segunda-feira, 25 de maio de 2026

Immigration en France : 33% de la population est immigrée ou descendante d’immigrés, selon l’Ined

Selon l’enquête « Trajectoires et Origines 2 » (TeO2), conduite par l’Ined et l’Insee entre 2019 et 2020, 33% de la population résidant en France métropolitaine est soit immigrée, soit descendante d’immigrés, jusqu’à la troisième génération. 

Des policiers se tiennent devant des migrants alors qu'ils procèdent à l'évacuation d'un campement situé sous la voie aérienne de la station de métro Stalingrad à Paris, le 5 novembre 2025.

Écrit par Gaspard Lignard

Cette photographie inédite de la diversité met en lumière l’ampleur des trajectoires migratoires dans la société française, bien au-delà des seuls flux récents. Elle s’inscrit dans un contexte où les débats publics se focalisent souvent sur les arrivées annuelles, alors que l’enquête « Trajectoires et Origines 2 » de l’Ined documente des histoires familiales inscrites dans le temps long.

L’étude, qui prolonge une première édition réalisée en 2008‑2009, ne se limite pas à compter les personnes nées à l’étranger : elle suit aussi leurs enfants et petits‑enfants, en croisant les origines migratoires avec le niveau de diplôme, l’accès à l’emploi, au logement, à la santé ou encore la citoyenneté.

À partir d’un échantillon d’environ 27 000 personnes, elle entend répondre à une question centrale : dans quelle mesure les origines pèsent‑elles encore sur les trajectoires sociales en France aujourd’hui ?

Une société façonnée par plusieurs générations d’immigration

Les données de TeO2 confirment que la France reste, sur la durée, un pays d’immigration, même si la part des immigrés au sens strict reste minoritaire. Selon les dernières séries de l’Insee, les immigrés représentent environ 10% de la population, tandis que les étrangers – toutes générations confondues – comptent pour un peu moins de 9%. La proportion de 33% avancée par l’Ined inclut donc l’ensemble des descendants d’immigrés, nés en France et souvent de nationalité française, qui n’apparaissent pas dans les statistiques classiques sur les « étrangers ».

Les origines de ces populations reflètent les grandes vagues migratoires du dernier siècle : immigration européenne d’après‑guerre, puis arrivée de travailleurs et de familles originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou encore d’Asie.

L’OCDE estime ainsi à près de 9,3 millions le nombre d’immigrés vivant en France, les principaux pays de naissance étant l’Algérie, le Maroc et le Portugal. Cette diversité se traduit dans les langues parlées, les appartenances religieuses, mais aussi les parcours résidentiels et professionnels, que TeO2 analyse en détail.

Des écarts persistants d’accès à l’emploi et au logement

L’enquête met en évidence des écarts persistants d’accès à l’emploi entre personnes sans origine migratoire, immigrés et descendants d’immigrés, même à diplôme comparable.

Si de nombreux enfants d’immigrés connaissent une ascension sociale, d’autres restent confrontés à des taux de chômage plus élevés, à une sur‑représentation dans les emplois peu qualifiés et à des discriminations déclarées lors de la recherche d’emploi. Dans le logement, TeO2 relève également une concentration plus forte de certaines populations immigrées et de leurs descendants dans des quartiers populaires marqués par une offre de logement social importante.

Ces écarts n’effacent toutefois pas les dynamiques d’intégration observées sur plusieurs générations, notamment en matière de maîtrise du français, de réussite scolaire et d’accès à la nationalité. Le ministère de l’Intérieur souligne par ailleurs que plus de 62 000 personnes ont acquis la nationalité française en 2025, témoignant de trajectoires d’installation durable. Pour les chercheurs de l’Ined, l’enjeu est moins de dresser un tableau figé que de suivre, sur le temps long, l’articulation entre origines, conditions sociales et politiques publiques.

Entre inquiétudes politiques et lectures nuancées des chiffres

Les résultats de TeO2 interviennent alors que la question migratoire figure au cœur du débat politique et des préoccupations d’une partie de l’opinion.

Certains responsables mettent en avant le « poids » croissant de l’immigration pour justifier un durcissement des politiques de visas, de titres de séjour ou encore d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. Les données provisoires publiées par le ministère de l’Intérieur indiquent ainsi une hausse des premiers titres de séjour délivrés en 2025, tirée en particulier par les motifs humanitaires et étudiants.

À l’inverse, des démographes et chercheurs insistent sur la nécessité de replacer ces chiffres dans leur contexte historique et européen. La part des étrangers dans la population française demeure inférieure à la moyenne de l’Union européenne, et la dynamique démographique repose aussi sur les apports migratoires, dans un pays marqué par le vieillissement.

 

 

[Photo: BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images - source : www.epochtimes.fr]


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