Entre deux trêves, comme celle de dix jours conclue jeudi soir avec le Liban, Israël poursuit une politique toujours plus violente. Les Israéliens ne s’y opposent qu’en ordre dispersé. Quant aux juifs qui désapprouvent Israël, pris à partie, ils se sentent bien seuls

Une femme rabbin dans une
manifestation à New York
Écrit par Aline Jaccottet
Au Cully Jazz, mercredi
soir. Croisée dans la foule, une amie juive qui s’apprête à écouter un somptueux
concert de luth arabe s’exclame soudain, alors que nous parlons du
Moyen-Orient: «Les valeurs du judaïsme sont dévoyées par le gouvernement
israélien. Et nous, on se sent tellement seuls!»
La solitude. Depuis le 7 octobre 2023, elle est la compagne de tous
ceux qui se sentent trahis par les crimes qu’Israël a commis pour répondre à
ceux du Hamas. Trahis, parce qu’ils aimaient Israël, et qu’ils en espéraient
autre chose. Certes, l’histoire était douloureuse; les ombres, souvent plus
grandes que la lumière. Mais il restait des espaces où quelque chose rayonnait,
parce qu’il restait des hommes et des femmes conscients d’une vérité: un jour,
il faudra vivre et non mourir ensemble.
Nous devons délivrer les juifs de leur
double peine
Cette solitude, elle a envahi l’âme des
Israéliens qui ne refusent pas de voir ce que devient leur pays, et qui
n’aiment pas ce qu’ils voient. Ils existent, mais on ne parle quasiment jamais
d’eux: leur sort est noyé dans les tragédies des victimes d’Israël. Il règne
aussi une certaine cacophonie dans ce pays, qui compte à peu près autant de
raisons de protester que de profils de protestataires. Les faire marcher tous
ensemble? Impossible.
Mais les juifs, dont la plupart vivent hors
d’Israël, se sentent plus seuls encore. Parce qu’on les somme de se justifier.
Après tout, cet État se revendique bien comme juif, on dit qu’il a été établi
pour eux; n’éprouvent-ils pas, en retour, une certaine allégeance à son égard? À cette insinuation de duplicité qui marque toute l’histoire de l’antisémitisme
s’ajoute le fardeau de devoir s’expliquer sur les crimes commis par Israël.
Cette double peine, c’est notre devoir de
les en délivrer. Parce qu’ils n’en sont pas responsables. Un point, c’est tout.
Et dans ce geste, nous délivrerons aussi le judaïsme lui-même. Ce judaïsme
immense à qui l’on doit cette phrase fondatrice pour l’humanité: «Tu aimeras
ton prochain comme toi-même.»
[Photo : Olga Fedorova / keystone-sda - source : www.letemps.ch]
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