Des vestiges du mur aux rives verdoyantes de la Spree, la capitale allemande conjugue histoire, culture et traditions locales dans une atmosphère unique en Europe.
Écrit par Tim
Johnson
Ma première visite à Berlin remonte à un quart
de siècle. C’était la dernière étape d’un tour d’Europe éclair avec un pass
Eurail. Après avoir dévoré des tapas et nagé sur les plages de Barcelone, flâné
dans les ruelles de Montmartre, admiré la Seine et le panorama de Paris depuis
les marches du Sacré-Cœur, puis descendu le Grand Canal de Venise en vaporetto,
la capitale allemande m’avait paru… décevante. Étrange, en fait.
Je voyageais avec mon meilleur ami, et nous nous
demandions : « Mais quel est cet endroit ? » Bien sûr, nous savions que la
ville avait été lourdement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale et
qu’elle avait été, pour l’essentiel, reconstruite à partir de zéro. Mais une
église en ruine surnommée la « dent creuse » ? Des bâtiments modernes dépourvus
de la patine historique de Notre-Dame ou de la basilique Saint-Marc ? Le tout
sous le regard de cette étrange — et laide — tour de télévision ? Eh bien, nous
n’avons pas aimé.
Pourtant, plusieurs décennies et plus d’une
douzaine de visites plus tard, Berlin est devenue l’une de mes villes préférées
au monde. Et voici le plus étonnant : bon nombre des raisons pour lesquelles
cette première expérience nous avait laissés si peu impressionnés sont
précisément celles pour lesquelles je l’aime aujourd’hui. Cette ville ne
ressemble à aucune autre.
L’histoire, en particulier celle du XXe siècle,
a façonné puis remodelé Berlin. Fondée en 1237, la ville fut la capitale de la
Prusse puis de l’Empire allemand. Elle fut le cœur du sinistre Troisième Reich avant
d’être divisée en zones après la Seconde Guerre mondiale.
Elle fut ensuite séparée par un mur devenu
célèbre, avec des trajectoires de développement et des vies très différentes de
part et d’autre. La liberté d’un côté, le communisme de l’autre. Plus
récemment, la réunification de l’après-guerre froide a ajouté un nouveau
chapitre fascinant à cette histoire.
Diversifiée et dynamique, Berlin révèle que son
étrangeté est en réalité merveilleuse — surtout lorsque l’on sait comment
l’explorer.
Une situation aéroportuaire compliquée
Les voyageurs qui prévoient des vacances en
Allemagne se demandent souvent pourquoi ils ne peuvent pas simplement prendre
un avion à Chicago ou à New York et rejoindre Berlin sans escale. Après tout,
n’est-ce pas la capitale du pays ? Mais l’histoire particulière de Berlin
pendant la guerre froide a influencé le développement de l’aviation moderne
dans la ville.
Après la Seconde Guerre mondiale, les puissances
alliées ont divisé l’Allemagne en zones d’occupation, Berlin se retrouvant au
sein du territoire de l’Allemagne de l’Est occupée par les Soviétiques. En
conséquence, le siège du pouvoir national allemand fut transféré à Bonn, tandis
que les aéroports internationaux se développaient dans d’autres grandes villes
— fermement ancrées, elles, en Allemagne de l’Ouest. C’est pourquoi Francfort
(FRA) et Munich (MUC) demeurent les deux principales portes d’entrée aériennes
du pays.
Les choses évoluent lentement. L’aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg (BER), ouvert en 2020, est vitré, lumineux et aéré — un endroit agréable où atterrir. Une petite poignée de liaisons saisonnières sans escale depuis l’Amérique du Nord sont en train d’être mises en place, ce qui constitue une évolution bienvenue pour aider les voyageurs à éviter le chaos habituel de Francfort.
L’aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg (BER) est le principal aéroport international de Berlin et de sa région. Il porte le nom de Willy Brandt, ancien chancelier de l’Allemagne de l’Ouest et ancien maire de Berlin. (Odysseas Johannes/Shutterstock)
BER est bien relié à la plupart des grandes
capitales européennes ; au pire, vous n’aurez donc qu’une seule correspondance.
Une fois sur place, tout devient plus simple. L’aéroport est relativement
proche du centre-ville. Une liaison directe du S-Bahn vous conduit jusqu’à la
porte de Brandebourg — ou vers d’autres lieux au cœur de la ville — en une
trentaine de minutes.
Longer le mur de Berlin
Une grande partie de l’histoire récente de
Berlin a été définie par le mur de 43 kilomètres qui a longtemps séparé les
moitiés est et ouest de la ville.
Avec le recul, il est remarquable de penser qu’au
sein d’une même ville coexistaient deux mondes totalement différents : à
l’ouest, une société prospère, fonctionnelle et bien approvisionnée ; à l’est,
la surveillance étroite de la redoutée police secrète de la Stasi et des
pénuries chroniques, avec des rayons vides et de longues files d’attente pour
des produits de base comme le pain ou le café.
Des Berlinois de l’Est se tiennent au sommet du mur de Berlin près de la porte de Brandebourg le 10 novembre 1989, au lendemain de la chute du mur. (PETER KNEFFEL/dpa/AFP/Getty Images)
Les images de la chute du mur de Berlin — et de
la joie immense et sans retenue qu’elle a suscitée — restent gravées dans les
mémoires. Le vent du changement avait enfin balayé le bloc de l’Est. Les gens
faisaient jaillir le champagne et tiraient des feux d’artifice. Ils parvenaient
même, d’une manière ou d’une autre, à grimper au sommet du mur, haut de près de
3,60 mètres, en levant les bras en signe de victoire.
Ils en détachaient également des morceaux à
mesure que des sections entières commençaient à tomber. Lors de cette première
visite de routard à Berlin, j’étais un voyageur moins averti, et j’ai acheté un
morceau de pierre à un homme qui prétendait qu’il provenait réellement du mur.
Avec le recul, je suis désormais presque certain qu’il s’agissait simplement
d’un caillou trouvé dans son jardin et peint en violet à la bombe.
Checkpoint Charlie a été établi en 1961 après l’édification du mur de Berlin. Il était principalement utilisé par les diplomates, les militaires, les journalistes et les visiteurs étrangers. (narvikk/Getty Images)
Quoi qu’il en soit, retracer aujourd’hui une
partie du parcours du mur constitue une expérience à la fois intéressante et
instructive, en commençant par le célèbre — ou tristement célèbre — Checkpoint
Charlie. C’était le principal point de passage entre Berlin-Est et
Berlin-Ouest, et la porte du rideau de fer la plus visible à l’échelle
mondiale. La guérite qui se trouve aujourd’hui sur place est une reconstitution
de celle qui s’y dressait en 1961.
Les alentours regorgent d’attractions
touristiques — y compris une boutique Hard Rock Cafe —, mais j’ai été séduit
par un petit musée gratuit situé à quelques pas. Baptisée BlackBox Cold War
Exhibition, cette exposition explique comment le poste-frontière a évolué au
fil des années et quel impact il a eu sur la ville. Elle rend également hommage
aux Berlinois de l’Est désespérés qui ont perdu la vie en tentant de
s’échapper, que ce soit par Checkpoint Charlie ou par d’autres moyens.
Deux sections du mur subsistent à proximité.
L’une est un court tronçon situé à environ 40 mètres au sud de la guérite. Une
portion plus longue du mur intérieur et extérieur se trouve au musée
Topographie de la Terreur, à environ cinq minutes à pied vers l’ouest, le long
de la Niederkirchnerstrasse. La visite du musée vaut également le détour, mais
prenez une profonde inspiration et préparez-vous avant d’entrer. Cet imposant
bâtiment abritait autrefois la direction des SS et de la Gestapo, et retrace
certains des épisodes les plus sombres de l’histoire.
L’une des dernières sections préservées du mur de Berlin est visible dans la tranchée d’exposition du musée Topographie de la Terreur. (George Wirt/Shutterstock)
La plus longue portion conservée du mur a été
transformée en East Side Gallery. Au total, 118 artistes issus de 21 pays l’ont
décorée de peintures colorées célébrant la liberté et la démocratie. Préservée
comme mémorial national, elle mérite assurément une visite. Cherchez la fresque
représentant une Trabant, cette voiture est-allemande notoirement médiocre, en
train de « traverser » le mur.
Goûtez à la currywurst —
faites-moi confiance, c’est bon
Très bien, suivez-moi sur ce point : de la
saucisse et de la poudre de curry. Ensemble, c’est tout simplement délicieux.
Il s’agit d’un plat simple et bon marché inventé par la propriétaire d’un kiosque de restauration dans les temps difficiles et marqués par la faim qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Les ouvriers chargés de reconstruire la ville l’adoraient, et il est devenu une véritable institution locale, avec des centaines de millions de portions servies chaque année.
La currywurst est devenue l’une des spécialités de street food les plus emblématiques de Berlin. (cciexplore/Shutterstock)
On trouve un petit kiosque à currywurst pratiquement
à chaque coin de rue. Pour moi, c’est le repas rapide idéal lors d’une journée
bien remplie. Servie dans une sauce épicée à base de tomate avec des frites,
une belle assiette vous coûtera environ cinq euros.
Faites un tour en S-Bahn
Pour la plupart des gens, prendre les transports
publics va de la simple nécessité à la pure corvée. C’est un moyen de rentrer
chez soi après le travail, rien de plus. Mais prendre le S-Bahn est, du moins
pour moi, un véritable plaisir.
Ce réseau de trains de surface est vraiment
impressionnant. Il comprend 16 lignes et 168 stations. Chaque jour, ses trains
transportent en moyenne 1,4 million de Berlinois. Et je ne parle même pas de
l’U-Bahn, le métro souterrain, qui en transporte des millions d’autres.
C’est un moyen bon marché, facile et très
amusant de visiter la ville. En général, je choisis une heure creuse en milieu
de journée pour éviter l’affluence, je m’installe près d’une fenêtre et je
regarde Berlin défiler.
L’un de mes tronçons préférés est la Stadtbahn,
longue de 12 kilomètres. Cette ligne historique sur viaduc traverse plus de 700
arches de maçonnerie, franchit la Spree jusqu’à l’île aux Musées et passe par
certains des quartiers les plus animés et les plus intéressants de Berlin.
Autre détail plaisant : on peut dîner dans les restaurants chaleureux aménagés
sous les arches pendant que les trains grondent au-dessus.
Montez à bord d’un train et partez pour une excursion d’une journée à Potsdam. Ou contentez-vous de profiter de la ligne S1. Cette ligne nord-sud suit en partie l’ancien tracé du mur de Berlin, vous faisant passer des deux côtés et montrant leur réunification. En chemin, vous verrez certains des sites les plus beaux et les plus célèbres de la ville, notamment le Jardin botanique, la Potsdamer Platz et la porte de Brandebourg. Petit conseil : j’achète généralement un pass journalier, qui coûte 11,20 euros, afin d’éviter d’avoir à prendre un billet à chaque trajet.
Alexanderplatz, l’une des plus grandes et des plus animées places publiques de Berlin, constitue depuis le XIXe siècle un important carrefour commercial et de transports. (hanohiki/Getty Images)
Faites un détour par la « dent creuse »
Si une grande partie de Berlin a été
reconstruite après la Seconde Guerre mondiale, le clocher de l’église du
Souvenir Kaiser-Wilhelm constitue une exception très notable. L’église
d’origine, inaugurée en 1895, était immense et magnifique, avec cinq tours et
suffisamment d’espace pour accueillir des milliers de fidèles. Selon la
légende, lorsque ses énormes cloches sonnaient, les loups du zoo se joignaient
au chœur.
La majeure partie de l’église fut détruite lors
d’un bombardement en 1943, et les Berlinois débattirent de ce qu’il fallait
faire du clocher encore debout. Il était gravement endommagé. Ils décidèrent de
laisser cette ruine déchiquetée en place, comme rappel des horreurs de la
guerre. C’est aujourd’hui un repère distinctif.
Les habitants lui trouvèrent rapidement un surnom : der hohle Zahn, c’est-à-dire « la dent creuse ». Il vaut la peine d’entrer dans la base de la flèche, aujourd’hui transformée en salle commémorative, avec des mosaïques d’origine et des informations sur l’église d’origine ainsi que sur la construction de la nouvelle.
Construite à l’origine dans les années 1890 dans un imposant style néoroman, l’église du Souvenir Kaiser-Wilhelm a subi d’importants dégâts lors des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. (Jakob Berg/Shutterstock)
Un peu de vert — et de bleu
Je me sens toujours un peu épuisé lors de mes
visites à Berlin. Il y a tellement de choses à faire, et c’est une ville au
rythme rapide. Mais lorsque j’ai besoin d’une bouffée d’air frais, je n’ai pas
à aller bien loin. La capitale allemande est l’une des villes les plus vertes
d’Europe, avec près de 60 % de sa superficie couverte d’espaces verts.
Elle compte également une cinquantaine de lacs
et trois rivières, ainsi que plus de 30 îles. Le magnifique Tiergarten, qui
s’étend sur environ 210 hectares, est toujours un bon choix. Il se trouve en
plein cœur de la ville, à quelques pas de la porte de Brandebourg. Parcourez
ses sentiers à pied ou à vélo ou, mieux encore — et c’est généralement ce que
je choisis —, installez-vous avec une pinte bien fraîche dans un biergarten au
bord d’un lac. C’est un endroit agréable pour repenser à votre visite dans
cette ville étrange et merveilleuse.
[Source : www.epochtimes.fr]








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