Le vaste plan de régularisation des sans‑papiers lancé par le gouvernement de Pedro Sánchez en Espagne suscite désormais de vives inquiétudes au sein des services de police et de l’administration chargée de l’immigration, qui redoutent un « effet boule de neige » avec le regroupement familial.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s'exprime lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre du sommet de l'OTAN, le 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie.
Écrit par Gaspard Lignard
Selon des estimations internes évoquées par la presse espagnole, la
combinaison de la régularisation de personnes déjà présentes sur le territoire
et des droits à faire venir leurs proches pourrait, à terme, concerner jusqu’à
3 millions d’étrangers.
À l’issue de la période de dépôt des demandes, close le 30 juin, le
gouvernement a annoncé avoir reçu près de 1,2 million de dossiers, un chiffre
plus de deux fois supérieur aux « près d’un demi‑million de personnes »
initialement visées par le dispositif.
Dans ce contexte de montée en charge rapide, des responsables de
l’immigration et des forces de l’ordre cités par le quotidien El Mundo préviennent
: « Le système va s’effondrer. »
Un plan inédit par son
ampleur
Le décret royal approuvé par le Conseil des ministres en avril prévoit
une régularisation extraordinaire des étrangers en situation irrégulière
pouvant justifier d’au moins cinq mois de présence en Espagne avant le 31
décembre 2025, sans casier judiciaire, et avec des liens familiaux, sociaux ou
professionnels avérés. La mesure doit permettre l’obtention d’un permis de
séjour et de travail d’un an, renouvelable, ainsi que l’accès à la sécurité
sociale et au système de santé.
Le gouvernement socialiste présente cette opération comme un « acte de
normalisation » destiné à mettre fin au travail illégal, à stabiliser une main‑d’œuvre
déjà installée et à soutenir un système de sécurité sociale fragilisé par le
vieillissement démographique. Portée à l’origine par une initiative citoyenne
ayant recueilli plus de 600.000 signatures et le soutien d’environ 900
associations, ainsi que de l’Église catholique, elle constitue la première
régularisation d’une telle ampleur en Espagne depuis plus de vingt ans.
Des chiffres qui
dépassent les prévisions initiales
Entre la mi‑avril et le 30 juin, 1.174.978 demandes ont été
déposées, selon France 24, dont un peu
plus de 600.000 ont déjà été jugées « recevables », selon la secrétaire d’État
aux Migrations, Pilar Cancela. Deux tiers des demandeurs sont originaires
d’Amérique latine, ce qui confirme le profil principalement latino‑américain
anticipé par le gouvernement dès l’annonce de la réforme.
Les autorités disposent désormais de trois mois pour examiner ces
dossiers et pour délivrer – ou refuser – les permis de séjour et de travail,
uniquement valables en Espagne. Pour faire face à l’afflux, un réseau d’environ
450 bureaux (sécurité sociale, poste, services d’immigration) a été mobilisé et
plus de 550 professionnels supplémentaires ont été recrutés pour traiter ces
demandes.
Les craintes des forces
de l’ordre et de l’administration
Ce changement d’échelle nourrit toutefois des inquiétudes dans les
rangs policiers et chez certains hauts fonctionnaires chargés de la gestion de
l’immigration. Ceux‑ci soulignent que les chiffres actuels sont déjà très
supérieurs aux projections initiales de l’exécutif, et redoutent que le
regroupement familial, une fois les premiers permis délivrés, multiplie encore
le nombre de personnes concernées.
Selon les éléments rapportés par El Mundo, des responsables de
l’immigration mettent en garde contre une pression accrue sur les services
publics et les dispositifs d’accueil, jugeant que « le système va s’effondrer »
si les flux se maintiennent sur ce rythme. Ils pointent des risques de
saturation dans le traitement des demandes, dans la capacité d’intégration
locale et dans la gestion des frontières intérieures de l’espace Schengen.
La défense du
gouvernement Sánchez
Face à ces critiques, Pedro Sánchez insiste sur les bénéfices
économiques et sociaux attendus de cette régularisation. Il affirme que
l’Espagne, confrontée à un « hiver démographique », a besoin de maintenir son
dynamisme économique en intégrant pleinement une main‑d’œuvre déjà présente
dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’hôtellerie‑restauration ou les
soins.
Dans une tribune et plusieurs prises de parole, le Premier ministre
défend la voie de la « dignité, de la communauté et de la justice » pour les
migrants déjà installés dans le pays, en rupture avec les politiques de
restriction migratoire adoptées ailleurs en Europe. Il rappelle que la
régularisation n’ouvre pas immédiatement l’ensemble des droits, mais organise
un cadre administratif et juridique destiné à réduire la précarité et à renforcer
la contribution des travailleurs étrangers à la sécurité sociale.
Un débat qui dépasse
les frontières espagnoles
Sur le plan européen, plusieurs observateurs s’interrogent sur les
effets de ce plan sur la libre circulation dans l’espace Schengen et sur la
coordination des politiques migratoires entre États membres.
Entre les arguments de normalisation avancés par Madrid et les mises en
garde des forces de l’ordre sur la capacité d’absorption des systèmes
administratifs, la régularisation voulue par Pedro Sánchez s’impose comme un
test grandeur nature pour la gestion commune des migrations sur le continent.
[Photo : Chris McGrath/Getty Images - source : www.epochtimes.fr]

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