Le gouvernement d’extrême droite nous entraîne dans une guerre éternelle et cherche à masquer ses échecs en semant le racisme et la mort, écrit Nadav Tamir, ancien diplomate et directeur pour Israël du groupe américain libéral pour la paix J Street
La mère des prisonniers palestiniens Ahmad et Moen Abu Lawi lors d'un rassemblement organisé le 31 mars 2026 à Naplouse, ville de Cisjordanie occupée, pour protester contre le projet de loi approuvé par le Parlement israélien.
Par Nadav Tamir
Lundi soir, peu après l’annonce de la mort d’un soldat
israélien de plus dans les combats au Liban, en une journée où des missiles
iraniens ont frappé plusieurs villes en Israël ainsi que la principale
raffinerie de pétrole du pays, du champagne a été ouvert dans la salle plénière
de la Knesset – le parlement israélien, qui siège dans un hall souterrain
protégé contre les frappes de missiles.
Celui qui présidait la fête dans ce parlement souterrain
était Itamar Ben-Gvir, le ministre de la Sécurité intérieure, un criminel
condamné pour diverses infractions, notamment incitation au racisme et soutien
à une organisation terroriste. La raison de cette célébration: une nouvelle loi
adoptée après trois lectures à la Knesset, instaurant la peine de mort pour les
terroristes.
Un seul précédent en Israël: la peine de
mort pour le nazi Adolf Eichmann
La peine de mort a toujours existé dans la législation
israélienne, mais elle n’a été appliquée qu’une seule fois, en 1962, contre le
criminel nazi Adolf Eichmann, reconnu coupable de crimes contre l’humanité.
L’initiative de cette nouvelle loi vient du parti Force juive du ministre
Ben-Gvir, successeur du mouvement Kach qui a été déclaré organisation
terroriste en 1994 après qu’un de ses dirigeants, Baruch Goldstein, a perpétré
une fusillade de masse dans le caveau des Patriarches à Hébron.
La nouvelle loi vise à lever diverses restrictions
entourant la peine de mort et à la rendre obligatoire pour les crimes de
meurtre commis dans le but de «nier l’existence de l’État d’Israël» – une
formule incluse dans la loi afin de créer une distinction entre meurtriers
arabes et juifs et de garantir que la loi s’applique uniquement aux Arabes.
Une loi immorale et contraire aux valeurs juives
Cette loi immorale et contraire aux valeurs juives, en
plus de sa distinction raciste, supprime une série de garanties qui existaient
auparavant – notamment l’exigence d’un accord unanime entre les juges. Elle
prévoit l’imposition automatique de la peine de mort pour les infractions
concernées, la suppression de la possibilité de grâce, ainsi que l’instauration
d’un délai très court de seulement 90 jours pour faire appel, avec un délai
maximal de 180 jours pour l’exécution de la peine par pendaison.
L’un des rédacteurs de la loi est le député Tzvika Fogel,
du parti Force juive, général à la retraite de l’armée israélienne et
actuellement président de la commission de la sécurité nationale. Sa réponse
aux critiques internationales virulentes contre cette loi: «La sécurité des
citoyens israéliens est plus importante que leur capacité à partir en vacances
aux Maldives», montrant ainsi la vision de ce gouvernement – une «Super
Sparte», comme l’avait définie par le passé le premier ministre Netanyahou: un État
politiquement et économiquement isolé, qui repose uniquement sur sa puissance
militaire. Un État qui se vide de ses valeurs démocratiques et libérales et qui
ressemble de plus en plus à ses ennemis, qui sacralisent la mort plutôt que la
vie.
Une loi qui ne tiendra pas ses promesses
Mais même cette promesse de sécurité est illusoire. Au
fil des ans, tous les organismes de sécurité israéliens, y compris l’armée, le
Shin Bet et le Conseil de sécurité nationale, se sont opposés à l’application
de la peine de mort pour les assaillants – ceux qui partent avec l’intention de
tuer des Israéliens savent qu’ils ont de fortes chances de ne pas revenir; ils
cherchent à devenir des «martyrs», et la peine de mort ne les dissuadera pas.
Elle pourrait en revanche conduire à des négociations d’otages et à l’exécution
de captifs israéliens. Mais les parlementaires qui ont soutenu cette loi
s’intéressent aux gros titres, pas à la réalité.
Même le premier ministre Netanyahou a fait le déplacement
à la Knesset pour soutenir cette loi, qui a malheureusement aussi reçu le
soutien de plusieurs membres de l’opposition qui, avec aplomb, se qualifient
eux-mêmes de libéraux.
Cette législation est si extrême qu’elle risque de faire l’objet de critiques
de la Cour suprême, ce qui pourrait conduire à sa modification; mais elle
illustre l’état d’esprit du gouvernement. Un gouvernement d’extrême droite
prônant la suprématie juive qui, par sa négligence, a provoqué la plus grande
catastrophe de l’histoire de l’État pour les citoyens d’Israël le 7 octobre
2023, et dont les actions isolent de plus en plus Israël, le transformant en État
paria et enfermant ses citoyens dans une réalité de guerre sans fin – pour tous
ces échecs, le gouvernement tente d’imposer une législation raciste et
populiste.
Guerre éternelle
Ces mots sont écrits alors que tombe la nouvelle de la
mort de quatre soldats israéliens de plus, au combat au Liban. Les citoyens
juifs d’Israël se préparent à célébrer une troisième fête de Pessah en temps de
guerre, une fête qui sera probablement interrompue par des sirènes. Le
gouvernement d’extrême droite nous entraîne dans une guerre éternelle et
cherche à masquer ses échecs en semant le racisme et la mort.
Ce ne sont pas des jours faciles, mais il y a aussi de
l’espoir. Dans quelques mois, des élections auront lieu en Israël, et
Netanyahou ainsi que ses partenaires sont largement à la traîne dans les
enquêtes. Il est vrai que toute l’opposition n’est pas véritablement libérale,
et il est vrai aussi que Netanyahou fera tout pour saboter les élections; mais
il reste un espoir de changement, et nous nous battrons pour cela, en espérant
qu’ensuite nous pourrons également effacer cette loi mauvaise et raciste de la
législation israélienne.
Nadav Tamir, directeur pour Israël du groupe américain libéral pour
la paix J-Street
[Photo : JAAFAR
ASHTIYEH / AFP - source : www.letemps.ch]

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