quarta-feira, 1 de abril de 2026

La nouvelle loi israélienne qui instaure la peine de mort pour les terroristes est une loi raciste, populiste et immorale

Le gouvernement d’extrême droite nous entraîne dans une guerre éternelle et cherche à masquer ses échecs en semant le racisme et la mort, écrit Nadav Tamir, ancien diplomate et directeur pour Israël du groupe américain libéral pour la paix J Street

La mère des prisonniers palestiniens Ahmad et Moen Abu Lawi lors d'un rassemblement organisé le 31 mars 2026 à Naplouse, ville de Cisjordanie occupée, pour protester contre le projet de loi approuvé par le Parlement israélien.

Par Nadav Tamir

Lundi soir, peu après l’annonce de la mort d’un soldat israélien de plus dans les combats au Liban, en une journée où des missiles iraniens ont frappé plusieurs villes en Israël ainsi que la principale raffinerie de pétrole du pays, du champagne a été ouvert dans la salle plénière de la Knesset – le parlement israélien, qui siège dans un hall souterrain protégé contre les frappes de missiles.

Celui qui présidait la fête dans ce parlement souterrain était Itamar Ben-Gvir, le ministre de la Sécurité intérieure, un criminel condamné pour diverses infractions, notamment incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste. La raison de cette célébration: une nouvelle loi adoptée après trois lectures à la Knesset, instaurant la peine de mort pour les terroristes.

Un seul précédent en Israël: la peine de mort pour le nazi Adolf Eichmann

La peine de mort a toujours existé dans la législation israélienne, mais elle n’a été appliquée qu’une seule fois, en 1962, contre le criminel nazi Adolf Eichmann, reconnu coupable de crimes contre l’humanité. L’initiative de cette nouvelle loi vient du parti Force juive du ministre Ben-Gvir, successeur du mouvement Kach qui a été déclaré organisation terroriste en 1994 après qu’un de ses dirigeants, Baruch Goldstein, a perpétré une fusillade de masse dans le caveau des Patriarches à Hébron.

La nouvelle loi vise à lever diverses restrictions entourant la peine de mort et à la rendre obligatoire pour les crimes de meurtre commis dans le but de «nier l’existence de l’État d’Israël» – une formule incluse dans la loi afin de créer une distinction entre meurtriers arabes et juifs et de garantir que la loi s’applique uniquement aux Arabes.

Une loi immorale et contraire aux valeurs juives

Cette loi immorale et contraire aux valeurs juives, en plus de sa distinction raciste, supprime une série de garanties qui existaient auparavant – notamment l’exigence d’un accord unanime entre les juges. Elle prévoit l’imposition automatique de la peine de mort pour les infractions concernées, la suppression de la possibilité de grâce, ainsi que l’instauration d’un délai très court de seulement 90 jours pour faire appel, avec un délai maximal de 180 jours pour l’exécution de la peine par pendaison.

L’un des rédacteurs de la loi est le député Tzvika Fogel, du parti Force juive, général à la retraite de l’armée israélienne et actuellement président de la commission de la sécurité nationale. Sa réponse aux critiques internationales virulentes contre cette loi: «La sécurité des citoyens israéliens est plus importante que leur capacité à partir en vacances aux Maldives», montrant ainsi la vision de ce gouvernement – une «Super Sparte», comme l’avait définie par le passé le premier ministre Netanyahou: un État politiquement et économiquement isolé, qui repose uniquement sur sa puissance militaire. Un État qui se vide de ses valeurs démocratiques et libérales et qui ressemble de plus en plus à ses ennemis, qui sacralisent la mort plutôt que la vie.

Une loi qui ne tiendra pas ses promesses

Mais même cette promesse de sécurité est illusoire. Au fil des ans, tous les organismes de sécurité israéliens, y compris l’armée, le Shin Bet et le Conseil de sécurité nationale, se sont opposés à l’application de la peine de mort pour les assaillants – ceux qui partent avec l’intention de tuer des Israéliens savent qu’ils ont de fortes chances de ne pas revenir; ils cherchent à devenir des «martyrs», et la peine de mort ne les dissuadera pas. Elle pourrait en revanche conduire à des négociations d’otages et à l’exécution de captifs israéliens. Mais les parlementaires qui ont soutenu cette loi s’intéressent aux gros titres, pas à la réalité.

Même le premier ministre Netanyahou a fait le déplacement à la Knesset pour soutenir cette loi, qui a malheureusement aussi reçu le soutien de plusieurs membres de l’opposition qui, avec aplomb, se qualifient eux-mêmes de libéraux.
Cette législation est si extrême qu’elle risque de faire l’objet de critiques de la Cour suprême, ce qui pourrait conduire à sa modification; mais elle illustre l’état d’esprit du gouvernement. Un gouvernement d’extrême droite prônant la suprématie juive qui, par sa négligence, a provoqué la plus grande catastrophe de l’histoire de l’État pour les citoyens d’Israël le 7 octobre 2023, et dont les actions isolent de plus en plus Israël, le transformant en État paria et enfermant ses citoyens dans une réalité de guerre sans fin – pour tous ces échecs, le gouvernement tente d’imposer une législation raciste et populiste.

Guerre éternelle

Ces mots sont écrits alors que tombe la nouvelle de la mort de quatre soldats israéliens de plus, au combat au Liban. Les citoyens juifs d’Israël se préparent à célébrer une troisième fête de Pessah en temps de guerre, une fête qui sera probablement interrompue par des sirènes. Le gouvernement d’extrême droite nous entraîne dans une guerre éternelle et cherche à masquer ses échecs en semant le racisme et la mort.

Ce ne sont pas des jours faciles, mais il y a aussi de l’espoir. Dans quelques mois, des élections auront lieu en Israël, et Netanyahou ainsi que ses partenaires sont largement à la traîne dans les enquêtes. Il est vrai que toute l’opposition n’est pas véritablement libérale, et il est vrai aussi que Netanyahou fera tout pour saboter les élections; mais il reste un espoir de changement, et nous nous battrons pour cela, en espérant qu’ensuite nous pourrons également effacer cette loi mauvaise et raciste de la législation israélienne.

Nadav Tamir, directeur pour Israël du groupe américain libéral pour la paix J-Street

 

[Photo : JAAFAR ASHTIYEH / AFP  - source : www.letemps.ch]

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