durant le jour de Shabbat, aussi peut-on s'en abstenir.
Ne poussons pas le paradoxe jusqu'à demander ce qu'il adviendrait du pratiquant
qui aurait décidé de télécharger l'intégrale de la Torah sur son Kindle pour en
profiter durant le métro…
Le rabbin Daniel
Nevvins, doyen de l'école rabbinique du Conservative Movement's Jewish
Theological Seminary explique que « le problème avec les expériences
virtuelles, c'est qu'elle détournent notre attention de l'environnement local
et brisent toutes les limites d'espace et de temps. Shabbat concerne le
renforcement des frontières de l'espace et du temps, afin que nous puissions en
retirer une expérience spécifique ».
Mais tout le monde
ne s'accorde pas : si la technologie de lecture numérique peut contribuer à
aider dans la sanctification de ce représente le Shabbat, elle peut servir.
C'est après tout le fait de la communauté orthodoxe que de considérer l'usage
de l'électricité comme un interdit.
Éviter la
technologie, ou ne pas l'éviter, quand cette dernière est un outil de lecture,
difficile de trancher. Le rabbin Jeffrey Fox, orthodoxe moderne directeur du
Yeshivat Maharat, une institution de Riverdale (New York) explique : « Il
existe une vraie valeur supplémentaire à embrasser les outils technologiques.
Il s'agit simplement de savoir quand l'éteindre. »
Par Nicolas Gary
[Source : www.actualitte.com]
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