sexta-feira, 17 de abril de 2026

La grande solitude des juifs face à Israël

Entre deux trêves, comme celle de dix jours conclue jeudi soir avec le Liban, Israël poursuit une politique toujours plus violente. Les Israéliens ne s’y opposent qu’en ordre dispersé. Quant aux juifs qui désapprouvent Israël, pris à partie, ils se sentent bien seuls

Une femme rabbin dans une manifestation à New York

Écrit par Aline Jaccottet

 

Au Cully Jazz, mercredi soir. Croisée dans la foule, une amie juive qui s’apprête à écouter un somptueux concert de luth arabe s’exclame soudain, alors que nous parlons du Moyen-Orient: «Les valeurs du judaïsme sont dévoyées par le gouvernement israélien. Et nous, on se sent tellement seuls!»

 

La solitude. Depuis le 7 octobre 2023, elle est la compagne de tous ceux qui se sentent trahis par les crimes qu’Israël a commis pour répondre à ceux du Hamas. Trahis, parce qu’ils aimaient Israël, et qu’ils en espéraient autre chose. Certes, l’histoire était douloureuse; les ombres, souvent plus grandes que la lumière. Mais il restait des espaces où quelque chose rayonnait, parce qu’il restait des hommes et des femmes conscients d’une vérité: un jour, il faudra vivre et non mourir ensemble.

Nous devons délivrer les juifs de leur double peine

Cette solitude, elle a envahi l’âme des Israéliens qui ne refusent pas de voir ce que devient leur pays, et qui n’aiment pas ce qu’ils voient. Ils existent, mais on ne parle quasiment jamais d’eux: leur sort est noyé dans les tragédies des victimes d’Israël. Il règne aussi une certaine cacophonie dans ce pays, qui compte à peu près autant de raisons de protester que de profils de protestataires. Les faire marcher tous ensemble? Impossible.

Mais les juifs, dont la plupart vivent hors d’Israël, se sentent plus seuls encore. Parce qu’on les somme de se justifier. Après tout, cet État se revendique bien comme juif, on dit qu’il a été établi pour eux; n’éprouvent-ils pas, en retour, une certaine allégeance à son égard? À cette insinuation de duplicité qui marque toute l’histoire de l’antisémitisme s’ajoute le fardeau de devoir s’expliquer sur les crimes commis par Israël.

Cette double peine, c’est notre devoir de les en délivrer. Parce qu’ils n’en sont pas responsables. Un point, c’est tout. Et dans ce geste, nous délivrerons aussi le judaïsme lui-même. Ce judaïsme immense à qui l’on doit cette phrase fondatrice pour l’humanité: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»

 

[Photo : Olga Fedorova / keystone-sda - source : www.letemps.ch]

 

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