Festival de Cannes 2026 – actuellement au cinéma
Écrit par Juliette Clerc
Qu’est-ce qu’un réalisateur culte ? Quelqu’un dont les
films ont eu peu de succès mais dont quelques fans attendent la suite des
productions avec impatience. Dans cette définition proposée par la protagoniste
d’Autofiction,
Pedro Almodóvar pose une question sous-jacente. Que pouvons-nous encore
attendre de lui ? Au-delà de l’aspect particulièrement nombriliste de cette
interrogation, le succès du réalisateur est solide, comme en témoigne la
présence du film en compétition officielle à Cannes. L’inspiration, elle, se
ferait plus rare, si bien que la réalité devient un étonnant objet d’intérêt,
ou que le cinéaste ne pourrait filmer qu’à travers ses propres
réminiscences.
Egotrip nostalgique
La démultiplication des narrations temporelles, les
nombreux appels téléphoniques, les figures maternelles, les chambres d’hôpital
ou les intérieurs aux couleurs bariolées… Rien ne manque au grand catalogue des
obsessions esthétiques du cinéaste. Autofiction s’apparente
à une longue promenade autour de clins d’œil et de références à l’ensemble de
l’œuvre d’Almodóvar, mais aucun scénario solide n’est proposé en
contrepartie. Le mystérieux mal de tête de la protagoniste instaure
pourtant un début prometteur, avec un certain suspense quant à l’issue de ce
mal dont la fatalité était suggérée. Mais la crise d’angoisse débouche sur une
crise de sens : dans les quêtes des personnages, mais aussi dans le regard d’un
spectateur bien perdu. Les intrigues se multiplient, portées par des
personnages aux départs précipités qui nous font peu à peu perdre le fil,
sentiment qui peut paraître habituel chez le cinéaste, à l’exception qu’Autofiction n’offre
pas de rebondissements jouissifs venant justifier un chaos prolongé. La tension
entre fiction et réalité ne fonctionne pas puisque l’ensemble des intrigues se
confondent dans cet imbroglio nombriliste. On peut néanmoins saluer les deux
très belles scènes musicales : la scène du striptease sous fond de Grace Jones
rappelle l’esthétique déjantée de la movida, et la reprise de la chanson La
Llorana qui offre un moment de
suspension.
Autofiction a la particularité d’interroger la notion de fin.
Des fins prémonitoires que le cinéma annoncerait, des fins de vie ratées ou
prématurées, de la fin d’une carrière, ou de la fin du film qu’on finit par
attendre avec impatience. Si Almodóvar se compare à Bergman, Autofiction n’a
pas la subtilité des Fraises sauvages. Là où
Bergman faisait de la mémoire un vertige existentiel, Almodóvar semble ici
résolument prisonnier de ses propres motifs…
Autofiction
/ De Pedro Almodovar / Avec Bárbara Lennie, Leonardo
Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón / 1h51 / Espagne / Festival de Cannes 2026
– Compétition officielle
[Photo : Pathé Films - source : www.cultureauxtrousses.com]

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