quinta-feira, 16 de julho de 2026

Espagne : la régularisation massive de Pedro Sánchez pourrait concerner jusqu’à 3 millions de migrants

Le vaste plan de régularisation des sans‑papiers lancé par le gouvernement de Pedro Sánchez en Espagne suscite désormais de vives inquiétudes au sein des services de police et de l’administration chargée de l’immigration, qui redoutent un « effet boule de neige » avec le regroupement familial.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s'exprime lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre du sommet de l'OTAN, le 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie.

Écrit par Gaspard Lignard

Selon des estimations internes évoquées par la presse espagnole, la combinaison de la régularisation de personnes déjà présentes sur le territoire et des droits à faire venir leurs proches pourrait, à terme, concerner jusqu’à 3 millions d’étrangers.

À l’issue de la période de dépôt des demandes, close le 30 juin, le gouvernement a annoncé avoir reçu près de 1,2 million de dossiers, un chiffre plus de deux fois supérieur aux « près d’un demi‑million de personnes » initialement visées par le dispositif.

Dans ce contexte de montée en charge rapide, des responsables de l’immigration et des forces de l’ordre cités par le quotidien El Mundo préviennent : « Le système va s’effondrer. »

Un plan inédit par son ampleur

Le décret royal approuvé par le Conseil des ministres en avril prévoit une régularisation extraordinaire des étrangers en situation irrégulière pouvant justifier d’au moins cinq mois de présence en Espagne avant le 31 décembre 2025, sans casier judiciaire, et avec des liens familiaux, sociaux ou professionnels avérés. La mesure doit permettre l’obtention d’un permis de séjour et de travail d’un an, renouvelable, ainsi que l’accès à la sécurité sociale et au système de santé.

Le gouvernement socialiste présente cette opération comme un « acte de normalisation » destiné à mettre fin au travail illégal, à stabiliser une main‑d’œuvre déjà installée et à soutenir un système de sécurité sociale fragilisé par le vieillissement démographique. Portée à l’origine par une initiative citoyenne ayant recueilli plus de 600.000 signatures et le soutien d’environ 900 associations, ainsi que de l’Église catholique, elle constitue la première régularisation d’une telle ampleur en Espagne depuis plus de vingt ans.

Des chiffres qui dépassent les prévisions initiales

Entre la mi‑avril et le 30 juin, 1.174.978 demandes ont été déposées, selon France 24, dont un peu plus de 600.000 ont déjà été jugées « recevables », selon la secrétaire d’État aux Migrations, Pilar Cancela. Deux tiers des demandeurs sont originaires d’Amérique latine, ce qui confirme le profil principalement latino‑américain anticipé par le gouvernement dès l’annonce de la réforme.

Les autorités disposent désormais de trois mois pour examiner ces dossiers et pour délivrer – ou refuser – les permis de séjour et de travail, uniquement valables en Espagne. Pour faire face à l’afflux, un réseau d’environ 450 bureaux (sécurité sociale, poste, services d’immigration) a été mobilisé et plus de 550 professionnels supplémentaires ont été recrutés pour traiter ces demandes.

Les craintes des forces de l’ordre et de l’administration

Ce changement d’échelle nourrit toutefois des inquiétudes dans les rangs policiers et chez certains hauts fonctionnaires chargés de la gestion de l’immigration. Ceux‑ci soulignent que les chiffres actuels sont déjà très supérieurs aux projections initiales de l’exécutif, et redoutent que le regroupement familial, une fois les premiers permis délivrés, multiplie encore le nombre de personnes concernées.

Selon les éléments rapportés par El Mundo, des responsables de l’immigration mettent en garde contre une pression accrue sur les services publics et les dispositifs d’accueil, jugeant que « le système va s’effondrer » si les flux se maintiennent sur ce rythme. Ils pointent des risques de saturation dans le traitement des demandes, dans la capacité d’intégration locale et dans la gestion des frontières intérieures de l’espace Schengen.

La défense du gouvernement Sánchez

Face à ces critiques, Pedro Sánchez insiste sur les bénéfices économiques et sociaux attendus de cette régularisation. Il affirme que l’Espagne, confrontée à un « hiver démographique », a besoin de maintenir son dynamisme économique en intégrant pleinement une main‑d’œuvre déjà présente dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’hôtellerie‑restauration ou les soins.

Dans une tribune et plusieurs prises de parole, le Premier ministre défend la voie de la « dignité, de la communauté et de la justice » pour les migrants déjà installés dans le pays, en rupture avec les politiques de restriction migratoire adoptées ailleurs en Europe. Il rappelle que la régularisation n’ouvre pas immédiatement l’ensemble des droits, mais organise un cadre administratif et juridique destiné à réduire la précarité et à renforcer la contribution des travailleurs étrangers à la sécurité sociale.

Un débat qui dépasse les frontières espagnoles

Sur le plan européen, plusieurs observateurs s’interrogent sur les effets de ce plan sur la libre circulation dans l’espace Schengen et sur la coordination des politiques migratoires entre États membres.

Entre les arguments de normalisation avancés par Madrid et les mises en garde des forces de l’ordre sur la capacité d’absorption des systèmes administratifs, la régularisation voulue par Pedro Sánchez s’impose comme un test grandeur nature pour la gestion commune des migrations sur le continent.

 

[Photo : Chris McGrath/Getty Images - source : www.epochtimes.fr]


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