Le théâtre a appris que Facebook et Instagram filtraient les publicités évoquant des « thèmes de société » tels que les droits civiques ou le féminisme
Un théâtre de Barcelone s’est vu interdire de promouvoir sur Instagram et Facebook une adaptation théâtrale de l’ouvrage de Virginia Woolf *Une chambre à soi*, au motif que l’œuvre aborde des « thèmes sociaux ».
Lorsque le Teatre Raval, qui vient de rouvrir ses portes et peut accueillir 193 spectateurs/spectatrices, a demandé à Meta, la société mère des deux réseaux sociaux, pourquoi sa publicité avait été bloquée, on lui a répondu que « toute mention des droits civiques, du féminisme ou de la réforme sociale [des thèmes centraux dans l’œuvre de Woolf] est généralement classée comme « sujet de société » par notre système automatique » et est donc filtrée.
Pour remédier à cette situation, Meta a recommandé de supprimer certains « mots-clés » afin que le texte ne donne pas l’impression d’encourager l’activisme.
Le théâtre a publié un communiqué dans lequel il déclare : « Nous nous sentons obligés de dénoncer l’injustice et la violation de nos droits que représente le fait de ne pas être autorisés à promouvoir une œuvre féministe, en l’occurrence une œuvre de Virginia Woolf, née en 1882.
« Que pouvons-nous faire ? En tant que théâtre, nous devons faire connaître nos activités… et nous devons utiliser les réseaux sociaux pour que le public soit informé des activités culturelles. »
La pièce, un spectacle solo interprété par Clara Sanchis, est une adaptation d’une série de conférences données par Woolf en 1928 à Newnham et Girton, qui étaient alors les deux seuls collèges de l’université de Cambridge à admettre des femmes.
Ces conférences ont été publiées l’année suivante sous la forme d’un essai sur la situation des femmes dans la société et leur accès à l’éducation. Les femmes étaient admises à étudier à Cambridge depuis 1869, mais elles n’ont été autorisées à obtenir un diplôme qu’à partir de 1948.
Woolf affirmait que pour produire une fiction de grande qualité, « une femme doit avoir de l’argent et une chambre à elle ». Elle écrivait dans son journal intime qu’elle s’attendait à être attaquée en tant que féministe pour ce qu’elle avait écrit.
« Nous ne savons pas si cette publicité a été rejetée à cause du nom de Virginia Woolf, à cause du mot “féminisme”, ou pour les deux raisons », a déclaré Sanchis au journal La Vanguardia.
«·Quoi qu’il en soit, c’est une manière d’effacer de la carte des avancées qui ont mis des siècles à se concrétiser. Nous avons donné aux réseaux sociaux un pouvoir illimité et nous constatons chaque jour à quel point cela est dangereux. C’est du parti pris et de la manipulation. »
[photo : Teatre Raval - reproduit sur entreleslignesentrelesmots.wordpress.com]

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