segunda-feira, 13 de julho de 2026

IA le scandale : acheter des millions de livres d’occasion légalement pour les détruire

Pour entraîner leurs modèles de langage et leur apprendre à « bien écrire », les géants de l’intelligence artificielle ne se contentent plus de parcourir le web ou de s’appuyer sur des bases de données numériques pirates.  


Écrit par Elizabeth Sutton 

Une méthode radicale et confidentielle, employée par la start-up Anthropic (créatrice de l’IA Claude), suscite une vive indignation dans le monde de l’édition : l’achat massif de livres physiques pour les numériser de manière destructive avant de les jeter.

Une usine à numériser baptisée Project Panama

Selon des milliers de pages de documents judiciaires rendus publics, Anthropic avait mis en place dès le début de l’année 2024 un plan secret au nom de code évocateur : le « Project Panama ». L’objectif affiché en interne était de « numériser de manière destructive tous les livres du monde », tout en insistant sur la nécessité absolue de garder l’opération confidentielle.

Pour y parvenir, l’entreprise a investi des dizaines de millions de dollars dans l’acquisition de stocks gigantesques de livres.

Outre le ciblage de bibliothèques publiques en manque de financement ou de grandes enseignes physiques comme The Strand à New York, l’entreprise s’est massivement tournée vers le commerce en ligne.

Des razzias automatisées sur les grossistes du web

Comme le souligne Siècle Digital, Anthropic a orchestré de véritables razzias en ligne auprès de mastodontes du livre d’occasion et de plateformes de revente en gros comme Better World Books ou le britannique World of Books.

Acheter des millions d’ouvrages un par un étant impossible, l’entreprise a passé des commandes automatisées par lots de dizaines de milliers d’unités.

Cette demande soudaine et artificielle via les boutiques en ligne a d’ailleurs fini par alerter certains libraires indépendants et revendeurs d’occasion. Ils ont ont réalisé après coup que leurs inventaires numériques web étaient “aspirés” non pas par des lecteurs, mais par les algorithmes d’un géant de la Tech.

Massicots et recyclage

La méthode logistique s’avérait ensuite particulièrement brutale pour les ouvrages reçus :

1. Les cartons acheminés par dizaines de milliers étaient stockés dans de vastes entrepôts.
2. Les reliures et les dos des livres étaient systématiquement tranchés à l’aide de massicots hydrauliques afin de détacher les pages.
3. Les feuilles volantes passaient ensuite dans des scanners industriels à haute vitesse pour intégrer la base de données de l’IA.
4. Une fois numérisées, les pages étaient immédiatement envoyées au recyclage.

Pourquoi détruire du papier à l’ère du numérique ?

Cette stratégie de la « terre brûlée » répondait à un besoin juridique. Face à une avalanche de procès pour avoir entraîné leurs modèles sur des bases piratées (comme Books3 ou Anna’s Archive), les entreprises de la Tech espéraient s’appuyer sur la doctrine américaine du « Fair Use » (usage raisonnable).

L’argument : posséder légitimement le support physique d’origine via un achat en bonne et due forme.

Un juge de San Francisco a d’ailleurs donné partiellement raison à cette interprétation, qualifiant l’entraînement sur des livres achetés légalement d’usage « transformateur ».

Un épilogue à 1,5 milliard de dollars

Malgré ce subterfuge matériel, la zone grise réglementaire a poussé Anthropic à négocier. L’entreprise a finalement conclu un accord à l’amiable, acceptant de verser 1,5 milliard de dollars de dédommagement aux auteurs et éditeurs plaignants.

Pour les syndicats d’auteurs (comme la Society of Authors), la révélation des coulisses du Project Panama illustre de manière presque trop littérale la façon dont l’IA “pille et détruit” la culture non dématérialisée pour s’en nourrir.

Regardez cette vidéo édifiante sur le sujet !

   

[source : www.idboox.com] 

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